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Jean-Paul Baquiast

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Lundi 4 mai 2009

Regards sur le mois d'avril 2009

Une actualité coincée entre le peu de résultats des politiques prétendument de lutte contre la crise et l'apparition d'une pandémie de grippe qui pourrait provoquer une aggravation de cette même crise.

Avril 2009, comme les mois précédents, n'a pas été marqué par des évènements d'ampleur internationale susceptibles notamment d'affecter les pays européens – sauf peut-être à l'extrême fin du mois l'annonce par l'Organisation Mondiale de la Santé d'une pandémie de grippe dite dorénavant A nécessitant à ce jour le niveau 5 de prévention, lequel risque d'être suivi comme on peut le craindre par le niveau 6. Celui-ci entraînera une fermeture plus ou moins poussée des frontières intra-européennes et de beaucoup d'entreprises et d'administrations. Autrement dit, en dehors des morts et dépenses directement imputables à la grippe, l'activité économique déjà très affaiblie diminuera encore. Les charges incombant aux collectivités pour le soutien aux personnes sans emploi ou dans l'extrême pauvreté augmenteront sensiblement, sans qu'apparemment les gouvernements et institutions se préparent à faire face à ces dépenses inattendues.

Signalons ici quelques uns des centres d'intérêt apparus en avril et nécessitant d'être suivis dans ces prochains mois.


Le G20 du 2 avril

Nous avons indiqué dans un éditorial précédent l'intérêt symbolique certain que représentait la réunion au sommet des nouvelles puissances émergentes avec celles constituant le groupe des 8 économies dites les plus riches du monde. Les pays pauvres n'y étaient pas véritablement représentés, mais la présence de la Chine, de l'Inde et du Brésil qui regroupent des centaines de millions de citoyens vivant autour du seuil de pauvreté empêche de dire que les questions de la croissance démographique et du niveau de vie des plus misérables aient été tenus à l'écart.

Néanmoins, en dehors de bonnes résolutions concernant la moralisation (le mot fait rire) des marchés financiers et des institutions de crédit, on voit mal quelles conséquences pratiques en découleront dans les mois qui viennent. La question des paradis fiscaux est exemplaire à cet égard. Lorsque les Etats-Unis et l'Europe, à commencer par eux, auront véritablement fermé les leurs, en supprimant le secret bancaire et l'aide à la fraude généralisée qu'ils offrent, on pourra vraiment dire que quelque chose a été changée. Nous n'en sommes pas là.

On a beaucoup insisté par ailleurs sur le nouveau rôle du FMI, présenté comme bénéficiant de financements renforcés provenant de ses membres (droits de tirages spéciaux ou DTS augmentés) destinés à soulager les Etats récemment entrés en crise, sans exiger d'eux les « réformes » dévastatrices imposées par ce que l'on appelait le consensus de Washington : économies budgétaires drastiques, gel des salaires, licenciements, etc. Un article de Arnaud Zacharie dans le dernier Monde diplomatique (Mai 2009, « La troisième vie du FMI », malheureusement non disponible en ligne) montre qu'il n'en est rien. Ainsi le 2 avril, le FMI annonçait la suspension de ses prêts à la Lettonie punie de ne pas réduire suffisamment ses dépenses publiques. Pour parler en termes techniques, le FMI continue donc à imposer l'austérité (mesures pro-cycliques) plutôt que s'engager dans des mesures contra-cycliques de type keynésien visant à enrayer la récession par des déficits budgétaires dûment justifiés.

L'auteur a raison par ailleurs d'insister sur le fait que rien n'a été fait là où le FMI pourrait jouer un rôle essentiel, résumé par l'ambition de fonder un nouveau Bretton Woods : mettre en place ou contribuer à la mise en place d'un étalon de change international se substituant au dollar, à la fois comme unité de change et monnaie de réserve. La Chine, comme nous l'avions signalé, avait proposé la création d'un nouveau système de réserve, fondée sur une devise supranationale faisant appel au dollar, au yuan, au yen et à l'euro, mobilisable selon une formule proche de celle des DTS. Peu de commentateurs ont dit que cette solution avait été approuvée par la commission d'experts de l'ONU sur la crise financière, présidée par Joseph Stiglitz, ainsi que par la Cnuced. Néanmoins, elle n'a pas été abordée.

Tant que les Etats-Unis ne soutiendront pas cette réforme, de peur de perdre, en perdant la suprématie du dollar, un moyen commode de financer une dette publique qui devrait augmenter d'au moins 40% dans les 4 prochaines années, rien ne se fera. Or Barack Obama, digne représentant de Wall Street, ne veut surtout pas toucher au statut du dollar. La Chine, de son côté, grande créancière des Etats-Unis en dollars, n'acceptera une telle réforme que si ses dettes étaient converties dans la nouvelle monnaie internationale. Reste à espérer que les créanciers internationaux prêteurs de dollars comprendront eux-mêmes, dans quelques mois, qu'ils participent au maintien de la bulle des bons du Trésor américain, laquelle ne pourra que crever. Le plus tôt ils s'en retireront, le mieux cela sera – y compris pour l'Europe, première victime de cette domination du dollar 1).

1) Concernant l'euro et son rôle stabilisateur, certain mais encore insuffisant, on lira le dernier livre de Christian Saint Etienne, « La fin de l'euro » chez Bourin Editeur. Il ne s'agit pas d'une nouvelle charge contre l'euro mais d'une mise en garde que nous avons souvent faite ici. Si les Etats de la zone euro ne mettent pas en place rapidement un gouvernement économique de la zone, l'euro, avec l'élargissement continu et la crise, court un risque d'éclatement à bref délai. L'auteur propose un plan de relance de la construction européenne sur la base d'une clarification des objectifs de cette construction, autour si possible d'un noyau dur France-Allemagne et Bénélux. Voir http://christiansaint-etienne.eu/blog/index.php?


Evolution du Pakistan

La radicalisation croissante de l'islamisme au Pakistan, complétée par une avancée spectaculaire des Talibans pakistanais, a fait craindre un basculement du pays dans l'islamisme combattant. Le gouvernement bien qu'affaibli, semble cependant vouloir réagir. Mais tout dépendra de ce que feront l'Armée et les services de sécurité (ISS) vis-à-vis des talibans d'Afghanistan et de ce qui reste d'Al Quaïda. Un discours de la secrétaire d'Etat Hillary Clinton a semé l'alerte, annonçant un risque majeur pour la paix dans le monde, du fait notamment à ce que le Pakistan s'est doté de l'arme atomique. Mais en sens contraire, les services américains ont rappelé (à tort ou à raison) qu'ils disposaient de la clef d'accès à cet arsenal et ne permettraient pas d'usages intempestifs.

L'Europe, selon nous, devrait insister sur la solution de bon sens : que les Etats-Unis et leurs alliés de l'Otan se retirent d'Afghanistan et cessent d'agiter les zones tribales par des frappes aériennes multipliant les recrutements de combattants islamiques. Il faudrait négocier tant avec l'Afghanistan et le Pakistan qu'avec l'Iran, sur un plan non militaire mais économique et diplomatique. Malheureusement, l'Europe est trop inféodée à l'Amérique, via notamment l'Otan, pour tenir un tel discours. Une des menaces qui pèse sur le Pakistan, au demeurant, n'est pas liée à l'islamisme, mais à la crise mondiale, qui va toucher fortement un pays sans guère de ressources. Ce sera une cause accrue d'instabilité.


L'Otan et le renforcement de l'influence américaine en Europe

C'est un tel renforcement, nié par ceux qui mettent en valeur le dégel apporté par Barack Obama à l'égard de la Russie voire de l'Iran, qu'a montré la dernière réunion de l'Otan à Strasbourg le 3 avril, pour fêter les 60 ans de l'Organisation. Barack Obama avait fait aux Européens la grande grâce d'y assister. Rien de substantiel n'est à retenir de cette réunion, sinon le recrutement de 2 nouveaux membres, l'Albanie et la Croatie. Le retour de la France dans l'Otan, que Nicolas Sarkozy espérait voir salué de façon spectaculaire, fut effacé par la demande du président américain visant à renforcer les contingents présents en Afghanistan, avec les risques dénoncés dans l'item précédent. Rien donc n'a pu être évoqué sérieusement concernant le renforcement des moyens de défense européenne hors Otan.

Dans ces conditions, le fait que le Premier ministre danois Anders Fogh Rasmussen ait été nommé successeur du secrétaire général actuel Jan de Hoop Scheffer enferme plus encore qu'auparavant l'Union européenne toute ensemble dans sa dépendance à l'Otan et aux Américains. Un Premier ministre, ce n'est pas rien. Pourquoi pas le nôtre ? Ceci à un moment où l'activisme des Etats-Unis dans sa lutte contre l'influence russe et plus généralement pour le renforcement de son influence dans le Caucase et les régions voisines ne cesse de s'exercer. On le constate avec les injonctions permanentes, répétées récemment encore par Barack Obama, poussant à l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne...De quoi se mêle-t-il ?

On le voit aussi du fait des investissements diplomatiques et financiers des Etats-Unis pour la réalisation d'une liaison autoroutière entre Tirana en Albanie et Pristina au Kosovo. Une autoroute sera peut-être utile (une voie ferrée aurait été préférable) mais il s'agit en l'espèce d'un projet d'au moins 1 milliard d'euros, financé par des fonds d'origine douteuse et bénéficiant en priorité à la firme américaine Bechtel, dont les ambitions européennes en matière de travaux publics et de pénétration relevant de l'espionnage économique sont bien connues. La démarche vise concrètement à réaliser le projet de Grande Albanie incluant le Kosovo. Elle est dirigée évidemment contre l'influence serbe et russe. Elle vise tout autant à renforcer l'implantation américaine dans la zone, en reliant à un port de mer, Durëss en Albanie, la grande base US de Campbondsteel au Kosovo. Tout ceci justifie amplement, aux yeux de l'Otan et surtout des Américains, l'entrée de l'Albanie dans l'Otan.

Pour en revenir à la Turquie, celle-ci il est vrai semble de moins en moins intéressée par l'alliance américaine et négocie activement avec la Russie et les pays du Caucase, y compris l'Arménie, une normalisation des relations de voisinage. Par ailleurs, elle va acheter de plus en plus d'armes russes. Voilà ce qui devrait être un thème intéressant à suivre par la diplomatie européenne si celle-ci n'était pas aux ordres des Américains concernant ses relations avec ses voisins orientaux. Il est vrai que le rapprochement possible de la Turquie avec la Russie ne signifie pas une atténuation de son islamisme (dit modéré). Si elle reproche à l'Otan la nomination du danois Anders Fogh Rasmussen, c'est pour la très mauvaise raison de son rôle supposé dans le soutien aux caricatures de Mahomet.


Les 100 jours d'Obama

Un sentiment de dévotion entoure la célébration des premiers “cent jours” du président Obama. Il y a presque unanimité pour l'homme, au-delà des extrêmes néocons qui lui reprochent de brader l'empire. L'opinion publique, selon les sondages, porte en général un jugement très favorable sur le président, en grande partie due à son charme personnel et au statut de Black bien intégré qu'il a réussi à conserver, ceci quels que soient par ailleurs les jugements sur la politique.

Là au contraire, il est difficile, tant pour les observateurs américains que pour nous-mêmes, de nous prononcer. Sur le plan intérieur, où il s'est engagé personnellement le plus, il apparaît finalement comme très proche d'une représentation intelligente du lobby dit de Wall Street. Il a choisi un fort interventionnisme à l'égard des directions des établissements financiers et du secteur industriel, automobile notamment. Mais il s'agit seulement de sauver les meubles au profit du capitalisme financier dont il ne remet pas en cause la prédominance et auquel il promet de rendre les rênes dès que possible. Sur le plan extérieur, là encore, il entérine des retraits diplomatiques rendus indispensables par l'augmentation des dépenses d'intervention militaire. Mais il ne fait rien qui puisse lui être reproché par les plus intransigeants des représentants du complexe militaro-diplomatico-industriel. Vis-à-vis d'Israël enfin, dont le radicalisme accru à l'égard des Palestiniens de l'extérieur et de l'intérieur était censé devoir susciter son intervention apaisante, on ne l'entend plus guère s'exprimer.

