La Gazette d'Admiroutes N° 142-2 en date du 10 juin 2006

Publié le par Jean-Paul Baquiast


* Discussion de 3 articles sur l'avenir de l'Europe http://www.admiroutes.asso.fr/europa%2B%2B/magazine/21/index.htm#deb
* Théorie du complot et analyse scientifique http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2006/73/complot.htm

Nouveautés
* Ouvrage publié en
Open-Source (accès libre et gratuit)
par Jean-Paul Baquiast
Comprendre. Nouvelles sciences, nouveaux citoyens. 2005. PDF 825 ko
Refonte de
Sciences de la complexité et vie politique. Tome 1 Comprendre.

* Par ailleurs, Automates-Intelligents ouvre dorénavant le blog Philoscience permettant de discuter des questions de philosophie des sciences, dont certaines des idées présentées dans ce livre http://philoscience.over-blog.com/
Les pages de ce blog se retrouvent dans notre dossier Philoscience
http://www.admiroutes.asso.fr/philoscience/plan.htm


Pour suivre les développements de la grippe aviaire: consulter le blog de notre correspondant le Dr Vermeulen http://drmsfvermeulen.skynetblogs.be/
Voir de sa part un article récent: Pandémie et plan de sécurité publique
http://drmsfvermeulen.over-blog.com/article-2587620.html

D'autres blogs se sont depuis saisis du problème. Notamment celui du premier ministre français http://www.grippeaviaire.gouv.fr/ . Voir aussi http://influenza.h5n1.over-blog.com/

Nous publions cette photo en hommage au travail fait depuis plusieurs mois, bien avant les prises de conscience officielles, par le docteur Michel Vermeulen sur son blog, afin de nous avertir de la menace grandissante de la pandémie. Inutile de dire que nous prenons cette initiative sans lui en avoir demandé l'autorisation - qu'il aurait sans doute refusée par modestie.


Le Bulletin de L'Information Scientifique et l'association ANAIS

Rappelons le rôle important que joue l'association ANAIS dans la lutte contre l'envahissement des sciences par les mythologies et religions diverses, pour qui la rationalité scientifique est l'ennemi. ANAIS est l’ Association Nantes-Atlantique pour l’Information Scientifique (anais – afis http://afis44.free.fr/). Elle publie un Bulletin périodique dit Bulletin de l'Information scientifique dont on peut retrouver les sommaires sur http://afis44.free.fr/bulletins.htm . Selon ses propres termes:
"L'Association ANAIS fonde son activité sur la déclaration de principes de l’Association Française pour l’Information Scientifique dont elle forme un comité local. C’est ainsi que nous entendons notamment dans nos bulletins, tout comme les médias nationaux de l’association (la revue Science et pseudo-sciences, le site pseudo-sciences.org http://pseudo-sciences.org :
- retenir dans l'actualité scientifique et technique, un certain nombre de faits pour en considérer d'abord la signification humaine,
- diffuser une information scientifique constituée de nouvelles d'actualité dans toutes les branches de la recherche, dans un langage accessible à tous,
- dénoncer sans réserve les marchands de fausses ou de pseudo-sciences et les charlatans malfaisants pourvoyeurs de l'irrationnel,
- défendre l'esprit scientifique contre la menace d'un nouvel obscurantisme...."

Le dernier bulletin, daté de Juin 2006 et consacré aux nanotechnologies, s'en prend avec une vigueur que nous ne pouvons qu'approuver à l'alter-internet. Celui-ci se mobilise actuellement contre les nanotechnologies, d'une façon manifestement irresponsable - ou plutôt, dirais-je, d'une façon très habile permettant de faire parler de soi et de se donner de l'importance alors que l'on n'a rien à dire. J'extrais de l'éditorial les passages suivants:

