Gazette N° 146-2 en date du 1er septembre 2006

Publié le par Jean-Paul Baquiast

2e Congrès sur la souveraineté technologique de l’Europe
http://www.soberaniatecnologica.com/
Madrid 3/5 octobre 2006

Schéma de l’intervention de Jean-Paul Baquiast
Rédacteur en chef de Automates-Intelligents, membre du bureau de Paneurope France


Il faut féliciter nos amis espagnols de poursuivre grâce à ce 2e Congrès l’utile travail de sensibilisation de l’opinion publique entrepris l’année dernière à Madrid. Il s’agit de convaincre les pays européens de se doter des éléments permettant à l’Europe d’acquérir une souveraineté technologique qui lui manque encore.

Aussi bons que soient les premiers résultats, il faut cependant se rendre compte que le but est encore loin. Les pessimistes diront même qu’il recule. Pourquoi cela ? Mon diagnostic personnel est le suivant :

Les Européens n’ont pas encore établi de stratégies communes face aux grands défis que l’Europe va devoir affronter dans les 10 à 20 prochaines années.

Tant que manquent des travaux provenant des divers pays européens et des Institutions européennes précisant ces défis et les solutions possibles, les Européens ne verront pas la nécessité de se doter d’outils spécifiques de souveraineté. Ils s’en remettront à d’autres pour régler leurs problèmes.

Dans quels domaines l’Europe manque-t-elle de prospective stratégique. Citons les principaux, également prioritaires :

1. Comment affronter ce qui sera la grande crise mondiale du 21e siècle, c’est-à-dire les modifications climatiques dues à la production des gaz à effet de serre et leurs conséquences sur les territoires habitables et cultivables, les espèces vivantes, les migrations de population. D’ores et déjà on peut craindre le pire, c’est-à-dire de futures guerres pour les ressources vitales confrontant des centaines de millions de personnes dans ce que l’on appelle maintenant des guerres de 4e génération. L’Europe sera la première victime de telles guerres.

Pour éviter cela, il faudrait dans l’immédiat s’accorder sur des investissements massifs en faveur des technologies permettant d’économiser l’énergie d’abord, produire des énergies renouvelables y compris nucléaire ensuite (étant entendu que dans la meilleure des hypothèses, le nucléaire ne pourrait pas couvrir plus de 10 à 15% des besoins mondiaux en énergie à horizon de 2050).

Ces investissements devront être soutenus par les Etats. Il n’est pas possible de sortir de l’économie du pétrole et d’obtenir des changements importants dans les modes collectifs de consommation d’énergie et de produits manufacturés (décourager les transports routiers, adapter les logements anciens, par exemple) sans conséquences sur la « croissance » de certains secteurs, qu’il faudra compenser.

2. Comment assurer une présence européenne forte dans des espaces géostratégiques vitaux pour l’Europe. Citons le domaine spatial proche ou lointain (incluant l’exploration planétaire humaine), le domaine maritime (qui s’étend bien au-delà des eaux d’influence économique exclusive), la structuration du territoire et des économies européennes autour de réseaux de transports modernes. Si l’Europe ne fait rien, ces domaines seront dominés, soit directement par les Etats-Unis et bientôt la Chine, soit indirectement par des entreprises non européennes agissant au nom du libéralisme pour empêcher toute politique de rationalisation économique et de défense des services publics essentiels.

3. Comment faire pour que des populations et des Etats se battant contre les Etats-Unis et leurs alliés pour récupérer la jouissance de leurs territoires nationaux et de leur indépendance politique trouvent en l’Europe une puissance médiatrice et d’interposition. L’Europe doit tout faire pour éviter la guerre des civilisations à laquelle veulent l’entraîner les extrémistes des deux cotés. Pour cela il lui faut une capacité de défense autonome et puissante qui refuse d’être le bras armé (proxy) de la puissance américaine. Il lui faut aussi proposer des solutions technologiques et scientifiques avancées pouvant permettre des coopérations équilibrées (énergie, agriculture, santé publique, restauration des environnements dégradés, etc.). La maîtrise par les Européens des biotechnologies et des nanotechnologies sera essentielle dans ce but.

4. Comment proposer efficacement des politiques culturelles favorisant l’éducation, les apprentissages aux nouveaux savoir faire, le dialogue entre civilisations – ceci aussi bien à titre interne qu’au bénéfice des échanges culturels mondiaux. Récupérer la maîtrise par les Européens des infotechnologies est plus que jamais indispensable. Le secteur est actuellement mondialement dominé par les industries culturelles américaines, elles-mêmes au service des intérêts économiques et stratégiques de cette puissance.

