Gazette d'Admiroutes N° 152 en date du 15/12/2006

Publié le par Jean-Paul Baquiast

Lire aussi sur Admiroutes - Automates Intelligents:
* Apologie de la décroissance http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2006/77/decroissance.htm
* Les nouveaux projets lunaires de la Nasa http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2006/77/nasa.htm
* Publiscopie. La faute de M. Monnet, par Jean-Pierre Chevènement http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2006/77/chevenement.htm
* Publiscopie. Annihilation from within de Fred Charles Iklé http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2006/77/ikle.htm

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Pascal Sevran

Pascal Sevran n'a fait que rappeler une évidence: les familles de 10 enfants et plus sont une malédiction dans le tiers-monde, comme d'ailleurs dans le reste du monde. Les religions et les phallocraties qui imposent cela aux femmes mettent en péril l'avenir de l'humanité. Mais comme Sevran n'est pas très malin ou tellement imbu de lui qu'il ne contrôle pas son expression, tout le monde lui est tombé sur le dos. Un peu facilement. Du coup, il a battu piteusement en retraite, pour ne pas perdre son job. Il aurait pu argumenter posément, en laissant de côté les allusions aux organes sexuels. 15/12/06


Le micro-crédit

Certains s'interrogent sur la source à laquelle puise le micro-crédit pour, parait-il, "enrichir" (mot un peu vite dit) des millions de femmes dans le monde. Simplement dans le fait que cette technique permet de reprendre un peu de la valeur que prélèvent les usuriers, omni-présents dans les pays pauvres. Mais le micro-crédit ne pourrait seul changer la donne économique. Il ne suffit pas d'encourager la fabrication de sacs de jute ou de balais de paille pour sortir du sous-développement. Il faut que des incitations publiques ou associatives encouragent des technologies vraiment innovantes et coûtant peu. Il parait que Danone le ferait dans le laitage. Pourquoi pas? Mais ce sera aussi dans les énergies de substitution que beaucoup de travail utile pourra être fait, avec la formation à la clef. 15/12/06


Protectionnisme européen

On peut constater que la question du protectionnisme européen redevient d’actualité à droite, comme le montrent l’article de Hakim El Karaoui dans le Monde du 13.12 et l’intervention d’Emmanuel Todd (sûrement pas fortuite ) devant Dominique de Villepin lors de la conférence consacrée à l'emploi et aux revenus le jeudi 14 décembre. Ceci est encourageant pour ceux qui présentent la mise en place d’un protectionnisme européen, au moins dans le domaine des recherches, investissements et applications industrielles stratégiques (dites aussi de souveraineté) comme une condition indispensable à la construction d’une nouvelle Europe puissance *.

La gauche aurait tort de reprendre sans y rien changer le discours libéral selon lequel la concurrence absolue est la seule condition du développement, alors que l’Europe est de plus en plus entourée de puissances ouvertement ou discrètement protectionnistes. Il serait très facile, au moins dans le cadre de la zone euro, sans même dans un premier temps s’obliger à changer ouvertement les textes, de commencer à définir et expérimenter un tel protectionnisme. Les opinions publiques y seraient certainement favorables. Bien sûr, il faudrait que nous disposions en France d’un pouvoir suffisamment sûr de lui pour prendre l’initiative d’un tel changement de politique . Ce n’est pas le cas en ce moment mais cela pourrait le devenir après les élections; 14/12/06

* C'est, je le rappelle, le discours de Paneurope-France et Automates Intelligents tenu lors de divers colloques.


Johnny Halliday déserteur de l'impôt

Espérons que Nicolas Sarkozy va rompre avec éclat toute relation avec son principal argument électoral dans le dialogue avec les jeunes qu'est Johnny Halliday. Celui-ci vient en effet de s'offrir une résidence en Suisse pour échapper à l'impôt. Selon Afflelou, qui avait un moment fait de même, l'heureux déserteur peut voir ses taxes diminuer en ce cas d'un facteur de 1 à 300. Il parait que la France aurait la spécialité de telles désertions, dont les manques à recouvrer pour le trésor public s'élèveraient à au moins 20 milliards d'euros. Ce sont évidemment les contribuables honnêtes qui font les frais d'un tel incivisme.