"L’alter-internet s’affole une fois de plus pour «un appel à la convergence des luttes anti-nucléaires, anti-OGM et anti-nanotechnologies», pour la fermeture du complexe de recherche MINATEC qui vient d’être inauguré à Grenoble, et pour établir un « moratoire contre les nanotechnologies » …
Mais qu’est-ce qu’« ils » peuvent bien avoir cette fois-ci contre les nanotechnologies ? D’emblée le terrain est bien balisé par les recettes qui ont fait leurs preuves avec le nucléaire et les OGM : 1) c’est peut-être bien dangereux pour la santé et l’environnement 2) il n’y a pas eu de débat démocratique pour nous demander notre avis 3) si le complexe militaro-industriel et les multinationales s’y intéressent c’est donc que nous avons bien raison de nous méfier 4) de toutes façons « ils », les élites politiques et techniques autoproclamées, nous mentent...
Nous devons quand même réserver une mention spéciale au communiqué national des Verts. Si nous ne pouvons qu’être d’accord avec la phrase conclusive "Non, la science à elle seule ne suffit pas à apporter le bonheur à l’humanité. " nous ne pouvons que nous étonner si ce n’est nous insurger devant le paragraphe introductif, destiné à l’accroche et au formatage préalable ( générant des inférences mêlant peur et réprobation) du lecteur, qui affirme que « depuis Auschwitz et Hiroshima, on sait que les progrès scientifiques introduisent de nouveaux risques et peuvent être mis au service de la pire barbarie. »...
Contrairement à ce que suggère le communiqué national des Verts il n’a pas fallu attendre le vingtième siècle pour voir homo sapiens mobiliser l’ensemble de ses savoirs et savoir faire pour faire la guerre à son voisin. Au plus loin que l’archéologie nous renseigne, la taille des premiers outils est associée aussi bien à faciliter la vie de tous les jours qu’à s’assurer un avantage littéralement fracassant sur ses voisins … et cette dualité, autant que l’histoire nous renseigne, est constante … Force aussi est de constater que si les préoccupations de rapport de forces (dans la dialectique de la défense et de l’attaque) ont contribué de façon constante à motiver (et financer) les travaux sur la ligne de front des avancées technologiques, les décennies et siècles passant, le front technologique de nos savoirs et savoir faire avançant, l’acceptation sociétale devant la nouveauté progressant, ne subsistent plus que les avantages objectifs au bénéfice des populations..."


Bref, les quelques euros d'adhésion à l'AFIS ne seront pas selon nous de l'argent perdu. 10/06/06


L'indispensable dialogue anglo-français (ou franco-britannique)

Il est très bon que le Premier britannique Tony Blair et le Président Chirac se rencontrent ce jour pour parler des possibles convergences de propositions entre la Grande Bratagne et la France, sur des points essentiels, intéressant non seulement ces deux pays mais le renforcement de l'Union européenne. Il est évident en effet que, au moins dans les mots (mais les mots sont importants) les deux pays peuvent se retrouver pour promouvoir une défense européenne en propre (hors Otan), une action d'envergure en faveur de la lutte contre l'effet de serre et le développement des énergies de substituion au pétrole. Sur la question majeure de la lutte contre le réchauffement, le constat franco-britannique converge : un réchauffement non maîtrisé aurait des effets «dévastateurs», la limite acceptable ne permettant pas une élévation de plus de 2 degrés. Cela suppose un accord sur l'intensification de la politique européenne en matière d'efficacité énergétique. Paris et Londres entendent faire avancer de concert, à Bruxelles notamment, des questions comme le marché des taux d'émissions de C02 ou la politique des transports, pour développer la voiture électrique, le moteur hybride ou le ferroutage. Jacques Chirac et Tony Blair rappelleront également leur proposition de faire converger les taux d'émissions de gaz à effet de serre autour d'un taux moyen mondial fixé en fonction des performances économiques.

Les deux dirigeants sont sur le départ, ce qui peut enlever de la portée à leurs déclarations. Celles-ci supposeront par ailleurs, pour devenir concrètes, d'importants effors budgétaires dont on en voit guère encore l'amorce. Mais les mots ont leur importance et l'accord franco-britannique peut donner l'exemple d'une de ces coopérations renforcées qui feront avancer concrètement l'Europe dans les mois à venir. 09/06/06

* Post scriptum au 9 juin, 16h. Selon BBCNews de ce jour:

" Relations between Mr Blair and Mr Chirac are more harmonious now. France and the UK are to set up a joint nuclear energy forum. The two countries will share expertise - bringing together ministers, businesses and industry experts. Also on the agenda was a common defence policy, European enlargement and Iran."
The UK generates far less of its electricity from nuclear power than France - about 20%, compared with 80% in France.
Mr Blair said France's long tradition of nuclear power meant it was a good opportunity to co-operate and learn from each other. I also think that Britain and France... can inform the debate in Europe as well, because the whole of Europe is looking at this now

"We have agreed to explore in the short term and further develop the opportunities of working together in the civil nuclear field," the two leaders said in a joint statement following the talks. To that end we have agreed to establish a regular Franco-British Nuclear Forum, involving representatives from government, industry and technical experts ."The Forum will provide a vehicle to discuss Franco-British nuclear co-operation, including research, skills, decommissioning and waste management."

