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Jean-Paul Baquiast

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Vendredi 29 juin 2007

Lire aussi sur Admiroutes - Automates Intelligents:
* Présentation de Pesticides, révélations sur un scandale français http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2007/82/pesticides.htm
* Les technologies de souveraineté. Usage et utilité en temps de crise http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2007/82/grasset.htm


Un livre de Jean-Paul Baquiast (en librairie)

Pour un principe matérialiste fort
Essai
Edition Jean-Paul Bayol
300 pages - ISBN : 978-2-916913-00-1

Site de l'éditeur
Le livre est actualisé en ligne sur ce site

Présentation

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Voir aussi:
* Ouvrage publié en Open-Source (accès libre et gratuit) par Jean-Paul Baquiast
Comprendre. Nouvelles sciences, nouveaux citoyens. 2005. PDF 825 ko
Refonte de
Sciences de la complexité et vie politique. Tome 1 Comprendre.


La crise climatique imposera aux plus libéraux des Européens le retour à de quasi-économies de guerre

Nous sommes de ceux qui pensent que les libéraux européens, prônant l’initiative privée comme remède unique aux maux qui menacent l’Europe, seront de moins en moins audibles. De même que ceux, souvent les mêmes, pour qui les entreprises américaines seront les seules à présenter des solutions acceptables. L’Europe devra pour survivre en revenir à des formes de gouvernance inspirées de ce que l’on appelait au siècle dernier des économies de guerre. Pour cela, elle ne pourra compter que sur ses seules ressources, notamment scientifiques et technologiques . Gouvernements et opinions doivent donc dès maintenant réfléchir aux politiques publiques qui s’imposeront à elle, que les libéraux le veuillent ou non.

Il est intéressant de voir que c’est du sein de la Commission européenne, pourtant à juste titre considérée comme soumise à l’idéologie libérale imposée par l’influence américaine, que viennent désormais les avertissements. Un rapport rédigé par des experts de la Commission, encore non rendu public (“Adapting to Climate Change in Europe — Options for EU Action"), présenté le 29 juin devant celle-ci, établit un plan d’action contre les conséquences « catastrophiques » du réchauffement climatique. Il s’accompagne d’un catalogue de mesures de protection et de restructuration des diverses infrastructures économiques, sociales, urbaines, etc., à prendre pour faire face à des changements susceptibles d’être subits et chaotiques.
Plus précisément encore que les rapports precedents du GIEC, ce texte évoque la désertification des régions méditerranéennes, notamment au sud, la fonte des glaciers alpins et scandinaves, l’inondation des zones littorales, qui sont les plus riches et les plus peuplées. Il faudra déplacer et réimplanter les ports et la majorité des industries et des villes situées dans ces zones. Rien de ceci, qui coûtera des fortunes, ne pourra se faire sans des politiques publiques extrêmement contraignantes.

Le président Jose Manuel Barroso, après une tournée d’information au Groëland, est revenu convaincu de l’urgence de « faire quelque chose » (voir http://euobserver.com/9/24356). Va-t-il devenir le héraut de l’interventionnisme public et entraîner dans sa conviction nouvelle tous les groupes de pression libéraux qui sévissent à Bruxelles ? Où s’agit-il pour lui de se mettre de façon superficielle à l’unisson des voix qui aux Etats-Unis font de plus en plus pression pour que G.W. Bush prenne en compte la crise climatique face aux intérêts industriels ? Certains pensent que face à la remontée qu'il pressent des nationalismes, il veuille redonner à l'Europe une dimension fédératrice. S'il en était ainsi, ce serait un bon signe. Nous reviendrons plus en détail sur cette question le mois prochain. 28/06/07


Existe-t-il des leaders socialistes conscients de la nécessité de politiques industrielles en rupture avec l'influence américaine?

Quand on voit les allusions, certes encore partielles mais allant dans le bon sens, de Nicolas Sakozy, concernant la nécessité pour la France comme pour l’Europe de renoncer au concept de grand marché ouvert à l’influence américaine, on ne peut que se réjouir. Il ne faut certes pas se réjouir trop tôt. Dès demain les représentants des entreprises françaises soi-disant mondialisées, souvent à forte participation de capital américain, vont faire le siège de l’Elysée en prédisant les catastrophes qui surviendront de cette esquisse de retour à l’interventionnisme. Mais aussi isolée encore que soit la voix du président, et aussi peu illustrée d’exemples concrets (pourquoi par exemple ne pas avoir encore mentionné la politique spatiale ?) il s’agit d’une hirondelle allant dans le bon sens.

C’est alors que l’on peut s’interroger sur la prise de conscience du PS relativement aux mêmes questions. Aujourd’hui, je me demande si Ségolène Royal aurait tenu les propos de Nicolas Sarkozy à Bruxelles et au Bourget. Aurait-elle même compris la nécessité de les tenir ? De toutes façons, ce ne sont pas les éléphants du PS qui l’auraient fait à sa place. Parmi les têtes pensantes socialistes, je ne vois guère qu’Elizabeth Guigou et Hubert Védrine qui pourraient le faire. Mais ils sont loin de faire partie des éléphants, c’est-à-dire des gens que le PS met en avant pour le représenter.

