Gazette d'Admiroutes N° 170 du 31 octobre 2007

Publié le par Jean-Paul Baquiast

Lire aussi sur Admiroutes - Automates Intelligents:
* Après le Grenelle de l'environnement, nouvelle récession ou nouveau grand départ http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2007/85/edito.htm
* Considérations théoriques et pratiques sur la croissance économique http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2007/85/croissance.htm


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Pour un principe matérialiste fort
Essai
Edition Jean-Paul Bayol
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Hausse de salaire à l'Elysée

Provocation ou inconscience? Le fait que le président de la République annonce qu'il va faire doubler son salaire mensuel nous parait en tous cas particulièrement mal venu. Mais peut-être est-ce ainsi que se construit ou se conforte une popularité. 30/10/07


L’énergie des mers
31/10/07

La France, dotée d’une longue façade maritime, aux caractéristiques océanologiques diversifiées, devrait investir plus qu’elle ne le fait dans les solutions permettant de produire de l’énergie à partir de la mer. Nos voisins européens le font davantage que nous, encore que l’Europe elle-même n’ait pas encore suffisamment encouragé ce domaine de développement, dont les retombées de toutes sortes pourraient être importantes, tant pour les besoins intérieurs que pour l’exportation.

Pour mettre un peu d’ordre dans les applications, nous distinguerons, suivant en cela les spécialistes du domaines, 4 directions de recherche :

- L’énergie des vagues ou houlomotrice. Des générateurs flottants ou immergés à faible profondeur produisent du courant en utilisant les mouvements de la houle afin d’actionner les pistons de moteurs hydrauliques. Nous avons précédemment mentionné le système Pelamis développé par l’entreprise Ocean Power Delivery. Il comporte 5 tronçons articulés dont un exemplaire est actuellement installé au Portugal. 30 installations semblables sont prévues en Ecosse. En France, l’ingénieur Alain Clément propose le Searev, comportant des générateurs inclus dans des coques de 25 mètres de haut, actionnés par un pendule. Malheureusement, il n’existe pas encore en France de démonstrateurs significatifs du dispositif.

L’énergie houlomotrice nécessite des eaux à la fois ouvertes aux houles et abritées des fortes tempêtes. Elles excluent en général la présence d’autres activités maritimes.

- L’énergie hydrolienne. Le principe en est théoriquement simple. Des turbines analogues à celles de l’usine marémotrice de la Rance (solution qui ne sera pas renouvelée vu ses effets nuisibles sur les estuaires), mais de plus grande taille, sont immergées dans des zones de forts courants (3 à 4 nds minimum). L’immersion peut être suffisamment profonde pour permettre les activités de surface. Mais les sites favorables ne sont pas très nombreux, du moins en France. La firme britannique Marine Current Turbine développe le système Seagen, comportant des hydroliennes sur pylônes de 16m de diamètre. Le LEGI ( Laboratoire des écoulements géophysiques et industriels) de Grenoble propose des hydrolienne à axe de rotation vertical (système Harvest) installées sous un flotteur de surface. Ces deux solutions obstruent la navigation. La firme française HydroHélix développe le programme Marénergie comportant des turbines bidirectionnelles, fonctionnant en cycle continu, avec le flot et le jusant. Ce dernier système est immergé et libère donc en principe la circulation de surface.

- L’énergie éolienne offshore. Cette solution a depuis longtemps été étudiée et testée. Si le littoral offre des zones suffisamment abritées et libres d’autres activités, des fermes éoliennes de grande importance peuvent être envisagées. Les mers peu profondes, comme la mer du Nord, sont évidemment préférables. Les éoliennes implantées sur le fond ne peuvent pas éviter les effets des vagues, ce qui perturbe leur fonctionnement. Des éoliennes plus petites sur radeaux ancrés semblent préférables. Dans tous les cas, on a fait valoir les risques pour les oiseaux marins et aussi, assez curieusement, ceux tenant à la présence de nombreuses mines datant de la dernière guerre mondiale, non explosées, que les travaux pourraient réactiver.

- L’énergie hydrothermique. Cette solution applique aux différences de température entre eaux de surface et eux profondes les principes de la géothermie. Des « échangeurs thermodynamiques » captent calories et frigories et les restituent via des pompes à chaleur sous forme de chaleur ou de froid selon les saisons. La solution est appliqué à Monaco et le sera à La Seyne sur Mer. Elle n’encombre pas particulièrement le littoral et pourrai être installée là ou existent déjà des ouvrages portuaires.

Concluons en observant que ces diverses filières supposeraient, pour prendre un véritable envol, de nombreuses aides publiques, ne reposant pas seulement sur la seule bonne volonté des collectivités locales. Au plan technique, les premières versions se révéleront certainement décevantes. La mer déjoue souvent les bonnes idées des ingénieurs uniquement développées en bassins. Le milieu est également très corrosif et obligera à des opérations de maintenance lourdes. Mais assez vite, la hausse des prix des combustibles fossiles et l’industrialisation des solutions devraient rendre ces solutions viables. Il serait souhaitable que l’Europe et, pour ce qui la concerne la France, puissent s’en convaincre rapidement. 31/10/07


L'énergie en Europe

Le Parlement européen a reconnu formellement l'énergie nucléaire comme "indispensable pour couvrir les besoins énergétiques de base de l'Union européenne à moyen terme" dans un texte adopté, le 24 octobre 2007

Ce texte a été approuvé par 509 voix pour, 153 contre et 30 abstentions. Le rapport de Herbert Reul (PPE-DE, DE) souligne que l'Union, selon les tendances actuelles, sera dépendante à 65% vis-à-vis de ses importations d'énergie d'ici 2030. L'énergie nucléaire semble la solution la plus efficace à la fois sur le plan de la sécurité des approvisionnements, de la rentabilité économique et de la protection de l'environnement.

