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Jean-Paul Baquiast

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Samedi 2 septembre 2006

Bases possibles pour une stratégie européenne à long terme au Moyen-Orient
par Jean-Paul Baquiast.
Version en discussion interne.

Ceux qui souhaitent, en Europe et ailleurs, voir les Etats européens définir une politique extérieure et de sécurité commune ne peuvent que se réjouir du tournant pris ces derniers jours par l’Europe à l’occasion du conflit au Moyen-Orient. Ce tournant, marqué par la volonté de s’impliquer physiquement au service de la paix, du en très grande partie aux efforts de la diplomatie française, est encore fragile. Il est à la merci du moindre incident. Le retour d’un calme relatif dans la région ne sera durable que si l’Europe, malgré ses divergences et les influences extérieures démobilisatrices qui s’exercent sur elle, est capable de proposer aux peuples en conflit une vision du Moyen Orient acceptable par eux. Cette vision elle-même n’aura de sens que si l’Europe définit pour son propre compte une stratégie globale à long terme vis-à-vis non seulement des pays du Moyen-Orient mais du reste du monde. Nous voulons dire par là que cette stratégie doit préciser le type de relations que les Etats européens se proposent d’entretenir vis-à-vis des super-puissances mondiales comme vis-à-vis des pays du Tiers-monde, dans la perspective d’une planète de plus en plus déchirée par l’inégalité entre riches et pauvres et par les crises qui naîtront de la détérioration de l’environnement.

Ne nous posons pas à ce stade la question de savoir qui en Europe peut se sentir concerné par le concept de « stratégie européenne ». Il peut s’agir de l’Union européenne au sein de ses institutions actuelles, d’Etats européens décidés à conduire des actions dans le cadre de la coopération renforcée et plus, généralement, d’acteurs politiques, économiques ou associatifs s’intéressant à la politique internationale. Si cette stratégie est convaincante, elle recrutera elle-même ses propres soutiens.

Il faut par contre en préciser clairement les bases. Les propositions que nous faisons ici ne conviendront certainement pas à tous les Européens. Elles pourront au moins servir de matière à discussion.

Il nous semble que quelques principes clairs doivent aujourd’hui être affirmés afin de rallier tous ceux qui en Europe et dans le monde souhaitent la coexistence pacifique et non la guerre entre civilisations.

1. Principes généraux

1.1. Les conflits de demain, que l’on commence à nommer des guerres de 4e génération, naîtront d’abord de la misère du Tiers-monde, face à l’opulence (relative) des pays riches. On a beau dire que la misère ne génère pas de combattants organisés au sein des sociétés les plus pauvres, c’est faux et ce le sera de moins en moins.

L’Europe, qui se situe parmi les pays riches, doit faire le maximum pour associer à son développement (co-développement) le plus grand nombre possible de pays pauvres. Ce co-développement doit viser en priorité celui de technologies susceptibles de réduire les inégalités concernant l’accès aux ressources de base : énergie, eau, air pur, alimentation, médicaments. L’Europe doit aussi faire preuve de vertu. Elle doit réduire au maximum ses consommations ostentatoires et la part qu’elle prélève sur les ressources mondiales.

Dans ce cadre, l’Europe ne peut que s’opposer fermement à la culture américaine de consommation/gaspillage visant à enrichir les entreprises multinationales et le capital financier ayant leurs bases aux Etats-Unis.

1.2. Les conflits de demain naîtront, non seulement de la misère, mais de la présence physique d’intérêts étrangers, qu’ils soient « missionnaires », « coopérants » ou, bien évidemment, militaires, sur des territoires où ils ne seront jamais que des occupants, venus pour assurer la domination des Etats dont ils sont les ressortissants. Le sentiment national frustré a toujours été dans l’histoire le ferment le plus efficace pour faire naître des martyrs.

Il en résulte que l’Europe doit, d’une part renoncer clairement à toute démarche pouvant de près ou de loin ressembler à une occupation (ce qu’elle a fait depuis longtemps de facto) mais aussi s’opposer fermement, en les dénonçant clairement, aux politiques expansionnistes des Etats-Unis, quels qu’en soient les prétextes : économiques (guerre du pétrole), politiques (soi-disant guerre contre le terrorisme) ou religieux (lutte du Bien contre le Mal). Elle devra veiller à ce que d’autres puissances, dans l’avenir, ne profitent de l’affaiblissement probable de l’Amérique pour prendre sa place.

1.2. Compte tenu de ce qui précède, on peut penser que les conflits entre religions ou « civilisations » différentes, même s’ils existent et peuvent être virulents, ne joueront qu’un rôle d’appoint. Le monde a toujours connu les guerres de religions, sur une base locale. Elles n’ont jamais tourné à la guerre des civilisations telles que dénoncées (et en fait souhaitée) par les néo-conservateurs actuellement au pouvoir aux Etats-Unis.

L’Europe, en ce qui la concerne, doit rappeler son idéal de laïcité et de tolérance, qui devrait séduire de plus en plus d’Etats, même si ceux-ci se veulent « religieux ». Bien sûr, elle se défendra des assauts des fondamentalistes de toutes religions (parmi lesquels les évangélistes chrétiens américains ne sont pas les moindres) qui voudraient envahir son propre espace civilisationnel.

2. Principes dérivés des précédents s’appliquant au Moyen-Orient

2.1. Il est incontestable que la présence de l’Etat d’Israël en Palestine, depuis le « partage de 1947 » constitue une offense directe aux nationalismes palestiniens et une irritation permanente pour les nationalismes arabes. Cependant cette présence est devenu un fait. Nul Etat ne devrait être autorisé à la remettre en cause. Mais entre l’existence d’un Etat non expansionniste (même se disant Juif, c’est-à-dire s’affirmant tel au mépris de ses propres ressortissants non-juifs) et un Etat ne cessant sous prétexte de se défendre de s’étendre territorialement et de se barricader intérieurement, il y a toute la différence entre la guerre et la paix.

Les Européens, dont le colonialisme de l’époque s’était accommodé de l’implantation d’Israël en Palestine, ne doivent en aucun cas, même pour « faire plaisir aux Arabes », renoncer à défendre cette même présence d’Israël, diplomatiquement et si besoin militairement. Mais ils doivent en contrepartie tout faire pour contribuer à ramener cet Etat dans ses frontières initiales et l’aider à trouver rapidement un accord durable avec l’Etat palestinien, lui-même émanation d’une nation palestinienne incontestable. Pour cela, ils doivent s’appuyer sur les forces politiques israéliennes modérées qui comprennent ce langage (comme l’avaient montré les accords d’Oslo, hélas sans suite).

Les Européens doivent faire plus. Ils doivent s’opposer fermement à la politique des faucons américains qui instrumentalisent Israël et la force qu’il représente dans la région pour s’en servir au service de leurs visées économiques (le pétrole), diplomatiques et territoriales. L’échec d’Israël devant le Hezbollah vient de montrer l’inanité de la politique américaine visant à utiliser Tsahal comme « proxy ». Mais le Département d’Etat n’a pas dit son dernier mot et tout laisse craindre qu’embourbé en Irak, il ne renonce pas (avec le soutien du lobby juif américain) à utiliser de nouveau Israël contre l’Iran et peut-être la Syrie.

Ce serait alors la mort d’Israël, à plus ou moins long terme. En ce cas, les Européens ne pourraient plus rien faire pour le défendre.

Les Européens doivent aussi, en ce qui les concerne, veiller à ne pas se faire instrumentaliser militairement par Washington. L’insistance récente de G.W. Bush à envoyer au Liban la France et l’Italie, sans garanties, comme force d’interposition, était particulièrement suspecte. Le président Chirac a bien fait d’y résister. Les pressions américaines visant à déstabiliser la Finul renforcée, afin de la déconsidérer au regard de l’ONU et l’utiliser comme proxy, ne vont pas cesser. Les Européens ne devront pas tomber dans le piège.

2.2. En s’appuyant sur le même principe consistant à reconnaître les Etats légitimes, non seulement par la voie diplomatique, mais en ne les traitant pas a priori comme des ennemis, les Européens doivent dorénavant gérer leurs relations avec le Liban, la Syrie et surtout l’Iran en faisant preuve d’un discernement accru. L’avenir est lourd de menaces, il est vrai. L’Iran (ne parlons pas de la Syrie pour le moment) est incontestablement une grande puissance régionale. Sa capacité de nuisance est considérable. Mais le risque qu’elle présente resterait limité, si des relations plus respectueuses de son rôle et de ses ambitions étaient établies avec elle. On peut penser que le discours excessif de son actuel président ne traduit pas le sentiment profond du pays. Mais si les Etats-Unis persistent dans la volonté (apparemment bien établie) d’attaquer Téhéran, ils finiront par radicaliser l’Iran. Non seulement les autres Etats arabes et Israël en subiront les conséquences, mais eux les premiers, ainsi que les Européens qui n’auront pas su les empêcher de jouer les boutefeux. L’Iran pourra alors prétendre à prendre la tête d’une véritable guerre des civilisations, coalisant tous les extrémistes nationalistes et religieux – pour le plus grand profit à terme des Russes et des Chinois.

Les Européens n’ont pas le choix. Ils doivent absolument se désolidariser plus clairement encore qu’ils ne le font des visées militaires et économiques de Washington1). Ils doivent renégocier avec l’Iran, en précisant clairement ce qu’ils reconnaissent comme légitime et ce qu’ils refuseront définitivement. Si l’Europe jouait ce jeu d’une façon crédible, elle pourrait aller jusqu’à admettre que l’Iran se dote à terme d’une bombe nucléaire. Celle-ci, très vraisemblablement, ne servirait pas. Il serait suicidaire pour un gouvernement iranien qui en disposerait d’en faire usage, car il risquerait alors des représailles massives de même nature de la part des Européens déçus dans leur confiance.

Au delà de l’Iran, les Européens devront dans le même temps faire clairement connaître qu’ils n’ont aucune intention de se mêler des choix des pays du Moyen Orient, en matière de démocratie politique, de moeurs et de religion. Ceci même si ce ne sont pas les leurs. Pas de Gand Moyen Orient, ni à l’américaine, ni à l’européenne.

Les bellicistes diront que voilà bien des risques pris pour rien alors qu’il serait si facile de considérer l’Iran comme un des pôles de l’axe du mal et de (tenter de) détruire ses capacités. Pourtant, si les Européens avaient été plus fermes vis-à-vis de l’offensive américaine en Irak et l’avaient découragée clairement, le Moyen Orient et le monde n’en seraient pas là où ils sont. La règle adopté par le gouvernement Bush est claire : « Nous nous sommes trompés sur toute la ligne. Raison de plus pour continuer à plus grande échelle ». Il serait temps que l’Europe dise clairement qu’en ce cas elle se rangera du côté des pays injustement attaqués, pourvu que ceux-ci, de leurs côtés, cessent leurs rodomontades.

Conclusion

En conclusion de ce qui précède, si ces principes de bon sens étaient admis par les Européens 2), ceux-ci devraient prendre l’initiative d’une grande négociation sur le Moyen-Orient avec les Etats de la région, afin de poser des principes de paix qu’ils s’engageraient, pour leur part, à respecter et faire respecter 3). Il y a sûrement là, en attendant que Bruxelles se décide à faire de même, matière pour la France, l’Italie, l’Espagne et quelques autres de montrer qu’ils ne prennent plus leurs ordres à Washington.

Rêvons nous en envisageant cela ? 26/08/06

Notes
1) Il est difficile à ce jour de prévoir si les Etats-Unis attaqueront ou non l'Iran. De nombreux rapports (voir Dedefensa La Grande République en avant vers sa destinée http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=30856 et La guerre pour partir en guerre http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=3080) semblent montrer que malgré l'hostilité résolue de la CIA et de nombreux militaires, G.W.Bush et son entourage néo-conservateur seraient résolus à entrer prochainement en guerre, sans aucun souci des conséquences désastreuses, pour les autres comme pour eux-mêmes. Jupiter rend fou ceux qu'il veut perdre. Que fera alors l'Europe, si elle ne se prépare pas dès maintenant à cette éventualité.
2) On pose souvent la question de savoir ce que sera en ce cas la position britannique. Il faut alors se demander ce que sera celle du successeur probable de Blair, le chancelier Gordon Brown. D'après le politologue Mark Leonard, Brown serait beaucoup plus proche des positions françaises et allemandes que Blair. L'opinion britannique semble, de son côté, désireuse de se démarquer des erreurs, pour ne pas parler des folies, commises dans le passé et promises pour le futur par la Maison Blanche (Là encore, voir Dedefensa http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=3083 et l'article original de The Spectator, How Gordon sees the world http://www.spectator.co.uk/printer-friendly/24760/how-gordon-sees-the-world.thtml )
3) Etienne Balibar et Jean-Marc Lévy-Leblond (Le Monde, 19/08/06, p. 11) en proposent les bases. En échange de la renonciation définitive au terrorisme et aux actions militaires, l'existence et le droit à coexister des deux Etats, Palestine et Israël, seraient garantis. Les résolutions de l'ONU seraient appliquées, avec notamment le retrait d'Israël des territoires occupés depuis 1967. Un Conseil régional permanent où siégeraient tous les Etats de la région et où l'Europe serait représentée serait chargé de mettre en place un espace méditerranéen de coopération et de négociation. Ajoutons que des relations privilégiées pourraient être établies avec l'Union Européenne, au niveau régional.


A quoi sert l'Agence française pour les investissements internationaux (AFII) ?

C'est la question que pose Philippe Parini, rapporteur (UMP) du budget au Sénat, constatant que la campagne de communication de l'Agence (consacrée à sa propre promotion) lui a coûté la moitié de son budget de 26,4 millions d'euros en 2006. Le rapporteur reconnaît qu'il ne perçoit pas les retombées du reste des dépenses de l'AFII. Ceci n'empèche pas le gouvernement d'en confier la direction à un certain Philippe Favre, ex-directeur de Cabinet de Christine Lagarde, transparente ministresse déléguée au Commerce extérieur.

Rassurons M. Parini. L'AFII sert au moins à placer ses responsables à des postes de prestige au service du grand capital américain. La précédente responsable de l'AFII, Clara Gaymard, femme de l'ancien ministre dont on n'a pas oublié la carrière étincelante comme la chute brutale et combien injuste, a été nommée présidente de la filiale française du conglomérat américain General Electric. (Le Monde, 26/08/06, p. 10).

J'ai l'air de plaisanter, mais je n'y songe pas. Je peux facilement imaginer ce qu'un certain nombre de laboratoires français innovants auraient pu faire des dizaines de millions ainsi gaspillées, au profit de recherches pouvant bénéficier à des 'investissements français en France. 26/08/06

* AFII http://www.investinfrance.org/France/?l=fr Le site ne parait pas à jour car au moment où ce texte (injuste et venimeux) est écrit, Mme Gaymard semble toujours présider aux destinées de l'AFII...A moins qu'elle le fasse depuis son fauteuil de GE?


Obésité et démission des Etats devant les intérêts privés

L’obésité est un mal qui affecte l’humanité peut-être aussi gravement que la sous-alimentation. Selon Barry Popkin de l’université de Caroline du Nord s’exprimant devant un congrès d’économie agricole au Queensland début août, le nombre des individus en excès pondéral ou obèses dans le monde dépasse désormais celui des mal-nourris. Ce nombre s’accroît d'environ 1% par an. Les 2/3 de la population australienne ou américaine en souffrent. Les pays asiatiques tout autant, dès que leur niveau de vie s’accroît. Les statistiques chinoises ne sont pas fiables sur ce point, mais des nutritionnistes s’inquiètent de voir les dégâts produits par la surconsommation de graisses bon marché telles que les huiles de soja.

L’obésité, on le sait, outre le fait qu’elle constitue une affection paralysante et génératrice de morts précoces, est à la source de maladies telles que le diabète et les cardiopathies dont le coût social considérable pèse sur la collectivité toute entière. Les gouvernements devraient donc intervenir. Des campagnes éducatives ne suffisent pas. Il faudrait décourager la consommation et même la production à la base, comme on essaie de le faire pour le tabac et les drogues. Des taxes s’imposent d’urgence, complétées par d’autres mesures dissuasives. Malheureusement, les gouvernements, pour des raisons électorales, cèdent aux pressions des producteurs qui veulent continuer à produire et vendre sans contraintes, y compris aux dépends de la santé publique.

Aux Etats Unis et en Australie, la pression de la Big Food et des distributeurs est telle qu’aucun espoir proche d’intervention publique ne parait crédible. En Europe, la pression est moindre mais elle demeure. Les associations et mouvements politiques se préoccupant de santé publique devraient donc s’attacher à réclamer des interventions plus musclées des Etats. La question ne devrait pas non plus être traitée à la légère par la Commission européenne. Les scientifiques qui animent la récente revue en ligne International Journal of Pediatric Obesity http://www.tandf.co.uk/journals/titles/17477166.asp le demandent avec insistance, dans le volume 1, p. 133 de ce journal. (NewScientist 19/08/06, p. 6) 24/08/06


L'hypocrisie américaine dans la lutte contre le Sida

Lors de la 16 Conférence internationale sur le VIH/SIDA (Toronto, 13-18 août 2006) destinée à recueillir davantage de fonds pour lutter contre l’épidémie, les participants n’ont pas eu de mots assez reconnaissant pour Bill Gates qui avait crédité la Fondation Bill et Melinda d’une somme respectable de dollars. Mais peu de gens ont rappelé l’hypocrisie du gouvernement américain qui fait de la lutte contre le sida l’occasion de répandre dans le monde l’influence de l’idéologie mystico-politique qui l’anime. Quelques participants courageux ont cependant dit que l’insistance mise par l’Administration américaine dans la promotion de son programme dit ABC (Abstain, Be faithfull and use Condoms) contribue de fait à la propagation de l’épidémie. La partie AB du programme, Abstinence et Fidélité, doit en effet recueillir 1/3 des sommes versées par les autorités américaines. En 2003, le gouvernement US s’était engagé à verser $15 milliards en 5 ans pour lutter contre le sida, ce qui veut dire que 5 milliards alimenteront des campagnes en faveur de l’abstinence et de la fidélité non seulement inutiles mais dangereuses . Selon Jodi Jacobson, du Center for Health and Gender Equity (Maryland), les gouvernements des pays pauvres sensibles aux pressions de l’idéologie américaine vont plus loin, puisque, comme en Ouganda, ce sont 60% des sommes destinées à la prévention qui servent à encourager l’abstinence…avec en conséquence une augmentation sans précédent des contaminations (et un gagne pain facile au bénéfice de ceux qui prêchent ladite abstinence).