Sale pays que la France. Le journaliste qui interrogeait des gens dans une file d'attente ont tous dit qu'ils comprenaient Johnny Halliday et qu'ils feraient de même s'ils le pouvaient. Est-ce de ce type de citoyen que Sarkozy recherche le soutien? 13/12/06


Négationnistes iraniens et créationnistes, même combat

Pour reprendre le titre de l'exposition du Louvre en 2001, on pourrait plus que jamais parler d'un Crépuscule de la Raison. D'un côté nous voyons l'Iran organiser, avec la participation complice d'un certain nombre d'"intellectuels", un colloque destiné à nier l'existence de la Shoah. D'un autre, les créationnistes américains multiplient dorénavant les colloques et démonstrations destinées notamment aux enfants et "démontrant" que le monde a été effectivment créé en 6 jours, comme l'enseigne la Genèse (voir à ce sujet le terrifiant Answers in Genesis http://www.answersingenesis.org/). On dira que les deux évènements ont des portées différentes. L'offensive de Amadinedjab vise à faire le l'Iran chiite la première puissance régionale, capable le cas échéant de détruire effectivement Israël. L'offensive des créationnistes américains vise seulement à conquérir l'esprit de dizaines de millions d'enfants. La seconde parait donc moins grave que la première. mais les deux utilisent la même apologétique: vous ne pouvez pas dire que ceci a eu lieu car vous n'y étiez pas. Il s'agit d'un négationnisme primaire qui ruine toute approche scientifique de l'histoire du monde. Les Iraniens déformés par la propagande de leur président pourront passer à l'acte, c'est-à-dire entreprendre de détruire Israël, quand ils auront la bombe atomique, voire avant. Mais les enfants américains sont ceux qui dans quelques années, seront aux commandes du plus puissant empire militaire du monde. Ils pourront faire autant de dégâts que les fanatiques musulmans, sinon plus. (voir http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2006/77/edito.htm ).13/12/06


La Commission viend d'adopter un Livre Vert sur Galiléo

Source Toutel'europe.fr http://www.touteleurope.fr Le 8 décembre 2006, la Commission européenne a adopté un livre vert sur Galiléo et les applications de la navigation par satellites. Le programme européen de radionavigation est également à l'ordre du jour du Conseil Transports, télécommunications et énergie des 11 et 12 décembre 2006.
Il n'était que temps pour la Commission de rappeler l'intérêt de ce projet stratégique européen, devant les réticences de certains Etats qui, semblent-ils, ne veulent pas faire de peine aux Etats-Unis et à leur GPS. 11/12/06
Le livre vert:
http://ec.europa.eu/dgs/energy_transport/galileo/green-paper/doc/com_2006_gp_galileo_fr.pdf


Le visible et l'invisible

Puisque Nicolas Sarkozy semble vouloir axer la campagne sur la sécurité et l'immigration en mettant en avant son bilan, il faut peut-être redresser certaines affirmations. Dans son show télévisuel, le ministre avait indiqué: "j'ai réglé le problème de Sangate en fermant le Centre d'accueil". Or il suffit de se promener dans les rues de Calais pour constater qu'il s'y trouve sans doute autant de candidats à l'embarquement qu'avant, mais dispersés dans les rues et malades. (NB Depuis d'ailleurs les médias en ont abondamment parlé).

Sarkozy insiste sur le visible mais oublie l'invisible. Autre exemple, le nombre des immigrations répertoriées serait en très légère baisse, alors que l'invisible, le nombre des entrées clandestines, demeure inconnu mais, selon les associations, continuerait à augmenter. 11/12/06


France24

Certains ont fait la fine bouche devant France24, la nouvelle chaîne française de télévision en continu. Je trouve pour ma part que cette réalisation est remarquable. Elle présente à mes yeux plusieurs avantages. Le premier est d'être intégralement compatible avec Internet. D'un simple clic, on peut obtenir le bulletin et la plupart des reportages en images. Les articles eux-mêmes sont disponibles en texte, avec possibilité de réagir. Le deuxième avantage, qui lui a été reproché (c'est un comble) est de comporter une version intégrale en anglais - un excellent anglais d'ailleurs. Si un jour le multinlinguisme peut être étendu à l'allemand et à l'espagnol, cela sera encore mieux.