Mr Blair told a joint news conference he was not prejudging the outcome of his government's upcoming energy review, but said he believed it was a simple question of energy efficiency, self-sufficiency and climate change. He said there would be a big problem if the UK were unable to replace nuclear power stations due to become redundant within the next 15 years. Mr Blair said energy security and climate change were the two things that had "pushed our two countries towards an energy policy as a major factor in our own politics, domestically but also in European politics".


Ségolène Royal brillante candidate à Question Directe de France Inter

J'ai eu beau chercher le défaut, je ne l'ai pas trouvé. Ségolène Royal a dit ce qu'il fallait et comme il le fallait lors de son passage à Question Directe de France Inter animé par Patrick Boyer ce matin 9 juin à 8h20. J'ai noté notamment, dans l'ordre des préoccupations qui sont essentielles pour cette gazette, son affirmation qu'il fallait relancer l'investissement scientifique et la formation professionnelle. Elle a convenu également que si un service civil obligatoire devait être mis en oeuvre par le futur gouvernement, ce projet devrait s'inscrire le plus possible dans une démarche européenne. Bons réflexes, qui ne remplaceront pas des précisions ultérieures, sur la science comme sur l'Europe, mais que nous nous devions de noter.

Je vais être partisan, mais je dois dire que les mines roublardes et les tics de présentation déjà trop connus de Nicolas Sarkozy présentant son bilan de la politique sécuritaire ne faisaient pas le poids, par comparaison. Autant l'une parait incarner la jeunesse et l'avenir, autant l'autre nous reconduit à un passé que l'on voudrait oublier. Je pense que ce décalage jouera de plus en plus en défaveur de Sarkozy dans les mois à venir. 09/06/06


Politique maritime communautaire

L'Union européenne doit-elle avoir une politique maritime communautaire ? La Commission pose cette question dans un "Livre vert" adopté mercredi 7 juin et soumis au public jusqu'au 30 juin. Rédigé sous la direction de Joe Borg, le commissaire en charge de la pêche, ce texte a fait intervenir six autres commissaires : Günter Verheugen (entreprise et industrie), Jacques Barrot (transports), Stavros Dimas (environnement), Danuta Hübner (politique régionale), Janez Potocnik (recherche) et Andris Piebalgs (énergie). Il plaide pour une meilleure coordination des différentes politiques décidées indépendamment les unes des autres et pour que les Etats concernés - vingt dans l'Union ont des frontières maritimes - et les régions adoptent des méthodes de travail et des outils communs.

Pour nous, la réponse est évidente. Il faut une politique maritime communautaire et il faut que celle-ci dispose d"'instruments de souveraineté" lui permettant de passer du stade des voeux pieux aux contrôles et mises en oeuvre effectives. La première priorité consisterait à doter l'Europe de services de Garde-côtes efficaces sur le modèle américain le cas échéant par agrégation des flottes nationales, sur le modèle de la force européenne d'intervention). Il faudrait aussi imposer le pilotage obligatoire dans les zones dangereuses en Manche, mer du Nord et Méditerranée. Le contrôle des navires et des sociétés de certification devrait être assuré. Le dégazage obligatoire dans les ports européens devrait être imposé à tous les navires en escale. Tout cela coûtera un peu cher, soit aux Etats, soit aux armateurs et chargeurs. Mais comme le coût du transport maritime est anormalement bas, ces mesures se borneraient à rétablir une gestion durable des ressources de la mer. Ceci dit, avant d'en discuter, nous aimerions pouvoir lire le Livre Vert réputé soumis au public. Normalement, il devrait être sur le web. Mais où? Nous y reviendrons. 08/09/06

NB: Il y a plus de 6 ans, suite au naufrage de l'Erika, Admiroutes et divers collectifs s'étaient mobilisés pour faire des propositions destinées à améliorer la sécurité en mer. Bien peu ont été prises en compte, que ce soit au niveau français ou européen. Le lecteur retrouvera dans nos archives un certain nombre de textes toujours d'actualité http://www.admiroutes.asso.fr/action/erika/index.htm

Post Scriptum au 9 juin. Je reçois ce message d'un correspondant que je remercie mais dont je préfère ne pas donner le nom au cas où il ne le souhaiterait pas. Je regarderai le Livre Vert le plus tôt possible pour vous en rendre compte. La collision ce jour entre deux pétroliers dans la Manche donne une triste confirmation de la nécessité d'une audacieuse politique maritime commune
Bonjour. Vous pouvez trouver le livre vert (version temporaire) à l'adresse suivante:
http://ec.europa.eu/maritimeaffairs/green_paper_en.html .