*
* *

Or, il faut bien constater que la politique actuelle de l’Union européenne et des principaux Etats-membres, marquée par le refus des actions publiques, une idéologie libérale de plus en plus destructrice et la peur de toute action diplomatique forte ne peut que pousser l’Europe à la dissolution politique et à l’impuissance technoscientifique. Lorsque l’Europe ne sera plus composée que de consommateurs potentiels, sans revenus propres, elle aura rejoint le Tiers Monde dans l’impuissance et la dépendance.



Le problème de l’Europe, ce n’est pas l’Europe, c’est l’Amérique

Texte en discussion interne

Les Européens se reprochent souvent à eux-mêmes d’être incapables de s’entendre pour construire une Union Européenne susceptible de peser sur la scène internationale. Les plus clairvoyants déplorent leur attachement persistant aux nationalités et aux régulations protectionnistes, leur refus d’investir en commun, leur manque de vision stratégique collective. Il est certain que la construction européenne s’est considérablement ralentie depuis quelques années. Les Européens qui voudraient voir l’Europe se comporter en grande puissance autonome, indépendante et responsable se sentent de plus en plus découragés.

Cependant, ces derniers temps, à la suite des évènements survenus au Moyen-Orient, les Européens s’intéressant à la politique étrangère ont repris un peu confiance. A l’impulsion de la France, de l’Italie et de quelques autres, l’Europe semble vouloir rappeler qu’elle aussi peut jouer un rôle dans la résolution du conflit entre Israël et les Palestiniens, comme plus généralement dans un meilleur dialogue entre les Etats arabes et l’Occident. Elle a joué un rôle majeur à l’ONU pour faire adopter la résolution 1701 demandant le cessez le feu. Elle s’est engagée ensuite à prendre le commandement d’une FINUL renforcée visant à créer une zone d’interposition entre Israël et le Sud Liban aux mains du Hezbollah. On saura très vite si cette présence européenne, à supposer qu’elle soit admise de part et d’autre, peut, au-delà du maintien du cessez-le-feu, aider à faire admettre tant à Israël qu’aux Etats arabes la nécessité d’un accord durable entre deux Etats souverains et se respectant l’un l’autre, l’Etat d’Israël et le futur Etat palestinien.

Mais avant que cet issu favorable puisse se produire, le risque est grand que, sous la pression véritablement suicidaire du gouvernement américain et des faucons israéliens, une offensive militaire contre les sites de recherche nucléaire iraniens, voire une attaque de plus grande ampleur contre l’Iran, relancent un affrontement général entre les Etats-Unis et Israël, d’une part, l’ensemble des Etats arabes d’autre part. Les informations venues des Etats-Unis eux-mêmes montrent que la tentation est actuellement très grande, chez les Républicains et même chez certains Démocrates, de fuir par le haut l’impasse irakienne où l’armée américaine s’enlise. Pour ce faire, le moyen serait de provoquer un conflit plus étendu où des armes de grande puissance, éventuellement atomiques, pourraient être employées. Dans l’esprit de ces bellicistes, l’Amérique pourrait alors rappeler au monde qu’elle est encore la seule super-puissance et qu’il faut de nouveau compter avec elle.

Les observateurs réalistes, y compris aux Etats-Unis, sont au contraire persuadés qu’une telle attaque entraînerait pour des années un affrontement sur tous les plans (une guerre de 4e génération) entre le monde musulman et l’Occident. Israël, engagé dans cette aventure, signerait son arrêt de mort. Les Etats-Unis eux-mêmes, au prétexte de se débarrasser du risque hypothétique que serait une bombe nucléaire iranienne, multiplieraient le nombre des candidats au martyr capables de frapper n’importe où, y compris sur le territoire américain, avec des armes de destruction massive artisanales.

Quant à l’Europe, ayant été incapable d’empêcher le geste fou du gouvernement américain, elle serait assimilée par l’opinion arabe aux agresseurs et subirait de plein fouet les représailles des milices et des groupements terroristes qui, bien entendu, auraient survécu, en se renforçant, à l’attaque américano-israélienne. Ce serait une fin bien lamentable pour les espoirs de renouveau de la politique étrangère européenne.

