Gazette d'Admiroutes N° 148 en date du 15 octobre 2006

Publié le par Jean-Paul Baquiast

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* "Gènes et mèmes. Le gang urbain Mara Salvatrucha". Ce texte peut être discuté sur notre blog
http://automatesintelligent.blog.lemonde.fr/automatesintelligent/2006/10/les_gnes_les_mm.html
* "The survival Impérative" de William Burrows (Faut-il coloniser la Lune?) http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2006/75/burrows.htm


Aux lecteurs: étant pris par la rédaction d'un livre (que j'espère génial) sur le matérialisme scientifique, je n'alimente pas en ce moment cette chronique comme je le souhaiterais. JPB

 
Le réchauffement climatique, une vérité qui dérange

Le film d'Al Gore, Une vérité qui dérange, a donné l'occasion de rouvrir le débat sur ce que devraient être les politiques publiques pour lutter efficacement contre la production des gaz à effet de serre (GES), principaux responsables du réchauffement. Malheureusement, ce débat a été rendu flou par les déclarations intempestives de Claude Allègre. Le bon peuple dont je suis en a conclu que les lobbies des industries pétrolières ont raison de dire que ce n'est pas le CO2 d'origine humaine qui est responsable du réchauffement. On peut donc continuer à consommer du pétrole en toute bonne conscience.

Claude Allègre a bénéficié de son annonce, puisqu’il a été invité à s’expliquer sur de nombreuses antennes. Il s’est présenté comme un scientifique de bonne foi, voulant rétablir la vérité des faits face à d’autres scientifiques qui, selon lui, déforment cette vérité pour obéir à la mode. Peu lui importe que ces scientifiques participent aux travaux du renommé mais d'ailleurs très modéré IPCC (Intergovernmental Panel on Climate Change http://www.ipcc.ch/), et qu’ils soient relayés par de nombreux autres autorités dans le monde.

Il est déjà difficile de faire prendre conscience aux gouvernements et aux populations qu’ils doivent désormais agir énergiquement pour lutter contre les GES. Si des briseurs de messages viennent tout saboter en prétendant exactement le contraire, ils font un très mauvais travail. Claude Allègre en ce sens n’est pas très différent de Michaël Chrichton qui avait gagné des millions de dollars par son best seller State of Fear qui affirmait exactement la même chose.

Evidemment, tout en maintenant ses propos, Claude Allègre a expliqué qu’il n’y avait pas de meilleur défenseur de la lutte contre le réchauffement que lui. Il a détaillé diverses mesures qu’il avait depuis longtemps proposées (sans succès) pour lutter contre le dérèglement climatique, telles que rendre obligatoires les véhicules hybrides et mieux gérer les ressources en eau de la planète, afin d’éviter la désertification. Soit. Nul ne nie que de telles dispositions soient nécessaires, mais dans l’immédiat, elles n’ont aucune chance d’être mises en œuvre à l’échelle qui s’imposerait. Par contre, il est très possible, rapidement, de limiter les émissions de CO2 et de méthane. Il faut donc le faire. Et pour aboutir à ce résultat, il faut que les gens aient peur de ce qui se passerait si l’on ne faisait rien.

Là encore, Claude Allègre s’est montré d’une insupportable suffisance. Il croit se donner un beau rôle en posant à celui que ne veut pas inquiéter inutilement l’opinion publique. Mais il sait certainement que sans la peur, aucun mouvement de fond pour changer des comportements bien implantés n’est envisageable. Ne pas inquiéter est le mot d’ordre de tous ceux qui veulent maintenir leurs pratiques dangereuses. « Circulez, il n’y a rien à voir ». C’est aussi celui des gouvernements qui ne veulent pas prévoir l’avenir à long terme. L’argument a servi pendant des décennies pour que l’on ne lutte pas contre l’alcool, le tabac et la vitesse sur les routes. Les intérêts bien précis qui veulent que rien ne change font volontairement la confusion entre le fait de mettre en garde contre les risques et celui de créer la panique. Seule la panique est contre-productive. Mais la panique n’apparaît que dans des circonstances localisées, tel un incendie dans un lieu très peuplé. Il n’y a aucun risque de panique en matière d’effet de serre.

