La Gazette d'Admiroutes N° 142-1

Publié le par Jean-Paul Baquiast

Galiléo. De qui l'Union européenne se moque-t-elle?

Les négociations entre l'Union européenne (UE) et le consortium pressenti pour gérer le système de navigation par satellites Galileo sont enlisées. Il s'agit d'un véritable scandale quand on sait l'importance stratégique que représente l'achèvement dans les délais et avec les performances annoncées du système de navigation par satellites Galiléo. Nous ne pouvons pas ne pas penser que les ennemis de cette réalisation, c'est-à-dire les américains et leurs alliées, notamment britanniques, au sein de l'Europe, font tout pour faire avorter le projet. Mais les négociateurs européens de l'UE et autres gouvernements sont grandement coupables de les laisser faire.

Officiellement, il subsiste une divergence sur le financement entre les industriels et les gouvernements. Elles tiennent à la question du partage des risques liés à la conception du système et de ceux liés aux revenus commerciaux et aux développements du marché.

Choisi en décembre 2005 à l'issue de laborieuses tractations, le consortium regroupe les huit principaux acteurs européens de l'espace : l'européen EADS, les français Thales et Alcatel, l'italien Finmeccanica, les espagnols Aena et Hispasat, le britannique Inmarsat, et l'allemand TeleOp. Ces industriels, qui doivent financer les deux tiers de la phase de déploiement (sur un total de 2,5 milliards d'euros), considèrent que la contribution des pouvoirs publics européens n'est pas à la hauteur des promesses. L'UE devait verser 1 milliard d'euros, mais les Vingt-Cinq n'ont accordé que 900 millions d'euros dans le budget européen 2007-2013. Ils cherchent alors à réduire l'ambition du programme, ce qui consisterait à le torpiller, alors que les Américains finalisent un super-GPS.

A juste titre, Rainer Grohe, directeur de la société commune Galileo, qui pilote les négociations, sous contrôle de la Commission européenne et de l'Agence spatiale européenne (ESA), affirme qu'il est impensable de réduire le nombre de satellites afin d'économiser de l'argent. Le système doit compter trente satellites" "Ce serait irresponsable d'économiser sur quatre satellites, quand nous ambitionnons d'avoir un système de qualité et rentable grâce à la richesse de ses applications", confirme l'entourage du commissaire européen aux transports, Jacques Barrot.

En attendant, les bruits les plus sinistres courent dans les équipes et à Toulouse, ce qui est particulièrement mauvais dans un programme de cette complexité, lequel nécessiterait une union sacrée des politiques. 02/06/06


Le programme du parti socialiste

Les militants et après eux la presse et le grand public connaîtront prochainement les 40 pages du programme du PS. Nous en avons déjà les grandes lignes, mais il faudra alors pouvoir les discuter avec tous les citoyens intéressés, notamment dans la perspective de la désignation d'un candidat socialiste à la présidentielle. Ce candidat prendra ou non ce programme à son compte. Encore faudra-t-il que le programme soit explicite, pour que nous puissions juger de l'écart entre le candidat et le PS.

Pour ma part, je n'ai rien de particulier à dire concernant les propositions déjà connues. Elles portent essentiellement sur le modèle social et sociétal. On peut les mettre en discussion, sachant que beaucoup de gens s'intéressent exclusivement à ces questions. Ségolène Royal, dans une certaine mesure, a commencé à le faire sur son site ou dans ses interventions publiques, la dernière faite à Bondy le 31 mai, en présence d’Elizabeth Guigou, portant sur la politique de prévention-répression de la délinquance et sur l’insertion.

Je vois par contre, pour ma part, un certain nombre de manques qui devront être comblés d’urgence si l’on veut proposer un véritable programme de gouvernement visant au moins les 10 années à venir. En voici une première liste. Nous y reviendrons.

Le modèle français.

Face au modèle de société ultra-libérale inspirant la droite dans son ensemble et Nicolas Sarkozy en particulier, il faut absolument revenir sur ce que pourrait être un développement économique et social durable « à la française ». Cela obligera notamment à définir le rôle de l’Etat et des services publics dans les investissements de long terme non rentables (éducation, recherche, grands équipements publics) ; dans les politiques industrielles et de soutien aux champions nationaux ou européens ; dans la protection des ressources rares et de l’environnement, etc.

Le modèle français devra absolument préciser le rôle des Régions, notamment en faveur de l’innovation technologique et culturelle.

