Gazette d'Admiroutes N° 141-2 du 26 mai 2006

Publié le par Jean-Paul Baquiast

A voir aussi sur Admiroutes - Automates Intelligents:

* Renaissance de la Recherche/développement en Allemagne http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2006/73/edito.htm
*
Publiscopie. Présentation de Collapse, par Jared Diamond (signalé) http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2006/73/jared.htm
* Vaccin possible contre la grippe aviaire humanisée http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2006/73/actualite.htm#actf

 

Et si c'était Ségolène

Ceux qui rêvent de voir Ségolène Royal élue présidente de la République peuvent imaginer l'heureux évènement en regardant un petit film de 20 minutes fait sur ce thème: http://www.20minutes.fr/microfilms/etsicetaitelle.php . C'est la société Tempête du net qui a réalisé ce film, co-produit avec le journal gratuit 20 minutes et en liaison avec Fréderic Filloux
http://filloux.blog.20minutes.fr/archive/2006/05/22/20-minutes-les-microfilms.html .
Eric Walther, un ancien de la presse économique, a créé Tempête du Net pour produire d'autres "microfilms" http://tempetedunet.com/
Exemple à suivre...


Portail Etudiant

Je suis heureux de signaler une bonne réalisation de l'Education Nationale française, permettant aux étudiants français et étrangers, ainsi plus généralement à tous ceux qui envisagent de suivre des études supérieures d'avoir des informations sur les filières, les établissements et diverses conditions pratiques. Il s'agit du Portail Etudiant http://www.etudiant.gouv.fr/. Evidemment, les informations, déjà très nombreuses (près de 22000 offres de formation diplômante sont référencées) gagneront encore à être complétées puis tenues à jour par les établissements eux-mêmes pour ce qui concerne les données sur l'insertion professionnelle. 24/05/06



Les propositions de Laurent Fabius concernant la relance de l'Union européenne

Nous n’avons plus aucune sympathie pour Laurent Fabius. Je dirais plus. Comme beaucoup de partisans de la construction européenne cruellement déçus par le refus du corps électoral de ratifier le projet de traité constitutionnel, nous le tenons comme personnellement responsable de cet évènement calamiteux. Sans la caution qu’il a donné à gauche aux partisans du Non, le Oui aurait peut-être pu l’emporter. Or cette caution, il l’a donnée non pas motivé par un sens élevé des intérêts de l’Europe, comme il l’a prétendu, mais par ce qu’il faut bien appeler de l'arrivisme personnel. Il a pensé ainsi pouvoir recueillir, dans la course à la présidentielle qui s’annonçait, les moyens de redresser un score de popularité alors très bas. Ce calcul a échoué. Laurent Fabius est plus bas que jamais dans les sondages et il y a peu de chances qu’il puisse regagner de la popularité. C’est donc politiquement un homme fini. Malheureusement le mal qu’il a fait à la France et à l’Europe dure encore et s’amplifie tous les jours.

Faut-il alors prendre la peine de commenter les propositions pour une relance de l’Union européenne qu’il vient de faire dans un long article du Monde (voir http://abonnes.lemonde.fr/web/article/0,1-0,36-774371@45-2,0.html) . Oui, car les idées ont leur propre validité, indépendamment des hommes. Or celles présentées dans son article nous paraissent mériter attention. Nous allons les résumer sommairement ici. Les phrases significatives de Laurent Fabius (extraites certes de leur contexte mais qui se suffisent à elles-mêmes) seront reprises en italique brun. Notre commentaire sera en police normale.

Depuis plusieurs années, nous déplorons que la croissance de l’Europe soit inférieure à celle des Etats-Unis et très inférieure à celle de la zone asiatique, avec ses conséquences dramatiques sur l’emploi et la protection sociale. Pourquoi en sommes-nous là ? En fait, l’Union – et particulièrement la zone euro – se place elle-même dans une tenaille. D’un côté, nous interdisons tout soutien puissant de la demande interne – par la consommation et l’investissement – à la croissance puisque divers mécanismes (pacte de stabilité, limitation drastique du budget européen, pression sur les salaires, …) l’excluent. Mais de l’autre côté nous écartons aussi une relance par la demande externe – c’est-à-dire par les exportations – puisque nous ne soutenons pas nos points forts industriels dans la compétition mondiale en acceptant une concurrence parfois déloyale et une surévaluation de l’euro. Comme, dans le même temps, nous avons fixé des objectifs dits de Lisbonne (développement de la recherche, de l’éducation, de l’innovation,…) mais que nous ne mobilisons pas les moyens financiers pour les atteindre, il n’existe aucune chance que nos résultats économiques et sociaux s’améliorent spontanément.

Laurent Fabius évoque à juste titre le fait que les pays européens ne financent pas suffisamment la recherche, l’éducation, l’innovation. Il a raison. Nous ne cessons de le répéter dans ces chroniques. Mais nous ne sommes pas nombreux en France à la faire. Aucun candidat à la présidentielle, aujourd’hui, ne propose d’accroître les budgets de recherche/développement, européens comme nationaux à 4% du PIB, c’est-à-dire au-delà des 3% qui sont annoncés pour 2010 mais qui dans la tendance actuelle ne seront jamais atteints?

