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Jean-Paul Baquiast

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Jeudi 25 mai 2006

Retrouver ce numéro sur notre site à http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/06-14105/index.htm

 


 A voir aussi sur Admiroutes - Automates Intelligents:

* Renaissance de la Recherche/développement en Allemagne http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2006/73/edito.htm
*
Publiscopie. Présentation de Collapse, par Jared Diamond (signalé) http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2006/73/jared.htm
* Vaccin possible contre la grippe aviaire humanisée http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2006/73/actualite.htm#actf

 Possible rachat de SAP par un groupe américain

Hasso Plattner, cofondateur du n° 1 mondial des progiciels d'entreprises, l'allemand SAP, a confié à Financial Times Deutschland du 19 mai (voir en allemand http://www.ftd.de/technik/it_telekommunikation/74893.html ) qu'il envisageait sereinement une fusion, en fait un rachat par IBM, Microsoft ou Google. Ce sera aux actionnaires de décider. Herr Plattner déplore certes que l'Europe n'ait pas su faire l'Airbus des technologies de l'information qui manque à son indépendance. Nous aussi. Mais à défaut, cela ne le gène pas de renforcer l'hégémonie américaine. Inutile de préciser que la société américaine grâce à SAP dominera les progiciels d'entreprises disposera de précieuses entrées dans ces entreprises elles-mêmes...ainsi bien entendu que les services dits pudiquement d'intelligence économique qui s'intéressent aux activités desdites. Vive l'Amérique. Encore et toujours. 20/05/06


Le Forum "La nouvelle critique sociale"

Le cercle de réflexion La République des Idées et l'Association Solidarités Actives ont organisé à Grenoble les 12, 13 et 14 mai un forum sur le thème de la Nouvelle critique Sociale. Le Monde et France Culture ont donné leur appui à cette manifestation. Le Monde a publié dans son numéro du 20 mai un dossier constitué d'articles d'un certain nombre d'orateurs. Une centaine de chercheurs et d' "acteurs sociaux" ont participé aux réunions. Pour ceux - hélas l'immense majorité des Français - qui n'étaient pas présents à Grenoble, quelques informations peuvent être trouvées sur Internet. J'ai consulté en bonne logique le site de La République des idées http://www.repid.org/presentation-du-forum/ et celui de Solidarités Actives http://www.solidarites-actives.com/ . A ma connaissance, il n'y a rien de pertinent sur ce dernier site. C'est La République des Idées qui présente le plus d'informations, complétées de blogs divers. Surprise, quelques considérations sur la recherche scientifique en France ont même été présentées (voir http://www.repid.org/category/la-recherche-en-france/) Mais d'une façon générale, on sent que les organisateurs comme les intervenants sont plus à leur aise dans l'ancienne culture des salles de conférences et des articles de presse que dans la communication par Internet. Un bon article dans Le Monde où une demi-heure à France Culture sont en effet plus gratifiants pour les auteurs que l'obscur travail sur Internet. En fait, il faudrait conjuguer les deux. Mais c'est tout un métier qui reste à apprendre. L'équipe de Ségolène Royal s'y essaye avec un certain succès, pour le moment. Voir par exemple ce qu'elle retient des 600 contributions reçues par son site sur le thème du téléchargement. C'est clair et néanmoins nuancé, compte tenu de la complexité du sujet http://www.desirsdavenir.org/index.php?da=10&debat=66 . Pourvu que ce travail en profondeur se poursuive. 20/05/06


La Chine va-t-elle s'asphyxier au point de bloquer sa croissance?

Les craintes plusieurs fois exprimées concernant le risque d'une pollution atmosphérique susceptible de bloquer la croissance chinoise sont réactivées en ce moment. La Chine vient de supporter la pire des tempêtes de poussière enregistrées ces dernières années. Un 1/8 du territoire, selon la Station Météorologique Centrale, a été recouvert d'une épaisse poussière brune, venant des plaines de la Mongolie Intérieure et de la Chine du Nord-Ouest. Pékin n'a compté que 56 jours de ciel clair en 2006, 16 de moins qu'en 2005. La Banque Mondiale affirme que 16 des 20 villes les plus polluées au monde se trouvent en Chine. Malgré les efforts entrepris depuis quelques années pour diminuer les rejets polluants, la rapidité de la croissance, reposant sur des sources d'énergie et des industries obsolètes, multiplie les émissions de SO2 (pluies acides), d'oxydes d'azote NO et de PM10 (particules). Il s'agit d'un désastre social qui affecte les populations les plus pauvres, celles qui ne bénéficient pas de la croissance.

Mais, comme l'a noté Jared Diamond dans l'ouvrage que nous référons par ailleurs, la combustion des charbons n'est pas seule en cause. Une désertification provoquée par des pratiques agricoles désastreuses pour la couverture végétale initiale continue à faire des ravages. Le nord du pays est soumis comme indiqué ci-dessus aux "dust bowls" ou tempêtes de poussière qui affectent au moins 50 millions d'hectares. Le gouvernement tente de combattre le phénomène en plantant massivement une "grande muraille verte" sur des centaines de kilomètres. Mais on s'interroge sur son efficacité, d'autant plus que cela consommera une eau déjà rare dans ces régions.

Le coût en termes de santé publique risque de croître astronomiquement dans les 15 prochaines années, ce qui ruinera les bénéfices du développement. On estime actuellement que 50.000 décès sont dus aux maladies respiratoires, tandis que 400.000 personnes souffrent de troubles chroniques graves. En 2020, selon la Banque Mondiale, 13% du PNB prévu, soit $400 milliards, sera consacré à soigner ces maladies. Rien pourtant ne permet de prévoir un arrêt du phénomène, compte tenu des prévisions d'utilisation de charbon et de pétrole publiées par le Bureau central Statistique de Chine, ainsi que celles relatives au développement des transports terrestres. Une équipe d'environnementalistes de Hong-Kong dirigée par le Pr. Yi ne voit venir aucune amélioration avant 2020, même compte tenu d'une augmentation des efforts faits notamment pour diminuer les rejets de soufre à partir de la combustion des charbons de mauvaise qualité.

Il va donc falloir que quelque chose se passe pour arrêter un mécanisme d'où pourrait résulter à terme l'effondrement du système économique et même du régime politique. Mais quoi? Nul n'en sait rien pour le moment, surtout pas le pouvoir. Les Etats-Unis, il est vrai, n'ont pas de leçons à donner. Ils demeurent le pays le plus polluant du monde, avant même la Chine. Ils produisent moins de sulfures, mais davantage d'éthane, propane et CO2, ainsi que d'ozone (Atmosphéric Environment, vol. 40, p. 2607, à paraître). La Chine, il est vrai, ne va pas tarder à les rejoindre dans le palmarès des destructeurs de l'air respirable du monde, auxquels aucun continent ne peut échapper. 20/05/06


La docilité à l'égard de l'Amérique redevient d'actualité en Europe

Le gouvernement Bush a beau donner l'impression de s'engager dans des politiques de plus en plus aventureuses et dangereuses, la déférence, pour ne pas dire la docilité et le suivisme à l'égard des Etats-Unis sont redevenus le réflexe dominant des Européens. La France, dont avait cru attendre mieux, a renoncé à toute manifestation même verbale d'indépendance, empêtrée dans les difficultés accumulées par son gouvernement, sa politique industrielle et sa politique étrangère. Ceci se paye évidemment en termes d'influence diplomatique et militaire, aux dépends de l'Union européenne toute entière. Laurent Zecchni, dans un article du Monde en date du 13 mai 2005, l'a indiqué clairement concernant l'effacement de l'Europe de la défense face à une Otan que l'on avait cru moribonde, mais qui reprend de l'importance en fonction des recul de la première. Il rappelle que l'Europe de la défense existe sur le papier ou plus exactement en théorie. Elle dispose " d'une force de réaction rapide et de 13 « groupements tactiques » de 1 500 hommes, d'un quartier général européen naissant, d'une Agence de défense, d'une force de gendarmerie européenne, d'un collège, d'un Institut d'études et d'une doctrine de sécurité, etc." Mais en l'absence de l'autorité d'un ministre européen des affaires étrangères, que prévoyait le traité constitutionnel et que le rejet de celui-ci a condamné pour une durée indéterminée, il ne s'agit guère là que de sabres de bois.

On ne dira jamais assez le drame qu'a été pour l'Europe le Non de la France et de la Hollande au référendum sur le traité, ni la culpabilité historique de ceux qui ont tout fait pour promouvoir ce vote. Le résultat est que chaque Etat, aujourd'hui, que ce soit sur le plan diplomatique ou économique, joue seul sa carte. Même les grands Etats européens ne disposent ce faisant que de moyens de plus en plus réduits, rongés par la prétendue nécessité de faire des économies face à l'accroissement de la dette. C'est évidemment l'Amérique qui en profite, pour qui les Européens ne sont que des pions jetables dans leurs stratégies anti-russe, anti-chinoise et pour le renforcement de leur domination sur le moyen-orient.

Concernant l'Otan, comme l'écrit Laurent Zecchini, les Etats-Unis sont plus que jamais décidé à étendre son rôle et ses missions. Les Européens, notamment à l'Est, en profitent pour lui déléguer leurs soucis de protection. " A l'est du continent, son mécanisme de défense collective est toujours considéré comme une garantie de sécurité face à un voisin russe qui n'inspire pas confiance. A l'Ouest, bien des pays ont pris l'habitude de lui confier la responsabilité de leur sécurité, ce qui leur a permis d'économiser leurs crédits militaires, au détriment de l'Europe de la défense". L'Otan est si commode pour le Pentagone, comme réserve de forces d'appoint, que les Américains ne cessent de vouloir l'élargir. " Au sommet de Riga, en novembre, la Croatie, la Macédoine et l'Albanie seront encouragées dans leur candidature à l'Alliance, à la porte de laquelle frappent déjà l'Ukraine, la Géorgie, voire la Moldavie. Les Américains veulent aller au-delà des 26 membres de l'Alliance et des 20 pays du Partenariat pour la paix, qui en est l'antichambre. Le 28 avril à Sofia, une première discussion s'est déroulée sur les « nouveaux partenariats » que, selon les voeux de Washington, l'OTAN doit nouer avec l'Australie, la Nouvelle-Zélande, voire le Japon et la Corée du Sud".

Certes, les alliés historiques des Etats-Unis dans la guerre froide - dont certains veulent faire croire qu'elle renaît à l'occasion des réactions justifiées des Russes face aux rodomontades américaines récentes - s'inquiètent de ne pas rester seuls avec le grand frère dans l'Otan. Mais le grand frère n'en a cure. Seuls comptent ses intérêts mondiaux, dont la composante militiaire n'est qu'un aspect de la composante économique et politique. Si l'Otan s'élargit, les Etats-Unis y trouveront de nouveaux arguments très puissants pour imposer hors d'Europe leurs choix en matière de matériels militaires et de normes industrielles.

Ils ne gagneront certes pas à tous les coups. On le voit actuellement aujourd'hui dans le domaine, il est vrai encore marginal, des achats militaires du Vénézuéla. Le président Chavez, désormais considéré à Washington comme un "terroriste", n'a pas obtenu des Européens, sous la pression américaine, qu'ils assurent la maintenance de ses avions américains. Les Européens, la France en particulier, qui auraient pu lui fournir de bons matériels neufs, Eurofighters et mieux encore Rafales, se tiennent cois. Ceci laisse la porte grande ouverte à la Russie. Celle-ci, sollicitée par Chavez, devrait entamer des négociations pour la livraison d’avions de combat Sukhoï Su-35. Ainsi le marché latino-américain de la défense s'ouvrira politiquement aux Russes, au détriment des Américains (on ne pleurera pas sur leur sort) mais aussi des Européens et de la France en particulier. Fidélité à l'Otan oblige. 20/05/06


L'Europe aura-t-elle besoin dans 15 ans d'un long-courrier supersonique?

Les avocats du déclin et de l'impuissance européenne expliquent que de tels avions sont des machines à dépenser de l'argent au profit des industriels, qu'ils ne répondent à aucun besoin sociétal et que, par ailleurs, ils sont mortels pour l'environnement. Mais les technologies ont évolué depuis le Concorde. Les nouveaux matériaux et les nouveaux modes de propulsion répondent en grande partie à ces objections. De plus, comme d'ailleurs l'a été le Concorde, un futur long courrier supersonique permettra d'entraîner d'innombrables progrès technologiques qui se retrouveront dans l'ensemble du secteur aéro-spatial. Ou bien alors l'Europe abandonne toutes ambitions dans ce secteur, condamnant du même coup Airbus, Ariane, Dassault et les autres, ou bien elle développe elle aussi son supersonique.

Je dis elle aussi, car l'Agence spatiale japonaise, la JAXA, vient d'annoncer (Nihon Keizai du 7 mai, relayé par Le Monde du 9 mai) qu'elle et plusieurs groupes nippons envisagent de travailler avec la NASA et Boeing pour mettre au point un supersonique capable de relier, à compter de 2020, Tokyo à Los Angeles en cinq heures. Le détail de cette collaboration devrait être présenté en juin de cette année. Il apparaît que la partie japonaise se concentrera sur différents aspects technologiques, comme la motorisation (avec le groupe Ishikawajima-Harima Heavy Industries) et peut-être les ailes, tandis que les Américains devraient travailler l'ensemble.

Ceci devrait alerter les industriels et les gouvernements européens. Non seulement Boeing n'a pas renoncé au créneau du supersonique, mais les industriels japonais sont désormais capables de s'aligner dans la course. La collaboration USA-Japon serait meurtrière pour les Européens et, secondairement, pour les Russes, Chinois et Indiens, si du moins elle ne s'étend pas à ces derniers. Il est déjà prévu qu'en 2012 les deux parties feront voler un prototype d'avion sans pilote. 17/05/06


Universités françaises...devenons enfin sérieux

Cette chronique a de nombreux correspondants enseignants et chercheurs dont certains tout à fait situés à gauche politiquement, qui partagent l'avis d'un article du Nouvel Economiste en date du 11 mai 2006, titré "Universités, l'enlisement suicidaire". Ils me demandent de le dire. Je le fais d'autant plus volontiers que c'est aussi mon point de vue. Dans la liste des maux qui "paralysent" l'Université et qu'il faudrait enfin se résoudre à abandonner, quitte à remettre dans un premier temps une jeunesse mal informée dans la rue, le journal mentionne en priorité la non-sélection à l'entrée, la gratuité des études (étant entendu que des bourses devraient compenser, comme en Grande Bretagne, les frais d'inscription) et la centralisation de la gestion qui ne permet pas l'autonomie et l'émulation. Le PS, pour ce qui le concerne, devrait avoir le courage d'expliquer que s'accrocher à des vieilles lunes d'un gauchisme démagogique tue à petit feu l'enseignement supérieur et la recherche, tout en décourageant l'arrivée d'étudiants et d'enseignants européens et étrangers dont nous aurions plus que jamais besoin. Les fans de Ségolène Royal, nombreux autour de moi, aimeraient l'entendre sur ce sujet. 17/05/06


La fin de l'Internet gratuit?,

Je lis ceci dans le journal américain The Nation http://www.thenation.com/doc/20060213/chester

"The End of the Internet?
by JEFF CHESTER

The nation's largest telephone and cable companies are crafting an alarming set of strategies that would transform the free, open and nondiscriminatory Internet of today to a privately run and branded service that would charge a fee for virtually everything we do online.

Verizon, Comcast, Bell South and other communications giants are developing strategies that would track and store information on our every move in cyberspace in a vast data-collection and marketing system, the scope of which could rival the National Security Agency. According to white papers now being circulated in the cable, telephone and telecommunications industries, those with the deepest pockets--corporations, special-interest groups and major advertisers--would get preferred treatment. Content from these providers would have first priority on our computer and television screens, while information seen as undesirable, such as peer-to-peer communications, could be relegated to a slow lane or simply shut out.

Under the plans they are considering, all of us--from content providers to individual users--would pay more to surf online, stream videos or even send e-mail. Industry planners are mulling new subscription plans that would further limit the online experience, establishing "platinum," "gold" and "silver" levels of Internet access that would set limits on the number of downloads, media streams or even e-mail messages that could be sent or received.

Arrêtons là la citation. On peut se demander si de tels projets ont des chances d'aboutir aux Etats-Unis, où la population reste très attachée à la gratuité du Net. Mais si la démarche envisagée se concrétisait en Amérique même, quel serait son impact sur le reste du monde, étant donné que l'essentiel des messages de l'Internet, quels qu'en soient les auteurs, transitent par des routeurs américains? 17/05/06


L'affaire Clearstream, révélatrice, mais de quoi ?

On parle actuellement, abondamment et à juste titre, de l'affaire Clearstream (Clearstram1), elle-même suivie de ce que l'on a appelé l'affaire dans l'affaire ou Cleastream2. L'affaire Cleastream1 concerne principalement le monde de la finance et des institutions, au plan non seulement français mais européen et international. Pourquoi une chambre de compensation interbancaire informatisée, dont l'utilité est indéniable, en serait-elle venue à servir des opérations non seulement occultes mais illégales. La question a été exposée, avec un courage certain, par le journaliste d'investigation et écrivain français Denis Robert, dans deux livres devenus à juste titre des best-sellers, Révélation$ en 2001 et La Boîte noire en 2002 (Editions Les Arènes). Les contenus de ces livres et la suite donnée par Denis Robert sous le titre «La domination du monde» sont consultables dans le blog éponyme ouvert depuis par l'auteur http://www.ladominationdumonde.blogspot.com/. Ce blog, comme ceux offerts récemment par divers journaux, permettent aux citoyens de discuter du sujet de l'économie souterraine et de contribuer à se former une opinion sur un dossier combien obscure. Bien évidemment, il faut utiliser les informations de ces diverses sources avec l'esprit critique qui s'impose, mais il ne faudrait pas, comme certains naïfs seraient tentés de le faire, tout rejeter en bloc. D'ailleurs, accueillies initialement avec suspicion, ces informations ont été examinées par la commission parlementaire française présidée par le député Vincent Peillon consacrée en 2002 au blanchiment de l'argent sale (voir notamment le livre de ce dernier Les milliards noirs du blanchiment, Hachette, 2004). Les révélations d'Yves Robert ont fait l'objet de diverses plaintes en justice. Clearstream a obtenu des jugements l'innocentant de l'accusation de complicité de blanchiment, mais de telles opérations peuvent se produire à son insu compte tenu de l'anonymat de beaucoup de transactions. Rien ne permet donc de rejetter a priori les accusations rapportées par Debis Robert. Nous conseillons au lecteur de consulter sur cet historique et les sources les articles consacrés à Clearstream par l'encyclopédie Wikipedia, notamment le site http://fr.wikipedia.org/wiki/Clearstream#Sources dont le sérieux et l'utilité sont une fois de plus à louer.

En revanche, l'affaire dans l'affaire Clearstream (Clearstream2) paraît principalement française. Elle intéresse directement le monde politique. Elle concerne aussi la façon dont les services publics, notamment les services de renseignement et la magistrature, peuvent être utilisés par le pouvoir politique, d'une façon échappant à la transparence démocratique qui serait souhaitable. Rappelons qu'elle est née de la communication, par une ou des sources mal identifiées, de listes de personnalités politiques des deux bords disposant de comptes chez Clearstream. Ces révélations, qui ont fait l'objet de plaintes, paraissent à ce jour fausses. Mais le montage de l'opération, qui n'a pas dû être simple, semble révéler l'existence d'un "cabinet noir", situé quelque part, dont l'activité serait particulièrement critiquable au regard de la démocratie. On ne peut que s'interroger alors sur l'initiateur de la manipulation, et sur les objectifs directs ou indirects que celle-ci était supposée servir. Mais les interrogations et enquêtes éventuelles se heurtent à l'impossibilité de pénétrer l'opacité d'un système comme Clearstream. Il est clair que l'existence de tels organismes ne peut qu'encourager les coups de cette nature, puisqu'ils interdisent pratiquement de remonter aux sources.

Pour beaucoup d'observateurs de la presse étrangère, cette deuxième affaire est présentée comme propre à nos moeurs politiques et même à notre structure constitutionnelle, qui encouragent l'irresponsabilité du président et des gouvernements qu'il met en place. Elle a eu de nombreux précédents dans l'histoire de la Ve République. Il est indéniable que cette irresponsabilité ne peut qu'encourager le rejet par les électeurs du système dans son ensemble, et ouvrir des voies inespérées aux extrêmes. Mais il ne faut pas trop compter sur la pureté des gouvernements en général, dans quelque pays que ce soit. Il n'y a pas de raison de penser que l'existence même de Clearstream, comme les systèmes analogues d'échanges occultes entre opérateurs financiers et économiques, ne génère pas dans les autres Etats européens comme au sein des institutions communautaires, les mêmes tentations de complicité ou de corruption. Ils y cèdent ou non, mais la tentation est permanente. C'est là le risque extrême de la non-transparence bancaire et économique. Les grands scandales financiers ayant ces dernières années secoué le monde de la finance américaine montrent d'ailleurs que le phénomène n'a rien de spécifique à l'Europe. Il concerne la mondialisation économique tout entière, responsable d'un phénomène majeure que Denis Robert a justement nommé la domination du monde.

Nous n'allons pas ici reprendre tous les débats actuellement en cours sur ces deux affaires, mais seulement nous borner à nous poser quelques questions qui nous paraissent dans la ligne générale des préoccupations de cette chronique.

Qu'est-ce que l'entreprise Clearstream et s'agit-il d'un mécanisme bancaire exceptionnel ?