Quand on constate cela, en Europe, on ne peut que se féliciter de vivre globalement dans des sociétés plus évoluées, grâce en particulier à la tradition laïque de l’action publique. La France est en pointe à cet égard. Selon les chiffres présentés par Acte up, la libéralisation de la vente des seringues y a diminué sensiblement les risques d’infection. Mais il semblerait (au conditionnel) que le gouvernement actuel s’interroge sur « la portée morale » de telles mesures et envisagerait de revenir en arrière. 23/08/06


L'Enjeu majeur des économies d'énergie

France Inter propose ce mois d'août à 9h une émission généralement instructive et orientée sciences, technologies et politique qui mériterait d'être poursuivie. Il s'agit de Cha Cha Tchatche de Olivia Gesbert. Nous y avons entendu le 23/08 Benjamin Dessus, ingénieur et économiste, qui préside l'association Global Chance, dont les cahiers qui paraissent 2 fois par an, sont disponibles sur le site d'Agora 21 dans la rubrique "bibliothèque". Le dernier numéro (n° 21-mai 2006) réunit des contributions autours de "Développement, Energie, Environnement: changer de paradigme" Voir http://agora21.org/global-chance/GC-N-21.pdf . Il était accompagné de José Lopez, Directeur du cabinet d'étude International Conseil Energie (ICA).

Tous les deux ont insisté sur un point essentiel, que les politiques se refusent à mettre en priorité des actions en faveur de la lutte contre l'effet de serre. L'effort immédiat à faire, capable de produire des maintenant des résultats, consiste à encourager les économies d'énergies. Certes, la recherche de sources d'énergie renouvelables, y compris le nucléaire, est utile et nécessaire, mais ces nouvelles sources arriveront trop tard pour éviter des dégradations irréversibles du climat. Les économies d'énergie supposent à la fois des encouragements à de nouveaux comportements des consommateurs mais aussi des investissements structuraux et des décisions publiques lourdes, par exemple en faveur des transports ferroviaires et des transports en commun. Or de telles mesures sont directement combattues par les industriels à l'encontre des intérêts desquels elles iraient: les industries pétrolières, l'automobile en premier lieu.

Les citoyens ont un rôle à jouer. Les prises de consciences individuelles sont utiles, mais elles n'auront qu'un effet marginal au regard de comportements directement impulsés par la puissance publique. Benjamin Dessus a repris le sempiternel exemple des 4/4. L'action citoyenne consistant à dégonfler les pneus de 4/4 peut avoir un effet pour alerter l'opinion. Mais il faut faire plus. L'achat de ces engins, terriblement consommateurs et terriblement dangereux pour les autres usagers de la route, ne répondant à aucune utilité sauf éventuellement pour l'agriculture de montagne, devrait être considérablement taxé. Il devrait en être de même de l'achat des scooters des mers. Tant pis pour les industriels et les revendeurs. Or il est à craindre qu'aucun candidat à la présidentielle ne propose de décourager fiscalement l'achat des 4/4. Il est vrai que ce serait électoralement peu productif pour lui, sauf à présenter cette mesure dans le cadre d'un programme complet, national et européen, visant à généraliser les économies d'énergie tout en investissant dans les énergies renouvelables. Mais là encore, il est à peu près certain qu'aucun candidat (ou candidate) à la présidentielle ne proposera un tel programme global.

* Un mot sur Agora21. Cette organisation joue un rôle utile et mérite d'être mieux connue. Elle semblait jusqu'à présent mettre tous ses efforts dans l'anti-nucléaire, ce qui pour quelqu'un comme moi est un peu court. Aujourd'hui, elle semble revenir à la raison en considérant que les énergies nucléaires seront utiles, parmi les autres mesures, et qu'il faut donc les encourager. Mais il est vrai que, dans la meilleure des hypothèses, elles ne couvriraient qu'à peine 10 à 12% des besoins de la planète d'ici 2030. D'où la nécessité de financer d'autres sources et, surtout, de financer les économies d'énergies, y compris dans les pays pauvres. 23/08/06


Honte aux professionnels français de la pêche au thon en Méditerranée

Les organisations syndicales de pécheurs de thon se comportent actuellement comme de véritables sauvages en interdisant l'accès du bateau de Greenpeace à Marseille, lequel voulait sensibiliser l'opinion à ce que l'Ifremer connait bien mais dont il ne parle pas, la disparition prochaine du thon en Méditerranée. Les 21 thoniers senneurs de la côte bloquent l'entrée du port et menace d'aborder le navire de Greenpeace. Les pécheurs français prétendent qu'ils respectent leur quota, ce qui est faux d'après les observations des scientifiques. Ils ont certes raison de souligner que la Méditerranée est devenue un champ clos où s'affrontent dorénavant de nombreuses autres flottilles n'ayant souvent pas d'origine locale, et dont les procédés de pèche sont scandaleusement destructeurs. La responsabilité de cela serait la hausse du prix de la viande de thon rouge, dont les Japonais et d'autres (salauds?) qui suivent la mode des sushis prétendent ne plus pouvoir se passer. Ils ont aussi raison de dire que Greenpeace s'en prend plus volontiers à la France, en général, qu'à d'autres pays moins accueillants politiquement. Mais ce n'est pas en évitant que l'on pose le problème en France que l'on permettra une prise de conscience internationale du fait que la Méditerranée est en train de perdre une de ses espèces les plus nobles. Ajoutons pour notre part que l'Europe est étrangement silencieuse sur cette question, alors que son dernier Livre Vert propose une politique maritime commune (voir http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2006/74/polmar.htm) 23/08/06


Raffarin et Chirac

Jean-Pierre Raffarin a eu des propos mesurés et sensés sur la situation politique actuelle, dans le 7/9 de France Inter du 23/08/06, comparés du moins aux récentes "sorties" d'un Nicolas Sarkozy. On peut supposer que son passage à l'antenne avait été encouragé par Jacques Chirac, qui a ainsi pu faire circuler le message très clair qu'il n'excluait pas de se représenter en cas de crise internationale grave. Je ne voterais certainement pas pour Chirac en ce cas, mais il est vrai que celui-ci a été le seul capable, comme l'a dit fort justement Raffarin, de donner à la France une posture internationale qui l'a fait sortir du lot.

Jacques Chirac l'a fait, ajouterais-je personnellement, en s'opposant clairement aux Etats-Unis. C'est bien la seule façon qui permettra à l'Europe d'exister, dans les prochaines années. Aujourd'hui, les cafouillages actuelles sur la composition et le rôle de la Finul au Liban montrent bien que, tant que les Européens accepteront de se faire instrumentaliser par les Américains et leurs alliés Israéliens dans l'actuel conflit, ils n'arriveront à rien - ou plutôt ils courront tout droit à de nouveaux désastres. On a vu à quoi le fait d'accepter d'être le "proxy" de l'Amérique au Moyen Orient a conduit Israël. Les Européens devraient en tirer les enseignements qui s'imposent. Leur premier message devrait être à l'intention des Etats-Unis, en leur disant clairement que ceux-ci n'ont rien à faire dans la zone. Mais je rêve. L'Europe n'a pas encore de stratégie de remplacement.

PS: retour à l'interview de Jean-Pierre Raffarin. J'ai noté que celui-ci, bon connaisseur de la Chine, pronostique que dans 20 ans ce pays aura remplacé les Etats-Unis dans le rôle de superpuissance. Il conseille à l'Europe d'établir dès maintenant une stratégie tenant compte de ce fait. Mais là encore, l'Europe en est loin. Et nos futurs candidats à la présidence semblent incapables de seulement concevoir de quoi il pourrait s'agir. 23/08/06

Par Jean-Paul Baquiast - Publié dans : gazetadmiroutes
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Mardi 15 août 2006

L'Europe (et la France) attendues au tournant fin août

Que va faire l’Europe, que fera pour sa part la France, lorsque fin août, l’Iran refusera les propositions en forme d’ultimatum du Conseil de Sécurité de l’ONU concernant ses capacités nucléaires ? Les experts considèrent en effet que l’incapacité d’Israël à obtenir la défaite attendue du Hezbollah au Liban a beaucoup renforcé la volonté de l’Iran de poursuivre son programme d'enrichissement. Cet échec a démontré l’impuissance relative de bombardements même massifs face aux abris souterrains du Hezbollah, construits avec l’aide d’experts iraniens sur le modèle de ce que l’Iran a fait depuis longtemps pour son propre compte. Par ailleurs, les réactions du monde arabe, comme d’ailleurs du reste du monde, devant l’offensive terrestre israélienne ont convaincu l’Iran qu’aucun pays ne risquera jamais d’opération analogue contre lui.

Or selon ces mêmes experts (voir ci-dessous**), l’offensive israélienne était considérée à Washington comme une répétition et un préalable de ce que les Etats-Unis allaient pouvoir faire contre l’Iran : des bombardements massifs de l’US Air Force, non seulement contre les installations nucléaires enterrées, mais contre les routes, aéroports et villes elles-mêmes. Ces bombardements devraient, dans l’esprit des néo-conservateurs, semer la terreur en Iran et au Moyen Orient en général, pousser les opposants iraniens réputés « démocrates » à renverser l’actuel pouvoir, soulager la pression contre le corps expéditionnaire américain en Irak et faciliter si nécessaire une intervention terrestre en Iran.

Rien de tout ceci ne s’est passé. Si bien que le Hezbollah apparaît désormais comme le grand vainqueur, modèle pour tous ceux qui voudraient dans les autres Etats arabes suivre son exemple. Israël est durement affaibli et à Washington même, on commence à douter du bien fondé de la politique de Bush visant à mettre l’Iran à genoux. L’armée de terre et la marine, qui n’avaient jamais cru au succès d’opérations aériennes, contrairement à l’US Air Force, craignent maintenant que, loin d’être soulagées, les troupes américaines engagées en Irak, déjà en position relativement critique, soient l’objet d’offensives renouvelées des milices tant chiites que sunnites, sur le modèle de ce qu’a fait le Hezbollah. Mais cela ne veut pas dire pour autant que Bush, Cheyney et Rumsfeld vont renoncer à soumettre l’Iran. La clairvoyance n'est pas leur point fort.

Reposons alors la question : que va faire l’Europe en cas de refus iranien d’accepter le compromis sur le nucléaire ? Certains Etats européens, dont la France, avec l’appui de l’Union, seront alors impliqués comme force d’interposition entre le Liban et Israël. Les Etats-Unis voudraient d'ailleurs en faire davantage, une force d’interposition entre le Liban et la Syrie, bref un otage embourbé au Moyen Orient qui obligera l’Europe à se ranger automatiquement du côté américain si les choses s’aggravaient. Il est certain que, renforcé par l’échec israélo-américain, les radicaux chiites en Iran et au Liban ne vont faire aucune concession, ni aux Etats-Unis ni à l’Europe si celle-ci semble accepter de remplacer Tsahal dans le rôle de proxy (c’est-à-dire de bras armé local) des Etats-Unis. Allons nous accepter de nous laisser ainsi piéger ? Mais si nous ne le faisions pas, quel parti prendrions-nous ? Il serait quand même assez difficile de paraître encourager tous ceux, Iran en tête, qui proclament haut et fort leur désir de rayer Israël de la carte.

Voilà dans quelles impasses on se trouve lorsque l’on a pendant des mois refusé d’avoir une politique extérieure soucieuse en priorité des intérêts européens (qui supposent de bonnes relations avec tous les Etats de la zone) ceci pour ne pas contrarier Washington. Cette remarque vaut pour Blair, mais aussi pour l’Allemagne et l’Espagne et même la France, jusqu'à ces dernières semaines bien silencieuse 15/06/06

** Lire Dedefensa Le rendez-vous de la fin de l'été http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=3039
et le long article, exemplaire de ce que devrait être le journalisme, de Seymour Hersch dans le New Yorker, Watching Lebanon
http://www.newyorker.com/printables/fact/060821fa_fact


Déboires d'Israël en tant qu'exécuteur des basses oeuvres du Pentagone

Ceux qui ont de la sympathie pour Israël ne peuvent que regretter de voir les impasses où il s'est mis en acceptant de servir de bras armé - ou plutôt d'exécuteur des basses oeuvres - du Pentagone au Moyen Orient. Les néoconservateurs et autres stratèges pentagonesques voulaient manifestement que, par une victoire éclair sur le Hezbollah, pour ne pas dire sur le Liban, il sème la terreur dans la zone. Il aurait pu alors sur sa lancée faire ce que les Américains par leur impéritie sont devenus incapables de faire, menacer voire attaquer la Syrie et l'Iran, induire l'apparition du Nouveau Moyen Orient si cher à Condi Rice et G.W.Bush. Hélas, Tsahal n'a pas été à la hauteur, malgré l'ardeur à en découdre de ses généraux. Nos stratèges pentagonesques, forts de leurs brillants succès en Irak, l'accablent de reproches. Israël aurait été "trop humain", l'Amérique ne peut plus lui faire confiance, etc. Ils menacent de lui retirer leur "confiance". En attendant, Israël a perdu une bataille dans l'opinion, non seulement arabe mais mondiale. Israël a peut-être fait pire encore: durablement compromis ses chances de survie à terme. Nous ne le lui souhaitons pas, mais...

Les Européens atlantistes et otaniens - ce que Dieu merci n'a pas été dans cette affaire la diplomatie française - devraient en tirer une conclusion: rien de bon ne peut arriver à un pays qui accepte de s'inféoder militairement à Washington. Quant aux Israéliens, pourquoi ne remplaceraient-ils pas l'alliance américaine par une alliance européenne? L'Europe est branlante et divisée. Néanmoins dans cette affaire (un peu grâce à la France), elle se montre à peu près à la hauteur. 14/08/06


Claude Got. Comment tuer l'Etat

Le Pr Claude Got est connu et admiré pour son ardeur à lutter contre les différentes nuisances qu'imposent producteurs et distributeurs au public, souvent avec la complicité des pouvoirs publics qui n'osent pas affronter les lobbies. On sait son engagement contre la vitesse sur les routes, les 4/4, le tabac, les armes à feu, les aliments générateurs d'obésité, etc. Il faut donc lire son dernier livre, où il présente très concrètement un certain nombre de cas où les pouvoirs publics, par incompétence ou complicité, ont laissé faire les "malfaçons et les malfaisances" provenant du monde économique. Ce livre devrait servir de pense-bête aux citoyens qui veulent s'impliquer dans la lutte pour la protection de l'environnement et des consommateurs. Pour en savoir plus, on peut lire le commentaire pertinent de Philippe Boucher dans http://blog.globalink.org/item/337 14/08/06


Lancement réussi de Syracuse 3B

Le satellite de communications militaires Syracuse 3B a été placé en orbite géostationnaire avec succès le 11 août par une fusée Ariane 5 version lourde depuis le centre spatial de Kourou. La fusée a simultanément mis en orbite le satellite de télécommunications JCSAT-10 pour l'opérateur japonais JSAT Corporation

"Le succès de ce soir est absolument exemplaire car Ariane montre qu'elle est un outil de souveraineté. Syracuse 3B est le troisième satellite militaire que nous lançons en moins d'un an", s'est félicité le directeur général d'Arianespace, Jean-Yves Le Gall. Cette observation de J.Y. Le Gall est une réponse à ceux qui prétendent que l'Europe n'a pas besoin de lanceurs en propre, puisqu'elle peut faire appel aux produits du marché. Le lancement d'un satellite militaire, acte de souveraineté s'il en est, n'aurait pas pu se faire, sauf négociations difficiles, avec un lanceur commercial étranger. Mais nous estimons pour notre part que la souveraineté ne se limite pas au domaine du spatial militaire. Il faudra impérativement à cet égard qu'au delà du lanceur actuel Ariane 5, l'Europe dispose sur les 15 à 20 prochaines années d'une gamme de lanceurs dont elle sera la maîtresse exclusive.

Syracuse 3B a été largué comme prévu 32'50'' après le décollage. Très attendu par les forces armées françaises, ce satellite de communications militaires sécurisées équipé d'un système anti-brouillage va permettre de décupler leurs capacités de transmission. Construit par Alcatel Alenia Space, le 3B est un clone du 3A, lancé en octobre 2005 mais dont les capacités arrivaient déjà à saturation. Leur durée de vie est estimée entre 12 et 15 ans.

Ces deux satellites vont couvrir une zone allant de l'est des Etats-Unis à l'est de la Chine. Ils sont les premiers à être entièrement dédiés à l'armée française. Les systèmes précédents, Syracuse 1 et 2 mis en orbite depuis le milieu des années 1980, étaient partagés avec France Telecom.Sous la maîtrise de la DGA, le programme Syracuse 3 représente un coût total de 2,3 milliards d'euros.

Véritable réseau à haut débit du champ de bataille, ces satellites permettent d'envoyer données, images et d'organiser des visioconférences entre soldats en opération et postes de commandement. C'est la version française, encore il est vrai bien moins riche, du net centric warfare américain. La France va recevoir dès la fin de l'année 600 stations de réception de nouvelle génération, développés par Thales, pouvant être installés sur des navires, des blindés ou transportables à dos d'homme.