Reste à savoir si les rédacteurs feront preuve d'originalité ou se borneront à commenter et illustrer des dépèches AFP. Il s'agit d'une autre affaire, qui est politique. Tout dépendra de la liberté laissée à la rédaction, ou au contraire des pressions qu'elle subira. Tout dépendra aussi des ressources dont elle disposera. Faire reposer le budget sur la publicité serait catastrophique, car nécessairement la liberté des journalistes s'en ressentirait. L'avenir dira ce qu'il en est. Ce sera à nous de réagir en cas de dérives politiciennes ou commerciales. Mais dans un premier temps trouver sur son ordinateur à tout moment (même au bureau!!!) l'essentiel des informations de l'actualité, pouvoir les balayer rapidement au lieu d'être obligé d'endurer, rivé à son récepteur de télévision, des bulletins dont la plupart des matières n'intéresse pas, constitue un avantage considérable pour le citoyen de base que je suis. Il ne faudra pas dire qu'il s'agit là d'un luxe accessible aux seuls fortunés du loisir et de la culture. En Europe, la plupart des gens ont un ordinateur et la télévision, ils passent aussi beaucoup de temps au téléphone portable (qui soit dit en passant sera bien adapaté dans ses futures versions haut débit à une chaîne telle que France24). Ceux qui le voudront pourront ainsi trouver le temps de mieux s'informer, même si la monotonie du travail et la contrainte des transports ne les y encouragent pas.

Les grincheux trouveront il est vrai d'autres raisons de se plaindre: comment faire son choix, si de telles initiatives se multiplient. Entre les chaines sur Internet, les journaux en ligne, les blogs et journaux de type blog tels AgoraVox, on ne saura plus où donner de la tête. Peut-être, mais cela montre bien la nouvelle dimension de la société de l'information qui se met en place, loin encore d'être analysée et interprêtée. Elle est en tous cas bien supérieure à la pauvreté informationnelle qui caractérisait encore les années 80 - et qui caractérise toujours les dictatures diverses. 11/12/06

* http://www.france24.com/france24Public/fr/nouvelles/monde.html


La Caisse des Dépôts et Consignations acquiert le quart du capital d'Eutelsat

Nous avions précédemment signalé les inquiétudes de la communauté spatiale européenne devant les menaces de prise de contrôle de l’opérateur de satellites Eutelsat Communications par les fonds d’investissement américains, Texas Pacific Group (TPG) et Spectrum Equity Investors, réputés proches de la CIA.

Eutelsat avait été, dans la suite de la politique bien imprudente d’ouverture du capital des entreprises stratégiques, soumis après son entrée en bourse à plusieurs réorganisations de son actionnariat. Constitué en 1977, en tant qu'organisation intergouvernementale (OIG), afin de doter l'Europe d'un réseau de télécommunications par satellites, Eutelsat s'est transformé en société anonyme en 2001. Le prétexte en était la libéralisation du marché des télécommunications. Cette modification avait entraîné le départ des opérateurs historiques comme France Télécom, au profit de fonds d'investissement privés (américains). Deux ans plus tard, ces derniers ont commencé à se retirer à l'occasion de l'entrée en Bourse d'Eutelsat en décembre 2005. Le prétexte en était que l’entreprise n’était pas assez rentable.

Mais la menace demeurait, du fait que ces premiers fonds américains ou d’autres pouvaient retrouver de l’intérêt, au plan stratégique, au contrôle de l’opérateur européen. Les ministères de la défense redoutaient que ces fonds puissent remettre en cause la continuité et la sécurité de diffusion de chaînes européennes et réduire le choix du lanceur Ariane pour les satellites au profit de lanceurs américains. Aujourd'hui, Eutelsat exploite 23 satellites couvrant l'Europe, le Moyen-Orient, l'Afrique et l'Inde, et de larges zones de l'Asie et du continent américain. Il diffuse 1 000 stations de radio et plus de 2 100 chaînes de télévision dont France 24 depuis le 7 décembre.