L'entreprise bancaire Clearstream a été créée comme une chambre de compensation intéressant initialement les règlements interbancaires. Elle résulte de la fusion d'organismes analogues préexistants, Cedel International et Deutsche Börse Clearing, une filiale du Deutsche Börse Group, propriétaire de la bourse de Francfort. Cedel International avait été créé en 1971 et était spécialisé dans la compensation inter-bancaire : avant la création de telles chambres de compensation, les banques devaient transférer physiquement de l'argent entre elles pour compenser les mouvements de fonds interbancaires. L'apparition des règlements informatisés a rendu de telles solutions incontournables. Il existe une autre chambre de compensation d'importance voisine au niveau européen, Euroclear(1). Elles sont devenues avec le temps des quasi-monopoles, compte tenu du fait que les avantages fournis aux clients en termes de services sont fonction de la taille et du nombre des transactions. On notera que la Commission européenne a condamné Clearstream, enregistrée au Luxembourg, pour cause d'abus de position dominante, notamment en Allemagne où elle dispose d'un monopole de fait. Ceci étant, et sous réserve du maintien d'un minimum de concurrence entre organismes, il n'y a rien là d'anormal dans les procédures en cause. On rappellera que le mouvement de concentration des bourses européennes, dont les opérations se situent en amont des règlements, se poursuit actuellement, en parallèle, Il concerne notamment les bourses de Paris, Francfort et Londres. Les fonds américains y trouvent l'occasion de prises de participations qui inquiètent à juste titre certains experts financiers, car les opérations de bourses sont des moyens d'intervention puissants et souvent occultes sur la vie des entreprises (voir sur ce point notre article ci-dessus consacré à l'"absorption" d'Euronext par le New York Stock Exchange).

Ceci dit, progressivement, des banques, notamment allemandes, ont progressivement demandé à Clearstream d'instaurer un système de comptes non-publiés afin de faciliter les compensations entre leurs filiales distinctes. Là encore, il n'y a rien de juridiquement anormal compte-tenu de la tolérance générale manifestée à l'égard du secret bancaire, notamment dans les pays européens. Dans les années 1980, ce système de comptes non-publiés a été généralisé pour les mouvements interbancaires en général. Est-on encore dans la légalité? C'est plus douteux. Mais surtout, Clearstream a commencé à accueillir des entreprises parmi ses clients. On voit l'intérêt et le danger de telles procédures pour les conseils d'administration souhaitant échapper à la curiosité des administrations fiscales nationales et de leurs propres actionnaires. La non-transparence, renforcée par l'informatisation, devient alors la règle. Mais, comme dans le domaine du secret bancaire, beaucoup d'entreprises enregistrées dans les Etats nationaux et travaillant au niveau international prétendent que ces processus discrets sont indispensables à leur survie face à la concurrence, notamment américaine et asiatique, les gouvernements ne sont pas pressés d'agir. Aucune législation n'interdit d'ailleurs aux entrepri
ses de créer des filiales délocalisées dans les paradis fiscaux, échappant aux réglementations nationales et ne publiant pas leurs comptes. En 1996, Clearstream a obtenu sa licence bancaire.

Mais un pas de plus dans la voie de la dérive est ce faisant rendu possible. Il s'agit de la faculté, via des entreprises et des banques pratiquant le recyclage des bénéfices des opérations financières criminelles, d'utiliser les possibilités de discrétion et de non-transparence ainsi offertes pour financer des investissements légaux dans des pays peu curieux de l'origine des fonds. Il s'agit d'une dérive du système, qu'Ernest Backes, responsable de l'informatique de Cedel International devenu Clearstream jusqu'en en 1983 et licencié à cette date avait dénoncé auprès notamment de Denis Robert. Il lui avait confié des listings informatiques qu'il avait conservés, censés donner la preuve de mouvements de fonds douteux. Ces documents décriraient une « lessiveuse d'argent sale » dans laquelle tremperaient des dizaines de grandes banques internationales. Le système, bien que techniquement complexe, se fonderait sur le mécanisme simple des circuits occultes intéressant les comptes non-publiés. Rien n'empêche par ailleurs dans ces conditions à telle ou telle entreprise, telle ou telle banque, ou l'organisme de compensation lui-même, de verser des sommes non prises en compte dans les comptabilités à des hommes politiques ou patrons d'entreprise dont on veut acquérir la complicité. Il s'agit d'un mécanisme pratiquement indétectable de corruption. Certes, l'informatique peut en principe garder trace de tout, mais encore faut-il sauver et rendre disponible le contenu des mémoires.

Ernest Backes et Denis Robert ont été entendus par la commission parlementaire française précitée, présidée par Vincent Peillon et Arnaud Montebourg. Mais cette commission n'a pas eu les moyens de tirer ces accusations au clair. Pendant ce temps, Clearstream et diverses banques ne sont pas restées inactives. Elles ont déposé des plaintes en justice, en se défendant de toutes opérations de blanchiment. Un non lieu a été prononcé au Luxembourg. Ces soupçons n'ont pas par ailleurs empêché Clearstream, comme ses quelques homologues, de prospérer. On cite des chiffres «astronomiques» concernant le nombre des comptes enregistrés et le montant des transactions transitant par Clearstream. Nous ne les reprendrons pas ici faute de données précises, mais il s'agit de totaux dépassant largement la somme des budgets des Etats nationaux. Ainsi, l'essentiel des mouvements financiers intéressant la planète relève dorénavant de tels systèmes, dont tout opérateur souhaitant la discrétion peut profiter, y compris les maffias et les organisations terroristes. On retiendra en effet, selon une évaluation présentée par le juge Van Ruymbeque lors de l'émission de France 2 Envoyé Spécial diffusée le 11 mai 2006, que la moitié environ des transactions effectuées par ces centrales de compensation échappe à toute traçabilité. Toutes ne sont pas sans doute criminelles ou frauduleuses, mais le doute néanmoins s'impose. Le FMI, pour sa part, évalue de 700 à 1750 milliards d'euros l'argent plus ou moins sale circulant entre les paradis fiscaux, les places financières et les banques 2). Il y a là quelque chose de particulièrement malsain, qui aurait du faire condamner depuis longtemps les pratiques du secret bancaire et de l'anonymat.

Faut-il considérer que les mécanismes ainsi mis en place sont incontournables, y compris avec les risques de fraude et de corruption qu'ils entraînent?

Un moraliste intransigeant répondra à la question ici posée par la négative. Mais nous sommes obligés ici de rester réalistes. L'essence de la mondialisation économique et financière, souvent dénoncées mais contre laquelle nulle autorité nationale ou internationale ne fait rien pour le moment, repose sur de tels systèmes. Comme toujours en matière de mondialisation et de délocalisation, c'est la possibilité qu'ont juridiquement les entreprises nationales de créer des filiales dans des pays peu regardants qui paralyse pratiquement des réglementations et des contrôles décidés au plan de tel Etat individuel ou même d'une organisation régionale comme l'Union européenne. Il faudrait un consensus universel, par exemple à l'ONU, pour imposer officiellement la transparence, à partir de règles comptables communes et de corps de contrôles eux-mêmes placés sous le regard des opinions publiques. Inutile d'y songer pour le moment, du fait de la volonté de divers Etats peu regardants, y compris parmi les plus grands, de protéger les opérations de leurs ressortissants.

On voit en particulier que beaucoup d'intérêts économiques et stratégiques liés aux industriels européens utilisent pour résister à la concurrence les possibilités offertes par les comptes non-publiés. Vouloir interdire ces opérations en Europe serait présentés comme suicidaire. Ceci d'autant plus que les activités maffieuses et de corruption où l'Europe malheureusement est aussi experte que les Etats-Unis et les pays émergents, trouveraient instantanément d'autres voies pour se poursuivre.

Denis Robert a donc raison à cet égard de parler d'un système de domination du monde, depuis longtemps en place et n'ayant aucune volonté de s'effacer. Les adversaires de la mondialisation dénoncent généralement la domination des grandes entreprises transnationales, américaines et bientôt chinoises ou indiennes. On dénonce aussi les groupements d'intérêts militaro-industriels et politiques. Mais ces actions, sauf lorsqu'elles font l'objet de mesures couvertes par le secret militaire (covert) sont le plus souvent de nature matérielle et non virtuelle. Elles produisent des biens et services relativement identifiables, utilisant des technologies traditionnelles ou émergentes sur lesquelles il est possible d'imposer (ou tenter d'imposer) des normes d'intérêt général. En revanche, la contrepartie de ces opérations, et surtout les transactions financières auxquelles elles donnent lieu, ainsi bien entendu que les innombrables activités de spéculation échappant à tout support matériel, constituent le terrain où s'exercent les véritables dominations. Les bénéficiaires de celles-ci sont discrets, souvent anonymes, mais exercent le pouvoir effectif. Ce sont eux qui maîtrisent le destin futur du monde, y compris pour le pire : épuisement des ressources de la planète, destruction des sociétés et cultures traditionnelles, généralisation des conflits. En termes systémiques, on dira qu'ils agissent de façon collective, sans être nécessairement conscients des effets globaux de ce qu'ils font. Ils en sont d'autant plus dangereux.

Faut-il donc renoncer à toute transparence et à toute régulation, dans les domaines pourtant essentiels à l'avenir du monde ?

On peut prétendre que les opérations occultes permises par les mécanismes de la finance internationale mondialisée sont relativement limitées, quantitativement et qualitativement. Les scandales déstabilisants et les affaires d'Etat sont encore plus rares. On fera valoir par ailleurs que l'argent sale ne s'intéresse en général qu'aux investissements sans grand intérêt stratégique, tels qu'en matière de tourisme ou d'aménagement du territoire. Le terrorisme pour sa part n'a pas besoin de fonds énormes pour opérer. Les corruptions et corrupteurs sont finalement peu nombreux et le deviendront sans doute de plus en plus, vu l'hostilité qu'ils font naître, y compris dans des pays où la corruption est encore quasi institutionnelle. Faut-il en ce cas attacher, dans notre pays et accessoirement en Europe, tant d'importance à une affaire telle que l'affaire supposée Clearstream, telle que nous l'avons résumée ci-dessus ?

Nous répondrons pour notre part que l'émotion de l'opinion publique est justifiée pour une raison tenant à l'attachement justifié que nous avons à l'égard de nos institutions politiques et administratives. Le bon fonctionnement de la démocratie politique et des grands services publics est en effet une chose fragile, constamment menacée. Tout ce qui peut, à tort ou à raison, décrédibiliser la confiance apportée globalement par les citoyens aux institutions, que ce soit en France, dans les autres Etats européens ou pour ce qui la concerne au sein de l'Union européenne, est lourd de déstabilisation potentielle, risquant de provoquer un retour au populisme ou aux dictatures. C'est ce risque qu'évoque plus particulièrement, comme nous l'avons vu plus haut, l'affaire dans l'affaire dite Clearstream2. Le passé a amplement démontré, à l'occasion de l'instruction du procès dit des «frégates de Taiwan», comme dans d'autres cas analogues, les difficultés auxquelles se heurtent les institutions judiciaires, en l'absence d'une volonté politique forte, à démêler les scandales petits et grands impliquant des intérêts politiques. Des juges d'instruction isolés, sans moyens, sans soutiens, peuvent se lasser ou encourager des méthodes juridiquement incorrectes mais bien excusables comme les confidences à la presse ou les dénonciations anonymes. Ecrivant ceci, nous ne nous permettons pas de faire allusion au juge d'instruction particulier qui a été en charge d'une partie du dossier Clearstream. Ce juge, selon nous, a honoré et continue d'honorer la magistrature française. Nous pensons à l'ensemble de la procédure de l'instruction à la française, dont on a vu les faillites précédentes avec les démissions ou les retraits de juges tout aussi honorables. Mais, comme l'avait bien montré l'appel dit de Genève des magistrats en charge de la lutte contre la criminalité économique, les autres institutions judiciaires européennes ne sont guère mieux loties.

A cet aspect judiciaire de l'affaire initiale s'est ajouté ce que l'on sait, et que nous ne commenterons pas davantage faute d'éléments originaux à notre disposition, c'est-à-dire les soupçons exprimés à l'égard de divers responsables politiques actuels, concernant la volonté supposée de calomnier tel ou tel homologue ou d'utiliser les services de renseignements pour instrumentaliser - ou au contraire étouffer - l'affaire. Si ceci s'avérait juste, ce serait sans doute aussi grave que des scandales ayant précédemment fait plus ou moins de bruit et ayant impliqué, sinon discrédité en partie des majorités ou des gouvernements précédents. Pourrait-on dire en ce cas que l'on ne peut rien faire pour lutter contre de telles dérives? Certainement pas. Dans un système parlementaire digne de ce nom, ce serait au Parlement, soutenu le cas échéant par les médias et l'opinion publique, de mener lui-même les enquêtes nécessaires, et de prendre si besoin était les sanctions politiques s'imposant. On peut penser que c'est ce qui se serait produit chez nos voisins, y compris en Italie où l'on connaît cependant les difficultés de la lutte contre les maffias. Aux Etats-Unis, on évoquera le précédent du Watergate, qui s'est bien terminé puisque le responsable principal, le président Nixon, a été conduit à démissionner. Tout ceci justifierait que nos concitoyens fassent pression sur leurs représentants pour qu'ils tirent au clair l'affaire Clearstream2. 3)

Que penser dans ces conditions du rôle joué par les journalistes d'investigation et la presse, quand les uns et les autres jugent bon de porter le fer dans des plaies supposées ? L'opinion doit-elle aller plus loin et encourager les dénonciations, même anonymes, pouvant être le fait de « repentirs » ou de vengeances personnelles ?

Nous répondrons que sans ces initiatives, souvent risquées (on sait le nombre de gens qui y ont perdu la vie, au sein des médias ou de leurs informateurs, en France comme ailleurs), il n'y aurait plus de démocratie du tout. Les journalistes d'investigations sont souvent présentés comme des têtes brûlées ou des manipulateurs-manipulés. Mais si les lois déjà trop laxistes et difficiles à appliquer n'étaient pas, parfois, relayées par leurs enquêtes, c'en serait fini de toutes libertés publiques et morales collectives. La seule limite aux tentations de corruption et de détournement de pouvoir, qui sont innombrables, est que les éventuelles personnes qui en seraient tentées puissent craindre d'être un jour dénoncées et de voir leurs carrières ruinées.

Certes, il ne faut pas prendre toutes les accusations ou révélations au pied de la lettre. Il appartient aux médias, en amont des procédures judiciaires, de vérifier les sources s'ils veulent les rendre publiques. Le même devoir s'impose à l'égard de tous les blogueurs se voulant sérieux qui constituent désormais une part importante de la vox populi. S'ils n'ont pas les moyens de la grande presse pour conforter leurs affirmations, notamment quand elles pourraient mettre en cause des personnes bien identifiées, ils doivent alors faire preuve d'une prudence redoublée. C'est ce que pour notre part nous nous sommes efforcés de faire dans ce trop court article, renvoyant le lecteur pour la suite à ses sources d'information habituelles. 11/05/06

(1) Si l'on pouvait plaisanter sur de tels sujets, nous noterons à l'intention des non-anglophones que la composante Clear présente dans les noms des deux organismes cités ne signifie pas que ceux-ci se font un devoir de clarté, mais que leur rôle est de procéder aux compensations (clearing en anglais).
(2) Note au 23/05. Depuis la rédaction de cet article, Le Monde a publié un dossier bien documenté sur la circulation de l'argent sale et, entre autres, le rôle vraisemblable de Clearstream. Voir Le Monde Economie, 23 mai 2006 http://abonnes.lemonde.fr/web/article/0,1-0,36-774425,0.html et autres articles.
(3) Note au 23/05.
Malheureusement, le débat de la motion de censure qui vient d'être déposée par le Parti socialiste devant le Parlement n'a guère éclairé les circonstances de l'affaire.

NB. Cette note peut aussi être commentée sur notre Blog du Monde
http://automatesintelligent.blog.lemonde.fr/automatesintelligent/2006/05/laffaire_clears.html

Par Jean-Paul Baquiast
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Vendredi 26 mai 2006

A voir aussi sur Admiroutes - Automates Intelligents:

* Renaissance de la Recherche/développement en Allemagne http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2006/73/edito.htm
*
Publiscopie. Présentation de Collapse, par Jared Diamond (signalé) http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2006/73/jared.htm
* Vaccin possible contre la grippe aviaire humanisée http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2006/73/actualite.htm#actf

 

Et si c'était Ségolène

Ceux qui rêvent de voir Ségolène Royal élue présidente de la République peuvent imaginer l'heureux évènement en regardant un petit film de 20 minutes fait sur ce thème: http://www.20minutes.fr/microfilms/etsicetaitelle.php . C'est la société Tempête du net qui a réalisé ce film, co-produit avec le journal gratuit 20 minutes et en liaison avec Fréderic Filloux
http://filloux.blog.20minutes.fr/archive/2006/05/22/20-minutes-les-microfilms.html .
Eric Walther, un ancien de la presse économique, a créé Tempête du Net pour produire d'autres "microfilms" http://tempetedunet.com/
Exemple à suivre...


Portail Etudiant

Je suis heureux de signaler une bonne réalisation de l'Education Nationale française, permettant aux étudiants français et étrangers, ainsi plus généralement à tous ceux qui envisagent de suivre des études supérieures d'avoir des informations sur les filières, les établissements et diverses conditions pratiques. Il s'agit du Portail Etudiant http://www.etudiant.gouv.fr/. Evidemment, les informations, déjà très nombreuses (près de 22000 offres de formation diplômante sont référencées) gagneront encore à être complétées puis tenues à jour par les établissements eux-mêmes pour ce qui concerne les données sur l'insertion professionnelle. 24/05/06



Les propositions de Laurent Fabius concernant la relance de l'Union européenne

Nous n’avons plus aucune sympathie pour Laurent Fabius. Je dirais plus. Comme beaucoup de partisans de la construction européenne cruellement déçus par le refus du corps électoral de ratifier le projet de traité constitutionnel, nous le tenons comme personnellement responsable de cet évènement calamiteux. Sans la caution qu’il a donné à gauche aux partisans du Non, le Oui aurait peut-être pu l’emporter. Or cette caution, il l’a donnée non pas motivé par un sens élevé des intérêts de l’Europe, comme il l’a prétendu, mais par ce qu’il faut bien appeler de l'arrivisme personnel. Il a pensé ainsi pouvoir recueillir, dans la course à la présidentielle qui s’annonçait, les moyens de redresser un score de popularité alors très bas. Ce calcul a échoué. Laurent Fabius est plus bas que jamais dans les sondages et il y a peu de chances qu’il puisse regagner de la popularité. C’est donc politiquement un homme fini. Malheureusement le mal qu’il a fait à la France et à l’Europe dure encore et s’amplifie tous les jours.

Faut-il alors prendre la peine de commenter les propositions pour une relance de l’Union européenne qu’il vient de faire dans un long article du Monde (voir http://abonnes.lemonde.fr/web/article/0,1-0,36-774371@45-2,0.html) . Oui, car les idées ont leur propre validité, indépendamment des hommes. Or celles présentées dans son article nous paraissent mériter attention. Nous allons les résumer sommairement ici. Les phrases significatives de Laurent Fabius (extraites certes de leur contexte mais qui se suffisent à elles-mêmes) seront reprises en italique brun. Notre commentaire sera en police normale.

Depuis plusieurs années, nous déplorons que la croissance de l’Europe soit inférieure à celle des Etats-Unis et très inférieure à celle de la zone asiatique, avec ses conséquences dramatiques sur l’emploi et la protection sociale. Pourquoi en sommes-nous là ? En fait, l’Union – et particulièrement la zone euro – se place elle-même dans une tenaille. D’un côté, nous interdisons tout soutien puissant de la demande interne – par la consommation et l’investissement – à la croissance puisque divers mécanismes (pacte de stabilité, limitation drastique du budget européen, pression sur les salaires, …) l’excluent. Mais de l’autre côté nous écartons aussi une relance par la demande externe – c’est-à-dire par les exportations – puisque nous ne soutenons pas nos points forts industriels dans la compétition mondiale en acceptant une concurrence parfois déloyale et une surévaluation de l’euro. Comme, dans le même temps, nous avons fixé des objectifs dits de Lisbonne (développement de la recherche, de l’éducation, de l’innovation,…) mais que nous ne mobilisons pas les moyens financiers pour les atteindre, il n’existe aucune chance que nos résultats économiques et sociaux s’améliorent spontanément.

Laurent Fabius évoque à juste titre le fait que les pays européens ne financent pas suffisamment la recherche, l’éducation, l’innovation. Il a raison. Nous ne cessons de le répéter dans ces chroniques. Mais nous ne sommes pas nombreux en France à la faire. Aucun candidat à la présidentielle, aujourd’hui, ne propose d’accroître les budgets de recherche/développement, européens comme nationaux à 4% du PIB, c’est-à-dire au-delà des 3% qui sont annoncés pour 2010 mais qui dans la tendance actuelle ne seront jamais atteints?

Beaucoup de temps a été perdu depuis des années et ce qui s'impose désormais, c'est un plan de relance de l'Union. Des progrès – c'est la première urgence – devraient être préparés dans plusieurs domaines concrets où une stratégie européenne s'impose. C'est le cas notamment pour la politique énergétique (économies européennes d'énergie, développement des transports collectifs, des énergies renouvelables, des carburants propres, interconnexions des réseaux, coordination des stocks et des achats…), alors que malheureusement le dernier sommet européen n'a abouti qu'à reprocher à la Commission ses ambitions en ce domaine. C'est aussi le cas pour la recherche scientifique, l'éducation, la formation, l'université, où nous sommes en train d'aggraver notre retard par rapport à nos grands concurrents : de nouveaux projets devraient être financés hors des critères de Maastricht dans le cadre d'un pacte positif pour la recherche afin de nous permettre de demeurer dans la course et si possible d'en prendre la tête.

Tout a fait d’accord. Il faudra d’ailleurs aller plus loin et faire des listes concrètes de programmes et de projets, assorties de propositions financières.

Cette ambition pose la question du budget européen, traitée avec incohérence et imprévoyance par l'exécutif français. Depuis 1995, le président de la République proclame que davantage de politiques concrètes doivent être financées, mais milite – avant comme après le référendum – pour une baisse des financements communautaires. Il faut en finir avec ce double langage qui cause du tort à l'Europe : oui, l'amélioration du budget devra accompagner la relance européenne. La situation actuelle n'est pas acceptable : le budget de l'Union reste largement inférieur au montant du seul budget français, et plus de 40 % est consacré à la seule politique agricole commune. Une solution existe, que nous devons proposer : la création d'une ressource fiscale autonome, par exemple une taxe communautaire sur l'énergie, moyen de renforcer à terme les moyens et les ambitions de l'Union et premier jalon d'une indispensable harmonisation fiscale. Les présidences qui se succéderont en 2007 devraient aborder la question institutionnelle. La présidence française, en 2008, l'année de la révision de l'accord budgétaire, devra se consacrer aussi à l'élaboration d'un paquet budgétaire digne d'une Europe élargie, solidaire et préparant l'avenir.

