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Jean-Paul Baquiast

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Mardi 3 novembre 2 03 /11 /Nov 11:49

Articles éditoriaux


L'évolution démographique mondiale face aux ressources. Conséquences concernant l'Europe

15/10/2009

Les Européens s'inscrivent déjà, sans que ceci résulte de politiques délibérées, dans la "démographie soutenable" et dans la lutte contre certaines consommations gaspilleuses. Leur exemple pourra-t-il, s'il se confirme, servir de modèles aux autres peuples?


Avant propos

Il est difficile d'aborder ce sujet, même en s'efforçant de rassembler des arguments aussi objectifs que possible, sans se faire accuser de préjugés politiques visant pour l'essentiel à conserver les avantages comparatifs dont jouissent encore les sociétés « blanches » dites aussi occidentales. Il est bien évident que les sciences ne donnent pas d'arguments imparables en faveur des thèses, quelles qu'elles soient, concernant l'évolution des populations car celui qui produit ces arguments fait lui-même partie d'une catégorie donnée de population, et on peut le suspecter de présenter les « faits » d'une façon favorable aux intérêts de cette catégorie tels que celle-ci se les représente à un moment donné.

Mieux vaut alors lorsque l'on veut traiter ce thème, se donner d'emblée des postulats de départ et les afficher, sans trop se faire d'illusion sur la scientificité des arguments sur lesquels ils reposent. Une discussion peut alors s'engager avec ceux qui récusent ces postulats, à condition que ceux-ci à leur tour fassent l'effort, s'ils en sont capables, d'annoncer clairement leurs propres préjugés, plutôt qu'intenter des procès moralisateurs à ceux qui ne pensent pas comme eux.

Appliquons cette règle immédiatement. Nous postulons ici, à tort ou à raison :

- que l'expansion démographique en cours, la population passant de 7 milliards d'humains aujourd'hui à environ 9 milliards dans 50 ans, sera très difficilement supportable par les écosystèmes. Par ailleurs elle modifiera profondément les poids respectifs, en termes de population, des grands ensembles géopolitiques actuels.
- que cette expansion sera imparable. Il faut donc s'y préparer et tenter d'en limiter les dégâts
- que les investissements technologiques envisageables sur la même période seront impuissants à répondre aux exigences d'harmonisation des niveaux de vie, ne fut-ce qu'au niveau des besoins primaires.
- que le métissage se généralisera au plan génétique.
- qu'à l'inverse, les antagonismes entre cultures, liés à des antagonismes d'intérêts, risqueront de s'accentuer.
- que par conséquent l'Europe ne pourra pas échapper à ces évolutions. Là encore, il vaudrait mieux que les Européens s'y préparent plutôt que s'accrocher à des spécificités qu'ils ne pourront pas défendre.

Ces postulats, ainsi énoncés, sont là pour être discutés. Le sujet est trop vaste pour le traiter en profondeur ici. Bornons nous à présenter quelques points méritant selon nous discussion. La question de fond est évidemment celle de la relation entre effectifs démographiques et ressources disponibles. L'histoire a montré que les humains ont toujours réussi, non sans difficultés, à faire croître les ressources au prorata de la croissance des effectifs. Il semble aujourd'hui que cette solution ne soit plus possible.


Les effectifs

Concernant les effectifs, les experts prévoient que la population mondiale devrait se stabiliser vers 2050. Ceci bien sûr sauf changements toujours possibles dans la natalité et la mortalité. Aujourd'hui, 75 millions d'humains s'ajoutent chaque année aux effectifs actuels, lesquels ont doublé entre 1965 et aujourd'hui. La croissance démographique affecte essentiellement les populations les plus pauvres et les plus menacées par le changement climatique. Dans de nombreux pays émergents ou riches (Japon, Russie, Europe), elle est au contraire en voie de stabilisation ou déjà en récession. Cependant, même dans les pays pauvres, par exemple en Afrique, la croissance devrait devenir faible ou nulle à la fin du siècle, le nombre d'enfants par femme passant d'environ 5 de nos jours à sans doute 1,85 vers 2050.

Certains géographes estiment dans ces conditions que l'humanité est en voie de passer le cap dangereux d'une croissance exponentielle. Ils craignent même qu'au-delà, les humains ne puissent renouveler leurs effectifs. Il en résulterait divers inconvénients dont notamment le vieillissement. Mais parler de chiffres de population sans les rapprocher de l'estimation des ressources disponibles n'a pas grand sens.


Les ressources disponibles

A son tour, la notion de ressources est dans l'absolu peu significative. La discussion est biaisée par la sous-estimation des besoins du tiers monde comparés à ceux des pays dits développés. Qu'on le veuille ou non, par simple effet de mimétisme, les standards de consommation des pays riches seront revendiqués par les populations pauvres, au fur et à mesure que leurs effectifs diminueront et qu'en conséquence leurs niveaux de vie s'élèveront. A cela s'ajoutera le fait que les coûts environnementaux de chaque nouveau million d'humain seront supportés par des milieux naturels de plus en plus incapables de répondre. Compte tenu de la saturation des milieux naturels, voire de leur dégradation accélérée, on peut estimer que si un ou deux milliards d'humains voient dans les cinquante prochaines années leur niveau de vie s'améliorer, ne fut-ce faiblement, il demeurera un volant d'ajustement d'environ un milliard de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté, c'est-à-dire ravagés par des famines et des épidémies.

En l'absence d'un souhaitable mais aujourd'hui totalement improbable partage des biens de consommation (nous y reviendrons), les Etats pauvres hébergeant ces populations verront donc s'effondrer leurs actuelles structures sociales, déjà totalement inadéquates. Cela sera le cas sans doute d'un pays comme l'Ouganda, qui devrait voir sa population passer de 33 à 90 millions d'ici 2050.


Les politiques volontaristes

Même s'ils font l'objet de politiques d'investissement et de recherche très volontaristes, les progrès éventuels dans les modes de production, en agriculture ou dans le domaine industriel, ne pourront pas permettre d'augmenter sensiblement les ressources disponibles, compte tenu de leurs coûts financiers et surtout environnementaux. Dans le même temps, la pollution des eaux, des sols et de l'air continuera à s'aggraver, rendant de plus en plus de régions difficiles à habiter. S'y ajouteront les facteurs (désertification, inondations) dus sur 50 ans au très probable réchauffement climatique.

En matière de contrôle de la natalité, les seules politiques possibles concernent la diminution volontaire de la fertilité des pays pauvres (à supposer que les pays concernés veuillent les adopter). Or, les politiques « autoritaires » visant à limiter les naissances, très critiquées aujourd'hui, restent nécessaires mais ne suffisent plus. Les seules mesures efficaces reposent sur l'élévation des niveaux de vie et l'éducation des filles. Mais elles ne peuvent agir que très lentement. Sinon ce seront les famines, les maladies et les guerres qui feront la différence. Mais là encore, ces facteurs (évidemment inacceptables mais sans doute inévitables) n'agiront que relativement lentement.


Les inégalités entre les riches et les pauvres

Il s'agit de la raison essentielle à la base des déséquilibres entre populations et ressources. Il se résume en quelques chiffres. Aujourd'hui, en matière de production de gaz à effet de serre, qui résume bien la répartition de la richesse, 500 millions des humains les plus polluants, soit 7% de la population, sont responsables de 50% des émissions. A l'inverse les 50% restant ne produisent que 7% des émissions. En termes de consommation, les 300 millions d'Américains consomment autant sinon plus que le milliard de Chinois. 1)

On peut citer un autre chiffre qui n'est pas simplement anecdotique. Il est au contraire hautement révélateur. On calcule que l'empreinte écologique (écological pawprint) d'un animal de compagnie, chien et chat, nourri dans les pays riches avec les meilleurs aliments disponibles, est équivalente en moyenne à la moitié de celle d'un paysan indien ou asiatique. Les dégâts sur l'environnement sont sans doute supérieurs. Or l'animal de compagnie ne produit rien d'indispensable à la survie, puisqu'il n'est pas transformé en nourriture comme les animaux d'élevage 2)


Arguments techno-optimistes

On doit les mentionner, car ils sont souvent évoqués. La plupart reposent sur la croyance aux possibilités insoupçonnées et imprévisibles de la technique. Mais on peut penser que ces arguments dissimulent la peur d'affronter les dures réalités résumées ci-dessus. Nous pensons pour notre part que si des progrès techniques sont en principe envisageables, ils ne changeront pas radicalement la relation entre population et ressources disponibles, au niveau de la Terre considérée comme un système global. Ceci pour les raisons déjà indiquées, notamment les coûts et délais nécessaires.

Il est un facteur par contre auquel la plupart des observateurs et des scientifiques ne pensent pas, car il est peu orthodoxe. Il reposerait sur l'existence de macro-mécanismes inconscients susceptibles de jouer dans les populations humaines comme dans toutes les espèces, y compris les bactéries, lorsque la population croît au-delà des ressources disponibles. Il s'agit de ce que l'on nomme le « quorum sensing », autrement dit la perception inconsciente des limites à ne pas dépasser pour que la population survive à sa propre croissance. Ce mécanisme se traduirait par une régulation spontanée non seulement de la croissance démographique mais surtout de la consommation, y compris et surtout dans les populations les plus gaspilleuses, les Etats-Unis et l'Europe. On pourrait attribuer au quorum sensing la vogue grandissante, soutenue par les réseaux de communication et les médias, des pratiques de décroissance en matière de consommations matérielles, à commencer par les plus polluantes.

Une volonté de partage des ressources pourrait aussi en découler, bien qu'un tel partage suppose un poids des comportements « altruistes » qui ne correspond sans doute pas au poids des comportements « égoïstes ». Cependant, la « peur des catastrophes » (fear factor) de plus en plus répandue serait un puissant motif pour l'adoption de comportements moins égoïstes, bien plus efficace que les arguments se voulant scientifiques.

Ceci dit, dans les deux cas, la croyance dans les possibilités futures des technologies afin de répondre aux besoins d'une démographie croissante et la croyance, alternative ou simultanée, dans la capacité des populations à auto-réguler leurs consommations sont, comme tous les arguments évoqués ici, des postulats à l'appui desquels on ne peut pas apporter d'arguments scientifiques indiscutables.

Perspectives pour l'Europe

Les Européens sont, derrière les Américains et quelques nouveaux riches des pays émergents, les premiers responsables de l'hyperconsommation par tête d'habitant qui contribue, tout autant que l'hypernatalité des pays pauvres, à la destruction des écosystèmes. On pourrait donc penser que, s'ils se sensibilisaient aux nécessités et pratiques de la décroissance raisonnée telle qu'évoquée ci-dessus, les bénéfices globaux ne seraient pas négligeables.

Mais un autre facteur joue déjà, qui est la décroissance de leur natalité et le vieillissement relatif qui en découle. En Italie et en Allemagne, 1 personne sur 7 sera âgée de 80 ans et plus en 2050. A cette date l'Allemagne aura perdu 8 millions d'habitants. Les pays voisins, notamment en Europe centrale et orientale, verront leurs zones rurales quasi désertifiées. Mais l'environnement n'en bénéficiera pas pour autant, car les coûts par tête d'habitant des réseaux d'épuration ou de fourniture d'énergies propres augmenteront en proportion, ce qui limitera leur efficacité.

La solution généralement envisagée pour remédier à la baisse de la natalité en Europe est l'appel à l'immigration. Celle-ci, selon nous, se produira sur de vastes échelles, que les gouvernements le veuillent ou non. Il en résultera dans la meilleure hypothèse des métissages pacifiques, dans la pire des conflits inter-ethniques. Pourrait-on cependant limiter l'immigration de façon à ne pas dépasser un seuil de soutenabilité. C'est ce que pense Reiner Klingholz, directeur de l'institut berlinois pour la population et le développement 3)

Une Europe à la démographie soutenable supposerait la combinaison d'un certain nombre de politiques publiques capables comme en France, Grande Bretagne et Suède d'assurer à partir des populations autochtones un taux de fertilité aux alentours de 1,8. Le reste serait assuré par l'immigration. Mais celle-ci devrait être contenue dans des limites fixées à l'avance et négociées avec les pays de provenance. Il s'agirait d'une sorte d'immigration choisie que beaucoup de spécialistes estiment très difficile à appliquer, notamment au niveau de l'Europe toute entière. Mais on peut y réfléchir.

Dans le même temps, la stabilisation de la population européenne, dans un monde où la population globale continuerait à augmenter fortement, comme rappelé plus haut, ne serait supportable que si les Européens bénéficiaient d'un effort accru de formation et de qualification, au profit de tous les citoyens. L'Europe ne pourrait pas tolérer sur son sol la présence de populations marginalisées et sous-privilégiées. Il faudra élever tout le monde ou périr. S'ils réussissaient le pari de l'intelligence, souvent évoqué mais jamais atteint à ce jour, les Européens se doteraient alors d'un potentiel d' « auto-défense » spontanée très utile à leur survie. L'assimilation volontariste des immigrés (opposée à l'acceptation passive du multiculturalisme), qui est la condition indispensable au maintien de la cohésion des sociétés européennes, serait à ce prix.

Notes
1) Voir Millenium assessment of human behaviour http://mahb.stanford.edu/
2) Voir Robert et Brenda Vale. Time to eat the Dog. The real guide to sustainable living. Victoria University, Wellington, New Zealand
3) Voir l'étude Europe's Demographic Future – Growing regional imbalances. Berlin



Réindustrialiser l'Europe, l'autre enjeu majeur

17/10/2009

Face à la nécessité de la sortie de crise, les grands Etats européens n'envisagent que des mesures étriquées, reposant sur une relance de la consommation et un élargissement de la concurrence entre agents économiques. Nous avons souvent ici défendu la thèse selon laquelle l'Europe ne survivra à la compétition avec les grands Etats que si elle est capable non seulement de conserver ses industries, mais de se réindustrialiser. Qu'est-ce que cela signifie?

Les grands Etats européens semblent incapables de s'unir sur des objectifs ambitieux et coordonnés de sortie de crise et de relance de la croissance. Ils semblent ne pouvoir fonder celle-ci que sur une relance de la consommation des ménages, quels qu'en soient les coûts sur l'environnement et sur le montant des importations. La France est un peu plus ambitieuse, puisqu'elle discute actuellement le projet d'un emprunt qui serait consacré à des investissements structurels. Mais on aurait pu attendre un peu plus d'ambition d'un pays qui avait lancé à la Libération les fameux Plans Monnet ayant permis la réindustrialisation. Face à la crise qui n'a pas cessé de peser sur le monde, comme à la concurrence des grands Etats européens et extra-européens, la France devrait élaborer un programme global d'équipement qui mobiliserait toutes les ressources disponibles.

