Gazette d'Admiroutes N° 144 en date du 1er août 2006

Publié le par Jean-Paul Baquiast

La guerre au Moyen Orient. Perspectives. Rôle des Européens. Rôle de la France

Il semble que la situation résultant de l’attaque d’Israël par le Hezbollah et la riposte d’Israël ne se résoudra pas dans un compromis censé rétablir un statu quo plus ou moins durable entre Israël et ses voisins. Tout fait craindre que l’on soit à la veille d’un affrontement majeur dans la région, susceptible de s’étendre à d’autres parties du monde. Si ce pronostic se révélait juste, il serait indispensable que l’Europe s’affirme de toute urgence comme puissance médiatrice dans ce conflit. Pour la France et notamment pour le gouvernement actuel, il s’agirait d’une occasion majeure de réaffirmer le rôle international, au sein de l’Union Européenne, que les Etats-Unis et leurs alliés ou « amis » cherchent depuis quelques années à lui dénier.

Un affrontement majeur en perspective

Quels sont les facteurs susceptibles de provoquer cet affrontement ?

- L’engagement irresponsable des Etats-Unis en Irak. Comme il avait été prévu par le gouvernement français, la guerre en Irak a radicalisé l’affrontement entre les Etats-Unis et leurs alliés, d’une part, les mouvances chiites dans la région, la Syrie et l’Iran d’autre part, pour le plus grand bénéfice d’Al Qaïda. Il a par ailleurs fragilisé l’appui des Etats arabes « modérés ». Il a enfin interdit durablement la possibilité d’intervention militaire et diplomatique américaine dans la région, sauf à ce que les Etats-Unis recourent à l’arme atomique, ce qui serait un pas sans doute irréversible vers un chaos mondial.

- Au-delà de l’engagement en Irak, la volonté manifesté par le gouvernement Bush et les forces économiques qui le financent de définir un Grand Moyen-Orient composé d’Etats et d’entreprises pétrolières soumis à l’influence américaine, auquel aucune grande puissance autre (Europe, Chine…) n’aurait accès. Cette ambition totalement irréaliste ne peut que servir la propagande des extrémistes religieux et nationalistes arabes (et iraniens) qui militent pour la radicalisation de la guerre entre le monde islamique et l’Occident.
- L’incapacité de l’Etat juif à se désengager du soutien militaire (lequel a remplacé le soutien diplomatique) que lui apportent les Etats-Unis. On conçoit qu’Israël, menacé de plus en plus ouvertement d’être rayé de la carte, se soit rapproché des Etats-Unis, en acceptant quasiment d’être leur bras armé au Moyen-Orient. Mais Israël n’a pas vu qu’il ne faisait qu’aggraver son sort, en s’alliant avec une puissance certes encore forte mais de plus en plus décrédibilisée au plan diplomatique et militaire. Il n’a pas vu non plus que la technologie militaire américaine, à laquelle il se fiait aveuglément, est inutile en situation de guérilla. Israël aurait du au contraire élargir ses alliances en s’appuyant sur l’Europe et les Etats arabes modérés pour imposer un règlement durable de la question de palestinienne. Mais il aurait fallu que les extrémistes juifs acceptent la présence d’un Etat palestinien et cessent de se faire instrumentaliser par le lobby juif américain et, derrière ce dernier, par le Pentagone.

- La poursuite de la politique menée par la Syrie et, de façon différente, par l’Iran, pour dominer le Moyen-Orient. Le fait que le Hezbollah ait pu se doter d’un armement moderne en fusées à longue portée et ait été autorisé à entreprendre une campagne de bombardement effectivement inacceptable par Israël semble en être un signe indubitable. Cette politique aurait pu cependant – pourrait peut-être encore – être contenue par la « communauté internationale » et se limiter à une reconnaissance du rôle éminent mais non exclusif que ces deux Etats, à divers titres, doivent jouer dans la région. Mais elle risque d’être radicalisée, du fait des facteurs précédemment mentionnés. Ceci donnerait aux extrémistes, dans ces pays, la tentation de faire de la Syrie et/ou de l’Iran les têtes de file d’une croisade des pays musulmans pour chasser les Occidentaux, Américains mais aussi Européens, de la région. Le vieux rêve d’une Oumma des communautés musulmanes pourrait alors inspirer des mouvements belliqueux multiples. Les conséquences s’en feraient sentir d’abord au Moyen-Orient, avec une mort programmée de l’Etat d’Israël et l’arabisation du Liban. Elles se feraient aussi sentir dans l’ensemble du monde, à commencer par l’Europe, avec la radicalisation des mouvements terroristes et des minorités musulmanes non assimilées.