Beaucoup de temps a été perdu depuis des années et ce qui s'impose désormais, c'est un plan de relance de l'Union. Des progrès – c'est la première urgence – devraient être préparés dans plusieurs domaines concrets où une stratégie européenne s'impose. C'est le cas notamment pour la politique énergétique (économies européennes d'énergie, développement des transports collectifs, des énergies renouvelables, des carburants propres, interconnexions des réseaux, coordination des stocks et des achats…), alors que malheureusement le dernier sommet européen n'a abouti qu'à reprocher à la Commission ses ambitions en ce domaine. C'est aussi le cas pour la recherche scientifique, l'éducation, la formation, l'université, où nous sommes en train d'aggraver notre retard par rapport à nos grands concurrents : de nouveaux projets devraient être financés hors des critères de Maastricht dans le cadre d'un pacte positif pour la recherche afin de nous permettre de demeurer dans la course et si possible d'en prendre la tête.

Tout a fait d’accord. Il faudra d’ailleurs aller plus loin et faire des listes concrètes de programmes et de projets, assorties de propositions financières.

Cette ambition pose la question du budget européen, traitée avec incohérence et imprévoyance par l'exécutif français. Depuis 1995, le président de la République proclame que davantage de politiques concrètes doivent être financées, mais milite – avant comme après le référendum – pour une baisse des financements communautaires. Il faut en finir avec ce double langage qui cause du tort à l'Europe : oui, l'amélioration du budget devra accompagner la relance européenne. La situation actuelle n'est pas acceptable : le budget de l'Union reste largement inférieur au montant du seul budget français, et plus de 40 % est consacré à la seule politique agricole commune. Une solution existe, que nous devons proposer : la création d'une ressource fiscale autonome, par exemple une taxe communautaire sur l'énergie, moyen de renforcer à terme les moyens et les ambitions de l'Union et premier jalon d'une indispensable harmonisation fiscale. Les présidences qui se succéderont en 2007 devraient aborder la question institutionnelle. La présidence française, en 2008, l'année de la révision de l'accord budgétaire, devra se consacrer aussi à l'élaboration d'un paquet budgétaire digne d'une Europe élargie, solidaire et préparant l'avenir.

Encore une fois, tout à fait d’accord. Faut-il un impôt européen autonome ? Pourquoi pas. Faut-il le faire porter sur l’énergie ? On entend déjà les plaintes des secteurs concernés. Disons qu’il faudrait l’asseoir sur des activités générant les consommations gaspilleuses et les délocalisations spéculatives.

J’ajoute à cela la dimension sociale qui doit venir en tête d’agenda. Il devient vital de viser une harmonisation par le haut afin de faire converger les décisions nationales au rythme du développement de chacun des pays, en fixant des objectifs comparables à ceux du traité de Maastricht pour atteindre l’euro. Le but est d’éviter, au sein de l’Union, le dumping, par exemple sur le taux d’impôt sur les sociétés, et la multiplication des délocalisations. Pour être acceptée par les nouveaux Etats membres, cette démarche pourrait s’insérer dans un « nouvel équilibre de l’élargissement » : en compensation de leur renonciation à la stratégie de l’harmonisation par le bas, ils bénéficieraient d’un effort budgétaire spécial, de la liberté de circulation pour leurs travailleurs et de la solidarité qu’ils nous demandent dans la sécurisation de leur approvisionnement énergétique. Rompant avec le chacun pour soi actuel, faisons le choix d’un élargissement solidaire. Tant que ces nouvelles règles n’auront pas été posées, je suis favorable à un refus de tout nouvel élargissement.

Pourquoi pas ? Ajoutons que, sans vouloir imposer aux autres pays le concept des services publics à la française, il faudrait reprendre le discours aujourd’hui politiquement porteur selon lequel des services (disons d’intérêt général) protégés des jeux dévastateurs de la finance internationale, devraient prendre en charge, au niveau de l’Europe toute entière, les grands intérêts à long terme concernant l’aménagement des territoires, la santé publique, la protection de l’environnement (sols, air, eau) et des espèces vivantes…Des agences européennes dotés de solides budgets pourraient être crées et mandatées en ce sens.

La politique de la concurrence devra, elle aussi, évoluer. A l'heure des OPA planétaires et de l'hyper-concurrence asiatique et américaine, elle ne favorise pas la constitution de champions européens. Au contraire, elle les pénalise par une approche idéologique, tatillonne et finalement contre-productive : les exemples pour la France vont de Pechiney à Schneider et Legrand, en passant par Mittal et Arcelor.

Exact. Plutôt que présenter les objectifs du patriotisme industriel national comme un épouvantail, il faudrait les reprendre et les étendre, dans la perspective de rendre concret ce qui devrait devenir une ardente obligation pour l’Europe, un patriotisme industriel et commercial européen. Il ne serait pas différent en ce sens de ce dont font preuve en permanence les Etats-Unis, la Chine l’Inde et plus généralement tous les pays d’une quelconque ambition. importance.