Le texte invite par ailleurs la Commission à soumettre rapidement des propositions sur le captage et le stockage de carbone (CSC), ainsi que pour améliorer l'efficacité de la production et de la fourniture d'énergie, réduire l'impact environnemental, améliorer la sécurité des technologies existantes (toutes technologies confondues) et développer des techniques de stockage pour les énergies renouvelables.

Les députés ont aussi souligné l'impact significatif de la génération d'énergie provenant de la biomasse, la nécessité pour l'UE de soutenir les technologies en matière de carburants de synthèse et l'importance des gaz naturels liquéfiés (GNL) en vue de la diversification des importations de gaz.

Concernant le nucléaire, le texte reconnaît que celui-ci est un composant clé de la fourniture d'énergie dans la plupart des Etats membres et représente un tiers de l'approvisionnement européen en énergie, avec 145 réacteurs en fonctionnement dans les 16 Etats membres ayant fait le choix du nucléaire. Les députés ont indiqué que cette énergie est "indispensable pour couvrir les besoins énergétiques de base de l'UE à moyen terme". Etant donné que "l'énergie nucléaire est actuellement la plus grande source d'énergie pauvre en CO2 en Europe", "les objectifs en matière de réduction des gaz à effet de serre et de lutte contre le changement climatique ne pourront être atteints en cas de renoncement à l'énergie nucléaire", ont-il souligné. Ils ne considèrent toutefois pas la question du stockage des déchets comme réglée.

Cet constatation va dans le sens de la France et de la Belgique qui ont respectivement 78% et 56% de leur électricité produite par le nucléaire. La France possède le second parc de centrales au monde avec 59 réacteurs et 19 centrales, tandis qu'il existe deux centrales en Belgique pour sept réacteurs au total. Au Luxembourg, qui ne dispose pas de réacteur nucléaire, 35% de l'électricité est importée d'Allemagne et de Belgique, la production locale reposant majoritairement sur des centrales de cogénération au gaz.

Ajoutons (en tant que nucléocrate avéré) deux points. Si le président de la République française a déclaré en conclusion du Grenelle de l'environnement qu'il ne proposerait pas l'ouverture de nouvelles centrales nucléaires en France, on a généralement compris qu'il n'excluait pas le remplacement progressif des centrales en service par la version améliorée dite EPR dont un exemplaire est prévu à Flamanville, en attendant les réacteurs de 4e génération. Le contraire serait en effet incompréhensible. Quant aux Allemands, des études d'opinion semblent montrer qu'ils sont de moins en moins favorables à l'option actuelle de sortie du nucléaire. Elle risque de provoquer des ruptures graves d'approvisionnement. Il ne serait pas très fair-play de se tourner vers les voisins pour y remédier, laissant à ceux-ci la responsabilité économique et politique de l'investissement nucléaire. Il serait tout aussi peu élégant de continuer à privilégier les centrales à charbon qui accroissent considérablement la production de CO2 en Europe.29/10/07


Réalités sociales en Europe

Le Centre d'analyse stratégique français (ancien Commissariat au plan) a organisé le 29 octobre en partenariat avec la Représentation permanente en France de l'Union européenne un colloque sur les nouvelles réalités sociales en Europe.

Les sujets principaux mis en discussion le 29 octobre ont porté sur :
- Le bien-être, un objectif de politique publique ?
- Inégalités, jusqu'où s'en inquiéter ?
- Emploi et travail, de nouvelles réalités
- Immigration, intégration, quels défis ?

Le dossier distribué, accessible sur Internet, constitue une compilation d'indicateurs européens, fournis notamment par Eurostat et l'OCDE. Il propose un portrait robot de l'attitude adoptée par le citoyen français par rapport à celles de ses voisins européens. A ce titre, il donne un éclairage intéressant, non seulement sur la mentalité française, mais sur celle ayant cours dans les autres pays de l'Union.
Les thèmes choisis n'ont pas voulu éviter le langage consensuel. Ils abordent les sujets suivants :
- Démographie
- Bien-être, bonheur et santé
- Inégalités, pauvretés
- Education, formation
- Emploi, chômage, conditions de travail
- Immigration, intégration
- Famille
- Délinquance, insécurité
- Protection sociale, modèle social
- Capital social, défiance
- Face à l'avenir

On constatera par exemple que si la France contribue aux deux tiers de l'accroissement démographique de l'Union, c'est grâce à une politique publique généreuse qui privilégie le choix de la mère au travail. Rappelons à ce sujet que si la croissance démographique devrait être ralentie dans les pays à fort taux de natalité, elle doit au contraire être encouragée, au moins jusqu'au seuil de renouvellement, dans l'Union européenne, globalement en cours de dépopulation. En ce qui concerne l'attitude à l'égard des immigrés, les Français sont nettement plus accueillants que la moyenne des Européens. Par contre, malgré une situation globalement plus favorable, les Français sont plus pessimistes, face à l'avenir, que leurs voisins. Comprenne qui pourra. 29/10.07

* Le dossier du colloque http://www.strategie.gouv.fr/IMG/pdf/Document_Realites_sociales_FranceVF-3.pdf


Le rapport GEO 4 du PNUE

Le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) affirme dans un rapport très attendu publié le 25 octobre 2007, que la privatisation généralisée des ressources et des services serait le plus mauvais scénario du point de vue de l'environnement. Autrement dit, le choix de la mondialisation libérale, qui convainc de moins en moins de monde, hormis les intérêts privés en bénéficiant directement, se trouve ainsi une nouvelle fois condamné par les experts mondiaux.