Le jeu éducatif Cyber-budget

Le ministère des Finances français propose aux internautes de se mettre à la place du ministre du budget afin de construire le budget de la France, en tenant compte des procédures budgétaires en vigueur. Le jeu est remarquablement bien fait, et le graphisme très attrayant. Chacun d'entre nous peut s'entraîner à construire un budget respectant les grands équilibres. Mais je propose une application d'intérêt immédiat. Que ceux désirant réorienter la politique française au service de nouvelles finalités économiques, sociales et culturelles inscrivent leurs objectifs dans le cadre budgétaire proposé. Ce sera très instructif pour tout le monde. http://www.cyber-budget.fr/ 08/06/06


Politiques industrielles ou concertations stratégiques

Sur France Inter le 8 juin, Pascal Lamy, actuel directeur général de l'OMC et ancien commissaire européen au commerce, a précisé sa conception de la politique industrielle. Rappelons qu'il est de sympathie socialiste mais également excellent connaisseur de l'état du monde et de la mondialisation. Pour lui, le concept de politique industrielle, dite à la française, devrait être remplacé par celui de coordination stratégique. On peut appeler politique industrielle la politique qu'adopte un Etat pour soutenir ses champions industriels, le plus souvent au niveau national. On n'en voit plus guère d'exemples aujourd'hui, même en France. Le concept de patriotisme économique souvent évoqué depuis quelques mois, ne se traduit pas par des mesures concrètes relevant de la politique industrielle française des Trente Glorieuses: contrats publics et politiques préférentielles d'achat public, protections douanières, interventions gouvernementales dans le capital ou la structure des entreprises (mécano industriel) etc.. Une telle politique est de plus en plus incompatible avec le marché unique européen, qui interdit en principe à un Etat de favoriser une de ses entreprises au détriment de celles des autres Etats européens. On pourrait évidemment mener une politique industrielle au niveau européen, appuyée par le concept de patriotisme industriel européen, mais il n'existe aucune institution communautaire capable d'arbitrer entre les intérêts des Etats afin de mettre en place une telle politique. Ce sont malheureusement, à défaut, les intérêts financiers internationaux qui le plus souvent décident du périmètre et des ambitions des entreprises dites européennes, c'est-à-dire immatriculées dans un pays européen et exerçant en Europe l'essentiel de leurs activités.

Mais pour Pascal Lamy, cela ne devrait pas être une raison de renoncer à une intervention publique visant à encourager les intérêts industriels et technologiques nationaux. Il souhaite que cette intervention prenne la forme d'une concertation stratégique. Ce terme signifie que des représentants des entreprises innovantes, des centres de recherche et des collectivités publiques se concertent et prennent les décisions nécessaires pour développer les implantations et les activités dans les domaines jugés essentiels à la croissance. On trouve un exemple, encore pâle, de telles concertations stratégiques dans le domaine des nanotechnologies, dont on parle en ce moment avec l'officialisation du pôle de compétitivité Minatec à Grenoble. Cette concertation, pour Pascal Lamy, devra impérativement se faire à 3 niveaux: le niveau européen, le niveau national et le niveau régional. Dans chaque cas, ce seront des institutions publiques différentes qui apporteront leur appui. Au plan européen, on trouvera le futur European Research Center et les services en charge notamment des programmes-cadres. Au plan national, il pourra s'agir d'agences comme celles qui viennent d'être créées en France pour le soutien à la recherche et au développement industriel. Au plan régional enfin, les grandes régions européennes devront se doter, quand ce n'est pas encore le cas, d'agences ou de structures favorisant le développement des pôles de productivité et d'excellence. Le tout se faisant évidemment dans la perspective de la coordination globale, n'excluant pas les concurrences mais évitant les saupoudrages et les doubles emplois.