Le porte-avions Charles de Gaulle sera équipé de la sienne en 2008. Le lancement d'un troisième satellite pour compléter la constellation est prévu en 2010. Une réflexion a été entamée avec l'Italie pour le développer en commun.

De son côté, par ce tir réussi, Ariane 5 ECA 10 tonnes a confirmé son caractère opérationnel. Il était le sixième effectué par cette configuration. Le vol inaugural, le 11/12/2002, avait été un échec, la fusée ayant dû être détruite en vol en raison d'un problème technique.

SYRACUSE 3B est la 27ème charge utile militaire confiée au lanceur européen. Après les lancements d'HELIOS IIA en décembre 2004, de SYRACUSE 3A en octobre 2005 et de SPAINSAT en mars 2006, Ariane 5 démontre une nouvelle fois sa capacité à assurer un éventail complet de missions, notamment les lancements institutionnels au profit de la Défense européenne 12/08/06.


Le complot de Londres

Apparemment, beaucoup de commentateurs britanniques ne prennent pas très au sérieux les annonces de leur gouvernement concernant l'effroyable complot auquel, grâce à la sagacité du dit gouvernement, les voyageurs transatlantiques viennent d'échapper de justesse. Ils soulignent l'opportunité de ce prétendu complot, au moment où l'axe Blair-Bush se fragilisait et surtout au moment où l'on critiquait de plus en plus la passivité de ces derniers face à l'invasion du Liban par Israël. Il nous est difficile évidemment d'avoir une opinion sérieuse sur le risque d'attentat. Il y a eu effectivement des bombes dans les trains londoniens et il pourrait y en avoir demain dans des avions. On ne peut pas cependant croire sur parole ce que disent des gouvernements qui se sont engagés dans la plus grande erreur historique de ces dernières années, l'invasion de l'Irak, et qui refusent de l'avouer. Voir notre source d'information habituelle, plus précieuse que jamais en ces temps agités: http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=3019 11/08/06


G4G, la guerre de 4e génération

Le concept de Guerre de 4e génération, G4G, a été inventé par les stratèges américains pour définir les nouvelles formes de guerre qu’impose la résistance irakienne à une armée traditionnelle telle que la leur. Il faut toujours se méfier de la façon dont la superpuissance américaine se représente le monde, car c’est souvent aussi une façon d’obliger les « vassaux » à penser comme elle et à la rejoindre dans sa lutte pour maintenir sa domination. Cependant, l’enlisement américain en Irak et les menaces de guerre civile en découlant, les nouveaux développements pris par le conflit israélo-palestinien, le déclenchement d’une véritable guerre, sur le mode de ce qui se passe en Irak, entre le Hezbollah libanais et Israël, obligent à reprendre ce concept de G4G. Comment donc le définir ?

Est-ce qu'il recouvre ce que désignait jusqu’à ce jour le terme de « guerre asymétrique » ? Celui-ci fut créé par le général américain Wesley Clark, lors de l'intervention de l'OTAN au Kosovo, dans un article traitant de la seconde Intifada, écrit pour Time Magazine. D'une façon générale, une guerre asymétrique est une guerre du faible au fort, engageant des milices ou des organisations terroristes non étatiques contre des forces policières et militaires étatiques. Elle se distingue des guerres entre Etats qui se déroulent dans un cadre juridique défini depuis longtemps et censé, tel la Convention de Genève, assurer un minimum de protection aux populations civiles, aux prisonneirs de guerre, etc.. Elle se distingue aussi d'une guerre dissymétrique où s’affrontent deux Etats dont les forces de l’un sont nettement inférieures à celles de l’autre, ce qui impose au premier des actions ne relevant pas nécessairement du droit de la guerre, comme des sabotages. Un exemple de ce dernier type de conflit est fourni par la dernière guerre entre les Etats-Unis et le Viêt-Nam.

Le concept de guerre asymétrique a été repris par les stratèges européens, notamment par Jacques Baud (La guerre asymétrique ou la défaite du vainqueur, l'art de la guerre, Editions du rocher, 2003), dont l’ouvrage fait encore référence. L’auteur y insiste sur l’utilisation par les adversaires de tous les espaces disponibles, notamment l'espace humain (l’opinion publique), l'espace terrestre, l'espace aérien, l'espace hertzien (la communication et les médias). Le partenaire militairement faible, dans ce type de guerre, compense son infériorité en capacités par un usage intensif et peu pratiqué encore par les grands Etats d’actions violentes capables de rallier à sa cause les populations civiles et les opinions publiques, à l’échelle du monde entier lorsque cela est possible. Le droit traditionnel de la guerre est alors inévitablement violé. Mais en principe les belligérants évitent de procéder à ce que l'on nomme aujourd'hui des "crimes contre l'humanité". S'ils le font, ils encourent, outre une réprobation générale, des poursuites devant d’éventuels "Tribunaux Pénaux Internationaux", quand ceux-ci existent et sont reconnus. Des condamnations morales à l'ONU sont aussi possibles. Tout ceci, il est vrai n'arrêtera pas les plus radicaux des belligérants.

Qu’apporte alors de nouveau le concept de G4G ? On peut dire qu’il s’agit d’une véritable guerre, mobilisant d’importants moyens militaires et psychologiques, où s’affrontent des Etats et des puissances non étatiques capables de mobiliser des foules importantes à partir de motivations idéologiques, généralement nationalistes et religieuses, recouvrant le plus souvent des affrontements économiques et géostratégiques. C’est toujours, au moins au début, une guerre du faible au fort mais l’ambition du faible, dans ce cas, est de détruire les capacités du fort pour l’obliger à se retirer du conflit. Asymétrique au départ, la guerre en ce cas tend à devenir symétrique en pratique, les adversaires équilibrant leurs forces. Les plus ambitieux des faibles visent même à détruire les forts pour devenir forts à leur place.

Le danger présenté par le concept de G4G est de conduire à radicaliser les affrontements. Il évoque la perspective de la guerre des civilisations, confrontant le monde occidental riche (dit par ses adversaires monde chrétien) et le monde musulman pauvre. Beaucoup de stratèges américains, notamment chez les néo-conservateurs, rêvent sans doute d’une telle guerre des civilisations, dont ils espéreraient sortir vainqueur. Les musulmans fondamentalistes encore plus, puisque de la destruction du monde occidental ils espèrent voir surgir le nouveau messie qu’ils attendent, dit aussi l’imam caché. Les Européens au contraire refusent énergiquement la perspective d’une guerre des civilisations, non par lâcheté mais sans doute parce qu’ils sont un peu plus « civilisés » que ceux prônant une culture de l'anéantissement généralisé. La spécificité de la civilisation européenne est en effet la coexistence aussi pacifique que possible des nationalités, des religions et des ethnies, au sein de sociétés laïques et tolérantes. Dans une guerre des civilisations ouverte, la civilisation européenne perdrait son âme et peut-être même y laisserait-elle son existence.

Les stratèges européens peuvent-ils alors reprendre le concept américain de G4G qui semble fait tout exprès pour habituer les opinions publiques à la perspective d’une guerre des civilisations entre l’Occident et le monde musulman ? Ils peuvent le faire, mais en précisant bien ce qu’ils entendent par G4G et en montrant comment agir pour éviter les débordements voulus par les extrémistes des deux bords afin de provoquer un embrasement mondial. Dans cette perspective, nous définirions ainsi la G4G :

- une guerre entre des Etats militairement forts et des mouvements de résistance luttant contre ces Etats, soit pour « libérer » des territoires occupés par eux, soit pour limiter les ambitions territoriales ou économiques de ces Etats. Aujourd’hui, au Moyen Orient, les deux Etats forts, disposant de moyens conventionnels et atomiques considérables, sont les Etats-Unis et Israël. Leur principal tort, aux yeux de leurs adversaires, outre leur super-puissance, est d'être des forces d'occupation. C'est indéniable dans le cas des Etats-Unis. C'est plus discutable dans le cas d'Israël, installé en Palestine depuis longtemps, mais c'est vécu comme tel par les opinions arabes. Les principales mouvances de résistance sont les milices principalement sunnites mais aussi chiites en Irak, le Hamas en Palestine, le Hezbollah au Liban.

- une guerre faisant appel à des interventions en sous-main, sous forme notamment de fourniture de matériel militaire, par des Etats officiellement neutres mais qui pour renforcer leur poids international cherchent à affaiblir la puissance dominante représentée au Moyen Orient par les Etats-Unis et accessoirement Israël. Les matériels fournis peuvent être très sophistiqués, à la hauteur, qualitativement sinon quantitativement, de la plupart des armements utilisés par le fort. On voit ainsi le Hezbollah utiliser aujourd’hui des missiles de moyenne portée et des drones. Ces matériels et leur assistance technique proviennent nécessairement de l’Iran ou de la Syrie et sans doute de plus loin encore.

- une guerre susceptible de s’étendre en recrutant des Etats ou des forces jusqu’à présent peu engagés. Le spectre de la guerre des civilisations peut alors légitimement être redouté. Aujourd’hui, les Etats susceptibles, dans un premier temps, de s’inscrire directement dans les conflits au Moyen Orient sont la Syrie et l’Iran. L’internationale Al Qaïda, jusqu’ici semble-t-il peu présente, s’efforcera elle aussi de profiter du conflit pour étendre son emprise dans les pays de la zone. Elle essaiera également de mobiliser des minorités terroristes dans d’autres Etats du monde afin de les déstabiliser, notamment les Etats arabes dits modérés, le Pakistan, l’Indonésie et les Etats européens.

- une guerre visant en priorité les civils et l’effet de rejet que provoquent dans les opinions mondiales les reportages sur les morts, les blessés et les destructions affectant les populations. L’objectif de ceux qui commettent ces agressions est de rallier à leur cause (par la peur ou à l’opposé par l’indignation) les civils touchés et plus généralement les opinions mondiales. Le fort hésite en général à utiliser ce type de moyen, mais le cas échéant il le fait sans l’avouer. Israël le montre actuellement en détruisant le Liban chiite. Les faibles au contraire usent et abusent des attentats terroristes dont les victimes sont principalement civiles. Là encore, s’en prendre aux civils ne fait que radicaliser les affrontements et précipiter les pacifistes dans les bras des extrémistes.

- une guerre où progressivement, les capacités militaires du fort se trouvent enlisées dans une guérilla incessante où les armes mêmes sophistiquées perdent une grande partie de leur efficacité. Cette guérilla est d’autant plus efficace qu’elle a pu accumuler les capacités modernes fournis précédemment par des Etats officiellement non engagés dans le conflit, comme indiqué ci-dessus. On voit actuellement s'élever le niveau technique des armements utilisés. Dès que le Hezbollah, l’Iran ou tous autres « faibles » disposeront de missiles stratégiques, ils deviendront militairement difficilement contournables. D’ores et déjà, les « simples » Katiouckas paraissent difficiles à parer. Les systèmes anti-missiles américains de type Patriot, sur lesquels les Israéliens comptaient au début du conflit, se montrent impuissants. Le fort est alors tenté de monter dans l’échelle des rétorsions, jusqu’à envisager l’arme suprême, représentée en ce cas par des frappes nucléaires tactiques. Il parait clair que si le fort, Etats-Unis ou Israël en l’espèce, se laissait aller à cette tentation, la désapprobation mondiale serait si grande que des Etats nucléaires jusqu’ici en retrait, comme le Pakistan et la Chine, pourraient mobiliser contre eux, directement ou indirectement, des moyens atomiques dans le conflit. Celui-ci en ce cas se mondialiserait de façon cataclysmique.

- une guerre qui s’accompagne, dans les pays où elle se déroule et souvent, par contagion, dans les régions voisines, d’une dissolution de la structure sociale traditionnelle. Les affrontements interethniques ou interconfessionnels se multiplient. Plus grave, les activités de prédation, exercées par toutes les forces en présence, y compris les armées officielles, épuisent les ressources locales. Des organisations mafieuses locales ou internationales accaparent les richesses encore disponibles (notamment le pétrole) et terrorisent les populations. A long terme, ce seront sans doute ces organisations criminelles qui seront les grandes gagnantes de la guerre.

- une guerre enfin, last but not least, où l’un des clans fait, de façon unilatérale, appel aux « combattants suicides ». Les combattants suicides sont une nouvelle donnée caractérisant de plus en plus la G4G, dans la mesure où leur emploi se généralise. Certes la Japon impérial avait donné l’exemple avec les kamikazes, annoncés d’ailleurs, on l’oublie trop souvent, par le sinistre Viva la muerte du général franquiste Milan Astray, s'adressant au philosophe espagnol Miguel de Unamuno. Mais on pouvait penser que sauf exceptions, les combattants de la seconde partie du 20e siècle seraient trop attachés à leur propre vie pour la sacrifier délibérément, y compris pour la patrie. Or ce n’est pas le cas. La G4G opposera de plus en plus deux types de sociétés. D’une part celles où la vie individuelle (elle-même assez confortable pour être vécue) représentera une valeur suffisante pour décourager les vocations au sacrifice suprême, ceci d’autant plus que le recul de la religiosité ne permettra pas de faire du saut dans la vie éternelle un véritable produit d’appel. D’autre part les sociétés où le suicide au combat continuera à représenter la valeur suprême. On pense habituellement que c'est le fanatisme religieux qui pousse les terroristes à la mort. Il est certain que la religion joue un rôle. La mort au service de Dieu garantit en effet au combattant de la foi, selon les discours des prêtres, non seulement la fusion avec la divinité mais les jouissances et les richesses que la vie terrestre rend de plus en plus difficile à obtenir. Observons que les chefs de guerre qui promettent ces félicités aux combattants-suicide se gardent bien de donner l’exemple. Ils recherchent au contraire à s’approprier les biens matériels des sociétés qu’ils combattent, afin d’en profiter le plus longtemps possible ici bas, eux et leurs proches. Ceci étant, des études récentes montrent que c'est tout autant le sentiment national en révolte contre les occupants qui pousse beaucoup de militants à des attentats suicides ou qui les conduit à se laisser tuer sur place dans les engagements. On retrouve alors une forme de patriotisme louée très haut en Occident du temps des guerres du 19e et 20e siècle: "mourir pour la patrie est le sort le plus beau, le plus digne d'envie" (voir sur ce point Dedefensa http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=3001 ).

Avec les missiles à longue portée, d’éventuelles armes de destruction massive et une réserve illimitée de combattants suicides, les faibles initiaux ne sont-ils pas en train de se doter d’armes absolues capables de neutraliser les armées les plus technologiques ? Plus généralement, ne se rapproche-t-on pas vraiment de la guerre des civilisations redoutée ? Le nombre de ceux prêts à se sacrifier pour leur foi ou pour détruire un adversaire présenté comme exerçant une force injuste est sans doute grand. Il le sera de plus en plus car le niveau de vie mondial ne s’améliorera pas suffisamment vite pour décourager les actes de désespoir, lorsque ceux-ci sont provoqués par la misère et l'impuissance face à un ennemi trop fort. .

La G4G, ainsi définie, est-elle le prototype des futures guerres où s’affronteront, dans le monde de demain, les riches et les pauvres ? Les prétextes ne leur manqueront pas : accès aux ressources naturelles telles que l’eau ou les énergies fossiles – accès à l’espace géographique dans la perspective du réchauffement de la planète et du resserrement des territoires habitables – destruction progressive des infrastructures collectives aggravant l’inégalité entre classes sociales y compris dans les pays riches….

Même si ce scénario noir ne se généralise pas, la 4G4 oblige à réagir dès maintenant l’Union Européenne et les Etats européens qui comme la France souhaitent continuer à jouer un rôle d’apaisement au Moyen Orient et dans les pays musulmans voisins. Quelle attitude avoir vis-à-vis des belligérants ? Comment éviter d’être entraînés dans la guerre menée par les forts ou d’être contaminés par celle des faibles ? Comment intervenir, pacifiquement et le cas échéant militairement, si le besoin s’en faisait sentir ? Comment faire, à plus long terme, pour que chacun reste chez soi et ne se mette pas en tête de conquérir les territoires des autres ? Comment lutter contre ces véritables virus de l’esprit que sont les appels aux formes suicidaires de combat ? Le moins que l’on puisse dire, c’est que les stratèges militaires et diplomates européens sont encore loin d’avoir pris la mesure des difficultés qui s’amoncellent. Les gouvernements européens n’ont pas non plus les moyens humains et militaires de leurs ambitions d’interposition, à supposer qu’ils s’entendent pour intervenir en faveur d'une paix négociée entre partenaires raisonnables, s’il en restait. 10/08/06


Affirmer la puissance, assurer la cohésion. Les objectifs d'une politique européenne volontariste en matière de transports.


Aujourd'hui Demain
Images LTF: Liaison Lyon Turin Ferroviaire

Pour beaucoup d’hommes politiques, américains et britanniques, l’Europe n’est rien qu’un territoire sans frontières, non sructuré et donc incapable de se comporter en puissance politique et économique. Ce serait en partie vrai si l’Europe ne s’était pas organisée depuis longtemps autour de réseaux de transports d’une qualité unique au monde, en plein développement et capables d’apporter à l’Europe des prochaines décennies l’indispensable cohésion qui en feront une vraie puissance.

Les transports en Europe donnent cependant l’impression d’une grande anarchie et de multiples contradictions : entre la route omniprésente et les autres modes, entre les Etats et régions bien desservis et les autres, entre les interventions publiques en faveur des infrastructures lourdes et les initiatives privées jouant la carte de la rentabilité immédiate aux dépends des intérêts européens à long terme. C’est indéniable. Cependant, quand on compare la situation des transports en Europe et celle des transports dans les autres continents, y compris dans la « riche » Amérique du Nord, l’avance européenne est indiscutable. Il suffirait de peu de choses pour la transformer en un avantage décisif dans la compétition mondiale.