La politique commerciale européenne devrait également constituer un outil plus performant. L'existence d'un négociateur unique pour l'Union et d'une coordination forte dans ce domaine constitue un atout. Mais l'exemple des décisions à l'OMC montre comment l'Europe est réduite à une position défensive, incapable d'étendre la négociation aux standards sociaux, aux normes environnementales, aux parités monétaires qui devraient pourtant faire partie intégrante d'une discussion visant à un juste échange international ("fair trade") plutôt qu'à un libre échange ("free trade"). Face à l'empire américain et aux géants indien et chinois, nous avons besoin d'une nouvelle politique de la concurrence et du commerce qui permette la défense et la promotion de l'industrie et des entreprises européennes.


Exact encore. Il s’agit d’un corollaire évident de ce qui précède.

Le chantier institutionnel devra être repris. ….Une solution pourrait consister en une démarche à trois temps....

Ces propositions ne nous paraissent pas prioritaires. L’essentiel n’est pas les institutions en soi mais ce que les citoyens voudraient faire de l’Europe et avec l’Europe. A partir de consensus sur les objectifs, les solutions institutionnelles peuvent s’imposer d’elles-mêmes.

Quels moteurs pour relancer l'Union européenne ? Malgré le refroidissement observé depuis quelques années, je reste convaincu que le couple franco-allemand représente un atout décisif. L'avoir délaissé ou banalisé est une faute grave. Pour relancer l'Europe, il faut redynamiser la relation entre la France et l'Allemagne – qui n'est pas exclusive d'autres liens étroits, notamment avec nos amis belges, luxembourgeois, italiens et espagnols. Le premier sommet européen auquel participera le nouvel exécutif français aura lieu en juin 2007, sous présidence allemande. La France exercera la présidence en 2008. Outre la croissance et les institutions, la défense devrait être un champ majeur d'avancées communes. A éparpiller nos efforts en matière de défense, nous nous interdisons de peser sur la scène du monde et nous gaspillons des marges de manœuvre budgétaires. Nous avons besoin d'une stratégie d'armement intégrée et d'une défense commune. Je propose un grand dessein : qu'à l'horizon 2014, soit cent ans après Verdun, une armée franco-allemande ait vu le jour. Prélude à une défense européenne et à des éléments de diplomatie commune. Pourquoi ce rêve serait-il moins réalisable qu'une monnaie unique ? Là comme ailleurs, c'est affaire de volonté politique.

D’accord à 100% sur tout ceci ? Nous ajouterons un pont fondamental, oublié de tous en Europe aujourd’hui et que nous nous efforçons de défendre, la mise au point d’une politique spatiale commune visant la assurer la souveraineté civile, scientifique et militaire de l’Europe dans l’espace.

L'autre moteur pour avancer est l'Eurogroupe. Je lance une mise en garde. Ne recommençons pas avec la zone euro l'erreur lourde que nous avons commise dans les années 1990 avec l'ensemble de l'Union : c'est-à-dire élargir avant d'approfondir. La zone euro a d'abord besoin de se renforcer, en instaurant en son sein un vrai pilotage économique commun, une réelle politique de croissance et de change, une harmonisation fiscale et sociale. Tout cela devrait, selon moi, précéder – et non suivre – un éventuel élargissement de la zone euro. Sinon l'espoir d'une Europe unissant vraiment les peuples risque d'être compromis, et la zone monétaire cessera d'être l'amorce d'une Union politique pour n'être plus que le complément d'une zone de libre-échange.

Encore une fois d’accord à 100%, ou presque. Nous disons « ou presque » parce que certains experts considèrent au contraire que donner l’euro à ceux qui le souhaitent, sans les accabler de préalables, ne peut que renforcer la zone euro et plus généralement diminuer l’influence de la zone dollar.

Quant au Parlement européen, malgré sa majorité conservatrice, il a montré qu'il bénéficiait d'un esprit pro-européen. La directive services a été largement réécrite. La directive portuaire a heureusement été rejetée. La négociation sur le budget, quoique très insuffisante, a permis d'obtenir quelques milliards d'euros de plus ; ils seront indispensables notamment pour la solidarité avec les nouveaux entrants. C'est dans cette enceinte que "la période de réflexion" sur l'avenir des institutions de l'Union conduit à un vrai débat sur les attentes des citoyens. Nous devons miser davantage sur la dynamique du Parlement. Nous appuyer aussi davantage sur la mobilisation des syndicats et des grandes associations démocratiques, dont on a vu l'efficacité pour contrer les directives les plus libérales, et, positivement, pour l'adoption de règlements favorables aux biens publics.

Tout cela dessine une Europe à la fois ambitieuse et différenciée. Si l'Union se prétend uniforme alors même que les Etats membres et leur degré d'euro-volontarisme sont de plus en plus hétérogènes, elle s'alignera sur le plus petit dénominateur commun, devenant le cheval de Troie des Etats-Unis, de l'Asie ou de leur alliance, c'est-à-dire d'une mondialisation sans règles, dont le résultat est de creuser les inégalités entre pays et au sein des pays. Cette reconnaissance d'une Europe différenciée est essentielle, elle constitue une autre façon d'évoquer la fameuse idée des "trois cercles" à laquelle adhérait notamment François Mitterrand : au centre, les pays les plus euro-volontaires désireux d'avancer vite et loin, unis autour de projets communs et partageant une conception intégrée de leur destin et de leur action dans la mondialisation ; au-delà, les Etats membres de l'Union dotés d'une ambition de convergence ; à la périphérie, les Etats avec lesquels un partenariat privilégié s'impose – je pense à la Turquie, à l'Ukraine, mais aussi aux pays de la zone méditerranéenne, actuellement négligés par l'Europe –, sans qu'ils fassent à proprement parler partie d'une Union qui ne peut pas digérer un élargissement indéfini. Sur ce point, je fais miennes les récentes déclarations d'Angela Merkel et de Romano Prodi : nous devons dire clairement à certains pays que leur participation n'est pas possible dans un temps prévisible.

