La Gazette d'Admiroutes N° 149 du 31/10/06

Publié le par Jean-Paul Baquiast

Lire aussi sur Automates Intelligents:
* Le rapport Stern sur le changement climatique http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2006/76/stern.htm
* Main-mise américaine sur l'espace http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2006/76/espaceus.htm


Extrait du Livre de la Jungle. En hommage à la Gazelle. Elle s'en est bien sortie. Comprenne qui pourra, comme aurait dit Kipling


 A qui profite la série Chirac de La 2 ?

Nous pouvons difficilement croire que la Deuxième Chaîne ait été mue par le seul souci de faire oeuvre historique en présentant le documentaire d'ailleurs fort bien fait de Patrick Rotman sur Chirac. Nous sommes dans un monde où le temps d'antenne n'est jamais attribué sans de fortes motivations. Or à qui pouvait bien profiter ce film? A Chirac ou aux chiraquiens? Difficile à admettre. Aux socialistes? Ils y apparaissent tellement évanescents que le documentaire ne les aidera sans doute pas à faire campagne. Je ne vois qu'une réponse. Le film était destiné à servir Nicolas Sarkozy, que l'on a d'ailleurs beaucoup vu et entendu dans le second épisode, sous les traits d'un personnage modéré dans la critique, réaliste dans les appréciations et apparemment décidé à ne pas refaire pour son compte les manoeuvres douteuses de Chirac. Voilà donc de quoi rassurer l'électeur. 25/11/06


Le Canada se prépare à abandonner la lutte contre les GES

Pendant que la SNCF encourage l'industrie canadienne (voir-ci-dessous) la ministre de l'environnement du gouvernement conservateur Canadien, Rona Ambrose, provoque la colère des écologistes en présentant un projet de loi sur "la qualité de l'air" prévoyant en fait que le Canada renonçait à poursuivre la politique de Kyoto visant à limiter la production de GES. Le gouvernement cède à la pression des industriels gros pollueurs et à celle des autorités des Etats de Ontario et Alberta, qui vont accélérer la mise en exploitation des schistes bitumineux dont ils sont riches. Cette exploitation aura des effets désastreux au plan local et n'aidera en rien à la recherche de sources d'énergies propres. On voit que, quand le business est en cause, le vertueux Canada se montre aussi irresponsable que Bush.

L'opposition libérale au Parlement espère bloquer le projet lors du vote. A suivre. 25/10/06


La SNCF déraille

Nous estimons inadmissible que la SNCF conclue avec la firme canadienne Bombardier le très gros contrat de construction des rames Ile de France, au détriment de Alstom. Les arguments relatifs à la nécessité d'ouvrir le marché dans l'esprit de la concurrence libérale ne tiennent pas, quand on considère que ni la France ni l'Europe ne bénéficieront du renforcement de Bombardier dans ce secteur, même si l'offre de ce dernier apparaît comme la moins chère. Alstom, conjointement avec les bureaux d'étude de la SNCF, ont énormément travaillé pour faire progresser la technologie du transport ferroviaire. Le contrat SNCF aurait permis à la recherche de se poursuivre. Livrer à d'autres ce potentiel est irresponsable. Anne Marie Idrac, nouvelle PDG de la SNCF, nommée par la majorité actuelle, montre bien l'état d'esprit actuel au regard d'une nécessaire politique industrielle. Il est curieux de voir le président de la Région Ile de France Jean-Paul Huchon cautionner ce choix. Pendant ce temps, le prédécesseur d'Idrac, Louis Gallois se bat pour sauver l'industrie européenne de l'aérospatiale. Pourquoi ne cherche-t-il pas à vendre Airbus à Bombardier? Il aurait moins de soucis à se faire.

* Il ne faut pas être naïf. Quand Alstom et Bombardier seront en concurrence sur un contrat à l'étranger, Bombardier aura vite fait d'expliquer que les Français ne font même pas confiance à leur propre industriel. 25/10/06.