Le gouvernement français n'en montre pas le chemin. Plutôt que s'interroger sur la façon dont l'emprunt sera financé, il faudrait dès maintenant décider d'affecter aux investissements correspondants le maximum des ressources fiscales correspondant aux mesures de détaxation qui encouragent des consommations gaspilleuses : le montant des niches fiscales, celui du bouclier du même nom et, bien entendu, ce qui a été consacré à diminuer la TVA sur la restauration. On atteindrait alors sans difficulté les 80 à 100 milliards, bien davantage donc que les petits 30 à 40 milliards que l'on envisage d'emprunter. Pourquoi ne pas faire les deux ?

Les autres Etats européens, sans procéder de cette façon, pourraient eux aussi trouver des ressources pour participer de façon coordonnée au grand programme de réindustrialisation évoqué ici, si la France lançait le mouvement.


De quoi s'agirait-il donc ?

Se réindustrialiser ne voudra pas dire conserver des industries traditionnelles sans leur faire prendre le virage des nouvelles technologies. Ainsi se battre pour garder des usines automobiles, des équipementiers et des fabricants de pneus tels qu'ils étaient il y a 10 ans n'a pas de sens. Il faut s'interroger pour savoir si l'Europe a besoin d'une industrie automobile. La réponse est oui. Et dans ce cas, sous quelle forme ? La réponse est : pour produire des véhicules radicalement innovants, correspondant aux besoins d'une société devenue économe en énergie et en transport. Cela impose des réformes technologiques et industrielles profondes et difficiles. Il en est de même pour tous les secteurs industriels actuels

Réindustrialiser l'Europe voudra aussi dire exploiter à plein les ressources des sciences et technologies émergentes, qui font maintenant l'essentiel des investissements industriels dans les pays concurrents : nanotechnologies, infotechnologies, technologies de l'information et de la connaissance.

Réindustrialiser l'Europe voudra enfin dire s'inscrire dans les grands programmes de ce siècle : l'espace, l'océanographie, la conservation des espèces, la prévention des effets du réchauffement climatique – sans oublier la défense. L'Europe dispose là de compétences immenses, qui ne demanderaient qu'à s'investir pour peu qu'elles soient encouragées.

Toutes les activités correspondantes jouent un rôle décisif pour l'emploi, le pouvoir d'achat, la recherche et finalement l'exportation. Bien plus, elles sont capables de soutenir le moral des citoyens en leur montrant que les pays du continent sont décidés à maîtriser les secteurs d'avenir essentiels aussi bien que ne le fait le reste du monde.


Aujourd'hui, l'Europe continue à tuer son industrie

Malheureusement, pour le moment, ni les Etats membres ni surtout les institutions européennes n'aident à cette nécessaire réindustrialisation. En raison de la multiplication des mesures en faveur de la compétitivité par la concurrence, l'Europe est en train de tuer son industrie. Or, la restructuration du secteur financier, comme de l'industrie, exige des regroupements. La répression de ceux-ci empêche les entreprises européennes d'atteindre le poids nécessaire face aux cartels américains, russes, chinois et indiens. L'accumulation des sanctions paralyse les initiatives. Ainsi, les amendes prononcées par la Commission européenne sont passées de 566 millions d'euros entre 1990 et 1994 à 9,5 milliards entre 2005 et 2009, entraînant faillites et délocalisations.

Au plan des normes pourtant nécessaires, le fait que ceux qui les adoptent ne soient pas protégés à l'intérieur de frontières communes face à des Etats qui polluent sans compter, provoque l'exode des investissements et des emplois industriels, paralyse la production et l'innovation.

La politique monétaire européenne enfin reste guidée par une conception archaïque de l'indépendance de la banque centrale, alors que partout dans le monde, les homologues de celles-ci sont soumises directement au pouvoir politique. Pour la BCE, l'objectif demeure de lutter contre l'inflation alors que c'est la stagflation qui pénalise l'Europe. La surévaluation volontaire de l'euro constitue, nous l'avons déjà indiqué, un péril mortel pour les entreprises européennes fussent-elles les plus compétitives techniquement, dans un contexte de déflation et de dévaluation compétitive du dollar et des monnaies asiatiques. Nous ne sommes pas assez naïfs pour penser que la parité euro/dollar dépend uniquement des décisions de la Réserve Fédérale et de la Banque de Chine. Elle flotte au gré des marchés. Mais à l'inverse, on ne croira pas que les décisions prises par les gouvernements ayant la tutelle de ces banques centrales n'aient pas de conséquence sur les taux de change.

Il est donc urgent que le gouvernement économique de l'Europe soit enfin mis sur les rails, autour des nécessités de la réindustrialisation telle que définie ici, de la protection compétitive des compétences européennes et de l'encouragement à la recherche fondamentale.


Agriculture : un enjeu européen majeur
12/10/2009

"Le monde agricole est en train de crever" lancent à l'intention de Nicolas Sarkozy et de l'Union européenne les nombreux manifestants qui ont coupé les rues de plusieurs grandes villes de France, notamment les Champs-élysées à Paris le 17 octobre. Le mouvement initialisé par les producteurs de lait a été repris depuis une semaine par de nombreuses autres catégories de producteurs. Mais ce ne seront pas des mesurettes qui pourront régler le problème.

Tous les agriculteurs dans l'immédiat demandent une hausse des prix des produits agricoles pour couvrir les coûts de revient. Selon la FNSEA, leurs revenus ont baissé de 20% en 2008, une situation qui devrait s'aggraver en 2009. Selon l'Insee, les prix des principaux produits, lait, légumes, fruits, viticulture, viande ou céréales, ont baissé en août de de 2,5% par rapport à juillet et de 15% sur un an.

Nicolas Sarkozy a promis différents soutiens dont on ne sait rien encore à la date où cette note est écrite. Pour sa part, Bruxelles devrait annoncer lundi une enveloppe d'environ 300 millions d'euros pour aider les producteurs de lait européens. On ne sait ce qu'il en sera d'autres aides d'urgence, et surtout de la façon dont elles seront réparties, entre professions et entre pays.

Les agriculteurs français imputent la baisse de leurs revenus à la politique agricole commune dont les interventions actuelles sont jugées de moins en moins bien adaptées. Il est certain que supprimer celle-ci serait aussi aberrant que la conserver en l'état. Mais ils s'en prennent aussi aux grands industriels et aux distributeurs qui achètent leurs produits à des prix toujours plus bas, sans pour autant répercuter ces baisses dans les prix de vente au détail. Il s'ensuit que la demande des consommateurs finaux est indûment freinée alors que de plus en plus de personnes en France se trouvent aux alentours ou au dessous du seuil de pauvreté.

Notons cependant que, pour beaucoup d'économistes, dont la foi dans le néolibéralisme est sans faille, les difficultés actuelles des agriculteurs sont conjoncturelles et devraient donc diminuer avec le retour attendu de la reprise. Elles tiennent à la diminution générale des revenus des consommateurs et aux réticences croissantes des banques à faire crédits aux exploitations endettées. On peut toujours compter là-dessus...et boire de l'eau.


La place de l'agriculture dans le monde

Les explications des experts sont-elles suffisantes ? On ne peut que s'étonner de voir le renversement complet de point de vue concernant la place de l'agriculture dans le monde et le rôle particulier des agriculteurs européens en tant qu'atout stratégique pour nos pays peu pourvus en ressources naturelles non agricoles. Aujourd'hui, on affirme aux agriculteurs qu'ils produisent trop et par ailleurs de façon nuisible pour l'environnement. Il y a un peu moins d'un an, l'idée s'était répandue que l'Europe, encore relativement bien pourvue en eau et en terres agricoles, devait encourager ses exploitants à intensifier leurs productions, dans tous les domaines y compris les bio-carburants et le bio, en visant tout autant l'exportation que les marchés intérieurs. Les métiers de la terre et plus généralement de l'économie rurale étaient présentés aux jeunes comme des métiers d'avenir.

Ces fondamentaux ont-ils changé ? Il est certain qu'à long terme, contrairement semble-t-il aux prévisions de la FAO, le nombre des personnes mal nourries dans le monde (estimé aujourd'hui à 1 milliard au moins) ne pourra qu'augmenter : désertification, aridité, inondations, conflits divers ne feront que s'accroître et continuer à bouleverser les agricultures traditionnelles. Mais cela ne voudra pas dire pour autant que les exportations agricoles européennes seront les bienvenues. Les exportations et même les aides alimentaires provenant des pays riches sont de plus en plus rejetées par les pays pauvres, qui préféreraient bien au contraire pouvoir reconstituer leurs agricultures traditionnelles. Beaucoup s'y emploient, notamment la Chine et l'Inde, mais les investissements pour ce faire sont considérables et on ne voit pas comment, à échéance d'une génération, avec l'aggravation des conditions climatiques, la Chine, l'Inde, le Bangladesh, les pays d'Asie du sud-est, entre autres, pourraient devenir auto-suffisants.

L'on voit au contraire s'amorcer une tendance bien plus inquiétante, effet du libéralisme sauvage qui continue à régner dans le monde, y compris dans des domaines aussi importants que ceux des subsistances et de la santé. Des capitaux spéculatifs provenant aussi bien de Chine que des pays du Golfe louent à très long terme, en expropriant les exploitants locaux, des dizaines de millions d'hectares de terres fertiles, principalement en Afrique, afin de les consacrer à l'exportation ou aux agro-carburants, cultures dont les compagnies exploitantes conserveront évidemment les bénéfices.

Dans l'immédiat, ce ne sera donc pas sur la perspective de nourrir les futurs 10 milliards d'humains que les agriculteurs européens pourraient compter, contrairement à ce que certains s'imaginent naïvement encore. Ce ne sera pas davantage sur le jeu des marchés et de la concurrence, qui ne fera qu'accentuer les disparités et la baisse des revenus des producteurs. Nous avons plusieurs fois constaté ici que l'Europe ne survivra pas dans le domaine de l'énergie et des industries si de véritables mesures de production planifiées, s'appuyant sur une quasi nationalisation du secteur des banques et des assurances, fortement protégées par ailleurs aux frontières, n'étaient pas mises en œuvre. Il en sera de même pour l'agriculture. L'agriculture et l'aménagement du territoire qu'elle permet d'assurer constituent un atout essentiel pour les européens, qu'il ne faut pas laisser perdre.


Une planification à grande échelle

Mais ceci ne signifiera pas laisser faire n'importe quoi aux agriculteurs, notamment en termes d'utilisations d'intrants chimiques et de machinisme lourd. Parallèlement, on ne devra pas laisser les industries agro-alimentaires et les grandes distributeurs profiter des soutiens qui seraient accordés aux agriculteurs pour récupérer en pressurant ces derniers l'essentiel des aides qui leurs seraient attribuées. Finalement enfin, il faudra faire comprendre aux organisations de consommateurs que ceux-ci n'ont pas à exiger une baisse continuelle des prix au détail et une augmentation continuelle de la variété et de la prétendue qualité des conditionnements. Il serait tout à fait possible de fixer des prix de référence à long terme, par exemple pour le lait, sauvegardant les intérêts des diverses parties prenantes à la chaîne de production-consommation. S'il faut aider par des mesures spécifiques les populations européennes aux alentours du seuil de pauvreté, il n'est pas sain à divers égards d'encourager la consommation gaspilleuse et son cortège de conséquences sur la santé.

Ajoutons pour compliquer le tableau que la protection des marchés intérieurs s'imposera au prorata de la mise en place de ces diverses méthodes d'organisation de la production et de la distribution. Il faudra absolument éviter que les efforts des pays européens en faveur du secteur agro-alimentaire ne soient rendus inutiles par des importations venant de pays ne respectant pas les normes européennes, même si ces importations sont le fait de la grande distribution européenne.

Mais quelles autorités, au niveau des Etats et de l'Union européenne, pourraient-elles se charger de ces vastes opérations de régulation et de planification ? Quels seront les interlocuteurs des pouvoirs publics, dans les différentes catégories de producteurs, d'intermédiaires et de consommateurs concernées ? Comment seront compensées les disparités entre pays européens, particulièrement sensibles dans le secteur agricole ? Comment seront ménagés les intérêts collectifs à long terme comme ceux des forêts ou de la protection des écosystèmes ? Nous n'avons évidemment aucune solution pratique à proposer aujourd'hui. Peu d'experts en auraient.

C'est bien la raison pour laquelle les gouvernements, à commencer par l'omni-président Sarkozy qui promet de tout régler mais qui ne règle jamais rien, devraient se voir taxer par les citoyens de l'obligation de proposer, non seulement des aides d'urgences, mais des réorganisations radicales sur le modèle de celles que nous avons esquissées ici. Les agriculteurs, pour leur part, devraient le comprendre et être les premiers à le demander, y compris en s'organisant en coopératives dans les nombreux domaines où ils ont renoncé à prendre en mains leur avenir.



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Par Jean-Paul Baquiast
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Vendredi 16 octobre 5 16 /10 /Oct 22:30

Articles éditoriaux

Traité de Lisbonne : bien mais ne pas s'en tenir là
04/09/2009

Ceux qui comme nous déplorent la lenteur avec laquelle les institutions européennes s'engagent dans la construction de l'Europe puissance qui sera nécessaire pour faire face à une crise mondiale grandissante en étaient arrivés à souhaiter que les Irlandais revotent Non au référendum sur le Traité de Lisbonne. De ce pire aurait pu sortir le meilleur.

Comme de toutes façons, il aurait fallu lancer de grands programmes économiques et sociaux pour résister à la pression d'un monde décidé à ne faire aucun cadeau aux Européens, ces programmes auraient pu être engagés dans le cadre de la coopération renforcée prévue par le Traité de Nice. Ne réunissant que quelques pays désireux d'aboutir au lieu d'obliger à rechercher l'accord de 27 pays traînant les pieds, de tels programmes auraient permis de donner un sens concret à la vision de ceux qui croient à l'Europe.

Mais que l'on ne s'y trompe pas. De telles coopérations renforcées seront toujours possibles dans le cadre du Traité de Lisbonne. Rien n'y empêchera les pays désireux d'innover ensemble de s'accorder, au-delà des limites posées par les textes à des actions engageant l'ensemble du dispositif européen. Des programmes comme ceux auxquels Joschka Fischer faisait allusion dans l'interview commenté par ailleurs sur ce site : liaisons ferroviaires, projets industriels et scientifiques innovants, pourraient plus que jamais être lancés, s'il se trouvait 3 ou 4 Etats décidés à s'y investir. Même si les nouveaux représentants politiques de l'Union : le président, le ministre des affaires étrangères, le Parlement ne prennent pas eux-mêmes l'initiative de tels projets structurants, ils ne pourraient pas les empêcher. En fait, ils seraient obligés de s'y rallier. Ainsi, au-delà des textes, une véritable Europe fédérative pourrait recommencer à avancer, pas par pas.