Le projet européen

Comme ceci ne peut être fait au seul niveau national, il faudra proposer les procédures permettant de négocier avec les autres Etats membres de l’UE ces points essentiels. Mais la nécessité d’obtenir un accord avec nos partenaires ne doit pas être un prétexte pour ne rien faire en attendant. En ce qui concerne la recherche par exemple, la France peut et doit reprendre seule des objectifs ambitieux en termes qualitatifs et quantitatifs (notamment affecter en 2010 4% du PIB à la Recherche/développement).

Le projet européen, dans ces conditions, devra comporter un volet institutionnel (comment adapter les institutions de l’UE à une Europe élargie, en actualisant le projet de traité constitutionnel). Mais il doit surtout porter sur le renforcement du concept de puissance européenne ou d’Europe-puissance, indispensable dans un monde de plus en plus multipolaire. Cette puissance européenne ne sera pas concevable sans une politique – à détailler par domaines – d’investissements dans les sciences et technologies dites de souveraineté - incluant le domaine spatial.

Le projet international

Face à l’emprise de plus en plus lourde (et de plus en plus catastrophique) de la politique américaine sur le monde et sur l’Europe, le projet doit comporter parmi ses points forts la définition de relations stratégiques à long terme avec les autres pôles de puissance qui caractériseront dorénavant le monde multipolaire : Russie, Chine, Inde en priorité. Cela voudra aussi dire prendre de plus en plus de recul vis-à-vis de l’atlantisme et de l’Otan, notamment en matière de défense. Il faudra le dire clairement, en expliquant qu’il ne s’agit pas d’anti-américanisme primaire mais d’une volonté d’autonomie et de souveraineté qui a toujours fait défaut à l’Europe depuis la 2e guerre mondiale. Le concept de politique étrangère et de sécurité communes européennes (avec notamment une armée européenne et des armements européens) devra être réaffirmé.

Une répartition prévisionnelle des grandes masses de ressources publiques

Tous ces programmes ne seront pas crédibles si le PS ne propose pas une programmation indicative à plusieurs années de la façon dont les ressources et les dépenses publiques seront définies et affectées. On parle aujourd’hui de doubler le budget de la justice. Bien, mais au détriment de quoi ? De la recherche/développement ? Certainement pas.
L’impôt devra certainement être augmenté, mais le recours à l’emprunt ne sera pas à exclure, non plus que l’ajustement de la politique monétaire à l’évolution des besoins. Comme ceci n’aura guère de sens sans un engagement de même ordre des autres pays européens, notamment ceux de l’Eurogroup, le programme devra préciser comment sera négocié l’accord de ces Etats sur des objectifs de convergence. 01/06/06


L'itinéraire d'un salaud ordinaire

Dans le roman ainsi titré (Gallimard, 2006) le romancier militant Didier Daeninckx raconte la vie d'un personnage fictif, mais dont les modèles ont été malheureusement nombreux dans la France de 1940 à 1981. Le héros, comme beaucoup de hauts et moins hauts fonctionnaires, met au service des pouvoirs en place toutes ses capacités professionnelles et personnelles. Peu lui importe les politiques qu'il sert, fussent-elles manifestement criminelles, dès lors qu'il y trouve influence et satisfaction de son ego. Beaucoup de lecteurs ont déjà quelques lumières sur l'histoire de la chasse aux Israélites menée par le gouvernement de Vichy, notamment par le sinistre Commissariat aux questions juives. Mais la plupart découvriront comment après la guerre, les mêmes hommes et les mêmes méthodes ont été reconverties par la 4e République pour traquer certains communistes et surtout les premiers militants de la décolonisation, dont nombreux ont été assassinés par les services secrets. Le livre rappelle également ce que l'on tend à oublier, c'est-à-dire la désinformation soutenue au plus haut niveau de l'Etat. On y retrouve par exemple le Nouveau Candide, édité dans les années 1960, qui comptait Jean Dutourd et Gilles Perrault parmi ses chroniqueurs, ainsi que Jean-François Steiner qui deviendra l'animateur du comité de défense de Maurice Papon. Cet hebdomadaire est réputé avoir été financé par les fonds secrets afin de contrer l'influence des journaux opposés à la guerre d'Algérie.