Nous pensons que ce peu de choses – qui représenterait en fait une mutation considérable des esprits contaminés par les pensées uniques libérales – est à la portée des Européens. Ce "peu de choses" serait en effet dans la ligne des traditions historiques ayant fait, depuis l’Empire romain, de l’intervention de la puissance publique en faveur des voies de communication la base même de la puissance impériale. Certes, aujourd’hui, une politique de puissance en matière de transports ne suffira pas. Elle ne remplacera pas l’effort considérable en recherche développement qu’il faut mener par ailleurs pour que l’Europe se tienne à la hauteur des grands concurrents américains et asiatiques. Mais elle y contribuera directement, car les technologies nécessaires à une politique de puissance en matière de transports ne seront pas obtenues sans précisément un effort de recherche/développement considérable – dont heureusement les Européens possèdent déjà certaines des bases, grâce à des industries et des laboratoires très concurrentiels.

Mais comment définir une telle politique de puissance au profit des transports européens. Nous voudrions présenter dans cet article quelques points qui nous semblent devoir en constituer les préalables.

1. Le cadre géographique

L’Europe concernée ne se limitera pas aux pays de l’Union. Elle comprendra d’abord la Confédération helvétique, déjà bien engagée pour sa part dans une politique intelligente de modernisation des infrastructures, au profit notamment du rail, et qu’il faudra convaincre de rejoindre une démarche géopolitique commune. Elle visera aussi à impliquer, même s’ils ne font pas partie politiquement de l’Europe, les pays voisins générateurs de flux entrants et sortants et donc intéressés à leur rationalisation : Russie, Turquie et autres pays frontaliers.

On ajoutera au domaine terrestre le domaine maritime de la zone exclusive des 200 miles. Cet espace doit être repris en main par les Etats européens, avec l’imposition de mesure de surveillance et de protection s’imposant à tous navires, de quelque nationalité qu’ils soient. Les Etats-Unis l’ont décidé pour ce qui concerne leurs eaux territoriales de façon unilatérale et tout le monde a du en tenir compte. L’Europe doit faire de même. Cela supposera notamment la mise en place de corps et flottes de garde-côtes efficaces, ainsi que sans doute le pilotage obligatoire dans les détroits et chenaux à risque, tant en Manche et mer du Nord qu’en Méditerranée.

2. Les types de transports

La politique concernera les transports de marchandises, en priorité (les plus lourds et les plus polluants), mais aussi les transports de voyageurs. Elle inclura aussi les transports « dématérialisés » à base de réseaux numériques, compléments et de plus en plus alternatives crédibles aux précédents. De tels réseaux seront généralement satellitaires et nécessiteront donc une politique spatiale européenne active. On mettra notamment en place, plus vite qu’actuellement prévu, le système de géolocalisation européen Galiléo destiné à remplacer l’américain GPS. Ce serait une erreur de faire de la politique spatiale l’objet d’investissements non coordonnés distincts des précédents. Cependant; dans ces divers domaines, les investissements les plus lourds concerneront les infrastructures assurant un maillage convenable de l’espace européen (voies de communication ferroviaires et plates-formes logistiques ou d’entreposage).

Dans le même esprit, la politique européenne à élaborer ne se limitera pas aux infrastructures. Elle comportera une politique dynamique de développement de véhicules adaptés aux nouvelles infrastructures et aux nouveaux enjeux économiques : matériels roulants ferroviaires, navires de divers types, moteurs et réseaux de distribution d’énergie faisant appel aux énergies appelées à remplacer le pétrole.

Mentionnons ici le cas particulier du transport aérien à destination des aéroports européens ou en provenant. La réforme de l'Agence Eurocontrol, toujours envisagée, jamais encore entreprise, devrait devenir une priorité, afin de permettre un suivi paneuropéen des trafics, plutôt qu’un éclatement des contrôles au sein des espaces aériens nationaux.

3. La prise en compte des évolutions économiques, technologiques et de protection de l’environnement à prévoir sur le quart de siècle, sinon sur le demi-siècle

Il est difficile de prévoir sur de telles durées, vu la rapidité des évolutions technologiques et de celles des contraintes. Néanmoins le transport implique le long terme, ce qui en fait précisément le domaine par excellence des politiques publiques visant l‘intérêt général de longue période.

Dressons ici une courte liste des évolutions à intégrer dans des politiques échelonnées sur un quart de siècle et sur un demi-siècle :

- la diminution des réserves accessibles et le coût croissant des carburants fossiles. Ceci impose de les remplacer sans attendre, grâce à des actions volontaristes d’incitation (notamment fiscales), par des énergie de remplacement : traction électrique, hydrogène d’origine nucléaire, bio-carburants (dans certains limites à ne pas dépasser).

- le refus croissant des accidents et gaspillages de toutes sortes dus aux transports routiers, même si ceux-ci consomment d’autres carburants que le pétrole. Le transport routier demeurera utile pour les liaisons courtes mais devrait progressivement être condamné pour les liaisons longues et les frets lourds. La reconversion des métiers de la route devra être organisée au profit de nouvelles activités, notamment dans le groupage-dégroupage de proximité, le multi-modal, etc. Plus généralement, la politique européenne des transports devra intégrer des normes élevées de sécurité, pour les personnes comme pour l’environnement.

- la volonté de plus en plus affirmée de protection des sites urbains ou touristiques. Celle-ci ne pourra pas être assurée en toutes circonstances. Le ferroutage et le merroutage consommeront des espaces de service qu’il faudra bien trouver quelque part autour des points d’éclatement. Mais la pire des pollutions est celle provoquée par le trafic de poids lourds dont, si rien n’est fait, la croissance sera exponentielle et destructive. C’est donc ce trafic qu’il faut viser à réduire rapidement, en mettant en place, beaucoup plus vite que prévu, de nouvelles liaisons ferroviaires, maritimes et accessoirement fluviales. L'utilisation d'avions, même gros porteurs, sur des liaisons intra-européennes ne devrait pas par contre être encouragée.

- le développement des procédures de gestion des marchandises et des personnes faisant appel aux solutions télé-électroniques : échanges de données informatisées, étiquettes radio, géolocalisation par satellites, etc. Ceci supposera, à l’initiative principalement des Etats, en liaison avec les professions, un grand effort de normalisation des documents, des données (data) et des échanges. Le web sémantique sera généralisé. En amont, les procédures administratives et commerciales, déjà en bonne voie d’harmonisation, devront l’être encore davantage. On évitera ce faisant de laisser l’Europe continuer à se laisser imposer les normes techniques, commerciales, financières et juridiques définies par les opérateurs américains. L’espace de transport européen, tel que défini ici, aura un poids suffisant pour obliger ceux qui veulent y commercer d’adopter ses propres normes et procédures. Encore faudra-t-il coordonner ces dernières, entre Etats-membres et Etats voisins.

4. L’adoption de procédures de décision et de financement faisant un large appel à une régulation intergouvernementale émanant des Etats et de l’Union européenne

On fera valoir que les objectifs énumérés ci-dessus, aussi souhaitables soient-ils, se heurteront d’une part au manque de ressources financières, d’autre part à la concurrence et au refus de coopérer des Etats – sans parler de l’opposition de groupes d’intérêt capables de bloquer la vie économique et de défaire des majorités parlementaires en cas d’affrontements directs.

C’est bien pourquoi ceux qui, comme nous, défendent le concept d’une Europe souveraine, indépendante et solidaire doivent faire d’une politique des transports telle que résumée ici un élément majeur de la construction d’une telle Europe, à « vendre » en priorité aux citoyens conscients de la nécessité de faire face aux changements qu’imposera le siècle. Il faudra convaincre l’opinion qu’il faut dorénavant anticiper les mesures à prendre plutôt que réagir aux contraintes, tardivement et dans le désordre.

La question des financements ne sera pas résolue si on ne change pas radicalement les perspectives. Aujourd’hui, le transport routier prélève sur les économies et les sociétés en général un coût au moins 10 à 20 fois supérieur aux gains qu’il rapporte. Mais, pour le montrer, il faudrait généraliser les procédures d’évaluation publique autour de principes de comptabilité analytique admis par tous les partenaires. Ces coûts mis en évidence, le transfert progressif des ressources consacrés indûment aux formes de transport obsolètes pourra se faire avec des mécanismes mixant l’impôt (taxations et détaxations) et les financements bancaires de moyen et long terme.

D’une façon générale, le projet présenté ci-dessus repose sur le concept général d’optimisation, en temps aussi réel que possible. Généralisée dans les systèmes vivants (par exemple au sein des échanges se produisant dans les cellules et dans les organismes) cette optimisation permet de proportionner exactement les solutions tant aux ressources qu’aux besoins de survie. Utilisant ces exemples, des modèles biomimétiques de l’espace européen, accessibles par Internet à l’ensemble des citoyens, devraient concrétiser les handicaps actuels et les réformes à entreprendre. Même les entreprises privées axées sur la concurrence sans freins et le profit immédiat pourraient sans doute se convaincre de la nécessité d’entrer dans un système global auto-organisateur et auto-optimisateur tel qu’esquissé ici.

Quant aux institutions nécessaires à la définition et à la conduite d’une telle politique, n’en parlons pas ici. Elles apparaîtront d’elles-mêmes si le nouvel état d’esprit se répand. Elles associeront les gouvernements (ceux des Etats-membres et les autres), les institutions de l’Union européenne et, sans doute, des associations et fondations à créer pour populariser la démarche. 02/08/06

Par Jean-Paul Baquiast - Publié dans : gazetadmiroutes
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Mercredi 2 août 2006

La guerre au Moyen Orient. Perspectives. Rôle des Européens. Rôle de la France

Il semble que la situation résultant de l’attaque d’Israël par le Hezbollah et la riposte d’Israël ne se résoudra pas dans un compromis censé rétablir un statu quo plus ou moins durable entre Israël et ses voisins. Tout fait craindre que l’on soit à la veille d’un affrontement majeur dans la région, susceptible de s’étendre à d’autres parties du monde. Si ce pronostic se révélait juste, il serait indispensable que l’Europe s’affirme de toute urgence comme puissance médiatrice dans ce conflit. Pour la France et notamment pour le gouvernement actuel, il s’agirait d’une occasion majeure de réaffirmer le rôle international, au sein de l’Union Européenne, que les Etats-Unis et leurs alliés ou « amis » cherchent depuis quelques années à lui dénier.

Un affrontement majeur en perspective

Quels sont les facteurs susceptibles de provoquer cet affrontement ?

- L’engagement irresponsable des Etats-Unis en Irak. Comme il avait été prévu par le gouvernement français, la guerre en Irak a radicalisé l’affrontement entre les Etats-Unis et leurs alliés, d’une part, les mouvances chiites dans la région, la Syrie et l’Iran d’autre part, pour le plus grand bénéfice d’Al Qaïda. Il a par ailleurs fragilisé l’appui des Etats arabes « modérés ». Il a enfin interdit durablement la possibilité d’intervention militaire et diplomatique américaine dans la région, sauf à ce que les Etats-Unis recourent à l’arme atomique, ce qui serait un pas sans doute irréversible vers un chaos mondial.

- Au-delà de l’engagement en Irak, la volonté manifesté par le gouvernement Bush et les forces économiques qui le financent de définir un Grand Moyen-Orient composé d’Etats et d’entreprises pétrolières soumis à l’influence américaine, auquel aucune grande puissance autre (Europe, Chine…) n’aurait accès. Cette ambition totalement irréaliste ne peut que servir la propagande des extrémistes religieux et nationalistes arabes (et iraniens) qui militent pour la radicalisation de la guerre entre le monde islamique et l’Occident.
- L’incapacité de l’Etat juif à se désengager du soutien militaire (lequel a remplacé le soutien diplomatique) que lui apportent les Etats-Unis. On conçoit qu’Israël, menacé de plus en plus ouvertement d’être rayé de la carte, se soit rapproché des Etats-Unis, en acceptant quasiment d’être leur bras armé au Moyen-Orient. Mais Israël n’a pas vu qu’il ne faisait qu’aggraver son sort, en s’alliant avec une puissance certes encore forte mais de plus en plus décrédibilisée au plan diplomatique et militaire. Il n’a pas vu non plus que la technologie militaire américaine, à laquelle il se fiait aveuglément, est inutile en situation de guérilla. Israël aurait du au contraire élargir ses alliances en s’appuyant sur l’Europe et les Etats arabes modérés pour imposer un règlement durable de la question de palestinienne. Mais il aurait fallu que les extrémistes juifs acceptent la présence d’un Etat palestinien et cessent de se faire instrumentaliser par le lobby juif américain et, derrière ce dernier, par le Pentagone.

- La poursuite de la politique menée par la Syrie et, de façon différente, par l’Iran, pour dominer le Moyen-Orient. Le fait que le Hezbollah ait pu se doter d’un armement moderne en fusées à longue portée et ait été autorisé à entreprendre une campagne de bombardement effectivement inacceptable par Israël semble en être un signe indubitable. Cette politique aurait pu cependant – pourrait peut-être encore – être contenue par la « communauté internationale » et se limiter à une reconnaissance du rôle éminent mais non exclusif que ces deux Etats, à divers titres, doivent jouer dans la région. Mais elle risque d’être radicalisée, du fait des facteurs précédemment mentionnés. Ceci donnerait aux extrémistes, dans ces pays, la tentation de faire de la Syrie et/ou de l’Iran les têtes de file d’une croisade des pays musulmans pour chasser les Occidentaux, Américains mais aussi Européens, de la région. Le vieux rêve d’une Oumma des communautés musulmanes pourrait alors inspirer des mouvements belliqueux multiples. Les conséquences s’en feraient sentir d’abord au Moyen-Orient, avec une mort programmée de l’Etat d’Israël et l’arabisation du Liban. Elles se feraient aussi sentir dans l’ensemble du monde, à commencer par l’Europe, avec la radicalisation des mouvements terroristes et des minorités musulmanes non assimilées.

- Le risque que les conflits en cours se transforment dramatiquement par l’usage de l’arme atomique. Les conséquences du recours à cette arme seraient sans doute à cours ou long terme l’effondrement des civilisations démocratiques et laïques telles qu’on les conçoit encore en Europe – raison de plus que devrait avoir l’Europe pour ne pas se désintéresser de la situation actuelle. On considère généralement que seuls Israël et les Etats-Unis disposent actuellement de l’arme et qu’ils pourraient s’en servir sans risques, l’Iran n’ayant pas actuellement de capacités nucléaires. Mais ce serait sans compter sur une éventuelle intervention du Pakistan (voire d’autres Etats atomiques), venant à l’aide des Etats arabes se disant injustement agressés par une attaque atomique, fut-elle limitée. Le risque d’une bombe sale manipulée par des terroristes est également très présent. L’Europe serait en ce cas une des premières visées, qu’elle ait ou non soutenu une action israéolo-américaine utilisant des armes atomiques tactiques.

- La démission persistante de nombreux Etats européens (comme de nombreux hommes politiques français) qui refusent de voir les divers risques énumérés ci-dessus et qui, plus grave, refusent de s’autonomiser face au Etats-Unis. Continuer à compter sur ces derniers pour régler les conflits, en appeler à un renforcement de leur intervention au Moyen-Orient, alors que ce renforcement ne peut que précipiter la marche à la guerre, s’apparente aujourd’hui à une démission criminelle. Elle est analogue à celle de l’Europe face à Hitler en 1938. Mais aujourd’hui l’Europe est confrontée à deux Hitler aussi dangereux l’un que l’autre, qu’il faudrait absolument contenir, l’un symbolisé par G.W. Bush et l’autre par les mouvements extrémistes et terroristes arabo-musulmans. 1) On notera par exemple la déclaration étonnante de Ségolène Royal qui, interrogée sur ses propositions relative à la situation au Moyen-Orient, ne trouve rien de mieux qu’appeler les Etats-Unis à s’impliquer davantage dans le règlement du conflit, ceci sans mentionner un instant le rôle de l’Europe et de la France.

Une occasion unique pour l’Europe de jouer un rôle de pacification au Moyen-Orient

Faut-il considérer comme irrévocable la volonté des Etats arabes ennemis d’Israël de le « rayer de la carte » en s’appuyant sur des mouvements terroristes désormais impossibles à désarmer ? Faut-il parallèlement considérer comme irrévocable la volonté des Etats-Unis d’engager une « guerre des civilisations » entre eux et leurs alliés d’une part, les arabo-musulmans où qu’ils soient dans le monde d’autre part ? Si cela était le cas, les chances d’une intervention pacificatrice européenne seraient minces et l’Europe disparaîtrait elle-aussi dans la tourmente. Mais le pire n’est jamais certain. On peut espérer qu’au Moyen Orient lui-même, aux Nations Unies plus généralement, des forces politiques souhaitant la non aggravation du conflit et le retour à la paix existent. Ce serait alors que l’Europe pourrait jouer un rôle capital. Que pourrait être ce rôle ?

- Affirmer que l’Europe veut désormais, au même titre que la Syrie et l’Irak, jouer un rôle majeur au Moyen-Orient, du fait de son voisinage géographique avec cette partie du monde et des intérêts multiples qui les lient. Refuser dans le même temps que les Etats-Unis restent le seul représentant – désormais déconsidéré et quasi désarmé – de l’ « Occident » dans cette région.

- Placer l’intervention européenne au service des Nations Unies, supposées être une instance de paix à vocation mondiale. Ceci nécessiterait une active action diplomatique européenne au sein du Conseil de Sécurité et de l’Assemblée Générale, notamment pour y isoler les Etats-Unis, si ceux-ci persistent dans leur unilatéralisme actuel.