A l'inverse du tout-libéral et tout-profit, ce serait le retour à une gestion publique et participative des ressources et développements mondiaux qui donnerait les meilleures chances d'éviter les pires effets de la grande crise qui se prépare.

Ce rapport, produit par des groupes internationaux d'experts de toutes origines, va tout à fait dans le sens de ce que nous préconisons dans cette revue, y compris quant au rôle que devrait jouer l'Europe. Il apporte également, coïncidence heureuse, beaucoup d'arguments pour conforter les conclusions du Grenelle français de l'environnement qui s'est clos le 27 octobre.

Le rapport propose une modélisation des avenirs possibles en fonction des types de politiques adoptées au niveau mondial par la « communauté internationale », face à la crise écologique majeure que connaît d'ores et déjà la planète, crise qui de toutes façons va s'aggraver. La rapidité du phénomène est soulignée : l'étendue et la composition des écosystèmes terrestres "sont modifiées par les populations à une vitesse sans précédent". Les experts insistent sur la notion de seuil : "Les effets cumulés de changements continus dans l'environnement peuvent atteindre des seuils qui se traduisent par des changements brutaux" et irréversibles. Cette idée de "points de basculement" ne s'applique pas seulement au changement climatique, mais aussi aux phénomènes de désertification, de baisse des nappes phréatiques, d'effondrement des écosystèmes...

Quatre scénarios

Les points de basculement annoncés surviendront d'autant plus rapidement et avec d'autant plus de gravité que les trajectoires actuelles seront ou non modifiées. Les experts ont défini quatre scénarios, selon le type de politique suivie. Dans le premier, l'intervention des Etats continue à reculer devant le secteur privé, le commerce se développe sans limite, les biens naturels sont privatisés. Le deuxième scénario se base sur une intervention centralisée visant à équilibrer une forte croissance économique par un effort pour en limiter les impacts environnementaux et sociaux. Mais dans ce scénario, la volonté de privilégier une croissance forte ne laisse pas beaucoup de marges de manœuvres aux interventions correctrices. Néanmoins les dégâts sur l'environnement sont moindres que dans l'hypothèse précédente.

Une troisième voie serait de privilégier la sécurité pour répondre aux désordres civils et aux menaces extérieures : un effort important y serait alors consacré. L'environnement dans ce cas souffrirait presque autant que dans le premier scénario. On peut s'étonner de voir étudier ce scénario, entraînant inévitablement un accroissement considérable des dépenses militaires et de sécurité civile. Il est cependant considéré comme possible, sinon probable, si les insurrections de la misère provoquées par le scénario libéral s'étendaient à une grande majorité des pays pauvres et des catégories sociales exclues. Mais comme il ne s'attaquerait pas à la source des conflits, c'est-à-dire aux dégâts sur l'environnement, il ressemblerait beaucoup à une politique à la Gribouille. En fait, ce serait les lobbies militaro-industriels qui en profiteraient.

Enfin, la quatrième option est celle d'une société mondiale faisant le choix de la durabilité par l'environnement et l'équité, dans laquelle les citoyens, en dialogue avec les Etats et les services publics, joueraient un rôle actif de prévention. Ce rôle imposerait des sacrifices et des mutations comportementales qui supposerait de réinventer une véritable sociabilité participative. Une telle option est non seulement souhaitable mais possible au niveau des Etats. Elle sera plus difficile quand elle opposera sociétés encore riches et sociétés de plus en plus pauvres. Mais c'est la seule possible. Si elle réussit, les pressions sur l'environnement, après une augmentation jusqu'aux alentours de 2025, pourraient diminuer et s'établir au niveau actuel, sinon en dessous, en 2050.

Même en ce cas, le quatrième scénario n'évitera pas les difficultés. Comme l'écrit le rapport en conclusion, "le changement climatique et la perte de biodiversité resteront des défis majeurs". 29/10/07

* Le Rapport du PNUE, texte intégral (anglais) http://www.unep.org/geo/geo4/media/index.asp
* Sommaire pour les décideurs (français) http://www.unep.org/geo/geo4/media/GEO4_SDM_French.pdf


Le Hummer

Grenelle de l’environnement, dites-vous ? Nécessité de réduire la consommation de pétrole, de supprimer les équipements inutiles, de taxer les consommations de gaspillage ? Que m’importe. Je suis le Hummer, le 4/4 monstrueux que vous aimez déjà, dont vous aller aimer de plus en plus les multiples versions. Digne descendant du Humvee militaire (High mobility multipurpose wheeled vehicle) grâce aux faiblesses duquel tant de soldats américains ont trouvé leur fin, je répands maintenant la peur et parfois la mort sur les routes, parmi les automobilistes inconscients qui prétendent continuer à rouler sur de petites voitures. Je suis un grand dévoreur d’espace urbain, un grand consommateur de gasoil mais aussi un grand flatteur d’ego. Ceux qui me possèdent se sentent, disent-ils, respectés, qu’ils écrasent les zones naturelles ou qu’ils se garent devant le Carlton. Mon heureux propriétaire montre non pas sa richesse, ce qui serait vulgaire, mais son indépendance d’esprit. Face à tous ceux qui prêchent dorénavant l’écologiquement correct, il affirme à tous qu’il se moque éperdument des conséquences de ses actes pourvu que ceux-ci soient conformes à son bon plaisir. Après lui le déluge.