La menace semble désormais écartée du fait que le 7 décembre, la Caisse des dépôts et consignations a annoncé le rachat de 25,5 % du capital à Eurazeo pour 862,7 millions d'euros. Elle devient le deuxième actionnaire derrière Abertis. Abertis, société autoroutière espagnole avait annoncé, deux jours auparavant, le rachat de 32 % des titres pour 1,07 milliard d'euros, aux fonds Nebozzo (regroupant les américains Texas Pacific Group et Spectrum Equity Investors), Cinven et la banque Goldman Sachs.

Tout ceci n’est pas présenté comme relevant d’un quelconque patriotisme européen, mais de la seule logique capitalistique. Abertis présente son arrivée comme une prolongation de ses investissements en France où il détient 57,6 % de la Société des autoroutes du Nord de la France (Sanef) Il affiche son intention de développer son activité de télécommunications. Quant à la CDC, elle veut renforcer ses investissements dans les infrastructures (transport, environnement, énergie et télécommunications). A ce titre, elle va regrouper dans une filiale dédiée l'ensemble de ces participations dont le total représente 1 milliard d'euros. On sait que la CDC avait été considérée, lorsque les socialistes exerçaient le pouvoir, comme pouvant prendre des participations de sauvegarde dans des entreprises stratégiques rendues « opéables » par une volonté de libéralisation bien suspecte.

Le PDG d’Eutelsat, Giuliano Berretta, n’entre pas, ouvertement, dans ces considérations. Il se félicite de « son adossement à deux groupes européens majeurs, spécialistes des infrastructures, qui vont lui permettre de poursuivre et accélérer son développement».

Nous voyons là pour notre part, même si nul n’ose l’avouer, pour ne pas « effrayer les actionnaires », un début de bon sens, s’inspirant de préoccupations d’intelligence économique, dans un domaine stratégique indispensable à la souveraineté européenne. Pourvu que ces bonnes intentions se poursuivent et que nous n’apprenions pas, un prochain jour, qu’Eutelsat est finalement tombé dans des griffes américaines …ou chinoises…comme ce fut le cas de Gemplus, leader de la carte à puce, sous les coups de TPG, précisément. 09/12/06

* Eutelsat http://www.eutelsat.com/home/index.html
* Abertis http://www.abertis.com/en/


La Commission européenne veut "assouplir" les mesures anti-dumping

Décidément, la Commission semble acharnée à vouloir rendre l'Europe de moins en moins populaire auprès des Européens. AIors que tout le monde, à juste titre, se demande s'il ne serait pas utile de mieux protéger l'industrie et les services européens de la concurrence massive venant de pays n'appliquant pas nos normes sociales et fiscales, la Commission annonce un Livre Vert destiné à "assouplir les mesures anti-dumping et clauses de sauvegarde" qui subsistent encore. Le commissaire au Commerce Peter Mandelson, connu pour son libéralisme forcené, va proposer "une meilleure façon d'utiliser ces protections". Que certaines mesures soient inutilement ou injustement protectionnistes, soit. On peut s'interroger sur leur opportunité. Mais la démarche parait beaucoup plus générale. France, Italie, Espagne et Allemagne, les pays européens quji se préoccuppent encore de leur industrie, ont fait connaïtre leur inquiétude. Ceci dit, des approches partielles, sous l'influence de lobbies divers aux intérêts contradictoires, ne remplaceront jamais ce que devrait être une politique commerciale européenne commune (elle-même harmonisée, comme aux Etats-Unis, avec une politique monétaire commune). Plus que jamais, l'Europe est en ce domaine la maison des courants d'air. 08/12/06


La fin du pétrole n'est pas pour demain, selon un rapport du CERA

Selon un rapport du CERA, Cambridge Energy Research Associates, publié en novembre, la fin du pétrole n'est pas pour demain, contrairement aux campagnes d'opinion annonçant le contraire. Le CERA est un Think tank basé à Cambridge, Mass. , qui se spécialise dans les études sur l'énergie. Pour le CERA, les réserves traditionnelles sont plus importantes que prévues. Mais surtout, les ressources non conventionnelles deviendront économiquement exploitables prochainement et pourront produire du pétrole pendant encore des décennies. Sur la durée du siècle, la courbe des réserves présentera un plateau ondulant, supérieur de toutes façons aux consommations prévues. Les réserves, toutes origines comprises, seraient de 3.74 trillion de barils au lieu du 1.2 trillion de barils estimé à ce jour. L'importance de ces réserves, si elle n'était pas prise en compte dans les plans d'investissements en faveur des énergies de remplacement, mettrait ceux-ci et les Etats qui les auront décidés dans de graves difficultés.

