Gazette d'Admiroutes N° 170-2

Publié le par Jean-Paul Baquiast

Vous trouverez ici la suite du N° 170, qui était trop long pour être enregistré en une seule fois. ...Abondance des matières, comme on dit...JPB

Commentaires concernant le projet de Traité réformateur européen

Le texte proposé au sommet de Lisbonne des 18 et 19 octobre 2007 respecte le mandat précis confié à la CIG en juin 2007 par le Conseil européen de Bruxelles. Nous l'aurions évidemment souhaité plus ambitieux. Il faudra que les Etats n'attendent pas la date lointaine de sa ratification (2009) pour prendre des initiatives fortes dans les nouveaux domaines.

Nos commentaires. Nous nous appuyons pour les formuler (en italique) sur un document publié par Toute l'Europe, que nous remercions.

Préalables

Les symboles européens (devise, hymne, drapeau..) ainsi que le vocabulaire constitutionnel n'apparaissent pas dans le traité. Très regrettable. les symboles comptent beaucoup. Il faudra que l'esprit l'emporte sur la lettre.

Les Etats n'ont pas fait le choix de réunir les traités existants en un seul document, comme cela avait été le cas pour le Traité constitutionnel. Le Traité "réformateur" introduit simplement des modifications dans les traités UE et CE afin de rendre l'Union plus efficace et plus démocratique.

L'insertion de nouvelles références à l'immigration, au changement climatique ou encore à l'énergie devrait permettre à l'UE de se doter des moyens nécessaires pour répondre à ces nouveaux défis. Encore faudra-t-il que de grands programmes, sur les deux derniers points au moins, concrétisent les politiques publiques dont l'Union devra se doter.

Parmi les nouveautés introduites par le traité, qui pour la plupart entreront en vigueur dès 2009, on citera :

Au niveau institutionnel

En amendant les traités existants, le traité modificatif change l'appellation du "Traité instituant la communauté européenne" en "Traité sur le fonctionnement de l'UE" . Cf observation n° 1 ci-dessus.

Le traité dote l'UE d'une personnalité juridique unique qui lui faisait défaut, et instaure une présidence stable de l'Union européenne à la place de la présidence tournante actuelle.

Conseil de l'Union européenne

Un Haut représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune, au double chapeau - Commission et Conseil - est nommé. Néanmoins il n'aura pas le titre de ministre, comme le prévoyait le Traité constitutionnel. Espérons qu'il jouira cependant de toute l'autorité qui devra s'attacher aux positions diplomatiques de l'Union dans un monde de plus en plus multipolaire (et conflictuel).

Le vote à la majorité qualifiée est étendu (à 51 domaines), notamment aux questions de coopération judiciaire et policière, à l'éducation, à la politique économique. Ceci supposera évidemment que la France fasse bien plus d'efforts qu'aujourd'hui pour convaincre ses partenaires de la justesse de ses propositions. Cela n'est pas un mal en soi si l'on veut que se construise un minimum de cohérence européenne.
Le vote à la double majorité, issu du Traité constitutionnel, s'appliquera à partir de 2014, voire 2017. La France, pour se faire entendre, devra s'assurer le renfort d'Etats totalisant 95 millions d'habitants, contre 75 millions pour l'Allemagne. Ceci appelle la même remarque que ci-dessus.

Les coopérations renforcées, principal instrument d'une Europe se voulant un tant soit peu souveraine, devront désormais rassembler neuf pays contre huit actuellement. En fait, dans la pratique, sauf en matière de défense, elles ne sont concevables qu'au sein de l'Eurogroup. Or l'Eurogroup est appelé à s'élargir. La encore, la France devra s'interdire de "jouer perso", sauf en cas de crise majeure. Mais est-ce un mal, si l'on dispose d'un gouvernement et d'un parlement volontariste.

Parlement européen

Bien que l'unanimité subsiste dans certains domaines, la procédure de codécision est largement étendue, ce qui renforce la position de "co-législateur" du Parlement européen. Selon un député européen, Elmar Brok (PPE-DE), rapporteur du Parlement européen pour la CIG, la procédure de codécision "s'appliquera dans 95 % des cas".

Commission européenne

A partir de 2014, le nombre de commissaires sera inférieur au nombre d'Etats. Le Président de la Commission européenne sera élu par les eurodéputés, eux-mêmes élus directement par les citoyens européens.

