Gazette d'Admiroutes N° 146-1 du 1er septembre 2006

Publié le par Jean-Paul Baquiast

Bases possibles pour une stratégie européenne à long terme au Moyen-Orient
par Jean-Paul Baquiast.
Version en discussion interne.

Ceux qui souhaitent, en Europe et ailleurs, voir les Etats européens définir une politique extérieure et de sécurité commune ne peuvent que se réjouir du tournant pris ces derniers jours par l’Europe à l’occasion du conflit au Moyen-Orient. Ce tournant, marqué par la volonté de s’impliquer physiquement au service de la paix, du en très grande partie aux efforts de la diplomatie française, est encore fragile. Il est à la merci du moindre incident. Le retour d’un calme relatif dans la région ne sera durable que si l’Europe, malgré ses divergences et les influences extérieures démobilisatrices qui s’exercent sur elle, est capable de proposer aux peuples en conflit une vision du Moyen Orient acceptable par eux. Cette vision elle-même n’aura de sens que si l’Europe définit pour son propre compte une stratégie globale à long terme vis-à-vis non seulement des pays du Moyen-Orient mais du reste du monde. Nous voulons dire par là que cette stratégie doit préciser le type de relations que les Etats européens se proposent d’entretenir vis-à-vis des super-puissances mondiales comme vis-à-vis des pays du Tiers-monde, dans la perspective d’une planète de plus en plus déchirée par l’inégalité entre riches et pauvres et par les crises qui naîtront de la détérioration de l’environnement.

Ne nous posons pas à ce stade la question de savoir qui en Europe peut se sentir concerné par le concept de « stratégie européenne ». Il peut s’agir de l’Union européenne au sein de ses institutions actuelles, d’Etats européens décidés à conduire des actions dans le cadre de la coopération renforcée et plus, généralement, d’acteurs politiques, économiques ou associatifs s’intéressant à la politique internationale. Si cette stratégie est convaincante, elle recrutera elle-même ses propres soutiens.

Il faut par contre en préciser clairement les bases. Les propositions que nous faisons ici ne conviendront certainement pas à tous les Européens. Elles pourront au moins servir de matière à discussion.

Il nous semble que quelques principes clairs doivent aujourd’hui être affirmés afin de rallier tous ceux qui en Europe et dans le monde souhaitent la coexistence pacifique et non la guerre entre civilisations.

1. Principes généraux

1.1. Les conflits de demain, que l’on commence à nommer des guerres de 4e génération, naîtront d’abord de la misère du Tiers-monde, face à l’opulence (relative) des pays riches. On a beau dire que la misère ne génère pas de combattants organisés au sein des sociétés les plus pauvres, c’est faux et ce le sera de moins en moins.

L’Europe, qui se situe parmi les pays riches, doit faire le maximum pour associer à son développement (co-développement) le plus grand nombre possible de pays pauvres. Ce co-développement doit viser en priorité celui de technologies susceptibles de réduire les inégalités concernant l’accès aux ressources de base : énergie, eau, air pur, alimentation, médicaments. L’Europe doit aussi faire preuve de vertu. Elle doit réduire au maximum ses consommations ostentatoires et la part qu’elle prélève sur les ressources mondiales.

Dans ce cadre, l’Europe ne peut que s’opposer fermement à la culture américaine de consommation/gaspillage visant à enrichir les entreprises multinationales et le capital financier ayant leurs bases aux Etats-Unis.

1.2. Les conflits de demain naîtront, non seulement de la misère, mais de la présence physique d’intérêts étrangers, qu’ils soient « missionnaires », « coopérants » ou, bien évidemment, militaires, sur des territoires où ils ne seront jamais que des occupants, venus pour assurer la domination des Etats dont ils sont les ressortissants. Le sentiment national frustré a toujours été dans l’histoire le ferment le plus efficace pour faire naître des martyrs.

Il en résulte que l’Europe doit, d’une part renoncer clairement à toute démarche pouvant de près ou de loin ressembler à une occupation (ce qu’elle a fait depuis longtemps de facto) mais aussi s’opposer fermement, en les dénonçant clairement, aux politiques expansionnistes des Etats-Unis, quels qu’en soient les prétextes : économiques (guerre du pétrole), politiques (soi-disant guerre contre le terrorisme) ou religieux (lutte du Bien contre le Mal). Elle devra veiller à ce que d’autres puissances, dans l’avenir, ne profitent de l’affaiblissement probable de l’Amérique pour prendre sa place.