Nous répondrons à cela deux choses:

1. Ce n'est pas la première fois que les experts pétroliers annoncent que les réserves d'huile sous toutes leurs formes sont plus importantes que prévues. Le premier résultat de telles annonces est de décourager, effectivement, la recherche d'énergies de remplacement et d'encourager au contraire les industries du pétrole à ne rien changer dans leurs pratiques. Mais ces estimations sont pratiquement invérifiables. On peut donc penser qu'il s'agit en grande partie d'intox.

2. Le risque qui menace l'humanité n'est pas le manque de pétrole, mais le trop plein de GES produits par la combustion des énergies fossiles, pétrole, gaz et charbon. Ces énergies seraient-elles dix fois plus importantes et dix fois moins cher, il faudrait cependant cesser d'y faire appel, pour les rempalcer par des sources moins polluantes. Mais ceci, le CERA n'en dit mot. On comprend bien pourquoi. 09/12/06

* Lire le rapport
http://www.cera.com/aspx/cda/public1/news/pressReleases/pressReleaseDetails.aspx?CID=8444


Délits d'initiés à EADS

Il y a quelque chose de pourri dans le capitalisme financier, y compris dans les sociétés disposant d'une participation de l'Etat, tels EADS et Airbus. C'est une banalité de le dire, mais c'est pourtant triste de le constater au sein de groupes que naïvement, les citoyens et ceux qui y travaillent considèrent comme des réussites industrielles européennes. En fait, le quelque chose de pourri est à la tête, comme le montre l'enquête de l'Autorité des Marchés Financiers chez Airbus. L'enquête porte sur plus de 800 personnes soupçonnées d'avoir commis des délits d'initiés. Ces responsables (et hauts responsables) auraient vendu leurs actions après avoir eu connaissance des retards dans la livraison de l'A 380, ceci alors que ces retards n'étaient pas encore publiquement annoncés. D'où une chute du cours de 26%. 07/12/06


Le créationnisme gagne la Grande Bretagne

On a du mal à le croire, mais la folie créationniste atteint la Grande Bretagne. Un site appelé Truth in Science, La vérité dans les sciences, vient de s’ouvrir. Les auteurs de cette initiative ont envoyé des dossiers (un manuel et deux DVD), à toutes les écoles secondaires, selon The Guardian. 59 écoles, à la date du 2 décembre, l’utiliserait comme support d’enseignement. On doit sérieusement se demander qui patronne cette offensive, qui la finance et à qui elle profitera. Et à quand la France ? Voir aussi la présentation ci-dessous du Home-Schooling. 09/11/06
Truth in Science http://www.truthinscience.org.uk/site/


Le Home-schooling (Education à la maison) devient un fait de société aux Etats-Unis

Le NewScientist du 11 novembre 2006, p. 20, a présenté un dossier sur ce thème qui mérite d’être pris au sérieux. On appelle Home Schooling un mouvement politique et social qui prend une grande ampleur aux Etats-Unis. Il s’agit de soustraire les enfants des familles chrétiennes évangélistes à l’influence des écoles publiques. Le mouvement reproche à celles-ci d’enseigner des sciences contraires aux écritures de la Bible, au lieu des « vraies sciences » qui justifient la doctrine créationniste, l’Intelligent Design et la mobilisation anti-darwinienne. Les enfants ainsi retirés du circuit scolaire sont éduqués chez leurs parents ou dans des cercles d’amis, avant d’être intégrés dans des collèges privés dont l’enseignement est axé autour du créationnisme, mais aussi autour des valeurs les plus conservatrices des milieux patriciens de l’Amérique Wasp (blanche, anglo-saxonne et protestante).

L’objectif n’est pas de former des scientifiques – on verrait mal comment cela pourrait se faire - mais des juristes et des hommes politiques dont la mission sera de pénétrer les cercles du pouvoir et des administrations pour faire triompher leurs idées en utilisant les voies juridictionnelles et politiques. Les classes dirigeantes et les milieux favorisés ainsi ciblés semblent réagir très favorablement, puisque le succès du mouvement est grand. Les étudiants recevant cette formation semblent n’avoir aucun problème de recrutement. Les collectivités locales, administrations et entreprises se les arracheraient.