Lancement réussi du satellite météorologique européen MetOp

Après plusieurs mois de retards dus à la fusée Soyouz puis récemment à la météorologie, le satellite météorologique européen a enfin été lancé et mis avec succès en orbite le 19 octobre. Beau succès qui améliorera considérablement les performances du réseau Météosat. Pour plus de détails voir la page Actualités de Automates Intelligents: http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2006/76/actualite.htm#acc

Communiqué de l'Esa. http://www.esa.int/esaCP/SEMNKWAUQPE_index_0.html


Colloque à Toulouse sur la Politique spatiale européenne

Le Colloque : "Politique spatiale et souveraineté européenne" préparé par Paneurope France avec l'appui scientifique de Automates Intelligents se déroulera le 17 novembre 2006 à Toulouse (Capitole, salle des Illustres). Nous souhaitons attirer l'attention sur le caractère véritablement statégique d'une politique spatiale européenne ambitieuse. Ceci malgré le pessimisme qui accueille en France les défenseurs d'une telle politique.

Programme et inscription: http://www.pan-europe.org/colloques/progcollespace171006.pdf
Intervention de JP Baquiast (Power point)
http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2006/75/Colloque%20de%20Toulouse.ppt Que ceux qui veulent l'utiliser pour des exposés éventuels sur la question ne s'en privent pas.


Salauds d'Islandais

Les actualités TV du dimanche 22 octobre ont montré le premier rorqual tué par un navire baleinier Islandais. Comme on sait, l'Islande a décidé unilatéralément de reprendre la chasse à la baleine, notamment de l'espèce rorqual qui est menacée. Les protestations des associations de protection, auxquelles s'est joint le gouvernement britannique, n'y ont rien fait. J'estime que c'est un véritable scandale, aussi déshonorant pour l'Islande que bien des crimes d'Etat commis ailleurs dans le monde. Les personnes qui veulent défendre les baleines devraient prendre des mesures de rétorsion, par exemple renoncer d'aller faire du tourisme en Islande. Il faudrait aussi utiliser Internet pour faire connaïtre notre réprobation aux Islandais - même si, comme leurs voisins les Norvégiens, eux-mêmes en voie de reprendre la pêche, ils font montre d'une indifférence de brutes quand il s'agit de protéger l'environnement marin. 22/10/06

* Lire la chronique du Fonds international pour la protection des animaux (IFAW) http://www.ifaw.org/ifaw/general/default.aspx?oid=196032
* Sur le rorqual, voir Wikipedia http://en.wikipedia.org/wiki/Balaenopteridae


Propulsion hybride en mer

Malgré les espoirs placés jusqu'à présent dans la propulsion hybride en matière de transport maritime, il n'existait pas encore beaucoup d'exemples convaincants. Néanmoins, les choses commencent à changer. Signalons le Solar Sailor qui est en train de devenir une affaire industrielle prometteuse, en Australie d'abord puis aux Etats-Unis.Il s'agit d'équiper des navires de tailles diverses (actuellement des ferries de 50 passagers) de moteurs électriques alimentés par des panneaux solaires lesquels peuvent si nécessaires servir de voiles d'appoint. Un moteur diesel intervient quand le soleil et le vent font défaut.

Une solution moins ambitieuse mais qui pourrait avoir beaucoup d'avenir est illustrée par le catamaran de plaisance Lagon 420 Hybrid, de la société française Lagoon. Un générateur diesel alimente des moteurs électriques, la marche à la voile pouvant recharger les batteries. L'économie de fuel serait de 50%. Tour ceci parait très intéressant et devrait être encouragé par les aides publiques.

Solar sailor http://www.solarsailor.com/
Lagon 420 Hybrid http://www.catamarans.com/lagoon/420/


Rapport sur l'environnement en France

Source IFEN. L'Institut français de l'environnement vient de publier la version 2006 (600 pages) du rapport qu'il produit tous les 4 ans sur l'état de l'environnement en France. La presse l'a commenté. Nous n'y reviendrons pas, sauf à dire que la situation, loin de s'améliorer, se stabilise à peine ou se dégrade dans les différents secteurs analysés. Les candidats à la présidentielle française, notamment au PS, font de la restauration d'un environnement durable une de leurs premières priorités. On aimerait bien les entendre préciser de quelle façon ils ne se borneront pas à reprendre les incantations d'usage.

IFEN http://www.ifen.fr/publications/syntheses/ree2006.htm . Une synthèse est téléchargeable à partir de cette adresse.


La Pologne veut-elle devenir la honte de l'Europe scientifique?

Source Le Monde, 17 octobre 2006. Le vice-ministre polonais de l'éducation et député d'extrême-droite Miroslaw Orzechowski a estimé le 14 octobre que la "théorie de l'évolution était une erreur que l'on a légalisée comme une vérité courante". Il appelle à commencer à en discuter. Il ne semble pas que cette déclaration ait provoqué d'émotion au sein du gouvernement. La Pologne, cheval de Troie du Vatican et du Pentagone au sein de l'Union Européenne? On peut le craindre.