Le Traité constitutionnel européen proposait de remplacer les appellations existantes des instruments de droit européen (directives, règlements et avis) par des "lois" et "lois-cadres" européennes. Cette proposition n'a pas été retenue dans le traité. Les actes du droit communautaire continueront d'être appelés directives, règlements et avis. Cette terminologie restrictive risque d'enlever de l'autorité aux décisions de la Commission, ce qui sera regrettable dans les domaines où des questions difficiles, comme celles de l'environnement, seront abordées. Rappelons que les Etats, contrairement à ce qu'ils prétendent parfois, peuvent jouer un rôle essentiel dans les décisions de la Commission.

Sur le plan de la démocratie

Le pouvoir de contrôle des Parlements nationaux sur les activités de l'Union européenne est renforcé : un "droit d'alerte précoce" leur est confié afin qu'ils s'assurent que l'Union ne sort pas de son champ de compétences. En d'autres termes, ils seront chargés de contrôler le respect par les institutions européennes du principe de subsidiarité. Espérons que le Parlement ne se bornera pas à cela et prendra des initiatives fortes, fussent-elles seulement verbales, dans tous les domaines où la voix de l'Europe devra se faire entendre.

L'initiative citoyenne : elle figure parmi les dispositions reprises du Traité constitutionnel. Elle permet à un million de citoyens appartenant à plusieurs pays de l'UE de signer une pétition qui invite la Commission, dans le cadre de ses attributions, à soumettre une proposition appropriée au Parlement européen et au Conseil de l'Union européenne. On observera avec intérêt la mise en oeuvre pratique de cette disposition. Certains craignent un afflux d'intiatives, voire un piratage par des malveillants (comme sur le web). Pour notre part, nous n'éprouvons pas cette crainte, a priori du moins.

Contrairement au Traité constitutionnel, la mention dans le traité du principe de la primauté du droit européen sur le droit national n'apparaît pas explicitement. Toutefois, cela ne remet pas en cause l'obligation pour les Etats de respecter ce principe affirmé par la Cour de Justice des Communautés européennes dès les années soixante. Refuser cette disposition, comme les anciens " nonistes " français le voudraient, serait refuser toute existence légale à l'Europe.

De même, le remplacement du texte complet de la Charte des droits fondamentaux, partie II du traité constitutionnel, par une référence dans le traité ne lui retire pas sa valeur. La Charte aura désormais la même force juridique que les traités, ce qui n'était pas le cas avec le traité de Nice. La Vice-présidente de la Commission Margot Wallström s'est d'ailleurs félicitée que la Charte des droits fondamentaux obtienne un "statut entier".

Si la "concurrence libre et non faussée" disparaît des objectifs de l'UE, elle reste un principe cardinal de la construction communautaire et un instrument politique majeur au service de l'UE [protocole n°6 sur le marché intérieur et la concurrence]. Nous le regrettons pour notre part. On ne doit pas se faire d'illusions. Les intérêts monopolistiques non-européens voulant envahir l'Europe et détruire ce qui lui reste de points forts économiques au nom de la concurrence "libre et non faussée" ne vont pas renoncer à leurs opérations. Le véritable instrument politique majeur au service de l'Union sera en fait un retour raisonné à la réglementation publique et aux politiques industrielles protégées dans les domaines stratégiques - lesquels seront de plus en plus nombreux.

A côté des acteurs politiques, la société civile se voit formellement reconnue dans la vie de l'Union. Les ONG auront une belle carrière devant elles. Souhaitons que leur transparence s'améliore. Beaucoup d'entre elles servent aujourd'hui de faux-nez à des lobbies extra-européens très présents à Bruxelles.