1.2. Compte tenu de ce qui précède, on peut penser que les conflits entre religions ou « civilisations » différentes, même s’ils existent et peuvent être virulents, ne joueront qu’un rôle d’appoint. Le monde a toujours connu les guerres de religions, sur une base locale. Elles n’ont jamais tourné à la guerre des civilisations telles que dénoncées (et en fait souhaitée) par les néo-conservateurs actuellement au pouvoir aux Etats-Unis.

L’Europe, en ce qui la concerne, doit rappeler son idéal de laïcité et de tolérance, qui devrait séduire de plus en plus d’Etats, même si ceux-ci se veulent « religieux ». Bien sûr, elle se défendra des assauts des fondamentalistes de toutes religions (parmi lesquels les évangélistes chrétiens américains ne sont pas les moindres) qui voudraient envahir son propre espace civilisationnel.

2. Principes dérivés des précédents s’appliquant au Moyen-Orient

2.1. Il est incontestable que la présence de l’Etat d’Israël en Palestine, depuis le « partage de 1947 » constitue une offense directe aux nationalismes palestiniens et une irritation permanente pour les nationalismes arabes. Cependant cette présence est devenu un fait. Nul Etat ne devrait être autorisé à la remettre en cause. Mais entre l’existence d’un Etat non expansionniste (même se disant Juif, c’est-à-dire s’affirmant tel au mépris de ses propres ressortissants non-juifs) et un Etat ne cessant sous prétexte de se défendre de s’étendre territorialement et de se barricader intérieurement, il y a toute la différence entre la guerre et la paix.

Les Européens, dont le colonialisme de l’époque s’était accommodé de l’implantation d’Israël en Palestine, ne doivent en aucun cas, même pour « faire plaisir aux Arabes », renoncer à défendre cette même présence d’Israël, diplomatiquement et si besoin militairement. Mais ils doivent en contrepartie tout faire pour contribuer à ramener cet Etat dans ses frontières initiales et l’aider à trouver rapidement un accord durable avec l’Etat palestinien, lui-même émanation d’une nation palestinienne incontestable. Pour cela, ils doivent s’appuyer sur les forces politiques israéliennes modérées qui comprennent ce langage (comme l’avaient montré les accords d’Oslo, hélas sans suite).

Les Européens doivent faire plus. Ils doivent s’opposer fermement à la politique des faucons américains qui instrumentalisent Israël et la force qu’il représente dans la région pour s’en servir au service de leurs visées économiques (le pétrole), diplomatiques et territoriales. L’échec d’Israël devant le Hezbollah vient de montrer l’inanité de la politique américaine visant à utiliser Tsahal comme « proxy ». Mais le Département d’Etat n’a pas dit son dernier mot et tout laisse craindre qu’embourbé en Irak, il ne renonce pas (avec le soutien du lobby juif américain) à utiliser de nouveau Israël contre l’Iran et peut-être la Syrie.

Ce serait alors la mort d’Israël, à plus ou moins long terme. En ce cas, les Européens ne pourraient plus rien faire pour le défendre.

Les Européens doivent aussi, en ce qui les concerne, veiller à ne pas se faire instrumentaliser militairement par Washington. L’insistance récente de G.W. Bush à envoyer au Liban la France et l’Italie, sans garanties, comme force d’interposition, était particulièrement suspecte. Le président Chirac a bien fait d’y résister. Les pressions américaines visant à déstabiliser la Finul renforcée, afin de la déconsidérer au regard de l’ONU et l’utiliser comme proxy, ne vont pas cesser. Les Européens ne devront pas tomber dans le piège.

2.2. En s’appuyant sur le même principe consistant à reconnaître les Etats légitimes, non seulement par la voie diplomatique, mais en ne les traitant pas a priori comme des ennemis, les Européens doivent dorénavant gérer leurs relations avec le Liban, la Syrie et surtout l’Iran en faisant preuve d’un discernement accru. L’avenir est lourd de menaces, il est vrai. L’Iran (ne parlons pas de la Syrie pour le moment) est incontestablement une grande puissance régionale. Sa capacité de nuisance est considérable. Mais le risque qu’elle présente resterait limité, si des relations plus respectueuses de son rôle et de ses ambitions étaient établies avec elle. On peut penser que le discours excessif de son actuel président ne traduit pas le sentiment profond du pays. Mais si les Etats-Unis persistent dans la volonté (apparemment bien établie) d’attaquer Téhéran, ils finiront par radicaliser l’Iran. Non seulement les autres Etats arabes et Israël en subiront les conséquences, mais eux les premiers, ainsi que les Européens qui n’auront pas su les empêcher de jouer les boutefeux. L’Iran pourra alors prétendre à prendre la tête d’une véritable guerre des civilisations, coalisant tous les extrémistes nationalistes et religieux – pour le plus grand profit à terme des Russes et des Chinois.