Le livre de Didier Daeninckx se termine avec le retrait de la candidature Coluche à l'élection présidentielle de 1981. Coluche ne l'a pas dit clairement, mais ses amis l'ont dit à sa place. Le fantaisiste a cédé aux pressions et aux menaces que déclenchait sa candidature, dont des services plus ou moins officiels se sont faits les exécuteurs. On tremble pour Ségolène Royal lorsqu'on revit cette histoire récente. Il est certain que sa propre montée vers la candidature est si dérangeante, à droite et même à gauche, que Ségolène risque gros. Mais on peut penser qu'elle aura la force et l'habileté nécessaire pour faire face. Il faut quand même s'attendre au pire et nous mêmes devrons veiller, même ceux qui n'ont pas encore l'intention de votre pour elle, à ce que le pire ne lui arrive pas. 31/05/06


La possession de l’arme atomique rend-elle les gouvernements rationnels ?

C’est le postulat que fait dans Le Monde du 28 mai, p. 14, le général (CR) Lucien Poirier, un des pères de la doctrine française de dissuasion adoptée par le Général de Gaulle dans les années 1960. L’auteur croit, selon son expression, et sans évidemment pouvoir en apporter de preuve, en la vertu rationalisante de l’atome. Cette vertu a empêché les conflits entre les deux Grands de dégénérer durant la guerre froide. Elle semble jouer encore puisque des pays détenteurs de la bombe, Inde et Pakistan, ne l’on pas utilisée et n’ont même pas menacé de l’utiliser lors de leurs derniers affrontements. La question est alors de savoir si de nouveaux entrants dans le club des pays nucléaires, n’ayant pas la même culture rationnelle consistant à savoir comparer le bénéfice attendu et les coûts en retour, seraient aussi prudents au cas où ils se seraient dotés de l’arme atomique 1).

Le général pose explicitement la question à propos de l’Iran. Pour lui, la communauté internationale ne pourra rien faire, de façon négociée, pour empêcher l’Iran de posséder une bombe dans quelques années. Serait-ce une catastrophe pour la paix mondiale ? Si l’on considérait, comme les Etats-Unis semblent le dire, que l’Iran sera assez irresponsable pour utiliser cette arme en première frappe contre Israël, l’Europe et les Etats-Unis (au cas où elle disposerait des vecteurs adéquats), il faudrait évidemment détruire sans attendre les sites nucléaires iraniens, quitte à déclencher un conflit majeur entre les pays musulmans et l’Occident. Mais, malgré les gesticulations de son président actuel, rien ne prouve que l’Iran, soit dans son ensemble suicidaire. Il est clair en effet qu’à peine aurait-elle lancé sa première bombe qu’elle serait rayée de la carte, et ceci avec de bons prétextes. Pour le général Poirier, au contraire, la possession de la bombe la rendrait enfin raisonnable – de la même façon qu’Israël est raisonnable.

On devrait déduire de cet exposé que les Européens ne devraient pas s’acharner à imposer la non nucléarisation militaire de l’Iran, qui ne peut qu’enrager les Iraniens. La meilleure solution serait de normaliser les relations entre l’Iran et l’Europe dans tous les domaines autres que militaires, en se bornant à prévenir l’Iran qu’en cas d’agression contre Israël et l’Occident avec des armes de destruction massive, notamment atomiques, une rétorsion elle-même massive viendrait aussi des pays nucléaires européens.

Mais pour cela, il faudrait plusieurs choses. La première serait de s’assurer que les dirigeants Iraniens, Amanidedjab en tête, ne sont pas effectivement devenus fous. Un signe d’une telle folie serait de les voir professer la doctrine selon laquelle le combattant suicide va directement retrouver Allah. Ils pourraient alors être tentés de se suicider pour hâter leur salut éternel. Mais admettons qu’un tel risque est hautement improbable à l’échelle d’un peuple que l’antique tradition persane semble mettre à l’abri de tels délires.

Une seconde condition serait que les Européens découragent les Américains de mener des attaques, avec des armes conventionnelles et à plus forte raison atomiques tactiques, contre l’Iran. Nous avons plusieurs fois noté que cette tentation est très forte chez les dirigeants actuels mus eux aussi par une espèce de rage religieuse qui n’annonce rien de bon. Heureusement, il reste encore aux Etats-Unis un certain nombre de gens influents qui devraient en principe s’opposer au passage à l’acte.