En revanche, faire peur présente de nombreux avantages, dont celui de donner mauvaise conscience aux imprudents. Si les pouvoirs publics voulaient réellement limiter la consommation d’énergies fossiles, il faudrait que cette consommation génère une peur diffuse dans la population, peur susceptible d’amener les gros consommateurs à changer d’eux-mêmes leurs façons de faire, qu’il s’agisse d’entreprises ou de particuliers. L’achat de 4/4 en usage urbain ou routier est incontestablement une mauvaise action en matière de lutte contre les GES et pour les économies d’énergie. Il faudrait donc que les particuliers qui acquièrent ces engins par pure vanité se sentent coupables de le faire. Pour que les acheteurs renoncent à de telles voitures, il faudrait qu’ils perçoivent l’existence d’une réprobation sociale à leur encontre, venant de gens à qui leur irresponsabilité ferait peur. On en est loin, malheureusement.

Ceux qui suivent l’actualité scientifique dans le monde constatent sans peine que les histrionnades de Claude Allègre ne sont que des versions à la française d’un mouvement beaucoup plus général consistant à nier le réchauffement et à refuser d’agir sur les facteurs le provoquant. Ce mouvement est bien implanté aux Etats-Unis. Il était jusqu’à présent dans ce pays très rentable politiquement (comme d’ailleurs en espèces sonnantes et trébuchantes) de militer parmi les Climate Skeptics. Peut-être la tendance va-t-elle s’inverser avec l’action de personnalités telles qu’Al Gore. Mais les sceptiques sont également bien implantés en Europe. Ainsi, en Grande Bretagne existe dorénavant une Scientific Alliance qui prétend apporter des arguments scientifiques dans le débat alors qu’elle se borne à des affirmations sans preuve. Ainsi elle vient d’attaquer la respectable Royal Society et les experts de l’IPCC, en les accusant d’être politiquement manipulés. La Royal Society avait eu le tort de demander à ExxonMobil de cesser de financer les groupes de pression visant, selon son l’expression, à « désinformer le public » (source NewScientist, 30 septembre 2006, p. 5. Voir aussi http://www.scientific-alliance.org/opinions/opinions_published_letters/royalsociety.htm).

On retrouve dans ces discussions la même ambiance délétère qui marque les interventions des négationnistes de la Shoah ou des Créationnistes. Sous prétexte de liberté dans la discussion des faits scientifiques, ils voudraient faire discuter leurs arguments comme s’ils reposaient sur des constatations bien établies. Dans le domaine des GES, nul ne nie la nécessité d’approfondir les études concernant des phénomènes aussi complexes que ceux intéressant l’évolution du climat terrestre. On peut s’affronter utilement sur le rôle respectif des différents facteurs et sur les mesures les plus efficaces permettant de lutter contre le réchauffement, la désertification, la hausse des niveaux des mers, etc. Mais ce n’est pas ce qu’a fait Claude Allègre ou que font ceux qui s’efforcent de noyer le débat sous les arguties. Allègre n’a fait que semer le doute sur l’ensemble de la démarche des scientifiques, en poussant à penser que tout allait bien, qu’il ne fallait rien changer aux habitudes et que dire le contraire ne servait que les intérêts personnels de quelques empêcheurs de consommer en rond. De plus, il ne l’a pas fait par amour de la vérité, mais pour faire parler de lui, une dernière fois, alors que l’opinion avait tendance à oublier son existence.
* La bande annonce du film http://www.uipfrance.com/sites/uneveritequiderange/trailer/


Condamnation de Guillaume Durand pour fraude fiscale

Guillaume Durand a été condamné le 13 octobre par la cour d'appel de Paris (Le Monde du 14 octobre) à 6 mois de prison avec sursis pour frande fiscale. Il n'avait pas déclaré une indemnité de licenciement de 880.000 euros. Il était d'ailleurs récidiviste. Je trouve inadmissible qu'il continue à exercer ses talents sur une chaîne de service public. 15/10/06.