Cette Europe différenciée devra récuser la dérive actuelle qui consiste, y compris pour certains Etats membres, à tenir la politique européenne pour une simple action d'ajustement des économies européennes à la mondialisation. Autant l'Union a poursuivi longtemps et à juste titre l'ambition d'être un acteur majeur, capable de peser sur l'environnement international, autant elle adopte désormais souvent une posture de "petit pays", ayant vocation à s'insérer dans "l'ordre" existant plutôt qu'à influer sur lui. Certes l'Union doit s'adapter au contexte global. Mais une attitude de renoncement n'est pas conforme à l'intérêt de l'Union, elle ne bénéficie qu'à une minorité qui creuse l'écart avec les salariés des industries européennes soumis à une concurrence exacerbée. Elle n'est pas non plus conforme à l'intérêt de l'équilibre mondial et à un avenir durable pour la planète.

Car là est finalement l'essentiel : un monde dominé exclusivement par les Etats-Unis serait bancal et dangereux ; un monde dominé par le couple américano-chinois ne serait ni à l'avantage de l'Europe, ni vraisemblablement à celui de l'humanité toute entière. On en perçoit les périls économiques, sociaux, écologiques, culturels, démocratiques. Le monde a besoin d'un équilibre vrai, de stabilité et de solidarité, où l'Europe tiendra sa place – une Europe rayonnante, une Europe-levier – et ses Etats


…Beaucoup de temps a été perdu. Le prochain président de la République devra être l'homme de la relance de l'Europe. D'une Europe qui, désormais, progresse et qui protège.

La conclusion de Laurent Fabius sera aussi la nôtre. Espérons que les futurs candidats et candidates à la présidence de la République reprendront et même renforceront, dans le sens européen, cette bonne « feuille de route », pour parler tendance. 24/05/06

NB. Cette note peut aussi être commentée sur notre blog du Monde
http://automatesintelligent.blog.lemonde.fr/automatesintelligent/2006/05/les_proposition.html


Le Pentagone propose d'engager l'Europe dans un éventuel futur conflit avec l'Iran

Nul ne sait encore ce que feront les Etats-Unis dans les prochains mois vis-à-vis de l'Iran. Le clan des faucons, qui semble avoir la sympathie des néo-conservateurs et de G.W. Bush, verrait assez bien des frappes militaires, y compris avec des bombes à tête atomique dite de forte pénétration. Il en résulterait un bouleversement général, non seulement du Moyen-Orient, mais du monde entier. Ceci n'inquièterait pas le pouvoir en place, qui pourrait espérer retrouver les faveurs de l'électorat à l'occasion d'une mobilisation générale contre le "terrorisme". L'Amérique a toujours su se forger des ennemis plus ou moins artificiels pour se donner des arguments lui permettant d'assurer ou réassurer sa puissance. Mais une partie des militaires, notamment les généraux de l'armée de terre, semblent hostiles à cette aventure. On pensait en tous cas que jusqu'à présent, l'Europe des Etats "raisonnables", qui comprenait sur ce point la Grande Bretagne, l'Allemagne et la France (ainsi que M. PESC, Javier Solana, de moins en moins audible il est vrai) , ne voulait pas se voir impliquer dans des gesticulations militaires. La troïka européenne continue, bon an mal an, à s'efforcer de trouver avec Téhéran un terrain d'accord évitant la nucléarisation accélérée de l'Iran. Les pays est-européens, beaucoup plus soumis aux pressions de Washington, n'avaient pas par contre fait connaître clairement la position qu'ils prendraient en cas d'attaque américaine contre l'Iran.

C'est sans doute cette mollesse européenne qui donne à la diplomatie américaine la tentation d'embrigader l'Europe dans sa lutte contre les Etats prétendus voyous et le terrorisme, représentés aujourd'hui par l'Iran. La diplomatie américaine vient de faire une tentative qui aurait été inimaginable il y a seulement quelques mois et qui montre à quel point d'abaissement l'Union européenne est tombée à leurs yeux. Les stratèges de George Bush étudiaient depuis longtemps le déploiement d'un bouclier antimissile sur le sol européen. Le Pentagone est passé à l'acte puisqu'il a confirmé le 23/05 que les Etats-Unis «discutaient actuellement» avec leurs alliés européens pour déployer un tel système sur leur sol. Avec l'Iran en tête, et 2011 comme horizon. Le site d'accueil pourrait être la Pologne ou la République tchèque. On doute que la Pologne, actuellement soumise à un gouvernement ultra-conservateur, fasse beaucoup d'objections à ce projet.

