Gazette d'Admiroutes N° 147-2 en date du 15/09/06

Publié le par Jean-Paul Baquiast

L'Afghanistan, futur tombeau pour l'OTAN...et sans doute pour l'image de l'Europe dans le monde musulman

Le corps expéditionnaire de l'OTAN rencontre de plus en plus de difficultés en Afghanistan. Ce ne sont plus seulement les supposés talibans qu'il doit combattre, mais de plus en plus la population entière. Ceci parce que les Américains, bien que ne participant pas aux opérations, ont imposé à la force de l'OTAN de se conduire en Afghanistan comme la coalition américano-britannique se conduit en Irak, c'est-à-dire avec brutalité, maladresses multiples et sans apporter la moindre aide aux populations. Mais là, c'est l'image de l'Europe toute entière qui va en souffrir, si ce n'est déjà fait. Elle sera assimilée aux Américains par les musulmans, c'est-à-dire menant au nom de la chrétienté une guerre des civilisations que nos dirigeants voudraient au contraire - disent-ils - éviter.

Il serait donc extrémement urgent que l'Europe, et notamment la France pour ce qui la concerne, se désolidarise de l'OTAN, à supposer que celle-ci ne reçoive pas de Washington la permission (sinon l'ordre) de se retirer. Les populations afghanes ne s'en porteraient pas plus mal, au contraire. 13/09/06

* voir sur ce sujet http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=3155


La PAC ne profite pas qu'à la France

Contrairement à ce qui est souvent dit, les crédits de la Politique Agricole Commune européenne ne profitent pas qu'à la seule France. Celle-ci au contraire apparaît maintenant comme peu bénéficiaire. Voici les chiffres présentés récemment à Bruxelles:

"Poland will receive the largest single grant in European Union farm aid in the new budget, according to final figures released by the European Commission. Some 77.7 billion (US$98.8 billion) was set aside for agricultural aid programs in the 25-nation bloc under the EU's 2007-2013 budget plans agreed by EU leaders in December. EU Agriculture Commissioner Mariann Fischer Boel said Tuesday's final allocation of the funds “can be used to increase the competitiveness of the agrifood and forestry sectors,” and are meant to boost job growth in the sector. Poland stands to benefit from more than 13.2 billion (US$16.8 billion) in rural development aid. The second-largest recipient of EU farm aid will be Italy, which is slated to get over 8.2 billion (US$10.4 billion); followed by Germany, 8.1 billion ($10.3 billion); Spain, 7.2 billion (US$9.1 billion) and France, which will get 6.4 billion (US$8.1 billion)". Pour billion, lire milliard. Source Dedefensa.


Joseph Stiglitz en campagne de promotion

On peut dire que Joseph Stiglitz n'a pas ménagé sa peine pour promouvoir son dernier ouvrage en France: "Contre le fanatisme du marché. Un autre monde" Fayard (traduit de Making Globalization work). Nous l'avons entendu sur de nombreuses antennes. Ceci dit, ses propos sont de poids et fort intéressants. Ancien conseiller de Bill Clinton puis de la Banque Mondiale, depuis son prix Nobel (2001) portant sur l'analyse des marchés à partir d'informations assymétriques, il jette un regard critique sur la mondialisation. Il en souligne dorénavant les limites et préconise différentes mesures destinées à éviter que sous couvert de mondialisation, ce soit les grands intérêts financiers appuyés par les super-puissance qui fassent la loi. Il recommande, accessoirement, les logiciels libres pour échapper au monopole des éditeurs. Malheureusement, tout ceci reste encore assez théorique. 13/09/06

* Page personnelle http://www2.gsb.columbia.edu/faculty/jstiglitz/bio.cfm


De quel droit Sarkozy va-t-il humilier la France devant Bush?

Nicolas Sarkozy, au prétexte de commémorer en tant que ministre de l'intérieur les cérémonies du 11 septembre à New-York, en a profité pour faire sa campagne personnelle. Ceci de la façon la plus insupportable. Alors que la France essaye de se dégager de l'atlantisme ambiant pour inciter l'Europe à prendre un peu d'indépendance internationale, il juge bon d'humilier notre pays en annonçant publiquement qu'il aime l'Amérique et qu'il souhaite "rebâtir la relation avec les Etats-Unis", sans doute compromise par la claivoyance de Jacques Chirac lors de l'entrée en guerre contre l'Irak. Ceci en la présence de Bush qu'il a rencontré une demi-heure. Or c'est faux, mister Nicolas. Nous n'aimons ni Bush ni l'Amérique qu'il représente. Vous vous êtes mis en tête d'incarner l'atlantisme, c'est-à-dire la servilité, dans la perspective des prochaines élections présidentielles. Nous nous en souviendrons et espérons que cela ne vous portera pas chance. 12/09/06