L’Europe pourrait-elle, dans les prochains jours, retenir les Etats-Unis au bord du geste irrémédiable – attaquer l’Iran - que tout semble annoncer. Nous avons ici il y a quelques jours proposé ce que pourrait être une stratégie européenne à long terme pour le Moyen Orient. Mais il ne faut pas se faire d’illusion. Entre l’Amérique et l’Iran qui semblent résolus au pire, chacun nourrissant l’espoir de se tirer mieux que l’autre d’un conflit généralisé, la diplomatie européenne n’aurait aucune chance de se faire entendre.

Que feraient alors les Européens. Réussiraient-ils à se désolidariser des Etats-Unis, non pour prendre le parti de l’Iran ou d’extrémistes du monde arabe, mais pour mener campagne aux Nations Unies, s’il était encore temps, afin que le début de guerre de civilisations ainsi amorcé ne s’étende pas ?

Cependant, pour que l’Europe se désolidarise des Etats-Unis, dans le cas où ils attaqueraient l’Iran, il faudrait que les stratèges et décideurs européens, encore pénétrés d’atlantisme jusqu’à la mœlle, commencent à comprendre que les Etats-Unis, loin d’être les alliés de l’Europe, sont en train de devenir, sinon encore son pire ennemi, du moins le plus insoluble de ses problèmes.

Que voulons nous dire par là ? Très simplement que l’ « alliance américaine », autrement dit la dépendance étroite à l’égard des Etats-Unis, entraîne les Etats européens dans le gouffre que ceux-ci, s’ils ne changent pas très vite de politique, sont en train de creuser sous leurs pieds.
Les Européens peuvent admettre que l’alliance américaine, pendant toute la guerre froide, les a protégés de l’invasion de l’armée Rouge et de la tutelle soviétique. Mais les gouvernements américains de l’époque, mêmes s’ils n’étaient ni des enfants de chœur ni toujours bien adroits, se sont toujours montrés relativement rationnels. Certes, au fond d’eux, ils se moquaient du sort de l’Europe, ne voyant en elle qu’un glacis où les avant-gardes russes ne devaient pas s’établir. Mais objectivement leurs intérêts et ceux des Européens se recoupaient. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Avec une Amérique devenue folle et dangereuse parce que folle, l’Europe court les plus grands risques. L’Amérique ne peut plus les protéger contre personne, qu’ils le veuillent ou non, notamment pas du terrorisme islamique puisqu’elle n’a de cesse de l’attiser, comme nous venons de le dire.

Quant à penser que les Etats-Unis pourraient protéger l’Europe des emprises éventuelles d’autres grandes puissances, notamment la Chine, ce serait rêver. L’Europe, devenue enfin indépendante des Etats-Unis, serait bien plus capable de négocier seule des gentlemen’s agreements avec les autres puissances qu’en se présentant en « caniche » du président américain.

L’Europe ne peut se faire et se sauver que par ses propres moyens. L’expérience de quelques années montre que les Etats-Unis, loin d’encourager la montée en puissance politique et économique de l’Europe, font tout ce qu’ils peuvent pour la maintenir en lisière. Le présent article n’est pas le lieu pour traiter de la guerre économique et du renseignement que mènent les agences américaines en Europe. Il n’est pas non plus le lieu pour rappeler comment les grandes firmes américaines font de l’espace ouvert européen une chasse gardée à leur profit. Mais les Européens doivent se persuader qu’en prenant toutes leurs distances avec les Etats-Unis, ils pourraient enfin devenir adultes, politiquement et technologiquement, au sein d’un monde multipolaire.

Or il se trouve que la rupture avec les Etats-Unis, caressée jusqu’ici par quelques Européens comme un rêve encore improbable, risque de s’imposer très vite si, comme nous l’indiquions plus haut, les Etats-Unis, avec ou sans Israël, se lançaient dans une guerre contre l’Iran et sommaient les Européens de les suivre. On peut avoir de bonnes raisons de penser que les gouvernements européens refuseraient de le faire, même celui de Londres. En ce cas, la guerre américaine à l’Iran serait à la fois le début d’un Armageddon souhaité sans doute par les ultras de Washington et le jour de naissance d’une Europe enfin adulte. 30/09/08

Note.