Mais de qui les Américains veulent-ils nous protéger? Les Russes ont pu un moment penser que le système était dirigé contre leurs propres batteries de missiles intercontinentaux. Mais ceux-ci se joueraient d'un tel réseau de fils de fer barbelés. Il s'agit seulement de protéger l'Europe de l'Iran. Les Américains souhaiteraient installer une dizaine d'intercepteurs et les radars de détection qui les accompagnent. Ils auraient vocation à protéger l'Europe d'attaques de missiles pouvant provenir, entre autres, mais essentiellement, de l'Iran. Ce site européen pourrait ressembler à celui déjà implanté en Alaska, où entre 3 et 6 lanceurs ont été installés pour contrer une attaque de missiles à longue portée nord-coréens.

Au plan militaire, à supposer que des missiles iraniens porteurs de têtes nucléaires existent et puissent atteindre un jour l'Europe, les spécialistes savent très bien que cette résurgence de l'ancien programme Anti Balistic Missile n’aurait guère d'efficacité. Les essais faits jusqu'à présent n'ont guère été concluants. Ces difficultés techniques suscitent une forte opposition aux Etats-Unis. Il n'y a guère que les industriels bénéficiaires des contrats d'armement pour y croire. Le Congrès se montre d'ailleurs réticent devant les sommes à engager, notamment pour la mise sur pied d'un site européen.

Mais les missiles de l'ex National Missile Defense jouent déjà un tout autre rôle que militaire, dans l'esprit de la diplomatie américaine. Ils illustrent les efforts considérables déployés actuellement par le Département d'Etat pour réembrigader dans l'Otan les Etats européens et étendre l'Organisation à d'autres parties du monde. Comment les Européens, le Japon et l'Australie pourraient-ils faire la fine bouche face à la générosité américaine, si empressée à prendre leur défense contre les méchants ayatollahs ou les méchants Nord-Coréens.

Peu importe aux stratèges du Pentagone que se posent des questions de souveraineté. Il n'existe pas d'espace aérien européen commun et certains pays veulent rester maîtres de leur défense aérienne, y compris son éventuelle extension antimissile. Mais là encore cependant, les défenses s'abaissent. Selon Le Figaro de ce jour: «La France s'est opposée fortement aux projets américains à la fin des années 90, rappelle un expert, mais le dernier discours de Jacques Chirac à l'île Longue a montré une ouverture inédite, avec l'évocation d'une complémentarité entre la défense antimissile et la dissuasion».

Continuons à citer Le Figaro, bon observateur de l'atlantisme européen rampant: "La porte est peut-être ouverte à la participation aux projets antimissiles menés dans le cadre de l'Otan depuis 2002, qui seront discutés au prochain sommet de Riga. Une «étude de faisabilité» confidentielle est depuis le début du mois entre les mains des pays de l'Alliance. Le problème politique se double d'une question technologique et financière. Dans ce domaine, les Européens ont un retard considérable. Depuis les années 50, les Etats-Unis ont dépensé plus de 170 milliards de dollars pour leurs projets antimissiles. En attendant, les Américains modernisent les radars de la base britannique de Flyingdales. Et envisagent de faire de même sur la base dont ils disposent à Thule, au Groenland. A l'évidence, Washington n'entend pas avancer plus lentement que l'Iran d'Ahmadinejad."

Sauf que l'Iran, jusqu'à ce jour, n'a jamais menacé l'Europe - ni même les Etats-Unis. Nous ajouterions cependant pour notre part, afin de ne pas nous faire reprocher par nos lecteurs de laisser l'Europe sans défense vis-à-vis de missiles éventuels, que ce serait dans le cadre de la défense européenne intégrée (hors-Otan évidemment) que les Européens devraient se placer. Les technologies spatiales et militaires européennes sont tout à fait à même de fournir des solutions efficaces. Encore auraient-elles besoin de contrats pour ne pas disparaître de la scène industrielle. Pensons donc à nos propres ressources avant d'accepter les offres américaines si apparemment généreuses. 24/05/06

Post Scriptum. Petite devinette : qui vient de déclarer : " ...Nous mesurons l'importance de nos relations avec les Etats-Unis . Ce que nous voulons c'est ne pas tomber dans la dépendance vis à vis d'une puissance ou d'un groupe de puissances , nous voulons construire notre souveraineté à partir de nos capacités technologiques et productives". Il s'agit de Lula le Président Brésilien !

 


Accord presque définitif sur Iter

L’accord sur ITER, le réacteur expérimental à fusion thermonucléaire, a été paraphé le 24/05 par les sept partenaires du projet, soit
l’Union Européenne, le Japon, les Etats-Unis, la Chine, la Russie, l’Inde et la la Corée du Sud. L’accord devra encore être formellement signé à Washington ou Cadarache. Il devra ensuite aussi être ratifiés par les 7 parties, ce qui pourrait se faire d'ici la fin de l'année. Concernant le financement du projet, l'Union Européenne assurera 40% des coûts de construction et la France 10%. Les Etats-Unis, le Japon, la Chine et la Corée du Sud assumeront chacun 10% de la facture de construction, évaluée à 4,5 milliards d'euros. L’exploitation du réacteur, estimée elle aussi à 5 milliards d’euros, sera prise en charge à hauteur de 26% par l'Union Européenne, 8% par la France, 13% par le Japon et les Etats-Unis chacun et 10% par les autres partenaires.