Les Européens n’ont pas le choix. Ils doivent absolument se désolidariser plus clairement encore qu’ils ne le font des visées militaires et économiques de Washington1). Ils doivent renégocier avec l’Iran, en précisant clairement ce qu’ils reconnaissent comme légitime et ce qu’ils refuseront définitivement. Si l’Europe jouait ce jeu d’une façon crédible, elle pourrait aller jusqu’à admettre que l’Iran se dote à terme d’une bombe nucléaire. Celle-ci, très vraisemblablement, ne servirait pas. Il serait suicidaire pour un gouvernement iranien qui en disposerait d’en faire usage, car il risquerait alors des représailles massives de même nature de la part des Européens déçus dans leur confiance.

Au delà de l’Iran, les Européens devront dans le même temps faire clairement connaître qu’ils n’ont aucune intention de se mêler des choix des pays du Moyen Orient, en matière de démocratie politique, de moeurs et de religion. Ceci même si ce ne sont pas les leurs. Pas de Gand Moyen Orient, ni à l’américaine, ni à l’européenne.

Les bellicistes diront que voilà bien des risques pris pour rien alors qu’il serait si facile de considérer l’Iran comme un des pôles de l’axe du mal et de (tenter de) détruire ses capacités. Pourtant, si les Européens avaient été plus fermes vis-à-vis de l’offensive américaine en Irak et l’avaient découragée clairement, le Moyen Orient et le monde n’en seraient pas là où ils sont. La règle adopté par le gouvernement Bush est claire : « Nous nous sommes trompés sur toute la ligne. Raison de plus pour continuer à plus grande échelle ». Il serait temps que l’Europe dise clairement qu’en ce cas elle se rangera du côté des pays injustement attaqués, pourvu que ceux-ci, de leurs côtés, cessent leurs rodomontades.

Conclusion

En conclusion de ce qui précède, si ces principes de bon sens étaient admis par les Européens 2), ceux-ci devraient prendre l’initiative d’une grande négociation sur le Moyen-Orient avec les Etats de la région, afin de poser des principes de paix qu’ils s’engageraient, pour leur part, à respecter et faire respecter 3). Il y a sûrement là, en attendant que Bruxelles se décide à faire de même, matière pour la France, l’Italie, l’Espagne et quelques autres de montrer qu’ils ne prennent plus leurs ordres à Washington.

Rêvons nous en envisageant cela ? 26/08/06

Notes
1) Il est difficile à ce jour de prévoir si les Etats-Unis attaqueront ou non l'Iran. De nombreux rapports (voir Dedefensa La Grande République en avant vers sa destinée http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=30856 et La guerre pour partir en guerre http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=3080) semblent montrer que malgré l'hostilité résolue de la CIA et de nombreux militaires, G.W.Bush et son entourage néo-conservateur seraient résolus à entrer prochainement en guerre, sans aucun souci des conséquences désastreuses, pour les autres comme pour eux-mêmes. Jupiter rend fou ceux qu'il veut perdre. Que fera alors l'Europe, si elle ne se prépare pas dès maintenant à cette éventualité.
2) On pose souvent la question de savoir ce que sera en ce cas la position britannique. Il faut alors se demander ce que sera celle du successeur probable de Blair, le chancelier Gordon Brown. D'après le politologue Mark Leonard, Brown serait beaucoup plus proche des positions françaises et allemandes que Blair. L'opinion britannique semble, de son côté, désireuse de se démarquer des erreurs, pour ne pas parler des folies, commises dans le passé et promises pour le futur par la Maison Blanche (Là encore, voir Dedefensa http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=3083 et l'article original de The Spectator, How Gordon sees the world http://www.spectator.co.uk/printer-friendly/24760/how-gordon-sees-the-world.thtml )
3) Etienne Balibar et Jean-Marc Lévy-Leblond (Le Monde, 19/08/06, p. 11) en proposent les bases. En échange de la renonciation définitive au terrorisme et aux actions militaires, l'existence et le droit à coexister des deux Etats, Palestine et Israël, seraient garantis. Les résolutions de l'ONU seraient appliquées, avec notamment le retrait d'Israël des territoires occupés depuis 1967. Un Conseil régional permanent où siégeraient tous les Etats de la région et où l'Europe serait représentée serait chargé de mettre en place un espace méditerranéen de coopération et de négociation. Ajoutons que des relations privilégiées pourraient être établies avec l'Union Européenne, au niveau régional.