Ceci dit, quel que soit les textes constitutionnels, de telles actions de coopération renforcées demandent des gouvernements décidés à s'unir sur de grandes ambitions. La médiocrité des hommes et femmes politiques s'intéressant à l'avenir de l'Europe, aujourd'hui, que ce soit au sein des gouvernements ou dans les oppositions, fait craindre qu'il n'en soit rien, et pour longtemps. Mais tout peut changer. Avec l'aggravation, répétons-le, de la crise systémique qui est engagée, les peuples européens en danger comprendront que sans union, ils ne pourront s'en sortir. Le même réflexe qui a poussé les Irlandais a voté Oui à l'Europe poussera les opinions à accepter le renforcement d'une Europe sans laquelle il n'y a pas de salut possible.

Nous ne savons pas si l'on peut considérer comme une coopération renforcée les projets franco-allemands de relance des relations institutionnelles entre les deux pays dont on discute actuellement dans les chancelleries. Si ces projets (indispensables à nos yeux) aboutissaient, ils donneraient en tous cas un signal très encourageant en vue d'autres types de coopération.


Dollar versus euro
23/09/2009

La dépréciation continue du dollar, avec celle du yuan chinois qui lui est associée, met une fois de plus l'Europe et ses exportations facturées en dollars dans une situation calamiteuse. Tous les industriels européens le disent. Ils menacent périodiquement de délocaliser plus encore leurs productions dans la zone dollar. Mais ces dangers majeurs pour l'économie européenne ne semblent inquiéter ni les gouvernements ni la Banque centrale européenne.

Faudra-t-il attendre le salut d'un effondrement du dollar en tant que monnaie de réserve. On en parle régulièrement, mais on ne voit rien venir. Ceci parce que les détenteurs d'épargnes en dollars ne se sont pas encore mis d'accord sur une solution susceptible de sauver leurs placements.

Le montant des bons du Trésor américains achetés par la Chine sont anxieusement étudiés et analysés mensuellement par les investisseurs, les spéculateurs mais également par des Etats et organisations autour du monde qui, ne souhaitant pas encore se désengager complètement du dollar, craignent cependant d'y être restés investis au cas où la Chine s'en retirerait. Celle-ci, pour sa part, bien que plaidant de plus en plus ouvertement pour une autre devise de réserve mondiale voire pour un panier de devises qui remplacerait le dollar, connaît trop bien les marchés pour y dévoiler ses intentions quant à une réduction prochaine, et en quelles quantités, de ses immenses réserves libellées en dollars.


Mais il n'y a pas que les épargnants chinois à prendre en compte. On estime que divers intérêts, privés ou étatiques, dans des pays comme Abu Dhabi, l'Arabie Saoudite, le Kuwait et le Qatar détiennent environ 2.000 milliards de dollars. Que se passerait-il s'ils décidaient de diminuer leurs réserves, d'un mouvement concerté ou en catastrophe ? En effet, une dépréciation soudaine - pour l'instant bien contenue - du dollar ne serait pas tant le fait de Banques Centrales soucieuses de diversification que d'organismes privés susceptibles de décisions spéculatives inopinées.


Il est indéniable que le monde entier, surchargé de dollars, est conscient de la perte progressive et maintenant inéluctable du statut de celui-ci. Déficits publics massifs qui atteindront prochainement 100 % du P.I.B., liquidités généreusement offertes aux banques aux frais du contribuable, Réserve Fédérale Américaine dont la planche à billets fonctionne sans interruption sont autant de facteurs qui préludent à un abandon massif du dollar, lequel est aujourd'hui la première devise d'emprunt au monde grâce à ses taux zéro. Une tempête révélatrice de l'état d'esprit ambiant avait du reste été déclenchée la semaine dernière par le journaliste Robert Fisk selon lequel les pays producteurs arabes de pétrole auraient convenu avec la Chine, le Japon et la France de libeller dans neuf ans le commerce de brut en un panier de devises incluant le Yuan, le Yen, l'Euro et à hauteur de 50% d'or. La France pour sa part a démenti toute participation à ces discussions. Mais...


Il est vrai cependant qu'une décision majeure avait été adoptée lors du précédent G 20 de Pittsburgh : l'émission de Droits de Tirage Spéciaux (DTS) par le F.M.I. pour un montant de 250 milliards de dollars. Ces droits permettent de consentir des prêts aux pays en difficulté le souhaitant. Or ils sont constitués d'un panier de devises et non de dollars. Comment ne pas y voir un début d'abandon du dollar comme étalon monétaire ? Joseph Stiglitz aurait d'ailleurs récemment affirmé que les DTS remplaceraient le billet vert comme première monnaie de réserve au monde dans moins d'un an ?


Précédemment, la Chine avait proposé la création d'une référence autre que les DTS. Elle serait indexée sur une trentaine de matières premières dont l'or, un peu à l'image du "Bancor" imaginé en 1944 par Keynes et dont l'objectif était de stabiliser les échanges internationaux en gardant une certaine maîtrise sur les prix des matières premières...L'objectif était, selon les termes du président de la Banque Centrale Chinoise, de créer une monnaie de réserve déconnectée des nations et stable sur le long terme en supprimant les déficiences inhérentes à la création de crédit susceptible d'affecter individuellement les monnaies nationales.


Ce projet a été mis en sommeil, mais beaucoup de pays semblent souhaiter que la question soit reprise à l'occasion d'un futur G20 (ou G +) consacré exclusivement aux questions de change. Si l'Europe osait affirmer son indépendance vis-à-vis des Etats-Unis, elle devrait nécessairement relancer cette idée. Il pourrait en résulter une dévaluation bienvenue de l'euro par rapport au dollar et au yuan, qui permettrait aux exportations européennes de reconquérir des marchés. Nous pensons, contrairement aux craintes de la BCE relatives à un enchérissement des importations européennes et à un risque d'inflation, qu'une telle opération galvaniserait les économies européennes. Mais un ralliement de l'Europe à cette thèse serait nécessairement perçu comme une déclaration de guerre par les Etats-Unis. Il faut pourtant savoir ce que l'on veut.


Commentaire de Joseph Leddet


Je commence pour ma part à m'interroger sur la possibilité de glissement d'un marché directeur des changes (dollar/euro/yen), soit 75 % de la masse monétaire mondiale, vers un marché des changes (dollar/euro/yon), où le yon –nouvellement créé- serait un mix, une fusion entre yuan et yen, couvrant à terme l'ensemble de l'Asie (Inde comprise).
Cela pose toutefois un double problème, politique et financier, dans la mesure où :
1/ le Japon insulaire est en pire face à la Chine ce qu'est le Royaume-Uni face à l'Europe continentale ( i.e. des ennemis intimes), d'où une aversion de base à mélanger leurs monnaies (cf. maintien actuel sine qua non de la livre face à l'euro) ; la création du yon risque ainsi de ne pas être un long fleuve tranquille ;
2/ comme nouvelle devise, le yon devrait faire ses preuves dans la redoutable arène du marché des changes, ce qui n'est a priori pas évident (cf. exécution du rouble, récemment libéralisé, par le marché en 2008…) ; mais ce point me semble moins crucial que le précédent, compte tenu des sous-jacents concernés (cf. poids économique considérable de l'Asie dans le PIB mondial).


Le danger chinois n'est pas militaire
02/10/2009

Les Européens, comme d'ailleurs les Américains, auraient tort de fantasmer sur les risques pouvant émaner d'une grande puissance militaire et policière telle que la Chine, puissance rappelée à l'occasion des fêtes en l'honneur du 40e anniversaire du régime. Le danger que recèle la Chine, pour ceux qui ne sauraient pas s'en défendre, est ailleurs.

Si les festivités du 1er octobre à Pékin et dans diverses grandes villes ont été l'occasion pour le régime d'une démonstration de force exaltant la puissance de la Chine du XXIe siècle, notamment au plan militaire, elles ont montré également la prévention musclée à l'égard de manifestations populaires provenant de certaines minorités ou, plus simplement, de mouvements citoyens réclamant plus de libertés.


Mais les Européens, comme d'ailleurs les Américains, auraient tort de fantasmer sur les risques pouvant émaner d'une grande puissance militaire et policière. Le danger que recèle la Chine, pour ceux qui ne sauraient pas s'en défendre, est de l'ordre de la concurrence systémique. Le poids économique d'une puissance de plus d'un milliard de personnes résolues à atteindre le niveau de vie de ce que l'on appelle encore l'occident parait absolument irrésistible, si l'on part du principe, cher au capitalisme libéral, que ledit occident ne doit pas faire appel pour se protéger de la concurrence par des solutions étatiques stigmatisées sous le nom de patriotisme industriel et de protectionnisme.


Les Etats-Unis y viendront certainement malgré les résistances de leurs banques et grandes industries qui espèrent encore profiter du marché chinois pour faire des affaires (cf. l'affaire dite du pneu). Pour ce qui concerne l'Europe, ce serait sans attendre, au plan évidemment de l'Union européenne toute entière, qu'il faudra se résoudre à protéger ce qui reste d'investissements et d'entreprises. La concurrence chinoise, toute « pacifique » qu'elle soit, ne va pas tarder à faire de l'Europe un désert économique 1).


On l'a dit et répété, comment résister à des importations chinoises qui se moquent des normes environnementales et sociales s'imposant progressivement dans l'Union ? Comment résister à des fonds d'investissements chinois dotés de plus de 1.000 milliards de dollars de réserves qui commencent à racheter tout ce qui bouge encore en Europe ? Seule une action coordonnée des Etats européens, autour de frontières communes solides, dans un climat franchement accepté de guerre économique, permettrait à l'Europe de survivre. Jusqu'à quel niveau la menace chinoise devrait-elle s'élever pour nous en convaincre ?


1) Désertification accélérée par la cupidité du capitalisme européen. Ne vient-on pas d'apprendre que les fonds d'investissements Colony Capital et le très français Groupe Arnault, qui détiennent une petite mais suffisante partie du capital de Carrefour, viennent de décider de se désinvestir de la Chine et du Brésil, marchés semblait-il porteurs d'un grand avenir (Carrefour est n° 1 en Chine pour le moment), afin de se recentrer sur l'Europe, jugés plus profitable. On leur souhaitera bien du plaisir, quand les clients européens auront été ruinés par la crise. Qu'attend l'omni-président Sarkozy pour réagir?


Les faux-semblants du G20 de Pittsburgh
29/09/2009

Comme nous le prévoyions, le G2O de Pittsburgh, annoncé à grand fracas, n'a rien décidé pour changer les fondamentaux de la crise économique et environnementale actuelle. L'Europe, malgré l'agitation sarkozienne, s'est plus que jamais effacée.

Notre article L'illusion de la reprise économique daté du 5 septembre (voir http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=351&r_id= ) énonçait ce qu'il faut bien appeler les fondamentaux de la crise économique et environnementale actuelle, ainsi que quelques mesures pouvant commencer à y faire face. Mais, comme nous le prévoyions, le G2O de Pittsburgh, annoncé à grand fracas, n'a rien arrêté de tel. Il a certes réintroduit les grands pays émergents jusqu'ici exclus du G8 dans les instances internationales de négociation. C'est une bonne chose, mais leur arrivée n'a pas changé grand-chose aux illusions dominantes. Au contraire, elle semble avoir renforcé la pire des tendances de l'économie mondiale, la course à une prétendue croissance qui se faisant sous la contrainte de la concurrence politique entre puissances économiques ou pour la recherche du seul profit des acteurs financiers ne fera qu'aggraver les risques d'effondrement systémique.


Dans l'immédiat, au plan politique, les Etats membres du G20 n'ont pas brillé par une quelconque volonté de coopérer pour le changement. La Chine s'est bornée à faire acte de présence, Barack Obama s'est apparemment satisfait d'avoir, pense-t-il, repris la main sur le G8 devenu G20 en le présidant, mais lui non plus n'a rien annoncé d'important montrant que les Etats-Unis allaient s'ouvrir au multilatéralisme 1) . Il a au contraire refusé toutes mesures contraignantes concernant les bonus et les paradis fiscaux.


Les membres du G20 à l'unisson, par ailleurs, ont fait semblant d'ignorer les inévitables conflits qui résulteront d'une course à la dévaluation compétitive entre le dollar, la livre, le yuan (Chine) et le yen (Japon), afin d'encourager les exportations les plus gaspilleuses. Que fera l'euro dans cette perspective ?


Apparemment cette question n'intéresse pas les Européens, non plus que la défense des quelques mesures de bon sens, pourtant soutenues par des experts incontestables, dont l'Union aurait pu annoncer le lancement unilatéral au G20 : l'amorce d'une Autorité internationale des marchés financiers ou d'une Agence mondiale de l'environnement. La crise montre en effet que les banques dominant Wall Street, dont Barack Obama est qu'il le veuille ou non l'obligé, sortent renforcées des mesures de relance décidées par les Etats à leur profit et recommencent plus que jamais à provoquer des bulles spéculatives dans les secteurs sensibles tels que l'énergie, les matières premières et le produits agricoles. L'Europe ne dispose d'aucune des procédures réglementaires lui permettant de s'en protéger de façon coordonnée. Ainsi l'idée pourtant évidente d'une taxation carbone aux frontières, destinée à éliminer les produits profitant du laxisme environnemental des pays non européens, ne recueille aucun accord.


Comme quoi les quelques manifestations anti-G20 qui se sont produites à Pittsburgh, même si elles sont restées à la surface des choses, n'avaient pas tort de dénoncer l'illusion propagée par les grands sourires des Chefs d'Etat. La crise générale ne recule pas, elle avance.


Le syndrome du Titanic
07/10/2009

Est-il possible d'accorder du crédit à un discours politique qui parait juste alors que l'on se défie de celui qui le porte ?

C'est la question que devraient se poser tous ceux qui dénoncent les destructions et les crimes du capitalisme et de l'ultralibéralisme. Ils ne peuvent que se réjouir de les voir clouer au pilori par le film de Nicolas Hulot, Le syndrome du Titanic, sorti en salle le 7 octobre. Mais la personnalité douteuse de l'animateur-histrion ne risque-t-elle pas de corrompre le message ?


Tout au long de sa vie professionnelle, Nicolas Hulot a su choisir des protecteurs bien placés, TF1 d'abord, aujourd'hui Nicolas Sarkozy et l'UMP. Il n'a jamais pris le moindre risque. Sous un air ingénu et sincère, il s'agit d'un manipulateur redoutable. Le virage qu'il avait engagé il y a quelques mois en se rapprochant des Verts sans s'en rapprocher ne lui avait pas beaucoup bénéficié. Avec ce film, il espère se placer définitivement dans le camp des défenseurs de la planète, camp qui à l'avenir pour lui à voir la vitesse avec laquelle cette malheureuse planète est détruite. Ce positionnement finalement très consensuel ne manquera pas de lui valoir de nouveaux amis et de nouveaux financements.