Encore une fois, tout à fait d’accord. Faut-il un impôt européen autonome ? Pourquoi pas. Faut-il le faire porter sur l’énergie ? On entend déjà les plaintes des secteurs concernés. Disons qu’il faudrait l’asseoir sur des activités générant les consommations gaspilleuses et les délocalisations spéculatives.

J’ajoute à cela la dimension sociale qui doit venir en tête d’agenda. Il devient vital de viser une harmonisation par le haut afin de faire converger les décisions nationales au rythme du développement de chacun des pays, en fixant des objectifs comparables à ceux du traité de Maastricht pour atteindre l’euro. Le but est d’éviter, au sein de l’Union, le dumping, par exemple sur le taux d’impôt sur les sociétés, et la multiplication des délocalisations. Pour être acceptée par les nouveaux Etats membres, cette démarche pourrait s’insérer dans un « nouvel équilibre de l’élargissement » : en compensation de leur renonciation à la stratégie de l’harmonisation par le bas, ils bénéficieraient d’un effort budgétaire spécial, de la liberté de circulation pour leurs travailleurs et de la solidarité qu’ils nous demandent dans la sécurisation de leur approvisionnement énergétique. Rompant avec le chacun pour soi actuel, faisons le choix d’un élargissement solidaire. Tant que ces nouvelles règles n’auront pas été posées, je suis favorable à un refus de tout nouvel élargissement.

Pourquoi pas ? Ajoutons que, sans vouloir imposer aux autres pays le concept des services publics à la française, il faudrait reprendre le discours aujourd’hui politiquement porteur selon lequel des services (disons d’intérêt général) protégés des jeux dévastateurs de la finance internationale, devraient prendre en charge, au niveau de l’Europe toute entière, les grands intérêts à long terme concernant l’aménagement des territoires, la santé publique, la protection de l’environnement (sols, air, eau) et des espèces vivantes…Des agences européennes dotés de solides budgets pourraient être crées et mandatées en ce sens.

La politique de la concurrence devra, elle aussi, évoluer. A l'heure des OPA planétaires et de l'hyper-concurrence asiatique et américaine, elle ne favorise pas la constitution de champions européens. Au contraire, elle les pénalise par une approche idéologique, tatillonne et finalement contre-productive : les exemples pour la France vont de Pechiney à Schneider et Legrand, en passant par Mittal et Arcelor.

Exact. Plutôt que présenter les objectifs du patriotisme industriel national comme un épouvantail, il faudrait les reprendre et les étendre, dans la perspective de rendre concret ce qui devrait devenir une ardente obligation pour l’Europe, un patriotisme industriel et commercial européen. Il ne serait pas différent en ce sens de ce dont font preuve en permanence les Etats-Unis, la Chine l’Inde et plus généralement tous les pays d’une quelconque ambition. importance.

La politique commerciale européenne devrait également constituer un outil plus performant. L'existence d'un négociateur unique pour l'Union et d'une coordination forte dans ce domaine constitue un atout. Mais l'exemple des décisions à l'OMC montre comment l'Europe est réduite à une position défensive, incapable d'étendre la négociation aux standards sociaux, aux normes environnementales, aux parités monétaires qui devraient pourtant faire partie intégrante d'une discussion visant à un juste échange international ("fair trade") plutôt qu'à un libre échange ("free trade"). Face à l'empire américain et aux géants indien et chinois, nous avons besoin d'une nouvelle politique de la concurrence et du commerce qui permette la défense et la promotion de l'industrie et des entreprises européennes.


Exact encore. Il s’agit d’un corollaire évident de ce qui précède.

Le chantier institutionnel devra être repris. ….Une solution pourrait consister en une démarche à trois temps....

Ces propositions ne nous paraissent pas prioritaires. L’essentiel n’est pas les institutions en soi mais ce que les citoyens voudraient faire de l’Europe et avec l’Europe. A partir de consensus sur les objectifs, les solutions institutionnelles peuvent s’imposer d’elles-mêmes.

Quels moteurs pour relancer l'Union européenne ? Malgré le refroidissement observé depuis quelques années, je reste convaincu que le couple franco-allemand représente un atout décisif. L'avoir délaissé ou banalisé est une faute grave. Pour relancer l'Europe, il faut redynamiser la relation entre la France et l'Allemagne – qui n'est pas exclusive d'autres liens étroits, notamment avec nos amis belges, luxembourgeois, italiens et espagnols. Le premier sommet européen auquel participera le nouvel exécutif français aura lieu en juin 2007, sous présidence allemande. La France exercera la présidence en 2008. Outre la croissance et les institutions, la défense devrait être un champ majeur d'avancées communes. A éparpiller nos efforts en matière de défense, nous nous interdisons de peser sur la scène du monde et nous gaspillons des marges de manœuvre budgétaires. Nous avons besoin d'une stratégie d'armement intégrée et d'une défense commune. Je propose un grand dessein : qu'à l'horizon 2014, soit cent ans après Verdun, une armée franco-allemande ait vu le jour. Prélude à une défense européenne et à des éléments de diplomatie commune. Pourquoi ce rêve serait-il moins réalisable qu'une monnaie unique ? Là comme ailleurs, c'est affaire de volonté politique.

D’accord à 100% sur tout ceci ? Nous ajouterons un pont fondamental, oublié de tous en Europe aujourd’hui et que nous nous efforçons de défendre, la mise au point d’une politique spatiale commune visant la assurer la souveraineté civile, scientifique et militaire de l’Europe dans l’espace.

L'autre moteur pour avancer est l'Eurogroupe. Je lance une mise en garde. Ne recommençons pas avec la zone euro l'erreur lourde que nous avons commise dans les années 1990 avec l'ensemble de l'Union : c'est-à-dire élargir avant d'approfondir. La zone euro a d'abord besoin de se renforcer, en instaurant en son sein un vrai pilotage économique commun, une réelle politique de croissance et de change, une harmonisation fiscale et sociale. Tout cela devrait, selon moi, précéder – et non suivre – un éventuel élargissement de la zone euro. Sinon l'espoir d'une Europe unissant vraiment les peuples risque d'être compromis, et la zone monétaire cessera d'être l'amorce d'une Union politique pour n'être plus que le complément d'une zone de libre-échange.

Encore une fois d’accord à 100%, ou presque. Nous disons « ou presque » parce que certains experts considèrent au contraire que donner l’euro à ceux qui le souhaitent, sans les accabler de préalables, ne peut que renforcer la zone euro et plus généralement diminuer l’influence de la zone dollar.

Quant au Parlement européen, malgré sa majorité conservatrice, il a montré qu'il bénéficiait d'un esprit pro-européen. La directive services a été largement réécrite. La directive portuaire a heureusement été rejetée. La négociation sur le budget, quoique très insuffisante, a permis d'obtenir quelques milliards d'euros de plus ; ils seront indispensables notamment pour la solidarité avec les nouveaux entrants. C'est dans cette enceinte que "la période de réflexion" sur l'avenir des institutions de l'Union conduit à un vrai débat sur les attentes des citoyens. Nous devons miser davantage sur la dynamique du Parlement. Nous appuyer aussi davantage sur la mobilisation des syndicats et des grandes associations démocratiques, dont on a vu l'efficacité pour contrer les directives les plus libérales, et, positivement, pour l'adoption de règlements favorables aux biens publics.

Tout cela dessine une Europe à la fois ambitieuse et différenciée. Si l'Union se prétend uniforme alors même que les Etats membres et leur degré d'euro-volontarisme sont de plus en plus hétérogènes, elle s'alignera sur le plus petit dénominateur commun, devenant le cheval de Troie des Etats-Unis, de l'Asie ou de leur alliance, c'est-à-dire d'une mondialisation sans règles, dont le résultat est de creuser les inégalités entre pays et au sein des pays. Cette reconnaissance d'une Europe différenciée est essentielle, elle constitue une autre façon d'évoquer la fameuse idée des "trois cercles" à laquelle adhérait notamment François Mitterrand : au centre, les pays les plus euro-volontaires désireux d'avancer vite et loin, unis autour de projets communs et partageant une conception intégrée de leur destin et de leur action dans la mondialisation ; au-delà, les Etats membres de l'Union dotés d'une ambition de convergence ; à la périphérie, les Etats avec lesquels un partenariat privilégié s'impose – je pense à la Turquie, à l'Ukraine, mais aussi aux pays de la zone méditerranéenne, actuellement négligés par l'Europe –, sans qu'ils fassent à proprement parler partie d'une Union qui ne peut pas digérer un élargissement indéfini. Sur ce point, je fais miennes les récentes déclarations d'Angela Merkel et de Romano Prodi : nous devons dire clairement à certains pays que leur participation n'est pas possible dans un temps prévisible.

Cette Europe différenciée devra récuser la dérive actuelle qui consiste, y compris pour certains Etats membres, à tenir la politique européenne pour une simple action d'ajustement des économies européennes à la mondialisation. Autant l'Union a poursuivi longtemps et à juste titre l'ambition d'être un acteur majeur, capable de peser sur l'environnement international, autant elle adopte désormais souvent une posture de "petit pays", ayant vocation à s'insérer dans "l'ordre" existant plutôt qu'à influer sur lui. Certes l'Union doit s'adapter au contexte global. Mais une attitude de renoncement n'est pas conforme à l'intérêt de l'Union, elle ne bénéficie qu'à une minorité qui creuse l'écart avec les salariés des industries européennes soumis à une concurrence exacerbée. Elle n'est pas non plus conforme à l'intérêt de l'équilibre mondial et à un avenir durable pour la planète.

Car là est finalement l'essentiel : un monde dominé exclusivement par les Etats-Unis serait bancal et dangereux ; un monde dominé par le couple américano-chinois ne serait ni à l'avantage de l'Europe, ni vraisemblablement à celui de l'humanité toute entière. On en perçoit les périls économiques, sociaux, écologiques, culturels, démocratiques. Le monde a besoin d'un équilibre vrai, de stabilité et de solidarité, où l'Europe tiendra sa place – une Europe rayonnante, une Europe-levier – et ses Etats


…Beaucoup de temps a été perdu. Le prochain président de la République devra être l'homme de la relance de l'Europe. D'une Europe qui, désormais, progresse et qui protège.

La conclusion de Laurent Fabius sera aussi la nôtre. Espérons que les futurs candidats et candidates à la présidence de la République reprendront et même renforceront, dans le sens européen, cette bonne « feuille de route », pour parler tendance. 24/05/06

NB. Cette note peut aussi être commentée sur notre blog du Monde
http://automatesintelligent.blog.lemonde.fr/automatesintelligent/2006/05/les_proposition.html


Le Pentagone propose d'engager l'Europe dans un éventuel futur conflit avec l'Iran

Nul ne sait encore ce que feront les Etats-Unis dans les prochains mois vis-à-vis de l'Iran. Le clan des faucons, qui semble avoir la sympathie des néo-conservateurs et de G.W. Bush, verrait assez bien des frappes militaires, y compris avec des bombes à tête atomique dite de forte pénétration. Il en résulterait un bouleversement général, non seulement du Moyen-Orient, mais du monde entier. Ceci n'inquièterait pas le pouvoir en place, qui pourrait espérer retrouver les faveurs de l'électorat à l'occasion d'une mobilisation générale contre le "terrorisme". L'Amérique a toujours su se forger des ennemis plus ou moins artificiels pour se donner des arguments lui permettant d'assurer ou réassurer sa puissance. Mais une partie des militaires, notamment les généraux de l'armée de terre, semblent hostiles à cette aventure. On pensait en tous cas que jusqu'à présent, l'Europe des Etats "raisonnables", qui comprenait sur ce point la Grande Bretagne, l'Allemagne et la France (ainsi que M. PESC, Javier Solana, de moins en moins audible il est vrai) , ne voulait pas se voir impliquer dans des gesticulations militaires. La troïka européenne continue, bon an mal an, à s'efforcer de trouver avec Téhéran un terrain d'accord évitant la nucléarisation accélérée de l'Iran. Les pays est-européens, beaucoup plus soumis aux pressions de Washington, n'avaient pas par contre fait connaître clairement la position qu'ils prendraient en cas d'attaque américaine contre l'Iran.

C'est sans doute cette mollesse européenne qui donne à la diplomatie américaine la tentation d'embrigader l'Europe dans sa lutte contre les Etats prétendus voyous et le terrorisme, représentés aujourd'hui par l'Iran. La diplomatie américaine vient de faire une tentative qui aurait été inimaginable il y a seulement quelques mois et qui montre à quel point d'abaissement l'Union européenne est tombée à leurs yeux. Les stratèges de George Bush étudiaient depuis longtemps le déploiement d'un bouclier antimissile sur le sol européen. Le Pentagone est passé à l'acte puisqu'il a confirmé le 23/05 que les Etats-Unis «discutaient actuellement» avec leurs alliés européens pour déployer un tel système sur leur sol. Avec l'Iran en tête, et 2011 comme horizon. Le site d'accueil pourrait être la Pologne ou la République tchèque. On doute que la Pologne, actuellement soumise à un gouvernement ultra-conservateur, fasse beaucoup d'objections à ce projet.

Mais de qui les Américains veulent-ils nous protéger? Les Russes ont pu un moment penser que le système était dirigé contre leurs propres batteries de missiles intercontinentaux. Mais ceux-ci se joueraient d'un tel réseau de fils de fer barbelés. Il s'agit seulement de protéger l'Europe de l'Iran. Les Américains souhaiteraient installer une dizaine d'intercepteurs et les radars de détection qui les accompagnent. Ils auraient vocation à protéger l'Europe d'attaques de missiles pouvant provenir, entre autres, mais essentiellement, de l'Iran. Ce site européen pourrait ressembler à celui déjà implanté en Alaska, où entre 3 et 6 lanceurs ont été installés pour contrer une attaque de missiles à longue portée nord-coréens.

Au plan militaire, à supposer que des missiles iraniens porteurs de têtes nucléaires existent et puissent atteindre un jour l'Europe, les spécialistes savent très bien que cette résurgence de l'ancien programme Anti Balistic Missile n’aurait guère d'efficacité. Les essais faits jusqu'à présent n'ont guère été concluants. Ces difficultés techniques suscitent une forte opposition aux Etats-Unis. Il n'y a guère que les industriels bénéficiaires des contrats d'armement pour y croire. Le Congrès se montre d'ailleurs réticent devant les sommes à engager, notamment pour la mise sur pied d'un site européen.

Mais les missiles de l'ex National Missile Defense jouent déjà un tout autre rôle que militaire, dans l'esprit de la diplomatie américaine. Ils illustrent les efforts considérables déployés actuellement par le Département d'Etat pour réembrigader dans l'Otan les Etats européens et étendre l'Organisation à d'autres parties du monde. Comment les Européens, le Japon et l'Australie pourraient-ils faire la fine bouche face à la générosité américaine, si empressée à prendre leur défense contre les méchants ayatollahs ou les méchants Nord-Coréens.

Peu importe aux stratèges du Pentagone que se posent des questions de souveraineté. Il n'existe pas d'espace aérien européen commun et certains pays veulent rester maîtres de leur défense aérienne, y compris son éventuelle extension antimissile. Mais là encore cependant, les défenses s'abaissent. Selon Le Figaro de ce jour: «La France s'est opposée fortement aux projets américains à la fin des années 90, rappelle un expert, mais le dernier discours de Jacques Chirac à l'île Longue a montré une ouverture inédite, avec l'évocation d'une complémentarité entre la défense antimissile et la dissuasion».

Continuons à citer Le Figaro, bon observateur de l'atlantisme européen rampant: "La porte est peut-être ouverte à la participation aux projets antimissiles menés dans le cadre de l'Otan depuis 2002, qui seront discutés au prochain sommet de Riga. Une «étude de faisabilité» confidentielle est depuis le début du mois entre les mains des pays de l'Alliance. Le problème politique se double d'une question technologique et financière. Dans ce domaine, les Européens ont un retard considérable. Depuis les années 50, les Etats-Unis ont dépensé plus de 170 milliards de dollars pour leurs projets antimissiles. En attendant, les Américains modernisent les radars de la base britannique de Flyingdales. Et envisagent de faire de même sur la base dont ils disposent à Thule, au Groenland. A l'évidence, Washington n'entend pas avancer plus lentement que l'Iran d'Ahmadinejad."

Sauf que l'Iran, jusqu'à ce jour, n'a jamais menacé l'Europe - ni même les Etats-Unis. Nous ajouterions cependant pour notre part, afin de ne pas nous faire reprocher par nos lecteurs de laisser l'Europe sans défense vis-à-vis de missiles éventuels, que ce serait dans le cadre de la défense européenne intégrée (hors-Otan évidemment) que les Européens devraient se placer. Les technologies spatiales et militaires européennes sont tout à fait à même de fournir des solutions efficaces. Encore auraient-elles besoin de contrats pour ne pas disparaître de la scène industrielle. Pensons donc à nos propres ressources avant d'accepter les offres américaines si apparemment généreuses. 24/05/06

Post Scriptum. Petite devinette : qui vient de déclarer : " ...Nous mesurons l'importance de nos relations avec les Etats-Unis . Ce que nous voulons c'est ne pas tomber dans la dépendance vis à vis d'une puissance ou d'un groupe de puissances , nous voulons construire notre souveraineté à partir de nos capacités technologiques et productives". Il s'agit de Lula le Président Brésilien !

 


Accord presque définitif sur Iter

L’accord sur ITER, le réacteur expérimental à fusion thermonucléaire, a été paraphé le 24/05 par les sept partenaires du projet, soit
l’Union Européenne, le Japon, les Etats-Unis, la Chine, la Russie, l’Inde et la la Corée du Sud. L’accord devra encore être formellement signé à Washington ou Cadarache. Il devra ensuite aussi être ratifiés par les 7 parties, ce qui pourrait se faire d'ici la fin de l'année. Concernant le financement du projet, l'Union Européenne assurera 40% des coûts de construction et la France 10%. Les Etats-Unis, le Japon, la Chine et la Corée du Sud assumeront chacun 10% de la facture de construction, évaluée à 4,5 milliards d'euros. L’exploitation du réacteur, estimée elle aussi à 5 milliards d’euros, sera prise en charge à hauteur de 26% par l'Union Européenne, 8% par la France, 13% par le Japon et les Etats-Unis chacun et 10% par les autres partenaires.

Selon le directeur général d'ITER, Kaname Ikeda (la désignation d'un japonais faisait partie de l'accord global compensant, entre autres concessions importantes la localisation à Cadarache), la construction du réacteur devrait pouvoir commencer vers 2008 et se terminer vers 2020. 23/05/06


Les bourses européennes incapables de s’unir

Le Non au référendum continue à faire des ravages. La perte de foi dans l’Europe se répercute au niveau des bourses. On aurait pu penser que les grandes bourses européennes auraient jugé bon de s’unir sous une étiquette commune. C’est le contraire qui se passe. La bourse de New York, le NY Stock Exchange (NYSE), s’installe en Europe à une place stratégique, avec la bénédiction de Euronext, principal opérateur. Le New York Stock Exchange a proposé, le 22/05/06, d'acquérir l’opérateur européen dans une transaction évaluée à 8 milliards d'euros. Le conseil de surveillance d'Euronext s'est réuni lundi 22 et a accepté l'offre. Il a repoussé de ce fait la dernière proposition de la Deutsche Börse (DB), qui souhaitait elle aussi s'allier à Euronext. Reste aux actionnaires à se prononcer dans les prochains jours.

En proposant de racheter Euronext qui rassemble les Bourses de Paris, Amsterdam, Bruxelles et Lisbonne, la Bourse de New York veut fonder un groupe d'une valeur de 16 milliards d'euros (21 milliards de dollars. La combinaison des deux groupes créerait le premier marché boursier du monde. Mais nous devons constater que, loin d'être une union entre égaux, aux yeus de tous, le nouveau groupe sera le produit d'un rachat de Euronext par le NYSE. Autrement dit, il sera américain et non européen. En effet, le groupe, dénommé « Nyse Euronext », sera coté à New York et sur les marchés actuels d'Euronext (dont la Bourse de Paris), et les postes de direction partagés entre les dirigeants actuels d'Euronext et du Nyse: le patron de la Bourse de New York John Thain, serait le patron du nouvel ensemble et celui d'Euronext Jean-François Théodore deviendrait son adjoint. Le conseil d'administration serait composé de 11 représentants du NYSE et 9 d'Euronext.

Les propositions de la DB n'ont donc pas été retenues. On objecte à Paris que la logique de celle-ci, présentée comme verticale (un système en "silo" qui propose la négociation des titres jusqu'à leur règlement-livraison), s’oppose à celle des autres bourses, dites horizontales ou fédérales. On évoque également les liens de la Bourse allemande avec sa filiale de compensation Clearstream, à laquelle on a reproché une tendance monopolistique. On affirme plus généralement que la DB aurait des intentions de conquête peu compatibles avec l’indépendance de ses partenaires. Mais il semble surtout que s’opposent les ego des présidents, au détriment de l’intérêt général.

Le Medef en tous cas a fait connaître ses préoccupations. Les entreprises, selon lui, ont besoin d'être rassurées sur la continuité des règles qui régissent le fonctionnement du marché, comme les conditions d'admissibilité, le contrôle de l'information ou des opérations financières au sens large. Il est attaché à ce que la réglementation française continue à s'appliquer telle quelle et que l’autorité chargée de la faire appliquer, l'AMF, garde tous ses pouvoirs sur le marché parisien. De plus, le Medef voudrait que le gouvernement veille à ce que le rapprochement des marchés boursiers ne crée de position dominante susceptible d'augmenter les coûts pour les entreprises cotées comme pour les intermédiaires financiers. Le ministre français des finances a fait savoir ce jour qu’il restait « très attentif ».