Production en Europe de plastiques biodégradables

Source Le Monde, 17 octobre 2006. La société italienne Novamont a inauguré le 13 octobre la "première bio-raffinerie au monde, capable de produire des bio-polyesters à partir d'huile végétale. On connaït les dégâts que font dans l'environnement les rejets de matières plastiques non bio-dégradables. Leur incinération produit également beaucoup de gaz toxiques. Novamont a baptisé son produit pilote le Master-Bi dont elle produit déjà 35.000 tonnes à Terni, en Italie. Elle vise prochainement 60.000 tonnes. Novamont est une entreprise composée en majorité de chercheurs issus de Montedison. Elle vient de créer une filiale en France.

On attend des pouvoirs publics en France et en Europe qu'ils encouragent de tels investissements et les usages qui en découleront. C'est en effet 40 millions de tonnes par an de plastiques quasi indestructibles que produit l'Europe actuellement.

Pour en savoir plus: Novamont http://www.novamont.com/


GPS et Galiléo

Jean-Marc Piéplu, un des concepteurs du système de positionnement européen Galiléo, rival du GPS américain, vient de publier un ouvrage sous le titreGPS et Galiléo, aux Editions Eyrolles. Le livre fait le point avec beaucoup de clarté sur la navigation par satellites, ses usages, ses perspectives et l'importance que représente ce programme pour l'Europe. A lire absolument si l'on veut comprendre les enjeux à la fois technologiques, économiques et sociétaux de l'investissement européen dans le domaine spatial. Prix 22 euros.


Un autre concurrent à Wikipedia?

Le MIT ouvre un Centre pour l'intelligence collective, Center for Collective Intelligence http://cci.mit.edu/launch.html qui vise à mettre en réseau des milliers d'experts (et d'ordinateurs) dans un projet de production de connaissances sur le mode du Wikipedia. Divers thèmes importants, tels que le changement climatique, seront choisis et traités d'une façon évolutive. Un livre sera prochainement publié selon cette méthode, destiné aux gestionnaires d'entreprise. Il recrute d'ores et déjà des contributeurs: "We are smarter than me" http://www.wearesmarter.org/). Affaire à suivre. 17/10/06

Pourquoi ne pas tenter la même chose en France et en français? Poser la question est y répondre.


Un concurrent à Wikipedia

Larry Sanger, le co-fondateur de l'encyclopédie libre Wikipedia, vient de décider de se retirer et de créer une encyclopédie concurrente, Citizendium. Il reproche diverses dérives à Wikipedia, tout en reconnaissant ses succès et ses apports à la culture partagée. La principale de ces dérives est l'entrée de contributeurs de moins en moins compétents et parfois malveillants, qu'encourage l'anonymat et le faible contrôle corporatif. Il y règne selon lui un climat anti-élite qui éloigne les compétences du monde universitaire (academic). Citizendium rassemblera des experts authentifiés par leur signature et le contrôle sur les contenus y sera bien plus sévère. La base s'appuiera au départ sur un nombre suffisant d'entrées prélevées dans Wikipedia en fonction de leur qualité scientifique indiscutable. La logique restera cependant la même, gratuité d'accès, construction bottom-up (sur le mode du bazar et non de la cathédrale), appel au volontariat militant. Nul ne peut dire aujourd'hui comment évolueront Wikipedia et Citizendium. La fréquentation des contributeurs et des lecteurs les départagera. On peut d'ailleurs souhaiter qu'ils coexistent à l'avenir.

Un point peut préoccuper cependant les utilisateurs des wikipedias en langues non anglaises. Citizendium aura beaucoup de travail à faire pour ses débuts. On voit mal actuellement qui se souciera de lui donner des versions dans les langues des peuplades ne parlant pas l'anglais. Ces peuplades, dont nous autres francophones, continueront sans doute à faire confiance (une confiance critique, il va de soi) à leurs wikipedias favoris.

Pour en savoir plus, voir un long article publié par le blog Modern Dragons http://moderndragons.blogspot.com/2006/10/citizendium.html , ainsi évidemment que le site Citizendium http://citizendium.org/ 17/10/06


Peut-être un retour en douceur de l'Entente Cordiale?