Selon le directeur général d'ITER, Kaname Ikeda (la désignation d'un japonais faisait partie de l'accord global compensant, entre autres concessions importantes la localisation à Cadarache), la construction du réacteur devrait pouvoir commencer vers 2008 et se terminer vers 2020. 23/05/06


Les bourses européennes incapables de s’unir

Le Non au référendum continue à faire des ravages. La perte de foi dans l’Europe se répercute au niveau des bourses. On aurait pu penser que les grandes bourses européennes auraient jugé bon de s’unir sous une étiquette commune. C’est le contraire qui se passe. La bourse de New York, le NY Stock Exchange (NYSE), s’installe en Europe à une place stratégique, avec la bénédiction de Euronext, principal opérateur. Le New York Stock Exchange a proposé, le 22/05/06, d'acquérir l’opérateur européen dans une transaction évaluée à 8 milliards d'euros. Le conseil de surveillance d'Euronext s'est réuni lundi 22 et a accepté l'offre. Il a repoussé de ce fait la dernière proposition de la Deutsche Börse (DB), qui souhaitait elle aussi s'allier à Euronext. Reste aux actionnaires à se prononcer dans les prochains jours.

En proposant de racheter Euronext qui rassemble les Bourses de Paris, Amsterdam, Bruxelles et Lisbonne, la Bourse de New York veut fonder un groupe d'une valeur de 16 milliards d'euros (21 milliards de dollars. La combinaison des deux groupes créerait le premier marché boursier du monde. Mais nous devons constater que, loin d'être une union entre égaux, aux yeus de tous, le nouveau groupe sera le produit d'un rachat de Euronext par le NYSE. Autrement dit, il sera américain et non européen. En effet, le groupe, dénommé « Nyse Euronext », sera coté à New York et sur les marchés actuels d'Euronext (dont la Bourse de Paris), et les postes de direction partagés entre les dirigeants actuels d'Euronext et du Nyse: le patron de la Bourse de New York John Thain, serait le patron du nouvel ensemble et celui d'Euronext Jean-François Théodore deviendrait son adjoint. Le conseil d'administration serait composé de 11 représentants du NYSE et 9 d'Euronext.

Les propositions de la DB n'ont donc pas été retenues. On objecte à Paris que la logique de celle-ci, présentée comme verticale (un système en "silo" qui propose la négociation des titres jusqu'à leur règlement-livraison), s’oppose à celle des autres bourses, dites horizontales ou fédérales. On évoque également les liens de la Bourse allemande avec sa filiale de compensation Clearstream, à laquelle on a reproché une tendance monopolistique. On affirme plus généralement que la DB aurait des intentions de conquête peu compatibles avec l’indépendance de ses partenaires. Mais il semble surtout que s’opposent les ego des présidents, au détriment de l’intérêt général.

Le Medef en tous cas a fait connaître ses préoccupations. Les entreprises, selon lui, ont besoin d'être rassurées sur la continuité des règles qui régissent le fonctionnement du marché, comme les conditions d'admissibilité, le contrôle de l'information ou des opérations financières au sens large. Il est attaché à ce que la réglementation française continue à s'appliquer telle quelle et que l’autorité chargée de la faire appliquer, l'AMF, garde tous ses pouvoirs sur le marché parisien. De plus, le Medef voudrait que le gouvernement veille à ce que le rapprochement des marchés boursiers ne crée de position dominante susceptible d'augmenter les coûts pour les entreprises cotées comme pour les intermédiaires financiers. Le ministre français des finances a fait savoir ce jour qu’il restait « très attentif ».

On objectera que, techniquement, avec l’informatisation des réseaux, peu importe où se trouvent effectivement les transactions. Sauf que… si cela était le cas, les bourses auraient depuis longtemps renoncé à gérer des serveurs propres et se seraient délocalisées en Inde ou ailleurs. L’activité se fait autour de la bourse, emplacement physique, et pas seulement autour des ordinateurs. De plus et surtout, c’est en ce domaine, l’image, le symbole qui compte. On pourra parler dans ces conditions, si l’accord avec New York se fait, d’une véritable trahison de Euronext à l’égard de la construction européenne, et d’une nouvelle victoire des Etats-Unis, qui absorbent l’Europe morceau par morceau. La Commission européenne n'a rien fait pour faciliter l'union entre les bourses européennes. La menace constante d'attaquer d'éventuelles fusions comme entraves à la concurrence n'a fait que servir les visées américaines. Elle préfère voir l'Europe, dans ce domaine comme dans les autres, découpée comme les Curiaces face à la concurrence mondiale, plutôt que créer des entités puissantes; 22/05/06

* Un de nos amis me demande d'ajouter ceci:
"L'Europe se retrouve dans une situation " à la Gulliver", c'est à dire de plus en plus contrainte et enserrée dans des réseaux de dépendance dont elle aura, si elle n'y prend garde, de plus en plus de mal à se dégager. Accepter de se lier au NYSE, sans que ceci suscite le moindre débat dans l'opinion et dans la classe politique c'est totalement et désespérément décourageant. L'économie globalisée chère aux anglosaxons, c'est le primat des réseaux financiers sur tout le reste. Et le NYSE c'est le centre du centre. Le primat du primat.
On nous refait le coup d'Alcatel/Lucent :" l'alliance entre égaux". A cause du CPE cette mauvaise affaire pour l'Europe était passée inaperçue. A cause de Clearstream cela risque d'être la même chose pour Euronext.!!"