- Le risque que les conflits en cours se transforment dramatiquement par l’usage de l’arme atomique. Les conséquences du recours à cette arme seraient sans doute à cours ou long terme l’effondrement des civilisations démocratiques et laïques telles qu’on les conçoit encore en Europe – raison de plus que devrait avoir l’Europe pour ne pas se désintéresser de la situation actuelle. On considère généralement que seuls Israël et les Etats-Unis disposent actuellement de l’arme et qu’ils pourraient s’en servir sans risques, l’Iran n’ayant pas actuellement de capacités nucléaires. Mais ce serait sans compter sur une éventuelle intervention du Pakistan (voire d’autres Etats atomiques), venant à l’aide des Etats arabes se disant injustement agressés par une attaque atomique, fut-elle limitée. Le risque d’une bombe sale manipulée par des terroristes est également très présent. L’Europe serait en ce cas une des premières visées, qu’elle ait ou non soutenu une action israéolo-américaine utilisant des armes atomiques tactiques.

- La démission persistante de nombreux Etats européens (comme de nombreux hommes politiques français) qui refusent de voir les divers risques énumérés ci-dessus et qui, plus grave, refusent de s’autonomiser face au Etats-Unis. Continuer à compter sur ces derniers pour régler les conflits, en appeler à un renforcement de leur intervention au Moyen-Orient, alors que ce renforcement ne peut que précipiter la marche à la guerre, s’apparente aujourd’hui à une démission criminelle. Elle est analogue à celle de l’Europe face à Hitler en 1938. Mais aujourd’hui l’Europe est confrontée à deux Hitler aussi dangereux l’un que l’autre, qu’il faudrait absolument contenir, l’un symbolisé par G.W. Bush et l’autre par les mouvements extrémistes et terroristes arabo-musulmans. 1) On notera par exemple la déclaration étonnante de Ségolène Royal qui, interrogée sur ses propositions relative à la situation au Moyen-Orient, ne trouve rien de mieux qu’appeler les Etats-Unis à s’impliquer davantage dans le règlement du conflit, ceci sans mentionner un instant le rôle de l’Europe et de la France.

Une occasion unique pour l’Europe de jouer un rôle de pacification au Moyen-Orient

Faut-il considérer comme irrévocable la volonté des Etats arabes ennemis d’Israël de le « rayer de la carte » en s’appuyant sur des mouvements terroristes désormais impossibles à désarmer ? Faut-il parallèlement considérer comme irrévocable la volonté des Etats-Unis d’engager une « guerre des civilisations » entre eux et leurs alliés d’une part, les arabo-musulmans où qu’ils soient dans le monde d’autre part ? Si cela était le cas, les chances d’une intervention pacificatrice européenne seraient minces et l’Europe disparaîtrait elle-aussi dans la tourmente. Mais le pire n’est jamais certain. On peut espérer qu’au Moyen Orient lui-même, aux Nations Unies plus généralement, des forces politiques souhaitant la non aggravation du conflit et le retour à la paix existent. Ce serait alors que l’Europe pourrait jouer un rôle capital. Que pourrait être ce rôle ?

- Affirmer que l’Europe veut désormais, au même titre que la Syrie et l’Irak, jouer un rôle majeur au Moyen-Orient, du fait de son voisinage géographique avec cette partie du monde et des intérêts multiples qui les lient. Refuser dans le même temps que les Etats-Unis restent le seul représentant – désormais déconsidéré et quasi désarmé – de l’ « Occident » dans cette région.

- Placer l’intervention européenne au service des Nations Unies, supposées être une instance de paix à vocation mondiale. Ceci nécessiterait une active action diplomatique européenne au sein du Conseil de Sécurité et de l’Assemblée Générale, notamment pour y isoler les Etats-Unis, si ceux-ci persistent dans leur unilatéralisme actuel.

- Affirmer que l’Europe n’acceptera jamais la disparition d’Israël, non plus d’ailleurs que celle de l’Etat palestinien, ce qui suppose une reprise active de négociations entre les représentants de ces deux Etats, afin d’aboutir à un accord durable.

- Déployer un très important contingent militaire, doté de moyens et de droits d’interventions conséquents, qui sécuriserait les frontières entre Israël et ses voisins (ce qui inclurait la neutralisation de la frontière entre le Liban et la Syrie). Cette force devrait être placée sous mandat onusien et comprendre d’autres contingents que les seuls européens. Mais dans un premier temps elle ne se constituera pas sans l’engagement, au titre de l’Union Européenne, d’un certain nombre d’Etats européens, dont la France, disposant de forces de projection.