Le web 2.0

Sous ce nom à la mode, on regroupe désormais les nombreux sites offrant des services de mise en relation entre internautes. Le concept n'est pas nouveau. Ainsi les sites destinés aux rencontres entre partenaires sexuels sont bien connus des esseulés et semblent leur donner satisfaction. Le développement exponentiel des blogs, donnant à chacun la possibilité de créér son blog, avec textes, images et sons, a marqué un premier changement de dimension. Potentiellement, tout le monde peut devenir auteur et tout le monde peut intervenir et discuter sur les blogs des autres. Il en résulte ce que, vu de l'extérieur, on pourrait qualifier de véritable cacophonie, mais le jugement serait injuste car tout ceux qui créent un blog et tous ceux qui prennent la peine d'intervenir sur les blogs des autres ont quelque chose à dire, même s'il ne s'agit pas de propos de doctorants. Sinon, ils resteraient passivement devant leur poste de TV. Or s'ils ont quelque chose à dire, il vaut mieux qu'ils le disent. De la masse des paroles émises nait NECESSAIREMENT une nouvelle opinion publique, qui se comporte comme un système complexe auto-adaptatif. Les critiques que certains adressent à tel ou tel aspect de cette opinion publique globale servent à renforcer sa complexité et finalement, osons-le mot, son intelligence systémique. Certains journaux coopératifs dits citoyens se bâtissent dorénavant sur ce principe. Ainsi en français l'un de ceux sur lequel je vais volontiers m'informer. Il s'agit de AgoraVox http://www.agoravox.fr/ .

Les sites personnels de type Blog disposent maintenant de nombreux outils permettant à des non-spécialistes d'enrichir leurs pages, notamment avec des vidéos. il s'agit de vidéos créées par les auteurs des sites ou plus banalement, empruntées à des bases de ressources en libre-accès. Citons à titre d'exemple le site Dailymotion http://www.dailymotion.com/. Il attire aujourd'hui plusieurs millions de visiteurs chaque mois. Il permet de mettre en ligne des vidéos et de les partager avec les autres internautes. Ceux-ci peuvent former des communautés dont les membres partagent les mêmes centres d'intérêt et peuvent se constituer des listes d'amis. .. Dailymotion est l'équivalent français de l'américain Youtube (http://www.youtube.com). D'autres sites proposent l'accès gratuit à des outils et des contenus pour personnaliser les sites et éditer à peu de frais des journaux. Ainsi Netvibes (www.netvibes.com), Flickr (www.flickr.com, quel drôle de nom !) ainsi que Live, le portail de la messagerie MSN de Microsoft, qui cherche ainsi à fidéliser ses clients. Disons pour faire bref que ces centres de ressources visent à fournir des informations, des images ou des idées à ceux qui n'en ont pas spontanément mais qui veulent s'exprimer quand même, quitte à faire illusion.

Le vrai changement de dimension apparait avec les sites qui demandent aux abonnés de fournir le plus grand nombre possible d'informations sur eux et sur leurs activités sociales ou intimes. L'objectif est de recruter des correspondants, susceptibles de devenir des relations dans la vraie vie, compte tenu de goûts partagés. En fonction des affinités, se crééront de véritables espaces sociaux où les participants partageront les mêmes goûts: musique, jeux électroniques, sports (bien sûr aussi jeux sexuels) mais aussi activités professionnelles. Le plus important de ces réseaux sociaux est en France le site Myspace http://www.myspace.com/, qui se dit encore en phase Béta à la date de rédaction de cet article. De tels sites paraîtront assez anodins, sauf le risque de mauvaises rencontres si de très jeunes adolescents y participent sans contrôle.

Mais deux aspects méritent d'être soulignés. Le premier est que, dans l'auto-description de soi à laquelle se livrent les participants, rien n'interdit le recours au fantasme, pouvant aller jusqu'à ce qu'en médecine on appelle la confabulation: le sujet s'invente une personnalité et des histoires de la réalité desquelles il finit par se convaincre lui-même. Pourquoi pas, après tout? Disons que ces histoires peuvent porter préjudice à des correspondants plus naïfs qui risquent de les prendre au pied de la lettre. Par ailleurs, elles projetteront l'auteur de la confabulation dans un univers onirique qui ne lui facilitera pas l'insertion dans la vraie vie. De tels sites sont d'ailleurs les compléments des sites de jeux en ligne où les joueurs s'inventent des avatars dotés de toutes les qualités qu'ils souhaiteraient posséder en réalité. Avec ces personnalités inventées, les jouers, souvent de vrais drogués,se lancent alors dans des aventures virtuelles d'une violence extrème. De plus en plus de jeux, dont nous ne donnerons pas les références ici, encouragent en effet le sadisme et le sexisme le plus odieux. On peut penser que tout ceci n'est pas sans effet destructurant sur la personnalité des usagers.