La crise économique et les pertes d'emplois continuant à s'étendre en Amérique, Barack Obama sera sans doute vite obligé de prendre des positions plus tranchées. Se rangera-t-il à l'intérieur derrière les défenseurs de l'ordre ancien, y compris militairement ? Ou s'engagera-t-il dans des politiques de vraies nationalisations, analogues à celles que nous préconisons par ailleurs, lui permettant de réformer le système capitaliste en profondeur ? Cette dernière hypothèse nous parait hautement improbable, pour le moment.


Union pour la Méditerranée

Le Monde du 29 avril, p. 17, a publié une défense et illustration de l'Union pour la Méditerranée, signée de diverses personnalités, dont la députée socialiste Elizabeth Guigou. L'union progresserait dans les faits, rassemblant de plus en plus de ressources et de projets provenant des Etats membres. Si cela se confirmait, ce serait une bonne chose, que l'Union européenne devrait approuver et soutenir sans ambiguïté. Dans le cas (il est vrai plus limité) des rapports franco-algérien, on ne peut pas dire que la dernière réélection, quasiment plébiscitaire, du président Bouteflika (avec une participation de 74%, qui était inespérée), contribue à la détente. Des contentieux lamentables sur des problèmes de droit de garde où l'Etat Algérien et Bouteflika lui-même soutiennent sans nuances des parents algériens pré-emptant des enfants nés de mariages mixtes donnent une triste image de la cohabitation forcée entre les deux cultures.

Risques de durcissement des rapports sociaux en Europe

Au-delà de manifestations spectaculaires mais limitées visant à séquestrer moins des patrons et actionnaires que des cadres, le risque évoqué à l'envie d'une explosion sociale, que ce soit en France ou ailleurs, nous parait encore très excessif. Renvoyons sur ce point à ce qui devrait être la revendication de fond venant de ceux qui veulent changer voire remplacer le système capitaliste, une nationalisation ou renationalisation de l'ensemble des secteurs stratégiques européens. Ce serait là du sérieux et du solide. Inutile de dire que personne n'en parle vraiment pour le moment. Mais dans quelques mois, le paysage économique et social aura sûrement, crise climatique aidant, quelque peu changé. Voir notre article sur ce thème à propos des manifestations du 1er Mai : http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=283&r_id=


Sélection d'articles publiés sur le site Europe solidaire en avril

Evènements

Risque de pandémie de la grippe dite dorénavant nord-américaine A(H1N1)
30/04/2009
Dans la perspective de l'explosion d'une telle pandémie, nous reprenons ici, en l'adaptant, un texte publié par nous il y a 4 ans dans un dossier intéressant les précédentes menaces de grippe aviaire. (...)

La CME, méga-catastrophe naturelle à envisager
24/04/2009
Parmi les mega-catastrophes naturelles susceptibles de menacer ou détruire les civilisations terrestres, on évoque, outre des éruptions volcaniques de grande ampleur, la chute d'un astéroïde important. Mais jusqu'à présent, l'attention n'avait pas été attirée sur la possibilité d'une éjection coronale massive en provenance du soleil (coronal mass ejection, CME).

Analyses

Elections européennes et démission du politique
25/04/2009
Nous ne pouvons dire exactement ce qu'il en est des autres pays européens. Mais pour la France, ce terme de démission du politique, à l'approche des prochaines élections au Parlement de Strasbourg, s'impose.


La Nasa sera-t-elle sacrifiée à la crise financière - ou au profit capitaliste ?

26/04/2009
Même si l'on ne se dissimule pas que la Nasa a toujours servi de fer de lance au softpower par lequel depuis Kennedy l'Amérique s'efforçait de régner sur les esprits du monde entier, on ne peut pas nier qu'elle était aussi le représentante la plus emblématique d'une démarche (relativement) désintéressée pour découvrir les secrets de l'univers et porter l'homme au-delà de ses limites. Or aujourd'hui, son empire semble menacé, non seulement par la crise financière qui obère les finances publiques de l'Etat, mais par la rapacité des intérêts privés qui veulent faire du profit à sa place, en lui retirant ce qui faisait sa noblesse.


Actualités

Financer la guerre ou la paix ?
25/04/2009
Un article récent de De Defensa, intitulé « Déconstruction de la guerre » ( voir lien en note) ) et comme toujours très intéressant, pose une question qu'il faudra bien aborder rapidement, non seulement aux Etats-Unis mais en Europe : comment gagner les guerres sans faire appel à la force brute, généralement l'appui aérien, qui par ses dérives suscite le recrutement de 10 candidats combattants pour 1 combattant « neutralisé ».

Ne jamais rien concéder aux islamistes

23/04/2009
C'est la leçon qui découle de l'affaiblissement actuel du gouvernement pakistanais face aux talibans avec lesquels il avait cru composer en leur reconnaissant le droit à appliquer la charia dans le district de Swat. La leçon s'applique aussi à l'Europe : ne jamais rien concéder. Toute concession est un tremplin pour de nouvelles extensions.


Livre

Confession d'un banquier pourri, par Cresus
Ce livre est déjà un succès de librairie. Il éclaire les comportements d'un monde présenté par ses protagonistes comme exemplaire. A rapprocher des "réflexions" de Georges Soros, examinées ici précédemment.

Par Jean-Paul Baquiast - Publié dans : gazetadmiroutes
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Mardi 31 mars 2009

Regards sur le mois de mars 2009

Tout n'a été, ce mois-ci, pour le monde comme pour l'Europe, qu'attentes et inquiétudes


Le G20

La préparation du sommet du G20 qui se tiendra le 2 avril a monopolisé l'attention des observateurs. Beaucoup cependant n'en attendent pas grand-chose. D'une part les Etats-Unis, Barack Obama le premier, semblent vouloir limiter la réunion à des mesures d'urgences destinées à relancer la consommation et la croissance, dont on connaît pourtant les dégâts à terme. Ils ne paraissent pas du tout décidés à supprimer les paradis fiscaux ni lutter contre le secret bancaire, surtout quand des intérêts américains sont impliqués. Barack Obama a par ailleurs annoncé vouloir restaurer le leadership américain, ce qui suppose qu'il attend des concessions substantielles du reste du monde, enfin rassuré par le retour du père. De leur côté, les pays européens semblent de moins en moins capables de tenter d'imposer les positions communes qu'ils avaient présentées comme indispensables. On ergote encore sur des points qui sont quand même de détail, comme la rémunération des dirigeants. Ce sera sans doute comme jusqu'à présent, chez les membres européens du G20, le triomphe du chacun pour soi. L'accord ne devrait se faire que sur le refus de financer davantage la relance américaine. Quant à la réforme du FMI....on verra.


Notons que, concernant la crise financière, ni la Chine et ni les autres pays émergents ne semblent décidés de leur côté à s'impliquer. Tout se passe comme s'ils attendaient de voir ce que deviendront les rivalités entre l'Amérique et l'Europe avant de s'engager. La Chine hésite pour le moment entre soutenir le dollar, c'est-à-dire ses centaines de milliards de prêts à l'Amérique ou proposer le remplacement à terme du dollar en tant que monnaie de réserve par un panier de devises sous l'égide du FMI. La formulation de cette seule proposition serait considérée comme une déclaration de guerre par Washington. Les Chinois ne pourrait la faire avancer qu'avec l'appui de l'Europe. Or on ne voit pas la BCE s'engager dans cette voie.

Nous avons par ailleurs indiqué ( http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=264&r_id= ) que le G20 n'examinera certainement pas des perspectives bien plus importantes pour l'équilibre du monde visant à coordonner au plan global les politiques économiques et les politiques de lutte contre les changements climatiques. La question de la représentation des pays pauvres, dans un G20 étendu à plus de 100 membres (ou dans une commission ad hoc de l'ONU à créer) ne sera pas non plus posée. Bref, la très probable aggravation future de la crise trouvera un monde de plus en plus divisé et surtout toujours aussi soumis aux intérêts de ceux dont les agissements ont provoqué cette même crise. Combien de nouveaux G20 faudra-t-il prévoir alors ?


Révoltes sociales

Les inégalités et abus résultant de l'extension, qui se poursuit encore malgré la crise, d'un capitalisme non régulé, soulèvent de plus en plus de protestations syndicales et populaires, notamment dans les pays pourtant « riches », USA et Europe. La crise ne commence seulement qu'à s'y faire sentir, en termes de pertes d'emplois. Mais on pressent qu'elle touchera de plus en plus de populations. Face aux manifestations qui risquent de se radicaliser, les gouvernements réagiront certainement par la répression, ce qui ne fera qu'aggraver la coupure, au sein de ces sociétés riches, entre ceux qui continueront à s'enrichir de multiples façons, y compris par des comportements maffieux, et la grande masse de la population qui s'appauvrira.

Malheureusement, ni à gauche ni à droite, on ne parait capable d'envisager les solutions de long terme capables de lutter contre les inégalités (notamment par l'impôt) et relancer les activités productives à forte valeur ajoutée intellectuelle, les seules susceptibles de créer une croissance qui soit neutre au plan de l'empreinte éco environnementale. Une coupure va donc s'établir entre ceux qui paraissent incapables de rien changer à l'ordre actuel et ceux qui favoriseront les mouvements de rejets violents, avec destruction d'usines, de centres commerciaux et de tout ce qui symbolise le luxe et l'inégalité. Nécessairement les « défenseurs de l'ordre » se radicaliseront et les démocraties deviendront de plus en plus autoritaires, sinon dictatoriales.

En Europe, on peut penser que ce seront les pays de l'Est et autres nouveaux entrants qui donneront l'exemple des révoltes sociales, mais rien n'exclut que les mouvements violents s'étendent aussi dans les vieux Etats européens. Aux Etats-Unis, une même évolution se prépare. Il semble ainsi que de plus en plus de contestations provenant des milieux populaires et des universitaires s'expriment à l'égard de Barack Obama. On lui reproche d'être un pantin aux mains, non plus tellement du lobby militaro-industriel, pour le moment silencieux, mais du lobby financier, désormais baptisé Wall Street, avec ce que ce nom connote en termes d'inégalités, de corruption, de spoliations. Dans cette conjoncture, le vrai visage d'Obama n'est pas encore apparu. Si de véritables troubles sociaux éclataient, nous sommes quasi certains qu'il incarnera lui aussi le personnage du gardien de l'ordre, à l'exemple, diront certains, d'un Mussolini plus élégant.


Moyen Orient : explosions en puissance ?

L'Europe semble avoir pour le moment renoncé à jouer le moindre rôle dans cette partie du monde. Elle laisse à Barack Obama, encore lui, la responsabilité d'y éviter de nouveaux conflits. Là encore tous les regards se tournent vers lui et ses conseillers diplomatiques. Mais le moins que l'on puisse dire est que, là encore, l'image est brouillée. Certes, besoins d'économies budgétaires aidant, Obama a clairement marqué son désir de retirer les troupes d'Irak et de détendre les relations avec l'Iran. Mais sur ces deux points déjà, les difficultés s'accumulent. Le retrait d'Irak risque de coûter aussi cher que la poursuite des opérations. Il demandera des années. Quant aux relations avec l'Iran, elles sont à la merci d'une agression d'Israël destinée à rappeler aux Américains que leur liberté d'action est limitée. Pour Israël en effet, doté ou pas d'un gouvernement plus ouvert que le précédent, rien ne doit être fait pour relancer le processus dit de paix et aboutir à deux Etats en Palestine. Bien plus, les Etats-Unis ne doivent en aucun cas détendre le « spécial relationship » qui depuis trente ans rattache Israël et l'Amérique, pour le meilleur et pour le pire. Or Obama avait suscité des inquiétudes à cet égard. Beaucoup pressentent que, pour le rappeler à l'ordre, c'est-à-dire à une alliance sans conditions, l'Etat juif lance prochainement des opérations militaires de plus ou moins grande intensité contre Téhéran, ce qui ressoudera de facto, face aux réactions de l'Iran, la vieille « amitié » Tel-Aviv-Washington.