Le mouvement est coordonné par la Home School Legal Defense Association http://www.hslda.org/Default.asp?bhcp=1 basée à Purceville, Washington DC. Le collège le plus emblématique patronné par cette association est le Patrick Henry College, http://www.phc.edu/, également à Purceville. En 2006, 2,5 millions d’enfants seraient ainsi éduqués à la maison. Les parents justifient leur démarche en disant qu’ils veulent procurer à leurs enfants une instruction morale et religieuse qui n’est pas donnée dans les écoles publiques La HSLDA a réussi à faire reconnaître la légalité de ce type de formation dans 50 Etats. Les parents n’ont pas besoin de diplômes pour former leurs enfants. L’objectif est d’étendre le réseau à tout le territoire. Les catholiques "latinos" sont également visés. Un nombre impressionnant de manuels et supports de cours est produit pour diffuser les nouveaux enseignements, notamment par la maison d’édition A Beka Book http://www.abeka.com/ de Pensacola, Floride, qui se vante de ne produire que des manuels « honorant Dieu » et rejetant le matérialisme.

L’objectif est d’aller beaucoup plus loin. Il vise à mettre hors la loi l’enseignement public. Une autre organisation baptiste, Exodus Mandate, http://www.exodusmandate.org/ qui compte 16 millions de membres, vient de lancer la consigne de retirer les enfants des écoles publiques, où « règnent les mauvaises influences et les fausses sciences.». La stratégie recherchée est de toucher au moins 30% des élèves. A ce moment, le système public éclatera et le gouvernement sera obligé de priver les Etats de leurs compétences en matière d’éducation publique. Tout l’enseignement deviendra privé, et, comme l’espère Exodus Mandate, essentiellement religieux.

Cette évolution mérite-t-elle des commentaires ? Nous conseillons en tous cas à nos lecteurs de parcourir attentivement les sites référencés ici. Ils seront édifiés, c'est le cas de le dire. En Europe, les défenseurs de la laïcité pourraient s’effrayer à juste titre de cette évolution. Il est très probable que tôt ou tard, les partisans de l’école libre s’appuieront sur ces exemples pour reprendre la guerre scolaire – qu’ils soient baptistes, catholiques ou musulmans. Seront-ils entendus ? Tout est possible. Nous vivons une époque inquiétante pour les valeurs républicaines. 08/12/06


La méthode de Ségolène Royal

Bernard Guetta dans le 7/9 de France Inter le 8 décembre a fort justement invité ceux qui critiquent, y compris dans son camp, la prétendue légèreté de Ségolène Royal, à y regarder de plus près. Lorsqu’elle dit qu’elle ne soutient pas l’idée que l’Iran puisse développer du nucléaire civil, elle ne remet pas en cause le traité de non-prolifération, comme ses adversaires se sont empressés de dire. Elle se borne à constater que l’Iran ne respecte pas ce traité puisque les inspections y sont impossibles. Dans ces conditions, on peut tout à fait craindre que l’Iran ne prépare en fait l’arme atomique. Faut-il s’en inquiéter ? C’est un autre problème. Dans la mesure où le président Amadinedjab continue à dire qu’Israël doit être rayé de la carte par tous moyens, on doit en effet s’en inquiéter.

En ce qui concerne le rôle jugé excessif de la Banque européenne qui déciderait seule de la politique économique européenne, Ségolène ne remet pas en cause le traité de Maëstricht. Elle se borne à mettre en évidence la faiblesse des traités actuels, que le Non au référendum constitutionnel n’a fait qu’aggraver : il n’y a pas aujourd’hui de gouvernement économique de l’Europe, même au sein de l’Eurogroup. Il n’y a pas davantage de pouvoir politique ou diplomatique. On peut donc espérer que Ségolène et le PS avec elle vont appeler à des réformes institutionnelles qui, allant au-delà du Traité de Maëstricht, permettraient de mettre en place des pouvoirs politiques ne laissant pas la gouvernance européenne aux mains des intérêts financiers internationaux.