- Affirmer que l’Europe n’acceptera jamais la disparition d’Israël, non plus d’ailleurs que celle de l’Etat palestinien, ce qui suppose une reprise active de négociations entre les représentants de ces deux Etats, afin d’aboutir à un accord durable.

- Déployer un très important contingent militaire, doté de moyens et de droits d’interventions conséquents, qui sécuriserait les frontières entre Israël et ses voisins (ce qui inclurait la neutralisation de la frontière entre le Liban et la Syrie). Cette force devrait être placée sous mandat onusien et comprendre d’autres contingents que les seuls européens. Mais dans un premier temps elle ne se constituera pas sans l’engagement, au titre de l’Union Européenne, d’un certain nombre d’Etats européens, dont la France, disposant de forces de projection.

- En aucun cas, cette force ne pourrait être placée sous commandement de l’Otan, légitimement considéré par les pays de la région comme instrumentalisée par les Etats-Unis. Elle pourrait disposer par contre, pourquoi pas, de contingents syriens, iraniens et libanais.

- Faut-il ou pas soumettre le déploiement de cette force au préalable d’un cessez-le-feu et, mieux encore, d’un début d’accord politique visant notamment au règlement du conflit israélo-palestinien. Ce serait souhaitable. Mais on peut penser que la préparation de l’entrée en scène de cette force et la reprise des négociations entre les belligérants se réaliseraient de facto simultanément.

- Peut-on espérer que l’Union européenne pourrait s’entendre sur un tel programme alors qu’elle est actuellement divisée entre la Grande-Bretagne et certains Etats encore soumis à l’influence de la diplomatie américaine, et les autres ? Peut-être. Sinon, les Etats européens, France en tête, qui prendraient les initiatives résumées ci-dessus, devraient s’inscrire dans la démarche des « coopérations renforcées ».

Nous ajouterons que pour le Président de la République Française et son Premier ministre, comme pour notre diplomatie, s’engager hautement dans un tel programme leur permettrait de reprendre tout le prestige international et national gagné lors de leur opposition à l’intervention américaine en Irak, et perdu depuis en grande partie.

Pour tout ceci, évidemment, le temps presse. Des déclarations dans le sens qui précèdent devraient venir dans le courant du mois d’août, ceci malgré les vacances politiques que s’octroient les gouvernements européens. 02/08/06


Le commerce équitable, nouvel attrape-nigauds?

On peut deviner que le battage publicitaire fait autour du commerce équitable va induire - ou a déjà induit - bien des dérives, sinon des escroqueries caractérisées. Le principe parait simple et d'une grande noblesse: faire vendre par les grandes surfaces, dans les pays occidentaux, des produits dont l'intermédiaire (une association?) assure qu'elle ristournera au producteur local une part du prix de vente. Celui-ci sera calculé à un niveau légèrement plus élevé que celui de la concurrence, afin de dégager des marges. On a beaucoup parlé de ce procédé dans le domaine du café, mais il s'étend à d'autres produits agricoles. Or l'économiste Christian Jacquiau, qui avait déjà fait à juste titre la critique des procédés de la grande distribution, montre dans son nouvel ouvrage ce que peut cacher le concept de commerce équitable. On lira avec intérêt son livre: Les coulisses du commerce équitable. Mensonges et vérités sur un petit business qui monte, Ed. Mille et une Nuits.

L'auteur ne condamne pas totalement le principe, mais il enquête sur l'association Max Havelaar, pionnière du système. Il montre ce que cache cette entreprise, montée à grands fracas par le prêtre (tiens, tiens) hollandais Franz van der Hoff. Il dénonce aussi le prétendu Label proposé par elle. De quoi vous renvoyer aux gondoles non équitables de nos grandes surfaces habituelles.

* http://www.maxhavelaarfrance.org/


Le pape et l'origine du monde

Selon Usatoday http://www.usatoday.com/life/people/2006-06-15-hawking_x.htm?POE=LIFISVA, le physicien Stephen Hawking, auteur du best-seller A Brief History of Time a révélé lors d'un colloque en mai 2006 que le pape Jean-Paul II lui avait demandé de ne pas étudier les origines de l'univers parce qu'il s'agissait de l'oeuvre de Dieu. La demande du pape avait été formulée pendant une conférence sur la cosmologie tenue au Vatican à une date non précisée par Hawking.

Le pape aurait dit exactement ceci: "Je suis d'accord pour l'étude de l'univers et de ses commencements. Mais nous ne devrions pas nous interroger sur l'origine de la création elle-même car c'est l'oeuvre de Dieu". Stephen Hawking avait plaisanté sur ce sujet, annonçant que le Pape avait présenté un papier à la conférence concernant la naissance de l'univers.

On peut prendre cet échange à la légère. mais il montre bien que l'Eglise catholique, en aurait-elle encore le pouvoir, continuerait à interdire aux scientifiques toutes recherches susceptibles de contredire les Ecritures. 12/07/06


Microsoft en alsacien avec l'appui de la Région Alsace. L'initiative est-elle aussi anodine qu'il parait.

Ce qui pouvait paraître une plaisanterie ne l'est pas du tout. Microsoft envisage maintenant de développer des versions de ses logiciels bureautiques (les plus utilisés par les usagers) dans les langues régionales. L'opération est déjà commencée en ce qui concerne l'alsacien. Je cite ici Le Monde du 1er juillet 2006:

" Microsoft, le géant du logiciel, proposera l'an prochain sa suite bureautique Office 2007 en une centaine de langues de la planète. Mais l'une des versions commercialisées sera absolument inédite : elle sera bilingue, en français et en alsacien. Un accord a été signé, jeudi 29 juin, à Strasbourg entre Microsoft France et le conseil régional d'Alsace pour développer ce projet pilote.

Ce sera une "première mondiale", explique Eric Boustouller, président de Microsoft France. C'est la première fois que son entreprise traduit des logiciels en langue minoritaire ou régionale. L'alsacien a été choisi en raison du nombre élevé de locuteurs : 60 % des Alsaciens se déclarent dialectophones et 35 % d'entre eux pratiquent régulièrement l'alsacien, d'après les chiffres de l'Office pour la langue et la culture d'Alsace (OLCA), outil de la région et partenaire de l'opération.

Pour adapter Word, Excel, Outlook, etc., en alsacien, un travail de bénédictin devrait associer linguistes et informaticiens. L'Institut de dialectologie de l'université Marc-Bloch (Strasbourg-2) a été sollicité pour les traductions des quelque 50 000 mots ou courtes phrases de la suite Office. Son ancien directeur, Raymond Matzen, a déjà préparé le terrain : il a dressé un lexique de base de 2 500 mots, n'hésitant pas à fabriquer, quand il le fallait, des néologismes. Ainsi le navigateur sera le Webschnüffler ("renifleur du Web"), tandis que le clavier pourrait être baptisé Täschtbrett ("planche à touches").

Pour le conseil régional d'Alsace, il s'agit d'abord d'une question d'image : l'alsacien, dialecte alémanique et francique hérité de l'histoire, langue du coeur, du terroir, de la famille, peut s'associer aussi à la modernité. Il sera ainsi "une langue support pour les nouvelles technologies de communication", note Adrien Zeller, président (UMP) de la région.

.....Microsoft Office en alsacien devrait être disponible au cours du second semestre 2007. Il pourra être téléchargé en complément d'une version de l'année d'une autre langue ou récupéré sur les cédéroms que diffusera l'OLCA. D'autres versions en langues régionales sont à l'étude, a précisé M. Boustouller, par exemple pour le catalan.".

On dira que l'opération n'a rien d'anormal. Il est dans la logique d'un fournisseur de logiciel qui se veut le fournisseur quasi unique de la planète de s'adresser à ses utilisateurs dans les langues régionales du monde. Mais n'y a-t-il pas là quelque chose qui s'apparenterait aussi à une offensive de la super-puissance américaine (dont Microsoft, y compris dans ses versions européennes, est un des acteurs les plus influents) contre la construction d'une Europe indépendante culturellement, reposant sur la puissance d'Etats nations capables de collaborer pour atteindre un poids politique suffisant. Je cite deux réactions significatives à cet égard, que nous avons reçues:

De François Asse...: (je préfère ne pas citer nommément nos correspondants)

"L' information est stupéfiante et scandaleuse à tous les égards: Microsoft France annonce aujourd'hui que, pour la première fois au monde, elle va lancer une suite de logiciels Office de bureautique bilingue. Bilingue quoi ? Bilingue français et alsacien !!!

Voilà quand même une information inouïe. A qui fera-t-on croire que c'était une urgence de faire une version bilingue français-alsacien alors qu'il n'existe aucune autre version bilingue ? Il n'existe pas de version bilingue anglais-français alors que le Canada serait, entre autres, évidemment très preneur. Il n'existe pas de version bilingue anglais-espagnol alors que les États-Unis compte des dizaines de millions d'hispanophones !! Il n'existe pas de version bilingue anglais-arabe, ou japonais-anglais, ou hindi-anglais, ou hindi-gujerati, ou chinois mandarin - anglais, etc., etc.

A qui fera-t-on croire que le coût de développement d'une telle version Français-alsacien va être rentabilisé par le nombre d'Alsaciens utilisant Windows ?? La vérité, c'est que Microsoft est, de notoriété publique, l'un des fleurons de l'industrie des services américaine qui a le plus de liens avec la CIA, la NSA et tous les services de renseignement américains..

Des rumeurs plus qu'insistantes font état de "fenêtres" dans les millions de lignes du logiciel Windows, fenêtres qui permettraient aux services de renseignement en question d'entrer par effraction dans n'importe quel ordinateur relié à Internet. La décision de lancer comme première mondiale une version de Office bilingue français-alsacien s'inscrit donc dans une logique.

Il s'agit de favoriser le développement des langues régionales, le particularisme régional, il s'agit donc de favoriser cet objectif stratégique constant des USA qui est de pousser au développement de "l'Europe des régions" jusqu'au point d'éclatement des Etats-Nations, et tout particulièrement de la France. Une fois encore il se confirme que l'objectif central des Etats-Unis en Europe est de détruire toute puissance et toute contre-culture française.

Le plus scandaleux de l'affaire, c'est que ceci se passe avec la complicité de la Région Alsace, qui est, je le rappelle, la seule région où l'UMP l'avait emporté aux élections régionales de 2004."

De Anne-Marie Campo...

"Il ne s’agit pas d’une offensive contre la France mais d’une offensive de longue date et de longue haleine contre l’Europe dans son ensemble, contre le modèle de fonctionnement étatique et administratif que nous nous sommes donné.

Il s’agit de la mise en œuvre de manière capillaire de la stratégie de la langue unique, véhicule de la pensée unique, qui consiste a baisser le niveau de toutes les langues, non seulement au plan international mais même au plan de leur propre territoire national, afin de parvenir à faire de l’anglais la « Lingua franca » au niveau mondial.

Cette stratégie prévoit que, à terme, les Français de Normandie et ceux d’Alsace, pour se comprendre entre eux, soient contraints d’utiliser l’anglais parce que chacun, à l’école, apprendra non pas le français mais sa langue locale et l’anglais. De même pour les Italiens, les Allemands, les Espagnols et ainsi de suite. C’est d’ailleurs ce qui se passe déjà trop souvent entre les citoyens des pays latins.

Tout cela est en train d’être mis en place depuis des décennies, l’explosion de l’Internet ne fait qu’accélérer le processus, rien n’est laissé au hasard, afin d’atteindre le but on invente même des langues qui n’existent pas. Il n’y a pas longtemps un périodique anglais publiait une enquête sur les langues par laquelle il résultait qu’en Italie sur 60 Millions de citoyens il n’y avait que 26 Millions qui parlaient l’italien, les autres étant considérés locuteurs d’autres langues ( piémontais, sicilien, sarde, etc.) qui en réalité sont des dialectes, sans tenir compte du fait que, en tout état de cause, l’italien est la langue nationale officielle que chaque citoyen apprend à lire et à écrire à l’école.

La stratégie de domination de l’anglais, dont le British Council est le bras opérationnel, mise en place (au moins) dès 1962, par les Anglo-Anglo-américains, a désormais des racines vastes et profondes, un nombre important d’associés et de collaborateurs très puissants.

En l’absence d’une prise de conscience généralisée et d’une contre-stratégie intelligente et vigoureuse, de la part de nos gouvernements ainsi que des institutions européennes, toutes nos langues nationales officielles vont être dégradées, peu à peu, au niveau des langues régionales et minoritaires au bénéfice de la langue unique : l’anglais."

Pour compléter ce petit dossier, je joins un mel de Philippe de T., reçu le 04/07

Cher JP, je ne réfute aucunement l'analyse de tes correspondants ; compte tenu de l'expérience que j'ai acquise à Bruxelles, je la confirme au contraire absolument : il existe bien des menées concertées à tous les niveaux pour faire éclater la construction européenne soit dans la régionalisation dénoncée ici, soit dans un élargissement à outrance qui vide le projet de sa substance politique.

Ceci dit il s'agit de menées à long terme et ici il me semble qu'à plus court terme la volonté de Microsoft est de répondre à une des principales critiques avancées par les promoteurs du Logiciel Libre, à savoir l'incapacité des grands éditeurs de logiciels à s'adapter aux particularismes régionaux voire même à éditer dans des idiomes peu usités. Je dénonçais ce travers dans une tribune que m'avait commandé l'April en 2005 à propos de l'exemple du Luganda (langue du Buganda) http://www.couchet.org/accord-microsoft-unesco-liberation.html

Merci à tous. Je reste en ce qui me concerne sur ma position, que l'on jugera sans doute un peu simpliste. Les Européens sont loin d'avoir compris que la première urgence pour survivre en tant qu'Européens et non pas en tant que consommateurs des produits américains est de se battre contre les emprises permanentes des Etats-Unis. je pense pour ma part que l'antiaméricanisme sera le ciment de la future Europe, si celle-ci se construit un jour. 05/07/06

Par Jean-Paul Baquiast - Publié dans : gazetadmiroutes
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Dimanche 2 juillet 2006

A voir aussi sur Admiroutes - Automates Intelligents - Europa++:

*
Entretien avec un tranhumaniste, Justice de Thézier http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2006/74/transhumanisme.htm

Pour suivre les développements de la grippe aviaire: consulter les blogs de notre correspondant le Dr Vermeulen http://drmsfvermeulen.skynetblogs.be/ et http://drmsfvermeulen.over-blog.com/

Voir de sa part deux articles récents:
* La fiction du Doc http://influenza_h5n1.vosforums.com/viewtopic.php?t=3541&postdays=0&postorder=asc&start=0
* Pandémie et plan de sécurité publique
http://drmsfvermeulen.over-blog.com/article-2587620.html

D'autres blogs se sont depuis saisis du problème. Notamment celui du premier ministre français http://www.grippeaviaire.gouv.fr/ . Voir aussi http://influenza.h5n1.over-blog.com/

Nous publions cette photo en hommage au travail fait depuis plusieurs mois, bien avant les prises de conscience officielles, par le docteur Michel Vermeulen sur son blog, afin de nous avertir de la menace grandissante de la pandémie. Inutile de dire que nous prenons cette initiative sans lui en avoir demandé l'autorisation - qu'il aurait sans doute refusée par modestie.


Pour un réseau mondial de surveillance des émissions de gaz à effet de serre (GES). L’Europe doit donner l’exemple

Le dernier bilan, publié par l'Agence européenne de l'environnement, le 22 juin, http://reports.eea.europa.eu/eea_report_2006_8/en montre une dégradation en 2004 : les émissions pour l'Union à 15 membres ont augmenté de 0,4 % entre 2003 et 2004, et de 0,3 % pour l'Union à 25 intégrant les pays d'Europe de l'Est.

Sauf à agir beaucoup plus vigoureusement, l'Europe risque de ne pas respecter le protocole de Kyoto. Alors qu'elle s'est engagée à diminuer ses émissions de 8 % en 2010 par rapport à 1990, la baisse n'a été que de 0,9 % entre 1990 et 2004.

Les principaux responsables de ces émissions sont l'Allemagne, le Royaume-Uni, l'Italie, la France et l'Espagne. Cependant, l'Allemagne a réussi à réduire fortement ses émissions en améliorant l'efficacité de son système énergétique et en fermant de nombreuses usines dans l'ancienne Allemagne de l'Est. Elle est ainsi proche de son objectif (avoir diminué de 21 % ses émissions en 2010).

Le Royaume-Uni devrait également atteindre ses objectifs (- 12 %) puisqu'il a baissé ses émissions de 14 % en substituant le gaz au charbon dans les centrales thermiques. Mais ce mouvement est maintenant terminé et Londres pourrait voir ses émissions repartir à la hausse. En effet, le prix du charbon a beaucoup moins augmenté que celui du gaz, ce qui rend ce combustible attractif pour les producteurs d'électricité.

La France, pour sa part, a atteint son objectif, qui est de 0 %. Mais l'effort doit être maintenu, alors que les transports ne cessent d'augmenter leurs émissions et que de nombreuses centrales de production d'électricité à combustibles fossiles doivent entrer en fonctionnement dans les prochaines années.

Les mauvais élèves sont les pays méditerranéens. L'Espagne a vu, en 2004, ses émissions monter de 48 % par rapport à 1990, alors que seule une augmentation de 15 % était autorisée. L'Italie ne fait pas beaucoup mieux (+ 12 % contre - 6 % autorisés).

Comment convaincre la Chine, l'Inde ou le Brésil de s'engager, si les Européens ne donnent pas l’exemple ? Pour l’avenir, l'Union a adopté en mars 2005 un objectif de réduction des émissions pour les pays développés de 15 % à 30 % en 2030 par rapport à 1990. Cela demandera un effort important. La France et le Royaume-Uni ont même affiché un objectif de diminution par quatre d'ici à 2050, soit une baisse de 3 % par an.