- En aucun cas, cette force ne pourrait être placée sous commandement de l’Otan, légitimement considéré par les pays de la région comme instrumentalisée par les Etats-Unis. Elle pourrait disposer par contre, pourquoi pas, de contingents syriens, iraniens et libanais.

- Faut-il ou pas soumettre le déploiement de cette force au préalable d’un cessez-le-feu et, mieux encore, d’un début d’accord politique visant notamment au règlement du conflit israélo-palestinien. Ce serait souhaitable. Mais on peut penser que la préparation de l’entrée en scène de cette force et la reprise des négociations entre les belligérants se réaliseraient de facto simultanément.

- Peut-on espérer que l’Union européenne pourrait s’entendre sur un tel programme alors qu’elle est actuellement divisée entre la Grande-Bretagne et certains Etats encore soumis à l’influence de la diplomatie américaine, et les autres ? Peut-être. Sinon, les Etats européens, France en tête, qui prendraient les initiatives résumées ci-dessus, devraient s’inscrire dans la démarche des « coopérations renforcées ».

Nous ajouterons que pour le Président de la République Française et son Premier ministre, comme pour notre diplomatie, s’engager hautement dans un tel programme leur permettrait de reprendre tout le prestige international et national gagné lors de leur opposition à l’intervention américaine en Irak, et perdu depuis en grande partie.

Pour tout ceci, évidemment, le temps presse. Des déclarations dans le sens qui précèdent devraient venir dans le courant du mois d’août, ceci malgré les vacances politiques que s’octroient les gouvernements européens. 02/08/06


Le commerce équitable, nouvel attrape-nigauds?

On peut deviner que le battage publicitaire fait autour du commerce équitable va induire - ou a déjà induit - bien des dérives, sinon des escroqueries caractérisées. Le principe parait simple et d'une grande noblesse: faire vendre par les grandes surfaces, dans les pays occidentaux, des produits dont l'intermédiaire (une association?) assure qu'elle ristournera au producteur local une part du prix de vente. Celui-ci sera calculé à un niveau légèrement plus élevé que celui de la concurrence, afin de dégager des marges. On a beaucoup parlé de ce procédé dans le domaine du café, mais il s'étend à d'autres produits agricoles. Or l'économiste Christian Jacquiau, qui avait déjà fait à juste titre la critique des procédés de la grande distribution, montre dans son nouvel ouvrage ce que peut cacher le concept de commerce équitable. On lira avec intérêt son livre: Les coulisses du commerce équitable. Mensonges et vérités sur un petit business qui monte, Ed. Mille et une Nuits.

L'auteur ne condamne pas totalement le principe, mais il enquête sur l'association Max Havelaar, pionnière du système. Il montre ce que cache cette entreprise, montée à grands fracas par le prêtre (tiens, tiens) hollandais Franz van der Hoff. Il dénonce aussi le prétendu Label proposé par elle. De quoi vous renvoyer aux gondoles non équitables de nos grandes surfaces habituelles.

* http://www.maxhavelaarfrance.org/


Le pape et l'origine du monde

Selon Usatoday http://www.usatoday.com/life/people/2006-06-15-hawking_x.htm?POE=LIFISVA, le physicien Stephen Hawking, auteur du best-seller A Brief History of Time a révélé lors d'un colloque en mai 2006 que le pape Jean-Paul II lui avait demandé de ne pas étudier les origines de l'univers parce qu'il s'agissait de l'oeuvre de Dieu. La demande du pape avait été formulée pendant une conférence sur la cosmologie tenue au Vatican à une date non précisée par Hawking.

Le pape aurait dit exactement ceci: "Je suis d'accord pour l'étude de l'univers et de ses commencements. Mais nous ne devrions pas nous interroger sur l'origine de la création elle-même car c'est l'oeuvre de Dieu". Stephen Hawking avait plaisanté sur ce sujet, annonçant que le Pape avait présenté un papier à la conférence concernant la naissance de l'univers.

On peut prendre cet échange à la légère. mais il montre bien que l'Eglise catholique, en aurait-elle encore le pouvoir, continuerait à interdire aux scientifiques toutes recherches susceptibles de contredire les Ecritures. 12/07/06


Microsoft en alsacien avec l'appui de la Région Alsace. L'initiative est-elle aussi anodine qu'il parait.