On objectera que, techniquement, avec l’informatisation des réseaux, peu importe où se trouvent effectivement les transactions. Sauf que… si cela était le cas, les bourses auraient depuis longtemps renoncé à gérer des serveurs propres et se seraient délocalisées en Inde ou ailleurs. L’activité se fait autour de la bourse, emplacement physique, et pas seulement autour des ordinateurs. De plus et surtout, c’est en ce domaine, l’image, le symbole qui compte. On pourra parler dans ces conditions, si l’accord avec New York se fait, d’une véritable trahison de Euronext à l’égard de la construction européenne, et d’une nouvelle victoire des Etats-Unis, qui absorbent l’Europe morceau par morceau. La Commission européenne n'a rien fait pour faciliter l'union entre les bourses européennes. La menace constante d'attaquer d'éventuelles fusions comme entraves à la concurrence n'a fait que servir les visées américaines. Elle préfère voir l'Europe, dans ce domaine comme dans les autres, découpée comme les Curiaces face à la concurrence mondiale, plutôt que créer des entités puissantes; 22/05/06

* Un de nos amis me demande d'ajouter ceci:
"L'Europe se retrouve dans une situation " à la Gulliver", c'est à dire de plus en plus contrainte et enserrée dans des réseaux de dépendance dont elle aura, si elle n'y prend garde, de plus en plus de mal à se dégager. Accepter de se lier au NYSE, sans que ceci suscite le moindre débat dans l'opinion et dans la classe politique c'est totalement et désespérément décourageant. L'économie globalisée chère aux anglosaxons, c'est le primat des réseaux financiers sur tout le reste. Et le NYSE c'est le centre du centre. Le primat du primat.
On nous refait le coup d'Alcatel/Lucent :" l'alliance entre égaux". A cause du CPE cette mauvaise affaire pour l'Europe était passée inaperçue. A cause de Clearstream cela risque d'être la même chose pour Euronext.!!"


La Nasa met au concours la réalisation d'un atterisseur lunaire

Dans le cadre de son programme de retour sur la Lune, la Nasa vient de lancer un concours ouvert aux inventeurs et doté d’un prix de $2,5 millions. Il s’agit du Lunar Landing Challenge, annoncé le 5 mai, qui fait partie du programme plus général dit Centennial Challenges Program. Le défi vise à réaliser un atterrisseur lunaire capable de décoller de la lune, venir en orbite lunaire et revenir sur la lune. Le programme général de la Nasa vise à combiner différents modules dans une mission prévue pour 2018. Le module avec équipage (Crew exploration vehicle) devra se coupler en orbite terrestre et un ensemble de service (Earth departure stage) avant de s’élancer vers la lune. Une fois en orbite lunaire, l’atterrisseur lunaire déposera 4 hommes sur celle-ci. Les concurrents ne devront pas répondre à un enjeu aussi difficile, mais simplement proposer un système de fusées capable de décoller à 50 m d’altitude, rester en vol stationnaire 3 minutes, se poser sur un monticule rocheux à 100 m de là et finalement revenir à son point de départ.


Retour à l’énergie nucléaire en Grande Bretagne ?

Un débat assez vif s’amorce chez nos voisins à propos de l’avenir de l’énergie nucléaire pour faire face aux besoins des prochaines décennies. L’association des industriels du nucléaire, UK Nuclear Industry Association (NIA http://www.niauk.org/) affirme que le pays ne pourra pas répondre à ses besoins d’énergie, même en réduisant la consommation, si les centrales actuelles, qui fournissent environ 25% des besoins, ne sont pas renouvelées et complétées. Au contraire, le WWF a fait réaliser un rapport par la société Ilex Energy Consulting (http://www.ilexenergy.com/ ) qui affirme que le Royaume Uni peut à la fois satisfaire ses besoins et réduire ses émissions de carbone sans l’apport du nucléaire. Ceci bien sûr grâce aux économies et aux énergies renouvelables.

Le premier ministre Tony Blair semble actuellement favoriser un retour au nucléaire – d’autant plus qu’en fin de mandat il se préoccupe moins sans doute de l’opposition des anti-nucléaires. Lors d’un dîner devant des intérêts économiques, il a indiqué le 16 mai que la Grande Bretagne ne pouvait pas continuer à dépendre du gaz importé pour 80% de ses besoins en énergie. Il a souhaité que le programme gouvernemental sur l’énergie (Government’s Energy Review) examine cette question et propose des solutions comportant à la fois la relance du nucléaire et le développement des énergies renouvelable, le tout dans la perspective de diminuer encore les émissions de CO2. Mais pour maintenir le ratio de 30% d’énergie produite par le nucléaire, il faudrait construire 10 nouvelles centrales dans les 25 ans. Or des experts (notamment le consultant Ian Fells) posent une question gênante : le pays aura-t-il, après des années de désengagement à l’égard des industries du nucléaire, le potentiel humain et industriel lui permettant de faire face à une relance du programme ? Faudra-t-il alors accepter de dépendre de l’industrie et du savoir-faire étranger (notamment français) pour relever le défi ? What a shame.

Ces difficultés encouragent les adversaires du nucléaire dans leur défense passionnée des nouvelles solutions décentralisées faisant appel à la « microgénération », laquelle combine les économies et les sources de production d’énergie, y compris lorsqu’elles utilisent encore des combustibles fossiles. Des projections très difficiles à discuter sont présentées à qui mieux mieux par des experts se présentant comme aussi indépendants qu’infaillibles, selon lesquelles les besoins mondiaux pourraient être satisfaits à des prix bien inférieurs et avec des risques bien moindres qu’en faisant appel au nucléaire. Un article détaillé du NewScientist (22 avril 2006, p. 33, Is it all over for nuclear power) expose la question. On ne peut pas s’empêcher de penser que si les industriels du nucléaire biseautent un peu les cartes qu’ils présentent en appui de leurs projets, leurs adversaires ne sont pas en reste. Une solution de bon sens serait pour l’Europe de mettre en place rapidement, comme la Finlande est en train de le faire à Olkiluoto et comme la France semble décidée à le faire à Flamanville, deux ou trois centrales de la génération EPR, afin de mesurer concrètement les coûts, risques et avantages qui en résulteraient – le tout en attendant les nouvelles générations de centrales prévues pour le demi-siècle prochain. 21/05/06


Une question politique fondamentale

Beaucoup de telles questions politiques fondamentales se posent aujourd’hui dans le monde. Elles ne sont pas sur le point de recevoir des réponses. Faut-il alors en retenir une parmi les autres ? Peut-être, surtout quand on vient de lire le dernier livre de Jared Diamond (voir http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2006/73/jared.htm). Celui-ci montre comment les sociétés s’effondrent par la faute des privilégiés qui en leur sein refusent de renoncer à des consommations destructrices de l’environnement et des équilibres globaux. C’est alors la société toute entière, y compris les privilégiés, rois, prêtres, féodaux, qui disparaît. La question politique fondamentale est alors de savoir si nos sociétés, aujourd’hui, sont capables de stabiliser puis réduire les consommations de leurs privilégiés, puisque tous les scientifiques font valoir que ces consommations mènent à des catastrophes locales ou générales. Jared Diamond, avec un certain courage écrivant dans un pays dont le président refuse de voir diminuer la consommation de pétrole et de charbon, reprend à son compte la vieille ambition du Club de Rome, tombée dans l’oubli, dite de la croissance zéro. Le monde, dit-il, ne survivra que si dès maintenant les pays riches acceptent de stabiliser puis de réduire leurs consommations d'énergie et de biens matériels. Une telle ambition, conduite avec énergie, ne résoudrait pas tout les problèmes des pays pauvres mais y aiderait. On sait que c’est le contraire qui se passe puisque les pays pauvres, Chine et Inde en tête, n’ont qu’une ambition, rejoindre les niveaux de consommation des pays riches.

Ceci dit, si nous nous voulons réalistes, nous sommes obligés de nous poser une question apparemment banale mais qui va très loin dans la réflexion sur ce qui détermine en profondeur l’évolution des sociétés. Un privilégié est-il capable, même confronté au gouffre imminent, de renoncer à ce qui fait son statut et sa puissance, réelle ou symbolique.

Prenons l’exemple des Etats-Unis. Un certain Francis Slakey, professeur de physique et de biologie et co-directeur du Program on Science in the Public Interest de l’Université Georgetown, Washington DC, a fait un calcul assez simple (NewScientist, 13 mai 2006, p. 21). Le pétrole étant plus cher que jamais, même pour les automobilistes américains, une solution certes à court terme mais significative consisterait à imposer au niveau de la nation toute entière la vitesse limite de 55 miles/heure à l’ensemble des véhicules. Différentes raisons physiques font en effet que réduire la vitesse de 75 mph à 55 mph augmente l’efficacité du carburant (distance parcourue/consommation) de 25%. En moyenne l’automobiliste économiserait 0,5 dollar par gallon (bien davantage en Europe où l’essence est fortement taxée). Globalement, calcule-t-il, la mesure permettrait d’économiser 50 millions de gallons d’essence par jour, soit 1 milliard de barils par an, l’équivalent de ce que les Etats-Unis importent du Golfe Persique chaque année. De plus, il pense que les industriels, incités par une telle mesure à rendre les moteurs et véhicules plus économes, feraient en sorte que les rendements s’améliorent, d’où un second milliard de barils économisés supplémentaire. Convertissons ces données car les Américains en sont encore au Moyen-âge quand il s’agit de mesures. L’US Gallon vaut 3,7 litres. Le mile vaut 1,6 km. Le baril vaut 160 litres et pèse donc, en pétrole, environ 0,150 tonne. Une vitesse limite de 90 km/h permettrait d’économiser 0,5 euro pour 4 litres d’essence, soit 2 euros pour un plein de 40 litres (ceci, encore une fois, aux Etats-Unis). L’économie globale pour les Etats-Unis serait de 1 milliard de barils soit, approximativement, 150 millions de tonnes de pétrole par an, ou 300 super-pétroliers de 500.000 tonnes par an – auxquels s’ajouterait 1 autre milliard résultant de l’optimisation des moteurs. Transposé à la France, on se bornera à retenir que la limitation de vitesse à 90 km/h permettrait d’économiser 25% de carburant par rapport au plafond actuel de 130 km/h.

Ceci posé, l’auteur de la proposition fait la liste de toutes les objections que rencontrerait un président ou un Congrès imposant une telle mesure. Il doute que celle-ci soit jamais prise. Il rappelle en effet la forte parole récente de G.W. Bush : « the nation is addict to oil » à la suite de laquelle ledit président s’est empressé de ne rien décider en vue de réduire cette addiction.

Transportons nous maintenant en France, dans la perspective des futures élections présidentielles. Je me demande si ma candidate préférée, Mme Royal, aura jamais le courage de s’engager à faire réduire la vitesse à 90 km/h sur autoroute, ceci non seulement pour diminuer la facture pétrolière mais pour sauver des vies. Je me le demande, mais j’ai déjà en mon for intérieur la réponse. Comme elle estimerait très vraisemblablement et non sans raison que ce serait suicidaire pour elle, elle ne le fera pas. Comment dans ces conditions espérer que les privilégiés du monde occidental acceptent jamais de réduire leurs consommations somptuaires pour diminuer le risque d’un effondrement global du monde? 21/05/06

Par Jean-Paul Baquiast
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Vendredi 2 juin 2006

Galiléo. De qui l'Union européenne se moque-t-elle?

Les négociations entre l'Union européenne (UE) et le consortium pressenti pour gérer le système de navigation par satellites Galileo sont enlisées. Il s'agit d'un véritable scandale quand on sait l'importance stratégique que représente l'achèvement dans les délais et avec les performances annoncées du système de navigation par satellites Galiléo. Nous ne pouvons pas ne pas penser que les ennemis de cette réalisation, c'est-à-dire les américains et leurs alliées, notamment britanniques, au sein de l'Europe, font tout pour faire avorter le projet. Mais les négociateurs européens de l'UE et autres gouvernements sont grandement coupables de les laisser faire.

Officiellement, il subsiste une divergence sur le financement entre les industriels et les gouvernements. Elles tiennent à la question du partage des risques liés à la conception du système et de ceux liés aux revenus commerciaux et aux développements du marché.

Choisi en décembre 2005 à l'issue de laborieuses tractations, le consortium regroupe les huit principaux acteurs européens de l'espace : l'européen EADS, les français Thales et Alcatel, l'italien Finmeccanica, les espagnols Aena et Hispasat, le britannique Inmarsat, et l'allemand TeleOp. Ces industriels, qui doivent financer les deux tiers de la phase de déploiement (sur un total de 2,5 milliards d'euros), considèrent que la contribution des pouvoirs publics européens n'est pas à la hauteur des promesses. L'UE devait verser 1 milliard d'euros, mais les Vingt-Cinq n'ont accordé que 900 millions d'euros dans le budget européen 2007-2013. Ils cherchent alors à réduire l'ambition du programme, ce qui consisterait à le torpiller, alors que les Américains finalisent un super-GPS.

A juste titre, Rainer Grohe, directeur de la société commune Galileo, qui pilote les négociations, sous contrôle de la Commission européenne et de l'Agence spatiale européenne (ESA), affirme qu'il est impensable de réduire le nombre de satellites afin d'économiser de l'argent. Le système doit compter trente satellites" "Ce serait irresponsable d'économiser sur quatre satellites, quand nous ambitionnons d'avoir un système de qualité et rentable grâce à la richesse de ses applications", confirme l'entourage du commissaire européen aux transports, Jacques Barrot.

En attendant, les bruits les plus sinistres courent dans les équipes et à Toulouse, ce qui est particulièrement mauvais dans un programme de cette complexité, lequel nécessiterait une union sacrée des politiques. 02/06/06


Le programme du parti socialiste

Les militants et après eux la presse et le grand public connaîtront prochainement les 40 pages du programme du PS. Nous en avons déjà les grandes lignes, mais il faudra alors pouvoir les discuter avec tous les citoyens intéressés, notamment dans la perspective de la désignation d'un candidat socialiste à la présidentielle. Ce candidat prendra ou non ce programme à son compte. Encore faudra-t-il que le programme soit explicite, pour que nous puissions juger de l'écart entre le candidat et le PS.

Pour ma part, je n'ai rien de particulier à dire concernant les propositions déjà connues. Elles portent essentiellement sur le modèle social et sociétal. On peut les mettre en discussion, sachant que beaucoup de gens s'intéressent exclusivement à ces questions. Ségolène Royal, dans une certaine mesure, a commencé à le faire sur son site ou dans ses interventions publiques, la dernière faite à Bondy le 31 mai, en présence d’Elizabeth Guigou, portant sur la politique de prévention-répression de la délinquance et sur l’insertion.

Je vois par contre, pour ma part, un certain nombre de manques qui devront être comblés d’urgence si l’on veut proposer un véritable programme de gouvernement visant au moins les 10 années à venir. En voici une première liste. Nous y reviendrons.

Le modèle français.

Face au modèle de société ultra-libérale inspirant la droite dans son ensemble et Nicolas Sarkozy en particulier, il faut absolument revenir sur ce que pourrait être un développement économique et social durable « à la française ». Cela obligera notamment à définir le rôle de l’Etat et des services publics dans les investissements de long terme non rentables (éducation, recherche, grands équipements publics) ; dans les politiques industrielles et de soutien aux champions nationaux ou européens ; dans la protection des ressources rares et de l’environnement, etc.

Le modèle français devra absolument préciser le rôle des Régions, notamment en faveur de l’innovation technologique et culturelle.

Le projet européen

Comme ceci ne peut être fait au seul niveau national, il faudra proposer les procédures permettant de négocier avec les autres Etats membres de l’UE ces points essentiels. Mais la nécessité d’obtenir un accord avec nos partenaires ne doit pas être un prétexte pour ne rien faire en attendant. En ce qui concerne la recherche par exemple, la France peut et doit reprendre seule des objectifs ambitieux en termes qualitatifs et quantitatifs (notamment affecter en 2010 4% du PIB à la Recherche/développement).

Le projet européen, dans ces conditions, devra comporter un volet institutionnel (comment adapter les institutions de l’UE à une Europe élargie, en actualisant le projet de traité constitutionnel). Mais il doit surtout porter sur le renforcement du concept de puissance européenne ou d’Europe-puissance, indispensable dans un monde de plus en plus multipolaire. Cette puissance européenne ne sera pas concevable sans une politique – à détailler par domaines – d’investissements dans les sciences et technologies dites de souveraineté - incluant le domaine spatial.

Le projet international

Face à l’emprise de plus en plus lourde (et de plus en plus catastrophique) de la politique américaine sur le monde et sur l’Europe, le projet doit comporter parmi ses points forts la définition de relations stratégiques à long terme avec les autres pôles de puissance qui caractériseront dorénavant le monde multipolaire : Russie, Chine, Inde en priorité. Cela voudra aussi dire prendre de plus en plus de recul vis-à-vis de l’atlantisme et de l’Otan, notamment en matière de défense. Il faudra le dire clairement, en expliquant qu’il ne s’agit pas d’anti-américanisme primaire mais d’une volonté d’autonomie et de souveraineté qui a toujours fait défaut à l’Europe depuis la 2e guerre mondiale. Le concept de politique étrangère et de sécurité communes européennes (avec notamment une armée européenne et des armements européens) devra être réaffirmé.

Une répartition prévisionnelle des grandes masses de ressources publiques

Tous ces programmes ne seront pas crédibles si le PS ne propose pas une programmation indicative à plusieurs années de la façon dont les ressources et les dépenses publiques seront définies et affectées. On parle aujourd’hui de doubler le budget de la justice. Bien, mais au détriment de quoi ? De la recherche/développement ? Certainement pas.
L’impôt devra certainement être augmenté, mais le recours à l’emprunt ne sera pas à exclure, non plus que l’ajustement de la politique monétaire à l’évolution des besoins. Comme ceci n’aura guère de sens sans un engagement de même ordre des autres pays européens, notamment ceux de l’Eurogroup, le programme devra préciser comment sera négocié l’accord de ces Etats sur des objectifs de convergence. 01/06/06


L'itinéraire d'un salaud ordinaire

Dans le roman ainsi titré (Gallimard, 2006) le romancier militant Didier Daeninckx raconte la vie d'un personnage fictif, mais dont les modèles ont été malheureusement nombreux dans la France de 1940 à 1981. Le héros, comme beaucoup de hauts et moins hauts fonctionnaires, met au service des pouvoirs en place toutes ses capacités professionnelles et personnelles. Peu lui importe les politiques qu'il sert, fussent-elles manifestement criminelles, dès lors qu'il y trouve influence et satisfaction de son ego. Beaucoup de lecteurs ont déjà quelques lumières sur l'histoire de la chasse aux Israélites menée par le gouvernement de Vichy, notamment par le sinistre Commissariat aux questions juives. Mais la plupart découvriront comment après la guerre, les mêmes hommes et les mêmes méthodes ont été reconverties par la 4e République pour traquer certains communistes et surtout les premiers militants de la décolonisation, dont nombreux ont été assassinés par les services secrets. Le livre rappelle également ce que l'on tend à oublier, c'est-à-dire la désinformation soutenue au plus haut niveau de l'Etat. On y retrouve par exemple le Nouveau Candide, édité dans les années 1960, qui comptait Jean Dutourd et Gilles Perrault parmi ses chroniqueurs, ainsi que Jean-François Steiner qui deviendra l'animateur du comité de défense de Maurice Papon. Cet hebdomadaire est réputé avoir été financé par les fonds secrets afin de contrer l'influence des journaux opposés à la guerre d'Algérie.

Le livre de Didier Daeninckx se termine avec le retrait de la candidature Coluche à l'élection présidentielle de 1981. Coluche ne l'a pas dit clairement, mais ses amis l'ont dit à sa place. Le fantaisiste a cédé aux pressions et aux menaces que déclenchait sa candidature, dont des services plus ou moins officiels se sont faits les exécuteurs. On tremble pour Ségolène Royal lorsqu'on revit cette histoire récente. Il est certain que sa propre montée vers la candidature est si dérangeante, à droite et même à gauche, que Ségolène risque gros. Mais on peut penser qu'elle aura la force et l'habileté nécessaire pour faire face. Il faut quand même s'attendre au pire et nous mêmes devrons veiller, même ceux qui n'ont pas encore l'intention de votre pour elle, à ce que le pire ne lui arrive pas. 31/05/06


La possession de l’arme atomique rend-elle les gouvernements rationnels ?

C’est le postulat que fait dans Le Monde du 28 mai, p. 14, le général (CR) Lucien Poirier, un des pères de la doctrine française de dissuasion adoptée par le Général de Gaulle dans les années 1960. L’auteur croit, selon son expression, et sans évidemment pouvoir en apporter de preuve, en la vertu rationalisante de l’atome. Cette vertu a empêché les conflits entre les deux Grands de dégénérer durant la guerre froide. Elle semble jouer encore puisque des pays détenteurs de la bombe, Inde et Pakistan, ne l’on pas utilisée et n’ont même pas menacé de l’utiliser lors de leurs derniers affrontements. La question est alors de savoir si de nouveaux entrants dans le club des pays nucléaires, n’ayant pas la même culture rationnelle consistant à savoir comparer le bénéfice attendu et les coûts en retour, seraient aussi prudents au cas où ils se seraient dotés de l’arme atomique 1).

Le général pose explicitement la question à propos de l’Iran. Pour lui, la communauté internationale ne pourra rien faire, de façon négociée, pour empêcher l’Iran de posséder une bombe dans quelques années. Serait-ce une catastrophe pour la paix mondiale ? Si l’on considérait, comme les Etats-Unis semblent le dire, que l’Iran sera assez irresponsable pour utiliser cette arme en première frappe contre Israël, l’Europe et les Etats-Unis (au cas où elle disposerait des vecteurs adéquats), il faudrait évidemment détruire sans attendre les sites nucléaires iraniens, quitte à déclencher un conflit majeur entre les pays musulmans et l’Occident. Mais, malgré les gesticulations de son président actuel, rien ne prouve que l’Iran, soit dans son ensemble suicidaire. Il est clair en effet qu’à peine aurait-elle lancé sa première bombe qu’elle serait rayée de la carte, et ceci avec de bons prétextes. Pour le général Poirier, au contraire, la possession de la bombe la rendrait enfin raisonnable – de la même façon qu’Israël est raisonnable.