L’Europe ne doit pas se donner bonne conscience en constatant que les Etats-Unis font pire. L'Amérique du Nord, qui émettait déjà en 2003 16 % de gaz carbonique en plus qu'en 1990, atteindrait le chiffre de 54 % en 2030. Avec la montée des pays émergents, le monde entier passerait de 21 milliards de tonnes de gaz carbonique à 44 milliards en 2030. Il sera trop tard pour espérer éviter un changement climatique majeur.

Pour un réseau mondial de surveillance initialisé en Europe

Comme il s’agit d’une question qui devrait concerner chaque citoyen conscient de ses responsabilités, il conviendrait de faire beaucoup plus pour alerter l’opinion des engagements pris par chaque pays et des dérives éventuelles. Ceci d’autant plus qu’il est devenu évident que les évaluations nationales seront volontairement révisées à la baisse, malgré les engagements de sincérité pris par les gouvernements. En effet, nul ne voudra admettre qu’il ne tient pas ses quotas de réduction. Ceci d’autant plus que la négociation sur le commerce des autorisations à polluer rendra la fraude de plus en plus rentable. Le marché sera de plusieurs milliards d’euros.

Des scientifiques européens proposent une solution simple destinée à mettre en évidence les taux d’émission réels, aussi bien pour le CO2 que pour le méthane (dont l’effet sur le réchauffement est 100 fois supérieur). Il s’agirait de remplacer les calculs établis au niveau national selon des méthodes différentes et peu contrôlables, par des observations établies à la base, quotidiennement, région par région, grâce à un réseau de stations d’analyses interconnectées. Ces stations seront terrestres, dans un premier temps, mais il faudra qu’elles soient relayées par des observations satellitaires provenant du réseau européen GMES, lui- même connecté au plan mondial. Les résultats, synthétisés quotidiennement, devraient être rendus disponibles pour le monde entier grâce à Internet. Il existe quelques observatoires aujourd’hui, tel celui établi au sommet du Mauna Loa à Hawaï, mais ils sont notoirement insuffisants. De plus, les océans et les zones polaires ne sont pas couverts.

Si un tel projet voyait le jour, et si l’Europe donnait l’exemple, chaque citoyen du monde pourrait s’impliquer dans l’effort fait par son gouvernement et par la communauté internationale afin de réduire les émissions de GES. Les experts de leur côté pourraient établir leurs propres calculs à partir des données brutes. Le réseau ne coûterait pas grand-chose au regard des énormes enjeux économiques et sociaux qui sont impliqués par la lutte pour le contrôle du climat. Il nécessiterait par contre une forte volonté citoyenne afin de l’imposer aux gouvernements et aux régions qui feront tout pour ne pas être montré du doigt, en cas de laxisme ou de corruption. 01/07/06

* Les experts européens à consulter sur ce sujet sont Peter Bergamaschi du Centre commun européen de recherche à Ispra et Euan Nisbet de l’Université Royale Holloway à Londres, membre du Global Atmosphere Watch dépendant de l’ONU. (Source : NewScientist 24/06/06, p. 10)


 

Pétition contre la suppression de La-bas si j'y suis

Dieu sait que Daniel Mermet m'agace avec son soutien inconditionnel aux "faucheurs volontaires" et autres agités de la casquette, plus intéressés à faire parler d'eux qu'à sauver la France. Il reste que la déprogrammation de l'émission La-Bas si j'y suis, précédent sa vraisemblable suppression, est bien mauvais signe - peut-être bon signe pour l'opposition socialiste qui pourra récupérer quelques voix en promettant sa restauration au cas où elle arriverait au pouvoir. J'ai donc signé la pétition en ligne protestant contre la mort programmée de l'émission.

Je me demande à ce propos ce qu'attend le pouvoir pour me déprogrammer. Serais-je moins populaire que Daniel Mermet ou Alain Rey?

Signer la pétition http://petition.la-bas.org/index.php


Qu’est ce qu’un cyber-citoyen ?

Jean-Paul Baquiast
Les Etats Généraux du cyber-citoyen. Table ronde n° 1, 28 juin 2003

On peut définir le cyber-citoyen comme le citoyen qui peut, grâce aux réseaux, acquérir le double statut de récepteur et de producteur d’informations et de connaissances (on dira aussi selon les domaines : spectateur-auteur ou consommateur-producteur).

M
ais pourquoi associer ces deux mots, la cybernétique et la citoyenneté, qui ont l’un comme l’autre une histoire propre ? C’est pour mettre en évidence l’apparition d’un phénomène social jamais rencontré jusqu’à présent dans le monde. Ce phénomène se caractérise par :
- la convergence des technologies (ordinateur, télévision, téléphonie, Internet, multimédia, intelligence artificielle) au sein des réseaux modernes. On peut parler du cybermonde.
- le fait que de plus en plus de personnes faisant de la politique (électeurs, militants, syndicalistes, élus) utilisent le cybermonde pour s’informer, se regrouper, travailler ensemble.

Les cyber-citoyens sont bien plus que des internautes ou des cyber-consommateurs. Ce sont des gens qui veulent s’appuyer sur les réseaux et les technologies associées pour transformer le monde, en commençant par transformer l’exercice de la vie politique.
-
Mais on ne naît pas cyber-citoyen. On le devient. Par quels processus ?

Deux processus :

- Le processus spontané : Le cyber-citoyen émerge spontanément d’une société technologique où les hommes peuvent s’interconnecter et accéder librement aux moyens d’expression et aux bases de connaissances existantes. C’est un processus souhaitable mais rare. N’en bénéficient pour le moment que ceux ayant reçu de la société un certain nombre d’apports (éducatifs, professionnels, culturels).

- Le processus constructiviste. Ce terme signifie qu’un cyber-citoyen est et sera de plus en plus le résultat d’une construction collective volontariste destinée à atténuer les difficultés que rencontrent les individus pour accéder à l’autonomie permise par la technologie.

Où en est-on en Europe ?

Le processus constructiviste suppose des acteurs collectifs décidés à intervenir politiquement et financièrement. De tels acteurs existent-ils en Europe ?

- Pour le moment, les acteurs à l’œuvre en Europe représentent pour l’essentiel les intérêts stratégiques et économiques de la puissance américaine, dans le domaine des infotechnologies et de la production culturelle. D’autres pèseront bientôt très lourd : Inde, Chine…Certains observateurs considèrent qu’au plan scientifique et technologique l’Europe a déjà perdu la bataille des technologies et des industries qui ne sont plus seulement celles de l’information mais du savoir et de l’intelligence. Certes, rien n’est jamais perdu mais…

- L’Europe n’en semble pas consciente. Elle parait se complaire dans la domination culturelle. Les conséquences politiques sont évidentes. Les Européens n’imaginent plus une Europe-Puissance, indépendante, souveraine et solidaire, capable de maîtriser ce qu’il faut bien appeler les technologies de souveraineté.

On pourrait dire cela autrement : il n’existe pas à ce jour de cyber-citoyens européens

Ceci ne saurait durer, sauf à accepter la dissolution de l’Europe. Nous pensons que notre Continent doit se doter rapidement, au plan des Etats comme à celui de l’Union, de politiques publiques de la cyber-citoyenneté, correspondant à ses valeurs institutionnelles et culturelles.

Quels objectifs pour ces politiques ?

- Mettre en place de véritables politiques de recherche et de développement industriel dans l’immense domaine des technologies et sciences de l’information et de la communication. C’est la base sans laquelle les autres puissances continueront à nous dicter ce que nous devons penser.

- Assurer à tous l’accès aux réseaux, non pas gratuitement car il y a des coûts à prendre en charge, mais sans appropriations privées spéculatives des réseaux et des contenus : haut débit en service universel, formats ouverts, logiciels libres, licences globales.

- Assurer dès l’école l’aptitude à se comporter au sein des réseaux en acteur et non en simple consommateur: apprendre les technologies d’accès et les langages, l’interprétation des contenus, la capacité à s’exprimer. Refuser l’intrusion des pensées uniques non européennes et des fanatismes de nature religieuse.

- Soutenir la réalisation d’espaces interactifs universitaires et/ou associatifs dédiés à la vulgarisation/diffusion des compétences indispensables au citoyen : sciences, économie, politique, philosophie…

- Au plan national et surtout européen, soutenir la mise en place de puissantes industries culturelles (Bernard Stiegler parle à juste titre des industries de l’intelligence) produisant des œuvres visant à l’apparition d’une citoyenneté et d’une identité européenne. Toutes les grandes puissances géostratégiques le font pour leur compte, sauf encore l’Europe. Ces œuvres ne seront évidemment pas imposées mais elles seront mises dans des conditions leur permettant de résister à l’envahissement actuel des produits non-européens.

- Contribuer à l’apparition d’une conscience universelle en réseau, face aux grandes questions : protection de l’environnement, éducation, santé, démographie. Ceci supposera une participation active aux réseaux satellitaires internationaux visant les mêmes objectifs.

Oui, mais ?

Tout ceci coûtera cher et devra être financé par des contributions publiques, non par le marché. Il n’est pas acceptable que le budget européen ne prévoie pas de telles actions, au moins aussi prioritaires que celles actuellement prises en charge.

Par ailleurs, face aux produits culturels encourageant la consommation passive, il faudra redonner aux citoyens le goût de la création. A cette fin, les responsables politiques ont un rôle essentiel à jouer, à tous niveaux (local, national, européen) pour inciter les citoyens à formuler et faire connaître des propositions innovantes.

 


Pollution charbonnière en Chine

La Chine découvre avec de plus en plus d’inquiétude la fréquence grandissante des vastes nuages de suie produits par le fonctionnement des milliers de centrales et d’usines utilisant le charbon comme combustible – charbon particulièrement chargé en sulfures. On estime que ces nuages provoquent 400.000 morts par an, sans mentionner les dégâts sur les sols arables et la végétation (pluies acides). Ces nuages commencent à inquiéter les pays voisins, puisqu’on retrouve dorénavant des suies jusqu’au dessus des Etats de la côte ouest. Ceci pourrait être combattu par des équipements plus efficaces, mais ils coûtent cher et même avec une aide internationale, on doute que les industriels chinois s’en équipent.

On mesure là une des principales limites au développement des grandes nations encore très pauvres au regard de nos standards, Chine, Inde, Indonésie. Pour le moment, aucune solution ne parait envisageable, sauf à continuer à équiper les citadins de masques en papier.
Les experts soulignent d’ailleurs que si les nuages de suie sont visibles et font l’objet des critiques occidentales, le citoyen américain, de façon plus discrète, produit10 fois plus de gaz à effet de serre que son homologue chinois (Source New York Times/Le Monde, 17 juin 2006). 23/06/06


Le suivi par caméras intelligentes des automobilistes britanniques

Le système dit Automatic Number Plates Recognition ANPR (reconnaissance automatique des plaques d’immatriculation) entre progressivement en usage dans la police britannique, à partir d’un premier déploiement dans le comté de Straffordshire. Il s’agit, par un système sophistiqué de caméras embarquées dans un véhicule de police banalisé, de filmer, identifier et localiser par GPS les plaques d’immatriculation des véhicules, contrevenants ou pas. L’enregistrement est, en temps réel, traité et mémorisé par le centre informatique de la police du comté. Les véhicules ainsi identifiés qui ont déjà été signalés en infraction peuvent faire l’objet d’interventions immédiates ou différées de la police. Evidemment, des parades sont déjà mises en œuvre par les vrais délinquants, mais le système reste parait-il fiable et utile au travail de prévention et de répression. Tant et si bien que l’on envisage de créer une base de données unique, le National ANPR Data Center, rassemblant les données fournies par toutes les brigades ANPR de Grande Bretagne dont le nombre est en cours d’extension. Les données mémorisées pourront faire l’objet de nombreuses recherches « intelligentes », visant à les associer à la lutte plus générale contre le crime et l’insécurité.

Faut-il s’inquiéter de cela, d’autant plus que ANPR pourra être couplé aux informations rassemblées déjà par les très nombreuses caméras de surveillance existant dans le pays ? Nous ne le pensons pas pour notre part, si l’ensemble demeure soumis au contrôle du juge et plus généralement à la tutelle du Parlement. Mais si le Royaume Uni devenait une dictature et qu’elle poursuive les opposants politiques – risque faible il est vrai - les choses seraient à considérer autrement.

• ANPR par Wikipedia. Excellent article http://en.wikipedia.org/wiki/ANPR


Le cirque de la Commission baleinière internationale et le silence de l’Europe

Cette Commission ( International Whaling Commission) vient de lever l’interdiction pour 20 ans de la chasse à la baleine qu’elle avait décidée en 1986. Les défenseurs de la baleine (il faudrait plutôt dire de différentes espèces de cétacés en danger de disparition) s’en étaient réjouis et certaines populations avaient pu se reconstituer. Ceci malgré la pêche poursuivie, sous prétexte d’étude scientifique par le Japon, la Norvège et l’Islande.

Mais ces nations n’avaient pas renoncé, en accumulant des arguments plus contestables les uns que les autres, à faire revenir l’IWC sur sa position. Sous l’influence du Japon, c’est ce qui s’est produit le 20 juin dernier. Désormais, la chasse est de nouveau autorisée, sous réserve du respect d’un certain nombre de précautions plus illusoires les unes que les autres.

Il s’agit, pensent les écologistes du World Wildlife Fund (WWF) et beaucoup de gens qui sont moins militants mais tous aussi intéressés à la question, d’un véritable scandale. Nous parlerions pour notre part d’un crime contre l’humanité car les pays chasseurs, le Japon en tête, se ravalent ainsi au rang des pires égorgeurs de la planète. Ceci aux dépends d’espèces dont les scientifiques soulignent à l’envie l’intelligence et la sensibilité.

Il est vrai que l’IWC n’a rien d’international ou plutôt de représentatif. Initialement elle était constituée de représentants des nations chassant la baleine, réunis pour tenter de policer la chasse. N’importe quel pays peut y entrer et disposer d’une voix, pourvu qu’il paye un droit ou que quelqu’un d’autre le verse pour lui. C’est d’ailleurs en recrutant des « amis de la baleine » que Peter Scott, alors président du WWF, avait pu obtenir la décision de 1986. Les Japonais ont retenu la leçon et ont fait entrer plus de 30 nouveaux membres « amis de la chasse » (dont Israël, honte à lui).

La question qu’il faut se poser concerne la plus que grande passivité des pays européens. L’Europe veut se donner une politique internationale de la mer. Elle commence bien mal, sous prétexte sans doute de ne pas faire de peine à la Norvège. Tout ceci à de quoi écoeurer. Pourquoi ne pas, au moins, saisir l’ONU ? 21/06/06

* IWC http://www.iwcoffice.org/
* WWF http://www.worldwildlife.org/


Trahison à EADS?

Des millions d'Européens, dont je suis et que je me refuse à traiter de naïfs, admiraient les réussites de Airbus et de sa maison-mère EADS. Ils y voyaient la preuve que l'Europe peut encore tenir une place de premier rang dans les nouvelles technologies et les nouvelles industries. Des milliers de travailleurs, par ailleurs, se passionnaient de participer à une grande oeuvre où ils s'impliquaient à fond, y compris chez les trop nombreux sous-traitants, professionnellement, personnellement et familialement. Les uns et les autres ne peuvent que se sentir trahis par ce que nous voyons actuellement: un management supérieur incapable de gérer la coopération franco-allemande qui faisait l'originalité du groupe, incapable de résister aux hommes politiques et gouvernements (au gouvernement?) qui veulent utiliser les ressources de l'entreprise pour leurs stratégies de pouvoir, incapables enfin, si l'affaire se révèle fondée, de résister aux tentations de faire de gros profits personnels aux dépens de l'entreprise. Mais que dire des hommes politiques qui ont eu l'inconscience d'aller chercher des complices de leurs manipulations à la direction générale elle-même du groupe EADS?

Qui en profite? Boeing évidemment, les américanistes et déclinistes européens aussi. Certes Boeing a eu des comportements tout aussi critiquables. Mais il en est sorti. Après d'ailleurs un lavage de linge sale qui a été public. Airbus et EADS vont-ils se redresser? Des règles de gouvernance plus saines vont-elles être adoptées. Une plus grande clarté sera-t-elle assurée. Espérons-le. Mais ce sera dans les semaines à venir qu'il faudra agir. 17/06/06

Par Jean-Paul Baquiast - Publié dans : gazetadmiroutes
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Vendredi 16 juin 2006

A voir aussi sur Admiroutes - Automates Intelligents - Europa++:

*Réactions au Livre Vert de la Commission: Pour une politique maritime de l'Europe http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2006/74/polmar.htm
* Discussion de 3 articles sur l'avenir de l'Europe http://www.admiroutes.asso.fr/europa%2B%2B/magazine/21/index.htm#deb
* Théorie du complot et analyse scientifique http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2006/73/complot.htm


Pour suivre les développements de la grippe aviaire: consulter les blogs de notre correspondant le Dr Vermeulen http://drmsfvermeulen.skynetblogs.be/ et http://drmsfvermeulen.over-blog.com/

Voir de sa part deux articles récents:
* La fiction du Doc http://influenza_h5n1.vosforums.com/viewtopic.php?t=3541&postdays=0&postorder=asc&start=0
* Pandémie et plan de sécurité publique
http://drmsfvermeulen.over-blog.com/article-2587620.html

D'autres blogs se sont depuis saisis du problème. Notamment celui du premier ministre français http://www.grippeaviaire.gouv.fr/ . Voir aussi http://influenza.h5n1.over-blog.com/

Nous publions cette photo en hommage au travail fait depuis plusieurs mois, bien avant les prises de conscience officielles, par le docteur Michel Vermeulen sur son blog, afin de nous avertir de la menace grandissante de la pandémie. Inutile de dire que nous prenons cette initiative sans lui en avoir demandé l'autorisation - qu'il aurait sans doute refusée par modestie.