Je suis le Hummer, symbole de l’Amérique qui a voulu et veut encore, malgré les échecs, imposer au monde entier ses croyances, son mode de vie, ses produits industriels, son pouvoir unilatéral. Je suis l’Amérique qui envisage de dépenser $2.400 milliards jusqu'en 2017 pour les seules guerres au Moyen-Orient (sans mentionner les pertes militaires et les victimes civiles). Je suis l’Amérique qui s’assied sur le Protocole de Kyoto et pour qui le récent rapport de l’ONU sur la survie de l’humanité 1) n’est qu’un chiffon de papier. Je suis l’Amérique qui trouve encore de par le monde d’innombrables adorateurs obnubilés pour la suivre dans ses folies. Je suis le Hummer et je trouverai des acheteurs (plus que des acheteurs, des amis) dans le monde entier et pour de longues années encore. 27/10/07


Grenelle de l’environnement : La France rattrapera sans doute son retard. L’Europe sera obligée de s’impliquer davantage.

Nicolas Sarkozy a engagé un processus vertueux que les intérêts économiques et politiques opposés aux mesures dont il a fait la liste, à la clôture des travaux du Grenelle de l’environnement, auront du mal à arrêter. La volonté de transparence affichée, la nécessité de continuer à négocier sur tous les sujets évoqués, l’attente de l’opinion publique et des médias ne permettront pas de reculer. Certes, les manœuvres dilatoires et les sabotages seront nombreux, mais le retour au statu quo parait impossible.

C’est un point très important pour la France, qui pourra ainsi rattraper le retard inadmissible pris sur ces questions par rapport à ses voisins notamment nordiques. L’Europe en bénéficiera aussi, puisque le modèle du Grenelle sera sans doute repris dans un certain nombre de pays et peut-être au niveau des institutions européennes, Commission et Parlement. L’Europe conforterait ainsi, aux yeux du reste du monde, le bon exemple qu’elle avait montré à l’ONU dans la lutte contre les gaz à effet de serre.

Nicolas Sarkozy sera-t-il dépassé par le mouvement qu’il a initialisé. Peut-être car les résistances aux changements se trouvent principalement dans les milieux économiques qui soutiennent l’UMP. Mais on peut espérer que, galvanisé par le nouveau rôle de sauveur de la planète qu’il vient d’endosser, il échappera aux difficultés qu’il s’est lui-même suscitées. Il ne pourra pas le faire en piétinant sur place, mais en avançant. Il lui faudra nécessairement s’engager davantage, tant sur le plan national qu’au niveau européen. Il y a loin en effet de ces premières mesures à une lutte vraiment efficace contre le réchauffement climatique et pour la protection des éco-systèmes terrestres 1).

Comment par exemple envisager ici d’imposer une taxe carbone efficace si on ne revoit pas tout le système français des impôts et taxes, et comment le faire si cette même révision n’est pas élargie à l’échelle de l’Union européenne toute entière. Sinon, les fraudes et détournements de trafics n’auraient qu’un effet, pénaliser l’économie nationale. Mais qui dira révision et harmonisation intra-européenne des systèmes de taxation dira aussi harmonisation des systèmes de contrôles aux frontières. On ne pourrait pas le faire avec des frontières ouvertes à tous les trafics. Autrement dit, la démarche européenne pourrait remettre en cause les a priori de la mondialisation libérale, pour le plus grand bien de tous.

On voit ainsi se confirmer ce que nous annoncions ici depuis longtemps. La lutte contre la grande crise environnementale sera, si nos hommes politiques et si les électeurs font preuve d’un minimum de responsabilité, un motif extrêmement puissant pour renforcer l’Europe sur tous les plans. Nous suivrons le chantier qui s’ouvre avec la plus grande attention. 26/10/2007

1) Aujourd’hui, et sans lien avec le Grenelle, l’ONU vient de rendre publique une étude de cinq années, réalisée par 1.400 scientifiques, avec comme thème la dégradation de l’environnement. Le rapport met en évidence la vitesse grandissant depuis 20 ans de cette dégradation. La conclusion ne nécessite aucun commentaire particulier: “La survie de l’humanité elle-même est en jeu”. Rapport GEO4 (voir ci-dessus)


Quos vult perdere, Jupiter dementat

Selon USA Today du 22 octobre, le coût de la poursuite de la guerre en Irak et en Afghanistan estimé par le Congressional Budget Office (CBO) sera de $2.400 milliards jusqu’en 2017 dont $1.900 milliards pour la guerre en Irak. L’estimation tient compte d’une prospective fondée sur les dernières déclarations présidentielles, selon laquelle 75.000 hommes resteront déployés dans les deux pays à cette date, dont 50.000 en Irak. Il reprend une précédente estimation en y ajoutant les intérêts puisqu’il s’agit d’argent qui s’inscrit dans la dette du budget fédéral.

Les ennemis de l’Amérique, à commencer par Al Qaida, doivent se réjouir. Ils sont en train de réussir ce que les Américains avaient réussi à l’encontre du communisme russe, le ruiner dans une escalade sans fin des budgets militaires. Ici, ce sera l’Amérique qui se ruinera, ainsi d’ailleurs que l’économie occidentale puisque la stabilité de celle-ci est liée au montant de la dette fédérale, laquelle est elle-même dans la main de ceux qui pour le moment encore, soutiennent le dollar sur le marché des changes, avant possiblement de le laisser tomber.