Mais faut-il pour autant rejeter le contenu manifeste du message, c'est-à-dire celui que retiendront les millions de spectateurs du film ? Résumons ce contenu :

- La crise écologique et la finitude des ressources naturelles conduiront fatalement nos sociétés à réformer radicalement le système économique tel qu'il existe aujourd'hui. Le capitalisme et une certaine forme de propriété privée sont condamnés à moyen terme.

- L'organisation même du capitalisme dans sa forme contemporaine (le néolibéralisme), son essence (la somme des "convoitises" individuelles supposée être source de richesses), ne peuvent pas répondre à l'obligation de diminution des consommations gaspilleuses et de partage de ressources de plus en plus réduites

- Le court-termisme du capitalisme, uniquement motivé par la recherche immédiate du profit, ne dépasse pas l'horizon de l'année comptable, échéance institutionnalisée où sont versés les dividendes. Il est incapable d'envisager au-delà de cinq à dix ans, le tarissement du pétrole, de l'eau et des matières premières. Il est incapable de financer les investissements à long terme permettant de réorganiser sur des bases durables les activités économiques.

- Seuls les Etats et leurs appareils administratifs, leurs cautions, leurs moyens, peuvent anticiper la catastrophe ou, à défaut, l'accompagner. C'est le rôle des Etats, représentants des peuples, d'agir pour le bien collectif et universel, ceci dans le cadre d'une vraie démocratie participative.


Certes Nicolas Hulot est bien incapable de préciser les conditions permettant aux Etats de mener ces actions de salut public, en évitant de retomber dans la corruption et le népotisme. Néanmoins, pour une fois que quelqu'un dit clairement ce que d'autres pensent tout bas sans avoir osé jusqu'ici l'affirmer publiquement, il serait maladroit et mesquin de ne pas s'en féliciter.


Comme annonce l'ancien proverbe chinois : « le discours du sage ne perd en rien de sa vertu s'il passe par une bouche aux dents cariées ». Les mots et les images ont leurs vertus réplicatives propres. Réjouissons nous donc sans ambages de ce film et souhaitons que d'autres manifestations publiques de ce genre approfondissent et diversifient ce discours. Pour notre part, comme le savent nos lecteurs, à notre petite place, nous nous y efforçons.


Autres articles

Joschka Fischer

Joschka Fischer, 61 ans, a été vice-chancelier et ministre Vert des affaires étrangères du gouvernement de Gerhard Schröder, issu d'une coalition entre sa formation et le Parti social-démocrate (SPD), de 1998 à 2005. Il est aujourd'hui conseiller pour différentes entreprises, notamment pour le projet Nabucco. Lorsqu'il était ministre, il avait envisagée une idée qu'avait partagée Hubert Védrine, proposer de fusionner les Etats français et allemand. Il a répondu ici à un interview publié par Le Monde le 28 septembre 2006, que nous avons pensé utile de commenter au moment où la chancelière Angela Merkel, victorieuse aux élections du 27 septembre, prend la tête d'une coalition de droite associant la CDU et les libéraux. (...)

http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=363&r_id=


Un rapport sur les relations délètères entre les grandes entreprises et les universités

Les intérêts des grandes entreprises compromettent les retombées sociales et environnementales de la science. Tel est l'objet d'un rapport que vient d'émettre l'association britannique de chercheurs Scientists for Global Responsibility (SGR). Ses membres, au nombre de 1.000 environ, rassemblent des professionnels des sciences et des technologies se disant soucieux des questions éthiques impliquées par leurs travaux.

http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=374&r_id=


Abandon du BMDE

Barack Obama a confirmé le 18 septembre la décision de son administration d'abandonner le système de missiles dit BMDE, au prétexte assez minable que finalement (on s'en doutait), l'Iran n'est pas près de disposer des missiles balistiques supposés menacer tant l'Europe que les Etats-Unis.

http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=359&r_id=


Whole Earth Discipline

Le point de vue hérétique d'un pionnier de l'environnementalisme
Steward Brand s'était fait connaître dans les années 1970 comme un pionnier de la défense de l'environnement, de la décroissance, du do-it-yourself. Il avait publié ses idées et ses recettes pour changer de mode de vie dans un ouvrage qui était devenu, comme en France ceux de René Dumont, une sorte de bible, le Whole Earth Catalog

http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=368


Dépeçage et mort annoncée des Matelas Simmons

Le New York Times consacre un long article à cette histoire, qui devrait alerter aussi les Européens. Tout le monde, même en France, connaît les matelas Simmons, produits depuis 133 ans par la firme américaine du Wisconsin The Simmons Bedding Company. Celle-ci est en train d'être mise en faillite alors que sur le plan des productions et des ventes elle se portait, malgré la crise, parfaitement bien.

http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=370&r_id=


Une nouvelle réserve de gaz naturel, le « Shale Gas »

Les naïfs pouvaient penser qu'avec les efforts proclamés de toutes parts pour limiter la production de gaz à effet de serre, les producteurs de gaz et de pétrole allaient ralentir leurs efforts de prospection. C'est évidemment le contraire qui se produit. Partout dans le monde, les forages en profondeur, les extractions de plus en plus polluantes et coûteuses en énergie se multiplient, au fur et à mesure que se rapproche la date estimée du début de l'épuisement des gisements actuels. De plus, de nouvelles sources, jusqu'ici peu connues du grand public, sont mises en exploitation.C'est le cas, à partir des Etats-Unis, pour ce qui concerne le « Shale gas » ou gaz de schiste..

http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=371&r_id=

 


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Par Jean-Paul Baquiast - Publié dans : gazetadmiroutes
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Lundi 7 septembre 1 07 /09 /Sep 10:15

Articles éditoriaux

Une destruction préméditée du modèle français de l'Etat
04/09/2009

On sait que le candidat Sarkozy à la présidence de la République française s'était donné le profil d'un réformateur et d'un défenseur de l'initiative privée. Malheureusement, dans son esprit, la réforme consistait principalement à détruire le modèle français de l'Etat protecteur, tandis que le soutien à l'entreprise privée devait bénéficier à un certain nombre d'amis, patrons et titulaires de grandes fortunes.

Arrivé au pouvoir, et malgré les conséquences d'une crise qui ne cesse de s'étendre, le président Sarkozy n'a rien voulu retirer des décisions qu'il avait décidé de prendre. Concernant notamment la prétendue réforme de l'Etat, il a continué d'imposer contre vents et marées des réductions d'effectifs et de moyens aux administrations, bien que ceci pénalise de plus en plus gravement leur fonctionnement. Peut-être compte-t-il sur l'insatisfaction que pourrait ressentir l'opinion face à des services de plus en plus débordés. Il y puiserait de nouveaux arguments pour remplacer ces services publics par des entreprises privées, sur le modèle américain où le poids désormais pris par la firme Halliburton dans le domaine de la sécurité et de la défense est emblématique.


Or on voit et on verra les conséquences véritablement dramatiques pour la nation qui découleront de cette destruction préméditée du modèle français de l'Etat. C'est la police handicapée par les réductions d'effectifs qui n'est plus en mesure de limiter la croissance des activités criminelles, ceci malgré les exhortations des chefs hiérarchiques et du président lui-même. C'est l'éducation nationale qui doit assurer la rentrée 2009 dans des conditions de plus en plus difficiles, du fait de pertes de milliers d'emplois.


Mais ce sera bientôt l'hôpital qui sera à son tour la victime des économies en personnels et en moyens techniques imposées envers et contre tout depuis deux ans. L'hôpital va connaître bientôt ses moments de vérité, avec l'explosion prévue et désormais inéluctable de la pandémie de grippe A. Quand les urgences seront saturées, quand les services de réanimation et d'assistance respiratoire ne pourront offrir que 2 à 4 lits là où il en faudra des dizaines, à qui fera-t-on porter la responsabilité des morts qui auraient pu être évités : aux soignants, aux directeurs d'hôpitaux, aux Agences régionales de santé, à la ministre ? A tous sens doute mais pas à un président qui s'était mis en tête de faire fonctionnel l'hôpital comme une entreprise, à flux tendus, sans aucune réserve opérationnelle.

Bien sûr, les seuls qui se réjouiront seront ces champions de l'initiative privée et du profit que sont les sociétés de gardiennage et de sécurité, les établissements privés d'enseignement et les cliniques non conventionnées, tous amis d'amis du président et du parti au pouvoir. Est-ce là l'image que la France va donner à l'Europe, alors qu'elle était jusque là considérée comme la championne d'un modèle social auquel avec la crise on attribue désormais de plus en plus de mérite ?


Inutile d'ajouter que nous rejetons ici l'argument selon lequel l'augmentation des déficits publics oblige à supprimer quelques milliers d'emplois. Il s'agit de sommes dérisoires au regard de celles dépensées par ailleurs, ou non perçues du fait des dégrèvements fiscaux, le tout sans bénéfices autres qu'électoraux.


L'illusion de la reprise économique
31/08/2009

Ceux qui imaginent que les pouvoirs politiques ont repris la main pour éviter les dérives du capitalisme financier se trompent. S'il y a reprise, c'est, partout dans le monde, celle de la spéculation, qui repart de plus belle. Mais les bases structurelles d'une crise en profondeur demeurent. Les pays européens moins encore que les autres n'y échapperont, car ils refusent les mesures de régulation coordonnée qui seules leur permettraient de faire entendre leurs intérêts.


Durant le printemps et l'été 2009, les économistes, les institutions financières (Réserve fédérale, FMI, BCE et jusqu'à la Banque de France), les banques et finalement les gouvernements ont mis en valeur des signes de reprise. Dans le monde de la finance et de la spéculation, notamment à Wall Street et à la City, l'enthousiasme et les dépenses de consommation des spéculateurs ont chassé la morosité des mois précédents. Tout serait donc « reparti comme avant », y compris au niveau des mécanismes qui avaient provoqué la crise précédente.


Menaces conjoncturelles


Cependant ces prévisions optimistes ne tiennent pas compte d'indicateurs immédiats qui ne poussent pas à l'euphorie. En premier lieu, le niveau du chômage ne cessera d'augmenter, au moins jusqu'à 2010. La zone euro connaîtra probablement un taux de 11,5% au lieu du point bas de 7,5 en 2008. Aux Etats-Unis, le taux de chômage sera de 10% au moins. Que vont devenir tous ces chômeurs et leurs familles ? Aucun espoir d'emploi ne leur est offert, non plus d'ailleurs que de protection sociale. Les salariés non encore touchés par le chômage verront de leur côté les salaires et les qualifications continuer à s'abaisser, sous la pression toujours aussi forte de la réserve de main d'œuvre asiatique à 2 dollars par jour que les entreprises vont continuer à embaucher, directement ou par le biais de la délocalisation.


Il ne faudra donc pas compter sur une reprise de la consommation des ménages et des entreprises fondée sur une reprise des crédits. D'une part, les agents économiques continueront à tenter de se désendetter en réduisant leurs consommations. D'autre part, cela n'empêchera pas les non-remboursements et les faillites de se poursuivre, avec un nouveau choc en retour sur les banques. Or en ce cas, il est peu probable que les Etats, déjà très endettés, viennent de nouveau à leur secours. Un nouveau krach du crédit et de la bourse en résultera.


Les Etats seront d'autant moins incités à venir au secours du secteur banque-assurance qu'ils sont pour leur part menacés par un krach obligataire, c'est-à-dire par le fait que les possesseurs de bons du trésor et autres emprunts publics voudront s'en défaire de plus en plus systématiquement. Pour réagir, les Etats devront augmenter leur taux d'intérêt au moment même où leur dette grimpe à la verticale. Il est clair cependant qu'en Europe et aux Etats-Unis, les Etats refuseront les mesures plus énergiques, consistant à augmenter les prélèvements fiscaux sur les revenus et les consommations de luxe. Ils ne le feront pas, au prétexte d'éviter les fuites de compétences à l'étranger mais surtout de peur de se couper de leur base électorale. Ils n'auront donc que la ressource d'accentuer leurs politiques d'économies dans les services publics et les programmes sociaux.

En ce qui concerne l'Europe, c'en sera définitivement fini du modèle social ouest-européen, déjà bien branlant. La masse des déshérités sans ressources et sans avenir deviendra telle qu'elle représentera un facteur de subversion de plus en plus important, devant lequel les Etats réagiront par la répression policière et militaire.

Pour sortir de ce dilemme sans encourir les foudres des électeurs, certains gouvernements envisagent aujourd'hui d'accepter le retour à une inflation d'au moins 4% par an. Mais il en résulterait, y compris dans la zone euro, un désordre généralisé face auquel aucune institution ne résisterait.


Cependant, des mesures de défense économique et de relance plus énergiques que celles consistant faire porter le poids de la crise sur un pourcentage croissant de la population seraient possibles. Les Etats-Unis et l'Europe (sans mentionner le Japon) qui détiennent encore face aux pays émergés et émergents (Chine, Inde, Brésil) beaucoup d'atouts économiques, pourraient les valoriser en engageant des politiques d'investissements à long terme dans les sciences et technologies nouvelles, l'énergie ou l'agriculture, ainsi que dans des dépenses d'infrastructures réductrices de coûts fixes. Ceci leur redonnerait des atouts compétitifs face à la concurrence des pays aux salariés payés à 2 dollars. Mais il faudrait pour cela qu'ils renoncent au dogme libéral et acceptent des politiques d'interventionnisme économique (allant jusqu'à des épargnes forcées) et de protectionnisme rationnel dont nul ne veut encore parler aujourd'hui.


Dans un premier temps, il faudrait que des autorités de supervision et de régulation véritablement capables d'agir soient mis en place – ce qui n'est évidemment pas le cas aujourd'hui et ne le sera pas davantage demain. Ceci signifierait entre autres interdire ou fortement limiter les marchés spéculatifs internes et les prises de participation provenant de fonds politiquement conquérants, ceux qui disposent des pétro-dollars ou des épargnes asiatiques encouragées par des taux de change artificiels. Or il est clair qu'au sein même des sociétés occidentales, les milieux financiers et leurs alliés politiques refusent de telles mesures. A leur niveau en effet le désordre économique mondial restera longtemps (grâce notamment à des logiciels informatiques hyper-puissants) une source de profit. Leur mot d'ordre est plus que jamais de ne rien faire qui puisse brider la sacro-sainte innovation financière, louée encore récemment par Ben Bernanke (350.000 milliards d'euros de contrats noués autour de produits dérivés, châteaux de cartes susceptibles à tous moments de s'effondrer de nouveau). La BCE, sans aller jusque là, vient de rappeler dans une conférence de presse du 2 juillet 2009, que la concurrence sans frontières doit rester la règle absolue, seule capable d'assurer la reprise après une crise passagère.