Cependant Israël n'est pas pour le moment le souci prioritaire de Barack Obama. Celui-ci s'était lancé, avec une légèreté que nous avions soulignée, dans une relance des opérations en Afghanistan, présentée comme sa guerre à lui. Il apparaît de plus en plus, à beaucoup d'Américains eux-mêmes, que cette guerre sera sans issues. D'ores et déjà, on y associe les zones tribales pakistanaises (le terme d'Afpak définissant le nouvel ennemi à combattre). Les opérations menées par les Américains dans ces zones, même si elles n'engagent pour le moment que des drones et des forces spéciales, provoquent une remontée du nationalisme pakistanais et du fondamentalisme religieux l'accompagnant. L'actuel président du Pakistan Asif Ali Zardari en sera nécessairement déstabilisé. Il salue pour le moment l'annonce d'une aide américaine de 1,5 milliards de dollars, mais on peut penser qu'il le fait contraint et forcé, de peur de se voir reprocher de favoriser l'Amérique sans contreparties. En attendant, dans l'opinion du monde, l'Afpak risque de devenir pour l'Amérique de Barack Obama ce qu'avait été l'Irak pour l'Amérique de Bush, c'est-à-dire une monumentale erreur stratégique.


L'Union européenne dans la crise politique

Plus près de chez nous, aucune bonne nouvelle intéressant la construction européenne n'a été enregistrée en mars. Au contraire. D'une part, comme prévu, le retour de la France dans l'Otan est passé si l'on peut dire inaperçu de ceux qui, tels Nicolas Sarkozy, en attendait de grandes embrassades tant de l'Amérique que des Etats européens de l'Est. Barack Obama n'a pas serré Sarkozy dans ses bras. En réalité, on ne sait même pas s'il a été informé de cet évènement gigantesque. Quant à la Pologne et à la Tchéquie, déçues sans doute de ne plus se voir confier la participation au BMDE en voie d'abandon, elles cèdent à un certain antiaméricanisme. C'est-à-dire qu'elles ne savent aucun gré à la France de ses palinodies otanesques. N'en ajoutons pas davantage. Un excellent billet d'humour du général Cot, publié sur ce site, dit tout ce qu'il faut en dire, y compris en ce qui concerne la prétendue relance de la défense européenne qui devait contrebalancer la normalisation des relations avec l'Otan ( http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=261&r_id= ).


Plus grave par contre est l'aggravation rapide de la faiblesse institutionnelle de l'Union. D'une part, comme prévue, la présidence Tchèque a joué les utilités, sans rien que nous puissions jusqu'ici mettre à son actif. Mais surtout, des élections ayant donné à Prague une courte mais suffisante majorité favorable aux anti-européens, tout laisse craindre que le Sénat tchèque refuse de ratifier le traité constitutionnel. Même si ce n'était pas le cas, les oppositions anti-traité risquent de repartir de plus belle, en Irlande, aux Pays-Bas et ailleurs même, notamment en France. L'Europe se trouvera donc sans tête, au moment où, comme indiqué plus haut, se déclencheront des crises multiples.


Ceci, diront les esprits volontaristes, pourrait être une bonne chose. Vu l'urgence, on pourrait espérer une sorte de coup d'Etat de la part de ceux des gouvernements ne voulant pas laisser partir l'Europe à vau-l'eau. Mais pour quoi faire ? Sans doute le pire, dans l'urgence. De toutes façons, comme Nicolas Sarkozy est, lui aussi, devenu de plus en plus illisible sinon inquiétant ces dernières semaines, peu de gens en France et ailleurs ne verront en lui, contrairement à ce qui s'était passé à la fin de la présidence française, un éventuel sauveur de l'Europe. 30/03/2009



Sélection d'articles publiés sur le site Europe solidaire en mars


Analyses
* L'euro dans la future crise du système des règlements internationaux.
27/03/2009
Le futur G20 d'avril 2009, dont certains avaient voulu faire le point de départ d'un nouveau Bretton-Woods, c'est-à-dire de la refondation du système monétaire international, ne devrait rien faire de la sorte. (...)

* Durban II: refuser les fondamentalismes
25/03/2009
Les pays de L'Union Européenne doivent rester engagés dans les travaux de l'ONU pour la préparation de la Conférence de Durban II, afin de ne pas laisser le champ libre aux racismes et aux fondamentalismes religieux. Il sera toujours temps de se retirer avec le maximum d'éclat en cas d'échec indiscutable des discussions préparatoires.

* Enseignements pour l'Europe de la journée française de revendication du 19 mars 2009
On a tendance à considérer que les problèmes économiques et sociaux des 27 pays européens sont trop divers pour que les syndicats et partis socialistes de ces pays puissent s'entendre sur des positions communes. D'une part c'est faux car des contacts et communiqués communs existent déjà. Mais d'autre part c'est encore malheureusement vrai car les perspectives de solutions en profondeur restent insuffisamment étudiées. (...)

* Bernard Lavarini
L'expert de défense Bernard Lavarini actualise dans un article du Monde le thème de son livre de 2006 : la défense européenne doit s'articuler autour d'une force de dissuasion nucléaire (celle de la France et de la Grande Bretagne, à défaut d'autres) mais aussi de ce qu'il nomme un bouclier nucléaire déployé tout autour des frontières européennes et suffisamment doté de moyens balistiques pour décourager une frappe même massive. (...)

Actualités

* Une présidence de l'Europe de plus en plus dangereuse
26/03/2009
Le Premier ministre tchèque Mirek Topolanek a affirmé mercredi 25 mars que la chute de son gouvernement n'affectera pas la présidence européenne, assurée actuellement par la République tchèque. Il affirme continuer à penser que la présidence tchèque sera effective. Nous en doutons fortement.

* Détente Etats-Unis - Iran ?
23/03/2009
Le message d'amitié et de voeux pour la nouvelle année du président Obama vers l'Iran, du 20 mars 2009, produit en Iran une réaction certes prudente, mais en général jugée favorable.

* Avant le G20, brouillage de l'image des chefs d'Etat
21/03/2009
Les chefs d'Etat, face à la crise qui se généralise, perdent de leur crédibilité. Mais c'est en partie parce qu'ils n'ont pas su sauvegarder celle des Etats dont ils sont les chefs.
* Contre Obama : lâcher de chiens ?
15/03/2009
Nous n'étions pas particulièrement adeptes de l'Obamania, qui voyait en Barack Obama le chevalier blanc capable de guérir l'Amérique de tous ses défauts. L'image était trop belle. Obama, issu du sérail, ne pouvait pas réformer complètement le dit sérail. Cependant quelques semaines après la nomination du nouveau président, l'estime pour sa sincérité réformatrice revient sinon au galop du moins avec prudence.

* Utiliser la crise financière pour abattre Obama et ses idées réformatrices
10/03/2009
Il faut se demander si une façon subtile ne consisterait pas, pour des intérêts américains bien organisés voulant stopper Obama sans le détruire directement, à laisser se développer l'embrouillamini de la crise financière actuelle.

* Nicolas Sarkozy au Mexique. Pourquoi faire ?
06/03/2009
Nicolas Sarkozy a décidé de se rendre au Mexique, accompagné de son épouse, auprès d'un président particulièrement déstabilisé et dans un pays qui est en train de devenir une véritable menace pour les Etats-Unis et même l'Europe. Que va-t-il y faire ? Que va-t-il y vendre ou y acheter ? La question n'a semble-t-il pas vraiment été discutée dans les milieux politiques ni les médias.
* Faut-il s'indigner de voir Siemens s'allier dans le nucléaire avec Rosatom?
04/03/2009
L'allemand Siemens et le groupe d'État russe pour l'énergie atomique, Rosatom, ont annoncé le 4 mars la signature d'un protocole d'accord en vue de la création d'une joint-venture dans le nucléaire, dont le conglomérat russe aura la majorité. Les deux parties veulent notamment construire ensemble des centrales du futur et développer les projets de réacteurs russes à eau pressurisée. Est-ce une nouvelle défaite pour l'unité européenne.

* Pour une nouvelle économie sociale
03/03/2009
Nous avions écrit précédemment que la situation des DOM-TOM français constitue une lentille grossissante permettant de mieux percevoir les faiblesses structurelles qui handicapent les sociétés européennes en général. C'est vrai dans plusieurs sens. Mais là aussi pourraient se dessiner les solutions qui vont bientôt s'imposer à l'ensemble du monde.

* Les mauvais exemples donnés à l'Europe par la France (suite). La chasse à l'administration.
01/03/2009
Dans cette rubrique inaugurée il y a maintenant quelques mois, il faut ajouter un sujet particulièrement préoccupant : il s'agit de la destruction qui s'accélère de l'efficacité de l'administration française.


Livres

* George Soros. la vérité sur la crise financière
George Soros, président du Soros Fund Management est un financier renommé et le fondateur d'un réseau mondial d'oeuvres philanthopiques. Il s'est fait connaître par ses succès dans le monde de la Bourse et de la spéculation économique. Il est aussi l'auteur de plusieurs livres sur l'économie et la finance mondiale. Le dernier d'entre eux, présenté ici s'intitule "La Vérité sur la crise financière" Denoël, 2008 (...)

* The Vanishing Face of Gaïa. A Final Warning, par James Lovelock
Nous pensons pouvoir affirmer que « The Vanishing Face of Gaïa » est la plus importante contribution parue à ce jour dans un domaine jusqu'ici en proie aux polémiques et aux conflits d'intérêt. Le livre offre une nouvelle compréhension scientifique et philosophique de la Terre et de son avenir. Cet avenir sera aussi celui de tout ce que notre planète porte avec elle, espèce humaine comprise.
* MCR appliquée à la climatologie
Le 4e Rapport du GIEC, établi en 2007 sur des données de 2005 et antérieures, a été reconnu comme bien trop optimiste par les experts du GIEC réunis à Copenhague le 10 mars 2009. Mais vu la lourdeur de l'Organisation, le prochain rapport ne sera publié qu'en 2014. Nous suggérons ici, pour accélérer et affiner les diagnostics. de faire appel à une méthode importée de la physique quantique et mise au point par Mme Mioara Mugur-Schächter.

 

 


Par Jean-Paul Baquiast - Publié dans : gazetadmiroutes
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Samedi 28 février 2009

Un livre de Jean-Paul Baquiast (en librairie fin mai 2008)

"L'Europe ou le vide de puissance. Essai sur le gouvernement de l'Europe au siècle des super-Etats"

J.P. Bayol Editions

Site du livre chez l'éditeur, avec présentation, table des matières et annexes
http://www.editions-bayol.com/Europe/plan.php

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Le livre précédent de Jean-Paul Baquiast (en librairie)

Pour un principe matérialiste fort
Essai
Jean-Paul Bayol Editions
300 pages - ISBN : 978-2-916913-00-1

Site du livre chez l'éditeur
http://www.editions-bayol.com/PMF

Présentation

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FNAC ; Amazon


Regards sur le mois de février 2009

La crise financière et économique s'aggrave, certains prévoient un effondrement général du monde dit développé, mais il ne semble pas que les gouvernements ni les « experts » qui sont censés les conseiller soient décidés à proposer le changement global de politique qui s'imposerait pour écarter les menaces. En pratique, prétextant de la globalité des problèmes, chaque niveau de responsabilité, national, européen et mondial rejette sur les autres les prises de décisions nécessaires. Février a fait apparaître de grands problèmes qui pourraient relever de mesures immédiates, mais celles-ci sont encore rejetées à plus tard.

Si l'on en croit certaines analyses, le temps presse pourtant, bien plus que l'on imagine. Le milieu de l'année 2009 pourrait donner le signal d'un collapse général frappant tous les pays développés.. Nous y faisons allusion sur ce site. Même si l'effondrement possible de nos civilisations ne se produit pas à cette date, les urgences s'accélèrent. Il est donc particulièrement scandaleux de voir, pour ce qui concerne l'Europe et la France elle-même, que les gouvernements ne prennent pas immédiatement les mesures palliatives globales qui sont à leur portée. Si ces mesures, par leur complexité, demandent des études préalables conjointes, encore faudrait-il les envisager, c'est-à-dire mentionner le besoin et proposer des pistes novatrices. Le mois de février a donné plusieurs exemples de ce qu'il faudrait entreprendre et que l'on reporte à plus tard.