Et ceci pour quels résultats ? S’épuiser militairement et économiquement, multiplier les combattants islamiques, s’éloigner de plus en plus de ses alliés traditionnels au Moyen orient et en Asie, réjouir les Russes et inquiéter de plus en plus les Européens. Quel est le Jupiter caché qui rend ainsi fous les Américains ? 25/10/2007

http://news.aol.com/story/_a/iraqi-afghan-wars-may-cost-24-trillion/20071024093009990001


La Pologne se rapproche du cœur de l’Union européenne, la Suisse s’en éloigne

Les libéraux polonais s'apprêtent à reprendre le pouvoir aux frères jumeaux conservateurs Kaczynski, après leur avoir infligé une lourde défaite aux législatives de dimanche, avec une avance de près de 13 points. Le parti libéral Plateforme civique (PO) dirigé par Donald Tusk obtiendrait 205 sièges (chiffre provisoire) à la Diète (chambre basse) qui compte 460 au total. Le parti conservateur sortant Droit et Justice (Pis) de Jaroslaw Kaczynski arrive en deuxième position avec 166 sièges. Seuls deux autres partis, l'alliance de centre-gauche LiD et le parti paysan PSL, dépassent le seuil de 5% des voix requis pour être représenté à la Diète en obtenant respectivement 52 et 36 sièges. Les anciens alliés du PiS au pouvoir, le parti populiste Autodéfense (Samoobrona) et l'extrême droite ultracatholique de la Ligue des familles polonaise (LPR), n’ont pas assez de voix pour figurer au Parlement.

Donald Tusk a appelé les Polonais à la réconciliation après les divisions qu'a connues le pays depuis l'arrivée au pouvoir des frères Kaczynski il y a deux ans. Le prochain gouvernement libéral adoptera la Charte des droits fondamentaux, incluse implicitement dans le nouveau traité européen et refusée par les Kaczynski.

C’est une bonne nouvelle pour l’Europe. Cette grande nation qu’est la Pologne s’était marginalisée par les prises de positions nationalistes et traditionalistes du précédent gouvernement. Cependant les partisans de l’Europe-puissance ne se feront pas d’illusions prématurées. Le Parti Libéral va se montrer, comme son nom et son programme l’indiquent, un chaud partisan de l’ouverture à l’extérieur et du recul de la régulation publique. Son modèle serait l’Irlande, qui s’est enrichie en accueillant tous les investissements étrangers désirant échapper aux taxes, aux obligations sociales et aux contrôles administratifs. Vis-à-vis des Etats-Unis cependant, le Parti libéral semble devoir prendre du recul et répudier l’allégeance précédente. Le désengagement militaire en Irak est déjà annoncé. Il semblerait également qu’une renégociation de la part polonaise dans le système AMD soit envisagée.

L’évolution de la Pologne montre bien le fonctionnement du principe de l’auto-association stabilisatrice en œuvre dans les systèmes symbiotiques biologiques, que nous avions déjà signalé à propos des déviances populistes de l’Autriche. Le poids des associés et de la ligne commune qu’ils expriment fini par s’imposer, pour le plus grand bien de l’ensemble comme de celui des nouveaux membres. Ceux-ci cependant, entrés dans le système commun, conservent certaines de leur spécificité dont l’ensemble peut s’enrichir. C’est pourquoi nous pensons qu’après quelques mois pendant lesquels les Polonais s’enchanteront d’être redevenus de « vrais libéraux », ils comprendront face aux crises qui attendent l’Europe la nécessité d’un retour à un interventionnisme de puissance – très différent d’ailleurs du contre-modèle de type communiste dont les Polonais, à juste titre, ne veulent plus. La Pologne est plus grande et en plus mauvais état que l’Irlande. Les solutions ayant réussi – provisoirement – à cette dernière, ne pourront pas être reprises directement par Varsovie.

La Suisse, en cette fin d’octobre, a montré au contraire que les vertus de l’auto-association stabilisatrice ne jouent pas en sa faveur, simplement du fait qu’elle n’est pas membre de l’association, c’est-à-dire de l’UE. L'Union Démocratique du Centre est le grand vainqueur des élections législatives. Le parti de Christophe Blocher a renforcé son statut de première formation politique du pays acquis il y a quatre ans. L'UDC a gagné 7 sièges supplémentaires au Conseil national, la chambre basse. L’UDC enregistre cette progression après une campagne axée sur l'immigration et l'insécurité, symbolisée par son affiche montrant 3 moutons blancs expulsant un mouton noir. Ueli Maurer, le président du SVP, le pendant de l'UDC en Suisse alémanique, s'est félicité de cette victoire, qui selon lui sonne le glas des velléités d'adhésion de la Suisse à l'UE. Qu’ajouter de plus pour ce qui nous concerne : tant pis pour l’Europe, tant pis pour la Suisse et tant mieux pour les fraudeurs de toutes natures qui font la fortune de l’Union des Banques Suisses.

Nous aurions aimé cependant voir la Suisse, au cœur de l’Europe, la rejoindre en lui apportant ses points forts, plutôt qu’offrir ainsi des modèles au populisme et à l’isolationnisme toujours prêts à s’exprimer dans les pays européens. Notamment en Hollande, pour ne pas la citer. 22/10/07


Le dernier G7-Finances ou la discrète déroute de l'Europe

Le G7, où (Canada mis à part) les pays européens sont seuls en face des Etats-Unis et dépourvus de toute politique commune, ressemble beaucoup à l'Otan. Comme au sein de l'alliance atlantique, les pays européens sont obligés d'en passer par les stratégies - de plus en plus irresponsables malheureusement - du « grand allié ».