Le Web Sémantique, promesse ou menace?

Depuis 1998, les spécialistes de l’Internet développent, au sein du World Wide Web Consortium, qui est en quelque sorte l’Académie des Sciences et le bureau d’étude du Web, un nouveau concept intitulé le Web Sémantique. L’inventeur du Web, anobli par la Reine d’Angleterre, Sir Tim Berners-Lee (photo ci-dessus), qui est actuellement directeur du W3C, a rappelé plusieurs fois ces temps-ci, dans la presse et lors de la dernière conférence WWW2006 à Edimbourg (http://www2006.org/), l’intérêt du Web Sémantique en vue de conserver le caractère ouvert et démocratique du réseau mondial.

Peu d’utilisateurs de l’Internet ne perçoivent encore clairement ce qu’est le Web Sémantique. Pour tout savoir sur le sujet, le mieux est de se reporter aux pages que lui consacre le W3C (http://www.w3.org/2001/sw/). Résumons cependant de quoi il s’agit. Le Web ordinaire, celui sur lequel le présent article est publié et rendu accessible au profit de tous les internautes, fait coexister et rend accessibles des milliards de documents. Notre article est un document. Les moteurs de recherche savent retrouver un document, à partir soit de méta-données le décrivant (nom de l’auteur, date, sujet abordé) soit par des recherches en texte intégral, pour lesquelles tous les mots de l’article, c’est-à-dire ses données, pourront être considérés comme des mots-clefs. Mais méta-données ou données d’indexation sont encore difficiles à rassembler. Les recherches en texte intégral pour leur part, restent coûteuses et ne peuvent actuellement être généralisées.

Aussi, les moteurs de recherche, pour le moment encore, ne savent pas comment traiter les données internes à un grand nombre d’articles, sans accéder directement aux documents qui les contiennent. Si je recherche le terme Semantic Web sur un moteur, j’aurai une liste très grande (trop grande) de documents abordant le thème du Semantic Web. Mais je ne pourrai pas savoir précisément comment le sujet est traité dans la littérature qui lui est consacrée. Je ne pourrai pas, par exemple, savoir si le Semantic Web est considéré par les auteurs comme un progrès important, une complication inutile ou bien encore une menace pour les libertés publiques.

La raison de cette impossibilité tient au fait que les auteurs des articles ne se sont pas mis d’accord sur un sens commun à donner aux termes, c’est-à-dire aux données, qu’ils utilisent. On retrouve là l’ambiguïté propre à tous les langages humains et à tous les documents faisant appel à ces langages.

Cependant, dans le domaine de la gestion administrative, bien avant l’apparition du concept de Semantic Web, il avait été décidé de chasser cette ambiguïté en convenant de significations communes à donner à un certain nombre de documents et d’informations échangées. On a commencé à définir des méta-données administratives et commerciales en grand nombre (voir http://www.w3.org/Metadata/). Des méta-données ont également été développées pour faciliter la documentation automatique. Par exemple, aujourd’hui, une codification commune décrit l’auteur d’un document, sa date, sa nature et, très sommairement, son objet. Les éditeurs html que nous utilisons tous pour préparer un article destiné à une mise en ligne permettent aux auteurs, notamment à travers la rubrique Propriétés de la page, de préciser ces données. Si les auteurs ne le font pas spontanément, l’éditeur extrait du texte un certain nombre de ces méta-données qui seront édités dans l’en-tête du code source du document.

Ces conventions ont a permis le traitement automatique à grande échelle des documents respectant ces standards, en accédant directement aux données qu’ils contiennent. Ainsi, en rapprochant par une simple application informatique des milliers de déclarations en douanes utilisant la nomenclature douanière internationale, il est possible de faire une étude sur les grands courants d’échange intéressant, par exemple, les produits pétroliers et dérivés.

Le Web Sémantique en pratique

L’ambition du Web Sémantique est de rendre ce processus applicable au plus grand nombre possible de documents administratifs ou commerciaux, voire à des documents de type « littéraire » tel que le présent article. Mais il faudra pour cela que les architectes du Web proposent un cadre commun permettant aux informations contenues dans ces documents d’être traitées comme des données (data) normalisées. Ainsi ces données pourront être partagées et réutilisées indépendamment des applications, des entreprises et des communautés d’auteurs qui les auront générées. Il faudra ensuite que les auteurs acceptent de n’utiliser que des données ainsi normalisées. Ceci réduira leur liberté de création mais facilitera la circulation de leurs productions.

Le travail à faire sera considérable. Il faudra notamment définir, thèmes par thèmes et de façon coopérative, un cadre commun de description des ressources (Resource Description Framework ou RDF) qui utilisera évidemment les acquis syntaxiques (langage XML) ou d’adressage (URL) déjà offerts par le web. Les informations elles-mêmes seront progressivement normalisées à travers le Web Ontology Language (OWL). Par ontologie, on désigne le sens à donner à tel ou tel concept. Il conviendra évidemment de s’accorder sur des sens communs devant être attribués aux concepts que l’on utilisera.

Le W3C précise cela très bien (introduction de http://www.w3.org/2001/sw/) Nous traduisons:

" Le Web sémantique est un web de données. De nombreuses données que nous utilisons tous les jours sont présentes sur l’Internet mais ne sont pas accessibles aux échanges (le Web proprement dit). C’est le cas de mon compte en banque, de mes photographies, de mes dates de rendez-vous. Mais je ne peux pas les rapprocher pour connaître par exemple ce que je faisais le jour où j’ai été photographié, ni l’état de mon compte en banque ce jour-là. Pourquoi ne peut-on pas le faire ? Parce que les données sont encapsulées dans des applications et que les applications ne sont pas conçues pour les échanger.

Le Web Sémantique porte sur deux choses. Il définit des formats communs pour l’échange des données, alors que le Web traditionnel ne définit que les modalités d’échange des documents. Par ailleurs, il offre un langage commun permettant aux données de renvoyer à des objets du monde réel d’une façon identique. Ceci permet à une personne ou à une machine de construire des bases de données puis des réseaux de bases de données qui ne seront pas connectée par des liens physiques mais par le fait qu’elles désignent des objets identiques".


Ainsi, si je veux construire une base de données sur les automobiles, je ne serai pas obligé de me connecter physiquement à des documents concernant des automobiles que j’aurai du identifier et trouver auparavant. Il me suffira de rechercher les données par lesquels les auteurs auront convenu de désigner de façon normalisée le concept d’automobile, ceci quelque soit le document ou l’application support de l’information.

Applications possibles du Web Sémantique

Tout ceci, on le voit, est plus facile à dire qu’à faire. Quand on connaît la lourdeur et le coût des travaux de normalisation des données, tels que ceux entrepris au plan international par l’Edifact Board concernant les données administratives et commerciales, on peut se demander si étendre l’ambition au traitement de données plus générales sera utile. Ceci d’autant plus que ce ne seront pas seulement les normalisateurs qui devront travailler, afin notamment d’affiner ou de faire évoluer constamment les normes, mais les auteurs. Ceux-ci devront connaître les normes à utiliser et s’efforcer de les respecter du mieux possible, si du moins ils veulent être compris par les machines qui interpréteront leurs créations.

Pour Tim Berners-Lee, qui est un idéaliste, l’enjeu mérite l’investissement. Dans les articles et interventions que nous avons évoqués, il explique que le Web Sémantique constitue aujourd’hui la seule façon de sauvegarder l’universalisme et la gratuité d’accès aux informations qui a fait et continue à faire la grandeur du Web. En effet, aujourd'hui, de nombreuses entreprises cherchent à rendre propriétaire et payant l’accès à leurs contenus. Or, la philosophie de l’Internet repose sur le concept de neutralité du réseau. Chacun a le même niveau d’accès aux contenus et toutes les données figurant sur le web doivent être traitées de façon égale. Microsoft et Google, c’est à noter, se sont prononcés publiquement pour la défense de cette philosophie. Mais des compagnies de téléphone américaines en ont pris récemment le contre-pied. Elles veulent définir un Internet partagé (two-tier system) où les émissions des entreprises capables de s'offrir des voies de comunication large bande auront priorité sur les autres. Ceci est recherché, actuellement, dans la perspective de la diffusion des shows télévisuels, très gourmands en bande passante. Mais l’idée devrait être étendue et généralisée à tous usages. Avec le Web Sémantique, cette facturation du temps d’accès en fonction du débit deviendrait impossible ou très difficile, puisque ce seraient les données elles-mêmes qui feraient l’objet des échanges, sans références à leurs auteurs ni à ceux qui les utilisent.

Pour Sir Tim, le seul modèle acceptable reste donc celui où tous les fournisseurs de contenus payent tous le même tarif pour accéder au réseau et pour y diffuser leurs données. Ainsi les universités et les associations ne sont pas défavorisées par rapport aux grosses entreprises, ni en ce qui concerne les facturations ni en ce qui concerne les conditions de connexion. D’où le rôle éminent vertueux que jouera le Web Sémantique.

Les utilisateurs que nous sommes peuvent cependant s’interroger sur l’intérêt qu’ils trouveront à se couler dans les lourdes procédures du Web Sémantique, indépendamment du fait que celui-ci permettra de décourager la segmentation des réseaux et des tarifications en fonction des capacités financières des clients. Pour notre part, nous nous sommes posés la question, en tant qu’éditeur d’une revue scientifique en ligne fonctionnant sur le mode de l’open source. Nos textes sont accessibles gratuitement à tous. Les lecteurs ayant accepté de louer des connections à large bande les reçoivent plus vite que les autres, mais l’égalité entre eux, à ce détail près (dont nous ne tirons aucun profit) reste entière. Pourquoi alors nous engagerions nous dans la définition coopérative de normes décrivant les données que nous utilisons, ou dans la procédure, si ces normes existent déjà, visant à les implémenter dans les codes sources de nos articles ?

La réponse est que cette contrainte nous permettrait d’assurer une meilleure diffusion à nos articles ou, au-delà de ceux-ci, à nos idées. Nous retrouverions là, considérablement augmenté, l’avantage qu’offrent depuis quelques années les moteurs de recherche. Ceux-ci, en associant sur une base désormais très large les réponses aux questions, permettent à de très nombreuses personnes qui ne connaissaient pas notre publication de la découvrir, à propos de la référence aux articles portant sur tel ou tel concept précis que nous aurions traité : par exemple celui de centrale nucléaire à eau pressurisée (PWR). Dans la perspective élargie du Web Sémantique, ce ne serait plus seulement notre article qui serait référencé, mais le sens que nous aurions donné au concept de PWR, par comparaison avec de nombreux autres articles traitant du sujet. Ainsi, un internaute cherchant à se documenter sur le concept pourrait trouver, grâce au travail de rapprochement fait par l’ordinateur, une vision contrasté du problème des centrales PWR, résultant du rapprochement des sens différents donnés par des auteurs différents.

La perspective reste encore lointaine, s’agissant de journaux comme le nôtre traitant un grand nombre de sujets différents. Par contre, dans l’immédiat, nous pensons que le Web sémantique pourrait être utilisé au sein de l’Education Nationale, par exemple pour mieux informer les élèves de l’existence des nombreux documents pédagogiques en ligne et des modes d’accès à ces documents désormais mis à leur disposition par les académies ou les établissements. Le Web sémantique pourrait ainsi devenir le complément des « portails élèves » ou des « portails étudiants » qui, au cœur de réseaux de type Intranet, s’efforcent de faciliter l’accès des élèves aux ressources pédagogiques. La charge supplémentaire imposée aux auteurs qui se verraient obligés de participer aux travaux d’indexation et de normalisation ne serait pas excessive. Elle ferait en tous cas partie de leur métier d’enseignant. D’ores et déjà, le Web sémantique est très apprécié, au niveau de l'enseignment supérieur, par les chercheurs scientifiques qui peuvent grâce à lui accéder à de nombreuses données expérimentales, afin de les analyser automatiquement.

Mises en garde

Mais, contrairement à ce que pense Tim Berners-Lee, le Web Sémantique ne risque-t-il pas de se révéler un nouvel instrument permettant aux pouvoirs de police de pénétrer dans l’intimité des comportements et des pensées des citoyens. Dans un article intitulé « Keep out of MySpace » (N° 30 du 10 juin 2006, p. 30) le NewScientist britannique dénonce le fait que la National Security Agency des Etats-Unis finance des recherches visant à collationner les données personnelles que les individus publient sur eux-mêmes ou rassemblent, au sein d’espace de documentation qui leur sont offerts à cette fin par des sociétés de service. C’est le cas de MySpace (http://www.myspace.com/) espace de rencontre et de convivialité, qui avait été patronné par Microsoft, où les abonnés sont invités à donner beaucoup d’informations les concernant afin de favoriser l’établissement de liens sociaux avec d’autres. Il existe de très nombreux autres sites ludiques où chacun est obligé pour participer de se raconter et de rapporter les comportements et préférences de leurs amis. Par ailleurs, les blogs personnels se multiplient, dont les auteurs n’hésitent pas à se dévoiler ou à dévoiler la vie privée de leurs relations. Les images et photographies personnelles y abondent également.

La NSA espère que le développement du Web Sémantique au sein de ces espaces permettra de rapprocher facilement ces informations personnelles avec d’autres, bancaires, de santé, administratives ou d’achat. Ainsi pourraient être mis en évidence, sans que les intéressés s’en aperçoivent, les profils et donc les personnes qu’à tort ou à raison, les autorités de police jugeraient suspectes. On serait loin alors du scandale provoqué par le fait que la NSA se soit procuré ces derniers mois, via les opérateurs de télécommunication, les contenus des conversations téléphoniques d’un certain nombre d’individus a priori honorables suspectés de pouvoir éventuellement monter des réseaux terroristes. La NSA et autres agences d''intelligence", c'est-à-dire d'espionnage, pourraient pénêtrer partout à l'insu des citoyehs.

Les interconnections sont actuellement difficiles, mais avec le Web Sémantique, les liens apparaîtront d’eux-mêmes, à travers des applications visant à rapprocher les données (data) sans difficulté. En effet, le Resource Description Network précité visera à conférer à chaque type de donnée une identification (tag) unique, prédéfinie et non ambiguë. Les services d’intelligence économique, d’espionnage et de contre-espionnage seront les premiers à en profiter, car ils se seront les premiers dotés des outils permettant de le faire. Il est significatif de constater, comme l’indique le NewScientist, qu’un article intitulé Semantic Analytics on Social Networks, présenté au dernier WWW2006 d’Edimbourg par des universitaires américains, avait été en partie financé par une organisation jusque là inconnue intitulée ARDA. ARDA, qui ressemble étrangement à DARPA, signifie Advanced Research Development Activity. Elle est budgétée par la NSA pour résoudre certains des problèmes que rencontre la communauté du Renseignement aux Etats-Unis. On ne saurait être plus explicite.

Ces jours-ci, l’ARDA a été rebaptisée Disruptive Technology Office (voir Wikipedia : http://en.wikipedia.org/wiki/Disruptive_Technologies_Office). Mais sa mission reste la même : faire du « profiling » à partir de systèmes d’espionnage (intelligence) automatisés. Les 80 millions d’abonnés des actuels sites du genre de MySpace auront tout intérêt à se méfier de ce qu’ils publieront sur eux-mêmes, en s’imaginant que ces détails intimes n’intéresseront jamais personne que leurs proches. Voici de quoi éloigner beaucoup de gens des perspectives culturelles offertes par le Web Sémantique.


 

Pénombre : une association qui désacralise avec humour statistiques et sondages
par Christophe Jacquemin

Logo PénombreConnaissez-vous Pénombre ? Cette Association a été créée en 1993 pour développer un espace public de réflexion et d'échange sur l'usage du nombre dans les débats de société. Les nombres sont des êtres sociaux, résultats d'une construction dont il vaut mieux connaître le maçon et l'entreprise. Pour que les nombres commencent à prendre sens, il faut connaître les définitions, les concepts utilisés. Sans être spécialiste, on peut se poser quelques questions sur les méthodes de collecte de l'information. Quand on lit par exemple dans la presse à propos des écoutes téléphoniques : "100 000 Français victimes d'interceptions sauvages", on peut naïvement se demander «Comment fait-on pour recenser les écoutes téléphoniques sauvages?».

Le nombre comme être social a sa vie, une longue vie parfois. Il roule de-ci de-là dans le corps social pour atteindre tel ou telle, des millions de tels à l'heure du petit-déjeuner ou à «20 heures». Il se joue des frontières et des supports.
Comment cette entité est-elle reçue par un journaliste, un ministre, un électeur? Qu'en fait-il, à quoi cela lui sert-il? Mystère. Pénombre entend contribuer à lever le voile en favorisant la rencontre de tous ceux qui, à un titre quelconque, participent à cette vie sociale des nombres. Son recrutement éclectique tend à faire un peu oublier à chacun son rôle convenu.

Couverture du livre "Chiffres en folie"L'Asssociation a notamment publié en 1999 le livre "Chiffres en folie- Petit abécédaire de l'usage des nombres dans le débat public et les médias" (Editions La Découverte. Collection "Cahiers libres"), fruit de cinq années d'observation critique. Une lecture toujours d'actualité à l'heure où la multiplication des informations chiffrées, les querelles sur le "vrai chiffre", en passant par les chiffres fantaisistes, sont toujours plus omniprésents dans les médias et les discours publics. L'information chiffrée apparaît en effet comme une preuve d'objectivité et de sérieux. Elle serait même trop sérieuse pour que l'on ennuie le lecteur ou le téléspectateur avec des considérations techniques sur sa validité...
Face aux dérapages et aux manipulations qu'accompagne cette religion du chiffre, les auteurs réagissent ici à leur usage illicite et à la perversion du débat citoyen qu'il implique. L'ouvrage se présente sous la forme d'un abécédaire plein d'humour. De A comme " Adolescents " à Z comme "Zéro", en passant par B comme "Banlieue" C comme "Chômage", D comme "Délinquance et criminalité, I comme "Immigration" ou S comme "Santé", ils proposent un florilège - nourri de nombreux exemples - des diverses formes du mauvais usage des chiffres: confusions involontaires, manipulations délibérées...
La lecture de ce livre est facilitée par un astucieux système de repères permettant de naviguer entre les articles en fonction de diverses grilles d'entrée (par thèmes, par types d'erreurs ou de manipulations). Et surtout, par un ton alerte qui n'évite ni les débats de fond ni les traits d'esprit...10/06/06

En savoir plus :
Site de l'Association Pénombre : http://www.penombre.org


Les Etats-Unis montent une coalition internationale pour bloquer le programme européen Reach (Registration, Evaluation and Authorisation of CHemicals).