PS le 13/09 au soir. Les néo-cons ne s'y sont pas trompés. ils célèbrent tous le si sympa Sarko, qui les change si agréablement des immondes Chirac et Villepin. Voyez le concert de louange http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=3152
Je ne comprend pas comment ceux qui restent authentiquement gaullistes chez les gaullistes puissent envisager de renier définitvement le grand Charles en se préparant à élire Sarkozy. Pour une rupture, il s'agira d'une rupture de taille. Concernant la gauche en tous cas, la carte porteuse de l'anti-atlantisme (je dis bien anti-atlantisme et non anti-américanisme...encore que) devrait être exploitée dès maintenant, et sans timidité. Souhaitons ne jamais voir Ségo en médaillon face à Bush, à la place de Sarko. On la préfère avec Prodi.


Préparation des présidences allemande et française de l'Union Européenne

On sait qu'en 2007 l'Allemagne puis la France exerceront la présidence de l'Union européenne. Cela pourrait être l'occasion, pous les deux pays de définir des modalités conjointes pour la relance du processus de construction de l’Europe. Ces présidences précéderont les futures élections au Parlement européen. Compte-tenu des élections qui se dérouleront en France en 2007, il est donc essentiel de connaître les positions que prendront sur cette question les candidats(es) à la Présidence de la République française en cas de succès aux élections.

En ce qui concerne la chancelière Angela Merkel et le gouvernement allemand, les intentions sont déjà plus ou moins connues. Le président de l’actuel parlement européen, le socialiste Josep Borrel sera remplacé en janvier 2007. Ce serait l’actuel chef du PPE (parti populaire européen) Hans-Gert Pöttering qui devrait être appelé à le remplacer. Mme Merkel, dans différents entretiens, a fait part de ses intentions concernant l’Europe. Le processus constitutionnel doit se poursuivre, le projet de traité sera conservé pour l’essentiel et mis en oeuvre le plus largement possible. Le modèle social européen, reposant sur une conception chrétienne de l’homme (sic) , la démocratie, les droits de l’homme et l’économie de marché, doit être renouvelé. L’élargissement doit être poursuivi, mais seulement compte tenu des capacités d’absorption de l’Europe, c'est-à-dire en faveur de la Bulgarie, de la Roumanie et plus tard de la Croatie. Ultérieurement, l’extension à la Macédoine et à la Bosnie pourrait être envisagée, mais pas à la Turquie. Ainsi seront définitivement fixées enfin les frontières de l’Europe. Les autres Etats, noamment la Turquie et la Russie, ne devrainet se voir offrir que des relations privilégiées.

L’Europe devrait développer une capacité d’intervention dans le monde plus grande, dans le domaine de la politique étrangère et de sécurité mais aussi dans celui de la recherche et de la technologie. Une capacité de défense européenne est nécessaire, mais elle ne doit pas superposer ses compétences à celles de l’Otan, qui doivent être préservées (sic).

Le président de la Commission devrait être élu par le Parlement et les Etats lui laisseraient le soin de constituer son équipe de commissaires. En ce qui concerne le Parlement européen, dont les compétences sont de plus en plus appréciées, la chancelière compte sur le soutien du PPE qui sera probablement majoritaire pour faire admettre les vues des majorités de droite européennes dans la gestion de l’Union européenne.

Nicolas Sarkozy, dans une longue intervention (http://www.robert-schuman.org/actualite/bruxelles/discours8sept.pdf) devant la Fondation Robert Schumann et le Club des Amis de l’Europe le 8 septembre 2006, a développé ses propres vues. Nous les reprenons en PJ ici (voir http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/06-14709/discours8sept.pdf). Elles ne sont pas très différentes de celles de Mme Merkel, mais nous incitons le lecteur à s’y reporter en détail.

On sait que Ségolène Royal, pour sa part, s'est entretenue de l'Europe avec les premiers ministres espagnol et italien, lors de déplacements récents. Ce serait en effet une bonne idée que face au front des partis de droite puisse se constituer en Europe un front des partis du centre et de gauche. Mais encore faudrait-il que ces derniers présentent des idées audacieuses concernant l'avenir de l'Union Européenne.