A quoi sert l'Agence française pour les investissements internationaux (AFII) ?

C'est la question que pose Philippe Parini, rapporteur (UMP) du budget au Sénat, constatant que la campagne de communication de l'Agence (consacrée à sa propre promotion) lui a coûté la moitié de son budget de 26,4 millions d'euros en 2006. Le rapporteur reconnaît qu'il ne perçoit pas les retombées du reste des dépenses de l'AFII. Ceci n'empèche pas le gouvernement d'en confier la direction à un certain Philippe Favre, ex-directeur de Cabinet de Christine Lagarde, transparente ministresse déléguée au Commerce extérieur.

Rassurons M. Parini. L'AFII sert au moins à placer ses responsables à des postes de prestige au service du grand capital américain. La précédente responsable de l'AFII, Clara Gaymard, femme de l'ancien ministre dont on n'a pas oublié la carrière étincelante comme la chute brutale et combien injuste, a été nommée présidente de la filiale française du conglomérat américain General Electric. (Le Monde, 26/08/06, p. 10).

J'ai l'air de plaisanter, mais je n'y songe pas. Je peux facilement imaginer ce qu'un certain nombre de laboratoires français innovants auraient pu faire des dizaines de millions ainsi gaspillées, au profit de recherches pouvant bénéficier à des 'investissements français en France. 26/08/06

* AFII http://www.investinfrance.org/France/?l=fr Le site ne parait pas à jour car au moment où ce texte (injuste et venimeux) est écrit, Mme Gaymard semble toujours présider aux destinées de l'AFII...A moins qu'elle le fasse depuis son fauteuil de GE?


Obésité et démission des Etats devant les intérêts privés

L’obésité est un mal qui affecte l’humanité peut-être aussi gravement que la sous-alimentation. Selon Barry Popkin de l’université de Caroline du Nord s’exprimant devant un congrès d’économie agricole au Queensland début août, le nombre des individus en excès pondéral ou obèses dans le monde dépasse désormais celui des mal-nourris. Ce nombre s’accroît d'environ 1% par an. Les 2/3 de la population australienne ou américaine en souffrent. Les pays asiatiques tout autant, dès que leur niveau de vie s’accroît. Les statistiques chinoises ne sont pas fiables sur ce point, mais des nutritionnistes s’inquiètent de voir les dégâts produits par la surconsommation de graisses bon marché telles que les huiles de soja.

L’obésité, on le sait, outre le fait qu’elle constitue une affection paralysante et génératrice de morts précoces, est à la source de maladies telles que le diabète et les cardiopathies dont le coût social considérable pèse sur la collectivité toute entière. Les gouvernements devraient donc intervenir. Des campagnes éducatives ne suffisent pas. Il faudrait décourager la consommation et même la production à la base, comme on essaie de le faire pour le tabac et les drogues. Des taxes s’imposent d’urgence, complétées par d’autres mesures dissuasives. Malheureusement, les gouvernements, pour des raisons électorales, cèdent aux pressions des producteurs qui veulent continuer à produire et vendre sans contraintes, y compris aux dépends de la santé publique.

Aux Etats Unis et en Australie, la pression de la Big Food et des distributeurs est telle qu’aucun espoir proche d’intervention publique ne parait crédible. En Europe, la pression est moindre mais elle demeure. Les associations et mouvements politiques se préoccupant de santé publique devraient donc s’attacher à réclamer des interventions plus musclées des Etats. La question ne devrait pas non plus être traitée à la légère par la Commission européenne. Les scientifiques qui animent la récente revue en ligne International Journal of Pediatric Obesity http://www.tandf.co.uk/journals/titles/17477166.asp le demandent avec insistance, dans le volume 1, p. 133 de ce journal. (NewScientist 19/08/06, p. 6) 24/08/06