Les révoltes populaires aux Antilles françaises.


Nous avons montré dans un article très lu (google dixit) que ces révoltes, loin d'être terminées, sont le prototype de ce qui se passera bientôt dans toute l'Europe au niveau des banlieues urbaines et de certaines régions défavorisées. Il est illusoire de penser que des populations supporteront longtemps dans le calme une marginalisation à base ethnique et culturelle. Cette marginalisation se traduit par le fait que les activités réellement productives leur sont interdites en pratique. Les jeunes citoyens, même diplômés, demeurent chômeurs. Ne leur reste plus que les activités illicites sinon criminelles. Or dès maintenant, des chantiers pourraient être ouverts, sur financement et avec la protection économique des gouvernements, pour réinsérer ces zones dans la production des valeurs économiques et sociales nécessaires non seulement à leur réinsertion mais à la société toute entière : agricultures locales, technologies vertes, habitat repensé, etc.

Aux Antilles, les représentants du gouvernement français, particulièrement absents, n'ont rien dit de tel. Si de nouvelles crises éclatent dans nos banlieues le discours ne changera pas. On enverra des forces de gendarmerie. Veut-on la guerre civile, afin de renforcer l'ordre répressif ?


La révolution de l'agriculture biologique


Dans le même esprit, mais en étendant l'approche, tous les experts de la lutte contre la destruction de la planète et l'explosion des inégalités savent que passer des agricultures productivistes à des agricultures biologiques résoudrait de nombreux problèmes, environnementaux et sociaux. La chose est vraie aussi bien en France, pays d'agriculture moderne, que dans le tiers monde. L'agriculture productiviste emploie 2 à 3% de la population française active. Une agriculture biologique pourrait en employer à terme au moins 10 à 15%. Ses coûts seraient largement compensés par la diminution des dépenses en carburants et intrants chimiques, avec des bénéfices induits non comptabilisés actuellement portant sur l'environnement et les modes de vie dits ruraux.

Le salon de l'agriculture qui vient de se terminer n'a malheureusement pas vu les responsables politiques français y tenir ce discours. On aurait très bien pu imaginer cependant un Nicolas Sarkozy annoncer que la France proposerait à l'Union européenne des politiques expérimentales en faveur de reconversions à grande échelle vers l'agriculture biologique. Ceci aurait un plus grand écho, et plus porteur, que le « casse-toi... » de l'année dernière.


La révolution industrielle dans l'automobile


Tous les pays dotés d'une industrie automobile veulent actuellement la préserver, ce qui se justifie. Mais il n'est pas possible de le faire à l'identique. En Europe, il n'est pas possible non plus de le faire seul. Une véritable révolution industrielle s'impose dans ce secteur, doublée de changements profonds dans les habitudes de consommation. Là encore, le dernier Salon de l'automobile, à Paris, aurait été l'occasion d'esquisser des solutions communes entre européens: par exemple l'annonce d'une Agence européenne de l'automobile verte, dotée de moyens suffisants pour intéresser non seulement les industriels du secteur, mais d'autres potentiellement intéressés. Nous ne formulons cette proposition ici que pour fixer les idées, mais d'autres solutions collectives seraient certainement possibles, plutôt que fâcher les Tchèques à propos des délocalisations dont ils ont bénéficié, en toute légalité vis-à-vis du droit européen.


La réforme du capitalisme bancaire et financier


Que ce soit pour réformer ou supprimer le capitalisme financier mondial, des mesures précises font dorénavant l'accord – verbal – des experts et des gouvernements. Sur invitation d'Angela Merkel, les pays européens du G20 (France, Grande- Bretagne, Allemagne Italie) accompagnés de l'Espagne et des Pays-Bas se sont réunis, dans la formule dite du G4, le 22 février à Berlin pour dépasser leurs divergences et poser les bases d'une nouvelle régulation financière mondiale. A l'issue du sommet, les différents acteurs sont parvenus à s'accorder sur une position commune malgré les réticences initiales de Gordon Brown, soutenant le rôle mineur des "hedge funds", fonds spéculatifs à risque. Cette position devrait être défendue lors du G20 en avril.


Mais qui dit position commune ne dit pas action commune. Si les pays européens estiment par exemple que des autorités de régulation s'imposent, ils se gardent bien de faire ce qu'ils pourraient faire en ce sens sans même attendre le G20 : mettre en place une régulation commune. Laisser la régulation à la responsabilité de chacun des 27 Etats n'a aucun sens. La position de l'Europe serait autrement forte au G20 si, à propos de la surveillance des spéculations boursières et bancaires, du refus des paradis fiscaux, du plafonnement des rémunérations des dirigeants et traders, du renforcement du FMI, ils décidaient dès maintenant de mesures communes. C'est ce que fait d'ailleurs en ce moment aux Etats-Unis leur modèle tant vanté, Barack Obama.

A supposer qu'un tel accord entre les 27 ne soit pas immédiatement réalisable, là encore, un Nicolas Sarkozy qui se veut activiste de la construction européenne aurait très bien pu le demander à grands cris, et décider de mesures initiales en ce sens s'appliquant en France. Les autres auraient réagi positivement. On ne l'a pas entendu. On ne perçoit au contraire en France à ce sujet que la polémique bien inutile à propos d'une nomination de dirigeant bancaire.


La faillite en préparation des Etats de l'Europe centrale et orientale


Parallèlement aux questions qui seront évoquées au G20 se pose une question tout aussi grave pour l'avenir de l'Europe et de la zone euro, l'aide qu'il conviendrait que les Etats dits riches de l'Eurogroup apportent aux Etats, membres ou pas de cette zone, qui se noieront dans les mois suivants si rien n'est fait. Nous y avons consacré un premier article, qui sera certainement suivi de beaucoup d'autres. Mais il ne suffira pas d'aider, il faudra demander des contreparties afin de moraliser et régulariser la concurrence, pour ne pas dire le dumping, que ces « petits » Etats imposent aux grands. Ce seraient les accords de Maëstricht et peut être aussi certaines clauses du futur traité européen qu'il faudrait renégocier. La tâche serait importante et riche de contestation. Mais qu'attendent les Sarkozy et Merkel pour commencer à en parler ? Que des dictatures militaires se soient réinstallées dans les Etats ex-communistes ?


L'augmentation des investissements européens dans la formation et la recherche


Tout le monde admet dorénavant que l'Europe, pour survivre, devra re-développer son industrie. Mais pour ce faire, comme plus reprendre la tête des nations scientifiquement avancées, elle a besoin de re-développer également ses laboratoires et ses facultés. Des objectifs généraux, quantitatifs et qualitatifs, doivent être non pas proposés mais imposés à chaque pays par les institutions européennes. Aucun chef d'Etat, malheureusement, ne se hasarde à en traiter. L'appauvrissement de la recherche, publique et privée, s'accélère donc alors que les économies asiatiques mettent les bouchées doubles (sans parler des Etats-Unis ou Barack Obama compte sur ce levier pour rendre sa grandeur à l'Amérique).

En France, dans le même temps, le gouvernement, par un aveuglement touchant à l'ineptie, continue à ferrailler contre l'Université et l'école soit disant pour « économiser » quelques milliers de postes, sans doute en réalité, comme le soupçonnent les universitaires et scientifiques, pour affaiblir des contre-pouvoirs de fait jugés dangereux.


L'aveuglement et l'entêtement


Devant de telles carences au niveau des pouvoirs, on peut légitimement s'interroger sur la compétence des gouvernements européens. Les dirigeants manquent-ils de la culture systémique qui leur donnerait la force de s'engager dans les changements profonds qui s'imposent ? Dans ce cas, ils ne verraient pas clairement ce qu'ils pourraient faire pour abandonner les politiques qu'ils avaient décidé d'appliquer avant la crise et s'engager dans des voies radicalement nouvelles. Mais l'incompétence ne saurait pas tenir lieu d'excuse.

S'agit-il au contraire de faiblesse et de populisme ? Les voies de sortie de crise, à supposer qu'ils pressentent ce qu'elles pourraient être, leur paraissent-elles devoir susciter des oppositions si nombreuses qu'ils préfèrent s'en remettre à ce que l'histoire décidera...c'est-à-dire en fait à la politique du pire ?

Dans certains cas, par rigidité psychologique, par un sens exacerbé d'avoir toujours raison, ils refuseraient de se déjuger. C'est bien le cas de Nicolas Sarkozy qui se cramponne toujours au trop célèbre paquet fiscal et à sa politique de prétendues réformes alors que les évènements récents imposeraient des changements de cap radicaux. Mais en cherchant bien, il serait possible de faire les mêmes reproches à des dirigeants supposés plus pondérés, tel Gordon Brown et Angela Merkel. Les mois prochains diront si les uns et les autres ont vraiment l'étoffe des chefs d'Etat dont les citoyens européens – mieux avertis que ne le pensent les agences publicitaires poussant sans désemparer à une consommation sans frein – auraient cruellement besoin 28/02/2009.



Sélection d'articles publiés sur le site Europe solidaire en février


Non à l'Otan. Non aux Etats-Unis. Non à la tutelle d'une puissance de plus en plus dangereuse.

Il paraîtra dérisoire de lancer cette protestation au moment où Nicolas Sarkozy se prépare à officialiser le retour de la France dans l'organisation. Nous le faisons néanmoins pour prendre date. En notre nom, mais aussi en celui de nombreux correspondants qui, issus ou pas de la majorité, nous disent ne pas oser s'opposer ouvertement à la décision, du fait de la réserve s'attachant à leur statut. (...)


Changement de route à l'Asean

Les dirigeants des pays membres de l'Association des Etats de l'Asie du Sud-Est (Asean) comprenant aussi l'Australie et la Nouvelle Zélande, se sont réunis du 27 février au 1er mars en Thaïlande pour un 14e sommet. Les objectifs de cette conférence étaient loin d'être routiniers. Il s'agissait d'examiner la faisabilité d'un changement de route complet des politiques économiques des géants de la région. (...)


L'Union européenne doit protéger tous ses membres. Mais ceci impliquera les mêmes devoirs pour tous

Le dernier G4 européen (Berlin 22 février), préparatoire au G20 d'avril, a vu son agenda bousculé par l'aggravation de la crise financière touchant les économies d'Europe centrale et orientale (ex PECO). Les Pays « riches » de l'Union sont pressés, y compris par le FMI, d'intervenir au secours de leurs collègues. Pourquoi pas, si l'unité future de l'Europe est à ce prix ? Mais il faudrait traiter cette question majeure avec la hauteur de vue qui s'impose. L'Europe ne peut plus tolérer en son sein des irresponsables qui jouent sur tous les tableaux. (...)


2009, année de dislocation

Le LEAP/2020 se présente comme un groupe d'experts européens indépendants qui étudient les crises internationales et leurs évolutions. Ils éditent une lettre d'information trimestrielle sur abonnement censée informer les grands décideurs. Leurs diagnostics ont toujours été très sombres - voire disent certains dangereusement alarmistes. Il reste que la crise économique et financière qu'ils avaient prévue dès 2006 s'est bien réalisée. Aujourd'hui, le dernier bulletin publié par eux annonce que si les grandes puissances ne maîtrisent pas la crise lors du prochain G20, des guerres civiles se déclencheront très rapidement, aux Etats-Unis, au Japon et en Europe. (...)


Consensus sino-américain, mais pour quoi faire et pour combien de temps?

La visite d'Hillary Clinton, en Chine, les 21 et 22 février, symbolise l'évolution actuelle de la politique extérieure des Etats-Unis. Le thème sous-jacent de ce déplacement fut la crise économique et la principale demande américaine concerne la poursuite du soutien financier de la Chine par l'achat de bons du trésor. Mais ne s'agit-il pas d'une politique à courte vue? (...)