Un deuxième risque, que les participants à des sites comme Myspace ne perçoivent pas toujours, est que les données personnelles qu'ils mettent en ligne ne seront jamais "oubliées" par le web global. A tout moment, maintenant ou plus tard, une personne ou une entreprise malveillante pourra s'en servir contre eux. Cette intercommunicabilité des données personnelles, tellement combattues il y a 30 ans par la Commission Informatique et Libertés, devient extrêmement facile avec les progrès du web sémantique. Nous renvoyons sur ce point à l'article que nous avons publié à ce sujet. Le web sémantique, promesse ou menace?
http://www.automatesintelligents.com/echanges/2006/juil/semanticweb.html

Quoiqu'il en soit, le Web 2.0 constitue vraiment un secteur très dynamique, pour le meilleur et pour le pire. 10/10/06

PS au 11/10.
Selon Le Monde de ce jour:
" Pour 1,65 milliard de dollars en actions, Google, le premier moteur de recherche, va acquérir YouTube, le plus populaire des sites d'échange de vidéos - dont la devise est "Broadcast Yourself" ("Diffusez-vous vous-même").
Google, qui vaut plus de 9 milliards de dollars en Bourse, premier moteur de recherche sur la Toile, s'est imposé comme la plus grande régie publicitaire de l'Internet, avec un chiffre d'affaires de 6,14 milliards de dollars en 2005.
YouTube, pour sa part, a ouvert le Web aux images numériques tournées par les vidéastes amateurs du monde entier, armés de leurs caméras légères ou de leurs téléphones portables avec fonction vidéo. La jeune start-up n'a pas encore gagné un seul dollar, mais représente un véritable phénomène d'audience, avec jusqu'à 100 millions de vidéos visionnées certains jours, un chiffre qui, à défaut de rentabilité, a sûrement pesé dans la décision d'acquisition de Google."


Peut-on parler de différences génétiques entre les races humaines?

Il y a quelques années, cette question aurait paru indigne d’un article se prétendant scientifique. La doxa était que l’espèce humaine ne comporte pas de races identifiables du point de vue génétique 1). Il s’agissait d’une affirmation dont la motivation était d’abord politique : éviter les résurgences toujours possibles d’un racisme prétendant grâce à la génétique distinguer entre races supérieures et races inférieures, comme l’avait fait le nazisme au siècle dernier. La doxa était cependant confirmée par les observations de la biologie conduites depuis 50 ans avec les outils d’analyse du génome disponibles à cette époque, lesquelles n’avaient jamais pu faire apparaître de différences significatives au sein des génomes humains, quelles que soient les origines ethniques des individus.

Aujourd’hui, si l’on peut toujours affirmer qu’il n’existe pas de races humaines génétiquement parlant, le point de vue politique sur la question, ainsi que les moyens d’analyse des génomes, ont évolué. Le point de vue politique a été modifié depuis une décennie du fait des revendications de minorités raciales ou ethniques souhaitant se distinguer des représentants de la race dite blanche dominant en Europe et en Amérique du Nord. Le phénomène est particulièrement visible aux Etats-Unis mais commence à se répandre ailleurs. Alors qu’après 1945, les minorités voulaient se fondre dans la majorité, aujourd’hui elles souhaitent au contraire afficher leurs différences, que ce soit au plan génétique, culturel ou politique. Si en Europe et plus particulièrement en France, il reste encore aujourd’hui impossible, au plan administratif, d’accoler à une identité la mention d’une appartenance ethnique, aux Etats-Unis par contre, les ressortissants des principales minorités demandent à être classées dans des catégories ethniques séparées : afro-américains, euro-américains, hispano-américains notamment. Ce que de leur côté les White Anglo-Saxon Protestants n’avaient pas manqué de faire dès la création de l’Etat fédéral.

Par ailleurs, en ce qui concerne les moyens d’analyse des génomes, les méthodes modernes de séquençage permettent dorénavant d’identifier avec précision la proportion de nucléotides qui diffèrent d’un individu à l’autre. Un certain nombre de recherches ont donc été entreprises pour tenter de montrer que des données génétiques rendent possible la distinction entre personnes originaires d’Europe, d’Afrique ou d’Extrême-Orient. Ces recherches ne sont pas mal vues des représentants politiques des « races » blanche, noire et jaune, tout au moins en Amérique du Nord. Elles sont même encouragées par les industries pharmaceutiques qui espèrent trouver des médicaments plus efficaces parce que mieux adaptés que ceux destinés à des catégories non différenciées. Ainsi le BiDil 2) lequel est censé traiter plus efficacement l’insuffisance cardiaque chez les patients noirs que chez les autres. Les observations cliniques semblent confirmer, il est vrai, que les malades ont, statistiquement parlant, des modes de réaction aux traitements qui diffèrent selon leur ethnie (mais aussi, bien évidemment, selon de nombreux autres facteurs liés notamment au niveau et au mode de vie). Pourquoi alors, dans l’intérêt même de ces patients, ne pas chercher à les différencier par la présence ou l’absence de tel gènes ou groupes de gènes ?