* Texte du projet de traité modificatif http://www.consilium.europa.eu/showPage.asp?id=1317&lang=fr&mode=g


Succès de la manifestation du 18 octobre

Le succès de la manifestation du 18 octobre organisée par les syndicats français pour protester contre la modification des statuts dits spéciaux dont bénéficient un certain nombre de salariés du secteur public a surpris par son ampleur. Elle peut être interprétée de différentes façons. Manifestement, les manifestants et l’opinion en général, qui s’est montrée indulgente face aux dérangements imposés par la grève, ne se sont pas uniquement préoccupés des régimes de retraite des agents des transports. Beaucoup sans doute ont voulu montrer leur inquiétude face à la menace, non seulement de réduction des moyens des administrations en général, mais d’une volonté non dite de privatiser le plus possible des pans nombreux des compétences de l’Etat et des collectivités locales, notamment dans le domaine de l’enseignement, de la recherche et même de la sécurité civile. 1)

La France subit en ce moment, comme beaucoup de pays européens, l’offensive des intérêts privés qui veulent faire sauter le rôle protecteur des administrations au profit d’entreprises prétendant faire du profit à la place de celles-ci. Elles ne le feront qu’en réduisant et facturant les prestations, limitant le nombre des bénéficiaires et les effectifs. Ce faisant ce sera l’esprit même de l’administration publique, qui a fait la force et l’honneur de la France, comme de quelques nations voisines, qui sera compromis. On retrouve avec un peu de retard ici une tendance forte déjà à l’œuvre aux Etats-Unis et bien décrite par le livre de Benjamin Barber que nous présentons par ailleurs (http://www.benjaminrbarber.com/)

Cet auteur dénonce une mise en tutelle de la société occidentale par les industriels producteurs et vendeurs de biens de consommation, y compris les biens et services les plus inutiles et gaspilleurs. Ils utilisent pour cela le relais des entreprises dites culturelles qui sont en charge de vendre leurs produits et d’infantiliser les citoyens. Ce sera toute la citoyenneté qui en souffrira. Les administrations publiques, notamment celles de l’éducation nationale peuvent développer d’utiles garde-fous contre ces tentatives. Aussi les nouveaux entrepreneurs doivent-ils les présenter comme attardées intellectuellement et coûteuses économiquement. Ils se feront forts de les remplacer par des services payant réservés aux plus riches et aux plus dociles (y compris en ce qui concerne la police et la défense, comme on le voit en Amérique actuellement).

Un tel programme n’est pas affiché ouvertement par le gouvernement français ni les autres gouvernements européens. Mais les citoyens sentent très bien qu’il est déjà mis en œuvre et se développera de plus en plus, s’ils ne résistent pas. Mais le pourront-ils ? La disproportion entre les forces est grande, notamment au niveau des moyens médiatiques mobilisés. Ce n'est pas une raison pour laisser faire 19/10/07

1) Edgar Morin, invité de La rumeur du monde" sur France Culture le 20/10, a émis une hypothèse intéressante: le soutien à la grève aurait été moindre il y a un mois, avant les scandales EADS et UIMM (les sommes détournées par l'Union des industries métallurgiques et minières). Ces comportements particulièrement répugnants du patronat français auraient selon Edgar Morin renforcé le mécontentement des citoyens.


La foi dans le monde, selon un sondage réalisé pour la BBC


Les sondages valent ce qu'ils valent. Voici cependant un tableau de synthèse des résultats d'un sondage réalisé par la compagnie ICM pour la BBC sur le thème de la croyance religieuse dans le monde. 10.000 personnes ont été interrogées durant le mois de janvier 2004. Différentes questions ont été retenues pour caractériser le niveau de la foi dans chaque échantillon, telles que "Seriez-vous prêts à mourir pour votre religion? " "Priez-vous régulièrement?" " Pensez vous que le monde serait plus pacifique sans les religions?" "Votre Dieu est-il le seul vrai Dieu? ".
On remarque que les Britanniques semblent beaucoup moins croyants que l'on ne pense en général. On ne s'étonnera pas par contre de voir les Etats-Unis quasiment au niveau des nations les plus pauvres du monde dans la hiérarchie des pays les plus croyants. Le record d'incroyance en Corée du Sud surprendra. Quant au taux affiché pour la Russie, il serait peut-être plus élevé aujourd'hui où l'on note un retour en force de l'église orthodoxe, très encouragé par le gouvernement actuel.
Il est dommage que l'Europe continentale, dont les opinions n'intéressent apparemment pas nos voisins, n'ait pas été interrogée. Quoiqu'il en soit, s'il est vrai que la religion contribue plus aux conflits qu'à la tolérance, ce sondage pourra inquiéter.