Réunion du Programme des Nations Unies pour l'Environnement à Nairobi le 16 mars
A l'exemple de la Chine, qu'attendent des gouvernements nationaux européens encore englués dans des intérêts industriels archaïques pour s'entendre enfin sur un plan coordonné de relance verte de 500 milliards d'euros, susceptible de créer de créer non seulement des emplois durables mais aussi des biens matériels et immatériels eux-mêmes durables ? (...)


Guadeloupe, Martinique? miroirs pour l'Europe

On dira qu'il n'y a pas de rapport entre la crise qui s'éternise aux Antilles françaises et la situation de crise latente qui menace l'ensemble des sociétés européennes. Nous pensons au contraire que, au delà de différences indiscutables, ces deux crises sont des crises de société, exprimant des réalités profondes communes. Elles sont volontairement niées par les « élites » au pouvoir. Elles exigeraient des réformes radicales, si l'on voulait éviter les explosions. (...)


La responsabilité de la grande distribution (GD) dans la perte de la puissance économique européenne.

On considère généralement les enseignes de la grande distribution et du commerce en Europe (Tesco, Carrefour, Leclerc, H&M, M&S, IKEA,...) comme contribuant à la puissance économique du continent, dont bénéficieraient tous les citoyens européens. C'est ainsi que l'on cite les performances nationales et internationales de ces entreprises. Mais il faudrait y regarder à deux fois. Elles sont en train de devenir des facteurs essentiels de perte de puissance. (...)


Conférence sur la sécurité de Munich le 7 février. Les mots et les réalités

La conférence internationale tenue à Munich le 7 février a vu s'affronter, sous des mots se voulant neufs, des réalités géostratégiques qui ne marquent pas de grands changements. La position de la France en sort plus confuse que jamais. Quant à la défense européenne, elle n'a marqué aucun progrès de fond. (...)


Esquisse d'une Evaluation des risques menaçant l'Europe dans la décennie

L'état d'esprit des pays européens relativement à leur sécurité et aux moyens à y consacrer changera - nous serions tentés de dire presque nécessairement - quand sous la pression des développements de la crise systémique affectant le monde tout entier, ils seront conduits à mieux évaluer les risques pesant sur eux. Cet article propose certains arguments justifiant une défense européenne en propre (sans liens avec l'Otan). (...)


Relance par l'investissement ou par la consommation ?

La relance en Europe doit-elle porter sur l'investissement ou sur la consommation ? Il est aberrant de constater que dans ce débat, les pires niaiseries continuent à circuler dans les médias, encouragées il est vrai par l'indécision et l'irresponsabilité des gouvernants. (...)


L'honneur perdu de l'Amérique

L'éditorialiste américain William Pfaff, dont personne ne discute le talent et l'honnêteté, était au Forum économique de Davos. Il y a constaté la chute brutale de l'image de l'Amérique. (...)


Après le Forum social de Belem

Le Forum social de Belem s'est tenu simultanément avec le Forum économique de Davos. Il a rassemblé plus de 100.000 participants, dans un foisonnement de commissions et de propositions qui font la vigueur de l'altermondialisme mais qui rendent aussi ses messages difficilement lisibles pour ceux qui n'essayent pas d'en valoriser l'esprit général. Il se trouve cependant que c'est à Belem et non à Davos qu'ont été faites les propositions les mieux à même de combattre la crise systémique actuelle. (...)


Enseignement de la grève du 29 janvier. Refonder la société globale.

La tradition française
La grève générale réussie du 29 janvier, qui a mobilisé un nombre inusité de manifestants, devrait mettre en évidence aux yeux des Français d'abord, mais peut-être aussi des Européens, un certain nombre de réalités qu'il n'est plus désormais possible d'éviter par des mesures partielles ou de prétendues « réformes ». Elles imposent un retour au concept de service public et son extension à l'ensemble des économies mondiales. (...)

Par Jean-Paul Baquiast
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Vendredi 30 janvier 2009

Un livre de Jean-Paul Baquiast (en librairie fin mai 2008)

"L'Europe ou le vide de puissance. Essai sur le gouvernement de l'Europe au siècle des super-Etats"

J.P. Bayol Editions

Site du livre chez l'éditeur, avec présentation, table des matières et annexes
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Le livre précédent de Jean-Paul Baquiast (en librairie)

Pour un principe matérialiste fort
Essai
Jean-Paul Bayol Editions
300 pages - ISBN : 978-2-916913-00-1

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Regards sur le mois de janvier 2008

Nous aurions aimé pouvoir signaler quelques évènements survenus pendant le mois de janvier méritant d'être commentés, dans une chronique qui voudrait mettre en valeur non les détails mais les faits saillants. Malheureusement, rien de bien intéressant ne nous vient à l'esprit. Le monde, l'Europe, la France semblent continuer à s'enfoncer dans une crise qui pour le moment n'est pas violente, mais dont on sent qu'elle engloutira progressivement toutes les certitudes politiques et économiques officielles, celles autour desquelles sont construites les institutions. Celles-ci, inévitablement, vacilleront à leur tour.

Si l'on osait, on reprendrait la vieille image archi-rebattue des sables mouvants : la victime s'enfonce doucement, ses mouvements pour se dégager l'enlisent davantage. Pourtant semble-t-il se trouvent non loin d'elle des zones de sables durs qui lui permettraient de se sauver. Mais saura-t-elle s'en apercevoir et tenter de s'en rapprocher ? De plus, s'agirait-il d'un sable suffisamment consistant pour supporter son poids ?


Barack Obama

Prenons l'élection de Barack Obama, en lequel beaucoup de grands naïfs avaient cru voir le sauveur du monde. Que constate-t-on aujourd'hui? Aucun changement vraiment profond. Sur le plan intérieur, à part une sortie très téléphonée s'en prenant aux banquiers de Wall Street, Obama ne semble pas décidé à changer grand-chose aux mesures adoptées par son prédécesseur. Il va multiplier les dettes de l'Etat par 3 pour faire on ne sait quoi. Quelques grands travaux ne rebâtiront pas une industrie américaine détruite par la concurrence chinoise. Quelques réductions de commande imposées (à supposer qu'elles le soient vraiment) au Pentagone ne suffiront pas à financer les dépenses sociales indispensables dans un pays dont un quart de la population est tiers-mondisée. Quelques réflexions désagréables à l'égard de la Chine, qui serait tentée par une dévaluation du yuan pour relancer ses exportations, ne modifieront pas le rapport de force actuel, qui met l'avenir de l'Empire dans la main des détenteurs chinois de bons du trésor fédéraux.

Sur le plan international, beaucoup d'observateurs estiment que Barack Obama va se différencier de G.W. Bush et des néo-conservateurs en renonçant aux interventions militaires aussi bien dans le Moyen Orient qu'à l'égard de la Russie (notamment avec le BMDE). Selon ces observateurs, il ne le fera pas par conviction pacifiste mais parce qu'il ne pourra plus financer les budgets militaires correspondants. Ceci devrait donc détendre les rapports avec la Russie et peut-être avec l'Iran. Si c'était le cas, tant mieux. Mais nous ne sommes pas du tout certains que les lobbies pétroliers et militaires vont le laisser faire. Ils ont besoin d'ennemis pour justifier leur existence et leurs profits. Le piège afghan (avec ses adhérences au Pakistan) n'est pas désamorcé, d'autant plus qu'Obama n'a jamais montré l'intention de se retirer vraiment de cette zone. Au contraire. Il en fait sa nouvelle Irak. Quant au BMDE, attendons. Il serait étonnant cependant que les coups tordus menés par les agences américaines aux frontières de la Russie en soient stoppés pour autant.


Le conflit israélo-palestinien

On aurait pu penser que quelques progrès vers la paix auraient pu résulter de l'excès des destructions commises par Israël à Gaza. Il n'en sera sans doute rien. Le Hamas semble n'avoir rien perdu de ses soutiens internes et externes. Rien n'empêchera par ailleurs la contrebande des armes dont il se nourrit. Quant à Israël, on peut craindre que les prochaines élections mettent au pouvoir des faucons ne comptant que sur la force pour survivre, alors que le simple bon sens montre qu'à terme la force sera du côté de ceux qui veulent le détruire, au cas où aucun compromis n'apparaîtrait possible. L'intervention pacificatrice attendue de Barack Obama ne se précise pas. Et sans doute rien ne se produira-t-elle pas car les intérêts profonds qui lient les lobbies (encore eux) militaro-industriels israéliens et américains (sans mentionner les mafias) ne changeront pas. L'Europe, pour sa part, hormis quelques gesticulations assez pitoyables, elle s'est montrée incapable d'exercer la moindre influence dans le conflit ou ses suites. Nous avions expliqué sur ce site qu'une intervention réellement pacifiante de l'Europe aurait été possible, visant à rapprocher Israël de l'Union européenne et à l'éloigner de son mauvais génie l'Amérique, mais il s'agissait sans doute d'une illusion.
 

L'Union européenne et la crise

Nous avions employé précédemment le terme d'encéphalogramme plat pour désigner le fait qu'aucune mesure coordonnée de grande ampleur n'avait encore été décidée entre les gouvernements européens. Ni au plan financier, ni au plan économique...et moins encore concernant la question de l'environnement. Quelques Etats ont pris quelques mesures dites de relance, dont on est bien en peine de dire en quoi elles consistent ni ce qu'elles produiront. D'autres n'ont rien décidé et se laissent couler tranquillement. Mais même ceux qui se sont efforcés d'agir sont en difficulté. Sans parler des pays de l'Est, la Royaume Uni et l'Espagne donnent des exemples inquiétants. L'un avait misé sur les services financiers, l'autre sur la construction et le tourisme, comme si les ressorts de la puissance économique pouvaient se trouver là. Vont-ils rejoindre l'Islande dans la liste des Etats en faillite ? On pourrait penser que la Grande Bretagne, pour sa part, a trop de ressources morales (d'orgueil) pour se laisser couler. Mais elle ne pourrait seule se réinventer une puissance industrielle et économique. Se raccrochera-t-elle à l'Amérique, qui a d'autres chats à fouetter que la sauver ? Se rapprochera-t-elle de l'Europe continentale et de l'euro ? Mais on peut craindre alors qu'elle y poursuive de l'intérieur un travail multiséculaire de démolition.

Inutile de dire que la dérisoire présidence tchèque n'arrange rien. Ayant joué les utilités dans la guerre du pétrole russo-ukrainienne, ce n'est certainement pas d'elle que viendront les propositions audacieuses qui permettraient à l'Europe de profiter de la crise pour renforcer sa puissance.
 

Les maîtres du monde

On appelle ainsi les banquiers, chefs d'entreprises, chefs d'Etat et autres personnages importants qui pendant des décennies ont imposé au monde entier, par la voix de leurs experts, la vulgate libérale Certains optimistes ont trop vite pensé que la crise rendrait les maîtres du monde plus modestes, plus soucieux des tristes réalités du monde. Ces optimistes ont cru déceler de leur part un changement de ton qui se serait notamment manifesté au Forum Economique de Davos lequel se termine en cette fin janvier. . Mais en dehors du fait que quelques spéculateurs malheureux ont préféré s'abstenir d'y paraître, Davos est resté tel qu'en lui-même il a toujours été. Le davos-man n'a pas déçu. Les débats, autant que nous le sachions, ont illustré le fait que pour lui, il n'y a rien a changer à rien. Il faut seulement faire un peu le gros dos en préparant de nouvelles conquêtes dès que l'activité repartira – ce qui ne saurait tarder. Maître du monde l'on est, maître du monde l'on sera.
 

Ils ont raison de ne pas s'inquiéter. Le nombre des millionnaires ne diminuera pas, non plus que les dépenses faramineuses qui constituent leur ordinaire. Plus grave, les spéculations à terme, les paradis fiscaux et finalement les activités mafieuses (1 trillion de dollars de CA par an au minimum, sinon 2), ne seront pas inquiétés. Nous faisons le pari que le futur G20 ne changera rien à tout cela. Les rodomontades d'un Sarkozy qui avait promis que nous allions voir ce que nous allions voir seront sans doute alors oubliées.
 