Ce schéma général parait bon. Mais il ne fonctionnera que si, au niveau du budget communautaire comme dans les Etats et Régions, des crédits publics suffisants sont affectés aux développements. Sinon, l'Europe ne pourra pas faire face à la concurrence avec les Etats-Unis, la Chine et d'autres Etats émergents. Ce n'est évidemment pas le cas aujourd'hui. Il faut aussi que des experts en coordination stratégique (et en intelligence économique) relayés au niveau des parlements et des collectivités régionales par des représentants politiques motivés, puissent assurer le travail de fond consistant à faire des projections statégiques, mettre les acteurs en relation et procéder à des évaluations. Il faut enfin que les populations soient convenablement informées des enjeux pour ne pas se laisser manipuler par des agitateurs professionnels, comme c'est actuellement le cas en matière de nanotechnologies. Ces dernières, comme toutes les technologies, présentent des risques. Les industriels et les laboratoires doivent en parler, mais ce n'est pas une raison pour céder à ceux pour qui ne rien faire constitue la meilleure attitude de survie possible. 08/06/06


Politiques de contrôle de l'immigration en Europe. Une harmonisation est-elle possible?

L'examen par le Sénat français de la deuxième loi Sarkozy dite de l'immigration choisie (juin 2006) oblige à poser la question de l’harmonisation des politiques de contrôle de l’immigration en Europe. On admet dorénavant sans difficulté que les pays européens ne peuvent pas laisser jouer sans aucun contrôle l’immigration venant des pays extra-communautaires. Mais faut-il définir une politique commune en ce domaine, intéressant des Etats aussi différents en termes de croissance annuelle de la population et de part du solde migratoire, que l’Irlande (respectivement 15,3 et 7), l’Allemagne (0,1 et 1,9) et la France (4,5 et 1).

La réponse donnée généralement par les hommes politiques est qu’il s’agit d’un domaine de souveraineté nationale où l’Union européenne ne devrait pas intervenir. Mais cette réponse oublie un caractère essentiel de l’Europe qui est le droit à la libre-circulation des personnes, y compris sans contrôles aux frontières au sein de l’espace Schengen. Ainsi la révision de la loi sur la nationalité en cours d’étude par le nouveau gouvernement italien devrait attribuer la nationalité italienne à un million d’étrangers vivants ou nés dans ce pays. Rien n’empêchera ces nouveaux Italiens de s’installer où ils le jugeront bon, dans les prochaines années. Tous les discours sur l'immigration choisie n'y changeront rien.

Dans ces conditions, il parait évident que – sans parler d’une éventuelle et très difficile répression de l’immigration clandestine – une coordination des politiques d’immigration entre les 25 Etats européens actuels s’impose. Mais sur quels critères ? L’Espagne souhaite encourager l’entrée de travailleurs manuels dont elle manque, la France et la Grande Bretagne voudraient n’accueillir que les travailleurs qualifiés… L’origine compte aussi. L’Allemagne s’intéresse particulièrement aux immigrants venant des frontières orientales de l’Europe. La France, comme l’Italie, l’Espagne et le Portugal, n’ont guère de choix. Ce sont les sub-sahariens qui veulent les rejoindre. S’y ajoutent, pour l’Espagne, les Marocains, Equatoriens et Roumains. Peut-être ces pays souhaiteraient-ils diversifier les origines mais de fait comme de droit ils ne le peuvent pas.

Que serait dans ces conditions une politique d’immigration concertée entre pays européens dans le cadre des institutions communautaires ? Un premier objectif s’imposerait : se mettre d’accord sur le fait que la natalité moyenne européenne étant en baisse, l’immigration s’impose pour assurer le renouvellement et le rajeunissement de la population. On dira que l’hypercroissance démographique mondiale continuant à menacer gravement les grands équilibres de la planète, l’Europe pourrait donner l’exemple d’une décroissance volontariste. Mais on sait que celle-ci n’aurait pas de sens. Elle signifierait seulement que l’Europe se transformerait progressivement en maison de retraite. Il conviendrait donc de définir un taux moyen de croissance de la population européenne globale et la part du solde migratoire souhaitée dans ce taux. On voit que ceci signifierait immédiatement que, parallèlement à la politique d’immigration concertée, les pays où la croissance démographique spontanée est faible ou nulle adoptent d’urgence les politiques d’aide à la natalité endogène qui ont bien réussi en France. Rappelons que l’aide à la natalité ne signifie pas nécessairement « mère au foyer » mais construction de crèches et soutiens aux parents.