Aujourd’hui, certains stratèges européens commencent à se rendre compte du danger de l'alliance européenne, comme le rapporte Philippe Grasset dans un article significatif auquel nous vous renvoyons (cf http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=3090 ). Mais les vieilles idées ont la vie dure. Il le dit fort bien :

« Aucune autorité européenne n’est capable d’expliquer de façon convaincante, sortie de la bouillie pour chats du discours convenu, pourquoi les relations avec les Etats-Unis doivent être “préservées et favorisées”, plus que, par exemple, les relations avec la Russie, avec la Chine ou avec l’Iran. L’explication culturelle et morale (“valeurs communes”) est pompeuse, sentimentale comme une midinette et outrancièrement, outrageusement fausse. L’explication économique (commerce et tout le reste) est un sophisme : les USA ont autant besoin de l’Europe que l’inverse et chacun a besoin du reste du monde parce que l’univers économique est globalisé ; pas de cadeau particulier à faire aux USA. L’explication de la puissance (être du côté de la puissance) est primaire, sans finesse et indigne, et, de toutes les façons, en train d’être pulvérisée par l’effondrement stratégique des USA. Restent les phantasmes, les fascinations, les conformismes et la corruption psychologique générale, — bref, notre libido ou tout comme.)

Ces impératifs de préserver et de favoriser les relations avec les USA pèsent comme un boulet sur la “politique européenne” dans la mesure de l’évolution de la politique américaniste et des exigences américanistes qui vont avec. Cette mesure est catastrophique parce que la politique américaniste est aveugle, insensée (au sens de “qui n’a pas de sens”) et réduite aux pulsions sauvages d’un establishment washingtonien plongé dans le désordre et l’hystérie d’une psychologie malade. Chaque crise est constituée, pour l’Europe, à la fois du problème qu’impose cette crise et du renforcement de l’insupportable dilemme européen des relations avec l’Amérique.

Cette question des relations avec l’Amérique est une affaire de substance et c’est même la principale, voire la seule affaire de substance de toute “politique européenne”. Toutes les autres questions et les crises conjoncturelles qui éclatent et soumettent la “politique européenne” à de rudes tensions doivent être analysées à la lumière de cette question de substance pour être bien comprises, et éventuellement être résolues.


Fusion GDF Suez

L'examen du projet de loi sur l'énergie, qui prévoit de ramener la participation minimale de l'Etat dans le capital de GDF de 70% à un tiers, doit débuter le 7 septembre à l'Assemblée nationale en session extraordinaire. Le ministre des Finances Thierry Breton avait affirmé que "le gouvernement et la majorité seraient prêts et seraient unis pour ce débat".

L’intervention du député UMP des Deux-Sèvres Dominique Paillé sur France Inter (Questions directes, 28/08/06) a permis de poser la question de savoir si la privatisation de GDF proposée par le gouvernement à l’occasion de sa fusion avec Suez était souhaitable pour l’intérêt national et européen. Marc Paillé est en effet le chef de file des députés de la majorité (30%) qui s’opposent à cette opération. Ses arguments, résumés, sont les suivants : 1. Suez+GDF ne sera jamais un grand du gaz, que ce soit au plan mondial ou même européen (ni pour la production, ni pour la distribution, ni pour le poids en tant qu’acheteur). 2. Suez+GDF ne sera pas à l’abri du risque d’une OPA hostile éventuelle, contre laquelle le gouvernement ne pourra rien faire. 3. Le gouvernement ne pourra pas imposer de modération tarifaire à Suez+GDF. 4. La fusion une fois faite sera irréversible.

L’alternative proposée consisterait à créer un grand acteur public Energie de France, comprenant EDF + GDF. Ce pôle serait de poids mondial. Il aurait la possibilité d’arbitrer à l’avenir entre l’électricité et le gaz, tant sur la production que sur la distribution et les tarifs. Enfin il ne serait pas opéable.

Dominique Paillé s’est montré franc. Il n’a pas caché qu’une partie de l’attrait de l’opération de fusion aux yeux de la droite consiste à déstabiliser la CGT et servir les intérêts des actionnaires de Suez aux dépends des intérêts du service public. Quant à la position de Nicolas Sarkozy, il ne la dépeint pas de façon très flatteuse. NS serait au fond de lui-même hostile à l’opération, mais par solidarité gouvernementale et parce qu’il veut, pour son avenir politique, ne pas quitter le gouvernement avant l’année prochaine, il soutiendra le projet de fusion. On ne peut pas dire plus clairement que, par intérêt personnel, NS soutiendra un projet qu’il estime contraire à l’intérêt national.