Dans ces conditions, que conclure des recherches visant à associer la « race » à la présence d’un gène ou variant de gène prédisposant à telle maladie ou au contraire favorable à tel traitement ? Répondre à cette question suppose d’abord de définir à nouveau ce que l’on entend par race. S’agit-il de caractéristiques physiques visibles par tous, telle la couleur de la peau ? Pour le grand public, c’est bien effectivement de cela qu’il s’agit. Il ne sert à rien de le nier. Ces caractéristiques physiques elles-mêmes sont associées, hors métissages, à des origines géographiques très anciennes. Les Blancs ont leur berceau historique en Eurasie, les Noirs en Afrique et les Jaunes en Asie. Dire cela n’a rien d’offensant pour personne. Par contre, quelle que soit la race, les différences entre génomes sont très faibles. Deux humains pris au hasard sont génétiquement identiques à 99,9% (l’homme et le chimpanzé étant identiques à 95 ou 99% selon le mode de calcul). Le génome humain comportant 3 milliards de paires de bases, deux humains diffèrent en moyenne de 2 à 3 millions de paires de bases, ceci indépendamment de leur « appartenance raciale ».

Mais en quoi diffèrent-ils? Par la présence et la répartition de petite modifications du génome appelées polymorphismes qui consistent en la substitution d’un nucléotide par un autre ou en son déplacement dans la séquence. Certains seulement de ces polymorphismes sont codants, c’est-à-dire qu’ils contribuent directement à des variations de traits du phénotype ou à des maladies génétiques. Les autres semblent génétiquement neutres. Or il apparaît que 80 à 90% de ces polymorphismes codants se retrouvent au sein de populations provenant d’un même bassin géographique continental, les autres étant répartis entre continents. Mais ceci ne tient pas compte de la circulation des individus entre continents, du métissage et autres facteurs de différenciation individuelle. Ce n’est donc qu’en termes statistiquement très globaux que l’on peut attribuer un profil génétique à un individu plutôt qu’à un autre, en fonction de son appartenance à l’une des trois grandes races provenant elle-même, historiquement, de l’un des trois grands continents. Par ailleurs, compte tenu des migrations et croisements multiples depuis plusieurs millénaires, la variation s’effectue d’une façon continue d’un bassin géographique à l’autre. Il n’y a pas de frontières génétiques nettes entre eux.

Qu’en conclure ? Si l’on ne peut pas nier que, en fonction de son appartenance ethnique, tel individu puisse être plus réceptif qu’un autre à un traitement ou à une agression microbienne, les facteurs déterminants ne sont pas cette appartenance, mais la présence ou non dans son génome de tel ou tel gène ou allèle qui elle n’est que très grossièrement liée à l’appartenance ethnique de la personne. Autrement dit, pour se prononcer avec un peu de sécurité sur la meilleure façon de traiter cette personne, il faut procéder à une analyse détaillée de son génome. Aujourd’hui, l’opération est encore difficile et coûteuse, mais elle le sera de moins en moins.

Mais, pour donner à de telles études les meilleurs chances de succès individuel, il sera nécessaire de disposer de bases de données de référence où l’appartenance ethnique, loin d’être considérée comme une information à proscrire, sera l’une des données devant être prise en compte, à titre, répétons-le, de repérage, parmi de nombreuses autres données liées notamment au niveau et au mode de vie.

Notes
1) Rappelons que l’on définit l’espèce comme l’ensemble des individus interféconds. Au sein de l’espèce, en fonction de divers critères morphologiques, on peut identifier des races ou, dans l’espèce humaine, des ethnies.
2) Le BiDil était devenu un médicament potentiellement racial (au bon sens du terme), dont la promotion avait été faite par l’Association des Cardiologues Noirs. Aujourd’hui, son bon effet spécifique semble remis en cause.