La troisième condition serait que les Européens parlent d’une même voix à l’égard de l’Iran, notamment quand il s’agit des questions d’armement nucléaire et des armes associées. C’est pour le moment impossible puisque ni la France ni la Grande Bretagne n’ont été invitées par leurs alliés européens à mettre leur armement nucléaire stratégique au service d’une politique européenne de défense, fut-elle défensive et non offensive. Le Président Chirac avait envisagé cette possibilité lors de son discours dit de l’Ile Longue au début de l’année, mais le propos n’a pas été repris par nos alliés. De plus, aucun consensus sur une politique extérieure commune n’existe en Europe, non plus que les institutions à cette fin. Or, en l’état, le général Poirier rappelle avec justesse qu’en l’absence de traités très forts et contraignants, la défense des intérêts nationaux vitaux qui sert de fondement à la force nucléaire stratégique française pourrait difficilement inclure les intérêts des autres Etats européens et moins encore ceux d’Israël.

Enfin, à nouveau, nous retrouvons le rôle destructeur que jouent les Etats-Unis pour empêcher l’accord des 25 sur une politique de défense commune. Le général Poirier évoque la question à propos de l’édification d’un éventuel « bouclier anti-missile » protégeant l’Europe. A supposer que cette technologie devienne efficace dans quelques années, un tel bouclier, dit-il avec force, devrait être conçu et mis en œuvre hors Otan, sauf à apparaître partout comme ce qu’il serait en réalité, l’embrigadement des pays européens de l’Otan au service des stratégies mondiales américaines. Or c’est bien ce que dès maintenant voudrait faire le gouvernement américain, en négociant l’installation de rampes de missiles anti-missiles dans les Etats de l’est européen. Nous n’avons entendu aucune protestation venant des chancelleries européennes à l’égard de cette espèce de coup de force. 29/05/06

1) par exemple l'Egypte, l'Arabie Saoudite, la Lybie, l'Algérie le Nigéria, l'Afrique du Sud ( qui l'avait déjà ), le Brésil, l'Argentine, le Vénézuela sans parler de la Corée du Nord et de bien des pays d'Asie parmi lesquels Taiwan.


C'est la dépendance, plutôt que la pauvreté, qui rend malade dans les sociétés occidentales

Le professeur Michaël Marmot, qui enseigne l'épidémiologie et la santé publique à l'University College de Londres, a consacré un ouvrage non traduit en français sur un thème méritant d'être approfondi. L’ouvrage s’appelle Status Syndrome (Bloomsburry, 2004). Le thème en est simple mais jusqu’ici peut pris en considération, notamment par ceux qui sont en haut de l’échelle. On les comprend. Voyez plutôt. Si dans les pays du tiers-monde, c’est la vraie pauvreté qui crée la mortalité, par famine, maladies de carence, décès en bas âge, etc. il n’en est rien dans les pays plus riches, où la vraie pauvreté, dite aussi l’extrême pauvreté, est moins répandue, ne fut-ce que parce que des programmes d’assistance sociale luttent contre elle. Mais, remarque l’auteur, les inégalités sociales créent dans ces pays des morbidités presque aussi graves, qui ne devraient pas exister compte tenu du fait que les niveaux de vie y sont plus élevés. C’est que l’élévation des niveaux de vie ne s’accompagne nulle part d’une diminution des inégalités relatives entre riches et pauvres. C’est tout le contraire qui se passe, y compris dans les pays qui enregistrent les plus fortes croissances. Or, les inégalités créent leurs propres maladies. C’est moins alors la pauvreté qu’il faut incriminer mais la dépendance. En bas de l’échelle sociale et professionnelle, la marge d’autonomie et de créativité est faible sinon nulle. Les victimes en ressentent des frustrations qui se traduisent par une production accrue des hormones du stress, cortisol et adrénaline. Celles-ci à leur tour induisent des troubles métaboliques souvent graves et des pathologies cardiaques et nerveuses. A niveau de vie équivalent, les femmes, globalement plus dépendantes, souffrent plus que les hommes.

Dans les premiers temps de l’Internet, quelques naïfs dont j’étais avaient défendu la thèse que la diffusion de l’interactivité et la possibilité de s’affranchir d’inutiles lourdeurs hiérarchiques allaient améliorer le statut et donc la santé des subordonnés, que ce soit dans le privé ou le public. On ne peut pas dire que cela se soit produit ni que ceci soit à espérer pour l’avenir. Internet ne va donc pas contribuer à diminuer le déficit de la sécurité sociale, en prévenant des pathogénies qui pourtant, dans une société plus égalitaire, auraient pu diminuer depuis longtemps.