Mais il ne faudra pas se limiter à la régulation de l'économie virtuelle. Il faudrait aborder le cœur de la relance de l'économie réelle Autrement dit, il faudrait que de nouvelles structures industrielles et de recherche interétatiques, sur le modèle des Agences, soient mises en place et soutenues par les Etats, tant au niveau de leurs investissements que des protections à leur apporter face à la concurrence des pétrodollars et des industriels asiatiques protégés sans complexes par les Etats dont ils sont les ressortissants. En ce qui concerne l'Europe, la création, depuis longtemps demandée par les économistes sérieux, d'un véritable gouvernement économique et politique de la zone euro, s'imposerait d'urgence. Mais pour que les opinions se persuadent de la nécessité de tels nouveaux moyens de gouvernement, il faudrait qu'elles prennent conscience des contraintes macro-économique de long terme qui, au-delà des menaces conjoncturelles que nous venons d'évoquer, pèsent déjà sur le monde, et ne cesseront de s'alourdir.


Contraintes macro-économiques


La toile de fond des prochaines décennies est évidemment l'épuisement des ressources naturelles mondiales sous la pression à la fois du changement climatique en cours et d'une démographie encore fortement en hausse. Nous vivons désormais dans un monde dont les ressources surexploitées diminueront tandis que la demande ne cessera d'augmenter. Il faudrait donc d'une part réduire globalement ou sélectivement (selon les cas) les prélèvements sur les ressources, ce qui supposerait une décroissance des consommations les plus destructrices compensée par une croissance des activités à faible impact sur l'environnement telles que les investissements dans la science et la culture. Il faudrait parallèlement investir dans des technologies nouvelles susceptibles de remplacer, là où elles demeurent indispensables, les sources naturelles en voie de disparition.


Le problème est que ces changements d'orientation demanderaient beaucoup de temps et d'argent. Comme de plus, ils ne peuvent être menées efficacement, compte tenu de la mondialisation, qu'à l'échelle de la planète toute entière, ils supposeraient des coordinations étroites entre politiques économiques et sociales, menées nécessairement par des puissances publiques à l'autorité et à la compétence raffermies.


Mais pour que de telles politiques soient conduites, en dépit de la poursuite inévitable des compétitions entre puissances, il faudrait que les instruments du pouvoir économique échappent à ceux qui les détiennent encore très largement, y compris en Europe. Il s'agit de ce que l'on désigne globalement par le terme d'actionnaires : entités anonymes n'étant intéressées que par la possibilité de maximiser des profits immédiats, quelles qu'en soient les conséquences pour les vrais créateurs de richesses, c'est-à-dire les travailleurs et les entreprises publiques ou privées capables d'investir sur le long terme en prenant en compte un minimum d'intérêt général.


Le retour des actionnaires qui s'est fait à partir de la réhabilitation des marchés financiers dans les années 1980 ne s'est pas traduit par la valorisation des petites épargnes, ce que les banques de dépôt savaient à peu près faire. Il s'est fait à partir de la montée en puissance des grands fonds d'épargne collective qui détiennent désormais la majorité des actions des entreprises cotées en bourse et qui se concurrencent pour drainer l'épargne des catégories aisées. Leurs choix de placement, leur entrée dans les conseils d'administrations des firmes, les pressions qu'ils exercent sur les parlements et les gouvernements en font une véritable gouvernance informelle invisible, portant non seulement sur les marchés d'action mais sur les économies toutes entières. Les « actionnaires » ainsi sur-représentés sont dorénavant capables de sanctionner (par une condamnation à mort) les entreprises qui ne font pas les 15 à 20% de bénéfices sur fonds propres désormais exigés.


Il en résulte que leurs exigences rendent improbables par définition les investissements en capital réel tout autant que la juste rémunération des salariés et la relance d'une consommation raisonnée provenant des salariés, des petits épargnants et des consommateurs locaux, tous mécanismes qui traditionnellement faisaient la prospérité des territoires.


La libéralisation systématique des échanges internationaux de marchandises et de capitaux menées sous l'égide de l'OMC depuis 20 ans, relayée par les institutions européennes, renforce aujourd'hui la destruction des vieilles économies et sociétés traditionnelles, puisqu'elle impose désormais à celles-ci la compétition avec les grands réservoirs de main d'oeuvre asiatiques (les salariés à 2 dollars précédemment cités). Elle ne profite même pas aux sociétés asiatiques, puisque la demande intérieure, pouvant résulter d'une hausse des salaires locaux, n'y est pas encouragée. Les épargnes sont drainées vers les fonds de pension asiatiques qui, aux mains des financiers politiquement bien en cours, relayés par les gouvernements eux-mêmes, s'en servent comme des machines de guerre internationale pour poursuivre la destruction des industries des pays anciennement développés. De toutes façons, étant aux mains de spéculateurs et non de véritables industriels, ils ne seraient pas capables de profiter de ces épargnes considérables pour réellement investir là où, comme indiqué ci-dessus, la création de nouvelles valeurs pourrait se substituer à la disparition des ressources naturelles et à la lutte contre la pollution.


Or cet accaparement du monde par les intérêts financiers, qui a déjà provoqué, outre la grande crise actuelle, de nombreuses crises et désastres locaux, en Europe comme dans le reste du monde, n'a aucune raison de changer. Les mêmes sont toujours au pouvoir, à New York, à Londres, à Pékin et dans tous les hauts lieux de la finance et de la spéculation. Les banques et les assurances sont toujours soumises à leur bon vouloir au lieu de revendiquer un retour à leurs missions traditionnelles, dont elles s'étaient acquittées (il est vrai tant bien que mal) durant le dernier siècle. Aucune entreprise productive réellement innovante ne voit plus le jour, même pas dans le domaine des armements. La recherche fondamentale est partout asséchée.


Plus grave encore, les gouvernements confirment leur dépendance politique à l'égard de ces intérêts dont, corruption aidant, ils tiennent leurs pouvoirs. On suspecte à juste titre Barack Obama d'être le polichinelle de Wall Street, n'ayant agité de vastes projets de réforme, dont aucun ne verra le jour, que pour calmer les esprits. Il en est sans doute de même au niveau des gouvernements européens. S'ils voulaient vraiment démentir l'accusation d'être, eux aussi, des polichinelles de la finance, ils se mettraient d'accord sur les vastes programmes d'action concertés auxquels nous avons fait allusion dans la première partie de cet article.

I
l faudrait pour cela qu'ils acceptent de construire : 1. un espace délimité par des frontières fixant des règles de réciprocité aux échanges extérieurs ainsi qu'une politique commune de change 2. une économie harmonisée autour de fiscalités, de salaires planchers et de protection sociale minima et 3. La réalisation d'un territoire commun organisant les inévitables transferts qui s'imposeront entre régions riches et régions pauvres. Rappelons à cet égard qu'il sera de plus en plus insupportable d'accepter le maintien des disparités existantes entre l'Allemagne et, par exemple, la Lettonie, pourtant très proches.


Or on peut voir qu'il n'en est toujours rien. Ce ne sera pas la préparation en commun de futurs G20 qui pourra faire espérer les grands changements nécessaires.


La Lune ou la guerre : un choix de civilisation
25/08/2009


Barack Obama va devoir choisir entre poursuivre des opérations militaires perdues d'avance au Moyen Orient, ou financer les explorations spatiales. Il s'agira d'un choix stratégique pour l'Amérique, mais aussi d'un choix pour l'Europe. A ce niveau, on devra parler d'un choix de civilisation.


La commission chargée par Barack Obama d'évaluer le programme américain de vols habités et d'exploration humaine du système solaire a déjà fait connaître ses premières conclusions, avant la remise officielle de son rapport à la Maison Blanche le 31 août. Cette commission est présidée par Norman Augustine, ancien PDG du groupe de défense Lockheed Martin, groupe dont on connaît les implications dans les politiques d'achat de matériels militaires par le Pentagone. Les conclusions en sont simples : en l'état actuel du budget de la Nasa, l'objectif de renvoyer des hommes sur la Lune, tremplin vers Mars, est hors de portée.


Cet objectif s'était concrétisé par le programme Constellation arrêté en janvier 2004 par G.W. Bush. Il s'agissait à l'époque de réaliser un nouveau système de lanceurs et de capsule pour 2008, en visant une première mission lunaire habitée pour 2014. A partir de 2020, la Nasa devait établir une base permanente sur la Lune, tremplin très vraisemblable d'un premier vol humain vers Mars après 2030.


Pour cela, un programme industriel a été lancé sous les auspices de la Nasa, afin de transporter 4 à 6 personnes et tout le matériel nécessaire. Il comporte deux lanceurs lourds, Ares-1 et Ares-5, pouvant emporter 25 et 71 tonnes ; une capsule habitée, Orion, à l'habitacle 2,5 fois plus grand que celui d'Apollo ; enfin, un module d'alunissage et de redécollage, Altair. Ares-1 placerait en orbite terrestre la capsule habitée, Ares-2 le module d'alunissage et le matériel logistique. Une fois arrimés, Orion et Altair effectueraient le trajet vers l'orbite lunaire, d'où se détacheraient le module et ses occupants, pour se poser sur la Lune et bien évidemment aussi pouvoir en repartir.


Nous avions ici même fait valoir le retard que prendrait inévitablement l'Europe dans le domaine spatial, confrontée à un tel programme. Mais c'était sans compter sur les difficultés techniques qu'a rencontrées la Nasa. Le lanceur Ares-1 a peu de chances d'être opérationnel avant 2017 ou 2018 : des simulations numériques font craindre des secousses et un roulis excessifs lors du décollage et de l'ascension. Le vol d'essai du premier étage à été reporté à la fin de cette année sinon plus tard. On devra compter a fortiori plusieurs années supplémentaires pour la mise au point de Ares-5. La NASA a repoussé au mois d'octobre 2009 le premier vol d'essai du premier étage de la fusée Ares-1. Il faudrait sans doute dix années de plus pour que le lanceur lourd Ares-5 soit au point. Ceci devrait repousser à 2030 le retour d'équipages américains sur la Lune. Aucune date même approximative concernant Mars n'est maintenant envisagée.


Beaucoup de commentateurs, aux Etats-Unis comme en Europe, trouveront cela très raisonnable. A quoi bon dépenser de l'argent pour des explorations planétaires humaines à hauts risques et sans retombées évidentes. Mieux vaudrait se limiter au spatial scientifique, beaucoup plus utile pour observer l'effet du changement climatique sur la Terre. En matière de vols habités, mieux vaudrait dans la décennie qui vient entretenir la Station Spatiale Internationale (IST) en la dotant enfin d'un système de liaison avec la Terre fiable, afin de remplacer les navettes en fin de vie et le couple russe Soyouz/Progress aux performances limitées.


Le vrai visage de l'Amérique


Nous pensons pour notre part que si Barack Obama entérine le choix de la commission Augustine, il montrera à l'ensemble du monde le vrai visage de l'Amérique, longtemps dissimulé sous des discours universalistes sinon humanisto-religieux. Pour quelles raisons la Nasa devrait elle abandonner le programme Constellation ? Evidemment pas pour des raisons techniques, mais pour des raisons budgétaires. Le budget annuel de la NASA, de 18 milliards de dollars (12,7 milliards d'euros), est pourtant en légère hausse. Mais son budget décennal a été ramené de 108 milliards à 78 milliards de dollars. Selon la commission, une rallonge de 3 milliards par an serait nécessaire. Le budget de la Nasa, calculé sur 3 ans, serait ainsi de 33 milliards.


Or il faut se rappeler que la guerre en Irak a coûté, selon les estimations de Robert Zoellick, environ $3.000 milliards sur 6 ans au bas mot (3 trillions). Barack Obama a promis de se désengager d'Irak, mais il ne le fera sans doute qu'avec retards et difficultés. Dans les 3 ans qui viennent, l'Irak coûtera donc au budget américain au moins 1 trillion de dollars. Fait plus grave, Barack Obama confirme tous les jours actuellement sa volonté d'un renfort en Afghanistan. Les experts militaires prévoient donc dans la région dite Afpak une guerre aussi longue et aussi coûteuse que celle menée en Irak (soit environ $2 trillions sur 3 ans). Elle sera aussi inutile voire plus dangereuse pour l'Amérique que la précédente. Nous n'évoquons pas ici le coût des budgets militaires, hors Moyen-Orient, qui profitent très largement aux industriels de l'armement, notamment ceux de l'aéro-spatial (peut-être un trillion de dollars sur 10 ans pour le seul programme F-35 JSF confié principalement à Lockheed Martin).


Pourquoi ces dépenses militaires ? Parce que le système politique américain a toujours fonctionné ainsi depuis la seconde guerre mondiale: bâtir sa puissance technologique et diplomatique en finançant le lobby militaro-industriel dans la perspective de guerres réelles ou imaginaires contre des adversaires en partie inventés. Le programme Apollo de la Nasa décidé du temps de J.F. Kennedy avait constitué à cet égard la face présentable d'un système reposant sur l'exploitation de la productivité économique et scientifique des salariés et des laboratoires au profit d'un pouvoir dont les têtes se trouvent à Wall Street et Washington. Après l'élimination de l'URSS dans la course à l'espace, le programme fut abandonné et les budgets de la Nasa n'ont cessé de péricliter depuis. Comme on l'a vu, ils ne sont pas près de reprendre leur ancienne splendeur.


Soit. Mais on se demandera pourquoi le lobby industriel et politique qui dirige l'Amérique et une partie du monde préfère-t-il aujourd'hui faire reposer son pouvoir sur des guerres hasardeuses et des technologies militaires finalement peu innovantes, au lieu de consacrer les trillions de dollars correspondants à de grands programmes industriels et scientifiques pacifiques qui garantiraient à coup sûr (outre les profits du lobby) la suprématie politique et économique des Etats-Unis dans la décennie qui vient ? Si le budget de la Nasa était porté à 50 milliards par an sur 10 ans, le retour américain sur la Lune serait pratiquement garanti, le reste à l'avenant. Les retombées civiles seraient considérables, puisque l'on avait estimé par exemple celles du programme Appolo à 5 fois le montant des dépenses budgétaires.


Lors de ses premières semaines à la Maison Blanche, Barack Obama s'était fait remarquer de la communauté
scientifique par sa volonté d'augmenter substantiellement les budgets de recherche. Tout laisse craindre cependant que cette promesse ne soit oubliée, comme celles qu'avaient faites le candidat en ce qui concernait la moralisation de Wall Street, la mise en place d'un système public d'assurances-santé, la détente sur les divers fronts diplomatiques. Les Démocrates et Barack Obama feront valoir le manque de crédits et l'impossibilité d'augmenter la dette. Mais comme nous venons de le voir, ces arguments ne seront pas utilisés pour la réduction des dépenses militaires. Après être apparu comme la marionnette de Wall Street puis celle des assurances privées, Barack Obama va-t-il prendre le risque d'être qualifié de Pentagone's puppet, en renonçant à l'image plus glorieuse d'un J.F Kennedy champion de la conquête spatiale ?