Ceci dit, une fois l’attention appelée sur le problème, les socialistes, Ségolène en premier, doivent maintenant formuler des propositions précises sur ce que devrait devenir le gouvernement de l’Europe. On raconte dans les milieux politiques qu’aucun candidat n’abordera la question européenne, de peur de se couper de tels ou tels électeurs. C’est sans doute ce que pense Nicolas Sarkozy qui préfère ce jour faire la cour aux chasseurs de la Somme. Le droit imprescriptible à la chasse, que voilà un beau débat à poser devant l’opinion! Ce serait bien dommage que le PS n’ose pas élever le niveau, en présentant des solutions audacieuses relatives à la construction européenne et aux politiques scientifiques, industrielles et sociales à y conduire. 08/11/06.


La non coordination des logiciels de conception assistée par ordinateur chez Airbus

Les gens non-informés commencent à comprendre la raison des mystérieuses incohérences entre logiciels qui ont provoqué de graves retards dans l'assemblage des différentes parties de l'A.380. Il s'agissait de ce que la partie allemande, c'est-à-dire l'usine de Hambourg, avait tenu à conserver un logiciel d'assemblage de la cablerie qui n'était pas compatible avec celui utilisé à Toulouse pour tout le reste de l'appareil. Ce dernier logiciel n'a plus à faire ses preuves; Il s'agit du désormais fameux PLM (Product Lifecycle Management) développé par Dassault Systèmes, qui permet de concevoir et assembler de bout en bout et virtuellement un prototype d'avion. Ce logiciel reprend des composants développés auparavant et bien connus dans le monde de la conception assistée par ordinateur, Catia, Delma et Enovia. Il avait pour la première fois permis de faire travailler ensemble 27 sites répartis dans 7 pays afin de réaliser le Falcon7X de Dassault. Airbus l'avait évidemment réutilisé, mais les dirigeants d'alors n'ont pas eu l'autorité nécessaire pour l'imposer aux Allemands. La faiblesse dans le management coûte cher. Aujourd'hui, le mal serait réparé, mais le retard pris est bien pris.
Boeing utilise pour sa part le PLM pour réaliser son 787 Dreamliner, concurrent du futur A. 350. 07/12/06

* PLM: http://www.3ds.com/home6


Persistance du retard européen en matière de R/D

L 'Europe n'a toujours pas pris les décisions lui permettant de maintenir sa recherche/développement (R/D) dans la course à l'économie de la connaissance, dont elle avait affirmé vouloir prendre la tête lors de la conférence de Lisbonne en 2000. C'est ce que montre l'édition 2006 des Perspectives de la science, de la technologie et de l'industrie, publiée le 4 décembre 2006 par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Elle accroît ainsi son retard par rapport aux Etats-Unis et plus encore à la Chine, dont la dépense en R/D sera supérieure à celle du Japon en 2006, selon le rapport de l'OCDE.

Le rapport montre que les perspectives pour l'ensemble des pays faisant partie de l'OCDE en matière de croissance des investissements dans la science, la technologie et l'innovation sont excellentes. Mais les disparités d'un continent à l'autre sont considérables. L'écart continue de se creuser entre les Etats-Unis et l'Europe. Les dépenses de R/D ont augmenté en moyenne de 4 % par an entre 2002 et 2004 aux Etats-Unis pour atteindre près de 313 milliards de dollars contre 210 milliards de dollars, en 2004, dans l'Union européenne des vingt-cinq. Le taux de croissance y est deux fois moindre (+ 2,3 % entre 2000 et 2003). Ces chiffres arrêtés en 2004, ne tiennent pas compte d'une légère reprise en 2005, mais la reprise s'est également faite sentir aux Etats-Unis si bien que la relation n'est pas modifiée.

Certes ces chiffres, arrêtés en 2004, ne tiennent pas compte de la reprise des investissements de recherche par les entreprises européennes, observée en 2005, en raison de la bonne conjoncture économique. Les dépenses de R & D des entreprises avaient alors augmenté de 5,3 % après avoir quasiment stagné en 2004 et régressé en 2003, selon Bruxelles. Mais comme ce résultat demeure inférieur à celui des Etats-Unis (+ 8,1 %), il ne remet pas en question le constat global à savoir que l'Europe accroît son retard vis-à-vis des Etats-Unis.