Que penser pour notre part de ce projet de fusion. N’évoquons pas les questions secondaires, telles que l’opposition momentanée de la Commission européenne et l’argument de gauche selon laquelle il s’agirait d’un nouveau « démantèlement » du service public. Les vraies questions doivent être posées dans la perspective qui doit être celle de la France et de l’Europe : comment se désengager le plus vite possible de la consommation des énergies fossiles (gaz compris) et des dépendances qu’elles imposent (en l’espèce, pour le gaz, dépendance à l’égard de la Russie et de l’Algérie) ; comment encourager aussi bien les économies d’énergie que les investissements dans les énergies renouvelables, nucléaire compris.

La réponse nous parait être sans ambiguïté. Ceci ne peut se faire qu’à deux conditions : 1. Dans le cadre de grands services publics ayant les reins assez solides pour investir directement et encourager indirectement les investissements du secteur privé (notamment dans les économies d’énergie et dans les énergies renouvelables légères). 2. Dans le cadre d’un prix de l’énergie maintenu suffisamment élevé pour que les consommations somptuaires et gaspillages soient pénalisés (qu’il s’agisse de l’énergie fossile pétrole et gaz ou de l’énergie en général) et pour que les investissements dans de nouvelles sources et économies d’énergie deviennent rentables. Cette dernière condition impose une politique des prix régulée par l’Etat et suppose parallèlement bien d‘autres mesures où la puissance publique devrait intervenir, par exemple en encourageant les nouveaux modes de transport (voir notre note), d’habitat et de consommation.

Ceci est-il envisageable au niveau de l’Union européenne, compte-tenu de ses compétences actuelles comme du poids politique qu’y pèsent les intérêts pétroliers et plus généralement les défenseurs du libéralisme ? Peut-être pas, mais il serait en tous cas indispensable qu’un gouvernement français soucieux du bien collectif pose la question.

Si ce n’était pas envisageable au niveau de l’Union, le serait-ce au plan français seul (la France pouvant au demeurant espérer trouver quelques alliés en vue d’établir des « coopérations renforcées ») ? La réponse nous parait clairement être affirmative. Un grand service public Energie de France disposerait d’actifs et d’acquis suffisants pour peser sur le marché dans le bon sens. Quand la France avait choisi la filière nucléaire, ce dont tout le monde de bonne foi se félicite aujourd’hui, elle ne s’était pas posé la question de savoir si elle serait la seule. Mais que diraient les consommateurs du maintien d’un prix élevé de l’énergie ? Ce serait là tout l’enjeu d’une politique nationale clairement orientée vers la lutte contre les gaz à effet de serre, la sortie du pétrole et pour les nouvelles énergies. Si notre pays adoptait clairement une telle politique, certains intérêts en souffriraient momentanément, d’autres en tireraient profit. Mais globalement et à terme, toutes les études sur les stratégies énergétiques et géopolitiques montrent que le coup serait gagnant. Dans l’immédiat, le bon exemple que nous donnerions au plan européen voire mondial serait très important.

Peut-on espérer que dans le prochain débat à l’Assemblée de tels arguments puissent être évoqués et retenus, tant par la majorité que par l’opposition. Sans doute pas. Mais il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre.

Supposons cependant que la fusion Suez-GDF soit finalement votée, 49-3 à l’appui. Nous pensons, quitte à être qualifié d’irresponsable, que le premier devoir de la future majorité serait de l’annuler, pour engager la politique d’avenir esquissée ci-dessus. 28/08/06

PS au 29/08. Un lecteur me demande d'ajouter l'objection suivante:

" En l'occurence GDF et EDF , qui détiennent l'essentiel du marché du gaz et de l' électricité en France , ne pourraient fusionner , en respectant les règles de la concurrence de l'UE , qu'en procédant au préalable au démantélement de leurs entreprises , ce qui , à la veille de l'ouverture complète du marché de l'énergie en Europe , serait un formidable cadeau fait à la concurrence internationale ! Le handicap de GDF , qui va voir son privilège d'accés au consommateur français se réduire progressivement est de ne pas être producteur de gaz mais uniquement transporteur et distributeur , ce qui précisément va êre ouvert à a concurrence. Face à l'entente GAZPROM - SONATRACH, les "consommateurs" doivent impérativement se regrouper pour faire front par la dimension des entreprises et la coordination de leur politique d'importation . La fusion Suez-GDF répond à la première condition , pour la seconde c'est à l'UE d'agir , sans plus tarder."