* Voir http://www.bloomsbury.com/BookCatalog/ProductItem.asp?S=1&sku=22042598&EmailMe=
ainsi que http://www.eurekalert.org/pub_releases/2004-06/ucl-ssh052004.php


Martine Aubry, pour contrer Ségo, innove franchement

Il semblerait que Martine Aubry, dite Mme 35 heures, ait décidé d'entrer dans la course à la présidentielle. Pour contrer Ségolène, qui a quelques longueurs d'avance, elle annonce un programme rutilant, comportant notamment la hausse du SMIC 1). Voilà qui va tirer la France de l'ornière. J'aurais préféré qu'elle propose de porter les investissements de recherche/développement de la France à 4% du PIB en 2010. Mais se représente-t-elle à quoi cela pourrait servir? 28/05/06

1) NB au 30/06. Aubry ne sera pas seule, car le PS annonce qu'il reprend aussi ce point dans son programme.


C'est quoi, être assureur militant?

"Imaginons. Sur une route, une voiture. Dans cette voiture, vous. A côté de vous, une autre voiture, dans laquelle un satellite militaire américain opérant clandestinement en Europe a cru détecter un terroriste porteur d'une bombe atomique en valise susceptible d'être envoyée (ne me demandez pas comment) sur l'Amérique ou une base américaine en Europe. Aussitôt alerté, le Président décide de neutraliser cette deuxième voiture en lui dépéchant un "ballistic missile — a land-based Minuteman or submarine-based Trident D5" lesquels peuvent atteindre n'importe quelle partie du monde en une demi-heure. Pas de chance. Vous êtes détruit en même temps que la voiture suspecte. Pas de chance. Selon la loi, votre assurance ne vous couvre pas. Alors? On ne peut pas changer la loi, mais on peut changer d'assurance...Rapprochez vous de la M..., assureur militant."

Ajoutons que ce scénario deviendra bientôt possible si les propositions de deux anciens secrétaires à la défense américains sont retenues. Elles consistent à remplacer les têtes nucléaires de certains des missiles précités par des têtes conventionnelles, afin de pouvoir les utiliser contre des terroristes sans provoquer de guerre nucléaire. Mais il y a un risque que les assureurs, même militants, ne couvriront pas: que les systèmes d'alerte russes (ou européens si un jour nous en avons) s'imaginent être en face d'une frappe préventive et déclenchent une riposte atomique massive. Les systèmes d'alerte sont en effet incapables de distinguer le type de tête dont sont dotés les missiles balistiques. Pour en savoir plus sur cette brillante idée de ces deux "sages" américains, dont la tête, elle, n'est certainement pas remplie de fromage blanc, voyez notre ami de Dedefensa:
http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=2745 28/05/06


Poutine et l'Europe: nécessité d'un accord équilibré sur l'énergie

On s’étonne de lire dans la presse que Poutine dicte à l’Europe ses conditions concernant l’énergie, comme si les Européens découvraient qu’ils ne sont pas en mesure de dicter à Poutine leurs propres conditions. Quelques mois après la crise gazière entre l'Ukraine et la Russie, la question énergétique a dominé le 17e sommet Russie-Union européenne (UE), le 25 mai à Sotchi. Comme il fallait s’y attendre, la Russie a tiré parti du fait que ses réserves en énergie fossile (gaz, pétrole et charbon) lui donnent un atout considérable dans un monde où les besoins énergétiques vont croissant et où les politiques d’économie et de recherche d’énergies de substitution tardent à démarrer. La Russie, premier producteur mondial d'hydrocarbures, n’a aucune raison de céder aux rodomontades d’une Europe qui prétendrait, forte de ses théories sur le libéralisme économique et la concurrence, lui imposer des concessions alors que pour le moment elle ne propose rien en échange. La Russie au contraire demande, à juste titre, des accords de partenariat fondés sur la réciprocité, l’échange et la compensation.