On devrait déduire de cet exposé que les Européens ne devraient pas s’acharner à imposer la non nucléarisation militaire de l’Iran, qui ne peut qu’enrager les Iraniens. La meilleure solution serait de normaliser les relations entre l’Iran et l’Europe dans tous les domaines autres que militaires, en se bornant à prévenir l’Iran qu’en cas d’agression contre Israël et l’Occident avec des armes de destruction massive, notamment atomiques, une rétorsion elle-même massive viendrait aussi des pays nucléaires européens.

Mais pour cela, il faudrait plusieurs choses. La première serait de s’assurer que les dirigeants Iraniens, Amanidedjab en tête, ne sont pas effectivement devenus fous. Un signe d’une telle folie serait de les voir professer la doctrine selon laquelle le combattant suicide va directement retrouver Allah. Ils pourraient alors être tentés de se suicider pour hâter leur salut éternel. Mais admettons qu’un tel risque est hautement improbable à l’échelle d’un peuple que l’antique tradition persane semble mettre à l’abri de tels délires.

Une seconde condition serait que les Européens découragent les Américains de mener des attaques, avec des armes conventionnelles et à plus forte raison atomiques tactiques, contre l’Iran. Nous avons plusieurs fois noté que cette tentation est très forte chez les dirigeants actuels mus eux aussi par une espèce de rage religieuse qui n’annonce rien de bon. Heureusement, il reste encore aux Etats-Unis un certain nombre de gens influents qui devraient en principe s’opposer au passage à l’acte.

La troisième condition serait que les Européens parlent d’une même voix à l’égard de l’Iran, notamment quand il s’agit des questions d’armement nucléaire et des armes associées. C’est pour le moment impossible puisque ni la France ni la Grande Bretagne n’ont été invitées par leurs alliés européens à mettre leur armement nucléaire stratégique au service d’une politique européenne de défense, fut-elle défensive et non offensive. Le Président Chirac avait envisagé cette possibilité lors de son discours dit de l’Ile Longue au début de l’année, mais le propos n’a pas été repris par nos alliés. De plus, aucun consensus sur une politique extérieure commune n’existe en Europe, non plus que les institutions à cette fin. Or, en l’état, le général Poirier rappelle avec justesse qu’en l’absence de traités très forts et contraignants, la défense des intérêts nationaux vitaux qui sert de fondement à la force nucléaire stratégique française pourrait difficilement inclure les intérêts des autres Etats européens et moins encore ceux d’Israël.

Enfin, à nouveau, nous retrouvons le rôle destructeur que jouent les Etats-Unis pour empêcher l’accord des 25 sur une politique de défense commune. Le général Poirier évoque la question à propos de l’édification d’un éventuel « bouclier anti-missile » protégeant l’Europe. A supposer que cette technologie devienne efficace dans quelques années, un tel bouclier, dit-il avec force, devrait être conçu et mis en œuvre hors Otan, sauf à apparaître partout comme ce qu’il serait en réalité, l’embrigadement des pays européens de l’Otan au service des stratégies mondiales américaines. Or c’est bien ce que dès maintenant voudrait faire le gouvernement américain, en négociant l’installation de rampes de missiles anti-missiles dans les Etats de l’est européen. Nous n’avons entendu aucune protestation venant des chancelleries européennes à l’égard de cette espèce de coup de force. 29/05/06

1) par exemple l'Egypte, l'Arabie Saoudite, la Lybie, l'Algérie le Nigéria, l'Afrique du Sud ( qui l'avait déjà ), le Brésil, l'Argentine, le Vénézuela sans parler de la Corée du Nord et de bien des pays d'Asie parmi lesquels Taiwan.


C'est la dépendance, plutôt que la pauvreté, qui rend malade dans les sociétés occidentales

Le professeur Michaël Marmot, qui enseigne l'épidémiologie et la santé publique à l'University College de Londres, a consacré un ouvrage non traduit en français sur un thème méritant d'être approfondi. L’ouvrage s’appelle Status Syndrome (Bloomsburry, 2004). Le thème en est simple mais jusqu’ici peut pris en considération, notamment par ceux qui sont en haut de l’échelle. On les comprend. Voyez plutôt. Si dans les pays du tiers-monde, c’est la vraie pauvreté qui crée la mortalité, par famine, maladies de carence, décès en bas âge, etc. il n’en est rien dans les pays plus riches, où la vraie pauvreté, dite aussi l’extrême pauvreté, est moins répandue, ne fut-ce que parce que des programmes d’assistance sociale luttent contre elle. Mais, remarque l’auteur, les inégalités sociales créent dans ces pays des morbidités presque aussi graves, qui ne devraient pas exister compte tenu du fait que les niveaux de vie y sont plus élevés. C’est que l’élévation des niveaux de vie ne s’accompagne nulle part d’une diminution des inégalités relatives entre riches et pauvres. C’est tout le contraire qui se passe, y compris dans les pays qui enregistrent les plus fortes croissances. Or, les inégalités créent leurs propres maladies. C’est moins alors la pauvreté qu’il faut incriminer mais la dépendance. En bas de l’échelle sociale et professionnelle, la marge d’autonomie et de créativité est faible sinon nulle. Les victimes en ressentent des frustrations qui se traduisent par une production accrue des hormones du stress, cortisol et adrénaline. Celles-ci à leur tour induisent des troubles métaboliques souvent graves et des pathologies cardiaques et nerveuses. A niveau de vie équivalent, les femmes, globalement plus dépendantes, souffrent plus que les hommes.

Dans les premiers temps de l’Internet, quelques naïfs dont j’étais avaient défendu la thèse que la diffusion de l’interactivité et la possibilité de s’affranchir d’inutiles lourdeurs hiérarchiques allaient améliorer le statut et donc la santé des subordonnés, que ce soit dans le privé ou le public. On ne peut pas dire que cela se soit produit ni que ceci soit à espérer pour l’avenir. Internet ne va donc pas contribuer à diminuer le déficit de la sécurité sociale, en prévenant des pathogénies qui pourtant, dans une société plus égalitaire, auraient pu diminuer depuis longtemps.

* Voir http://www.bloomsbury.com/BookCatalog/ProductItem.asp?S=1&sku=22042598&EmailMe=
ainsi que http://www.eurekalert.org/pub_releases/2004-06/ucl-ssh052004.php


Martine Aubry, pour contrer Ségo, innove franchement

Il semblerait que Martine Aubry, dite Mme 35 heures, ait décidé d'entrer dans la course à la présidentielle. Pour contrer Ségolène, qui a quelques longueurs d'avance, elle annonce un programme rutilant, comportant notamment la hausse du SMIC 1). Voilà qui va tirer la France de l'ornière. J'aurais préféré qu'elle propose de porter les investissements de recherche/développement de la France à 4% du PIB en 2010. Mais se représente-t-elle à quoi cela pourrait servir? 28/05/06

1) NB au 30/06. Aubry ne sera pas seule, car le PS annonce qu'il reprend aussi ce point dans son programme.


C'est quoi, être assureur militant?

"Imaginons. Sur une route, une voiture. Dans cette voiture, vous. A côté de vous, une autre voiture, dans laquelle un satellite militaire américain opérant clandestinement en Europe a cru détecter un terroriste porteur d'une bombe atomique en valise susceptible d'être envoyée (ne me demandez pas comment) sur l'Amérique ou une base américaine en Europe. Aussitôt alerté, le Président décide de neutraliser cette deuxième voiture en lui dépéchant un "ballistic missile — a land-based Minuteman or submarine-based Trident D5" lesquels peuvent atteindre n'importe quelle partie du monde en une demi-heure. Pas de chance. Vous êtes détruit en même temps que la voiture suspecte. Pas de chance. Selon la loi, votre assurance ne vous couvre pas. Alors? On ne peut pas changer la loi, mais on peut changer d'assurance...Rapprochez vous de la M..., assureur militant."

Ajoutons que ce scénario deviendra bientôt possible si les propositions de deux anciens secrétaires à la défense américains sont retenues. Elles consistent à remplacer les têtes nucléaires de certains des missiles précités par des têtes conventionnelles, afin de pouvoir les utiliser contre des terroristes sans provoquer de guerre nucléaire. Mais il y a un risque que les assureurs, même militants, ne couvriront pas: que les systèmes d'alerte russes (ou européens si un jour nous en avons) s'imaginent être en face d'une frappe préventive et déclenchent une riposte atomique massive. Les systèmes d'alerte sont en effet incapables de distinguer le type de tête dont sont dotés les missiles balistiques. Pour en savoir plus sur cette brillante idée de ces deux "sages" américains, dont la tête, elle, n'est certainement pas remplie de fromage blanc, voyez notre ami de Dedefensa:
http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=2745 28/05/06


Poutine et l'Europe: nécessité d'un accord équilibré sur l'énergie

On s’étonne de lire dans la presse que Poutine dicte à l’Europe ses conditions concernant l’énergie, comme si les Européens découvraient qu’ils ne sont pas en mesure de dicter à Poutine leurs propres conditions. Quelques mois après la crise gazière entre l'Ukraine et la Russie, la question énergétique a dominé le 17e sommet Russie-Union européenne (UE), le 25 mai à Sotchi. Comme il fallait s’y attendre, la Russie a tiré parti du fait que ses réserves en énergie fossile (gaz, pétrole et charbon) lui donnent un atout considérable dans un monde où les besoins énergétiques vont croissant et où les politiques d’économie et de recherche d’énergies de substitution tardent à démarrer. La Russie, premier producteur mondial d'hydrocarbures, n’a aucune raison de céder aux rodomontades d’une Europe qui prétendrait, forte de ses théories sur le libéralisme économique et la concurrence, lui imposer des concessions alors que pour le moment elle ne propose rien en échange. La Russie au contraire demande, à juste titre, des accords de partenariat fondés sur la réciprocité, l’échange et la compensation.

L'enjeu des négociations actuelles est la définition d'un cadre pour le fonctionnement des compagnies énergétiques en Europe et en Russie. Les discussions pourraient aboutir lors du sommet du G8 en juillet à Saint-Pétersbourg. Les investisseurs occidentaux souhaiteraient voir simplifier l'accès aux marchés et aux gisements russes. Ils attendent une sécurité sur l'approvisionnement. La Russie, elle, cherche à moderniser ses technologies et à développer ses activités de distribution énergétique à l'Ouest. Ceci semble tout à fait négociable. Mais l’Union européenne, notamment la Commission, semble poussée en sous-main par des gouvernements est-européens eux-mêmes bien trop soumis à l’influence américaine qui n’ont aucune envie de normaliser des relations équilibrées avec la Russie. Elle le prend de haut dans les négociations avec Poutine et se fait alors répondre très justement par ce dernier "Si nos partenaires attendent de nous des avantages exclusifs et veulent que notre politique d'accès à l'infrastructure, à la production et aux transports soit absolument libérale, nous nous posons une question : qu'est-ce que nous aurons en échange ? L'accès à l'infrastructure, à la production et aux transports ? Où est votre production, à quels gisements et à quelles grandes conduites nous permettrez-vous d'accéder ? Si vous n'avez rien de tout cela, nous devons trouver une solution de remplacement qui nous permettra d'entamer un mouvement réciproque, dans l'intérêt mutuel."

La réciprocité a été un leitmotiv dans le discours de Vladimir Poutine. Lors de cette rencontre, il a expliqué que la Russie ne laisserait l'Europe accéder à son "saint des saints - l'énergie" et participer à l'extraction et au transport de ses hydrocarbures qu'en échange de concessions équivalentes de la part de l'UE. La Russie souhaiterait voir davantage de partenariats établis sur le modèle de celui signé en avril avec l'Allemand BASF, autorisé à exploiter un gisement majeur en échange d'un accès au marché allemand de la distribution pour Gazprom, le numéro un mondial du gaz.

La France, dans cette perspective, pourrait jouer un rôle important du fait de son avance technologique dans la production d’électricité nucléaire. D’autres pays européens, notamment l’Allemagne, disposent d’avances dans le domaine des énergies de substitution au pétrole. Encore faudrait-il que les pays européens se soient mis d’accord sur une politique énergétique cohérente, ne reposant pas uniquement sur les intérêts immédiats des compagnies pétrolières. D'autres coopérations devraient être officialisées (par exemple l'acier, Voir notre article ci-dessous). Si l’Europe disposait d’un exécutif capable d’élaborer une telle politique, elle serait plus forte face à la Russie. En attendant, la France et l’Allemagne devraient rappeler plus haut qu’actuellement l’intérêt de l’alliance stratégique avec la Russie – même si celle-ci hier à Moscou n’a pas encouragé, c’est le moins que l’on puisse dire, la Gay Pride. 28/05/06


L'Allemagne veut faire de l'innovation l'une des priorités de sa présidence de l'Union européenne en 2007

La recherche et l'innovation figureront parmi les priorités de la présidence allemande de l'Union européenne au premier semestre 2007. Dans une déclaration gouvernementale devant le Bundestag, Annette Schavan, ministre allemande de l'Education et de la recherche, a annoncé le 20 mai dernier que le thème principal sera "la recherche fondamentale pour renforcer l'innovation, pour plus de croissance et plus d'emplois".

L'Allemagne souhaite mettre en place un Conseil européen de la recherche qui, pour la première fois, aura vocation a promouvoir la recherche de manière indépendante en Europe.

Très engagée pour l'innovation au niveau européen, l'Allemagne l'est aussi, et d'abord, chez elle. Mme Schavan a rappelé dans sa déclaration gouvernementale à quel point la recherche est importante pour le gouvernement, et a précisé les diverses mesures prises en ce sens. D'ici à 2009, la grande coalition allemande investira six milliards d'euros supplémentaires (dont 700 millions dès cette année) dans lestechnologies-clés et dans les technologies dites "transversales". Ceprogramme, ainsi que l'investissement des entreprises privées, devraient permettre à l'Allemagne de respecter les objectifs de Lisbonne fixant les dépenses en R&D à 3% du PIB en 2010.

Le gouvernement allemand a retenu 17 champs d'innovation, dont l'énergie, la santé et les biotechnologies. Il southaite renforcer la recherche mais, plus encore, l'articulation entre recherche et innovation et le transfert technologique.

Son objectif est de forger une politique d'innovation d'un seul tenant, rapprochant chercheurs et entrepreneurs afin de transformer plus rapidement les résultats scientifiques en produits innovants et en emplois. Ce sera notamment la vocation du "Conseil pour l'innovation et la croissance" qui vient de voir le jour le 24 mai. Par ailleurs, le gouvernement créera au mois de juin une "Union science-économie pour la recherche". Il entend aussi supprimer les obstacles a l'innovation dans les PME et améliorer l'acces de ces dernieres au capital-risque. Christophe Jacquemin 27/05/06

* Voir aussi notre éditorial dans Automates-Intelligents http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2006/73/edito.htm


Bientôt toute la France visible en détail et en 3D sur le géoportail de l'IGN
CJ 25/05/06

Dès cet été, le "Géoportail" de l'Institut géographique national (IGN) offrira le survol de la France gratuitement sur internet (avec des détails de 50 cm) et aussi plus tard la possibilité d'obtenir des images en 3D de l'Hexagone.
Ce projet concerne aussi bien le grand public, les milieux professionnels que les élus puisqu'il sera possible de voir son domicile dans son environnement réel grâce aux géophotos, mais également de visualiser les parcelles d'une commune, les bâtiments, le dénivelé, grâce à des orthophotos.

Selon l'IGN, quelque 400.000 clichés photographiques seront accessibles, ainsi que les 3.688 cartes à différentes échelles actuellement proposées sur support papier.

Dès 2007, les internautes pourront même naviguer sur la France métropolitaine et les départements d'outre-mer en 3D. En 2D, il sera beaucoup plus précis que le service actuellement fourni par le site Google Earth(1). Outre les éléments topographiques classiques (lacs, routes, villages...), le Géoportail permettra de repérer restaurants, magasins, poste, cabinets médicaux, musées... Dans ce dernier cas (ou pour certains sites particuliers comme des grottes préhistoriques), il devrait être possible d'établir à terme un lien pour voir des oeuvres, des dessins pariétaux.


Le portail doit aider chacun à mieux maîtriser son territoire, qu'il s'agisse de localiser des informations aussi diverses que des espèces de fleurs, zones de résineux, de feuillus, haies, parcs régionaux, voire même visualiser ce que deviendrait une maison en bord de mer dans le cas d'une montée des eaux de 50 cm, de 1 m, de 2 m ou plus.... Les internautes pourront encore avoir accès à des photos d'archives et voir ainsi l'évolution d'un bourg, par exemple, entre 1995 et 2005. Enfin, Géoportail fournira des liens avec de nombreuses administrations ou des fournisseurs de services (restauration...) au fur et à mesure des accords passés avec eux. Christophe Jacquemin 27/05/06

(1) Google, qui n'est jamais en reste, développe aujourd'hui une version française de son Google Maps (proposé aujourd'hui en version bêta sur http://maps.google.fr), s’offrant des partenaires de choix comme la RATP, ViaMichelin ou CityVox. Le Google Maps européen permet donc, comme son homologue transatlantique, de trouver très rapidement un commerce à côté de chez soi, une entreprise en particulier ou de calculer un itinéraire. Le site affiche au choix des vues satellites, des cartes routières, et même un mode mixe pour se repérer (les noms des routes sont superposées aux photos satellites). Signalons que les images satellites aujourd'hui proposées sont bien meilleures que celles employées auparavant (certaines datant quand même de un à 3 ans). Les photos des grandes villes de France sont bien plus précises, tout comme celles des agglomérations les entourant : il est possible d'agrandir ces photos satellites jusqu'à obtenir une précision de 10 à 50 m).

Géoportail de l'IGN : http://www.ign.fr/rubrique.asp?rbr_id=2379&lng_id=FR


Bravo l'alliance Arcelor-Severstal

Au risque de me révéler un grand naïf et d'être encore déçu dans mes rêves de politique industrielle européenne, je ne peux qu'applaudir à l'annonce faite ce matin d'une fusion entre Arcelor et le russe Severstal. Le conglomérat ainsi formé, premier au monde dans les aciers fins, devrait avoir un grand avenir industriel, notamment dans l'exportation vers la Russie elle-même, la Chine et le Moyen-Orient. Mais surtout elle donne un signe clair de ce qui pour nous parait une évidence: un rapprochement économique et politique entre l'Europe et la Russie est la clef du renforcement de puissance de ces deux ensembles géopolitiques. De plus, ces opérations doivent dorénavant se faire non plus au regard d'un intérêt aveugle du marché et de la finance, mais avec le coup de pouce sinon l'appui des guvernements. Le fait que Vladimir Poutine ait donné (parait-il) son aval à l'opération nous semble la marque de ce qu'il faudra faire à l'avenir dans d'autres secteurs. Nous aimerions entendre la Commission européenne, quelles que soient ses sympathies pour Mittal, saluer l'opération comme exemplaire. C'est sans doute pour sa part ce qu'a voulu dire Dominique de Villepin (mais est-ce bien le cas. Le message est peu clair. On pourra rappeler que Mittal est de droit luxembourgeois et que la Russie n'est pas l'Europe). En effet, selon Le Figaro de ce jour: "Commentant l'annonce d’Arcelor, Dominique de Villepin a déclaré que le gouvernement n'avait « pas à s'immiscer » dans les décisions du conseil d'administration d'une entreprise. Il a néanmoins rappelé son attachement au « patriotisme économique et européen ».

Le président et propriétaire de Severstal, Alexey Mordashov, « apportera à Arcelor la totalité de ses intérêts économiques dans les activités sidérurgiques de Severstal (y compris Severstal North America), ainsi que Severstal-Resource (mines de fer et de charbon) et sa participation dans le sidérurgiste italien Lucchini», plus 1,25 milliard d'euros en cash. En contrepartie, Alexey Mordashov recevra 295 millions d'actions Arcelor nouvellement émises au prix de 44 euros, représentant environ 32% du capital du nouvel Arcelor. Il se verra attribuer le poste de président non-exécutif du conseil d'administration d'Arcelor, dont Guy Dollé resterait le PDG.

La menace (je continue pour ma part à parler de menace) que représentait Mittal pour Arcelor n'est pas définitivement levée. Reste en attendant que le "vieux" Guy Dollé" que certains avaient trop vite jugé amorti, s'est révélé un fin renard. Bravo Dollé. Et souhaitons à Mordashov de rester dans les bonnes grâces du pouvoir russe. 26.05/06

* Voir le communiqué http://www.arcelor.com/index.php?lang=en&page=49&tb0=160

NB: Profitons-en pour rappeler au sémillant parfumeur (est-il donc dans le besoin, le pauvre?) qui s'est fait le champion de Mittal , notamment auprès de son ami Chirac, que son attitude ne le grandit pas. Beaucoup de gens dont moi-même considérons au contraire son "engagement" comme une véritable trahison. Mais le luxe ne connaït pas de frontières, non plus que l'art, n'est-ce pas?

PS au 31/06. Les bons esprits soulignent à qui mieux mieux les risque d'introduire le loup russe dans la bergerie Arcelor. Il est évident que le suivi d'alliances stratégiques de cette importance ne devrait pas être laissé aux seules entreprises, surtout quand il s'agit de négocier avec la Russie. Comme indiqué ci-dessus dans notre article sur l'énergie, l'Europe devrait être capable de proposer aux Russes (à Vladimir Poutine tout particulièrement) des programmes globaux d'échanges technologiques et de développements industriels à long terme, où chacun trouverait son compte.L'espace en fera partie, mais ne sera pas le seul domaine. Sinon la Russie méprisera de plus en plus l'Europe, tout juste bonnne à faire des discours, et s'intéressera de plus en plus à la Chine. Ce qui sera évidemment à notre détriment. Mais qui défendra une telle ambition aujourd'hui en Europe? Qui le ferait en France?