* ICM Research http://www.icmresearch.co.uk/


« Comment le capitalisme nous infantilise » par Benjamin Barber

Dans le nouvel ouvrage qu’il vient de publier, traduit en français sous le titre « Comment le capitalisme nous infantilise », (Fayard), Benjamin Barber s’en prend à ce qu’il appelait précédemment le Mac World, c’est-à-dire la mise en tutelle de la société par les industriels producteurs et vendeurs de biens de consommation. C’est par leur faute que la croissance est dorénavant associée à celle de la consommation, laquelle doit au moins augmenter de 5% par an sous peine de crise économique. Or la crise du crédit est inévitable. Celle des prêts hypothécaires immobiliers cache un mal autrement plus profond.

Benjamin R. Barber, entre autres titres universitaires et distinctions, est professeur de Sciences politiques à l’Université du Maryland. Il préside deux ONG consacrées à la défense des droits civiques: CivWorld et Demos. Il conseille régulièrement un certain nombre de grands dirigeants du monde. Il a publié 17 livres, dont son classique Strong Democracy (1984, réédité en 2004) et un ouvrage prémonitoire, encore d’actualité, Jihad vs. McWorld (1995, avec une préface ajoutée le 11 septembre 2001).

Dans ce dernier, il montre que le monde est en train de se structurer autour de deux vagues opposées, toutes les deux favorisées par le développement des réseaux de communications. La première, qu'il nomme le tribalisme, pousse à l’apparition de multiples communautés géographiques, ethniques, linguistiques et religieuses. Elles se dressent les unes contre les autres dans une volonté de rejet réciproque et d’appel à la guerre sainte. La seconde vague, désignée du terme de globalisme, cherche à répandre sur toute la planète les symboles de la société marchande de consommation, à base de produits multimedia et de Mac Donald. Ces deux vagues se séparent de façon irréconciliable mais dans le même temps elles se rencontrent, souvent dans les mêmes pays et parfois chez les mêmes individus. Malheureusement l’une et l’autre sont incompatibles avec la démocratie qui suppose d’abord la prise en main des citoyens par eux-mêmes, à l’écart aussi bien des haines intergroupes paranoïaques que des comportements acheteurs compulsifs mondialisés.

Dans le nouvel ouvrage qu’il vient de publier « Consumed: How Markets Corrupt Children, Infantilize Adults, and Swallow Citizens Whole », W.W. Norton & Co, 2007) traduit en français sous le titre « Comment le capitalisme nous infantilise », (Fayard), Benjamin Barber s’en prend plus particulièrement à ce qu’il appelait précédemment le Mac World, c’est-à-dire la mise en tutelle de la société par les industriels producteurs et vendeurs de biens de consommation. C’est par leur faute que la croissance est dorénavant associée à celle de la consommation, laquelle doit au moins augmenter de 5% par an sous peine de crise économique. Le phénomène est particulièrement oppressant aux Etats-Unis. Si le consommateur américain ralentit ses achats, le fabricant américain installé en Asie (externalisé) ne peut plus payer ses ouvriers asiatiques.

Mais les ressources du consommateur américain ne sont pas illimitées. Il faut donc qu’il puisse acheter à crédit. Et qui a intérêt à lui prêter de l’argent ? L’Etat chinois qui de cette façon peut maintenir l’emploi dans les zones industrielles récemment créées pour satisfaire à la demande occidentale. Elles dépendent principalement en effet des exportations dans les pays riches puisque le consommateur chinois n’a pas le revenu suffisant pour acheter les produits destinés à l’Occident.

A long terme, ce mécanisme n’est pas durable. La bulle de crédit accumulé finira par crever. Mais dans l’immédiat il faut continuer à vendre et donc à emprunter. La publicité joue à plein dans ce but. Il en résulte une véritable infantilisation des consommateurs américains (la même analyse s’appliquant à plus petite échelle aux Européens). Le capitalisme moderne produit ce que l’auteur appelle un "ethos infantiliste". Pour survivre et vendre toujours plus, le capitalisme n'a aujourd'hui plus que deux solutions : infantiliser les adultes et transformer les enfants en consommateurs.

Le livre multiplie sur des centaines de pages les exemples de cette infantilisation et des dégâts durables qu’elle produit dans les consciences et dans les comportements. Le "capitalisme responsable" prôné par Max Weber, au service d’une démocratie politique adulte, qu’il voyait déjà très menacé dans son ouvrage de 1995, lui parait désormais durablement sinon définitivement condamné. Le comportement consumériste est pour lui inconciliable avec les tendances civilisatrices. Nous avions précédemment montré que le philosophe français Bernard Stiegler aboutit exactement aux mêmes conclusions, en dénonçant la machine à détruire les identités personnelles que sont les grandes chaînes de télévision françaises, au service de Mac Donald et de Coca Cola.