Les ministres des finances du G7 – les sept pays les plus industrialisés (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni) –, réunis à Washington le 19 octobre 2007 ont tenté de faire passer trois messages différents. Mais chacun de ces messages, selon nous, souligne leur impuissance grandissante face aux pays émergents et à la Russie, dont aucun n'est membre du G7, lequel est réservé aux « Occidentaux » et dominé de fait par les Etats-Unis. Ils soulignent aussi leur dépendance politique toujours aussi grande à l'égard de ces derniers.

Le premier message se voulait rassurant. Il concernait la croissance, dont ils ont estimé qu'elle restait forte malgré les turbulences des marchés financiers, les prix élevés du pétrole et la faiblesse du marché immobilier américain. Mais si cette croissance reste forte, elle est due principalement à l'activité des pays émergents et des pays en développement. Ceux-ci regroupés au sein du G24 ont fait la leçon au G7. Il y a quelques années, ils étaient mal en point. Aujourd'hui, c'est leur bonne santé qui permet au monde de conserver une croissance de 5 % l'an. Au nom du G24, Oscar Tangelson, vice-ministre de l'économie argentin, a demandé, non sans ironie, au FMI d'améliorer la surveillance qu'il exerce sur les économies occidentales, en accordant autant d'attention à l'évaluation des faiblesses de ces dernières qu'à celles des économies émergentes. Nous attendons d'ailleurs sur ce point ce que le « new-FMI » présidé par Dominique Strauss-Kahn, pourra bien dire.

Le second message consistait à hausser le ton face à la Chine et sa politique de monnaie faible. Il est certain que ce taux favorise anormalement les exportations chinoises sur les marchés occidentaux, ce qui permet en retour au Trésor chinois d'accumuler des bénéfices. Ceux-ci lui servent à financer les fonds souverains qui commencent à faire peur au G7 (voir ci-dessous). Ce sont surtout les Etats-Unis qui se plaignent de ce mécanisme. Mais ils en sont les premiers responsables. Afin de ne pas réduire le chiffre d'affaire de leurs importateurs et de leurs industriels délocalisés en Chine (et pour faire plaisir aux électeurs), les pouvoirs publics américains encouragent des prêts à la consommation au profit de gens déjà à la limite de leurs possibilités de remboursement, comme le montre par ailleurs la crise des crédits immobiliers. C'est toute la conception de la croissance ayant cours, sous la pression de l'idéologie libérale, d'abord aux Etats-Unis mais aussi de plus en plus en Europe (hélas aussi en France), qu'il faudrait revoir. La croissance ne consiste pas à développer la consommation des particuliers, quand dans le même temps l'on renonce à produire soi-même les biens consommés. Nous reviendrons sur cette conception particulièrement perverse de la croissance telle que conçue par les pays occidentaux dans un autre article.

La Chine a montré le cas qu'elle faisait de l'admonestation du G7. Wu Xiaoling, la numéro deux de la banque centrale chinoise, avait certifié, ce même 19 octobre, que son pays faisait de son mieux, mais qu'il ne modifierait son taux de change que "de manière contrôlée, de sa propre initiative et de façon graduelle".

Le G7 est d'autant plus malvenu de s'en prendre à la monnaie chinoise qu'il n'a pratiquement pas tenu compte des inquiétudes de ses membres européens face au taux de change du dollar (et accessoirement du yen) face à l'euro. Henry Paulson, le secrétaire américain au Trésor, et Ben Bernanke, le patron de la Réserve fédérale, se sont clairement moqués de leurs interlocuteurs en déclarant "qu'un dollar fort est bon pour l'économie américaine" alors que ce dernier se dévalue chaque jour davantage. On ne peut pas dire plus ouvertement aux Européens, notamment à la France, mais aussi au président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker et au président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, que ce sont les Etats-Unis qui fixent les règles de l'économie mondiale, et plus particulièrement celles des rapports économiques entre la zone dollar et la zone euro. On ne voit pas que les dégagements verbaux du président Sarkozy puissent changer grand-chose à ce rapport de force. Mais là encore, les Européens n'ont qu'à s'en prendre à eux-mêmes. Refusant de s'unir et d'adopter, non seulement une politique monétaire cohérente, mais des politiques économiques et industrielles communes, au moins au sein de la zone euro, ils ne pèsent pas en proportion de leur force économique théorique.

Le troisième message du G7 s'est voulu rassurant face aux dysfonctionnements de la mondialisation constatés ces derniers mois. Il a examiné les nouveaux produits – pas toujours maîtrisés – de la finance, tels la "titrisation" des prêts hypothécaires, les fonds spéculatifs (hedge funds), les fonds vautours et les fonds souverains. Il a déclaré vouloir faire pression sur les différents acteurs pour obtenir une transparence accrue et des codes de bonne conduite. Mais la véritable et nouvelle inquiétude des pays occidentaux concerne les fonds souverains, tout au moins ceux qui détiennent les bénéfices commerciaux de la Chine et de la Russie. Ce " tout au moins " s'impose car les fonds souverains américains (aux mains directement ou indirectement de la CIA) comme ceux du Qatar et de Dubaï, grands amis proclamés de l'Amérique, semblent beaucoup moins inquiéter les Etats-Unis et les pays occidentaux les plus liés à l'économie de ces derniers.