L'enjeu des négociations actuelles est la définition d'un cadre pour le fonctionnement des compagnies énergétiques en Europe et en Russie. Les discussions pourraient aboutir lors du sommet du G8 en juillet à Saint-Pétersbourg. Les investisseurs occidentaux souhaiteraient voir simplifier l'accès aux marchés et aux gisements russes. Ils attendent une sécurité sur l'approvisionnement. La Russie, elle, cherche à moderniser ses technologies et à développer ses activités de distribution énergétique à l'Ouest. Ceci semble tout à fait négociable. Mais l’Union européenne, notamment la Commission, semble poussée en sous-main par des gouvernements est-européens eux-mêmes bien trop soumis à l’influence américaine qui n’ont aucune envie de normaliser des relations équilibrées avec la Russie. Elle le prend de haut dans les négociations avec Poutine et se fait alors répondre très justement par ce dernier "Si nos partenaires attendent de nous des avantages exclusifs et veulent que notre politique d'accès à l'infrastructure, à la production et aux transports soit absolument libérale, nous nous posons une question : qu'est-ce que nous aurons en échange ? L'accès à l'infrastructure, à la production et aux transports ? Où est votre production, à quels gisements et à quelles grandes conduites nous permettrez-vous d'accéder ? Si vous n'avez rien de tout cela, nous devons trouver une solution de remplacement qui nous permettra d'entamer un mouvement réciproque, dans l'intérêt mutuel."

La réciprocité a été un leitmotiv dans le discours de Vladimir Poutine. Lors de cette rencontre, il a expliqué que la Russie ne laisserait l'Europe accéder à son "saint des saints - l'énergie" et participer à l'extraction et au transport de ses hydrocarbures qu'en échange de concessions équivalentes de la part de l'UE. La Russie souhaiterait voir davantage de partenariats établis sur le modèle de celui signé en avril avec l'Allemand BASF, autorisé à exploiter un gisement majeur en échange d'un accès au marché allemand de la distribution pour Gazprom, le numéro un mondial du gaz.

La France, dans cette perspective, pourrait jouer un rôle important du fait de son avance technologique dans la production d’électricité nucléaire. D’autres pays européens, notamment l’Allemagne, disposent d’avances dans le domaine des énergies de substitution au pétrole. Encore faudrait-il que les pays européens se soient mis d’accord sur une politique énergétique cohérente, ne reposant pas uniquement sur les intérêts immédiats des compagnies pétrolières. D'autres coopérations devraient être officialisées (par exemple l'acier, Voir notre article ci-dessous). Si l’Europe disposait d’un exécutif capable d’élaborer une telle politique, elle serait plus forte face à la Russie. En attendant, la France et l’Allemagne devraient rappeler plus haut qu’actuellement l’intérêt de l’alliance stratégique avec la Russie – même si celle-ci hier à Moscou n’a pas encouragé, c’est le moins que l’on puisse dire, la Gay Pride. 28/05/06


L'Allemagne veut faire de l'innovation l'une des priorités de sa présidence de l'Union européenne en 2007

La recherche et l'innovation figureront parmi les priorités de la présidence allemande de l'Union européenne au premier semestre 2007. Dans une déclaration gouvernementale devant le Bundestag, Annette Schavan, ministre allemande de l'Education et de la recherche, a annoncé le 20 mai dernier que le thème principal sera "la recherche fondamentale pour renforcer l'innovation, pour plus de croissance et plus d'emplois".

L'Allemagne souhaite mettre en place un Conseil européen de la recherche qui, pour la première fois, aura vocation a promouvoir la recherche de manière indépendante en Europe.

Très engagée pour l'innovation au niveau européen, l'Allemagne l'est aussi, et d'abord, chez elle. Mme Schavan a rappelé dans sa déclaration gouvernementale à quel point la recherche est importante pour le gouvernement, et a précisé les diverses mesures prises en ce sens. D'ici à 2009, la grande coalition allemande investira six milliards d'euros supplémentaires (dont 700 millions dès cette année) dans lestechnologies-clés et dans les technologies dites "transversales". Ceprogramme, ainsi que l'investissement des entreprises privées, devraient permettre à l'Allemagne de respecter les objectifs de Lisbonne fixant les dépenses en R&D à 3% du PIB en 2010.

Le gouvernement allemand a retenu 17 champs d'innovation, dont l'énergie, la santé et les biotechnologies. Il southaite renforcer la recherche mais, plus encore, l'articulation entre recherche et innovation et le transfert technologique.

Son objectif est de forger une politique d'innovation d'un seul tenant, rapprochant chercheurs et entrepreneurs afin de transformer plus rapidement les résultats scientifiques en produits innovants et en emplois. Ce sera notamment la vocation du "Conseil pour l'innovation et la croissance" qui vient de voir le jour le 24 mai. Par ailleurs, le gouvernement créera au mois de juin une "Union science-économie pour la recherche". Il entend aussi supprimer les obstacles a l'innovation dans les PME et améliorer l'acces de ces dernieres au capital-risque. Christophe Jacquemin 27/05/06

* Voir aussi notre éditorial dans Automates-Intelligents http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2006/73/edito.htm


Bientôt toute la France visible en détail et en 3D sur le géoportail de l'IGN
CJ 25/05/06

Dès cet été, le "Géoportail" de l'Institut géographique national (IGN) offrira le survol de la France gratuitement sur internet (avec des détails de 50 cm) et aussi plus tard la possibilité d'obtenir des images en 3D de l'Hexagone.
Ce projet concerne aussi bien le grand public, les milieux professionnels que les élus puisqu'il sera possible de voir son domicile dans son environnement réel grâce aux géophotos, mais également de visualiser les parcelles d'une commune, les bâtiments, le dénivelé, grâce à des orthophotos.