Mais il y a pire. Le consommateur infantilisé est aussi un égoïste profond, refusant les contraintes des réglementations étatiques, la prise en compte des besoins d’autrui et, aujourd’hui, les exigences du développement durable. Il veut tout, tout de suite et quel qu’en soit le coût pour la collectivité. Cette nouvelle haine de l’Etat, instillé dans les esprits par les industriels et les responsables de leurs campagnes de communication, a contaminé les esprits des responsables politiques eux-mêmes. Ceux-ci considèrent dorénavant que le meilleur service public est celui qui est concédé à des sociétés privés employant à grand coût des armées de mercenaires, y compris dans les fonctions traditionnellement régaliennes comme la défense et la sécurité.

On voit que Benjamin Barber, vétéran de la science politique et administrative, rejoint les analyses d’une jeune journaliste comme Naomie Klein, dont nous avons précédemment présenté le dernier ouvrage. On dira que les critiques du néo-libéralisme n’ont pas attendu ces auteurs pour porter des diagnostics équivalents, sinon plus sévères. Mais on les entend encore mal dans les sphères gouvernementales. Il n’est donc pas mauvais que des personnalités plus insérées dans l’establishment, comme Benjamin Barber, les rejoignent. Espérons donc que ce livre, et d’autres analogues, servent d’avertissement, en Europe et plus particulièrement en France. Le mal américain dénoncé par Barber et Klein commence à y faire des ravages : croissance assimilée à consommation non durable, réforme de l’Etat assimilée à privatisations, publicité omniprésente assimilée à culture.

On constate tous les jours, concernant la publicité commerciale, qu’après la télévision, elle s’empare dorénavant d’Internet et du téléphone portable, en ciblant particulièrement les jeunes enfants, afin d’en faire le plus tôt possible des consommateurs passifs et des citoyens inconscients. Ce n’est pas avec ce type de dressage que la jeunesse deviendra capable le moment venu d’accepter la décroissance des consommations gaspilleuses et les sacrifices nécessaires à la prise en compte des besoins collectifs Les seuls sans doute qui échapperont à son emprise seront, comme le prévoyait le livre précédent de l’auteur, Jihad vs. McWorld, ceux qui accepteront de se faire recruter au service des jihads. Sur ce plan, le monde n’est pas menacé par la rareté.

Benjamin Barber est moins fécond quand il en vient aux remèdes possibles à la situation qu’il dénonce. Il fait appel, dans la tradition du militantisme moral propre aux pays anglo-saxon, à l’entreprise citoyenne, au consommateur averti, au microcrédit…Ces réactions individuelles sont très utiles mais elles ne suffisent pas. Il n’envisage pas de retour à une intervention publique modernisée, qu’elle prenne naissance dans les Etats nationaux, dans les unions d’Etats telles que l’Union européenne ou au niveau des organisations internationales. C’est pourtant là que des moyens à la hauteur des nouveaux enjeux pourraient être mis en œuvre. Encore faudrait-il qu’un nombre suffisant de citoyens refusent l’infantilisation et décident de soutenir des politiques interventionnistes efficaces. La défense du climat et de l’environnement leur donne pour ce faire aujourd’hui des arguments très forts. 18/10/07

* Le site de Benjamin Barber http://www.benjaminrbarber.com/


Les fleuves chinois

La Chine et l'Union européenne lancent une campagne de nettoyage des fleuves Jaune et Yangtsé (source AP), Ce programme quinquennal dont le coût est estimé à 175 millions d'euros consiste à développer des politiques environnementales visant à réduire la pollution industrielle et humaine le long du fleuve Jaune, notamment à hauteur des provinces du Henan, de Shanxi et de Shaanxi.
Les fonds consacrés à ce programme -dont près de la moitié seront prêtés par la Banque mondiale-, serviront également à payer des employés dans les provinces du Yunnan, de Guizhou et de Hubai pour planter des arbres le long du fleuve Yangtsé.
Après plusieurs décennies de croissance économique exponentielle, les cours d'eau chinois, en particulier les grands fleuves, ont atteint un niveau de pollution critique.