On sait que la préoccupation des membres du G7 est liée à la multiplication de prises de participation récentes de ces fonds. En quelques mois ils se sont attaqués aux Bourses (le London Stock Exchange, le Nasdaq aux Etats-Unis...), aux banques (la britannique Barclays, l'américaine Bear Stearns) ou aux chaînes de grands magasins (Sainsbury's...). Fin septembre la Chine a lancé officiellement son fonds d'investissement, China Investment Corp., doté de 200 milliards de dollars (140 milliards d'euros). En Russie, un "fonds des générations futures" verra le jour le 1er février 2008. Nous avons dans un article précédent rappelé que les fonds souverains gèrent déjà plus de 3 000 milliards de dollars, assez pour racheter la totalité des entreprises du CAC 40. Ils pourraient capitaliser 10 000 milliards de dollars d'ici à 2016, sans compter les capitaux publics investis dans des entreprises d'Etat, comme en Russie. Selon certains experts, dans les prochaines années, les flux de l'épargne mondiale vont s'inverser. Les fonds de pension anglo-saxons devront vendre des actifs pour honorer les retraites de leurs client puis risquent de tomber aux mains de fonds souverains d'Asie et du Moyen-Orient.

Mais là encore, nous devons constater le refus du G7 de s'en prendre aux racines du mal. C'est que les Etats-Unis ne veulent pas réduire leur dépendance au pétrole (fonds souverains du Moyen-orient) et à la consommation de biens manufacturés asiatiques (fonds souverains chinois). Ils ne veulent pas non plus que les Européens contrôlent mieux les manœuvres des fonds américains, encore très offensifs pour le moment, au sein des économies européennes, notamment dans les secteurs stratégiques qu'ils accaparent progressivement.

Certes les nouveaux acteurs que sont les fonds souverains non occidentaux ne manifestent aujourd'hui que des ambitions limitées. La plupart ont des stratégies purement financières. Le fonds pétrolier norvégien, quant à lui, ne cherche ni à prendre le contrôle de sociétés ni à se mêler de gouvernance. Pour le moment, les fonds du Golfe suivent la même voie, tout au moins ouvertement car certains experts les soupçonnent de financer en sous-mains les mouvements islamistes fondamentalistes. Ils se contentent de participations minoritaires et se présentent en investisseurs de long terme. Mais la flambée des prix des matières premières, notamment du pétrole, et les excédents commerciaux des pays en forte croissance ont fait exploser leurs réserves et modifié leurs stratégies d'investissement. Le G7 s'est en conséquence sérieusement interrogé sur les ambitions futures de la Russie ou de la Chine.

Pour l'heure cependant, les membres européens du G7, pour ne pas fâcher les Etats-Unis, devront se contenter d'observer sans intervenir de ce qui se passe chez eux. L'Allemagne a certes déjà conduit une réflexion assez avancée. Peut-être annoncera-t-elle prochainement la mise en place d'un dispositif visant à protéger les entreprises allemandes de l'entrisme des fonds d'Etat. Ce dispositif s'appuiera sur une évaluation des risques qui pèsent sur la sécurité nationale et les infrastructures stratégiques. La France, pour sa part, qui a déjà décidé de protéger certains secteurs stratégiques, fait l'objet de nombreuses moqueries, s'en prenant à sa conception dite dépassée du patriotisme économique. Un expert américain a eu le bon goût de la railler "La France s'est émue, il y a deux ans, des rumeurs de rachat de Danone et de ses yaourts. Jusqu'en 1994, le Danemark interdisait aux Allemands d'acheter le moindre bout de terre. A chaque histoire et à chaque culture sa définition", a-t-il fait remarquer, reléguant clairement la France au Moyen-Age.

Il est vrai que les pays européens rencontrent vite leurs limites, du fait qu'ils ne remettent pas en cause le leadership américain et que par conséquent ils ne répudient pas beaucoup plus systématiquement les règles d'un capitalisme financier dit sans frontières, lequel cache en fait des stratégies de puissance bien réelles. Pour le moment, ils n'ont ni l'autorité morale ni les moyens pratiques permettant d'imposer des limites. De plus, ils sont paralysés par la peur de se voir couper l'accès aux marchés émergents, par forme de rétorsion. Là aussi, négociant un par un avec la Chine, l'Inde, Singapour et les autres, ils n'ont toujours pas le poids leur permettant de se comporter en puissance globale afin d'exiger une vraie réciprocité. 21/10/07


L'OPA du président Sarkozy sur l'équipe de France de rugby n'a porté chance ni à l'un ni à l'autre

La façon exaspérante dont Nicolas Sarkozy s'était affiché avec l'équipe de France de rugby avant la compétition et jusqu'au 3e match (NB: contre l'Argentine, on ne l'a pas vu. Il est vrai qu'il était occupé ailleurs) en avait indignés plus d'un. Les mêmes plus d'un n'ont pas pu s'empêcher de se réjouir des maladresses répétées de la dite équipe et de son waterloo final. Ils ajoutent la défaite sportive à la liste des difficultés et échecs que rencontre le président en ce moment. Ses adversaires s'en réjouissent et ses amis politiques sont embarrassés. A trop vouloir instrumentaliser, sans aucune prudence ni discernement, on tombe sur des becs.

Quant à l'emblématique Bernard Laporte, il semble bien dangereux lui-aussi à fréquenter. Quels échanges pourra-t-il avoir en conseil des ministres avec la Garde des Sceaux, par exemple? Je lis dans la presse de ce samedi: "Selon les révélations de l'Equipe Magazine à paraître samedi, le sélectionneur de l'équipe de France de rugby et futur secrétaire d'Etat à la Jeunesse et aux sports serait visé, via ses différentes sociétés, par une enquête fiscale qui aurait relevé de nombreuses irrégularités. Selon Bernard Laporte, toute cette affaire "ne débouchera sur rien à l'arrivée". Nicolas Sarkozy a lui laissé entendre qu'il ne reviendrait pas sur la nomination au gouvernement de Bernard Laporte, invoquant "la présomption d'innocence".