 

 

http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/06-14206/index.htm

Par Jean-Paul Baquiast
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Samedi 10 juin 2006

* Discussion de 3 articles sur l'avenir de l'Europe http://www.admiroutes.asso.fr/europa%2B%2B/magazine/21/index.htm#deb
* Théorie du complot et analyse scientifique http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2006/73/complot.htm

Nouveautés
* Ouvrage publié en
Open-Source (accès libre et gratuit)
par Jean-Paul Baquiast
Comprendre. Nouvelles sciences, nouveaux citoyens. 2005. PDF 825 ko
Refonte de
Sciences de la complexité et vie politique. Tome 1 Comprendre.

* Par ailleurs, Automates-Intelligents ouvre dorénavant le blog Philoscience permettant de discuter des questions de philosophie des sciences, dont certaines des idées présentées dans ce livre http://philoscience.over-blog.com/
Les pages de ce blog se retrouvent dans notre dossier Philoscience
http://www.admiroutes.asso.fr/philoscience/plan.htm


Pour suivre les développements de la grippe aviaire: consulter le blog de notre correspondant le Dr Vermeulen http://drmsfvermeulen.skynetblogs.be/
Voir de sa part un article récent: Pandémie et plan de sécurité publique
http://drmsfvermeulen.over-blog.com/article-2587620.html

D'autres blogs se sont depuis saisis du problème. Notamment celui du premier ministre français http://www.grippeaviaire.gouv.fr/ . Voir aussi http://influenza.h5n1.over-blog.com/

Nous publions cette photo en hommage au travail fait depuis plusieurs mois, bien avant les prises de conscience officielles, par le docteur Michel Vermeulen sur son blog, afin de nous avertir de la menace grandissante de la pandémie. Inutile de dire que nous prenons cette initiative sans lui en avoir demandé l'autorisation - qu'il aurait sans doute refusée par modestie.


Le Bulletin de L'Information Scientifique et l'association ANAIS

Rappelons le rôle important que joue l'association ANAIS dans la lutte contre l'envahissement des sciences par les mythologies et religions diverses, pour qui la rationalité scientifique est l'ennemi. ANAIS est l’ Association Nantes-Atlantique pour l’Information Scientifique (anais – afis http://afis44.free.fr/). Elle publie un Bulletin périodique dit Bulletin de l'Information scientifique dont on peut retrouver les sommaires sur http://afis44.free.fr/bulletins.htm . Selon ses propres termes:
"L'Association ANAIS fonde son activité sur la déclaration de principes de l’Association Française pour l’Information Scientifique dont elle forme un comité local. C’est ainsi que nous entendons notamment dans nos bulletins, tout comme les médias nationaux de l’association (la revue Science et pseudo-sciences, le site pseudo-sciences.org http://pseudo-sciences.org :
- retenir dans l'actualité scientifique et technique, un certain nombre de faits pour en considérer d'abord la signification humaine,
- diffuser une information scientifique constituée de nouvelles d'actualité dans toutes les branches de la recherche, dans un langage accessible à tous,
- dénoncer sans réserve les marchands de fausses ou de pseudo-sciences et les charlatans malfaisants pourvoyeurs de l'irrationnel,
- défendre l'esprit scientifique contre la menace d'un nouvel obscurantisme...."

Le dernier bulletin, daté de Juin 2006 et consacré aux nanotechnologies, s'en prend avec une vigueur que nous ne pouvons qu'approuver à l'alter-internet. Celui-ci se mobilise actuellement contre les nanotechnologies, d'une façon manifestement irresponsable - ou plutôt, dirais-je, d'une façon très habile permettant de faire parler de soi et de se donner de l'importance alors que l'on n'a rien à dire. J'extrais de l'éditorial les passages suivants:

"L’alter-internet s’affole une fois de plus pour «un appel à la convergence des luttes anti-nucléaires, anti-OGM et anti-nanotechnologies», pour la fermeture du complexe de recherche MINATEC qui vient d’être inauguré à Grenoble, et pour établir un « moratoire contre les nanotechnologies » …
Mais qu’est-ce qu’« ils » peuvent bien avoir cette fois-ci contre les nanotechnologies ? D’emblée le terrain est bien balisé par les recettes qui ont fait leurs preuves avec le nucléaire et les OGM : 1) c’est peut-être bien dangereux pour la santé et l’environnement 2) il n’y a pas eu de débat démocratique pour nous demander notre avis 3) si le complexe militaro-industriel et les multinationales s’y intéressent c’est donc que nous avons bien raison de nous méfier 4) de toutes façons « ils », les élites politiques et techniques autoproclamées, nous mentent...
Nous devons quand même réserver une mention spéciale au communiqué national des Verts. Si nous ne pouvons qu’être d’accord avec la phrase conclusive "Non, la science à elle seule ne suffit pas à apporter le bonheur à l’humanité. " nous ne pouvons que nous étonner si ce n’est nous insurger devant le paragraphe introductif, destiné à l’accroche et au formatage préalable ( générant des inférences mêlant peur et réprobation) du lecteur, qui affirme que « depuis Auschwitz et Hiroshima, on sait que les progrès scientifiques introduisent de nouveaux risques et peuvent être mis au service de la pire barbarie. »...
Contrairement à ce que suggère le communiqué national des Verts il n’a pas fallu attendre le vingtième siècle pour voir homo sapiens mobiliser l’ensemble de ses savoirs et savoir faire pour faire la guerre à son voisin. Au plus loin que l’archéologie nous renseigne, la taille des premiers outils est associée aussi bien à faciliter la vie de tous les jours qu’à s’assurer un avantage littéralement fracassant sur ses voisins … et cette dualité, autant que l’histoire nous renseigne, est constante … Force aussi est de constater que si les préoccupations de rapport de forces (dans la dialectique de la défense et de l’attaque) ont contribué de façon constante à motiver (et financer) les travaux sur la ligne de front des avancées technologiques, les décennies et siècles passant, le front technologique de nos savoirs et savoir faire avançant, l’acceptation sociétale devant la nouveauté progressant, ne subsistent plus que les avantages objectifs au bénéfice des populations..."


Bref, les quelques euros d'adhésion à l'AFIS ne seront pas selon nous de l'argent perdu. 10/06/06


L'indispensable dialogue anglo-français (ou franco-britannique)

Il est très bon que le Premier britannique Tony Blair et le Président Chirac se rencontrent ce jour pour parler des possibles convergences de propositions entre la Grande Bratagne et la France, sur des points essentiels, intéressant non seulement ces deux pays mais le renforcement de l'Union européenne. Il est évident en effet que, au moins dans les mots (mais les mots sont importants) les deux pays peuvent se retrouver pour promouvoir une défense européenne en propre (hors Otan), une action d'envergure en faveur de la lutte contre l'effet de serre et le développement des énergies de substituion au pétrole. Sur la question majeure de la lutte contre le réchauffement, le constat franco-britannique converge : un réchauffement non maîtrisé aurait des effets «dévastateurs», la limite acceptable ne permettant pas une élévation de plus de 2 degrés. Cela suppose un accord sur l'intensification de la politique européenne en matière d'efficacité énergétique. Paris et Londres entendent faire avancer de concert, à Bruxelles notamment, des questions comme le marché des taux d'émissions de C02 ou la politique des transports, pour développer la voiture électrique, le moteur hybride ou le ferroutage. Jacques Chirac et Tony Blair rappelleront également leur proposition de faire converger les taux d'émissions de gaz à effet de serre autour d'un taux moyen mondial fixé en fonction des performances économiques.

Les deux dirigeants sont sur le départ, ce qui peut enlever de la portée à leurs déclarations. Celles-ci supposeront par ailleurs, pour devenir concrètes, d'importants effors budgétaires dont on en voit guère encore l'amorce. Mais les mots ont leur importance et l'accord franco-britannique peut donner l'exemple d'une de ces coopérations renforcées qui feront avancer concrètement l'Europe dans les mois à venir. 09/06/06

* Post scriptum au 9 juin, 16h. Selon BBCNews de ce jour:

" Relations between Mr Blair and Mr Chirac are more harmonious now. France and the UK are to set up a joint nuclear energy forum. The two countries will share expertise - bringing together ministers, businesses and industry experts. Also on the agenda was a common defence policy, European enlargement and Iran."
The UK generates far less of its electricity from nuclear power than France - about 20%, compared with 80% in France.
Mr Blair said France's long tradition of nuclear power meant it was a good opportunity to co-operate and learn from each other. I also think that Britain and France... can inform the debate in Europe as well, because the whole of Europe is looking at this now

"We have agreed to explore in the short term and further develop the opportunities of working together in the civil nuclear field," the two leaders said in a joint statement following the talks. To that end we have agreed to establish a regular Franco-British Nuclear Forum, involving representatives from government, industry and technical experts ."The Forum will provide a vehicle to discuss Franco-British nuclear co-operation, including research, skills, decommissioning and waste management."

Mr Blair told a joint news conference he was not prejudging the outcome of his government's upcoming energy review, but said he believed it was a simple question of energy efficiency, self-sufficiency and climate change. He said there would be a big problem if the UK were unable to replace nuclear power stations due to become redundant within the next 15 years. Mr Blair said energy security and climate change were the two things that had "pushed our two countries towards an energy policy as a major factor in our own politics, domestically but also in European politics".


Ségolène Royal brillante candidate à Question Directe de France Inter

J'ai eu beau chercher le défaut, je ne l'ai pas trouvé. Ségolène Royal a dit ce qu'il fallait et comme il le fallait lors de son passage à Question Directe de France Inter animé par Patrick Boyer ce matin 9 juin à 8h20. J'ai noté notamment, dans l'ordre des préoccupations qui sont essentielles pour cette gazette, son affirmation qu'il fallait relancer l'investissement scientifique et la formation professionnelle. Elle a convenu également que si un service civil obligatoire devait être mis en oeuvre par le futur gouvernement, ce projet devrait s'inscrire le plus possible dans une démarche européenne. Bons réflexes, qui ne remplaceront pas des précisions ultérieures, sur la science comme sur l'Europe, mais que nous nous devions de noter.

Je vais être partisan, mais je dois dire que les mines roublardes et les tics de présentation déjà trop connus de Nicolas Sarkozy présentant son bilan de la politique sécuritaire ne faisaient pas le poids, par comparaison. Autant l'une parait incarner la jeunesse et l'avenir, autant l'autre nous reconduit à un passé que l'on voudrait oublier. Je pense que ce décalage jouera de plus en plus en défaveur de Sarkozy dans les mois à venir. 09/06/06


Politique maritime communautaire

L'Union européenne doit-elle avoir une politique maritime communautaire ? La Commission pose cette question dans un "Livre vert" adopté mercredi 7 juin et soumis au public jusqu'au 30 juin. Rédigé sous la direction de Joe Borg, le commissaire en charge de la pêche, ce texte a fait intervenir six autres commissaires : Günter Verheugen (entreprise et industrie), Jacques Barrot (transports), Stavros Dimas (environnement), Danuta Hübner (politique régionale), Janez Potocnik (recherche) et Andris Piebalgs (énergie). Il plaide pour une meilleure coordination des différentes politiques décidées indépendamment les unes des autres et pour que les Etats concernés - vingt dans l'Union ont des frontières maritimes - et les régions adoptent des méthodes de travail et des outils communs.

Pour nous, la réponse est évidente. Il faut une politique maritime communautaire et il faut que celle-ci dispose d"'instruments de souveraineté" lui permettant de passer du stade des voeux pieux aux contrôles et mises en oeuvre effectives. La première priorité consisterait à doter l'Europe de services de Garde-côtes efficaces sur le modèle américain le cas échéant par agrégation des flottes nationales, sur le modèle de la force européenne d'intervention). Il faudrait aussi imposer le pilotage obligatoire dans les zones dangereuses en Manche, mer du Nord et Méditerranée. Le contrôle des navires et des sociétés de certification devrait être assuré. Le dégazage obligatoire dans les ports européens devrait être imposé à tous les navires en escale. Tout cela coûtera un peu cher, soit aux Etats, soit aux armateurs et chargeurs. Mais comme le coût du transport maritime est anormalement bas, ces mesures se borneraient à rétablir une gestion durable des ressources de la mer. Ceci dit, avant d'en discuter, nous aimerions pouvoir lire le Livre Vert réputé soumis au public. Normalement, il devrait être sur le web. Mais où? Nous y reviendrons. 08/09/06

NB: Il y a plus de 6 ans, suite au naufrage de l'Erika, Admiroutes et divers collectifs s'étaient mobilisés pour faire des propositions destinées à améliorer la sécurité en mer. Bien peu ont été prises en compte, que ce soit au niveau français ou européen. Le lecteur retrouvera dans nos archives un certain nombre de textes toujours d'actualité http://www.admiroutes.asso.fr/action/erika/index.htm

Post Scriptum au 9 juin. Je reçois ce message d'un correspondant que je remercie mais dont je préfère ne pas donner le nom au cas où il ne le souhaiterait pas. Je regarderai le Livre Vert le plus tôt possible pour vous en rendre compte. La collision ce jour entre deux pétroliers dans la Manche donne une triste confirmation de la nécessité d'une audacieuse politique maritime commune
Bonjour. Vous pouvez trouver le livre vert (version temporaire) à l'adresse suivante:
http://ec.europa.eu/maritimeaffairs/green_paper_en.html .


Le jeu éducatif Cyber-budget

Le ministère des Finances français propose aux internautes de se mettre à la place du ministre du budget afin de construire le budget de la France, en tenant compte des procédures budgétaires en vigueur. Le jeu est remarquablement bien fait, et le graphisme très attrayant. Chacun d'entre nous peut s'entraîner à construire un budget respectant les grands équilibres. Mais je propose une application d'intérêt immédiat. Que ceux désirant réorienter la politique française au service de nouvelles finalités économiques, sociales et culturelles inscrivent leurs objectifs dans le cadre budgétaire proposé. Ce sera très instructif pour tout le monde. http://www.cyber-budget.fr/ 08/06/06


Politiques industrielles ou concertations stratégiques

Sur France Inter le 8 juin, Pascal Lamy, actuel directeur général de l'OMC et ancien commissaire européen au commerce, a précisé sa conception de la politique industrielle. Rappelons qu'il est de sympathie socialiste mais également excellent connaisseur de l'état du monde et de la mondialisation. Pour lui, le concept de politique industrielle, dite à la française, devrait être remplacé par celui de coordination stratégique. On peut appeler politique industrielle la politique qu'adopte un Etat pour soutenir ses champions industriels, le plus souvent au niveau national. On n'en voit plus guère d'exemples aujourd'hui, même en France. Le concept de patriotisme économique souvent évoqué depuis quelques mois, ne se traduit pas par des mesures concrètes relevant de la politique industrielle française des Trente Glorieuses: contrats publics et politiques préférentielles d'achat public, protections douanières, interventions gouvernementales dans le capital ou la structure des entreprises (mécano industriel) etc.. Une telle politique est de plus en plus incompatible avec le marché unique européen, qui interdit en principe à un Etat de favoriser une de ses entreprises au détriment de celles des autres Etats européens. On pourrait évidemment mener une politique industrielle au niveau européen, appuyée par le concept de patriotisme industriel européen, mais il n'existe aucune institution communautaire capable d'arbitrer entre les intérêts des Etats afin de mettre en place une telle politique. Ce sont malheureusement, à défaut, les intérêts financiers internationaux qui le plus souvent décident du périmètre et des ambitions des entreprises dites européennes, c'est-à-dire immatriculées dans un pays européen et exerçant en Europe l'essentiel de leurs activités.

Mais pour Pascal Lamy, cela ne devrait pas être une raison de renoncer à une intervention publique visant à encourager les intérêts industriels et technologiques nationaux. Il souhaite que cette intervention prenne la forme d'une concertation stratégique. Ce terme signifie que des représentants des entreprises innovantes, des centres de recherche et des collectivités publiques se concertent et prennent les décisions nécessaires pour développer les implantations et les activités dans les domaines jugés essentiels à la croissance. On trouve un exemple, encore pâle, de telles concertations stratégiques dans le domaine des nanotechnologies, dont on parle en ce moment avec l'officialisation du pôle de compétitivité Minatec à Grenoble. Cette concertation, pour Pascal Lamy, devra impérativement se faire à 3 niveaux: le niveau européen, le niveau national et le niveau régional. Dans chaque cas, ce seront des institutions publiques différentes qui apporteront leur appui. Au plan européen, on trouvera le futur European Research Center et les services en charge notamment des programmes-cadres. Au plan national, il pourra s'agir d'agences comme celles qui viennent d'être créées en France pour le soutien à la recherche et au développement industriel. Au plan régional enfin, les grandes régions européennes devront se doter, quand ce n'est pas encore le cas, d'agences ou de structures favorisant le développement des pôles de productivité et d'excellence. Le tout se faisant évidemment dans la perspective de la coordination globale, n'excluant pas les concurrences mais évitant les saupoudrages et les doubles emplois.

Ce schéma général parait bon. Mais il ne fonctionnera que si, au niveau du budget communautaire comme dans les Etats et Régions, des crédits publics suffisants sont affectés aux développements. Sinon, l'Europe ne pourra pas faire face à la concurrence avec les Etats-Unis, la Chine et d'autres Etats émergents. Ce n'est évidemment pas le cas aujourd'hui. Il faut aussi que des experts en coordination stratégique (et en intelligence économique) relayés au niveau des parlements et des collectivités régionales par des représentants politiques motivés, puissent assurer le travail de fond consistant à faire des projections statégiques, mettre les acteurs en relation et procéder à des évaluations. Il faut enfin que les populations soient convenablement informées des enjeux pour ne pas se laisser manipuler par des agitateurs professionnels, comme c'est actuellement le cas en matière de nanotechnologies. Ces dernières, comme toutes les technologies, présentent des risques. Les industriels et les laboratoires doivent en parler, mais ce n'est pas une raison pour céder à ceux pour qui ne rien faire constitue la meilleure attitude de survie possible. 08/06/06


Politiques de contrôle de l'immigration en Europe. Une harmonisation est-elle possible?

L'examen par le Sénat français de la deuxième loi Sarkozy dite de l'immigration choisie (juin 2006) oblige à poser la question de l’harmonisation des politiques de contrôle de l’immigration en Europe. On admet dorénavant sans difficulté que les pays européens ne peuvent pas laisser jouer sans aucun contrôle l’immigration venant des pays extra-communautaires. Mais faut-il définir une politique commune en ce domaine, intéressant des Etats aussi différents en termes de croissance annuelle de la population et de part du solde migratoire, que l’Irlande (respectivement 15,3 et 7), l’Allemagne (0,1 et 1,9) et la France (4,5 et 1).

La réponse donnée généralement par les hommes politiques est qu’il s’agit d’un domaine de souveraineté nationale où l’Union européenne ne devrait pas intervenir. Mais cette réponse oublie un caractère essentiel de l’Europe qui est le droit à la libre-circulation des personnes, y compris sans contrôles aux frontières au sein de l’espace Schengen. Ainsi la révision de la loi sur la nationalité en cours d’étude par le nouveau gouvernement italien devrait attribuer la nationalité italienne à un million d’étrangers vivants ou nés dans ce pays. Rien n’empêchera ces nouveaux Italiens de s’installer où ils le jugeront bon, dans les prochaines années. Tous les discours sur l'immigration choisie n'y changeront rien.

Dans ces conditions, il parait évident que – sans parler d’une éventuelle et très difficile répression de l’immigration clandestine – une coordination des politiques d’immigration entre les 25 Etats européens actuels s’impose. Mais sur quels critères ? L’Espagne souhaite encourager l’entrée de travailleurs manuels dont elle manque, la France et la Grande Bretagne voudraient n’accueillir que les travailleurs qualifiés… L’origine compte aussi. L’Allemagne s’intéresse particulièrement aux immigrants venant des frontières orientales de l’Europe. La France, comme l’Italie, l’Espagne et le Portugal, n’ont guère de choix. Ce sont les sub-sahariens qui veulent les rejoindre. S’y ajoutent, pour l’Espagne, les Marocains, Equatoriens et Roumains. Peut-être ces pays souhaiteraient-ils diversifier les origines mais de fait comme de droit ils ne le peuvent pas.

Que serait dans ces conditions une politique d’immigration concertée entre pays européens dans le cadre des institutions communautaires ? Un premier objectif s’imposerait : se mettre d’accord sur le fait que la natalité moyenne européenne étant en baisse, l’immigration s’impose pour assurer le renouvellement et le rajeunissement de la population. On dira que l’hypercroissance démographique mondiale continuant à menacer gravement les grands équilibres de la planète, l’Europe pourrait donner l’exemple d’une décroissance volontariste. Mais on sait que celle-ci n’aurait pas de sens. Elle signifierait seulement que l’Europe se transformerait progressivement en maison de retraite. Il conviendrait donc de définir un taux moyen de croissance de la population européenne globale et la part du solde migratoire souhaitée dans ce taux. On voit que ceci signifierait immédiatement que, parallèlement à la politique d’immigration concertée, les pays où la croissance démographique spontanée est faible ou nulle adoptent d’urgence les politiques d’aide à la natalité endogène qui ont bien réussi en France. Rappelons que l’aide à la natalité ne signifie pas nécessairement « mère au foyer » mais construction de crèches et soutiens aux parents.

Fixer un effectif paneuropéen (global) d’immigration annuelle serait très importante, en ce sens que cette mesure légitimerait l’immigration dans l’esprit de beaucoup de gens qui la considèrent encore comme une agression permanente des pays pauvres. En pratique, il faudrait sans doute qu’une agence européenne de l’immigration et de l’insertion gère des quotas annuels attribués à chacun des pays à partir de l’effectif global d’immigration jugé souhaitable, avec possibilité d’échange ou rachat de quotas, tel pays très demandeur en acquérant auprès d’un pays non demandeur.