L'hypocrisie américaine dans la lutte contre le Sida

Lors de la 16 Conférence internationale sur le VIH/SIDA (Toronto, 13-18 août 2006) destinée à recueillir davantage de fonds pour lutter contre l’épidémie, les participants n’ont pas eu de mots assez reconnaissant pour Bill Gates qui avait crédité la Fondation Bill et Melinda d’une somme respectable de dollars. Mais peu de gens ont rappelé l’hypocrisie du gouvernement américain qui fait de la lutte contre le sida l’occasion de répandre dans le monde l’influence de l’idéologie mystico-politique qui l’anime. Quelques participants courageux ont cependant dit que l’insistance mise par l’Administration américaine dans la promotion de son programme dit ABC (Abstain, Be faithfull and use Condoms) contribue de fait à la propagation de l’épidémie. La partie AB du programme, Abstinence et Fidélité, doit en effet recueillir 1/3 des sommes versées par les autorités américaines. En 2003, le gouvernement US s’était engagé à verser $15 milliards en 5 ans pour lutter contre le sida, ce qui veut dire que 5 milliards alimenteront des campagnes en faveur de l’abstinence et de la fidélité non seulement inutiles mais dangereuses . Selon Jodi Jacobson, du Center for Health and Gender Equity (Maryland), les gouvernements des pays pauvres sensibles aux pressions de l’idéologie américaine vont plus loin, puisque, comme en Ouganda, ce sont 60% des sommes destinées à la prévention qui servent à encourager l’abstinence…avec en conséquence une augmentation sans précédent des contaminations (et un gagne pain facile au bénéfice de ceux qui prêchent ladite abstinence).

Quand on constate cela, en Europe, on ne peut que se féliciter de vivre globalement dans des sociétés plus évoluées, grâce en particulier à la tradition laïque de l’action publique. La France est en pointe à cet égard. Selon les chiffres présentés par Acte up, la libéralisation de la vente des seringues y a diminué sensiblement les risques d’infection. Mais il semblerait (au conditionnel) que le gouvernement actuel s’interroge sur « la portée morale » de telles mesures et envisagerait de revenir en arrière. 23/08/06


L'Enjeu majeur des économies d'énergie

France Inter propose ce mois d'août à 9h une émission généralement instructive et orientée sciences, technologies et politique qui mériterait d'être poursuivie. Il s'agit de Cha Cha Tchatche de Olivia Gesbert. Nous y avons entendu le 23/08 Benjamin Dessus, ingénieur et économiste, qui préside l'association Global Chance, dont les cahiers qui paraissent 2 fois par an, sont disponibles sur le site d'Agora 21 dans la rubrique "bibliothèque". Le dernier numéro (n° 21-mai 2006) réunit des contributions autours de "Développement, Energie, Environnement: changer de paradigme" Voir http://agora21.org/global-chance/GC-N-21.pdf . Il était accompagné de José Lopez, Directeur du cabinet d'étude International Conseil Energie (ICA).

Tous les deux ont insisté sur un point essentiel, que les politiques se refusent à mettre en priorité des actions en faveur de la lutte contre l'effet de serre. L'effort immédiat à faire, capable de produire des maintenant des résultats, consiste à encourager les économies d'énergies. Certes, la recherche de sources d'énergie renouvelables, y compris le nucléaire, est utile et nécessaire, mais ces nouvelles sources arriveront trop tard pour éviter des dégradations irréversibles du climat. Les économies d'énergie supposent à la fois des encouragements à de nouveaux comportements des consommateurs mais aussi des investissements structuraux et des décisions publiques lourdes, par exemple en faveur des transports ferroviaires et des transports en commun. Or de telles mesures sont directement combattues par les industriels à l'encontre des intérêts desquels elles iraient: les industries pétrolières, l'automobile en premier lieu.

Les citoyens ont un rôle à jouer. Les prises de consciences individuelles sont utiles, mais elles n'auront qu'un effet marginal au regard de comportements directement impulsés par la puissance publique. Benjamin Dessus a repris le sempiternel exemple des 4/4. L'action citoyenne consistant à dégonfler les pneus de 4/4 peut avoir un effet pour alerter l'opinion. Mais il faut faire plus. L'achat de ces engins, terriblement consommateurs et terriblement dangereux pour les autres usagers de la route, ne répondant à aucune utilité sauf éventuellement pour l'agriculture de montagne, devrait être considérablement taxé. Il devrait en être de même de l'achat des scooters des mers. Tant pis pour les industriels et les revendeurs. Or il est à craindre qu'aucun candidat à la présidentielle ne propose de décourager fiscalement l'achat des 4/4. Il est vrai que ce serait électoralement peu productif pour lui, sauf à présenter cette mesure dans le cadre d'un programme complet, national et européen, visant à généraliser les économies d'énergie tout en investissant dans les énergies renouvelables. Mais là encore, il est à peu près certain qu'aucun candidat (ou candidate) à la présidentielle ne proposera un tel programme global.