Je réponds à cela que si les normes européennes actuelles sont mauvaises pour la France et l'Europe, en empéchant dans un premier temps les regroupements des champions nationaux (EDF/GDF + leurs filiales) il faut négocier avec l'Europe pour les faire changer. Nous avons là un exemple où le libéralisme de principe de Bruxelles, appliqué à la lettre, aboutit à des absurdités. JPB

Publié dans gazetadmiroutes

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JP Baquiast 07/09/2006 18:11

Réponse à Gino Favotti.
Je suis d'accord, en gros, sur ce que vous dites relativement aux fondamentalismes religieux et aux risques qu'ils induisent au Moyen Orient et même en Europe. Si vous me lisez quelquefois, vous devez constater que je le rappelle sans cesse. 
Mais nous sommes depuis le 11 septembre dans une situation telle que la lutte contre le terrorisme prônée par Bush (et qui couvre bien d'autres intérêts) génère bien plus de candidats terroristes que l'Occident ne pourra à terme en affronter. Je suis persuadé qu'une Europe  non pas capitularde mais plus diplomate saurait bien mieux que les Etats-Unis faire face à ce risque. il faut donc absolument se désolidariser de Bush, ce qui d'ailleurs ferait plaisir aux libéraux américins qui sont nombreux - comme aussi je pense aux libéraux Israéliens.
 