Mais l’Union européenne pourrait-elle aller plus loin, c’est-à-dire interdire que tel ou tel pays définisse pour sa part des critères de naturalisation ou d'aide à l'insertion spécifiques ? On pourrait dans un premier temps convenir d’instituer une nationalité européenne, officialisant des droits identiques dans tous les Etats Européens. A ces droits chaque pays pourrait ajouter des formes d’aide ou de soutien qui lui seraient propres, en faveur des catégories qu’il voudrait attirer sur son territoire – ceci sans créer de discriminations qui seraient contraires aux traités. Là encore, une négociation annuelle dans le cadre de l’agence européenne de l’immigration et de l’insertion envisagée ci-dessus permettrait de viser à un minimum de cohérence dans les politiques nationales, afin d’éviter l’instabilité des implantations, qui serait contraire à une bonne intégration.

Nous pensons en tous cas que ces questions devraient faire l’objet rapidement de concertation entre les Etats et les Institutions européennes, plutôt que rester du domaine des peurs et des surenchères nationales. 07/06/06

Post Scriptum au 9 juin. J'ajoute à cet article une information intéressante: Kofi Annan, dans Le Monde du 9 juin, p. 20, publie un article intitulé: "Les migrants font avancer l'humanité". Il fait allusion au rapport présenté par lui à l'ONU sur les migrations. Ce rapport, avec chiffres et exemples à l'appui, montre que les migrations sont favorables pour les migrants, les pays d'accueil et les pays d'origine. Encore faut-il que des politiques permettant de tirer le meilleur parti de ces avantages soient mises en place, plutôt que laisser le champ libre aux passeurs clandestins et autres trafiquants.


Le programme du PS oublie l'Europe et le monde

Autant que nous puissions juger d'après les extraits publiés ce jour par la presse, le programme du Parti socialiste, adopté à l'unanimité par le bureau national le 7 juin, ne traite que de questions de politique intérieure. Il sera soumis aux militants dans les jours qui viennent avant d'être voté par eux, mais on doute que ceux-ci modifient sensiblement le contenu. Or quel message en retiendront les électeurs ? C'est qu'il est possible de "transformer la société face à la domination de la finance mondiale" par quelques dispositions d'ordre réglementaire et fiscale visant à diminuer les inégalités. Nous avons là un programme censé se projeter dans la prochaine décennie, où l'avenir de la France dépendra étroitement de sa capacité à se positionner face aux grands empires qui se partagent le monde. Cette capacité passera nécessairement par le renforcement de la puissance scientifique, économique et politique de l’Europe. Toutes les promesses ne se situant pas dans cette perspective sont du vent. Les électeurs, fussent-ils de gauche, ne sont certainement pas tellement ignorants de ce qui se passe au dehors de nos frontières pour ne pas le savoir. Quel crédit pourront-ils alors apporter à un programme qui ignore superbement l’Europe et le monde? 07/06/06

Post Scriptum au 7 juin: Le programme du PS en fichier .pdf : http://www.parti-socialiste.fr/tiki-download_file.php?fileId=184 . L'Europe y est mentionnée, mais d'une façon tellement molle que peu s'y intéresseront.


La mégalomanie des grands patrons français

Il s'agit d'une maladie trop répandue, dans un pays qui ne brille pas par la croissance économique partagée. L'opinion a saisi la démission forcée du PDG de la firme de BTP Vinci qui, à près de 70 ans, voulait empocher les quelques dizaines de millions de trop, dont on ne voit d'ailleurs pas à quel usage il les destinait. Mais on parle moins dans le grand public des décisions hasardeuses de l'état-major de la Caisse Nationale des Caisses d'Epargnes, Charles Milhaud et Guy Cotret, qui ont fait l'objet début mai d'une sanction par la Commission Bancaire, gendarme des banques (Voir Le Monde du 6 juin, p.20). Ces patrons ont été rappelés à l'ordre pour gestion hasardeuse et "jongleries dispendieuses" selon les termes du Monde - jongleries mettant en cause l'épargne des petits possesseurs de compte d'Epargne et dont les motivations semblent relever à la fois de l'incompétence, de l'intérêt politique et de la mégalomanie. Où est le temps où de tels postes étaient tenus par d'austères anciens directeurs de la comptabilité publique, dont le train de vie ne dépassait pas celui d'une voiture de fonction de puissance moyenne? 06/07/06


Criminalité organisée et impuissance de l'Europe

Le rapport d'Europol, l'agence européenne de police, remis le 2 juin aux ministres de l'Intérieur des Vingt-Cinq, met l'accent sur quatre groupes mafieux jugés particulièrement menaçants pour l'Europe en 2006 : les groupes albanais et turcs, actifs au sud-est du continent ; les groupes africains (marocains et nigérians) implantés sur la péninsule ibérique, en France et en Belgique ; les groupes belgo-néerlandais, basés aux Pays-Bas ; et les mafias russophones, implantées dans les pays Baltes. A la demande de Rome, une référence à la mafia italienne accusée d'avoir infiltré la police et le monde politique a été supprimée du document officiel. Quant à la mafia corse, elle a été purement et simplement oubliée.

Ce dernier trait met bien en évidence une triste réalité. C'est la tolérance, sinon la complicité de beaucoup d'Etats et de Régions européennes à l'égard des dites mafias, qui fait la force de celles-ci.. En dehors de la tolérance à l'encontre des trafics, l'Europe est aussi source de production. Deuxième marché après les Etats-Unis, l'Europe est aussi le premier producteur mondial de drogues de synthèse, fabriquées dans des laboratoires clandestins aux Pays-Bas et en Belgique.

Le rapport d'Europol souligne la nécessité d'une coopération police-justice des différents Etats européens - sans exception - si l'on voulait vraiment non pas mettre fin mais gêner un peu l'extension des mafias. On en est loin. Il n'y a pratiquement aucune politique commune européenne dans ce domaine. Les perspectives d'élargissement vers des pays européens limitrophes de la Russie ne font qu'aggraver les risques. Pour les spécialistes, un pays comme l'Ukraine, par exemple et pour ne citer personne, est un bouillon de culture effervescent de trafics en tous genres. Après cela, Europol peut toujours appeler au secours. Cela ne nous empêchera pas de dormir. 03/06/06


Les éléphants s'enfoncent dans les sables mouvants

Les éléphants sont réputés intelligents. Mais il arrive que cédant à des mouvements de panique, ils meurent en groupe au sein de sables mouvants et marécages auxquels ils n'ont pu échapper. Il semble que ce soit ce qui arrive en ce moment aux éléphants du PS, face à ce qu'ils ont maintenant identifié comme une menace à leur survie, la montée de Ségolène Royal. Il est pitoyable, ou plutôt réjouissant, de voir avec quel touchant accord ils dénoncent les dérives droitières de celle-ci, sans se rendre compte que ce faisant ils contribuent à l'augmentation de sa popularité. Lorsqu'on entend un Laurent Fabius parler avec des trémolos dans la voix des valeurs de la gauche alors qu'il est l'exemple même du nanti non partageux, on ne peut que rire. Je vais être mesquin (ce qui m'arrive rarement) en demandant quelle part de son patrimoine consiste en oeuvres d'art non passibles de l'impôt sur la fortune.

Trève de mesquinerie. Les déclarations de Ségolène sont du simple bon sens. Mais il fallait les faire. Elle a eu raison de dire également que le bilan de l'actuel ministre de l'intérieur en ce domaine se situe entre modeste et calamiteux. Si elle pouvait faire mieux, une fois au pouvoir, ce serait très bien. 03/06/06

Post Scriptum: je signale aux non-informaticiens que pour mettre en page la photo de Royal incluse ici, j'utilise une commande de mon édieur html qui stipule: Aligner...gauche. C'est tout un programme, que je lis comme ceci: que toute la gauche s'aligne derrière l'intéressée. Mais on me dira que l'enthousiasme flagorneur m'égare.

Par Jean-Paul Baquiast
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Vendredi 16 juin 2006

A voir aussi sur Admiroutes - Automates Intelligents - Europa++:

*Réactions au Livre Vert de la Commission: Pour une politique maritime de l'Europe http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2006/74/polmar.htm
* Discussion de 3 articles sur l'avenir de l'Europe http://www.admiroutes.asso.fr/europa%2B%2B/magazine/21/index.htm#deb
* Théorie du complot et analyse scientifique http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2006/73/complot.htm


Pour suivre les développements de la grippe aviaire: consulter les blogs de notre correspondant le Dr Vermeulen http://drmsfvermeulen.skynetblogs.be/ et http://drmsfvermeulen.over-blog.com/

Voir de sa part deux articles récents:
* La fiction du Doc http://influenza_h5n1.vosforums.com/viewtopic.php?t=3541&postdays=0&postorder=asc&start=0
* Pandémie et plan de sécurité publique
http://drmsfvermeulen.over-blog.com/article-2587620.html

D'autres blogs se sont depuis saisis du problème. Notamment celui du premier ministre français http://www.grippeaviaire.gouv.fr/ . Voir aussi http://influenza.h5n1.over-blog.com/

Nous publions cette photo en hommage au travail fait depuis plusieurs mois, bien avant les prises de conscience officielles, par le docteur Michel Vermeulen sur son blog, afin de nous avertir de la menace grandissante de la pandémie. Inutile de dire que nous prenons cette initiative sans lui en avoir demandé l'autorisation - qu'il aurait sans doute refusée par modestie.


Le Web Sémantique, promesse ou menace?

Depuis 1998, les spécialistes de l’Internet développent, au sein du World Wide Web Consortium, qui est en quelque sorte l’Académie des Sciences et le bureau d’étude du Web, un nouveau concept intitulé le Web Sémantique. L’inventeur du Web, anobli par la Reine d’Angleterre, Sir Tim Berners-Lee (photo ci-dessus), qui est actuellement directeur du W3C, a rappelé plusieurs fois ces temps-ci, dans la presse et lors de la dernière conférence WWW2006 à Edimbourg (http://www2006.org/), l’intérêt du Web Sémantique en vue de conserver le caractère ouvert et démocratique du réseau mondial.

Peu d’utilisateurs de l’Internet ne perçoivent encore clairement ce qu’est le Web Sémantique. Pour tout savoir sur le sujet, le mieux est de se reporter aux pages que lui consacre le W3C (http://www.w3.org/2001/sw/). Résumons cependant de quoi il s’agit. Le Web ordinaire, celui sur lequel le présent article est publié et rendu accessible au profit de tous les internautes, fait coexister et rend accessibles des milliards de documents. Notre article est un document. Les moteurs de recherche savent retrouver un document, à partir soit de méta-données le décrivant (nom de l’auteur, date, sujet abordé) soit par des recherches en texte intégral, pour lesquelles tous les mots de l’article, c’est-à-dire ses données, pourront être considérés comme des mots-clefs. Mais méta-données ou données d’indexation sont encore difficiles à rassembler. Les recherches en texte intégral pour leur part, restent coûteuses et ne peuvent actuellement être généralisées.

Aussi, les moteurs de recherche, pour le moment encore, ne savent pas comment traiter les données internes à un grand nombre d’articles, sans accéder directement aux documents qui les contiennent. Si je recherche le terme Semantic Web sur un moteur, j’aurai une liste très grande (trop grande) de documents abordant le thème du Semantic Web. Mais je ne pourrai pas savoir précisément comment le sujet est traité dans la littérature qui lui est consacrée. Je ne pourrai pas, par exemple, savoir si le Semantic Web est considéré par les auteurs comme un progrès important, une complication inutile ou bien encore une menace pour les libertés publiques.

La raison de cette impossibilité tient au fait que les auteurs des articles ne se sont pas mis d’accord sur un sens commun à donner aux termes, c’est-à-dire aux données, qu’ils utilisent. On retrouve là l’ambiguïté propre à tous les langages humains et à tous les documents faisant appel à ces langages.

Cependant, dans le domaine de la gestion administrative, bien avant l’apparition du concept de Semantic Web, il avait été décidé de chasser cette ambiguïté en convenant de significations communes à donner à un certain nombre de documents et d’informations échangées. On a commencé à définir des méta-données administratives et commerciales en grand nombre (voir http://www.w3.org/Metadata/). Des méta-données ont également été développées pour faciliter la documentation automatique. Par exemple, aujourd’hui, une codification commune décrit l’auteur d’un document, sa date, sa nature et, très sommairement, son objet. Les éditeurs html que nous utilisons tous pour préparer un article destiné à une mise en ligne permettent aux auteurs, notamment à travers la rubrique Propriétés de la page, de préciser ces données. Si les auteurs ne le font pas spontanément, l’éditeur extrait du texte un certain nombre de ces méta-données qui seront édités dans l’en-tête du code source du document.

Ces conventions ont a permis le traitement automatique à grande échelle des documents respectant ces standards, en accédant directement aux données qu’ils contiennent. Ainsi, en rapprochant par une simple application informatique des milliers de déclarations en douanes utilisant la nomenclature douanière internationale, il est possible de faire une étude sur les grands courants d’échange intéressant, par exemple, les produits pétroliers et dérivés.

Le Web Sémantique en pratique

L’ambition du Web Sémantique est de rendre ce processus applicable au plus grand nombre possible de documents administratifs ou commerciaux, voire à des documents de type « littéraire » tel que le présent article. Mais il faudra pour cela que les architectes du Web proposent un cadre commun permettant aux informations contenues dans ces documents d’être traitées comme des données (data) normalisées. Ainsi ces données pourront être partagées et réutilisées indépendamment des applications, des entreprises et des communautés d’auteurs qui les auront générées. Il faudra ensuite que les auteurs acceptent de n’utiliser que des données ainsi normalisées. Ceci réduira leur liberté de création mais facilitera la circulation de leurs productions.

Le travail à faire sera considérable. Il faudra notamment définir, thèmes par thèmes et de façon coopérative, un cadre commun de description des ressources (Resource Description Framework ou RDF) qui utilisera évidemment les acquis syntaxiques (langage XML) ou d’adressage (URL) déjà offerts par le web. Les informations elles-mêmes seront progressivement normalisées à travers le Web Ontology Language (OWL). Par ontologie, on désigne le sens à donner à tel ou tel concept. Il conviendra évidemment de s’accorder sur des sens communs devant être attribués aux concepts que l’on utilisera.

Le W3C précise cela très bien (introduction de http://www.w3.org/2001/sw/) Nous traduisons:

" Le Web sémantique est un web de données. De nombreuses données que nous utilisons tous les jours sont présentes sur l’Internet mais ne sont pas accessibles aux échanges (le Web proprement dit). C’est le cas de mon compte en banque, de mes photographies, de mes dates de rendez-vous. Mais je ne peux pas les rapprocher pour connaître par exemple ce que je faisais le jour où j’ai été photographié, ni l’état de mon compte en banque ce jour-là. Pourquoi ne peut-on pas le faire ? Parce que les données sont encapsulées dans des applications et que les applications ne sont pas conçues pour les échanger.

Le Web Sémantique porte sur deux choses. Il définit des formats communs pour l’échange des données, alors que le Web traditionnel ne définit que les modalités d’échange des documents. Par ailleurs, il offre un langage commun permettant aux données de renvoyer à des objets du monde réel d’une façon identique. Ceci permet à une personne ou à une machine de construire des bases de données puis des réseaux de bases de données qui ne seront pas connectée par des liens physiques mais par le fait qu’elles désignent des objets identiques".


Ainsi, si je veux construire une base de données sur les automobiles, je ne serai pas obligé de me connecter physiquement à des documents concernant des automobiles que j’aurai du identifier et trouver auparavant. Il me suffira de rechercher les données par lesquels les auteurs auront convenu de désigner de façon normalisée le concept d’automobile, ceci quelque soit le document ou l’application support de l’information.

Applications possibles du Web Sémantique

Tout ceci, on le voit, est plus facile à dire qu’à faire. Quand on connaît la lourdeur et le coût des travaux de normalisation des données, tels que ceux entrepris au plan international par l’Edifact Board concernant les données administratives et commerciales, on peut se demander si étendre l’ambition au traitement de données plus générales sera utile. Ceci d’autant plus que ce ne seront pas seulement les normalisateurs qui devront travailler, afin notamment d’affiner ou de faire évoluer constamment les normes, mais les auteurs. Ceux-ci devront connaître les normes à utiliser et s’efforcer de les respecter du mieux possible, si du moins ils veulent être compris par les machines qui interpréteront leurs créations.

Pour Tim Berners-Lee, qui est un idéaliste, l’enjeu mérite l’investissement. Dans les articles et interventions que nous avons évoqués, il explique que le Web Sémantique constitue aujourd’hui la seule façon de sauvegarder l’universalisme et la gratuité d’accès aux informations qui a fait et continue à faire la grandeur du Web. En effet, aujourd'hui, de nombreuses entreprises cherchent à rendre propriétaire et payant l’accès à leurs contenus. Or, la philosophie de l’Internet repose sur le concept de neutralité du réseau. Chacun a le même niveau d’accès aux contenus et toutes les données figurant sur le web doivent être traitées de façon égale. Microsoft et Google, c’est à noter, se sont prononcés publiquement pour la défense de cette philosophie. Mais des compagnies de téléphone américaines en ont pris récemment le contre-pied. Elles veulent définir un Internet partagé (two-tier system) où les émissions des entreprises capables de s'offrir des voies de comunication large bande auront priorité sur les autres. Ceci est recherché, actuellement, dans la perspective de la diffusion des shows télévisuels, très gourmands en bande passante. Mais l’idée devrait être étendue et généralisée à tous usages. Avec le Web Sémantique, cette facturation du temps d’accès en fonction du débit deviendrait impossible ou très difficile, puisque ce seraient les données elles-mêmes qui feraient l’objet des échanges, sans références à leurs auteurs ni à ceux qui les utilisent.

Pour Sir Tim, le seul modèle acceptable reste donc celui où tous les fournisseurs de contenus payent tous le même tarif pour accéder au réseau et pour y diffuser leurs données. Ainsi les universités et les associations ne sont pas défavorisées par rapport aux grosses entreprises, ni en ce qui concerne les facturations ni en ce qui concerne les conditions de connexion. D’où le rôle éminent vertueux que jouera le Web Sémantique.

Les utilisateurs que nous sommes peuvent cependant s’interroger sur l’intérêt qu’ils trouveront à se couler dans les lourdes procédures du Web Sémantique, indépendamment du fait que celui-ci permettra de décourager la segmentation des réseaux et des tarifications en fonction des capacités financières des clients. Pour notre part, nous nous sommes posés la question, en tant qu’éditeur d’une revue scientifique en ligne fonctionnant sur le mode de l’open source. Nos textes sont accessibles gratuitement à tous. Les lecteurs ayant accepté de louer des connections à large bande les reçoivent plus vite que les autres, mais l’égalité entre eux, à ce détail près (dont nous ne tirons aucun profit) reste entière. Pourquoi alors nous engagerions nous dans la définition coopérative de normes décrivant les données que nous utilisons, ou dans la procédure, si ces normes existent déjà, visant à les implémenter dans les codes sources de nos articles ?

La réponse est que cette contrainte nous permettrait d’assurer une meilleure diffusion à nos articles ou, au-delà de ceux-ci, à nos idées. Nous retrouverions là, considérablement augmenté, l’avantage qu’offrent depuis quelques années les moteurs de recherche. Ceux-ci, en associant sur une base désormais très large les réponses aux questions, permettent à de très nombreuses personnes qui ne connaissaient pas notre publication de la découvrir, à propos de la référence aux articles portant sur tel ou tel concept précis que nous aurions traité : par exemple celui de centrale nucléaire à eau pressurisée (PWR). Dans la perspective élargie du Web Sémantique, ce ne serait plus seulement notre article qui serait référencé, mais le sens que nous aurions donné au concept de PWR, par comparaison avec de nombreux autres articles traitant du sujet. Ainsi, un internaute cherchant à se documenter sur le concept pourrait trouver, grâce au travail de rapprochement fait par l’ordinateur, une vision contrasté du problème des centrales PWR, résultant du rapprochement des sens différents donnés par des auteurs différents.

La perspective reste encore lointaine, s’agissant de journaux comme le nôtre traitant un grand nombre de sujets différents. Par contre, dans l’immédiat, nous pensons que le Web sémantique pourrait être utilisé au sein de l’Education Nationale, par exemple pour mieux informer les élèves de l’existence des nombreux documents pédagogiques en ligne et des modes d’accès à ces documents désormais mis à leur disposition par les académies ou les établissements. Le Web sémantique pourrait ainsi devenir le complément des « portails élèves » ou des « portails étudiants » qui, au cœur de réseaux de type Intranet, s’efforcent de faciliter l’accès des élèves aux ressources pédagogiques. La charge supplémentaire imposée aux auteurs qui se verraient obligés de participer aux travaux d’indexation et de normalisation ne serait pas excessive. Elle ferait en tous cas partie de leur métier d’enseignant. D’ores et déjà, le Web sémantique est très apprécié, au niveau de l'enseignment supérieur, par les chercheurs scientifiques qui peuvent grâce à lui accéder à de nombreuses données expérimentales, afin de les analyser automatiquement.

Mises en garde

Mais, contrairement à ce que pense Tim Berners-Lee, le Web Sémantique ne risque-t-il pas de se révéler un nouvel instrument permettant aux pouvoirs de police de pénétrer dans l’intimité des comportements et des pensées des citoyens. Dans un article intitulé « Keep out of MySpace » (N° 30 du 10 juin 2006, p. 30) le NewScientist britannique dénonce le fait que la National Security Agency des Etats-Unis finance des recherches visant à collationner les données personnelles que les individus publient sur eux-mêmes ou rassemblent, au sein d’espace de documentation qui leur sont offerts à cette fin par des sociétés de service. C’est le cas de MySpace (http://www.myspace.com/) espace de rencontre et de convivialité, qui avait été patronné par Microsoft, où les abonnés sont invités à donner beaucoup d’informations les concernant afin de favoriser l’établissement de liens sociaux avec d’autres. Il existe de très nombreux autres sites ludiques où chacun est obligé pour participer de se raconter et de rapporter les comportements et préférences de leurs amis. Par ailleurs, les blogs personnels se multiplient, dont les auteurs n’hésitent pas à se dévoiler ou à dévoiler la vie privée de leurs relations. Les images et photographies personnelles y abondent également.