La France

Depuis la fin de sa présidence de l'Union, Nicolas Sarkozy, précisément, semble avoir perdu tout ressort. Manifestement, il ne sait pas encore quel rôle valorisant il pourrait endosser. Il aurait pu poursuivre la définition d'un système économique rompant radicalement avec le capitalisme, mais ses soutiens politiques ne l'aurait pas suivi. De plus, il ne semble pas à titre personnel avoir les compétences nécessaires pour tel un nouveau Karl Marx jeter les bases d'un ordre mondial révolutionnaire. Pour le moment, en France, loin de valoriser les points forts du modèle français, dont d'autres pays semblent découvrir les vertus, il s'acharne à continuer à les détruire. De plus, il donne des signes d'autoritarisme qui n'ont rien de rassurant pour les démocrates et qui ne lui permettraient même pas de se poser en refondateur de l'économie sociale de marché.
 

Nous pensons pour notre part que le modèle français, reposant sur les services publics, les industries de pointe, la protection sociale et bien d'autres vertus qui seront précieuses face à la grande crise, mériterait d'être défendu et proposé en Europe. Si la droite française, qui n'a pas beaucoup gagné en intelligence ces temps-ci, si Nicolas Sarkozy ne le font pas, peut-être les Français dans leur ensemble le feront-ils. Certains des propos fort sensés entendus lors de la grande manifestation du 29 janvier peuvent le laisser espérer. Nous développons les éléments d'un programme possible en ce sens dans l'article ci-dessous. 31/01/2008


NB: A toutes fins utiles, voyez l'Appel des Appel, qui réunit beaucoup de gens et d'idées de qualité http://www.appeldesappels.org/


Reprendre et développer le modèle économique et social français.
 

Devant les perspectives d'une crise économique et sociale qui ne cessera de s'étendre, et devant les difficultés rencontrées par les "solutions à l'anglo-saxonne" censées lui porter remède, de plus en plus de gens retrouvent des mérites à ce que l'on nommait pour le critiquer le modèle français. Celui-ci se caractérisait par des services publics forts, des entreprises capables d'investir dans les hautes technologies parce que soutenues par l'Etat, une agriculture tournée vers le marché intérieur, un système de protection sociale par répartition (et non par capitalisation), des établissements de santé et d'enseignements solides. Ce potentiel a fait l'objet depuis une vingtaine d'années d'attaques délibérées des représentants du capitalisme financier international soutenus par des gouvernements irresponsables. Il a donc beaucoup perdu de ses moyens. Mais il avait laissé dans l'esprit des Français de si bons souvenirs que ceux-ci s'étaient toujours dans leur majorité refusé de céder aux sirènes du capitalisme financier et d’un libéralisme économique mondialisé à l’anglo-saxonne.


Avec la crise, le modèle français retrouve beaucoup de séductions, y compris en France dans l'esprit des membres de la majorité actuelle qui, derrière Nicolas Sarkozy, avaient juré il y a seulement quelques mois, sous prétexte de réforme, de liquider ce qui en restait. Nous pensons qu'il faut prendre acte de ce retour en faveur des solutions régaliennes et colbertistes pour proposer des formules inspirées du modèle français, mais étudiées sous un angle aussi scientifique que possible. Les méthodes modernes de gouvernement participatif permettraient de débarasser le modèle français de ses adhérences buraucratiques et d'en faire un instrument dynamique adapté aux besoins d'un monde en crise. Ceci non seulement pour la France mais aussi pour l'Europe, l'avenir de notre pays n'étant pas séparable de celui de nos voisins. Avec un peu de chance, de telles propositions pourraient même être prises au sérieux dans d'autres parties du monde, profitant d'un effacement de l'arrogance américaine qui semble bien engagé, quoique puisse faire Barck Obama.

Nous présentons ici un texte que certains jugeront, disons le mot, un peu farfelu. Notre objectif est de reprendre et soumettre à nos lecteurs quelques bonnes idées actuellement en circulation, sans en faire encore un document politique sérieux, lequel supposerait de nombreuses contributions et discussions. Rappelons quand même que dans notre ouvrage "prémonitoire" cité en exergue, "L'Europe ou le vide de puissance", nous avions analysé en détail beaucoup des causes de la crise à venir et un grand nombre des remèdes possibles. 30/01/2009


Résumé: La grève générale réussie du 29 janvier 2009, qui a mobilisé en France un nombre inusité de manifestants, devrait mettre en évidence aux yeux des Français d'abord, mais peut-être aussi des Européens, un certain nombre de réalités qu'il n'est plus désormais possible d'éviter par des mesures partielles ou de prétendues « réformes ». Elles imposent un retour au concept de service public et son extension éventuelle non seulement à l'Europe mais à l'ensemble des économies mondiales.


Le système capitaliste libéral mondialisé donnant la maîtrise de l'évolution globale aux spéculateurs financiers n'est plus acceptable, car il mène le monde à la catastrophe. Mais les solutions de rechange envisagées actuellement sont soit trop timides soit utopiques car elles ne prennent pas en compte la triple crise qui affecte le monde, démographique, environnementale, économique (distorsion entre les besoins et les ressources).


La crise étant globale nécessite une approche globale. Celle-ci ne peut être que d'esprit scientifique, en ce sens que la démarche scientifique est la mieux à même de prendre en compte la totalité des contraintes et de proposer des mesures harmonisées.


Une démarche scientifique doit d'abord porter sur les perspectives technologiques susceptibles de répondre aux besoins des populations mondiales en ménageant les capacités de réaction de la planète. On connaît les grands besoins en ce domaine, énergies nouvelles, nouveaux modes d'habitat et de transport, nouvelles pratiques agricoles, mais il en est bien d'autres que le développement des sciences et des technologies permettront de satisfaire – à condition qu'elles soient financées par la collectivité à partir des gains de productivité permis par les avancées technologiques. Du fait de l'épuisement des ressources naturelles, le développement doit s'inscrire dans une perspective de décroissance des modes de consommations gaspilleuses et de croissance des modes de production-consommation reposant sur la formation, la recherche scientifique et la création culturelle. Une part importante de la recherche scientifique visera de toutes façons à ajuster en permanence les dépenses aux ressources, afin d'éviter les tensions inflationnistes pour le présent comme pour le futur.


Une démarche scientifique doit aussi porter sur les méthodes de gestion permettant de mobiliser les ressources humaines en rémunérant équitablement le travail tout en dégageant les épargnes nécessaires aux investissements du futur. L'entreprise libérale traditionnelle n'offre plus l'outil adéquat, mais l'appel aux méthodes de planification bureaucratique non plus. Les technologies de l'information permettent aujourd'hui d'envisager de nouvelles méthodes de production participative scientifiques laissant aux travailleurs comme aux citoyens la possibilité de coopérer dans l'intérêt général.


Une démarche scientifique n'exclut pas, au contraire, de s'appuyer sur les ressorts éthiques inhérents au plus grand nombre des individus et des organisations. Les concepts d'intérêt général et de service public vont dans ce sens. Même s'ils sont susceptibles de larges divergences d'interprétation, ils doivent être considérés comme la base indispensable de toute refondation.


Ceci conduit à proposer le concept de service public à la française (ou assimilé) comme une des meilleures solutions permettant d'assurer l'innovation, la production et la participation dans tous les domaines essentiels de l'économie. Les services publics à la française ont subi ces dernières années de nombreuses offensives inspirées par l’idéologie libérale. Il reste que, comme plus généralement le « modèle économique et social français », ils bénéficient d’un retour de faveur dans l’opinion par suite de la crise majeure actuelle du système capitaliste.


Mais dans notre esprit, il ne s’agit pas de reprendre sans changements des solutions datant d’un demi-siècle. Il faut comme indiqué ci-dessus utiliser la démarche scientifique pour définir ce que pourraient être des services publics adaptés au besoin du monde de demain. Le concept de service public n'impose pas aujourd’hui de généraliser les entreprises publiques ni les « nationalisations », notamment dans les PME/PMI. Les services publics peuvent prendre des formes très variées. Ils peuvent éventuellement se faire concurrence les uns aux autres, si des règles générales fixent des limites à des compétitions que ne justifierait pas l’intérêt général.


Concernant les rémunérations, dans les services publics, les travailleurs de tous niveaux sont rémunérés selon des grilles de salaires collectivement acceptées, selon lesquelles les hiérarchies ne bénéficient pas d’avantages exorbitants. Les rémunérations peuvent admettre certains intéressements compte tenu de la productivité individuelle, mais celles-ci ne doivent pas dépasser le montant du salaire principal. Pour le reste, toutes les valeurs ajoutées (ou bénéfices) produits par les services publics doivent être réinvesties dans les investissements ou retournées à l’Etat en contrepartie des prêts à moyen et long terme que celui-ci a pu consentir.

Par ailleurs, les services publics peuvent et doivent avoir comme objectif la valorisation des compétences des travailleurs de tous niveaux. La refondation du régime économique et social qu'ils doivent permettre reposera sur le concept de 1/3 temps dans le temps d'activité : 1/3 de travail productif, 1/3 d'activités de formation, recherche et création, 1/3 de vie personnelle.


Au niveau des Etats, des collectivités super-étatiques telles que l'Union européenne et finalement des organisations internationales, la coordination et la planification de toutes les actions macroéconomiques nécessaires au bon fonctionne ment de l'économie mondiale supposeront la mise en place d'organismes régulateurs puissants. On trouvera notamment des organismes de planification analogues à ce qu’était l’ancien Commissariat au plan français. Ils seront dotés des moyens suffisants pour réaliser les analyses et projections nécessaires à une bonne connaissance d’un monde de plus en plus complexes. A côté des banques centrales, responsables des ajustements monétaires à court terme, il faudra mettre en place de puissants établissements publics de crédit susceptibles de mobiliser les épargnes privées en les réinvestissant dans des opérations rentables à long terme.


Ces organismes techniques ne se substitueront pas aux institutions de la démocratie politique traditionnelle, là où elles existent, mais il faudra prévoir des méthodes permettant d’arbitrer entre les besoins collectifs incompressibles et des exigences éventuellement démagogiques de type électoraliste.


Au plan international, la régulation globale devra tenir compte des inégalités profondes séparant encore les pays dits riches des pays pauvres. Vouloir aligner les premiers sur les seconds serait destructeur pour le monde entier. Il conviendra donc de retenir le principe du protectionnisme basé sur la base de la réciprocité des efforts. Que ceux qui font des efforts de reconversion et d'investissement ne soient pas condamnés d'avance à l'impuissance. Le protectionnisme est parfaitement viable au niveau d'un grand ensemble comme l'Union européenne. Par ailleurs, comme le monde ne sera pas avant longtemps composé de groupes pacifiques, il conviendra de poursuivre aussi longtemps que nécessaire des investissements de défense axés sur la dissuasion.


Les pays européens sont encore réticents vis-à-vis des méthodes de gestion publique et de régulation dont la France avait jusqu'à ces dernières années une grande expérience, généralement jugée très positive. Il convient donc que les défenseurs de cette solution sachent la préciser et la faire admettre, non seulement à ceux des citoyens français qui seraient encore hostiles, mais à tous les Européens, voire au reste du monde.


Le spectacle de la vie politique française actuelle montre malheureusement que les concepts développés ici sont ignorés ou combattus tant par la majorité que par l'opposition de gauche. Mais les réactions des manifestants interrogés dans la rue le 29 janvier laissent penser que beaucoup de citoyens français seraient prêts à s'y investir. Quel sera le mouvement politique capable de mobiliser ces énergies sur les bases esquissées ci-dessus ?

Par Jean-Paul Baquiast - Publié dans : gazetadmiroutes
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Dimanche 30 novembre 2008

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Mythes philosophiques d’hier et d’aujourd’hui par Jean-Paul Baquiast
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L'Europe ne doit pas se désintéresser de l'avenir de la Station Spatiale Internationale (ISS)
par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin


 

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Regards sur le mois de Novembre 2008

Devrons nous commencer ce rapide commentaire des évènements politiques survenus durant ce mois de novembre en renouvelant la constatation faite en octobre et septembre, selon laquelle l'histoire semblait en train de s'accélérer? Oui et non.