Gino Favotti 07/09/2006 18:01

Je ne suis pas politicien, pas un intellectuel, ni un scientifique, mais un simple compositeur à deux sous, de musique acousmatique, qui écrit mal, (je m’excuse d’entrée pour les fautes de français et d’orthographes) mais qui aime la science et qui donc est abonné à votre site.J’aimerais répondre à ce que vous avez écrit en espérant que cela n’occasionnera pas trop de confusions sur mes propos mal exprimés.  Même si j'en partage des points, je trouve malheureusement une partie de vos analyses caricaturale et risquée. Cet anti-américanisme facilité par la politique de Bush et des escrocs qui l’entourent ainsi que d’intellectuels médiatiques de droite à gauche européens vivants de scène  et  soutenant sa politique au non des droits de l'homme dans ce cas abusif, ne doit pas faire perdre de vue de nouvelles réalités politiques observables au Moyen-Orient. Si nous pouvons à juste titre critiquer l’économie libérale et son expansionnisme désastreux pour l’environnement et toutes les espèces, nous ne devons pas confondre et nous devons entendre.    L'Iran tient un discours va-t-en-guerre, comparable à celui de Bush,. Cet Etat, comme l’Arabie et d’autres, pays proches géographiquement, utilisent à n’en pas douter les religieux fanatisés et idiots, mais dangereux qui ont la ferme  intention  de conquérir le monde. La paix paraît difficile à obtenir car la guerre  est  entretenue au nom de dieu et du paradis. La politique des Etats-unis devient un prétexte à un discours anti-occidental généralisé. Il est à parier, que n’importe quel prétexte fera l’affaire ; des caricatures d’un pseudo prophète dans un journal ou  l’interdiction du port du voile à l’école etc. Nous observons  l’impossibilité et le renoncement du Liban à  désarmer le hezbolla, ce qui démontre en fait la force politique est militaire de ces mouvements religieux  prêts à sacrifier comme nous le savons, la population pour l’obtention du paradis. Israël dans ces conditions a des raisons de se protéger. C’est  un petit pays,   qui en ce moment n’a personne à qui parler en face pour faire la paix. Israël a manqué de nombreuses occasions, mais c’est un angélisme que de lui imputer toutes les fautes du monde et aucune aux palestiniens devenu simples victimes de cette occidentale « américanisé ». L’imbécillité religieuse et le racisme est  partagé  des deux coté. Qu’ont fait les pays du Moyen-Orient depuis toutes ces années hormis enfoncer ce peuple palestinien qui à droit à son état  et sa liberté à part entière, mais dont à priori les moyens orientaux ne veulent pas  leur donner, sauf dans des discours pour endormir les peuples?.   Le vote désastreux pour le hamas n’est pas simplement dû à Israël mais aussi à la corruption généralisée et au manque de démocratie des palestiniens comme dans la majorité des pays du Moyen-Orient.. La politique des Etat-unis ne devient que le prétexte pour les religieux islamiques qui veulent s'attaquer à la laïcité dans son ensemble qui représente pour eux le symbole de la corruption et de la pornographie occidentale. À cet endroit, religieux et sectes du monde entier sont proches et pourrait trouver des compromis dans l’avenir pour combattre la laïcité Le discours est identique; et la pauvreté des habitants ne justifie en rien les attaques contre les laïcs du monde entier.Vous ne pouvez taire les crimes au nom de dieu, du pouvoir, et de la richesse, des potentats locaux de ces pays pour seulement fustiger la politique des Etat-unis et le système économique  qu'il est certes urgent de changer ; Faire d’Israël un sous-fifre, cela paraît léger comme vision politique Européenne efficace. Bush sera remplacé, et la politique Américaine évoluera, peut-être plus vite que celle des Européens qui n’est pas meilleure et prête à  d’autres compromis pour obtenir des marchés. Les États-Unis reste une démocratie comme Israël ou la liberté y est mieux respecté que dans ces  états religieux et criminels.  Sous-entendre qu’il faut se résigner à accepter pour la paix, la politique de ces états  religieux et laisser des démocrates, des laïcs, des gens libres de ces pays  se faire emprisonner et assassiner est irresponsable. C’est, ne pas tenir compte de l’histoire qui fait que la liberté contre les dictatures s’obtient rarement sans porter de fortes convictions. Le pacifisme mal conçu devient aussi la politique du pire quand il est résigné à accepter tout les compromis sur les libertés. Dire que nous devons laisser le choix au peuple du Moyen-Orient quand nous savons que ce sont des dictatures  religieuses  qui se profilent, c’est renier  notre liberté acquise, et se foutre de la figure de ce peuple comme de nous-même. C est s’en désolidariser totalement par lâcheté intellectuelle. C’est encore, laisser la lutte contre la pauvreté  un peu plus à la merci des fous furieux de croyants et leur donner une carte blanche, comme nous l’avons fait avec les dictatures passées. Donc ce pacifisme ne devient pas mieux que ce libéralisme expansionniste américain  et  est tout aussi critiquable dans ces conditions. Il faudra donc que l’Europe soit diplomate sans renoncer  à ses idéaux de liberté, bien au contraire.  Mais là, il y a de grandes différences historiques, la laicité à la Française reste rare dans le monde et est combattue, y compris par certain allié.  Alors, faut il la perdre pour une Europe plus religieuse ? Certainement pas. ; c’est la seule exception en France porteuse d’avenir avec nos droit sociaux.  Il est aussi  raisonnable de constater, sans culpabilité et sans nier l’histoire bonne et mauvaise qui nous l’a permise, que nous vivons plus librement en occident, Nous avons réussi  à fabriquer  un minimum de solidarité pour le développement, les soins, l’éducation. Et nous devons partager  cela si nous voulons avoir un impact et défendre notre point de vue laïque, qui n’est pas pire que le reste. Au moins, nous pouvons nous organiser et lutter pour améliorer les choses et les faire changer. A nous de ne pas dormir. L’abolition de la peine de mort, la sécurité sociale, les retraites, la contraception, l’école public, les libertés, sexuels, d’expression, , etc, sont incomparablement plus libertaire que l’abstinence, la peine de mort par lapidation et toutes les imbécillités et les soumissions de la charia et de toutes justices religieuses injustifiable, souvent hystériques.  