Sans doute Barack Obama n'a-t-il pas le choix. Dans un régime politique soumis systématiquement au poids des lobbies, avec la corruption qui l'accompagne, il devra continuer à se mettre au service des industriels du complexe militaire (lequel inclut les sociétés « civiles » de sécurité et défense). Or pour ces compagnies, il est plus facile d'obtenir des milliards de dollars de commande en s'appuyant sur le prétexte d'un danger extérieur fut-il de moins en moins crédible, que sur les nobles mais lointaines ambitions de grands programmes scientifiques pacifiques. Il est également plus aisé, secret-défense à l'appui, de gérer ces commandes en famille, plutôt que sous l'œil des contrôleurs budgétaires de la Nasa et du General Accounting Office.


Un véritable choix de civilisation


Si l'Amérique confirme le report sine die de ses programmes de vois habités, si l'Europe ne relève pas le gant comme elle pourrait techniquement et budgétairement le faire, il s'agira d'un véritable choix de civilisation que l'Occident tout entier acceptera d'associer à son nom au regard du jugement de l'histoire : « Plutôt la guerre que la Lune and beyond ». Nous parlons de choix de civilisation (d'une façon certainement plus pertinente que ne l'avait fait Henri Guaino par le bouche de Nicolas Sarkozy) car renoncer à d'ambitieux programmes spatiaux voudra dire aux yeux de tous, notamment des jeunes, que ni l'Amérique ni l'Europe ne croient plus désormais à la possibilité de jouer un rôle dans l'évolution future des humains sur Terre.


Il est bien évident en effet que, sans technologies spatiales performantes, il faudra renoncer à d'éventuelles visites ou même installations prolongées sur d'autres planètes. Il faudra, plus immédiatement, renoncer à un objectif dont on parle peu mais à tort, la possibilité de dévier d'éventuels « géocroiseurs » d'une orbite de collision avec la Terre.


Il se trouve cependant que ce choix de civilisation ne sera pas celui des grandes puissances asiatiques, rejointes par quelques pays ambitieux tels le Brésil ou la Russie. Pour ces nations au contraire, la dimension spatiale devrait être, plus facilement que les dépenses d'armements, la possibilité d'affirmer non seulement leur puissance mais des visées de connaissance scientifique et des objectifs civilisationnels difficilement contestables. Il est à prévoir que, par la faute du lobby militaro-industriel américain et avec la complicité des gouvernements européens, le visage humaniste de la Terre, dans les décennies prochaines, ne soit plus incarné que par les puissances asiatiques et leurs alliés.


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Le grand emprunt français. Faux semblant autour d'un vrai besoin

26/08/2009
Comme il nous en a donné l'habitude, Nicolas Sarkozy, en installant le 26 août la commission des experts chargés de définir le domaine des investissements à long terme susceptibles de bénéficier du prétendu grand emprunt national (5 milliards ?) qu'il a décidé de lancer, se limite à une opération symbolique. Il peut ainsi éviter la réforme de fond du crédit aux entreprises qui serait indispensable.
http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=347&r_id=


Nationaliser les banques européennes

24/08/2009
Au moment où Nicolas Sarkozy reçoit les banquiers français (25 août) nous ne pouvons que répéter ce que nous avons plusieurs fois écrit : la première phase du redressement des économies européennes consisterait dans la nationalisation des banques.
http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=344&r_id=


La Suisse, nouvel Etat américain ?

21/08/2009
Seuls les naïfs s'étonneront de voir la banque suisse UBS céder aux injonctions du fisc américain en acceptant de communiquer les données bancaires de 4500 clients suspectés de dissimulation de revenus par ce dernier. Dans le même temps, comme l'on sait, non seulement UBS mais l'ensemble des banques suisses opposent le principe du secret bancaire pour refuser de répondre aux demandes d'informations et commissions rogatoires émanant des pays européens.
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On connaît mal cette organisation, que certains confondent avec une mutuelle d'assurances. Il s'agit de l'Union des Etats sud-Américains : Colombie, Pérou, Chili, Brésil, Argentine, Bolivie, Equateur, Venezuela, Surinam, Uruguay, Paraguay. Il est utile de consulter régulièrement son site web. Ces Etats sont des alliés sincères de l'Union européenne, qui n'aurait aucun intérêt à les négliger.
http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=348&r_id=

Nouvelle majorité au Japon
01/09/2009
Qui en Europe s'est véritablement préoccupé du changement de majorité s'étant produit lors des élections générales au Japon le 30 août dernier? Il n'est pas exclu cependant que le nouveau gouvernement puisse rechercher un rapprochement avec les Européens susceptible de l'aider à affronter les difficultés qui l'attendent
http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=349&r_id=


Obama joue son image et peut-être son avenir à propos du projet d'assurance maladie publique

18/08/2009
Au moment où les Démocrates de gauche et les gens sensés attendaient d'Obama qu'il tienne tête à l'opposition irresponsable, sinon quasi criminelle, des lobbies contre son projet de réforme de l'assurance maladie, le Président semble donner des signes de faiblesse.
http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=341&r_id=


Henri Weber

25/08/2009
Docteur en philosophie et en science politique, Henri Weber, né en 1944, a été un des fondateurs de la Ligue communiste révolutionnaire. Entré au parti socialiste, il a été membre de divers cabinets, puis au sein du Secrétariat du parti, chargé notamment des questions de formation. Il est aujourd'hui député européen. Il est connu, entre autres, pour son esprit ouvert et tolérant. Dans l'article que nous présentons et commentons ci-dessous, il étudie une question dont on ne discute pas encore assez au sein des gauches européennes : comment concilier l'idéal de la social-démocratie avec les contraintes tant de la construction européenne que de la mondialisation.
http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=346&r_id=

 

Par Jean-Paul Baquiast
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Vendredi 31 juillet 5 31 /07 /Juil 11:13

Evènements intéressant l'avenir de l'Europe survenus entre le 1er et le 18 juillet 2009

Nous proposons ci-dessous, pour marquer la reprise d'activité de ce site après quelques jours d'interruption, une petite sélection d'évènements intéressant l'avenir de l'Europe survenus entre le 1er et le 18 juillet 2009. D'une façon générale, on pourrait penser qu'une atonie profonde, doublée de lassitude et de découragement, s'était emparée des esprits européens durant cette période. Mais ce serait oublier que le monde évolue ailleurs qu'en Europe.

Extension de la pandémie de grippe A
Tout selon nous se passera comme prévu par les prévisions les plus sombres : pandémie touchant à partir de l'automne près de 50% des populations européennes, mortalité s'élevant à au moins 4 pour mille des malades (soit près de 600.000 morts) et touchant, outre les personnes âgées, beaucoup de jeunes et très jeunes, désorganisation des réseaux administratifs et économiques, aggravation en conséquence de la récession. Rien n'exclut que s'ajoutent à ce tableau les conséquences d'une mutation très probable du virus accentuant sa dangerosité. Les gouvernements européens feront ce qu'ils pourront. Nous nous interdisons ici de critiquer les mesures déjà envisagées, et moins encore de céder à l'ignoble démagogie y voyant une volonté de détourner l'attention des vrais problèmes économiques ou d'enrichir les industries pharmaceutiques. Mais nécessairement, si le scénario noir ici esquissé se réalise, une crise politique majeure se développera, sous des formes actuellement inattendues. Il sera temps pour ceux d'entre nous qui survivront d'en faire le commentaire.


La suite des élections en Iran

Toutes les nouvelles que l'on entend en provenance de l'Iran ne peuvent qu'inspirer un profond rejet pour un régime et une société où les luttes de pouvoirs entre forces les plus archaïques s'appuient sur des arguments religieux et où ceux mêmes qui contestent les archaïsmes et les tyrannies le font au nom d'impératifs « religieux » qui les enferment dans la dépendance. Que les musulmanes françaises (ou européennes) qui réclament un droit incontestable à porter chez nous la burqa poussent la religiosité jusqu'à aller vivre en Iran et se soumettre aux mollahs. Nous tirerons alors notre chapeau à leur dévotion.


1er Juillet : Icann

L'ancien directeur du Centre national de la cybersécurité aux Etats-Unis (NCSC), vient d'être nommé président de l'Internet Corporation for Assigned Names and Numbers (Icann). Il s'agit du gestionnaire d'Internet au niveau mondial dont les décisions s'imposent à tous les Etats, très largement sous la dépendance des stratégies géopolitiques américaines en ce domaine. La Commission européenne demande depuis longtemps que cet organisme de droit californien lié par contrat au gouvernement américain internationalise sa gouvernance. Cette demande n'a pas encore été satisfaite. Les utilisateurs européens d'Internet que nous sommes ne s'en inquiètent pas et continuent à favoriser la domination américaine. D'autres pays tels que la Chine et les Etats islamiques s'y opposent, mais leurs références en matière de démocratie numérique ne sont pas suffisantes pour que les Européens puissent faire alliance avec eux. Dans ces conditions la passivité européenne en matière de gouvernance de l'Internet, mélange de servilité voulue et d'incompétence, devrait être dénoncée avec bien plus de vigueur, notamment par le nouveau Parlement européen.


28-30 juin. Symposium mondial de la recherche urbaine

Ledit Symposium s'est tenu à Marseille du 28 au 30 juin, à l'initiative de la Banque Mondiale. Cet organisme international, plus encore que le FMI, demeure soumis à l'influence de la finance internationale et du gouvernement américain. C'est pourtant l'une des rares instances où peuvent être évoqués les grands problèmes nés de l'appauvrissement croissant des pays sous-développés et du réchauffement climatique. L'accent mis sur la responsabilité des villes dans l'aggravation de ces deux séries de problèmes s'imposait. Mais manquent encore les indicateurs sérieux permettant de mesurer cette responsabilité, sans parler des outils et financements nécessaires pour éviter le développement catastrophique des mégapoles du tiers monde dans des zones inondables. Dans ces domaines, l'expérience de l'Europe, une des premières du monde, bien supérieure à celle des Etats-Unis, devrait trouver à s'employer ( http://www.urs2009.net/ ).


Début Juillet. Taxe carbone

La Suède qui vient de prendre la présidence de l'Union européenne, tente de convaincre ses partenaires de l'intérêt d'une telle taxe. Instaurée ne Suède depuis 1991, elle porte sur la consommation d'énergie. Elle rapporte chaque année 1,4 milliard d'euros à l'Etat et aurait entraîné une réduction de 10% de la production des GAS, sans nuire à la croissance. Elle est assise sur les dépenses en carburant. La Suède est considérée comme offrant un terrain favorable à cette taxe, du fait du développement déjà grand des énergies alternatives. Les écologistes réclament son augmentation.

En France, la contribution climat-énergie (CCE) est à l'étude. Mais sa mise en œuvre dépendra des conditions posées par une commission d'experts présidée par Michel Rocard, laquelle s'est réunie à Paris le 2 juillet. Elle déposera son rapport le 23 juillet. Nous reparlerons de celui-ci si nécessaire. Pour être efficace, la taxe devrait « frapper fort », ce qui multiplie les oppositions de différentes catégories sociales. Elle obligera les plus dépensiers en énergie fossile à modifier leurs comportements. Certains (ruraux notamment) annoncent déjà qu'ils ne le pourront pas. Le 8 juillet, Jean-Louis Borloo, a pris de cours le premier ministre et la commission Rocard en proposant la redistribution intégrale de la taxe, sous forme de chèque vert, aux ménages et entreprises les plus défavorisées. La complexité d'une telle solution en termes de gestion administrative (même avec l'aide de l'informatique) n'est pas à souligner. Le gouvernement semble décidé à voir ce dossier aboutir, mais résistera-t-il aux pressions.

Par ailleurs se pose, comme dans tous les domaines tenant à la fiscalité, la question d'une éventuelle harmonisation européenne, nécessaire pour évier les détournements de trafics et les délocalisations. La Suède n'y est pas favorable. Pour son gouvernement, la taxe, même si elle était généralisée dans l'ensemble des Etats, ne devrait pas être européenne. Chaque pays en serait le maître, à l'intérieur d'un minimum. Elle serait prélevée sur le modèle de la TVA.

Ces discussions confirment le diagnostic selon lequel tant que les questions de prélèvements fiscaux et sociaux ne seront pas réglées au niveau européen de façon homogène, avec protection aux frontières contre les évasions contributives, l'espace économique européen restera une foire d'empoigne.


6 Juillet. Sommet franco-britannique à Evian

Rien à en dire hélas, sauf à évoquer un improbable accord sur « Calais ». La détermination des Brown-Sarkozy affichée à ce sommet pour lutter ensemble afin de réguler le capitalisme et réformer la gouvernance mondiale ne réjouira que les naïfs, quand on connaît l'importance du rôle qu'a repris la City dans ces domaines.
P.S. : Certains en Grande Bretagne considèrent cependant qu'une coopération militaire avec le France et les quelques autres Etats qui possèdent un minimum de politique de défense s'impose dorénavant. C'est le cas de l'ancien ministre conservateur de la défense Malcolm Rifkind dans un article du Financial Times en date du 17 juillet, à lire absolument
http://www.ft.com/cms/s/0/2678f9b8-7171-11de-a821-00144feabdc0.html?nclick_check=1


7 juillet. Relations Russie Etats-Unis. Visite à Moscou de Barak Obama

On a vu dans cette visite, marquée par des discours apparemment conciliants des deux côtés, une mise à l'écart définitive des affrontements de la guerre froide, pouvant déboucher sur des accords stratégiques et une nouvelle diminution des arsenaux nucléaires. En fait, les tensions que favorisent de part et d'autre et surtout du côté américain les menées des lobbies militaro-industriels continueront à être entretenues. Barack Obama à cet égard peut être considéré soit comme un naïf manipulé, soit comme un manipulateur. Nous pencherions pour la seconde hypothèse. Le fait très remarqué qu'il n'ait pas annoncé lors de cette visite avoir renoncé au programme dit de Ballistic Missile Defence in Europe (BMDE) est de mauvais augure. Les industriels de l'armement avaient fait savoir depuis longtemps dans la presse spécialisée et dans les couloirs qu'ils ne permettraient pas l'abandon du BMDE. Par ailleurs, la CIA et autres services comptent beaucoup sur ce programme pour continuer à s'insinuer dans le jeu européen. Obama ne les a pas déçus.