La NSA espère que le développement du Web Sémantique au sein de ces espaces permettra de rapprocher facilement ces informations personnelles avec d’autres, bancaires, de santé, administratives ou d’achat. Ainsi pourraient être mis en évidence, sans que les intéressés s’en aperçoivent, les profils et donc les personnes qu’à tort ou à raison, les autorités de police jugeraient suspectes. On serait loin alors du scandale provoqué par le fait que la NSA se soit procuré ces derniers mois, via les opérateurs de télécommunication, les contenus des conversations téléphoniques d’un certain nombre d’individus a priori honorables suspectés de pouvoir éventuellement monter des réseaux terroristes. La NSA et autres agences d''intelligence", c'est-à-dire d'espionnage, pourraient pénêtrer partout à l'insu des citoyehs.

Les interconnections sont actuellement difficiles, mais avec le Web Sémantique, les liens apparaîtront d’eux-mêmes, à travers des applications visant à rapprocher les données (data) sans difficulté. En effet, le Resource Description Network précité visera à conférer à chaque type de donnée une identification (tag) unique, prédéfinie et non ambiguë. Les services d’intelligence économique, d’espionnage et de contre-espionnage seront les premiers à en profiter, car ils se seront les premiers dotés des outils permettant de le faire. Il est significatif de constater, comme l’indique le NewScientist, qu’un article intitulé Semantic Analytics on Social Networks, présenté au dernier WWW2006 d’Edimbourg par des universitaires américains, avait été en partie financé par une organisation jusque là inconnue intitulée ARDA. ARDA, qui ressemble étrangement à DARPA, signifie Advanced Research Development Activity. Elle est budgétée par la NSA pour résoudre certains des problèmes que rencontre la communauté du Renseignement aux Etats-Unis. On ne saurait être plus explicite.

Ces jours-ci, l’ARDA a été rebaptisée Disruptive Technology Office (voir Wikipedia : http://en.wikipedia.org/wiki/Disruptive_Technologies_Office). Mais sa mission reste la même : faire du « profiling » à partir de systèmes d’espionnage (intelligence) automatisés. Les 80 millions d’abonnés des actuels sites du genre de MySpace auront tout intérêt à se méfier de ce qu’ils publieront sur eux-mêmes, en s’imaginant que ces détails intimes n’intéresseront jamais personne que leurs proches. Voici de quoi éloigner beaucoup de gens des perspectives culturelles offertes par le Web Sémantique.


 

Pénombre : une association qui désacralise avec humour statistiques et sondages
par Christophe Jacquemin

Logo PénombreConnaissez-vous Pénombre ? Cette Association a été créée en 1993 pour développer un espace public de réflexion et d'échange sur l'usage du nombre dans les débats de société. Les nombres sont des êtres sociaux, résultats d'une construction dont il vaut mieux connaître le maçon et l'entreprise. Pour que les nombres commencent à prendre sens, il faut connaître les définitions, les concepts utilisés. Sans être spécialiste, on peut se poser quelques questions sur les méthodes de collecte de l'information. Quand on lit par exemple dans la presse à propos des écoutes téléphoniques : "100 000 Français victimes d'interceptions sauvages", on peut naïvement se demander «Comment fait-on pour recenser les écoutes téléphoniques sauvages?».

Le nombre comme être social a sa vie, une longue vie parfois. Il roule de-ci de-là dans le corps social pour atteindre tel ou telle, des millions de tels à l'heure du petit-déjeuner ou à «20 heures». Il se joue des frontières et des supports.
Comment cette entité est-elle reçue par un journaliste, un ministre, un électeur? Qu'en fait-il, à quoi cela lui sert-il? Mystère. Pénombre entend contribuer à lever le voile en favorisant la rencontre de tous ceux qui, à un titre quelconque, participent à cette vie sociale des nombres. Son recrutement éclectique tend à faire un peu oublier à chacun son rôle convenu.

Couverture du livre "Chiffres en folie"L'Asssociation a notamment publié en 1999 le livre "Chiffres en folie- Petit abécédaire de l'usage des nombres dans le débat public et les médias" (Editions La Découverte. Collection "Cahiers libres"), fruit de cinq années d'observation critique. Une lecture toujours d'actualité à l'heure où la multiplication des informations chiffrées, les querelles sur le "vrai chiffre", en passant par les chiffres fantaisistes, sont toujours plus omniprésents dans les médias et les discours publics. L'information chiffrée apparaît en effet comme une preuve d'objectivité et de sérieux. Elle serait même trop sérieuse pour que l'on ennuie le lecteur ou le téléspectateur avec des considérations techniques sur sa validité...
Face aux dérapages et aux manipulations qu'accompagne cette religion du chiffre, les auteurs réagissent ici à leur usage illicite et à la perversion du débat citoyen qu'il implique. L'ouvrage se présente sous la forme d'un abécédaire plein d'humour. De A comme " Adolescents " à Z comme "Zéro", en passant par B comme "Banlieue" C comme "Chômage", D comme "Délinquance et criminalité, I comme "Immigration" ou S comme "Santé", ils proposent un florilège - nourri de nombreux exemples - des diverses formes du mauvais usage des chiffres: confusions involontaires, manipulations délibérées...
La lecture de ce livre est facilitée par un astucieux système de repères permettant de naviguer entre les articles en fonction de diverses grilles d'entrée (par thèmes, par types d'erreurs ou de manipulations). Et surtout, par un ton alerte qui n'évite ni les débats de fond ni les traits d'esprit...10/06/06

En savoir plus :
Site de l'Association Pénombre : http://www.penombre.org


Les Etats-Unis montent une coalition internationale pour bloquer le programme européen Reach (Registration, Evaluation and Authorisation of CHemicals).

Nous avons précédemment signalé l’importance du programme européen Reach visant à identifier les produits chimiques présents dans l’environnement et à procéder à l’évaluation de leurs effets nocifs. Ce programme est dénoncé par les industriels de la chimie, y compris au plan européen, comme susceptible de menacer leurs intérêts économiques, en augmentant les coûts et en interdisant certaines mises sur le marché. Mais il est très appuyé par de nombreuses organisations publiques et privées s’intéressant à la santé humaine et animale, ainsi qu’à la protection de l’environnement. Le Programme Reach, après de nombreux amendements, progresse donc vers une adoption définitive fin 2006.

Il n’est donc pas étonnant de voir les Etats-Unis, gros producteurs et vendeurs de produits chimiques, notamment en Europe et dans le tiers-monde, multiplier les efforts pour enlever toute portée au programme européen. La dernière initiative sur ce plan vient d’être rendue publique. Ils viennent de former une coalition de nations, comprenant le Japon, l'Inde et 10 autres Etats grands partenaires commerciaux de l’Europe, pour bloquer le programme européen en raison des risques qu’il ferait courir au commerce des pays en développement et plus généralement aux petites entreprises.

Rappel :

La Parlement européen avait voté le texte en première lecture en décembre 2005. Le texte est retourné devant le Parlement pour une seconde lecture prévue pour octobre 2006. Le projet avait déjà été très atténué puisqu’il n’intéresse maintenant que 30.000 produits chimiques parmi les 100.000 environ qui sont actuellement utilisées dans l’industrie, l’agriculture et les produits ménagers. Selon les experts de la Commission européenne, les informations de sécurité sont "peu précises" pour environ 99% de ces substances. Cela en partie parce qu’elles ont échappé aux contrôles plus détaillés introduits après 1981 quand une évaluation plus rigoureuse était devenue obligatoire.

La déclaration commune des adversaires de Reach a été rendue publique à l'initiative de la chambre de commerce américaine à l'UE (UE AmCham). Ses signataires sont l'Australie, le Brésil, le Chili, l'Inde, Israël, le Japon, la Corée, Malaisie, le Mexique, Singapour, l'Afrique du sud, la Thaïlande et les États Unis. Les signataires arguent du fait que certains aspects de la réglementation Reach pourraient être considérés comme constituant un obstacle inutile aux échanges, ouvrant la perspective d'un conflit à l’OMC. Ils demandent au Parlement européen de réviser le texte et modifier son champ d’application, notamment en ce qui concerne la compétence de la future European Chemical Agency prévue à Helsinki. Ils dénoncent notamment l’"l'opacité du processus réglementaire" et la charge élevée que représenteront les contrôles de toxicité, notamment pour les PME opérant dans les pays en développement.

Pour les ONG, notamment le WWF, il ne s’agit là que la suite de la politique des Etats-Unis visant à affaiblir le programme Reach au profit de l’industrie américaine, qui ne s’embarrasse pas de contrôles quand il s’agit d’exporter. Les coûts pour les utilisateurs finaux de la zone ACP ne devraient pas dépasser 50 millions d’euros.

La Commission européenne a déclaré pour sa part qu'elle a consulté l'OMC et son propre service juridique sur la conformité avec l'article 2.2 sur les entraves techniques aux échanges. "Nous ne voyons pas comment REACH pourrait violer l’ OMC" a indiqué la porte-parole Barbara Helfferich.

On notera cependant que, dans le lobbying à l’encontre de Reach, une forte opposition s’était exprimée provenant d’industriels européens de l’industrie chimique, notamment allemands. Ils craignaient à juste titre des mesures dont les Européens auraient été les seuls à supporter la charge, ce qui aurait diminué leur compétitivité à l’exportation. Ils dénonçaient aussi l’irréalisme de contrôles approfondis d’innocuité portant sur 100.000 produits. Mais le nouvel état du projet les avait semble-t-il rassurés. L’entrée en sous-main des industriels américains dans le dossier, dont on connaît le mépris pour tout ce qui concerne la protection de l’environnement, devrait renforcer la légitimité des ambitions de santé publique affichées par la Commission et le Parlement européen.

Nous considérons pour notre part que céder sur Reach, déjà considérablement atténué, ou retarder sa mise en application, serait ouvrir un véritable boulevard aux processus déjà difficilement contrôlables d’empoisonnement de la planète par des produits dont l’intérêt n’est souvent que commercial à court terme. Il faudra en conséquence que la future Agence de l’environnement soit rapidement créée et convenablement dotée. Il conviendra aussi de la protéger contre le lobbying d’industriels aux moyens financiers considérables.12/06/06

Prochaines étapes
- 29 juin 2006, prise de position du Conseil de compétitivité
- 4 octobre 2006: Vote prévu au sein de la commission "environnement" du Parlement (deuxième lecture)
- 24 octobre 2006: Vote prévu en session plénière du Parlement (deuxième lecture)
- Fin 2006: Deuxième lecture au Conseil et approbation finale possible du program

Références: The New EU Chemicals Legislation – REACH
http://ec.europa.eu/enterprise/reach/index_en.htm


A Washington : un coup d’Etat qui n’a jamais dit son nom

Le gros livre (603 pages) de Michael Gordon et du général des marines en retraite Bernard Trainor, Cobra II: The Inside Story of the Invasion and Occupation of Iraq, qui vient de paraître, pourrait être considéré comme se rapportant à une histoire déjà ancienne : la façon dont l’Administration américaine a décidé de l’invasion de l’Irak et les multiples raisons qui ont conduit, non pas à l’échec de cette invasion, mais à l’incapacité absolue d’en tirer le moindre résultat allant dans le sens de la pacification de la région et du renforcement de l’influence occidentale. Nous pourrions de notre côté, faisant partie de ces Européens qui s’étaient dès le début opposés à cette opération, telle du moins qu’elle était conçue par les néo-conservateurs et le Pentagone, considérer que, certes, nous avions raison mais que le fiasco auquel nous assistons relève de l’histoire intérieure américaine et ne nous concerne plus. Cependant, nous aurions le plus grand tort. L’évènement majeur que cette crise a révélé continue encore à faire sentir ses effets et à menacer la paix du monde, y compris nos propres intérêts vitaux.

De quoi s’agit-il en effet ? De ce que Philippe Grasset appelle ( http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=2792 ) un coup d’Etat post moderne, pratiquée par une bureaucratie qui a voulu échapper et veut encore échapper non seulement au contrôle parlementaire, mais même à ceux du Département d’Etat et des agences telles la CIA qui jusqu’à présent conseillait le Président sur les bonnes stratégies internationales. Selon le journaliste Andrew Bacevitch (London Review of Books, http://www.lrb.co.uk/v28/n11/print/bace01_.html ) la guerre contre l’Irak n’était que le “Premier Front” d’un vaste projet visant à s’approprier la puissance américaine, en ouvrant un “Second Front” dirigé vers les arcanes internes du pouvoir à Washington. Il s’agissait et il s’agit encore d’une « volonté de réduction radicale des pouvoirs et des droits qui ne dépendent pas directement de l’exécutif d’une part, la réduction et l’élimination de tous ceux qui, à l’intérieur de ce même exécutif, s’opposent à ce projet ». On est loin de l’explication un peu facile attribuant l’invasion de l’Irak au désir de mettre la main sur ses ressources pétrolières. Les lobbies du pétrole ont certainement soutenu le projet, de même que les industriels de l’armement. Mais ils n’en ont pas été les moteurs.

Qui alors furent les auteurs de ce coup d’Etat ? Sont-ils encore actifs et dangereux aujourd’hui ? Pour Bacevitch, il s’agit essentiellement de ce que l’on appelle toujours les Faucons (The Hawks) au sein de l’administration civile et du Congrès, mais aussi au sein de l’armée. L’opération était prévue bien avant le 11 septembre 2001 et la survenance de l’attentat a été considérée comme une bénédiction (de là à supposer que cet attentat aurait été sinon organisé, du moins toléré par les dits Faucons, il n’y a qu’un pas). On connaît les principaux évènements ayant marqué le succès progressif du coup d’Etat, notamment la lutte menée par le vice-président Richard Cheney et le ministre de la défense Donald Rumsfeld pour marginaliser le Secrétaire d’Etat Colin Powell et la CIA de George Tenet. Mais ce que l’on sait moins, et que l’article de Bacevitch résume avec clarté, c’est la façon dont les prétendues menaces présentées par Saddam Hussein ont été exploitées à fond par le trio Cheney, Rumsfeld et Wolfowitz (aujourd’hui patron de la Banque Mondiale – sic-) pour servir de prétexte à l’invasion de l’Irak. Face à des parlementaires, diplomates et militaires qui se refusaient à cette aventure, les conjurés ont multiplié les menaces, dans la meilleure tradition du MacCarthisme. Les éléments raisonnables de l’administration civile et militaire ont été mis au pas ou remplacés par des éléments complices de l’espèce de conjuration qui se déroulait – sous l’autorité d’un George W. Bush sans doute dépassé au début mais qui a repris l’opération à son compte par la suite. Par ailleurs, comme on le sait, un contrôle policier sans précédent a été étendu à l’ensemble de la population.

La lecture du livre de Michael Gordon et du général Trainor complètera évidemment celle de l’article de Andrew Bacevitch. L’ouvrage nous fournit une mine de renseignements sur les évènements qui se sont produits, avant et après l’invasion de l’Irak, au cœur du système de pouvoir américain. La chronique est objective et sans passion, mais d’autant plus inquiétante. Les auteurs citent leurs multiples sources sur un ton objectif, sans pratiquement prendre parti. Ils montrent comment, dès la fin de la première guerre en Irak, les Faucons avaient délibérément refusé de voir les faiblesses de ce qu’était devenu le pouvoir de Saddam Hussein. Ce qui les a logiquement conduit à méconnaître l’essentiel de la résistance toute différente qu’ils allaient rencontrer, celles des milices, des religieux et plus généralement des différentes composantes du peuple Irakien. Les auteurs ne cachent rien non plus des erreurs répétés du haut commandement, enfermé dans ses certitudes ou uniquement soucieux de faire carrière en obéissant sans broncher aux ordres les plus aberrants. Le Général Frank est dépeint comme incompétent et faible de caractère, d’autres généraux tels Richard Myers et Eric Shinseki ne sont guère mieux lotis. Leur incompréhension de la nature réelle du conflit, due à leur méconnaissance absolue du Moyen Orient en général et de l’Irak en particulier, n’a pas cessé de provoquer des dégâts dont l’enlisement actuel n’est qu’un des aspects.

Aujourd’hui, malgré les multiples fautes accumulés et les résultats désastreux enregistrés, il est préoccupant de voir que les vainqueurs du « coup d’Etat » bureaucratique initial sont toujours au pouvoir à Washington et qu’aucune relève plus démocratique ne semble se profiler. D’où la méfiance accrue avec laquelle l’Europe, la Russie et le reste du monde devraient considérer les initiatives que pourraient encore prendre cette bureaucratie pour restaurer son crédit, notamment à l’égard de l’Iran. Malgré les apparences, Condi Rice n’a rien retiré du soutien donné par elle et par le Président à ceux qui ont présenté la guerre en Irak comme nécessaire, salutaire et dépourvue de graves erreurs de jugement. Les bénéficiaires du Coup d’Etat initial tiennent toujours les leviers de commande. Or quand ce qu’il faut bien appeler une clique de cette nature a pris le pouvoir, il est difficile d’espérer l’en chasser, sauf à l’occasion d’une crise systémique. Surtout quand des forces sociales nombreuses et bien implantées, notamment dans les Etats conservateurs religieux, la soutiennent. On peut craindre que le livre courageux de Gordon et Trainor ait peu d’effets en ce sens.

Certes, le fait que sa publication ait été tolérée par l’establishment militaire peut apparaître comme un signe de changement. En effet, Michaël Gordon avait été un reporter incorporé, « embedded », dans des unités terrestres, et il a du, de même que le général Trainor, bénéficier d’encouragements d’une partie de la hiérarchie militaire. On sait en effet qu’aujourd’hui, l’armée de terre parait de plus en plus réservée sur la suite à donner au conflit. Mais l’armée de l’air et la marine, gros consommateurs de matériels sophistiqués, semblent au contraire continuer à pousser aux affrontements. Le succès représenté par la mort de Al Zerkaoui, tué par une bombe guidée laser, ira évidemment dans leur sens. La "détente" enregistrée dans les rapports avec l'Iran ne sera peut-être que passagère.

Aussi le livre devrait-il alerter les Européens – notamment les Britanniques - qui continuent à suivre bon an mal an le grand allié américain dans tous ses dévoiements. Plus que jamais, il serait nécessaire de définir une politique au Moyen Orient sur la base d’un multilatéralisme où la diplomatie européenne aurait toute sa place et toute son autonomie. On en est encore loin, même si le haut-représentant européen Javier Solana fait montre actuellement de beaucoup d'efficacité vis-à-vis de l'Iran. 11/06/06.


Le Maire de Paris et Ségolène

Le Maire de Paris a tort de faire de l'ironie sur Ségolène Royal. On va penser qu'il n'aime pas les femmes. 10/06/06


La puce VeriChip et les immigrants mexicains aux Etats-Unis

Scott Silverman, président du conseil d'administration de VeriChip Corporation, fabricant de la puce à radiofréquence VeriChip, a proposé récemment sur Fox News d’implanter de telles puces dans le corps des immigrés et travailleurs saisonniers entrant sur le territoire américain. Cette proposition est venue après que le Président Bush ait réclamé des mesures de haute technologie afin de mieux contrôler l’immigration mexicaine et latino-américaine aux Etats-Unis. Le Président a dit souhaiter savoir avec précision « qui est dans notre pays et pourquoi il s’y trouve ». La VeriChip, convenablement chargée en informations de police lors du passage de l’immigrant à la frontière, permettrait d’identifier celui-ci avec précision lors de contrôles ultérieurs.

La VeriChip est une micro-puce d'identification par radiofréquence encapsulée dans du verre, qui peut être implantée, non seulement dans une multitude d’objets de la vie courante, mais sur des êtres vivants, animaux d’élevage et humains. Elle rentre dans la catégorie des RFID ou Radio-Frequency Identification Devices. La puce peut enregistrer environ 2000 bits d’information et dispose d’une antenne. Contrairement à la version dite active disposant d’une petite batterie incorporée capable d’émettre vers un récepteur distant, la version passive se borne à réagir à un détecteur, situé à un mètre de distance (quelques mètres pour les dispositifs à haute fréquence). Son usage est celui d’une étiquette à code barre. Elle permet, à condition d’être scannée, d’identifier en toute sécurité l’objet ou la personne qui en est porteur. Mais son efficacité est plus grande que celle du code barre, car elle n’a pas besoin d’être positionnée avec précision sous le scanner.

La technologie était connue depuis longtemps, mais le manque de normes communes a empêché sa diffusion. Elle était principalement utilisée au service de la sécurité interne de certaines entreprises soucieuses d’un haut niveau de protection. Aujourd’hui, le dispositif est au contraire en train de prendre une extension mondiale, notamment en Asie, ce qui permet d’abaisser fortement ses coûts, et d’améliorer sa fiabilité. Malgré cela, des incidents de lecture peuvent se produire, dus soit à la présence de lecteurs opérant simultanément (reader collision) soit à la présence d’un trop grand nombre de puces dans l’aire d’activité d’un lecteur (tag collision).

La proposition du patron de VeriChip a fait comme on pouvait le prévoir réagir les défenseurs des libertés individuelles aux Etats-Unis. Ceux-ci ont affirmé que la VeriChip Corporation, après avoir perdu des millions de dollars en essayant de persuader les autorités américaines d’implanter des puces chez les citoyens américains, profite de la peur suscité par l’immigration mexicaine et sud-américaine pour relancer le marché. Mais une fois utilisée chez les immigrants, la technique pourra plus facilement être généralisée au « bénéfice » de l’ensemble de la population. Cette proposition, rencontre l’approbation de nombreuses personnalités politiques américaines, qui envisagent divers usages intéressant les citoyens américains eux-mêmes, au-delà des cas médicaux où elle est d’ores et déjà autorisée par la loi: identification des militaires, des détenus, de certains enfants à problèmes. Elle avait par ailleurs été recommandée par le Président colombien Alvaro Uribe, qui voyait là le juste prix à payer pour que ses compatriotes puissent profiter de l’ »hospitalité américaine ».

La technologie des RFID, passives ou actives, se développe rapidement en Europe. Mais jusqu’ici personne n’a proposé de l’utiliser sous forme d’implants humains, sauf dans des cas thérapeutiques très spéciaux. On peut penser que cette perspective serait repoussée par l’opinion publique européenne, mais en fait rien n’est moins certain. 10/06/06

* Voir Technovelgy.com. Comment la science-fiction devient science http://www.technovelgy.com

Par Jean-Paul Baquiast
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