Selon l'IGN, quelque 400.000 clichés photographiques seront accessibles, ainsi que les 3.688 cartes à différentes échelles actuellement proposées sur support papier.

Dès 2007, les internautes pourront même naviguer sur la France métropolitaine et les départements d'outre-mer en 3D. En 2D, il sera beaucoup plus précis que le service actuellement fourni par le site Google Earth(1). Outre les éléments topographiques classiques (lacs, routes, villages...), le Géoportail permettra de repérer restaurants, magasins, poste, cabinets médicaux, musées... Dans ce dernier cas (ou pour certains sites particuliers comme des grottes préhistoriques), il devrait être possible d'établir à terme un lien pour voir des oeuvres, des dessins pariétaux.


Le portail doit aider chacun à mieux maîtriser son territoire, qu'il s'agisse de localiser des informations aussi diverses que des espèces de fleurs, zones de résineux, de feuillus, haies, parcs régionaux, voire même visualiser ce que deviendrait une maison en bord de mer dans le cas d'une montée des eaux de 50 cm, de 1 m, de 2 m ou plus.... Les internautes pourront encore avoir accès à des photos d'archives et voir ainsi l'évolution d'un bourg, par exemple, entre 1995 et 2005. Enfin, Géoportail fournira des liens avec de nombreuses administrations ou des fournisseurs de services (restauration...) au fur et à mesure des accords passés avec eux. Christophe Jacquemin 27/05/06

(1) Google, qui n'est jamais en reste, développe aujourd'hui une version française de son Google Maps (proposé aujourd'hui en version bêta sur http://maps.google.fr), s’offrant des partenaires de choix comme la RATP, ViaMichelin ou CityVox. Le Google Maps européen permet donc, comme son homologue transatlantique, de trouver très rapidement un commerce à côté de chez soi, une entreprise en particulier ou de calculer un itinéraire. Le site affiche au choix des vues satellites, des cartes routières, et même un mode mixe pour se repérer (les noms des routes sont superposées aux photos satellites). Signalons que les images satellites aujourd'hui proposées sont bien meilleures que celles employées auparavant (certaines datant quand même de un à 3 ans). Les photos des grandes villes de France sont bien plus précises, tout comme celles des agglomérations les entourant : il est possible d'agrandir ces photos satellites jusqu'à obtenir une précision de 10 à 50 m).

Géoportail de l'IGN : http://www.ign.fr/rubrique.asp?rbr_id=2379&lng_id=FR


Bravo l'alliance Arcelor-Severstal

Au risque de me révéler un grand naïf et d'être encore déçu dans mes rêves de politique industrielle européenne, je ne peux qu'applaudir à l'annonce faite ce matin d'une fusion entre Arcelor et le russe Severstal. Le conglomérat ainsi formé, premier au monde dans les aciers fins, devrait avoir un grand avenir industriel, notamment dans l'exportation vers la Russie elle-même, la Chine et le Moyen-Orient. Mais surtout elle donne un signe clair de ce qui pour nous parait une évidence: un rapprochement économique et politique entre l'Europe et la Russie est la clef du renforcement de puissance de ces deux ensembles géopolitiques. De plus, ces opérations doivent dorénavant se faire non plus au regard d'un intérêt aveugle du marché et de la finance, mais avec le coup de pouce sinon l'appui des guvernements. Le fait que Vladimir Poutine ait donné (parait-il) son aval à l'opération nous semble la marque de ce qu'il faudra faire à l'avenir dans d'autres secteurs. Nous aimerions entendre la Commission européenne, quelles que soient ses sympathies pour Mittal, saluer l'opération comme exemplaire. C'est sans doute pour sa part ce qu'a voulu dire Dominique de Villepin (mais est-ce bien le cas. Le message est peu clair. On pourra rappeler que Mittal est de droit luxembourgeois et que la Russie n'est pas l'Europe). En effet, selon Le Figaro de ce jour: "Commentant l'annonce d’Arcelor, Dominique de Villepin a déclaré que le gouvernement n'avait « pas à s'immiscer » dans les décisions du conseil d'administration d'une entreprise. Il a néanmoins rappelé son attachement au « patriotisme économique et européen ».