8 au 10 juillet. Sommet du G8 à l'Aquila

Luis Inacio da Silva, dit Lula, président du Brésil, a résumé l'opinion des grandes puissances émergentes selon laquelle cette instance à 8 n'a plus de raisons d'être. Pour lui, le G8, non représentatif, ne doit rien décider. Les pays anciennement les plus industrialisés, qui le composent, Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Japon et Russie, ne sont plus représentatifs de la scène économique mondiale. Y manquent les puissances émergentes et les pays les plus pauvres. Il faut donc réactiver le G20 réuni fin 2008 lors de la crise financière, en association avec les dirigeants des banques centrales. Ce nouveau G20 devrait devenir le forum multilatéral économique et financier de l'ONU.

Nous ne pouvons pour notre part que souscrire à ce diagnostic, en regrettant seulement que l'Europe, 2e puissance économique mondiale, ne soit pas capable de s'unir pour présenter un front commun dans ces futures instances multilatérales. Elle y aurait bien plus de poids que par la participation dispersée actuelle dont profitent les seuls grands pays européens. Mais verra—t-on à échéance de la décennie, même en cas d'aggravation de la crise mondiale, ces pays s'unir pour des positions communes. Actuellement par exemple, l'Allemagne semble plus décidée que jamais à faire cavalier seul, en s'appuyant sur ce qu'elle pense être sa puissance industrielle en cours de restauration. Elle tend dorénavant à se rapprocher systématiquement de la Russie, en snobant la France. On la comprend, après le véritable affront fait à la solidarité franco-allemande par la nomination de l'atlantiste Pierre Lellouche aux affaires européennes de la France.


Concernant les problèmes du monde, le G8 a constate l'incapacité des pays riches à verser les 22 milliards de dollars précédemment promis pour aider l'agriculture des pays pauvres. Seuls 2,5 milliards ont été débloqués. Le désordre administratif régnant en ce domaine ne facilite pas les choses. La question agricole dépend de 3 agences de l'ONU : le programme alimentaire mondial, la FAO et le Fonds international pour le développement agricole. L'OMC s'en mêle aussi pour protéger les intérêts des agriculteurs des pays riches. Le soutien aux agricultures locales de subsistances, qui parait la seule bonne idée possible pour lutter contre la faim et maintenir les ruraux sur les terres, s'enlise en fait dans les conflits sordides. Beaucoup d'argent se perd au profit de gens n'ayant aucun titre pour en bénéficier. La régulation des marchés reste un mythe. Au contraire, la spéculation continue à prospérer. Bref, là encore, on ne voit pas comment éviter les catastrophes que la désertification attendue ne fera qu'aggraver.


Dans les autres grandes questions, notamment les mesures de lutte contre le réchauffement climatique destinées à être reprises lors de la réunion de Copenhague en décembre et la régulation de la finance et de l'économie mondiale qui fera l'objet d'un G20 à Pittsburgh en septembre, des consensus de principe ont été observés, mais rien de définitif n'a été arrêté. Les participants se sont cependant félicités de l'accord de principe du président Obama, pour la première fois présent à ce sommet. Louons le Seigneur mes frères.


Début juillet. Emeutes et répression dans la province chinoise du Xinjiang

8 millions de musulmans turcophones de la communauté Ouigoure vivent sur ce vaste territoire et s'accommodent mal de la répression imposée par Pékin. Il parait évident que la population autochtone de cette province supporte mal la véritable colonisation imposée de facto ou de jure par la Chine. Les ressortissants chinois « hans » représentent désormais la majorité dans les grandes villes et s'efforcent d'acquérir la maîtrise des diverses et nombreuses ressources locales. Les Turcs, très engagés pour le soutien des kurdes ouigoures, dénoncent un début de génocide. L'Union européenne, pour sa part, n'envisage pas de se manifester. Sans doute a-t-elle raison.

On ne se représente pas bien en Occident l'arme géopolitique que constitue l'émigration de la population han, interne ou vers les pays voisins. Bien que sa croissance démographique ait fortement diminué, elle exerce une pression difficilement maîtrisable sur les pays voisins peu peuplés : fédération de Russie et Etats adjacents. A terme, elle pèsera de plus en plus sur le Moyen orient, l'Afrique et certaines régions européennes. Si la désertification gagne le centre le la Chine, l'exode deviendra incontrôlable, ainsi que les troubles qu'il entraînera.


14 juillet. Un projet de centrales thermosolaires au Sahara

Réunies lundi 13 juillet à Munich, plusieurs grandes entreprises du secteur de l'énergie ont décidé de constituer un consortium destiné à fournir l'Europe en électricité d'origine thermosolaire. Les premières livraisons pourraient avoir lieu dans dix ans. Elles devraient rapidement couvrir jusqu'à 15 % des besoins de l'Europe en électricité. L'initiative est inspirée du projet Desertec, développé par la branche allemande du Club de Rome, une ONG spécialisée dans le développement durable. A priori il s'agit d'un programme industriel et écologique très intéressant que l'Union européenne devrait encourager. Les pays africains devraient de leur côté en bénéficier. Mais on fait valoir deux catégories d'objections.

Il s'agit d'abord du coût : l'édification d'installations solaires thermiques dans le désert et celle de lignes à haute tension pour transporter l'électricité ainsi produite requièrent d'importants capitaux. S'il s'agissait comme envisagé de fournir 15 % de la consommation de l'Europe en électricité, l'investissement nécessaire se monterait à quelque 400 milliards d'euros, soit deux à trois fois le coût du retour sur la Lune tel qu'envisagé par la Nasa. Les deux domaines n'ont rien à voir, direz-vous. Si parce que dans les deux cas, ils produiraient d'importantes retombées.

L'autre objection est soulevée par les Etats sahariens. Ils font valoir qu'ils ne peuvent accepter sans de sérieuses contreparties la préemption d'une partie de leur territoire au profit des industriels européens. Comment pourraient-ils être associés plus concrètement au projet ? Curieusement, le cadre de l'Union méditerranéenne, où de telles idées avaient été agitées, ne fut à notre connaissance pas sérieusement évoqué. Les Européens pour leur part ne pourraient se satisfaire d'une solution qui les mettrait, en cas de conflit, sous la dépendance de l'un ou plusieurs des pays « producteurs ».
Les entreprises fondatrices du consortium sont les allemandes Siemens, E.ON, RWE, sous l'égide du réassureur Munich Re. D'autres doivent les rejoindre.
* Voir le site de la Desertec Foundation http://www.desertec.org/


15 juillet : Accord à 3 au Parlement européen

Conservateurs (parti PPE), socialistes et libéraux démocrates fraîchement élus au Parlement européen se sont mis d'accord pour présenter un cahier des charges composé en termes très voisins au président de la commission José Manuel Barroso, ceci en vue d'un vote sur son second mandat qui interviendra en septembre. L'accord entre les 3 grandes formations majoritaires, rendu nécessaire parce qu'aucun ne dispose d'une majorité suffisante, a pour effet de marginaliser les 4 autres groupes parlementaires : Eurosceptiques, Europhobes mais aussi Verts et Gauche unitaire. PPE et Socialistes sont allés plus loin. Ils se sont engagés à se partager la présidence. Le premier président élu en fonction de cet accord est le très honorable ancien premier ministre polonais conservateur Jerzy Buzek. Il sera remplacé dans deux ans par le socialiste allemand Martin Schulz.

Beaucoup d'observateurs déplorent ce consensus, réalisé sur des compromis politiques évacuant les grandes questions et les éventuels grands remèdes. Mais nous ne partageons pas cet avis. Face aux considérables difficultés que devra affronter l'Europe dans les prochaines années, il vaudra mieux que les citoyens européens se trouvent en face d'un Parlement uni, fut-ce sur des positions a minima, plutôt que face à une assemblée se déchirant entre des points de vue extrêmes. L'avenir dira ce qu'il en sera exactement.


17 juillet. Annonce d'une nouvelle politique maritime française à la suite du Grenelle de la mer

La France, par la bouche de Nicolas Sarkozy, vient d'annoncer au Havre une série de décisions qui ne pourront pas ne pas avoir de conséquences sur la politique maritime sinon de l'Europe toute entière, du moins de certains autres pays disposant de façades sur la mer. La plupart des recommandations faites (dans un certain désordre) lors du Grenelle de la mer devraient être reprises : Extension des zones maritimes protégées à 20% de la zone économique exclusive, dont la moitié sera constituée de « réserves » - Respect des avis scientifiques en matière de pêcheries - Exploitation « raisonnée » ( ?) des ressources marines et sous-marines - Mise en place d'une grande plateforme technologique pour l'expérimentation des énergies marines - Création d'une fonction de « garde-côtes » destinées à mutualiser les moyens des 4 administrations en charge de ce service. Cette garde-côtes devrait veiller en priorité au respect d'un futur livre bleu à paraître d'ici la fin de l'année, notamment en matière de lutte contre les pollutions – Participation plus active enfin de la France à l'Organisation Maritime Internationale.

Tout ceci est bel et bon. Mieux vaut afficher ces intentions que ne rien faire. Mais comme toujours concernant les mesures décidées par le gouvernement actuel, on s'interroge sur les moyens qui seront mis au service de ces objectifs vertueux. Rien de clair à cet égard n'a été annoncé. Ce serait très dommage de décevoir les espoirs mis dans ce Grenelle de la mer.


18 juillet. Un pas vers une future adhésion islandaise à l'UE

Le parlement islandais a donné son feu vert aux négociations d'adhésion à l'Union Européenne. Mais il ne l'a fait qu'à une courte majorité. Le pays demeure très divisé. Cette démarche politique est révélatrice de l'attrait que représente dorénavant l'Union (et l'euro) pour les gouvernements des pays ultra-libéraux frappés par la crise. Ayant cru, avec une sottise remarquable, pouvoir servir indéfiniment de plateforme aux opérateurs financiers les plus engagés dans la spéculation internationale, sans avoir le poids politique des grands pays ni même de l'Irlande, l'Islande (320.000 habitants) s'est retrouvée seule face l'effondrement des crédits. Ceci étant, son adhésion ne sera pas pour demain, compte-tenu des réticences actuelles en matière d'élargissement. Nous pensons pour notre part que ce serait pourtant une bonne chose pour l'Europe, à condition que les Islandais acceptent de jouer le jeu et cessent de se comporter en paradis fiscal et en cheval de Troie. Ils devront également accepter la discipline européenne commençante en matière de pêcheries et de chasse à la baleine. Beaucoup s'y refusent évidemment, mais ils devraient comprendre que ce serait la seule façon de conserver un minimum de représentantes à la jadis fameuse morue d'Islande.


40e anniversaire des premiers pas humains sur la Lune

Le 40e anniversaire des premiers pas des astronautes américains sur la Lune donne évidemment l'occasion de discuter l'intérêt pour les grandes puissances de rééditer cet exploit, en installant une base permanente habitable (et si possible habitée) sur notre satellite. Nous ne reprendrons pas ici tous les éléments du débat, qui figurent dans les nombreux dossiers publiés par la presse. Le point important, sur lequel tous les Européens, à commencer par tous les Français, devraient s'engager, concerne la question de savoir si l'Europe mènera de son propre chef et avec ses seuls moyens, une telle entreprise dans la décennie qui vient.


Nous sommes évidemment partisans d'une décision favorable en ce sens, confiant à l'Agence spatiale européenne associée aux agences nationales la maîtrise d'ouvrage du programme. Les arguments en ce sens sont les suivants :

- le budget à dépenser sur 10 ans n'augmentera que de quelques euros mensuels la contribution déjà faible des Européens aux dépenses spatiales. Le coût global est difficile à évaluer, mais certainement moindre que les chiffres circulant aujourd'hui aux Etats-Unis. Il va de soi que le programme Lune ne devrait pas être décidé au détriment de Galiléo, qu'il importe de terminer au plus vite.
- L'Europe dispose déjà des principales technologies et outils nécessaires à un programme lunaire en autonome. Elle peut développer à partir des éléments actuels les dispositifs qui manquent : capsule habitable, orbiteur lunaire, alunisseur.
- Les retombées diverses d'un tel programme seront importantes, et susceptibles de contribuer à la relance actuellement en panne de la science et de l'industrie européenne. Les experts américains affirment que le programme Apollo a généré 5 fois son coût en retombées militaires, civiles et commerciales. Ce chiffre peut être discuté, mais il présente un ordre de grandeur raisonnable.
- Un programme lunaire européen contribuera par ailleurs à une forte relance de l'emploi dans les sciences appliquées et dans l'ingénierie. Les retombées là encore en seront fortes.
- Un programme lunaire européen qualifiera l'Europe dans la course à l'espace qui sera le grand enjeu du siècle, à commencer par un débarquement sur Mars dans une trentaine d'années. On ne voit pas comment se passer de ce préalable obligatoire.
- Quoique prétendent les esprits se disant « raisonnables », l'absence d'Européens sur la Lune, ou leur présence sur des strapontins, disqualifierait définitivement l'Europe en tant que puissance politique et économique autonome, face à des concurrents qui ne feront aucun cadeau : Amérique d'abord, mais aussi Chine et peut-être Inde. C'est ainsi que les choses se décident dans l'imaginaire des peuples.
- L'Europe, dans un tel programme lunaire dont elle aurait la responsabilité, devrait sans doute coopérer avec des puissances voisines non « impérialistes ». On peut penser ainsi à la Russie. Mais prétendre, comme l'affirme le fort lobby atlantiste très présent en Europe, que la participation européenne au programme américain que Barack Obama va probablement relancer prochainement, apporterait les mêmes avantages, serait se moquer du monde. Tous ceux qui ont travaillé avec la Nasa, derrière laquelle se tient le Pentagone, savent que ces organismes ne délèguent que des miettes, se contentant de piller les compétences des partenaires. Quant à une coopération avec la Chine (sur un pied d'égalité), les Chinois, à juste titre, n'en voudraient pas.


Ajoutons que dans un premier temps un programme lunaire européen pourrait être réalisé sur la base de processus automatisés et robotisés. On économisera ainsi les coûts imposés par la mise en place des redondances nécessaires à la protection de la vie des astronautes. Mais il ne faudrait ne considérer cette première phase que comme un préalable.

Nous pensons que si l'Europe n'était pas capable, au niveau de ses chefs d'Etat et de gouvernement comme au niveau de ses institutions, de proposer rapidement un tel défi, nous pourrions en conclure que nous sommes gouvernés par des limaces.