Nous devons arriver à la paix, mais ce serait une répétition des erreurs du vingtième siècle qui ont conduit aux guerres, si nous le faisions dans l’acceptation la compromission  avec des pouvoirs  et  les dogmes religieux actuel en place. Comme ce fut le cas avec le nazisme. Nous leur donnerions un avantage pour longtemps et ce sera difficile d’échapper aux guerres dans l’avenir. C’est  prendre un grand risque et faire de la divination et non de la science que de penser que  les fanatiques religieux et autres sectes n’utiliseront pas des armes nucléaires ou  autres, si besoin est, de leur point de vue. Comme le firent les Américains avec le japon. Nous ne pouvons pas le prédire à long terme pour nos états ?.  Si l’histoire sur l’équilibre des forces à fonctionner, c’est parce que les pouvoirs savaient que le paradis se trouvait sur terre et éventuellement je l’espère sur d’autres planète dans l’avenir. Ce serait une erreur majeure, que de mésestimer le fanatisme religieux et les imbéciles qui croient à un paradis rempli de  superbes vierges ou de beaux mecs... Il suffit de voir les kamikazes pour savoir que l’on peut amener un être en situation de fragilité et n’importe quel faible d’esprit à faire n’importe quoi, d’autant plus si  on lui dit qu’il n’a rien à perdre et tout à gagner. Nous ne pouvons prendre ce risque. Si nous nous battons pour démilitariser le monde, nous ne pouvons accepter sa remilitarisation sous aucun prétexte, ni américaine, ni iranienne, ni chinoise etc. C’est ce que l’Europe pourrait défendre . mais il faut être fort pour cela. Attribuer la seule responsabilité actuelle du désordre aux Etat-unis, c'est réduire l'histoire récente à un sens unique et une impasse. Cette Europe artificielle est aussi responsable, tout aussi libérale et divisée. Entre une quasi fasciste et ultra libérale religieuse Pologne, une Angleterre pro-américaine et une  France  qui à éviter les pièges récent de la guerre,( il faut le reconnaître à CHIRAC,  SHROEDER, et malheureusement POUTINE) mais qui peut changer brutalement de direction si le  libéral Sarkozy est élu, C’est pas gagner. ( L’élection  de Sarkosy n’est pas à espérer tellement ses idées  sont  de vielles photocopies libérales. A l’image des artistes populistes et ennuyeux qui l’on rejoint, qui ne sont que des photocopies d’artistes. Les originaux importants étant ailleurs malheureusement noyés sous une pile d’artistes  qui n’ont rien à dire à faire entendre et voir d’originale (Mais je m’égare dans mes propos))   Il faut  revoir certaines positions  sur cette binarité, qui attribue l’unique responsabilité les maux du moyen-Orient aux occidentaux  et fait des moyens orientaux de pauvres bougres pas  très intelligents. C’est une vision fausse et caricaturale pour les peuples. C'est  aussi donner une maîtrise du pouvoir politique et une puissance à l'occident qu’elle n’a probablement pas.  Nous savons que c’est les peuples eux-mêmes qui au moyen-Orient comme partout, pourront ce libérer pour trouver une paix juste pour eux-mêmes. C’est ce que n’a évidemment pas voulu comprendre Bush et ces soutiens en Irak, leur intérêt n’étant pas le peuple irakien. Les Européens comme d’autres pourront aider,   ce qui nous aidera, si nous trouvons ensemble des accords, sans rogner un millimètre de nos libertés.  Mais  nous n’en prenons pas le chemin, à voir par exemple les positions affligeantes récentes sur les caricatures, comme celles, qui entretient dans la confusion, anticléricalisme, droit au blasphème et racisme par le  seul président du MRAP ou encore les excuses  en Europe que nous n’avions pas à faire pour ces publications. Nous sentons les pouvoir prêt à toutes les compromissions. C’est sur cela que surf habilement l’actuel président iranien qui a comme conseillé et directeur un grand ponte religieux.( Le courage de  Charlie hebdo  et de quelques autres et à cet égard fut  magnifique.  Contrairement à  certains hommes politiques Français qui prétendaient étrangement que le silence et de plates excuses nous serviraient mieux…) Le vote pour le hamas, la force militaire du hezbolla, les menaces iraniennes sur Israël, et le nucléaire, le retour des talibans et bien d’autres conflits dans le monde  ou les religieux sont présents, démontre que le danger est grand, mais espérons le réductible.   Vous avez raison sur la nécessité de créer une politique européenne résolu, mais pas en faisant des compromis inutiles, pas plus qu’en s’attribuant occidentalement et uniquement les responsabilités du désordre mondial actuel, c’est ce fouetté, et faire preuve de masochisme inutilement. Ce qui sert parfaitement les religieux dictateurs du moyen-orient et autres.  Comme tout le monde, J’aimerais avoir de grandes idées, proposer des solutions immédiates et clef en main pour la paix dans le mond. , car les discours actuels dans notre pays, même si ils sont fait de bonnes intentions, paraissent simplistes, pour avoir une influence. A l’exemple des positions journalistiques dans la guerre entre Israel et le Liban qui fait un monstre sanguinaire d’un côté et une colombe de l’autre ce qui est faux. Je ne fais aussi qu’observer et déduire  et je dois laisser  à des hommes et hommes plus cultivés et aptes, le soin de négocier la paix en mon nom.   Mais je sais que notre devoir si nous en avons un, est actuellement d’aider partout les personnes qui luttent, pour défendre leur liberté, de choix, d’expression,  de sexualité et leurs rêves, etc. contre ces dictatures  religieuses ou autres, et non d’accepter, pour le droit des peuples à vivre libre, les discours politique des états fanatiques et religieux.  Et pour cela la science et non la croyance et l’observation que nous partageons et qui est l’élément principal de ce site en est le meilleur moyen. 

edgar 04/09/2006 11:00

Bravo. On se demande si vous ne regrettez pas d'avoir voté oui...