On sait que l'Entente Cordiale avait été, en pleine période des rivalités franco-britanniques du début du siècle dernier, la divine surprise apportée à leurs peuples respectifs par les gouvernements du Royaume et de la République. Quelques chefs visionnaires avaient pris conscience des risques que leur mésentente pouvaient susciter face à la montée en puissance de l'Allemagne Impériale. L'Entente Cordiale a survécu jusqu'à nos jours, malgré la capitulation de Vichy et la collaboration française avec l'occupant, ressenties à Londres comme des trahisons. Certes, le french bashing a toujours fait et fait encore la matière préférée des feuilles populaires britanniques, mais dans l'ensemble, Français et Anglais, quand ils veulent bien prendre un peu de recul, s'apprécient et apprécient leurs modes de vie respectifs. Tant et si bien que beaucoup de jeunes Français vont travailler à Londres et que beaucoup de Britanniques, pas seulement des retraités, viennent s'installer ou rêvent de s'installer en France.

Il reste que, dans les perspectives d'approfondissement de la relation franco-britannique, notamment au plan militaire, évoquées de plus en plus souvent des deux côtés de la Manche (encore que sans grande conviction jusqu'à ce jour) , le gros obstacle est la Relation Spéciale qui depuis la fin de la 2e guerre mondiale, lie (nous dirions plutôt assujetit) la Grande Bretagne aux Etats-Unis. Il s'agit en fait d'une relation de dépendance qui, contre le partage de certaines informations de sécurité-défense, fait vraiment du soi-disant fier Royaume le caniche de l'Amérique. Mais aujourd'hui, le maître du caniche est de plus en plus malade, et son mauvais état de santé, provoqué par ses erreurs répétées de jugement, retentit sur son toutou qui commence à se demander s'il ne serait pas temps de s'émanciper et de chercher ailleurs un peu d'air frais.

C'est alors que, sans remettre en cause sa bonne entente chronique avec l'Allemagne, la Grande Bretagne semble commencer à penser que relancer et moderniser l'Entente Cordiale, au sein bien entendu de l'Union Européenne, serait une façon de reprendre un peu de puissance au plan diplomatique et culturel. La France, contrairement à ce que pensent les Français, présente un modèle, mi-explicite, mi-informulé, qui peut séduire beaucoup d'Anglais intelligents. C'est non seulement la France en soi qui pourrait les intéresser, mais le rôle de la France au sein de l'Europe. Nous ne dirions pas de l'Europe de Bruxelles, bien malade malheureusement et dans laquelle les Britanniques se considèrent déjà d'ailleurs comme parfaitement chez eux, mais l'Europe encore obscure et néanmoins puissante qui semble émerger lentement, une Europe des nations européennes unies dans un certain nombre de désirs et de projets communs, une Europe surprenante qui lentement émergerait des limbes et pourrait, why not, servir d'exemple au monde. La France sera certainement un des pôles de cette Europe là, en association d'ailleurs avec la Belgique et l'Allemagne, à condition de ne pas renier sa spécificité. Les élites intellectuelles britanniques commencent à penser que si le Royaume Uni ne s'en rapproche pas, il perdra beaucoup d'opportunités pour l'avenir. Cette nouvelle et mystérieuse Europe ne ferait alors sans doute sans doute sans lui.

Le prix à payer de ce rapprochement sera l'abandon, ou tout au moins le dépérissement lent, des Special Relationships avec les USA. C'est bien ce qu'envisageait, avec prudence mais détermination, le chef d'état-major général britannique Sir Richard Dannatt dans son interview au Daly Mail du 13 octobre. Encore faudrait-il que les Français montrent un peu d'ouverture et moins de scepticisme à l'égard d'une coopération renforcée avec la Grande Bretagne. bien que le scepticisme soit compréhensible après beaucoup de déceptions. Il faudrait aussi que des politiciens français à courte vue, enivrés d'atlantisme, ne se précipitent pas pour occuper la niche vacante du caniche britannique. Mais on peut espérer que les citoyens mieux avisés leur enlèveront tout pouvoir de le faire, à l'occasion des élections qui se préparent. 16/10/06

* Voir sur ce thème http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=3266


DSK et la recherche

Nous notons avec intérêt que, dans les 18 propositions qu'il a présentées à la presse le 16 octobre, Dominique Strauss Kahn s'est intéressé à la recherche. "Aujourd'hui, et plus encore demain, la France est exposée à un risque de déclassement", marqué notamment par une perte de compétitivité. Il s'agit pour lui d'un problème "structurel", lié notamment à l'émergence de nouveaux pays comme la Chine et l'Inde, et au retard pris par la France dans le domaine de la recherche. Il a proposé une hausse de l'effort de recherche à 3% du PIB (contre 1,8% actuellement) avant la fin du quinquennat, et préconisé une "autonomie et une démocratisation" des universités.