Autres articles (actualités récentes)


Sommet Washington-Pékin des 27 et 28 juillet 2009

150 hauts responsables chinois ont participé à ce sommet présenté comme s'inscrivant dans le « dialogue stratégique et économique » s'imposant à la première et à la troisième puissances du monde, Etats-Unis et Chine. Selon l'exposé introductif de Barack Obama, « leurs relations façonneront le 21e siècle ». On ne voit pas bien cependant sur quels résultats concrets le sommet a pu déboucher.
http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=329&r_id=

L
e bourbier afghan

C'est le terme qu'emploient désormais les chancelleries européennes et beaucoup de journalistes y compris américains pour désigner la guerre « ingagnable » en Afghanistan. On parle également de nouveau Viêt-Nam.
http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=330&r_id=

Grippe A et impréparation française
Ce serait une grave erreur de croire, comme le dit la ministre de la santé Mme Roselyne Bachelot, que la France est aussi bien préparée que possible à l'explosion prochaine de la grippe A.
http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=328&r_id=


Difficultés et erreurs de Barack Obama

Cette fin de mois de juillet 2009 permet de constater que les 100 jours de grâce de Barack Obama sont bien terminés. Il est en train d'affronter une série de difficultés, que les uns imputeront à sa naïveté bien pensante, les autres à la révélation d'une duplicité désormais difficile à cacher, d'autres plus généralement à la crise globale du système américain, que ni le président prétendu charismatique ni personne ne peuvent enrayer.
http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=327&r_id=


Les Réseaux électriques intelligents

Une nouvelle évolution technologique est en marche. Elle commence en douceur mais représentera des enjeux économiques et industriels considérables pour les pays qui sauront s'en saisir.
http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=322&r_id=

 

 


Par Jean-Paul Baquiast - Publié dans : gazetadmiroutes
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Mardi 9 juin 2 09 /06 /Juin 11:24

Lira aussi sur Automates Intelligents
* L'origine des individus, par Jean-Jacques Kupiec, Fayard - Le temps des sciences
http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2009/mai/oringinesindividus.html


Elections européennes. Diagnostic provisoire

Nous présentons dans le présent éditorial une suite de commentaires nous paraissant s'imposer au terme des élections au Parlement européen, ainsi qu'un rappel des solutions que nous avons proposées depuis longtemps sur ce site pour répondre aux difficultés que rencontre la construction européenne. 08/06/09


1. Rappelons d'abord les faits observés, sur lesquels s'accordent la plupart des observateurs politiques :

- L'abstention s'est maintenue à un taux considérable : aux alentours de 55/60%. Elle semble atteindre 80% chez les jeunes.

- Deux grandes formation de droite assurent voire accroissent leurs positions : il s'agit de l'UMP en France et de la CDU en Allemagne. La droite de Berlusconi en Italie n'a pas atteint les 40% espérés, mais se maintient à 30%.

- La social-démocratie a perdu partout des sièges, le PS français subissant un véritable effondrement.

- Les Verts ont progressé partout, la progression la plus emblématique étant celle de Europe-Ecologie en France.

- Les partis de gauche anti-capitaliste ont affirmé leur existence, les droites extrêmes également, les uns et les autres autour de 10% cumulés.

- Le Labour britannique s'est également effondré. Les Conservateurs menacent de former un groupe à part au Parlement européen.

- Les équilibres au Parlement européen ne changeront pas beaucoup. Le Parti populaire européen de droite disposera d'une solide majorité mais, dans la configuration actuelle du Parlement - 736 membres, qui deviendront 754 si le traité de Lisbonne est ratifié par l'Irlande à l'automne - il lui faudra réunir 369 voix pour construire une majorité. Sans parler de la majorité des deux-tiers, nécessaire pour certains dossiers, le PPE aura donc deux choix : s'allier avec les Socialistes du Parti Socialiste Européen et leurs 159 sièges ou convaincre au coup par coup deux autres groupes au moins de voter avec lui.


2. Questions les plus importantes découlant de ces faits d'observation

Ces faits posent plusieurs questions. Pour notre part, nous retiendrons celles-ci, qui paraissent les plus importantes :

- Pourquoi tant d'abstentions, notamment chez les jeunes ?
- Pourquoi un bon maintien de l'UMP et de la CDU ?
- Pourquoi un effondrement des partis de la social-démocratie traditionnelle ?
- Pourquoi une montée des Verts ?
- Existe-t-il un danger d'extrême droite ?
- Que penser de l'effondrement du Labour en Grande Bretagne ?


3. Eléments possibles de réponse à ces questions

Nous proposons plusieurs éléments de réponse à ces questions :

- Les citoyens européens commencent à prendre conscience de la menace que représente la grande crise économique, sociale et surtout environnementale dans laquelle le monde est engagé et à laquelle l'Europe n'échappera pas. Ils demandent des perspectives crédibles pour se rassurer. L'abstention peut marquer leur désarroi face à l'absence de perspectives offertes par l'Europe. Les votants, pour leur part, ont encouragé les partis semblant offrir quelques solutions, même si elles sont encore incertaines. Ils ont sanctionné lourdement ceux s'en tenant à un discours classique, fut-il d'opposition.

- L'UMP en France avec Nicolas Sarkozy et la CDU avec Angela Merkel en Allemagne ont montré une détermination politique qui, sans s'attaquer à tous les problèmes, semble proposer des solutions crédibles : le retour à un étatisme raisonnable, la volonté de protéger les acquis industriels, le refus de laisser les groupes financiers et bancaires extérieurs, notamment américains, prendre ou reprendre possession des économies européennes. A cet égard, la position ferme de Nicolas Sarkozy et d'Angela Merkel, rappelant à Barack Obama que la crise était d'origine principalement américaine a certainement produit un bon effet. Derrière cette déclaration se trouvait en effet le refus (affiché sinon encore concrétisé) de voir des établissements financiers américains, regonflés par le plan de relance d'Obama, venir à nouveau faire leur marché en Europe.

- La social-démocratie, que représente bien le PS en France, n'a pas été capable de construire de solutions crédibles. Elle maintient ses positions dans son électorat local traditionnel, mais sans offrir de perspectives, ni aux jeunes, ni aux « banlieues ».

- Les Verts sont apparus comme les seuls à s'en prendre véritablement aux causes de la crise : ils militent notamment pour une « relance verte », plutôt que pour une simple décroissance qui n'est pas crédible. Les extrêmes gauches n'en sont pas très éloignées, mais leur volonté de ne pas s'associer à des majorités de gouvernement les déconsidère au regard de beaucoup d'électeurs impatients.

- Les extrêmes droites européennes (y compris sous leurs formes particulièrement extrêmes, celles du néo-nazisme), ne semblent pas représenter pas un risque immédiat pour la démocratie. Mais si la crise s'aggravait, si des mouvements populaires de rues prenaient de l'ampleur en réaction, les extrêmes droites recruteraient davantage et pourraient être soutenues par des gouvernements européens devenant eux-mêmes de plus en plus autoritaires. La démocratie serait alors en danger.

- L'effondrement du Labour en Grande Bretagne pose une question spécifique. S'agit-il d'une sanction à l'égard de l'allégeance de Londres à Wall Street et à son alliée la City ? La question se compliquerait si le Parti conservateur appelé à lui succéder, soutenu par les anti-européens, décidait, soit de paralyser complètement l'Union, soit d'en sortir franchement (cette solution étant sans doute préférable à la première).


4. Nécessité d'un programme plus ambitieux

Nous sommes convaincus de l'insuffisance des solutions à la crise politique européenne actuellement mises en œuvre ou proposées. Ceci qu'il s'agisse de celles mises en œuvre par les droites de gouvernement UMP et CDU, ou de celles proposées par les Verts. En quoi ces solutions sont-elles insuffisantes et que faudrait-il envisager à la place ?

- Elles ne vont pas assez loin dans le sens d'une sortie du capitalisme financier et la mise en place d'un véritable néo-colbertisme européen, se traduisant notamment par l'harmonisation des législations sociales et fiscales dans le cadre d'un gouvernement économique de la zone euro – laquelle devrait d'ailleurs être étendue à tous les Etats-membres. Un transfert d'une partie des ressources fiscales nationales au profit de programmes véritablement européens s'imposerait en conséquence. Sous cet angle, la dépendance actuelle à l'égard du capitalisme américain au sein du grand marché euro-atlantique prôné à Bruxelles n'a en rien diminué.

- Elle ne vont pas assez loin dans le sens du « verdissement » des économies européennes. Il n'existe aucun grand plan de financement des énergies vertes (y compris, ajoutons nous pour notre part, du nucléaire de nouvelle génération), des transports électriques, des nouveaux matériaux, des méthodes agraires refusant engrais et pesticides chimiques, etc.

- Elles oublient totalement les grands programmes intéressant ce que nous nommons les technologies de puissance, en matière spatiale, de défense, de coopération avec les puissances mondiales autres que les Etats-Unis, etc.

- Elles oublient totalement la considérable relance s'imposant en matière de recherche fondamentale ou de financement des recherches/développement à risque.

- En conséquence de tout cela, elles oublient la nécessaire réforme du système banque-assurance qui permettrait de drainer les épargnes européennes et d'éviter les risques inflationnistes. Il conviendrait aussi sans doute dans cette perspective de revoir le statut de la Banque centrale européenne et de la Banque européenne d'investissement afin qu'elles puissent mieux prendre en compte les besoins d'investissements à long terme.


Conclusion

Des programmes politiques plus ambitieux s'imposent donc de toute urgence. Tous les citoyens s'intéressant à l'avenir de l'Europe en tant que puissance devraient s'impliquer sans attendre dans leur élaboration.

Nous pensons que les diverses mesures découlant des propositions que nous avons esquissées ci-dessus pourraient être entreprises dans le cadre du Traité de Lisbonne, en attendant que celui-ci soit modifié en vue d'y introduire davantage de fédéralisme.

En termes politiques, elles pourraient parfaitement être reprises, sous des formes plus ou moins accentuées, aussi bien par les droites de gouvernement au pouvoir actuellement que par les Verts, associés ou non à des partis de gouvernement. Elles pourraient évidemment aussi être reprises par les partis sociaux –démocrates, à condition qu'ils renoncent à leurs lourdeurs idéologiques et sociologiques.

Il s'agirait en fait, pour les uns et les autres, du seul salut possible face aux troubles sociaux et politiques qui ne manqueront pas de s'étendre compte tenu du développement inévitable de la grande crise mondiale.

 


Sélection d'articles publiés sur le site Europe solidaire en avril


Evènements
Romeo. Cap Robotique
22/05/2009
Nous avons trop souvent, et à juste titre, regretté ici le retard que risquait de prendre la France en robotique pour ne pas saluer la mise en place de ce qui pourrait devenir un acteur important dans ce domaine, non seulement en France mais en Europe, le pôle de productivité baptisé Cap Robotique.
http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=297&r_id=

Analyses

Utilisation militaire des tags et répondeurs pour la localisation des cibles
07/06/2009
Depuis quelques années, la CIA et d'autres agences américaines ont fait développer des étiquettes électroniques ou répondeurs, sur le modèle des puces RFID utilisées dans le commerce, permettant d'identifier des cibles à relativement longue distance et sans imposer la présence d'un observateur humain lors de l'attaque. (...)
http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=308&r_id=

La lutte contre le cyber-terrorisme, nouvelle frontière technologique et militaire pour l'Amérique
31/05/2009
La nouvelle guerre contre le cyber-terrorisme, que vient de décréter Barack Obama, illustre l'admirable capacité des Etats-Unis à réagir aux crises en se dotant d'ennemis nouveaux, réels ou supposés, contre lesquels il est indispensable de mobiliser le plus de moyens possibles, sans s'embarrasser de scrupules quant au respect du droit des gens.
http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=302&r_id=

Un bel avenir pour la robotique autonome militaire américaine
Dans notre article daté du 22 mai, nous constations que les promoteurs du projet français de robotique évolutionnaire Romeo vont peut-être contribuer à rattraper quelque peu le retard français et européen dans ce domaine essentiel. Mais nous remarquions que les crédits consacrés à ce projet étaient incomparablement plus faibles que ceux affectés par le Département américain de la défense aux véhicules robotisés sans pilote. Ceux-ci sont en effet désormais présentés comme destinés à remplacer les systèmes d'armes classiques, avions de combat, blindés, navires qui font encore appel à des équipages embarqués. (...)
http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=298&r_id=

Protéger le système bancaire ou le nationaliser ?
13/05/2009
La bonne circulation de la monnaie est indispensable à la santé de l'économie. C'est le réseau des banques de dépôts qui en est responsable. Aujourd'hui, face à la crise, il faut réformer ce réseau de fond en comble, dans le monde entier. Ceci, pour nous, signifie le nationaliser.
http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=293&r_id=

Pakistan-Afghanistan : que devrait être la politique européenne ?
14/05/2009
Le message qui ressortait implicitement des propos sur France Culture, le 14 mai, du journaliste pakistanais Ahmed Rashid, était clair: les Américains sont de plus en plus haïs par les populations locales. Le moins ils en feront, que ce soit sur le plan militaire ou diplomatique, le mieux ce sera. Il serait temps que la diplomatie européenne soit réorientée pour tenir compte de cette réalité.
http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=294&r_id=


Actualités
6 juin, opération américaine de Public Relations relayée platement par la France
07/06/2009
Beaucoup de nos correspondants, dont de nombreux gaullistes, se sont indignés de voir la façon dont le gouvernement français a relayé, avec un incroyable mépris pour le projet européen, l'opération de public relations que Washington avait orchestré de bout en bout à « Obama Beach ». Ils nous demandent de faire passer ici leur protestation. Nous nous y associons pleinement.
http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=306&r_id=

Ségolène Royal plaide pour une Constituante européenne
01/06/2009
Ségolène Royal a proclamé le 27 mai, lors d'un meeting à Rezé commun avec Martine Aubry, que le moment était venu de créer les États-Unis d'Europe. La candidate socialiste à l'élection présidentielle de 2007 montre ainsi aux partis socialistes européens que ce ne sera pas la timidité qui permettra de renouer avec le fédéralisme des pères fondateurs.
http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=303&r_id=

Divers

Le projet de grand marché euro-atlantique ressort du bois
06/05/2009
De quoi s'agit-il ? La précision s'impose, car ce thème, évoqué de façon sporadique depuis de nombreuses années, semble revenir d'actualité, notamment par la grâce du Parlement européen. Un groupe de pression multiforme associant des intérêts américains et européens le propose aujourd'hui aux hommes politiques. Les élections européennes devraient être l'occasion d'en discuter, mais le sujet reste confidentiel. Certains analystes estiment qu'il s'agit d'un fantasme ne méritant même pas d'être étudié. D'autres pensent au contraire que la plupart des chefs d'Etat et de gouvernements européens se sont ralliés ouvertement ou discrètement à ce concept et font tout pour lui donner réalité. Dans ce cas, il en serait bel et bien fini du rêve d'Europe puissante et indépendante.
http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=288&r_id=

Par Jean-Paul Baquiast - Publié dans : gazetadmiroutes
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