Fixer un effectif paneuropéen (global) d’immigration annuelle serait très importante, en ce sens que cette mesure légitimerait l’immigration dans l’esprit de beaucoup de gens qui la considèrent encore comme une agression permanente des pays pauvres. En pratique, il faudrait sans doute qu’une agence européenne de l’immigration et de l’insertion gère des quotas annuels attribués à chacun des pays à partir de l’effectif global d’immigration jugé souhaitable, avec possibilité d’échange ou rachat de quotas, tel pays très demandeur en acquérant auprès d’un pays non demandeur.

Mais l’Union européenne pourrait-elle aller plus loin, c’est-à-dire interdire que tel ou tel pays définisse pour sa part des critères de naturalisation ou d'aide à l'insertion spécifiques ? On pourrait dans un premier temps convenir d’instituer une nationalité européenne, officialisant des droits identiques dans tous les Etats Européens. A ces droits chaque pays pourrait ajouter des formes d’aide ou de soutien qui lui seraient propres, en faveur des catégories qu’il voudrait attirer sur son territoire – ceci sans créer de discriminations qui seraient contraires aux traités. Là encore, une négociation annuelle dans le cadre de l’agence européenne de l’immigration et de l’insertion envisagée ci-dessus permettrait de viser à un minimum de cohérence dans les politiques nationales, afin d’éviter l’instabilité des implantations, qui serait contraire à une bonne intégration.

Nous pensons en tous cas que ces questions devraient faire l’objet rapidement de concertation entre les Etats et les Institutions européennes, plutôt que rester du domaine des peurs et des surenchères nationales. 07/06/06

Post Scriptum au 9 juin. J'ajoute à cet article une information intéressante: Kofi Annan, dans Le Monde du 9 juin, p. 20, publie un article intitulé: "Les migrants font avancer l'humanité". Il fait allusion au rapport présenté par lui à l'ONU sur les migrations. Ce rapport, avec chiffres et exemples à l'appui, montre que les migrations sont favorables pour les migrants, les pays d'accueil et les pays d'origine. Encore faut-il que des politiques permettant de tirer le meilleur parti de ces avantages soient mises en place, plutôt que laisser le champ libre aux passeurs clandestins et autres trafiquants.


Le programme du PS oublie l'Europe et le monde

Autant que nous puissions juger d'après les extraits publiés ce jour par la presse, le programme du Parti socialiste, adopté à l'unanimité par le bureau national le 7 juin, ne traite que de questions de politique intérieure. Il sera soumis aux militants dans les jours qui viennent avant d'être voté par eux, mais on doute que ceux-ci modifient sensiblement le contenu. Or quel message en retiendront les électeurs ? C'est qu'il est possible de "transformer la société face à la domination de la finance mondiale" par quelques dispositions d'ordre réglementaire et fiscale visant à diminuer les inégalités. Nous avons là un programme censé se projeter dans la prochaine décennie, où l'avenir de la France dépendra étroitement de sa capacité à se positionner face aux grands empires qui se partagent le monde. Cette capacité passera nécessairement par le renforcement de la puissance scientifique, économique et politique de l’Europe. Toutes les promesses ne se situant pas dans cette perspective sont du vent. Les électeurs, fussent-ils de gauche, ne sont certainement pas tellement ignorants de ce qui se passe au dehors de nos frontières pour ne pas le savoir. Quel crédit pourront-ils alors apporter à un programme qui ignore superbement l’Europe et le monde? 07/06/06

Post Scriptum au 7 juin: Le programme du PS en fichier .pdf : http://www.parti-socialiste.fr/tiki-download_file.php?fileId=184 . L'Europe y est mentionnée, mais d'une façon tellement molle que peu s'y intéresseront.