Ce qui pouvait paraître une plaisanterie ne l'est pas du tout. Microsoft envisage maintenant de développer des versions de ses logiciels bureautiques (les plus utilisés par les usagers) dans les langues régionales. L'opération est déjà commencée en ce qui concerne l'alsacien. Je cite ici Le Monde du 1er juillet 2006:

" Microsoft, le géant du logiciel, proposera l'an prochain sa suite bureautique Office 2007 en une centaine de langues de la planète. Mais l'une des versions commercialisées sera absolument inédite : elle sera bilingue, en français et en alsacien. Un accord a été signé, jeudi 29 juin, à Strasbourg entre Microsoft France et le conseil régional d'Alsace pour développer ce projet pilote.

Ce sera une "première mondiale", explique Eric Boustouller, président de Microsoft France. C'est la première fois que son entreprise traduit des logiciels en langue minoritaire ou régionale. L'alsacien a été choisi en raison du nombre élevé de locuteurs : 60 % des Alsaciens se déclarent dialectophones et 35 % d'entre eux pratiquent régulièrement l'alsacien, d'après les chiffres de l'Office pour la langue et la culture d'Alsace (OLCA), outil de la région et partenaire de l'opération.

Pour adapter Word, Excel, Outlook, etc., en alsacien, un travail de bénédictin devrait associer linguistes et informaticiens. L'Institut de dialectologie de l'université Marc-Bloch (Strasbourg-2) a été sollicité pour les traductions des quelque 50 000 mots ou courtes phrases de la suite Office. Son ancien directeur, Raymond Matzen, a déjà préparé le terrain : il a dressé un lexique de base de 2 500 mots, n'hésitant pas à fabriquer, quand il le fallait, des néologismes. Ainsi le navigateur sera le Webschnüffler ("renifleur du Web"), tandis que le clavier pourrait être baptisé Täschtbrett ("planche à touches").

Pour le conseil régional d'Alsace, il s'agit d'abord d'une question d'image : l'alsacien, dialecte alémanique et francique hérité de l'histoire, langue du coeur, du terroir, de la famille, peut s'associer aussi à la modernité. Il sera ainsi "une langue support pour les nouvelles technologies de communication", note Adrien Zeller, président (UMP) de la région.

.....Microsoft Office en alsacien devrait être disponible au cours du second semestre 2007. Il pourra être téléchargé en complément d'une version de l'année d'une autre langue ou récupéré sur les cédéroms que diffusera l'OLCA. D'autres versions en langues régionales sont à l'étude, a précisé M. Boustouller, par exemple pour le catalan.".

On dira que l'opération n'a rien d'anormal. Il est dans la logique d'un fournisseur de logiciel qui se veut le fournisseur quasi unique de la planète de s'adresser à ses utilisateurs dans les langues régionales du monde. Mais n'y a-t-il pas là quelque chose qui s'apparenterait aussi à une offensive de la super-puissance américaine (dont Microsoft, y compris dans ses versions européennes, est un des acteurs les plus influents) contre la construction d'une Europe indépendante culturellement, reposant sur la puissance d'Etats nations capables de collaborer pour atteindre un poids politique suffisant. Je cite deux réactions significatives à cet égard, que nous avons reçues:

De François Asse...: (je préfère ne pas citer nommément nos correspondants)

"L' information est stupéfiante et scandaleuse à tous les égards: Microsoft France annonce aujourd'hui que, pour la première fois au monde, elle va lancer une suite de logiciels Office de bureautique bilingue. Bilingue quoi ? Bilingue français et alsacien !!!

Voilà quand même une information inouïe. A qui fera-t-on croire que c'était une urgence de faire une version bilingue français-alsacien alors qu'il n'existe aucune autre version bilingue ? Il n'existe pas de version bilingue anglais-français alors que le Canada serait, entre autres, évidemment très preneur. Il n'existe pas de version bilingue anglais-espagnol alors que les États-Unis compte des dizaines de millions d'hispanophones !! Il n'existe pas de version bilingue anglais-arabe, ou japonais-anglais, ou hindi-anglais, ou hindi-gujerati, ou chinois mandarin - anglais, etc., etc.

A qui fera-t-on croire que le coût de développement d'une telle version Français-alsacien va être rentabilisé par le nombre d'Alsaciens utilisant Windows ?? La vérité, c'est que Microsoft est, de notoriété publique, l'un des fleurons de l'industrie des services américaine qui a le plus de liens avec la CIA, la NSA et tous les services de renseignement américains..

Des rumeurs plus qu'insistantes font état de "fenêtres" dans les millions de lignes du logiciel Windows, fenêtres qui permettraient aux services de renseignement en question d'entrer par effraction dans n'importe quel ordinateur relié à Internet. La décision de lancer comme première mondiale une version de Office bilingue français-alsacien s'inscrit donc dans une logique.