 

Septembre avait été marqué par le retour « historique » de la Russie sur la scène internationale, octobre par l'effondrement, au moins temporaire, du capitalisme libéral et par un début de retour, lui aussi historique, de diverses formes de néo-keynésianisme ou néocolbertisme en matière de finance et d'économie. Ce dernier retour avait donné à la France, servie par sa présidence du conseil de l'Union, l'occasion de faire acte de volontarisme. Le président Sarkozy, dont on pouvait craindre à son arrivée au pouvoir qu'il ne s'illustre comme le premier des atlantistes, a su saisir cette occasion pour se présenter comme le premier des interventionnistes. L'homme, s'il n'a pas de convictions bien affichées, est du moins opportuniste. Il l'est, il faut le reconnaître, autrement brillamment que ne l'est son collègue Berlusconi, auquel certains le comparent. Il est vrai qu'il est conseillé par une solide administration, diplomatique et économique, ayant conservé quelques unes des traditions de la grande époque. La plupart des Etats européens, excepté sous des formes différentes, l'Allemagne et le « British Umpire », ne disposent pas de cet atout.

 

Ceci dit, en quoi le mois de novembre qui s'achève nous permettrait-il de penser que l'histoire continue de s'accélérer ? Ceux pour qui les Etats-Unis représentent l'orient et l'occident de la civilisation humaine s'indigneront d'entendre poser cette question. Le 4 novembre, jour de l'élection de Barack Obama à la présidence, n'a-t-il pas marqué le début d'un bouleversement complet de la vie politique, tant aux Etats-Unis que concernant « The rest of the world ». Comme Barack Obama prétendait tout pouvoir faire (yes, we can...), n'allait-il pas réorienter la politique extérieure et de défense des Etats-Unis, relancer une politique sociale et des infrastructures internes en déshérence, calmer la panique des marchés financiers, donner aux Noirs et autres minorités un plus grand espoir d'intégration et, finalement, restaurer le leadership américain sur le monde et sur une Europe qui en ont bien besoin.

 

Le miracle Obama n'aura sans doute pas lieu

Ne nous prononçons pas sur la question de l'intégration des Noirs, qui est purement américaine et qui, contrairement à ce qu'avaient espéré les « jeunes des banlieues » européennes, ne sera pas un article d'exportation. N'allons pas non plus jusqu'à prétendre que Barack Obama et G.W. Bush se comporteront exactement de la même façon. L'arrivée prochaine d'Obama au pouvoir devrait rajeunir l'image de l'Amérique et provoquer un certain nombre d'évolutions politiques favorables, notamment en l'engageant davantage dans la protection de l'environnement.

Mais sur le reste ? Il serait bien osé de dire aujourd'hui que l'effet Obama a bien eu lieu. Rien d'étonnant dira-t-on, puisque le président-élu n'exercera de pouvoir effectif qu'au printemps prochain. Tout se passe cependant comme si les dés étaient déjà joués, et que nous n'ayons plus aucune surprise intéressante à attendre de la nouvelle administration.

C'est que la marge de manœuvre est étroite. L 'Amérique est plombée, comme vient de le rappeler le professeur russe Igor Panarin 1)  par un immense déficit extérieur. Ce déficit continuera inexorablement à se creuser, principalement sous l'effet des dépenses militaires. Barack Obama, malgré ses affirmations, ne pourra pas se désengager rapidement en Irak. Dans le même temps, il affiche l'intention de s'impliquer davantage en Afghanistan, voire au Pakistan. Par ailleurs le complexe militaro-politico-industriel (MICC), Pentagone en tête, n'acceptera aucune réduction des programmes d'armements. Or, la crise internationale s'approfondissant, on peut craindre que ceux qui dans le monde achètent des dollars pour soutenir le Trésor américain ne consacrent dorénavant leurs économies à satisfaire leurs propres besoins. Barack Obama ne pourra donc pas compter sur eux pour lui prêter le trillion annuel dont il aurait besoin pour tenir ses promesses en matière sociale et pour la relance de grands équipements. On voit mal cependant qu'il puisse faire appel à l'impôt pour ce faire. Les grandes fortunes américaines ne le laisseraient pas agir.

Ainsi, même si la crise mondiale n'empirait pas – ce à quoi aujourd'hui personne ne semble croire, car les causes d'aggravation systémiques sont nombreuses, notamment celles liées aux conséquences des dérèglements climatiques – on ne voit pas bien comment les Etats-Unis pourraient rapidement sortir de l'impasse dans laquelle les ont mis des décennies de pilotage par le MICC. Les pronostics des experts les plus modérés sont sombres à cet égard. Ils prévoient au mieux un relatif effacement de l'Amérique devant la Chine, au pire un éclatement des Etats-Unis en plusieurs grandes régions en rébellion contre Washington sinon en guerre civile les unes avec les autres 2)

Jour après jour, les espoirs mis par les libéraux en un changement des équipes gouvernementales impulsé par Barack Obama s'effacent, au fur et à mesure que sont connues les membres pressentis des futures équipes gouvernementales. Le prétendu « Dream Team » dont le Président s'entourera, qui sont en réalité deux, l'équipe diplomatico militaire et l'équipe économique, ne laisse pas prévoir le recrutement de personnalités aux idées vraiment neuves. Il s'agit pour beaucoup de vieux briscards du clintonnisme et des milieux néoconservateurs. Ils sont certes expérimentés, mais on ne les voit pas désireux d'impulser des changements radicaux. Ceux qui croient encore en la capacité d'Obama de renouveler le système et donc d'imposer ses vues (lesquelles ? ) à ses équipes laissent de plus en plus place à ceux qui voient en elles les mentors du futur Obama.

Prenons l'exemple du domaine diplomatico-militaire. Certains avaient pensé que chez ceux dont on évoque aujourd'hui les noms pour faire partie de cette équipe essentielle, Robert Gates, futur et ex-secrétaire à la défense, ainsi que James Joyce au National Security Council, pourraient contrebalancer l'action présumée très conservatrice de Hillary Clinton en recherchant l'apaisement avec l'Iran, en ralentissant l'engagement en Afghanistan et en imposant un règlement rapide de la question palestinienne. Mais rien aujourd'hui ne permet de penser qu'il se sera bien ainsi. Le MICC continue à pousser dans le sens contraire et le duo Gates/Joyce se révélera peut-être au contraire partisan de positions dures, telles qu'une attaque préventive contre l'Iran.

De son côté, l'équipe économique, dite de crise, présentée par Obama lors de sa dernière conférence de presse parait constituée des mêmes responsables qui avaient orchestré précédemment la marche à la crise et les remèdes sans grands effets censés y porter remède. Il s'agit de Timothy Geithner, encore vice président de la Fed, comme secrétaire au Trésor et de Lawrence Summers, ancien président de Harvard, comme chef du National Economic Council. Geithner vient d'orchestrer un nouveau et coûteux sauvetage, celui de City Group. Quant aux projets d'Obama, ils se résument pour le moment au lancement d'un plan de création de 2,5 millions d'emplois sur 2 ans, financés ...par le déficit budgétaire, c'est-à-dire par des prêteurs extérieurs.

On ne perçoit donc pas de voies pour sortir de la crise dans tout cela. Mais quoi que fasse en tous cas la future administration américaine, les Européens peuvent être certains d'une chose, elle ne fera aucun cadeau à l'Europe. Si dans la meilleure des hypothèses, l'Amérique surmontait la crise au bout de quelques années de reconversion, elle le ferait selon la vieille recette dont elle a le secret. Elle investira ses dernières économies dans les sciences et les technologies émergentes, en faveur notamment des énergies renouvelables, du spatial et des produits de l'intelligence artificielle avancée. L'Europe qui n'aura rien fait pour prendre sa part de ces nouveaux développements, verra les trains partir, trains américains, trains chinois, trains indiens voire russes. Mais elle, elle restera sur le quai.

Le réveil européen se produira-t-il?

Qu'en sera-t-il, dans les prochains jours, du réveil européen que nous avions cru pouvoir pressentir le mois dernier et au début de novembre. Il est incontestable qu'un succès important, sinon spectaculaire, avait été obtenu par l'action conjuguée de Gordon Brown et de Nicolas Sarkozy. Ils ont obtenu une première réunion d'un G20+, associant les grands du G8 et les principaux pays émergents dont la Chine, l'Inde et le Brésil. Sans la pression des Européens, G.W. Bush n'aurait jamais accepté de voir se tenir une telle réunion. Nous renvoyons nos lecteurs aux chroniques consacrées à ces divers évènements. Disons ici que la réalité de la crise financière y a été officiellement reconnue, comme la nécessité de lutter contre l'opacité des processus générant des spéculations aggravant les tensions économiques existant par ailleurs.

De bonnes résolutions ont été prises, notamment concernant un début de transparence demandé aux banques et aux gouvernements qui tolèrent voire encouragent les paradis fiscaux et réglementaires. Des décisions suivront-elles? Nous restons sceptiques. Il faudra que la crise empire vraiment pour que le prochain G2O qui devrait se tenir au printemps entérine des mesures effectives. Le mal est vraiment dans le fruit, y compris au cœur de l'Europe, Suisse comprise. Ironiquement en effet, dans le même temps que ces bonnes résolutions étaient approuvées, la si respectable banque suisse USB était poursuivie devant une Cour américaine pour avoir abrité les comptes de centaines d'affairistes américains cherchant à échapper aux impôts fédéraux.

Au delà de la lutte contre la crise financière, les Etats européens, malgré les pressions faites par la France, n'ont pu s'entendre sur une action concertée destinée à lutter contre la récession qui s'installe et les dizaines de milliers de suppressions d'emplois qui en résultent. La Commission a été autorisée cette semaine à annoncer un plan de relance de 150 à 200 millions, mais ce plan résultera de l'addition de paquets nationaux, dont 30 milliards environ pour la France. En découleront des bouquets de mesures sans doute utiles à court terme, mais incapables de donner aux économies européennes les bases solides qui leur manquent pour affronter l'aggravation de la crise. Ces bases ne pourraient résulter que d'investissements sur 10 à 15 ans, financés par la création de monnaie en attendant qu'ils produisent des retours dans quelques années, et portant sur la recherche, le développement de nouvelles technologies et la création de filières industrielles d'avenir.

Malheureusement, la culture économique, industrielle et scientifique des gouvernements européens est si inexistante, y compris en France, qu'aucun d'entre eux ne s'est montré encore capable de dynamiser les opinions en proposant de telles actions. Nous avons pour notre part, à la demande de certains lecteurs, présenté sur le site Europe-solidaire un petit Manifeste anti-crise résumant les principales mesures qui selon nous seront nécessaires, inexorablement, dès les prochains mois 3)

***
Finalement, durant ce mois de novembre, ce fut le duo Brown-Sarkozy qui a le mieux incarné un début de volonté européenne. Pour des raisons compliquées, l'Allemagne d'Angela Merkel s'est repliée sur elle-même, comme si elle croyait pouvoir résoudre seule ses difficultés. La baisse prévisible de ses exportations n'y contribuera pourtant pas .

Le duo Brown-Sarkozy a joué également un rôle important dans un début de normalisation des relations avec la Russie. Ce pays n'est qu'au début, lui-aussi, de difficultés nouvelles provoquées par la récession mondiale, diminuant la profitabilité de ses exportations de pétrole. En bonne logique, il aurait tout intérêt, comme l'Europe, à concrétiser rapidement les perspectives de coopération stratégique renforcée étudiées par les experts européens. La place de la Russie, qu'on le veuille ou non, sera dans l'avenir au sein d'un ensemble paneuropéen conjuguant les points forts de la Russie et de l'Europe. Disons que les tout premiers pas d'un tel ensemble ont paru s'esquisser pendant ce mois de novembre. Mais l'essentiel, là encore, reste à faire.