* Un mot sur Agora21. Cette organisation joue un rôle utile et mérite d'être mieux connue. Elle semblait jusqu'à présent mettre tous ses efforts dans l'anti-nucléaire, ce qui pour quelqu'un comme moi est un peu court. Aujourd'hui, elle semble revenir à la raison en considérant que les énergies nucléaires seront utiles, parmi les autres mesures, et qu'il faut donc les encourager. Mais il est vrai que, dans la meilleure des hypothèses, elles ne couvriraient qu'à peine 10 à 12% des besoins de la planète d'ici 2030. D'où la nécessité de financer d'autres sources et, surtout, de financer les économies d'énergies, y compris dans les pays pauvres. 23/08/06


Honte aux professionnels français de la pêche au thon en Méditerranée

Les organisations syndicales de pécheurs de thon se comportent actuellement comme de véritables sauvages en interdisant l'accès du bateau de Greenpeace à Marseille, lequel voulait sensibiliser l'opinion à ce que l'Ifremer connait bien mais dont il ne parle pas, la disparition prochaine du thon en Méditerranée. Les 21 thoniers senneurs de la côte bloquent l'entrée du port et menace d'aborder le navire de Greenpeace. Les pécheurs français prétendent qu'ils respectent leur quota, ce qui est faux d'après les observations des scientifiques. Ils ont certes raison de souligner que la Méditerranée est devenue un champ clos où s'affrontent dorénavant de nombreuses autres flottilles n'ayant souvent pas d'origine locale, et dont les procédés de pèche sont scandaleusement destructeurs. La responsabilité de cela serait la hausse du prix de la viande de thon rouge, dont les Japonais et d'autres (salauds?) qui suivent la mode des sushis prétendent ne plus pouvoir se passer. Ils ont aussi raison de dire que Greenpeace s'en prend plus volontiers à la France, en général, qu'à d'autres pays moins accueillants politiquement. Mais ce n'est pas en évitant que l'on pose le problème en France que l'on permettra une prise de conscience internationale du fait que la Méditerranée est en train de perdre une de ses espèces les plus nobles. Ajoutons pour notre part que l'Europe est étrangement silencieuse sur cette question, alors que son dernier Livre Vert propose une politique maritime commune (voir http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2006/74/polmar.htm) 23/08/06


Raffarin et Chirac

Jean-Pierre Raffarin a eu des propos mesurés et sensés sur la situation politique actuelle, dans le 7/9 de France Inter du 23/08/06, comparés du moins aux récentes "sorties" d'un Nicolas Sarkozy. On peut supposer que son passage à l'antenne avait été encouragé par Jacques Chirac, qui a ainsi pu faire circuler le message très clair qu'il n'excluait pas de se représenter en cas de crise internationale grave. Je ne voterais certainement pas pour Chirac en ce cas, mais il est vrai que celui-ci a été le seul capable, comme l'a dit fort justement Raffarin, de donner à la France une posture internationale qui l'a fait sortir du lot.

Jacques Chirac l'a fait, ajouterais-je personnellement, en s'opposant clairement aux Etats-Unis. C'est bien la seule façon qui permettra à l'Europe d'exister, dans les prochaines années. Aujourd'hui, les cafouillages actuelles sur la composition et le rôle de la Finul au Liban montrent bien que, tant que les Européens accepteront de se faire instrumentaliser par les Américains et leurs alliés Israéliens dans l'actuel conflit, ils n'arriveront à rien - ou plutôt ils courront tout droit à de nouveaux désastres. On a vu à quoi le fait d'accepter d'être le "proxy" de l'Amérique au Moyen Orient a conduit Israël. Les Européens devraient en tirer les enseignements qui s'imposent. Leur premier message devrait être à l'intention des Etats-Unis, en leur disant clairement que ceux-ci n'ont rien à faire dans la zone. Mais je rêve. L'Europe n'a pas encore de stratégie de remplacement.

PS: retour à l'interview de Jean-Pierre Raffarin. J'ai noté que celui-ci, bon connaisseur de la Chine, pronostique que dans 20 ans ce pays aura remplacé les Etats-Unis dans le rôle de superpuissance. Il conseille à l'Europe d'établir dès maintenant une stratégie tenant compte de ce fait. Mais là encore, l'Europe en est loin. Et nos futurs candidats à la présidence semblent incapables de seulement concevoir de quoi il pourrait s'agir. 23/08/06

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