Pour en savoir plus
Consulter le Dossier La science et les races, dans le numéro 401 de La Recherche, octobre 2006.


Appel en soutien de Robert Redeker

Je reprends ici, en m'y associant pleinement, un message qui circule sur une liste à laquelle je suis abonné. Je ne mentionnerai pas son auteur, pour lui éviter les fatwas. JPB

Nous sommes tous au courant de "l'affaire Robert Redeker". Pour ce qui me concerne, depuis le 14 février 1989, lorsque l'ayatollah Khomeini a lancé sa fatwa contre Salman Rushdie, je tiens l'intégrisme islamique pour l'ennemi principal de la civilisation. En effet, un dirigeant religieux avait l'insolence de condamner à mort un écrivain pour blasphème. Ce fut la négation de tous les progrès dans le domaine de la liberté faits en Occident et ailleurs depuis la fin du Moyen Age. Ce que veulent les islamistes c'est de nous faire revenir à cette époque obscure, comme l'a montré le régime des talibans en Afghanistan et comme le montre toujours le régime iranien (et ce malgré la résistance d'une partie de la société perse qui n'oublie pas qu'elle fut une brillante civilisation).

Aujourd'hui, les fatwas sont arrivées en France après avoir commencé leur tour d'Europe avec l'assassinat de Théo Van Gogh, l'exil aux Etats Unis de Ayaan Hirsi Ali, et l'affaire des dessins de Mahomet dans le journal danois Jyllands Posten. Un professeur publie une tribune dans le Figaro, cette tribune déplaît aux intégristes islamiques, et aussitôt un contrat (pardon, une fatwa) est lancé contre lui. Le professeur et sa famille vivent désormais cachés. J'ai lu l'article de Robert Redeker, je ne suis pas d'accord avec ses opinions, mais comme disait Voltaire, le plus important c'est son droit à les exprimer. Ce n'est pas ce que pensent les islamistes et ce faisant ils s'attaquent aux fondements mêmes de la liberté et de la démocratie. Ils s'attaquent aussi à plusieurs articles de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen.

Face à tout cela j'ai été attristé de constater à quel point l'esprit de Munich reste vivace dans une partie de nos sociétés. On cherche à "comprendre" les sentiments de ceux qui ont pu se sentir blessés par l'article de Robert Redeker. Le Ministre de l'Education Nationale a dit qu'il fallait toujours savoir mesurer ses propos. En Allemagne on déprogramme une oeuvre de Mozart. Bref, certains pensent que si on fait attention à ne pas provoquer les islamistes, tout ira mieux. Ils pensent pouvoir ainsi éviter le conflit, même en ayant un peu honte. Comme après Munich en 1938, ils auront la honte et ils auront le conflit.

Pour combattre l'intégrisme islamique il convient de le caractériser correctement. L'intégrisme islamique est le nazisme de notre temps. Il est même pire. Il faut donc le combattre en conséquence. Rester ferme sur les principes, ne rien céder là-dessus (par exemple : tous les journaux européens auraient du publier ensemble les caricatures de Mahomet; beaucoup de théâtres européens auraient dû représenter l'Idoménée de Mozart, etc.), et réprimer impitoyablement tous ceux qui s'attaquent à l'intégrité physique des citoyens exerçant leur liberté d'expression. Afin de nous éviter (au moins en partie) les souffrances du combat contre le nazisme, il faut rester toujours les plus forts, sur le plan politique (face à cet ennemi, tous les autres sont nos alliés, au moins nos alliés potentiels) et bien sûr sur le plan militaire.

Je suis aussi bien sûr attristé que nos trois candidats socialistes à la candidature n'aient rien dit au sujet de cette affaire. Dans l'avenir (même l'avenir proche) nous auront besoin de gens comme Churchill ou comme de Gaulle, et non pas de gens comme Chamberlain.

Pour finir, je reproduis ci-dessous l'appel paru aujourd'hui en soutien à Robert Redeker, appel auquel je souscris entièrement.

Sergio

Un appel en faveur de Robert Redeker
LE MONDE | 02.10.06 | 13h49 • Mis à jour le 02.10.06 | 13h49

Robert Redeker enseignait la philosophie dans un lycée de la région de Toulouse. Dans Le Figaro du 19 septembre, il signait une libre opinion intitulée : "Face aux intimidations islamistes, que doit faire le monde libre ?" Accusé d'avoir "offensé le Prophète", Robert Redeker est depuis lors menacé de mort. Comme Salman Rushdie, traqué pendant quinze ans sur toute la planète. Comme Theo Van Gogh, abattu comme un chien le 2 novembre 2004 dans une rue d'Amsterdam.