Il s'agit de favoriser le développement des langues régionales, le particularisme régional, il s'agit donc de favoriser cet objectif stratégique constant des USA qui est de pousser au développement de "l'Europe des régions" jusqu'au point d'éclatement des Etats-Nations, et tout particulièrement de la France. Une fois encore il se confirme que l'objectif central des Etats-Unis en Europe est de détruire toute puissance et toute contre-culture française.

Le plus scandaleux de l'affaire, c'est que ceci se passe avec la complicité de la Région Alsace, qui est, je le rappelle, la seule région où l'UMP l'avait emporté aux élections régionales de 2004."

De Anne-Marie Campo...

"Il ne s’agit pas d’une offensive contre la France mais d’une offensive de longue date et de longue haleine contre l’Europe dans son ensemble, contre le modèle de fonctionnement étatique et administratif que nous nous sommes donné.

Il s’agit de la mise en œuvre de manière capillaire de la stratégie de la langue unique, véhicule de la pensée unique, qui consiste a baisser le niveau de toutes les langues, non seulement au plan international mais même au plan de leur propre territoire national, afin de parvenir à faire de l’anglais la « Lingua franca » au niveau mondial.

Cette stratégie prévoit que, à terme, les Français de Normandie et ceux d’Alsace, pour se comprendre entre eux, soient contraints d’utiliser l’anglais parce que chacun, à l’école, apprendra non pas le français mais sa langue locale et l’anglais. De même pour les Italiens, les Allemands, les Espagnols et ainsi de suite. C’est d’ailleurs ce qui se passe déjà trop souvent entre les citoyens des pays latins.

Tout cela est en train d’être mis en place depuis des décennies, l’explosion de l’Internet ne fait qu’accélérer le processus, rien n’est laissé au hasard, afin d’atteindre le but on invente même des langues qui n’existent pas. Il n’y a pas longtemps un périodique anglais publiait une enquête sur les langues par laquelle il résultait qu’en Italie sur 60 Millions de citoyens il n’y avait que 26 Millions qui parlaient l’italien, les autres étant considérés locuteurs d’autres langues ( piémontais, sicilien, sarde, etc.) qui en réalité sont des dialectes, sans tenir compte du fait que, en tout état de cause, l’italien est la langue nationale officielle que chaque citoyen apprend à lire et à écrire à l’école.

La stratégie de domination de l’anglais, dont le British Council est le bras opérationnel, mise en place (au moins) dès 1962, par les Anglo-Anglo-américains, a désormais des racines vastes et profondes, un nombre important d’associés et de collaborateurs très puissants.

En l’absence d’une prise de conscience généralisée et d’une contre-stratégie intelligente et vigoureuse, de la part de nos gouvernements ainsi que des institutions européennes, toutes nos langues nationales officielles vont être dégradées, peu à peu, au niveau des langues régionales et minoritaires au bénéfice de la langue unique : l’anglais."

Pour compléter ce petit dossier, je joins un mel de Philippe de T., reçu le 04/07

Cher JP, je ne réfute aucunement l'analyse de tes correspondants ; compte tenu de l'expérience que j'ai acquise à Bruxelles, je la confirme au contraire absolument : il existe bien des menées concertées à tous les niveaux pour faire éclater la construction européenne soit dans la régionalisation dénoncée ici, soit dans un élargissement à outrance qui vide le projet de sa substance politique.

Ceci dit il s'agit de menées à long terme et ici il me semble qu'à plus court terme la volonté de Microsoft est de répondre à une des principales critiques avancées par les promoteurs du Logiciel Libre, à savoir l'incapacité des grands éditeurs de logiciels à s'adapter aux particularismes régionaux voire même à éditer dans des idiomes peu usités. Je dénonçais ce travers dans une tribune que m'avait commandé l'April en 2005 à propos de l'exemple du Luganda (langue du Buganda) http://www.couchet.org/accord-microsoft-unesco-liberation.html

Merci à tous. Je reste en ce qui me concerne sur ma position, que l'on jugera sans doute un peu simpliste. Les Européens sont loin d'avoir compris que la première urgence pour survivre en tant qu'Européens et non pas en tant que consommateurs des produits américains est de se battre contre les emprises permanentes des Etats-Unis. je pense pour ma part que l'antiaméricanisme sera le ciment de la future Europe, si celle-ci se construit un jour. 05/07/06

Publié dans gazetadmiroutes

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