On sait que la Chine n’en a pas fini avec les problèmes de gestion de ses ressources en eau. Des incidents graves imprévus (imprévus par les experts chinois tout au moins) se produisent actuellement en amont et en aval du barrage titanesque des Trois Gorges : glissements de terrains, inondations, bio-destructions, déplacements forcés de population. Il est indéniable que l’environnement constituera le frein principal à la croissance chinoise. Les dirigeants du parti, réunis actuellement dans la capitale, le laissent entendre à mots couverts. 17/10/07


Alcan se moque du monde

Alcan s’est offert dans la presse des pages entières de publicité d’un beau bleu, soi-disant destinées à fêter le centenaire de l’usine d’aluminium de Saint Jean de Maurienne. On y souligne l’apport inestimable de cette usine dans le développement des nouvelles technologies à faible consommation d’énergie. Le lecteur se croirait revenu aux heures de gloire de feu Péchiney, vendu audit Alcan de façon honteuse en 2003 par son patron de l’époque Jean-Pierre Rodier, sans que l’Etat intervienne.

Pauvres salariés de Saint Jean de Maurienne. Ils doivent être amers. Il se trouve que le centenaire de l’usine vient à point pour valoriser Alcan au moment de l’offre publique d'achat du groupe anglo-australien Rio Tinto, fixée à 38 milliards de dollars. Ce qui reste de travailleurs de Péchiney en France ont bien des soucis à se faire, car l’OPA marque pour eux, selon le mot d’un syndicaliste, une deuxième mort. Au terme du processus de démembrement attendu, le périmètre social de l'ex-Pechiney en France passerait de 15 000 à 5 000 postes. Resterait pour l'essentiel Dunkerque (Nord) et Saint-Jean-de-Maurienne (Savoie), qui a célébré le 31 juillet le centenaire de la première coulée d'aluminium au niveau mondial.

Dans la fusion, les anciens de Péchiney n’auront plus qu’une importance marginale. "C'est la fin d'un certain modèle industriel à la française dans lequel on pensait d'abord technologie, avant de voir ce que ça pouvait rapporter en termes de business. Quand Alcan a pris le pouvoir, le système en avait pris un sérieux coup, avec Rio Tinto la première question qu'on se pose c'est qu'est-ce que ça rapporte", explique le responsable syndical Claude Verdier, cité par Le Monde. "On assiste à la fin de l'histoire industrielle de Pechiney et à son savoir-faire technologique".

Ce court termisme convient peut-être à une entreprise capitaliste, mais la France, comme l’Europe, peuvent-elles s’en contenter ? A une époque où la Chine exerce une pression considérable pour se procurer, non seulement les matières premières mais les produits finis et les technologies, l’Europe pouvait-elle accepter de perdre toute influence dans un secteur aussi stratégique que l’aluminium et ses dérivés. La réponse de bon sens est négative. Quel qu’en soit le coût, il fallait conserver une compétence de pointe dans ce secteur. Ce ne sera pas Rio Tinto Alcan qui défendra les intérêts européens quand s’imposeront des décisions cruciales liées au développement de nouvelles productions et de nouvelles applications à forte valeur ajoutée. Celles-ci se feront hors d’Europe, et sans bénéfice aucun pour les Européens. 16/10/07


La libre concurrence est incompatible avec le protocole de Kyoto

Il serait naïf d’oublier que beaucoup d’intérêts économiques, en France ou dans le reste de l’Europe, ne participent aux négociations sur la réduction des gaz à effet de serre et autres Grenelles de l’environnement que pour trouver les meilleurs moyens de refuser les contraintes. La France, qui veut s’affirmer bonne élève, donne à cet égard de multiples mauvais exemples. Elle fera exactement ce que l’on reproche à la Chine et à l’Inde, sans avoir les excuses d’un retard de croissance à rattraper. C’est ainsi que les projets de centrales brûlant des combustibles fossiles se multiplient (Le Monde, 16/10/2007, p. 8). Les collectivités locales et les diverses compagnies attirées par la libéralisation du marché de l’énergie (GDF, Endesa, Poweo, Suez, Atel, Iberdrola et EDF elle-même), prévoient l’installation dans les prochaines années de 13.000 MW de centrales thermiques, dont 9.000 MW de capacités nouvelles. Parallèlement les ports méthaniers renforcent leurs possibilités d’accueil.