La Nasa met au concours la réalisation d'un atterisseur lunaire

Dans le cadre de son programme de retour sur la Lune, la Nasa vient de lancer un concours ouvert aux inventeurs et doté d’un prix de $2,5 millions. Il s’agit du Lunar Landing Challenge, annoncé le 5 mai, qui fait partie du programme plus général dit Centennial Challenges Program. Le défi vise à réaliser un atterrisseur lunaire capable de décoller de la lune, venir en orbite lunaire et revenir sur la lune. Le programme général de la Nasa vise à combiner différents modules dans une mission prévue pour 2018. Le module avec équipage (Crew exploration vehicle) devra se coupler en orbite terrestre et un ensemble de service (Earth departure stage) avant de s’élancer vers la lune. Une fois en orbite lunaire, l’atterrisseur lunaire déposera 4 hommes sur celle-ci. Les concurrents ne devront pas répondre à un enjeu aussi difficile, mais simplement proposer un système de fusées capable de décoller à 50 m d’altitude, rester en vol stationnaire 3 minutes, se poser sur un monticule rocheux à 100 m de là et finalement revenir à son point de départ.


Retour à l’énergie nucléaire en Grande Bretagne ?

Un débat assez vif s’amorce chez nos voisins à propos de l’avenir de l’énergie nucléaire pour faire face aux besoins des prochaines décennies. L’association des industriels du nucléaire, UK Nuclear Industry Association (NIA http://www.niauk.org/) affirme que le pays ne pourra pas répondre à ses besoins d’énergie, même en réduisant la consommation, si les centrales actuelles, qui fournissent environ 25% des besoins, ne sont pas renouvelées et complétées. Au contraire, le WWF a fait réaliser un rapport par la société Ilex Energy Consulting (http://www.ilexenergy.com/ ) qui affirme que le Royaume Uni peut à la fois satisfaire ses besoins et réduire ses émissions de carbone sans l’apport du nucléaire. Ceci bien sûr grâce aux économies et aux énergies renouvelables.

Le premier ministre Tony Blair semble actuellement favoriser un retour au nucléaire – d’autant plus qu’en fin de mandat il se préoccupe moins sans doute de l’opposition des anti-nucléaires. Lors d’un dîner devant des intérêts économiques, il a indiqué le 16 mai que la Grande Bretagne ne pouvait pas continuer à dépendre du gaz importé pour 80% de ses besoins en énergie. Il a souhaité que le programme gouvernemental sur l’énergie (Government’s Energy Review) examine cette question et propose des solutions comportant à la fois la relance du nucléaire et le développement des énergies renouvelable, le tout dans la perspective de diminuer encore les émissions de CO2. Mais pour maintenir le ratio de 30% d’énergie produite par le nucléaire, il faudrait construire 10 nouvelles centrales dans les 25 ans. Or des experts (notamment le consultant Ian Fells) posent une question gênante : le pays aura-t-il, après des années de désengagement à l’égard des industries du nucléaire, le potentiel humain et industriel lui permettant de faire face à une relance du programme ? Faudra-t-il alors accepter de dépendre de l’industrie et du savoir-faire étranger (notamment français) pour relever le défi ? What a shame.

Ces difficultés encouragent les adversaires du nucléaire dans leur défense passionnée des nouvelles solutions décentralisées faisant appel à la « microgénération », laquelle combine les économies et les sources de production d’énergie, y compris lorsqu’elles utilisent encore des combustibles fossiles. Des projections très difficiles à discuter sont présentées à qui mieux mieux par des experts se présentant comme aussi indépendants qu’infaillibles, selon lesquelles les besoins mondiaux pourraient être satisfaits à des prix bien inférieurs et avec des risques bien moindres qu’en faisant appel au nucléaire. Un article détaillé du NewScientist (22 avril 2006, p. 33, Is it all over for nuclear power) expose la question. On ne peut pas s’empêcher de penser que si les industriels du nucléaire biseautent un peu les cartes qu’ils présentent en appui de leurs projets, leurs adversaires ne sont pas en reste. Une solution de bon sens serait pour l’Europe de mettre en place rapidement, comme la Finlande est en train de le faire à Olkiluoto et comme la France semble décidée à le faire à Flamanville, deux ou trois centrales de la génération EPR, afin de mesurer concrètement les coûts, risques et avantages qui en résulteraient – le tout en attendant les nouvelles générations de centrales prévues pour le demi-siècle prochain. 21/05/06