Au plan européen, DSK recommande une "coordination des politiques économiques", une "harmonisation des bases de l'impôt sur les sociétés", la "réforme de la politique de la concurrence pour permettre l'émergence de champions européens" et une "évolution de la PAC favorisant une alimentation plus saine". 16/10/06


Incertitudes sur la politique américaine de lutte contre le bioterrorisme *.
Conséquences à en tirer concernant les politiques européennes de lutte contre une pandémie de grippe aviaire
.

16/10/06
* Cette première partie de l'article s'appuie sur des informations fournies par l'article Fortress America paru dans le NewScientist du 7 octobre 2006

On sait qu’après le 11 septembre et surtout l’étrange « attentat à l’anthrax » dont les Etats-Unis avaient été victimes dans les mois suivants, la présidence Bush avait lancé à grand renfort de déclarations mobilisatrices un programme massif de Biodéfense. Celui-ci avait été doté de la somme considérable de près d’une centaine de milliards de dollars sur 10 ans, dont 40 milliards ont été dépensés à ce jour. Une part importante de ces crédits est allée au projet BioShield (bouclier biologique) http://www.whitehouse.gov/infocus/bioshield/. Inauguré en 2004, il s’appuie sur diverses entreprises pharmaceutiques devenues des partenaires de défense. Celles-ci sont chargées de produire des produits permettant de faire face aux principaux risques. ils seront stockés dans ce que l’administration a nommé le Strategic National Stockpile. Mais les entreprises pharmaceutiques ne se sont pas empressées de répondre aux appels d’offre, si bien que les hommes politiques américains commencent à s’interroger sur le bien-fondé de cette démarche.

Sans attendre, le Center for Biosecuriy (http://www.upmc-biosecurity.org/) de l’université de Pittsburgh a prévenu que les Etats-Unis restaient incapables de se prémunir contre les effets d’une attaque un tant soit peu consistante à l’anthrax. Le point de vue des experts de ce centre est intéressant, y compris pour les Européens, car sa principale préoccupation concerne la façon de lutter contre une pandémie de grippe se développant spontanément, c’est-à-dire hors de toute manœuvre terroriste.

Quelles sont les insuffisances du projet BioShield conçu comme instrument de défense contre le bioterrorisme, et quelles leçons devrait on tirer de ces insuffisances dans la perspective de la lutte contre la grippe.

Les insuffisances de Bioshield

Le projet Bioshield s’inscrit dans la perspective du capitalisme libéral qui inspire l’économie américaine. Il incite les industries pharmaceutiques à entreprendre des recherches suivies de fabrications dans des domaines où la demande privée n’existe pas encore. On sait que les industries pharmaceutiques préfèrent investir sur des produits de grande consommation, comme les anti-inflammatoires (sans parler des cosmétiques) plutôt que dans la prévention de maladies encore inconnues ou de maladies frappant des populations insolvables. Il fallait donc que l’Etat, en dérogation exceptionnelle à la doxa non-interventionniste, prenne le relais. Mais comme il ne pouvait pas faire face à l’éventail entier des menaces, 7 produits seulement ont été retenus, intéressant principalement le botulisme, l’anthrax et la variole. Ces maladies sont propagées par des germes (bugs) spécifiques, pour lesquels il faut concevoir des remèdes (drugs) spécifiques. Le projet Bioshield repose donc sur le principe : « one bug, one drug ». Ainsi des millions de doses de vaccins contre l’anthrax ont été fabriquées, à l’usage prioritairement des forces de sécurité et de défense. La procédure administrative pour mettre en place un tel effort est lente. C’est le Département de la Sécurité Intérieure (Homeland Security) qui décide des risques, et le Département de la Santé (Health) qui définit les mesures adéquates pour les combattre.