La mégalomanie des grands patrons français

Il s'agit d'une maladie trop répandue, dans un pays qui ne brille pas par la croissance économique partagée. L'opinion a saisi la démission forcée du PDG de la firme de BTP Vinci qui, à près de 70 ans, voulait empocher les quelques dizaines de millions de trop, dont on ne voit d'ailleurs pas à quel usage il les destinait. Mais on parle moins dans le grand public des décisions hasardeuses de l'état-major de la Caisse Nationale des Caisses d'Epargnes, Charles Milhaud et Guy Cotret, qui ont fait l'objet début mai d'une sanction par la Commission Bancaire, gendarme des banques (Voir Le Monde du 6 juin, p.20). Ces patrons ont été rappelés à l'ordre pour gestion hasardeuse et "jongleries dispendieuses" selon les termes du Monde - jongleries mettant en cause l'épargne des petits possesseurs de compte d'Epargne et dont les motivations semblent relever à la fois de l'incompétence, de l'intérêt politique et de la mégalomanie. Où est le temps où de tels postes étaient tenus par d'austères anciens directeurs de la comptabilité publique, dont le train de vie ne dépassait pas celui d'une voiture de fonction de puissance moyenne? 06/07/06


Criminalité organisée et impuissance de l'Europe

Le rapport d'Europol, l'agence européenne de police, remis le 2 juin aux ministres de l'Intérieur des Vingt-Cinq, met l'accent sur quatre groupes mafieux jugés particulièrement menaçants pour l'Europe en 2006 : les groupes albanais et turcs, actifs au sud-est du continent ; les groupes africains (marocains et nigérians) implantés sur la péninsule ibérique, en France et en Belgique ; les groupes belgo-néerlandais, basés aux Pays-Bas ; et les mafias russophones, implantées dans les pays Baltes. A la demande de Rome, une référence à la mafia italienne accusée d'avoir infiltré la police et le monde politique a été supprimée du document officiel. Quant à la mafia corse, elle a été purement et simplement oubliée.

Ce dernier trait met bien en évidence une triste réalité. C'est la tolérance, sinon la complicité de beaucoup d'Etats et de Régions européennes à l'égard des dites mafias, qui fait la force de celles-ci.. En dehors de la tolérance à l'encontre des trafics, l'Europe est aussi source de production. Deuxième marché après les Etats-Unis, l'Europe est aussi le premier producteur mondial de drogues de synthèse, fabriquées dans des laboratoires clandestins aux Pays-Bas et en Belgique.

Le rapport d'Europol souligne la nécessité d'une coopération police-justice des différents Etats européens - sans exception - si l'on voulait vraiment non pas mettre fin mais gêner un peu l'extension des mafias. On en est loin. Il n'y a pratiquement aucune politique commune européenne dans ce domaine. Les perspectives d'élargissement vers des pays européens limitrophes de la Russie ne font qu'aggraver les risques. Pour les spécialistes, un pays comme l'Ukraine, par exemple et pour ne citer personne, est un bouillon de culture effervescent de trafics en tous genres. Après cela, Europol peut toujours appeler au secours. Cela ne nous empêchera pas de dormir. 03/06/06


Les éléphants s'enfoncent dans les sables mouvants

Les éléphants sont réputés intelligents. Mais il arrive que cédant à des mouvements de panique, ils meurent en groupe au sein de sables mouvants et marécages auxquels ils n'ont pu échapper. Il semble que ce soit ce qui arrive en ce moment aux éléphants du PS, face à ce qu'ils ont maintenant identifié comme une menace à leur survie, la montée de Ségolène Royal. Il est pitoyable, ou plutôt réjouissant, de voir avec quel touchant accord ils dénoncent les dérives droitières de celle-ci, sans se rendre compte que ce faisant ils contribuent à l'augmentation de sa popularité. Lorsqu'on entend un Laurent Fabius parler avec des trémolos dans la voix des valeurs de la gauche alors qu'il est l'exemple même du nanti non partageux, on ne peut que rire. Je vais être mesquin (ce qui m'arrive rarement) en demandant quelle part de son patrimoine consiste en oeuvres d'art non passibles de l'impôt sur la fortune.

Trève de mesquinerie. Les déclarations de Ségolène sont du simple bon sens. Mais il fallait les faire. Elle a eu raison de dire également que le bilan de l'actuel ministre de l'intérieur en ce domaine se situe entre modeste et calamiteux. Si elle pouvait faire mieux, une fois au pouvoir, ce serait très bien. 03/06/06

Post Scriptum: je signale aux non-informaticiens que pour mettre en page la photo de Royal incluse ici, j'utilise une commande de mon édieur html qui stipule: Aligner...gauche. C'est tout un programme, que je lis comme ceci: que toute la gauche s'aligne derrière l'intéressée. Mais on me dira que l'enthousiasme flagorneur m'égare.

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