Attentats à Bombay

Il est trop tôt pour commenter en détail les causes et les conséquences des attentats terroristes meurtriers qui sont survenus à Bombay durant la dernière semaine de septembre. Ils ont révélé, semble-t-il, moins la main du Pakistan que la présence d'une énorme minorité musulmane en Inde (plus de 130 millions), que les Occidentaux ont tendance à oublier. Des extrémismes islamiques s'y développeront nécessairement de plus en plus. Une part de responsabilité en incombera aux fondamentalistes hindouistes qui ne cessent de les provoquer, sans attirer de réprobation de l'Occident. On semble oublier ici que des milliards d'hommes sont encore prêts à s'entretuer, non seulement pour des raisons économiques mais pour des raisons religieuses liées à des oppositions nationalistes. Ces populations réagissent selon des modes très primitifs hérités des chasseurs-cueilleurs de la fin du paléolithique. Malheureusement, elles ont accès à des armements modernes, comprenant la bombe atomique.

C'est le moment qu'à choisi le président de la République française et le président du conseil européen, j'ai nommé Nicolas Sarkozy, pour des motifs religieux dont il s'est fait le seul juge, d'affronter une brouille avec la Chine impliquant l'Union européenne toute entière. Ceci quand l'Europe, l'Inde et la Chine auraient intérêt à se protéger ensemble contre des violences qui les menacent identiquement.

NB : Cette chronique est plus particulièrement dédiée à l'analyse de la place de l'Europe dans le monde. Nous ne dirons donc rien du duel au sommet qui a opposé les deux dames censées incarner les espoirs de rénovation du Parti socialiste français. Observons pourtant que, hors les propositions écrites figurant dans les 6 grandes motions présentées au vote des militants, aucun des problèmes relatés par nous dans le bilan de ces trois derniers mois n'a paru beaucoup préoccuper les chefs, jeunes et moins jeunes, s'étant abondamment exprimés dans les médias lors de la « campagne interne ».

Notes
1) voir DeDefensa http://www.dedefensa.org/article-_et_l_option_de_l_eclatement_26_11_2008.html
2) voir l'article de Philippe Grasset, citant lui-même les prévisions 2008 de la communauté du renseignement américain NIC 2008 http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=179&r_id=
Le prévisionniste privé Gerard Celente, du Trends Research Institute a encore assombri ces perspectives.
(voir http://www.energy-daily.com/reports/Commentary_Nostradamus_Redux_999.html)
3) Relire (rappel) notre manifeste anti-crise ci-dessous


Petit manifeste anti-crise

Il est évident qu'aucun gouvernement n'a encore accepté d'admettre l'ampleur de la crise mondiale qui se prépare. Sans doute par manque de clairvoyance, mais aussi par manque de courage politique. Car il faudrait alors envisager des remèdes à la hauteur de cette crise. Toutes les opinions reçues, que ce soit à gauche comme à droite, devraient être réajustées. Sans nous prendre trop au sérieux, nous pourrions dire que notre livre "L'Europe et le vide de puissance" avait avec quelques mois d'avance anticipé beaucoup de ces évènements et proposé un certain nombre des mesures qui s'imposeront dorénavant. Mais il ne sert à rien d'anticiper si nul n'est prêt à entendre les messages qui contredisent les croyances dominantes.

Il est triste de constater que, sauf exceptions, les têtes pensantes et parlantes du Parti socialiste français, qui se sont affrontées ces derniers jours pour la conquête du pouvoir interne, n'ont jamais pour leur part évoqué ces problèmes devant l'opinion. La plupart des motions, notamment celles du Pôle écologique, de Benoît Hamon et de Ségolène Royal, y avaient certes fait allusion. Les deux premières y fait plus qu'allusion, elles ont centré l'argumentaire sur l'ampleur de la crise et la nécessité d'un retour à l'interventionnisme public. Néanmoins, dans les discours, ces thèmes semblaient avoir disparu, au profit de propos beaucoup plus conventionnels. L'occasion de se démarquer nettement des orientations de la majorité conservatrice actuelle a donc été perdue.

Notons aussi que la plus grande naïveté s'est faite jour devant l'Amérique. Les leaders socialistes ont plusieurs fois répété qu'il fallait "se mettre à la hauteur des ambitions" de la nouvelle Amérique, telle qu'elle sera remodelée par Barck Obama. Tintin et calembredaines. Il suffit de voir comment la transition se prépare pour comprendre que rien ne changera vraiment dans les politiques intérieures et extérieures du gouvernement américain. Le Military and Industrial Complex n'est pas prèt à laisser les commandes. Nous aurons l'occasion d'en reparler.

En attendant, voici un petit Manifeste anti-crise qu'à quelques uns nous avons rédigé pour préciser ce qu'il faudrait vraiment faire, si l'on voulait se mettre à la hauteur des évènements qui s'annonce. Inutile de dire que la réalité est pour le moment très éloignée de ce que nous préconisons.

Comment faire face en profondeur à une crise systémique mondiale ?

Un certain nombre des lecteurs nous ont suggéré de mettre à disposition sur le site une suite de recommandations visant à pallier la probable aggravation prochaine de l'actuelle crise financière et économique. Nous le faisons bien volontiers, et invitons ceux qui partagent ce diagnostic et ces propositions à les soutenir. Ce document a été rédigé par les deux signataires, en coopération avec Joseph Leddet, éditeur de La Gazette des Changes.

Préambule

Nous faisons l'hypothèse que la crise financière et économique mondiale résistera aux mesures actuellement mises en œuvre par les Etats ou par les institutions internationales. Il est même vraisemblable qu'elle s'aggravera. Elle est en effet, selon l'expression désormais obligée, « systémique » en ce sens qu'elle révèle le double vice des systèmes politiques actuels:
- Penser que le libéralisme et la concurrence peuvent apporter les meilleures solutions possibles aux problèmes de l'avenir du monde, alors que les régulations publiques n'apportent que des maux.
- Penser que la croissance des consommations publiques et privées peut se poursuivre indéfiniment, alors que les ressources sont limitées et que les déchets s'accumulent.

Nous estimons qu'il est bon, dans une large mesure et malgré les dégâts, que cette crise résiste aux mesures actuellement décidées pour la combattre, car elle obligera les Etats à s'attaquer aux deux causes majeures de la crise, résumées ci-dessus : libéralisme et croissance des consommations.

L'Europe peut et doit proposer au reste du monde des politiques s'en prenant directement à ces deux causes de la crise. Pendant tout le 20e siècle elle a expérimenté concrètement, face à la rareté, des politiques de régulation publique et de restriction des consommations. Ces politiques n'ont pas laissé de bons souvenirs dans les esprits. Mais avec le recul, on s'aperçoit qu'avec quelques adaptations, elles pourraient aujourd'hui offrir de bonnes solutions à la crise mondiale.

Les grands pays européens, Grande Bretagne, France et Allemagne, notamment, ont gardé des traditions d'interventionnisme public certes différentes, mais qui pourraient fournir un arsenal de mesures à la hauteur des enjeux actuels.

Les partis de gouvernement, dans ces pays comme dans les autres pays européens, parmi lesquels il faut nécessairement comprendre la Russie, devraient donc s'entendre au plus vite sur un programme minimum d'interventions dont l'Union européenne se ferait le champion, en son sein comme dans le reste du monde.

Pourquoi dans le reste du monde ? Parce qu'avec la crise économique et financière et l'affaiblissement de la puissance américaine, la planète sera dans les mois qui viennent parcourue de tensions violentes. Or une Eurasie puissante et exemplaire pourra contribuer à les calmer, notamment en soutenant politiquement et financièrement toutes initiatives stratégiques utiles provenant de la communauté internationale.

Les politiques que l'Europe devrait, en s'appuyant sur son expérience, proposer au monde dans les mois prochains, sinon les semaines prochaines, reposeraient sur deux piliers :

Le pilier financier et économique

Celui-ci comporterait cinq grands volets complémentaires :

1. La prise de contrôle par les Etats, temporaire ou durable, pour un euro symbolique, de l'ensemble du système des banques et assurances européennes, avec entrée d'administrateurs publics au conseil des établissements et la remise en service obligée du marché des prêts interbancaires. Ceci sans un euro pris aux contribuables (à la différence du dispendieux et irréaliste plan français actuel de 360 milliards), l'objectif étant de rétablir – de gré ou de force - la confiance naturelle entre banques afin de leur permettre de rejouer dans les plus brefs délais leur rôle normal de soutien à l'économie. Rappelons que le rôle des banques est de collecter des épargnes pour financer des investissements productifs et non pour spéculer.

2. La mobilisation du quart des épargnes nationales (soit environ 1000 milliards pour la seule nation française), et ce via des incitations fiscales fortes, dans des fonds publics d'intervention offensifs et pas seulement défensifs, destinés à financer de nouveaux investissements faisant appel aux diverses technologies émergentes (exemple : électricité verte, automobile électrique, maisons « passives », agriculture durable.... ). L'Europe dispose en effet des cerveaux et des bases industrielles lui permettant de montrer la voie aux autres puissances dans ces domaines, à la fois pour la recherche, la production et la vente de produits et services innovants. Ce serait une illusion de croire que les fonds souverains non européens pourraient financer de tels investissements sans prendre en gage l'ensemble des sociétés européennes.

3. L'entrée de capitaux publics, avec au moins une minorité de blocage, dans toutes les entreprises stratégiques existantes et aussi dans les entreprises nouvellement créées appartenant aux secteurs émergents jugés politiquement stratégiques. Parallèlement, on développera de nouveaux services publics dans les domaines où les initiatives individuelles n'ont pas la puissance ou l'indépendance nécessaires.

4. La mise en place d'une protection sociale minimale toute la vie durant, garantie aux travailleurs et citoyens européens.

5. La mise en oeuvre de réglementations protectrices de ces nouvelles activités, et ceci tout le temps qu'il sera nécessaire, sur le modèle de l'Etat régalien dit aussi néo-colbertiste.

Le pilier de la décroissance « raisonnée »

Il s'agirait de prendre enfin acte que l'avenir de la planète exige de toute urgence la décroissance radicale de toutes les activités destructrices des équilibres climatiques et de la biodiversité. Celle-ci serait compensée, et au-delà, par une croissance des activités intellectuelles et culturelles sans impacts sur l'environnement. Trois grands domaines d'action devraient être envisagés :

1. Favoriser la décroissance des productions et consommations destructrices : par exemple abandon du pétrole et des technologies sociétales associées, automobile et modes d'urbanisation sous leur formes actuelles...et assurer la reconversion à long terme des forces productives et des habitudes de consommation vers des activités non destructrices.

2. Donner la priorité aux équipements et aux politiques de recherche scientifique, d'enseignement supérieur et plus généralement d'éducation.

3. Encourager le développement d' « industries culturelles » libérées des pressions en faveur des consommations commerciales. Il devrait s'agir en particulier de structures décentralisées et participatives favorisant l'investissement intellectuel, la création et l'auto-formation à travers les réseaux numériques.

La planification souple

Ajoutons que le minimum de coordination de ces diverses politiques nécessitera d'associer les Etats et les institutions européennes aux différentes catégories d'intérêts représentant les sociétés dans leur ensemble. Il faudra le faire au sein de structures de planification souple (dites par certains « à la française ») dans tous les domaines stratégiques, opérant en coordination avec les institutions politiques. L'organisation sur le long terme de la décroissance des activités destructrices et leur remplacement par de nouvelles croissances non destructrices sera l'une des priorités de ces structures de planification.


Grippe aviaire

Pour suivre les développements de la grippe aviaire: consulter les blogs de notre correspondant le Dr Vermeulen http://drmsfvermeulen.skynetblogs.be/ et http://drmsfvermeulen.over-blog.com/

Si la presse parle moins de la grippe aviaire et de ses possibilités d'extension sous forme pandémique virulente envers l'homme, le danger demeure voire augmente au fur et à mesure que les souches de virus mutent pour se rappocher de nouvelles cibles. Il suffit de consulter le site ci-dessus du Dr Vermeulen pour s'en persuader. Voir son article http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=155&r_id=

Par Jean-Paul Baquiast - Publié dans : gazetadmiroutes
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