Mais les spécialistes du bioterrorisme dénoncent le côté illusoire voire dangereux de telles mesures. D’abord, les terroristes éventuels auront toute latitude de choisir et développer des germes qui ne seront pas au catalogue. D’autre part, la production des vaccins à grande échelle multipliera les risques d’évasions accidentelles ou criminelles. C’est ce qui s’était probablement déjà passé dans le cas de l’offensive à l’anthrax rappelée en introduction. Il faut 3 à 4 ans pour créer un pathogène résistant à partir d’une souche existante, alors qu’il en faut 10 à 15 pour développer un vaccin. Une meilleure solution, selon ces spécialistes, serait d’abandonner le principe « one bug, one drug » et de développer des remèdes à large spectre actif contre une grande catégorie de virus et microbes. De tels remèdes, de type « anti-viraux » auraient aussi le considérable avantage de permettre de lutter contre les pandémies naturelles dont la menace est au moins aussi grande que celle du bioterrorisme. Or, on le sait avec l’expérience acquise en Europe concernant l’antiviral Tamiflu de la firme Roche, que les industries pharmaceutiques n’investissent pas spontanément dans la recherche et la fabrication à grande échelle de tels produits, pour lesquels le marché, hors la demande publique, n’existe pas. Elles réclament - et c'est assez légitime - des incitations publiques.

De plus, une approche défensive sur le modèle du remède à large spectre n’est pas facile. Elle demande des recherches fondamentales approfondies, afin de définir des structures et fonctions communes entre différents pathogènes, eux-mêmes susceptibles de muter spontanément ou artificiellement. Il ne s’agirait plus par ailleurs seulement de prévenir mais de réagir après contamination (broad-spectrum post-exposure therapeutics). Les autorités sanitaires américaines semblent avoir compris l’intérêt de cette nouvelle démarche, puisque le département de la Défense vient de lancer une nouvelle initiative dite « Transformational Medical Technologies Initiative » 1)

Mais le projet Bioshield présente une faiblesse bien plus grande. Quelles que soient les remèdes développés, encore faudrait-il les distribuer en temps utile aux populations. On retrouve là une question d’intendance et de logistique d’ampleur nationale où les Etats-Unis ont montré avec les suites de l’ouragan Katrina une particulière inefficacité. Rien ne prouve que d’autres régions du monde soient mieux organisées. Le Strategic National Stockpile devrait en effet, en cas d’offensive bioterroriste, distribuer très rapidement à plus de 3.000 administrations de terrain le remède adapté. Or ces administrations, toujours dans l’esprit du libéralisme qui prévaut en Amérique, ont été laissées dramatiquement à l’abandon. Ni leurs effectifs ni leurs méthodes de travail ne leur permettraient de réagir utilement. L’armée, de son côté, serait incapable de se substituer à elles. Certains crédits ont été affectés, dans le cadre du projet BioShield, au recrutement d’épidémiologistes et de « coordinateurs de santé » (health coordinators). Mais la capacité du système hospitalier à faire face à l’épidémie d’abord, à ses conséquences ensuite, notamment en termes de malades à hospitaliser, demeure gravement insuffisante. Par ailleurs, la question de savoir, en cas d’attaque, à qui iront en priorité les vaccins ou les antiviraux (puisqu’on ne peut les administrer préventivement) reste entière. Il est facile de prévoir l’établissement d’une véritable loi de la jungle au profit des plus fortunés ou des mieux placés. 2)

Aujourd’hui, le Congrès américain semble conscient de toutes ces difficultés et étudie une nouvelle loi (Bill) supposée les aborder. Mais il faudra encore du temps pour passer des intentions aux réalités, d’autant plus que l’administration Bush estime avoir bien d’autres priorités aujourd’hui, la plus grande étant de faire face aux dépenses militaires qui ne cessent de croître avec l’embourbement en Irak.

Leçons à retenir concernant les politiques européennes de lutte contre les pandémies

L’Union européenne et chacune des Etats-membres pour sa part devraient, en tous cas, tirer des leçons de l’expérience américaine. Ces leçons pourraient être résumées simplement :

- Ne pas vouloir lutter spécifiquement contre le bioterrorisme qui sera longtemps insaisissable, mais contre les épidémies et pandémies naturelles de toutes natures, bien plus probables à court terme. On sait que, malgré la baisse saisonnière de virulence du virus H5N1, de nouvelles offensives, pouvant s'accompagner de mutations, sont craintes pour l'hiver par les autorités de santé.