Ces équipements sont présentés comme devant répondre à la croissance de la consommation d’électricité, comme à certains pics que le nucléaire ne peut amortir. Mais les prévisions, outre qu’elles ne sont pas élaborées sérieusement, tournent le dos à l’engagement européens de réduire la consommation de 20% en 2020. Celui-ci suppose inévitablement une baisse des capacités de production. Avant de fermer des centrales nucléaires, la priorité devrait être de ne pas construire de nouvelles centrales thermiques. Ceci d’autant que les projets de séquestration du carbone seront avant de longues années une aimable fantaisie.

Cette situation, qui se retrouve dans tous les secteurs sensibles, découle d’une réalité que l’on ne veut pas voir, ni en Europe ni d’ailleurs dans le monde. Le libéralisme et la concurrence sont incompatibles avec les exigences de la lutte contre le réchauffement climatique et la protection de l’environnement. Les acteurs économiques privilégieront toujours leurs intérêts à court terme par rapport aux sacrifices à long terme. Seules des décisions très fortes des pouvoirs publics pourraient faire prévaloir les restrictions nécessaires. Mais qui courra le risque de s’engager dans cette voie, que ce soit dans les Etats ou au niveau des institutions européennes ? 16/10/07


Les Européens ont-ils voulu donner un avertissement à G.W.Bush sur l’environnement ?

L’opinion en France n’a pas semblé croire que le prix Nobel de la Paix conféré conjointement à Al Gore et au GIEC était un avertissement donné par les élites européennes à G.W.Bush et aux intérêts américains qui persistent à refuser les politiques contraignantes de réduction des gaz à effet de serre. C’est pourtant ainsi qu’il a été ressenti par une partie de la presse américaine. Elle y voit un début d’intrusion – pour la bonne cause – des Européens dans la politique intérieure américaine. Le message serait double. D’une part, il faut vraiment que les Etats-Unis se débarrassent du poids des lobbies industriels qui font d’eux les plus grands pollueurs de la planète et les conduisent à contester les expertises les plus indiscutables relatives aux causes humaines du réchauffement. D’autre part, il faudrait que le parti Démocrate se choisisse Al Gore comme candidat à la présidence, de préférence à « Billary Clinton » dont l’engagement écologique reste assez superficiel.
Nous ne pensons pas qu’il se trouve en Europe, même au sein du Comité Nobel, de personnes assez audacieuses pour exprimer publiquement ce dernier vœu. Par contre, il est sans doute indiscutable que la conscience de l’urgence environnementale croit de plus en plus en Europe, ainsi que l’indignation vis-à-vis des dirigeants américains qui refusent toujours d’en tenir compte. Le Prix Nobel de la Paix est une façon très diplomatique d’exprimer ce souci européen. On ne peut que souhaiter le voir prendre des formes plus énergiques, relayé par les institutions européennes, que ce soit au G9, à l’OMC ou à l’ONU. 15/10/07


Que devons nous craindre davantage: le bioterrorisme ou le biodefence programm américain?

Depuis 2001, les Etats-Unis se sont engagés dans un programme de lutte de grande ampleur contre le bioterrorisme qui permet de financer 400 laboratoires et 15.000 chercheurs. Tous manipulent à des fins indéterminées des centaines de germes pathogènes susceptibles de développer des pandémies plus graves les unes que les autres. Les règles de sécurité semblent particulièrement lâches. De plus, nul ne sait exactement qui fait quoi. Une petite ONG, Sunshine Project, ne comptant initialement que deux personnes, Edward Hammond et Jan van Acken, a entrepris depuis plusieurs mois de recueillir de l'information sur ces activités. Elle rencontre les plus grandes difficultés, malgré qu'elle agisse dans le cadre du Freedom of Information Act. Le peu qu'elle a obtenu est moins que rassurant. Si d'éventuels bioterroristes ne détournent pas les armes biologiques étudiées ou synthétisées, celles-ci s'échapperont inévitablement d'elles-mêmes dans la nature. On s'inquiète à juste titre de mutations du H5N1 mais G.W. Bush et les entreprises irresponsables qu'il engage dans la lutte contre le terrorisme nous préparent bien pire. 15/10/07

* Sunshine project http://www.sunshine-project.org/


 

Publié dans gazetadmiroutes

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article