Une question politique fondamentale

Beaucoup de telles questions politiques fondamentales se posent aujourd’hui dans le monde. Elles ne sont pas sur le point de recevoir des réponses. Faut-il alors en retenir une parmi les autres ? Peut-être, surtout quand on vient de lire le dernier livre de Jared Diamond (voir http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2006/73/jared.htm). Celui-ci montre comment les sociétés s’effondrent par la faute des privilégiés qui en leur sein refusent de renoncer à des consommations destructrices de l’environnement et des équilibres globaux. C’est alors la société toute entière, y compris les privilégiés, rois, prêtres, féodaux, qui disparaît. La question politique fondamentale est alors de savoir si nos sociétés, aujourd’hui, sont capables de stabiliser puis réduire les consommations de leurs privilégiés, puisque tous les scientifiques font valoir que ces consommations mènent à des catastrophes locales ou générales. Jared Diamond, avec un certain courage écrivant dans un pays dont le président refuse de voir diminuer la consommation de pétrole et de charbon, reprend à son compte la vieille ambition du Club de Rome, tombée dans l’oubli, dite de la croissance zéro. Le monde, dit-il, ne survivra que si dès maintenant les pays riches acceptent de stabiliser puis de réduire leurs consommations d'énergie et de biens matériels. Une telle ambition, conduite avec énergie, ne résoudrait pas tout les problèmes des pays pauvres mais y aiderait. On sait que c’est le contraire qui se passe puisque les pays pauvres, Chine et Inde en tête, n’ont qu’une ambition, rejoindre les niveaux de consommation des pays riches.

Ceci dit, si nous nous voulons réalistes, nous sommes obligés de nous poser une question apparemment banale mais qui va très loin dans la réflexion sur ce qui détermine en profondeur l’évolution des sociétés. Un privilégié est-il capable, même confronté au gouffre imminent, de renoncer à ce qui fait son statut et sa puissance, réelle ou symbolique.

Prenons l’exemple des Etats-Unis. Un certain Francis Slakey, professeur de physique et de biologie et co-directeur du Program on Science in the Public Interest de l’Université Georgetown, Washington DC, a fait un calcul assez simple (NewScientist, 13 mai 2006, p. 21). Le pétrole étant plus cher que jamais, même pour les automobilistes américains, une solution certes à court terme mais significative consisterait à imposer au niveau de la nation toute entière la vitesse limite de 55 miles/heure à l’ensemble des véhicules. Différentes raisons physiques font en effet que réduire la vitesse de 75 mph à 55 mph augmente l’efficacité du carburant (distance parcourue/consommation) de 25%. En moyenne l’automobiliste économiserait 0,5 dollar par gallon (bien davantage en Europe où l’essence est fortement taxée). Globalement, calcule-t-il, la mesure permettrait d’économiser 50 millions de gallons d’essence par jour, soit 1 milliard de barils par an, l’équivalent de ce que les Etats-Unis importent du Golfe Persique chaque année. De plus, il pense que les industriels, incités par une telle mesure à rendre les moteurs et véhicules plus économes, feraient en sorte que les rendements s’améliorent, d’où un second milliard de barils économisés supplémentaire. Convertissons ces données car les Américains en sont encore au Moyen-âge quand il s’agit de mesures. L’US Gallon vaut 3,7 litres. Le mile vaut 1,6 km. Le baril vaut 160 litres et pèse donc, en pétrole, environ 0,150 tonne. Une vitesse limite de 90 km/h permettrait d’économiser 0,5 euro pour 4 litres d’essence, soit 2 euros pour un plein de 40 litres (ceci, encore une fois, aux Etats-Unis). L’économie globale pour les Etats-Unis serait de 1 milliard de barils soit, approximativement, 150 millions de tonnes de pétrole par an, ou 300 super-pétroliers de 500.000 tonnes par an – auxquels s’ajouterait 1 autre milliard résultant de l’optimisation des moteurs. Transposé à la France, on se bornera à retenir que la limitation de vitesse à 90 km/h permettrait d’économiser 25% de carburant par rapport au plafond actuel de 130 km/h.

Ceci posé, l’auteur de la proposition fait la liste de toutes les objections que rencontrerait un président ou un Congrès imposant une telle mesure. Il doute que celle-ci soit jamais prise. Il rappelle en effet la forte parole récente de G.W. Bush : « the nation is addict to oil » à la suite de laquelle ledit président s’est empressé de ne rien décider en vue de réduire cette addiction.

Transportons nous maintenant en France, dans la perspective des futures élections présidentielles. Je me demande si ma candidate préférée, Mme Royal, aura jamais le courage de s’engager à faire réduire la vitesse à 90 km/h sur autoroute, ceci non seulement pour diminuer la facture pétrolière mais pour sauver des vies. Je me le demande, mais j’ai déjà en mon for intérieur la réponse. Comme elle estimerait très vraisemblablement et non sans raison que ce serait suicidaire pour elle, elle ne le fera pas. Comment dans ces conditions espérer que les privilégiés du monde occidental acceptent jamais de réduire leurs consommations somptuaires pour diminuer le risque d’un effondrement global du monde? 21/05/06

Publié dans gazetadmiroutes

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Cordier 26/05/2006 13:24

Je partage votre avis concernant la "trahison" de Laurent Fabius. Mais comment expliquez vous qu'il soit le seul parmi les socialistes à proposer des choses claires et constructives pour l'avenir de l'Europe. J'aimerais entendre S. Royal, que vous semblez soutenir, sur ce sujet. Cordialement