L'alliance stratégique Etats-Unis/Inde négocié en 2005 est aux soins intensifs

L'alliance stratégique négociée en 2005 entre G.W. Bush et le premier ministre indien Manmohan Singh va-t-il mourir avant même d'être entrée en application? Le brillant succès de la diplomatie américaine se transformerait-il en brillant échec?

En avril 2005, les Etats-Unis décidaient de faire de l'Inde une puissance mondiale majeur (" US unveils plans to make India “major world power” selon la presse américaine de l'époque). L'Inde semblait décidée, contre certains facilités dans le domaine nucléaire civil, à accepter ce statut. Elle s'était quasiment engagée, en retour d'une telle bienveillance, à moderniser ses armées, notamment son aviation, grâce à de très importantes commandes à l'industrie US. Nous avions nous-mêmes noté que le Département d'Etat réussissait là un « coup » diplomatique et commercial de première grandeur. Au plan des équilibres dans la région, Washington, face à la Chine (et secondairement à l'Europe), mettait si l'on peut dire l'Inde dans sa poche.

Aujourd'hui, cette belle opération (qui notons-le n'a toujours pas été approuvée par le Congrès) semble au point mort. Si elle ne l'est pas, elle est au moins aux soins intensifs. Selon Daryl Kimball, executive director de l'Arms Control Association de Washington: «“I would not say the deal is dead. It's in the hospital in intensive care”. Plusieurs raisons expliquent cela. Il y a d'abord la perte de prestige dans tous les domaines de l'Amérique, suite à ses désastreuses opérations au Moyen-Orient. L'alliance avec un tel Etat fait désormais peur. Les Indiens se plaignent aussi que l'administration américaine ait voulu exploiter la supposée docilité de son allié indien en lui imposant ses points de vue sans aucun souci de la négociation. Enfin, au plan interne, le premier ministre et sa majorité sont confrontés à une vive opposition de l'extrême-gauche et des nationalistes, qui critiquent notamment la coopération nucléaire avec les Etats-Unis.

Les cartes vont-elles être rebattue et au profit de qui ? La Russie est évidemment prête à tous les bons offices. L'Europe est sans doute trop atone pour faire valoir les avantages d'une coopération avec elle, qui pourtant serait plus désintéressée. Quant à la Chine et au Japon, ils suivent les évènements avec intérêt. Ne parlons pas du Pakistan, pourtant aux premières loges, mais qui semble pour le moment avoir d'autres soucis. Affaire à suivre donc.

*Article du WP. http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2007/10/15/AR2007101501856_pf.html


L'Europe de demain

Ayant approuvé l’ancien projet de traité constitutionnel, rejeté par référendum en France et en Hollande, nous ne pouvons que nous féliciter de voir reprises les plus importantes des dispositions de celui-ci par le nouveau texte. Nous continuons à penser que malgré les insuffisances de l’un et de l’autre, rester sous l’emprise des anciens traités aurait signé la mort définitive de l’Europe. Ceci dit, ce nouveau traité ne nous parait devoir être accepté que par réalisme, à défaut de pouvoir espérer dans l’immédiat des clauses susceptibles de fonder l’Europe puissance que nous souhaitons.

Heureusement, les textes juridiques ne sont jamais définitifs, quoiqu’en pensent les non-juristes. S’ils se trouvaient des gouvernements décidés à renforcer vraiment l’Europe, ils pourraient toujours le faire, par accord mutuel. Bien plus, si un pays refusait vraiment une orientation de l’Union qu’il jugerait mortifère, il pourrait aussi toujours le faire, quitte à se mettre en rupture – momentanée- avec les textes européens.

Aussi bien, ce que nous attendons maintenant des gouvernements européens, et en premier lieu du nôtre, sera précisément de proposer des orientations fortes dans les domaines qui nous paraissent stratégiques. La même demande s’adresse évidemment aux oppositions de gouvernement, celles qui aspirent à prendre la suite des majorités au pouvoir et qui comptent, en attendant, contribuer, même minoritaires, à la marche en avant de l’Europe.

Autrement dit, il est plus que temps, pour faire taire les eurosceptiques, de proposer ce que nous pourrions appeler « l’Europe de demain en six tableaux »

* L’Europe des sciences et des technologies
* L’Europe des politiques économiques et industrielles
* L’Europe de la création intellectuelle et artistique
* L’Europe des services publics et de la défense
* L’Europe de l’environnement
* L’Europe légale et réglementaire

Que mettre sous ces rubriques ? Faut-il en ajouter d’autres? Nous nous proposons dans les prochaines semaines de faire quelques suggestions sur ces divers points.


Commentaires concernant le projet de Traité réformateur européen

Le texte proposé au sommet de Lisbonne des 18 et 19 octobre 2007 respecte le mandat précis confié à la CIG en juin 2007 par le Conseil européen de Bruxelles. Nous l'aurions évidemment souhaité plus ambitieux. Il faudra que les Etats n'attendent pas la date lointaine de sa ratification (2009) pour prendre des initiatives fortes dans les nouveaux domaines.

Nos commentaires. Nous nous appuyons pour les formuler (en italique) sur un document publié par Toute l'Europe, que nous remercions.

Préalables

Publié dans gazetadmiroutes

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