Quoiqu'il en soit, il serait bon et démocratique que sans attendre les dernières semaines, les candidats aux élections présidentielles françaises précisent leurs positions, au-delà des généralités. Nous en tirerons le plus tôt possible des tableaux comparatifs. On peut craindre malheureusement que, craignant le caractère supposé impopulaire de ces questions,les candidats ne s’engagent pas vraiment. Cette reculade serait un véritable déni de démocratie.

En dehors des questions constitutionnelles et institutionnelles, nous nous attacherons particulièrement à étudier les points suivants :
- Vision géopolitique concernant la place de l’Europe dans le monde : Moyen Orient, Etats-Unis, Chine, Inde, Amérique Latine, Afrique, , zone euro-méditerranée, …
- Politique européenne de défense
- Politique de maîtrise des sciences et des technologies
- Politique de souveraineté dans l’espace
- Politiques énergétiques
- Politiques en matière de transports
- Politiques en matière d’immigration et de co-développement
- Politiquse en matière culturelle et d’industries culturelles
- La personnalité européenne
- Politique en matière de droit européen : droit « romain » versus droit anglo-saxon.


Cet organisme non gouvernemental milite pour le développement des idées libérales aux Etats-Unis. Il présente ici une liste d'ouvrages récents critiquant parfois sévèrement la politique de G.W. Bush et de l'actuelle majorité républicaine. Voici de quoi nous réconcilier avec une certaine Amérique.

http://www.americanprogressaction.org/site/pp.asp?c=klLWJcP7H&b=83324&lftnav=books


Le pape et la science

Lors de la Grand messe célébrée à Munich le 18 septembre, Benoît XVI s’en est de nouveau pris à la sécularisation des sociétés occidentales. «Il n'existe pas que la surdité physique, qui coupe l'homme en grande partie de la vie sociale. Il existe une faiblesse d'audition à l'égard de Dieu dont nous souffrons particulièrement en nos temps», a regretté le pape allemand. Selon lui, sans les valeurs morales de la foi catholique, «surviennent bien vite les mécanismes de la violence, et la capacité de détruire et de tuer devient la capacité principale pour parvenir au pouvoir».

Benoît XVI s’est également inquiété de «la science et d’un type de raison qui excluent totalement Dieu de la vision de l'homme». Et le pape de dénoncer «le mépris de Dieu et le cynisme qui voit l'insulte au sacré comme un droit de la liberté et qui élève l'utilité au rang de critère suprême moral pour les futurs succès de la recherche».

Dans son homélie, le souverain pontife a également abordé le sida, estimant que les «causes profondes» de la maladie devaient être combattues par la «diffusion de la foi».

On sait que par ailleurs le pape vait organisé une réunion de scientifiques à Rome début septembre, pour traiter de la question de l'évolution. Les conclusions n'en ont pas été communiquées. D'après une de nos sources, il aurait paru très sensible à la nécessité d'étudier d'autres "théories" que le darwinisme, autrement dit l'ID. Mais devant les réserves de la Curie, qui craindrait le renfort apporté à l'anticléricalisme par une telle position, il y réfléchirait encore.

PS au 15/09. Le pape a fait encore plus fort lors de son allocution du 12 septembre à Ratisbonne. Outre qu'il a stigmatisé l'intégrisme islamique comme "pathologie de la religion" (ce qui est son droit même si cela est diplomatiquement maladroit en assimilant de facto islamisme et islam), il s'en est pris aux "maladies de la raison". Parmi celle-ci il place l'héritage des Lumières qui conduit la science à rechercher "une explication du monde dans laquelle Dieu devient superflu". Le rationalisme, le positivisme, la science ne répondent pas aux questions de l'homme sur son origine, sur le sens de sa vie et de sa mort. L'homme ne peut pas se résoudre à n'être qu' "résultat accidentel de l'évolution". L'islamisme, le darwinisme (le mot honni est prononcé), voilà donc les ennemis, avec l'athéisme moderne où le pape voit "une peur de Dieu".

Que répondre à tant de non-sens et d'incompréhension. Une chose seulement: la science n'a jamais prétendu donner un sens à la vie et au destin humain. Encore qu'elle puisse y contribuer bien plus sûrement que les religions, notamment sous leurs formes les plus archaïques. Mais il est indéniable qu'elle veut trouver des explications du monde où Dieu, avec ses cortèges de fanatismes, devienne superflu. Ce qui est magnifique en la science est que l'homme ou plutôt la science, "résultat accidentel de l'évolution" , est désormais capable de bien mieux comprendre le monde que les Dogmes martelés dans les esprits faibles par les religions.

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