Le président et propriétaire de Severstal, Alexey Mordashov, « apportera à Arcelor la totalité de ses intérêts économiques dans les activités sidérurgiques de Severstal (y compris Severstal North America), ainsi que Severstal-Resource (mines de fer et de charbon) et sa participation dans le sidérurgiste italien Lucchini», plus 1,25 milliard d'euros en cash. En contrepartie, Alexey Mordashov recevra 295 millions d'actions Arcelor nouvellement émises au prix de 44 euros, représentant environ 32% du capital du nouvel Arcelor. Il se verra attribuer le poste de président non-exécutif du conseil d'administration d'Arcelor, dont Guy Dollé resterait le PDG.

La menace (je continue pour ma part à parler de menace) que représentait Mittal pour Arcelor n'est pas définitivement levée. Reste en attendant que le "vieux" Guy Dollé" que certains avaient trop vite jugé amorti, s'est révélé un fin renard. Bravo Dollé. Et souhaitons à Mordashov de rester dans les bonnes grâces du pouvoir russe. 26.05/06

* Voir le communiqué http://www.arcelor.com/index.php?lang=en&page=49&tb0=160

NB: Profitons-en pour rappeler au sémillant parfumeur (est-il donc dans le besoin, le pauvre?) qui s'est fait le champion de Mittal , notamment auprès de son ami Chirac, que son attitude ne le grandit pas. Beaucoup de gens dont moi-même considérons au contraire son "engagement" comme une véritable trahison. Mais le luxe ne connaït pas de frontières, non plus que l'art, n'est-ce pas?

PS au 31/06. Les bons esprits soulignent à qui mieux mieux les risque d'introduire le loup russe dans la bergerie Arcelor. Il est évident que le suivi d'alliances stratégiques de cette importance ne devrait pas être laissé aux seules entreprises, surtout quand il s'agit de négocier avec la Russie. Comme indiqué ci-dessus dans notre article sur l'énergie, l'Europe devrait être capable de proposer aux Russes (à Vladimir Poutine tout particulièrement) des programmes globaux d'échanges technologiques et de développements industriels à long terme, où chacun trouverait son compte.L'espace en fera partie, mais ne sera pas le seul domaine. Sinon la Russie méprisera de plus en plus l'Europe, tout juste bonnne à faire des discours, et s'intéressera de plus en plus à la Chine. Ce qui sera évidemment à notre détriment. Mais qui défendra une telle ambition aujourd'hui en Europe? Qui le ferait en France?

 

 

http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/06-14206/index.htm

Publié dans gazetadmiroutes

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Baquiast 05/06/2006 20:51

Réponse à Rey
L'ennui de la présentation que je vous propose, c'est que chaque message contient au moins une dizaine de petits articles. Si vous réagissez sur l'un, il faut me dire duquel il s'agit.En l'espèce, vous me reprochez de faire de l'ultra-libéralisme. Ce n'est pourtant pas mon habitude. Pour que je m'explique, il faudrait que vous me précisiez à quelle rubrique vous faites allusion. Merci de votre intérêt
 

REY 04/06/2006 10:50

Bonjour,
Je vous ai déja envoyé un commentaire mais il semble qu'il n'ait pas été enregistré.Je vous suis sur beaucoup de points mais je suis étonné que vous preniez à votre compte ce slogan de"l'ultra -liberalisme": qu'est ce que cela veut dire ? Citez moi un pays ulta -liberal en Europe! L'allemagne de A.Merkel, la G.B. de Tony Blair dont Segoléne Royal se réclame.Pour conclure, je pense que le socialisme de T Blair est de nature beaucoup plus libéral que "l'Ultra-liberalisme" affiché par N Sarkozy.
Merci J REY

françoise 02/06/2006 21:33

C'est sympathique d'avoir transformé la Gazette en Blog. Mais je crois que vous aurez peu de réactions de la part de vos anciens abonnés, tout au moins. Car si j'en crois mon propre exemple, je suis le plus souvent d'accord avec ce que vous écrivez. Ce n'est pas la peine d'encombrer le blog pour le dire. Bon courage et continuez. F.D