- Financer sur des budgets publics le développement de vaccins et d’antiviraux ou antibactériens, chaque fois que possible à large spectre. Roche vient d'annoncer disposer de suffisamment de doses de Tamiflu pour faire face aux besoins (400 millions) 2). Mais qu'en sera-t-il d'autres anti-viraux éventuels. En amont, la recherche fondamentale sur les germes et leur physiologie devrait être développée considérablement. L’Europe dispose de bonnes références en ce domaine 3)

- Préparer dès maintenant le secteur sanitaire et social, ainsi d’ailleurs que les forces de sécurité et de défense, à faire face dès le début d’une pandémie à ses effets directs et indirects. Les plus petites communes devront être concernées, tout autant que les mégalopoles. La question avait été évoquée dans la perspective d’une épidémie plus que probable de grippe aviaire humanisée. Mais les mesures concrètes n’ont pas été prises alors que le secteur hospitalier continue à lutter tous les jours, avec des moyens en baisse, contre les conséquences de la morbidité quotidienne. Là encore le rôle des Etats est indispensable. Le secteur privé ne peut seul être se voir chargé de responsabilités de service public.

Or différentes informations montrent que les gouvernements européens ne sont pas plus que leur homologue américain préparés à faire face à la loi de la jungle évoquée ci-dessus, qui s'instaurerait en cas de pandémie importante. Dans la meilleure des hypothèses, on protégerait les services de sécurité-défense, ainsi que les professionnels de santé assurant les urgences. Le reste de la population serait laissée à l'abandon. Il serait peut-être difficile de faire autrement. Mieux vaudrait cependant y réfléchir dès maintenant. C'est ce à quoi s'est efforcé le Colloque Ethique et pandémie grippale du 15 septembre 2006 au ministère français de la Santé 5). Mais un Colloque ne suffira pas.

 

Notes
1) Voir pour détails un article du journal Military Medical Technology
http://www.military-medical-technology.com/article.cfm?DocID=1290
2) Voir article http://www.7sur7.be/7DossierTeaser
3) Nous pensons que la théorie du système vivant développé par le Pr Gilbert Chauvet en France pourrait y contribuer utilement. Voir http://www.admiroutes.asso.fr/gilbertchauvet/articles.htm
4) Voir les articles signalés par notre ami le Dr Vermeulen. http://www.influenza-h5n1.org/article-3856240.html ainsi que le forum http://influenza_h5n1.vosforums.com/ntopic4428.php.
Xavier Emmanuellli, le cofondateur de Médecins sans frontières et président-fondateur du Samu social s'emploie à décrire la désorganisation sociale qu'engendrerait une pandémie. S'appuyant sur son expérience de la médecine de catastrophe (le choléra à Goma, au Zaïre, le tremblement de terre de Leninakan en Arménie...), il indique dès le début de son intervention au colloque « Ethique et
pandémie grippale » qui se tenait au ministère français de la Santé : «Nous serions dans une situation de combat, les comportements de la population générale comme ceux des professionnels de santé s'ajustent alors en fonction de cette situation de guerre.»
5)Colloque Ethique et pandémie grippale
http://www.sante.gouv.fr/point_presse/ethique_grippeaviaire/programme.pdf


Manuel Valls, futur ministre de l'intérieur?

Manuel Valls, député PS, maire d'Evry est auteur d'un livre dont je recommande la lecture: "Les habits neufs de la gauche" Robert Laffond. Il y présente un certain nombre de mesures pragmatiques permettant de faire face à des problèmes sociaux que les majorités successives n'ont pas été capables de résoudre, notamment la "crise des banlieues". Son expérience locale lui permet de suggérer des solutions qui auraient peut-être plus de chance de succès. La police de proximité en est une, mais seulement dans la mesure où ses membres ne sont pas prélevés sur les effectifs actuels. Il faudrait de nombreux nouveaux recrutements, avec les formations et les carrières en conséquence. Il en est de même pour lui de l'Education nationale, où il propose de véritables différentiels de rémunération au profit des personnels affectés dans les établissements difficiles. Tout ceci pourrait sans doute permettre à la gauche de renouveller son langage de bois sur ces questions.

Or il est intéressant de voir que ce spécialiste des questions sociales se rallie à la candidature de Ségolène Royal. Il l'a confirmé lors de son passage au 7-9 de France Inter de ce jour. Un des atouts de cette candidature est d'attirer les esprits soucieux tout à la fois de renouvellement profond et d'efficacité de terrain. Je verrais bien Manuel Valls ministre de l'intérieur sous la présidence Royal...mais n'anticipons pas. 16/10/06

Publié dans gazetadmiroutes

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