Les objectifs de Lisbonne selon lesquels l'investissement européen en R/D devait atteindre 3 % du produit intérieur brut (PIB) apparaissent donc comme hors d eportée. Ce taux, a même régressé en France, selon l'OCDE, passant de 2,28 % en 2003 à 2,16 % en 2004.

La question des effectifs de scientifiques est également préoccupante. Dès 2003, l'Union européenne avait annoncé qu'il fallait à l'Europe 700 000 chercheurs de plus en 2010 pour atteindre les objectifs de Lisbonne. Cet objectif parait hors d eportée, du fait des faibles effectifs de chercheurs dans les entreprises et du désintérêt des étudiants pour les filières technologiques. S'y ajoute l'exode des cerveaux, par lequel de nombreux jeunes chercheurs s'expatrient faute de carrières en France et même en Europe.

Or les besoins en chercheurs bien formés vont croissants. Il faut non seulement compenser les départs à la retraite (40 % à 55 % des universitaires en Autriche, en France et en Suède ont plus de 55 ans) mais recruter au niveau des pôles de recherche et réseaux d'excellence que l'Europe tente de mettre en place, notamment pour y attirer des entreprises non européennes.

Tout ceci laisse pronostiquer que l'Europe dépensera moins, dans dix ans, en matière de R/D que la Chine. 06/12/06

* L’édition 2006 des Perspectives de la science, de la technologie et de l’industrie de l'OCDE. Non accessible en ligne. Voir
http://www.oecd.org/document/27/0,2340,fr_2649_201185_37770587_1_1_1_1,00.html
* Le tableau de bord sur la recherche publié par l'UE
http://iri.jrc.es/do/home/portal/articuloview?IDARTICULO=32&IDIDIOMA=1&IDSECCION=15


L'intervention de l'Eglise catholique dans le Téléthon

Les immixtions des Créationnistes dans la science ne se comptent plus, y compris en Europe (voir l'association Truth in Science qui vient de se créer en Grande Bretagne http://www.truthinscience.org.uk/site/ ). Cela donne des ailes à nos propres intégristes comme le montre l'offensive actuelle de l'Eglise catholique dans le Téléthon, au prétexte que celui-ci favoriserait le diagnostic pré-implantatoire, c'est-à-dire, selon les porte-parole du diocèse de Fréjus et surtout de l'archevêque de Paris, Mgr André Vingt Trois, qui ne reculent devant aucune assimilation, l'eugénisme. Selon Didier Sicard, président du Comité National d'éthique (Le Monde, 01/12/06, p. 12, l'Eglise utilise la promotion commerciale du Téléthon (que l'on peut discuter) pour promouvoir ses valeurs religieuses. Il condamne la démarche. Rappelons que les recherches financées par le Téléthon ne portent que très marginalement sur le diagnostic préimplantatoire et seulement pour détecter des gènes porteurs de maladies génétiques lourdes. Par ailleurs, si les catholiques rejettent le DPI, c'est leur problème. Ils n'ont pas à en priver tous les autres citoyens.

Au soir de ce jour, le président Chirac a déclaré sans fondements les imputations de l'Eglise catholique à l'égard du Téléthon. Décidément, il me plait de plus en plus ce Président... 04/12/06


Ségolène Royal au Moyen Orient

Les socialistes (sont-ils pervers? ) ont eu bien tort de laisser ce week-end les ministres du gouvernement et beaucoup de journalistes faire des gorges chaudes sur les prétendues gaffes de SR au Moyen-Orient. Michèle Alliot Marie a dépassé la moquerie et est allé jusqu'à la diffamation en annonçant, avec un visage réellement déformé par la haine, que SR avait mis la vie de nos soldats en danger par ses prétendues "légèretés". En fait, la candidate socialiste a fait un travail diplomatique très utile, qui semble unaniment reconnu localement: montrer que quelqu'un en France s'intéresse concrètement à la région et serait prêt, une fois au pouvoir, à jouer les médiateurs. C'est tout à l'honneur, non seulement de SR et du PS mais de la France entière. A titre personnel, Ségolène a fait montre de courage en allant dans des endroits où d'autres ne se risquent pas, et en ne battant pas en retraite devant les mises en garde intéressées lui conseillant de reprendre l'avion. 04/12/06.

 

 

Publié dans gazetadmiroutes

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