Les menaces de mort, très précises, contre Robert Redeker, émanant d'organisations de la mouvance d'Al-Qaida, ont été authentifiées par la police française et la DST. Sur leurs sites Internet, les menaces contre Robert Redeker appellent d'ailleurs ouvertement à suivre l'exemple de l'assassin de Theo Van Gogh.

Aussi, depuis la publication de son article, la vie de Robert Redeker a basculé dans le cauchemar. Il la décrit ainsi dans une lettre à un ami : "Je n'ai plus le droit de loger chez moi (sur les sites me condamnant à mort il y a un plan indiquant comment venir à ma maison pour me tuer, il y a ma photo, celle des lieux où je travaille, des numéros de téléphone, et l'acte de condamnation). Mais en même temps on ne me fournit pas d'endroit, je suis obligé de quémander, deux soirs ici, deux soirs là... Je suis sous protection policière permanente. Je dois annuler toutes les conférences prévues. Et les autorités m'obligent à déménager. Je suis un SDF. Il s'ensuit une situation financière démente, tous les frais sont à ma charge, y compris ceux, éventuels, d'un loyer d'un mois ou deux éloigné d'ici, de deux déménagements, de frais de notaire, etc. C'est bien triste. J'ai exercé un droit constitutionnel, et j'en suis puni, sur le territoire même de la République."

Quel que soit le contenu de l'article de Robert Redeker, il s'agit là d'une attaque extrêmement violente contre la souveraineté nationale. Une menace de meurtre sur notre territoire est formulée en toute impunité, et c'est absolument inadmissible.

Une poignée de fanatiques agite en ce moment de prétendues lois religieuses pour remettre en cause, dans notre pays, nos libertés les plus fondamentales. Cette menace s'ajoute aux murmures que l'on peut entendre ici et là partout en Europe sur les "provocations" qu'il faudrait désormais éviter afin de ne pas froisser de supposées sensibilités étrangères.

Porter des strings à Paris-Plages est déconseillé, tout comme écouter Mozart à Berlin ou le pape à Ratisbonne. Ces murmures sont dictés par la peur, et nous ne l'admettons pas. Pas plus que nous n'admettons les premières déclarations du SNES, syndicat d'enseignants qui se désolidarisait d'un professeur aujourd'hui menacé dans sa vie même.

Les temps en Europe redeviennent durs. L'heure n'est pas à la lâcheté. C'est pourquoi nous en appelons solennellement aux pouvoirs publics afin, non seulement, qu'ils continuent de protéger comme ils le font déjà Robert Redeker et les siens, mais aussi que, par un geste politique fort, ils s'engagent à maintenir son statut matériel tant qu'il est en danger, tout comme les autorités anglaises n'ont pas hésité à le faire durant tout le temps qu'a duré l'affaire Rushdie.

Nous en appelons aussi aux représentants de toutes les religions, et notamment aux musulmans, pour qu'ils placent sous leur protection Robert Redeker comme ils doivent le faire de toute personne menacée dans sa vie.

Ont signé: Alexandre Adler, Laure Adler, Elisabeth Badinter, Pascal Bruckner, Michel Deguy, Raphaël Draï, Roger-Pol Droit, Elisabeth de Fontenay, Alain Finkielkraut, François George, André Glucksmann, Romain Goupil, André Grjebine, Claude Lanzmann et le comité de rédaction de la revue "Les Temps modernes", Corinne Lepage, Bernard-Henri Lévy, Olivier Rolin, Elisabeth Roudinesco, Guy Sorman, Pierre-André Taguieff, Michel Taubmann et la rédaction de la revue "Le Meilleur des mondes", Philippe Val, Marc Weitzmann.


Les journées du collectif Sauvons la Recherche

Je trouve lamentable que Dominique Strauss Kahn, comme semble-t-il Ségolène Ryal, aient jugé bon de ne pas participer à ces journées, contrairement à ce qu'ils avaient promis. Le sujet est pourtant essentiel dans la perspective des élections en France. J'y reviendrai pour ma part. 30/09/06

* http://recherche-en-danger.apinc.org/

Publié dans gazetadmiroutes

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