Nous avons précédemment signalé l’importance du programme européen Reach visant à identifier les produits chimiques présents dans l’environnement et à procéder à l’évaluation de leurs effets nocifs. Ce programme est dénoncé par les industriels de la chimie, y compris au plan européen, comme susceptible de menacer leurs intérêts économiques, en augmentant les coûts et en interdisant certaines mises sur le marché. Mais il est très appuyé par de nombreuses organisations publiques et privées s’intéressant à la santé humaine et animale, ainsi qu’à la protection de l’environnement. Le Programme Reach, après de nombreux amendements, progresse donc vers une adoption définitive fin 2006.

Il n’est donc pas étonnant de voir les Etats-Unis, gros producteurs et vendeurs de produits chimiques, notamment en Europe et dans le tiers-monde, multiplier les efforts pour enlever toute portée au programme européen. La dernière initiative sur ce plan vient d’être rendue publique. Ils viennent de former une coalition de nations, comprenant le Japon, l'Inde et 10 autres Etats grands partenaires commerciaux de l’Europe, pour bloquer le programme européen en raison des risques qu’il ferait courir au commerce des pays en développement et plus généralement aux petites entreprises.

Rappel :

La Parlement européen avait voté le texte en première lecture en décembre 2005. Le texte est retourné devant le Parlement pour une seconde lecture prévue pour octobre 2006. Le projet avait déjà été très atténué puisqu’il n’intéresse maintenant que 30.000 produits chimiques parmi les 100.000 environ qui sont actuellement utilisées dans l’industrie, l’agriculture et les produits ménagers. Selon les experts de la Commission européenne, les informations de sécurité sont "peu précises" pour environ 99% de ces substances. Cela en partie parce qu’elles ont échappé aux contrôles plus détaillés introduits après 1981 quand une évaluation plus rigoureuse était devenue obligatoire.

La déclaration commune des adversaires de Reach a été rendue publique à l'initiative de la chambre de commerce américaine à l'UE (UE AmCham). Ses signataires sont l'Australie, le Brésil, le Chili, l'Inde, Israël, le Japon, la Corée, Malaisie, le Mexique, Singapour, l'Afrique du sud, la Thaïlande et les États Unis. Les signataires arguent du fait que certains aspects de la réglementation Reach pourraient être considérés comme constituant un obstacle inutile aux échanges, ouvrant la perspective d'un conflit à l’OMC. Ils demandent au Parlement européen de réviser le texte et modifier son champ d’application, notamment en ce qui concerne la compétence de la future European Chemical Agency prévue à Helsinki. Ils dénoncent notamment l’"l'opacité du processus réglementaire" et la charge élevée que représenteront les contrôles de toxicité, notamment pour les PME opérant dans les pays en développement.

Pour les ONG, notamment le WWF, il ne s’agit là que la suite de la politique des Etats-Unis visant à affaiblir le programme Reach au profit de l’industrie américaine, qui ne s’embarrasse pas de contrôles quand il s’agit d’exporter. Les coûts pour les utilisateurs finaux de la zone ACP ne devraient pas dépasser 50 millions d’euros.

La Commission européenne a déclaré pour sa part qu'elle a consulté l'OMC et son propre service juridique sur la conformité avec l'article 2.2 sur les entraves techniques aux échanges. "Nous ne voyons pas comment REACH pourrait violer l’ OMC" a indiqué la porte-parole Barbara Helfferich.

On notera cependant que, dans le lobbying à l’encontre de Reach, une forte opposition s’était exprimée provenant d’industriels européens de l’industrie chimique, notamment allemands. Ils craignaient à juste titre des mesures dont les Européens auraient été les seuls à supporter la charge, ce qui aurait diminué leur compétitivité à l’exportation. Ils dénonçaient aussi l’irréalisme de contrôles approfondis d’innocuité portant sur 100.000 produits. Mais le nouvel état du projet les avait semble-t-il rassurés. L’entrée en sous-main des industriels américains dans le dossier, dont on connaît le mépris pour tout ce qui concerne la protection de l’environnement, devrait renforcer la légitimité des ambitions de santé publique affichées par la Commission et le Parlement européen.

Nous considérons pour notre part que céder sur Reach, déjà considérablement atténué, ou retarder sa mise en application, serait ouvrir un véritable boulevard aux processus déjà difficilement contrôlables d’empoisonnement de la planète par des produits dont l’intérêt n’est souvent que commercial à court terme. Il faudra en conséquence que la future Agence de l’environnement soit rapidement créée et convenablement dotée. Il conviendra aussi de la protéger contre le lobbying d’industriels aux moyens financiers considérables.12/06/06

Prochaines étapes
- 29 juin 2006, prise de position du Conseil de compétitivité
- 4 octobre 2006: Vote prévu au sein de la commission "environnement" du Parlement (deuxième lecture)
- 24 octobre 2006: Vote prévu en session plénière du Parlement (deuxième lecture)
- Fin 2006: Deuxième lecture au Conseil et approbation finale possible du program

Références: The New EU Chemicals Legislation – REACH
http://ec.europa.eu/enterprise/reach/index_en.htm


A Washington : un coup d’Etat qui n’a jamais dit son nom

Le gros livre (603 pages) de Michael Gordon et du général des marines en retraite Bernard Trainor, Cobra II: The Inside Story of the Invasion and Occupation of Iraq, qui vient de paraître, pourrait être considéré comme se rapportant à une histoire déjà ancienne : la façon dont l’Administration américaine a décidé de l’invasion de l’Irak et les multiples raisons qui ont conduit, non pas à l’échec de cette invasion, mais à l’incapacité absolue d’en tirer le moindre résultat allant dans le sens de la pacification de la région et du renforcement de l’influence occidentale. Nous pourrions de notre côté, faisant partie de ces Européens qui s’étaient dès le début opposés à cette opération, telle du moins qu’elle était conçue par les néo-conservateurs et le Pentagone, considérer que, certes, nous avions raison mais que le fiasco auquel nous assistons relève de l’histoire intérieure américaine et ne nous concerne plus. Cependant, nous aurions le plus grand tort. L’évènement majeur que cette crise a révélé continue encore à faire sentir ses effets et à menacer la paix du monde, y compris nos propres intérêts vitaux.

De quoi s’agit-il en effet ? De ce que Philippe Grasset appelle ( http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=2792 ) un coup d’Etat post moderne, pratiquée par une bureaucratie qui a voulu échapper et veut encore échapper non seulement au contrôle parlementaire, mais même à ceux du Département d’Etat et des agences telles la CIA qui jusqu’à présent conseillait le Président sur les bonnes stratégies internationales. Selon le journaliste Andrew Bacevitch (London Review of Books, http://www.lrb.co.uk/v28/n11/print/bace01_.html ) la guerre contre l’Irak n’était que le “Premier Front” d’un vaste projet visant à s’approprier la puissance américaine, en ouvrant un “Second Front” dirigé vers les arcanes internes du pouvoir à Washington. Il s’agissait et il s’agit encore d’une « volonté de réduction radicale des pouvoirs et des droits qui ne dépendent pas directement de l’exécutif d’une part, la réduction et l’élimination de tous ceux qui, à l’intérieur de ce même exécutif, s’opposent à ce projet ». On est loin de l’explication un peu facile attribuant l’invasion de l’Irak au désir de mettre la main sur ses ressources pétrolières. Les lobbies du pétrole ont certainement soutenu le projet, de même que les industriels de l’armement. Mais ils n’en ont pas été les moteurs.

Qui alors furent les auteurs de ce coup d’Etat ? Sont-ils encore actifs et dangereux aujourd’hui ? Pour Bacevitch, il s’agit essentiellement de ce que l’on appelle toujours les Faucons (The Hawks) au sein de l’administration civile et du Congrès, mais aussi au sein de l’armée. L’opération était prévue bien avant le 11 septembre 2001 et la survenance de l’attentat a été considérée comme une bénédiction (de là à supposer que cet attentat aurait été sinon organisé, du moins toléré par les dits Faucons, il n’y a qu’un pas). On connaît les principaux évènements ayant marqué le succès progressif du coup d’Etat, notamment la lutte menée par le vice-président Richard Cheney et le ministre de la défense Donald Rumsfeld pour marginaliser le Secrétaire d’Etat Colin Powell et la CIA de George Tenet. Mais ce que l’on sait moins, et que l’article de Bacevitch résume avec clarté, c’est la façon dont les prétendues menaces présentées par Saddam Hussein ont été exploitées à fond par le trio Cheney, Rumsfeld et Wolfowitz (aujourd’hui patron de la Banque Mondiale – sic-) pour servir de prétexte à l’invasion de l’Irak. Face à des parlementaires, diplomates et militaires qui se refusaient à cette aventure, les conjurés ont multiplié les menaces, dans la meilleure tradition du MacCarthisme. Les éléments raisonnables de l’administration civile et militaire ont été mis au pas ou remplacés par des éléments complices de l’espèce de conjuration qui se déroulait – sous l’autorité d’un George W. Bush sans doute dépassé au début mais qui a repris l’opération à son compte par la suite. Par ailleurs, comme on le sait, un contrôle policier sans précédent a été étendu à l’ensemble de la population.

La lecture du livre de Michael Gordon et du général Trainor complètera évidemment celle de l’article de Andrew Bacevitch. L’ouvrage nous fournit une mine de renseignements sur les évènements qui se sont produits, avant et après l’invasion de l’Irak, au cœur du système de pouvoir américain. La chronique est objective et sans passion, mais d’autant plus inquiétante. Les auteurs citent leurs multiples sources sur un ton objectif, sans pratiquement prendre parti. Ils montrent comment, dès la fin de la première guerre en Irak, les Faucons avaient délibérément refusé de voir les faiblesses de ce qu’était devenu le pouvoir de Saddam Hussein. Ce qui les a logiquement conduit à méconnaître l’essentiel de la résistance toute différente qu’ils allaient rencontrer, celles des milices, des religieux et plus généralement des différentes composantes du peuple Irakien. Les auteurs ne cachent rien non plus des erreurs répétés du haut commandement, enfermé dans ses certitudes ou uniquement soucieux de faire carrière en obéissant sans broncher aux ordres les plus aberrants. Le Général Frank est dépeint comme incompétent et faible de caractère, d’autres généraux tels Richard Myers et Eric Shinseki ne sont guère mieux lotis. Leur incompréhension de la nature réelle du conflit, due à leur méconnaissance absolue du Moyen Orient en général et de l’Irak en particulier, n’a pas cessé de provoquer des dégâts dont l’enlisement actuel n’est qu’un des aspects.

Aujourd’hui, malgré les multiples fautes accumulés et les résultats désastreux enregistrés, il est préoccupant de voir que les vainqueurs du « coup d’Etat » bureaucratique initial sont toujours au pouvoir à Washington et qu’aucune relève plus démocratique ne semble se profiler. D’où la méfiance accrue avec laquelle l’Europe, la Russie et le reste du monde devraient considérer les initiatives que pourraient encore prendre cette bureaucratie pour restaurer son crédit, notamment à l’égard de l’Iran. Malgré les apparences, Condi Rice n’a rien retiré du soutien donné par elle et par le Président à ceux qui ont présenté la guerre en Irak comme nécessaire, salutaire et dépourvue de graves erreurs de jugement. Les bénéficiaires du Coup d’Etat initial tiennent toujours les leviers de commande. Or quand ce qu’il faut bien appeler une clique de cette nature a pris le pouvoir, il est difficile d’espérer l’en chasser, sauf à l’occasion d’une crise systémique. Surtout quand des forces sociales nombreuses et bien implantées, notamment dans les Etats conservateurs religieux, la soutiennent. On peut craindre que le livre courageux de Gordon et Trainor ait peu d’effets en ce sens.

Certes, le fait que sa publication ait été tolérée par l’establishment militaire peut apparaître comme un signe de changement. En effet, Michaël Gordon avait été un reporter incorporé, « embedded », dans des unités terrestres, et il a du, de même que le général Trainor, bénéficier d’encouragements d’une partie de la hiérarchie militaire. On sait en effet qu’aujourd’hui, l’armée de terre parait de plus en plus réservée sur la suite à donner au conflit. Mais l’armée de l’air et la marine, gros consommateurs de matériels sophistiqués, semblent au contraire continuer à pousser aux affrontements. Le succès représenté par la mort de Al Zerkaoui, tué par une bombe guidée laser, ira évidemment dans leur sens. La "détente" enregistrée dans les rapports avec l'Iran ne sera peut-être que passagère.

Aussi le livre devrait-il alerter les Européens – notamment les Britanniques - qui continuent à suivre bon an mal an le grand allié américain dans tous ses dévoiements. Plus que jamais, il serait nécessaire de définir une politique au Moyen Orient sur la base d’un multilatéralisme où la diplomatie européenne aurait toute sa place et toute son autonomie. On en est encore loin, même si le haut-représentant européen Javier Solana fait montre actuellement de beaucoup d'efficacité vis-à-vis de l'Iran. 11/06/06.


Le Maire de Paris et Ségolène

Le Maire de Paris a tort de faire de l'ironie sur Ségolène Royal. On va penser qu'il n'aime pas les femmes. 10/06/06


La puce VeriChip et les immigrants mexicains aux Etats-Unis

Scott Silverman, président du conseil d'administration de VeriChip Corporation, fabricant de la puce à radiofréquence VeriChip, a proposé récemment sur Fox News d’implanter de telles puces dans le corps des immigrés et travailleurs saisonniers entrant sur le territoire américain. Cette proposition est venue après que le Président Bush ait réclamé des mesures de haute technologie afin de mieux contrôler l’immigration mexicaine et latino-américaine aux Etats-Unis. Le Président a dit souhaiter savoir avec précision « qui est dans notre pays et pourquoi il s’y trouve ». La VeriChip, convenablement chargée en informations de police lors du passage de l’immigrant à la frontière, permettrait d’identifier celui-ci avec précision lors de contrôles ultérieurs.

La VeriChip est une micro-puce d'identification par radiofréquence encapsulée dans du verre, qui peut être implantée, non seulement dans une multitude d’objets de la vie courante, mais sur des êtres vivants, animaux d’élevage et humains. Elle rentre dans la catégorie des RFID ou Radio-Frequency Identification Devices. La puce peut enregistrer environ 2000 bits d’information et dispose d’une antenne. Contrairement à la version dite active disposant d’une petite batterie incorporée capable d’émettre vers un récepteur distant, la version passive se borne à réagir à un détecteur, situé à un mètre de distance (quelques mètres pour les dispositifs à haute fréquence). Son usage est celui d’une étiquette à code barre. Elle permet, à condition d’être scannée, d’identifier en toute sécurité l’objet ou la personne qui en est porteur. Mais son efficacité est plus grande que celle du code barre, car elle n’a pas besoin d’être positionnée avec précision sous le scanner.

La technologie était connue depuis longtemps, mais le manque de normes communes a empêché sa diffusion. Elle était principalement utilisée au service de la sécurité interne de certaines entreprises soucieuses d’un haut niveau de protection. Aujourd’hui, le dispositif est au contraire en train de prendre une extension mondiale, notamment en Asie, ce qui permet d’abaisser fortement ses coûts, et d’améliorer sa fiabilité. Malgré cela, des incidents de lecture peuvent se produire, dus soit à la présence de lecteurs opérant simultanément (reader collision) soit à la présence d’un trop grand nombre de puces dans l’aire d’activité d’un lecteur (tag collision).

La proposition du patron de VeriChip a fait comme on pouvait le prévoir réagir les défenseurs des libertés individuelles aux Etats-Unis. Ceux-ci ont affirmé que la VeriChip Corporation, après avoir perdu des millions de dollars en essayant de persuader les autorités américaines d’implanter des puces chez les citoyens américains, profite de la peur suscité par l’immigration mexicaine et sud-américaine pour relancer le marché. Mais une fois utilisée chez les immigrants, la technique pourra plus facilement être généralisée au « bénéfice » de l’ensemble de la population. Cette proposition, rencontre l’approbation de nombreuses personnalités politiques américaines, qui envisagent divers usages intéressant les citoyens américains eux-mêmes, au-delà des cas médicaux où elle est d’ores et déjà autorisée par la loi: identification des militaires, des détenus, de certains enfants à problèmes. Elle avait par ailleurs été recommandée par le Président colombien Alvaro Uribe, qui voyait là le juste prix à payer pour que ses compatriotes puissent profiter de l’ »hospitalité américaine ».

La technologie des RFID, passives ou actives, se développe rapidement en Europe. Mais jusqu’ici personne n’a proposé de l’utiliser sous forme d’implants humains, sauf dans des cas thérapeutiques très spéciaux. On peut penser que cette perspective serait repoussée par l’opinion publique européenne, mais en fait rien n’est moins certain. 10/06/06

* Voir Technovelgy.com. Comment la science-fiction devient science http://www.technovelgy.com

Par Jean-Paul Baquiast - Publié dans : gazetadmiroutes
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