C’est pourtant autour d’un vaste programme de politiques publiques technologiques et scientifiques, pour la France et pour l’Europe, que pourrait passer la refondation du PS. Tout le reste ne sera que bavardages dignes de l’ex SFIO, à laquelle comme le dit Michel Rocard, le Parti socialiste ressemble de plus en plus. 28/06/07


Le parler-vrai de VGE

Valéry Giscard d'Estaing, le "père" du projet de constitution européenne, a créé la surprise lors de son passage au 7/9 de France Inter le 25 juin. Il a dit en fin d'interview qu'il faudrait sans doute que les Européens se résolvent à faire l'Europe sans la Grande Bretagne. Les efforts incessants des Travaillistes et Conservateurs réunis visent à limiter voire à faire reculer l'intégration européenne. Et ceci ne changera pas. Une Europe amputée des Etats qui, comme le Royaume Uni, n'en prennent que ce qui les intéresse, c'est-à-dire fort peu, se porterait beaucoup mieux.

VGE a dit très haut ce que beaucoup pensent de plus en plus, au moins en France. Voir que la Grande Bretagne ne renonce pas à ses liens avec les Etats-Unis et de ce fait continue à être la tête de pont en Europe d'une Amérique qui n'a pas renoncé à faire de l'Europe sa vassale (voir ci-dessous l'article de Philippe Grasset) ne peut que pousser à la rupture. Il ne s'agirait de toutes façons que d'une rupture limitée. VGE a lui-même cité l'exemple de l'Eurogroupe qui se passe très bien d'une Angleterre ayant préféré garder sa monnaie. Mais VGE, dont ce n'est pas le tempérament, n'a pas suffisamment insisté sur la rupture avec le libéralisme et le retour à l'interventionnisme public qui va s'imposer aux Etats européens, à commencer par ceux de l'Eurogroupe. Il s'agit d'un thème que nous évoquons depuis plusieurs mois: quelles sont les grandes politiques publiques qui seront dans les années qui viennent indispensables à la survie de l'Europe? Il faudra bien que la France, pour ce qui la concerne, en dresse prochainement une liste ambitieuse. 28/06/07


Essort du créationnisme en Europe

''Stupéfait'', ''effrayé'' et ''choqué''. Le rapporteur de la Commission de la culture et de l’éducation de l’Assemblée parlementaire [du Conseil de l'Europe (à ne pas confondre avec le Parlement de l'Union européenne, Guy Lengagne (France, PS) a le 25 juin vivement regretté la décision de l’Assemblée de renvoyer en commission son rapport sur les dangers du créationnisme dans l’éducation. ''Je ne peux y voir qu’une manœuvre de ceux qui veulent, par tous les moyens, lutter contre la théorie de l’évolution et imposer les idées créationnistes. Nous assistons aux prémisses d’un retour au Moyen Age, et trop des membres de l’Assemblée des droits de l’homme ne s’en aperçoivent pas''.

"La cible première des créationnistes contemporains, essentiellement d'obédience chrétienne ou musulmane, est l'enseignement, s'inquiète le rapport. Nous sommes en présence d'une montée en puissance de modes de pensée qui, pour mieux imposer certains dogmes religieux, s'attaquent au coeur même des connaissances." En France, l'offensive la plus récente remonte à janvier : un Atlas de la création venu de Turquie - "l'un des principaux berceaux du créationnisme islamique", selon le rapport - visant à démontrer que "la création est un fait" et l'évolution une "imposture" a été distribué aux établissements scolaires, avant d'en être retiré" .

* A voir absolument: la vidéo de la conférence de Presse de Guy Lengagne mms://coenews.coe.int/vod/070625_w04_w.wmv


Les technologies de souveraineté et la logique de puissance

Cet article est de Philippe Grasset 21/06/07

On sait que Nicolas Sarkozy et les Français se sont battus à Bruxelles pour tenter de limiter dans le texte du Traité européen l'emprise de la compétition et de la concurrence sans entraves. On a vu derrière cette démarche une préoccupation sociale que l’on s’est empressé de mettre en exergue. Ce n’est pas le plus important, tant s’en faut. La vérité est que la défense de certaines entreprises contre les attaques de la libre-concurrence qui permettraient leur rachat par la seule mécanique du marché concerne en priorité non la protection sociale, mais la puissance de l’Europe. C’est la thèse de la protection des “champions économiques” ou celle de la défense des “technologies de souveraineté”, dont nous estimons qu’elles jouent un rôle fondamental, d’une part pour la défense des peuples en temps de crise, d’autre part pour l’identité des peuples en temps de crise —ceci, somme toute, équivalant à cela.

En même temps que se passait le psychodrame de Bruxelles, deux nouvelles venait d’être ou étaient publiées.

D’une part, la déclaration dans le Financial Times du 19 juin de Bob Stevens, patron de Lockheed Martin, d’une extraordinaire impudence si l’on se place du point de vue du bon sens, de la logique, de l’intelligence, de la dignité et de l’habileté politique ("Lockheed chief warns Europe"). Pas une de nos grandes voix européennes n’a réagi. Pourtant l’Américain nous dit qu’il n’est pas question que se développe une industrie européenne de l’armement indépendante et souveraine, que les Européens sont tout juste autorisés à se coordonner en fonction des règles et les exigences des USA. Cet avertissement vient du représentant de la soi-disant plus grande puissance de l’Histoire qui dépense $750 milliards par an pour sa défense, qui n’est pas capable de soumettre en quatre ans un pays exsangue de 25 millions d’habitants et qui est même sur le point d’y recevoir une raclée mémorable, qui enfin n'est pas capable de fabriquer un avion de combat (le JSF) sans que le délai de production double et le prix quadruple par rapport aux prévisions de départ.

D’autre part la confusion chez EADS, suite à des déclarations au Financial Times-Deutschland du 22 juin du co-Directeur Général, l’Allemand Tom Enders, atlantiste convaincu et fervent adepte des lois du marché. Ces déclarations portaient sur le fait que la direction d’EADS “examinait” l’état de ses avoirs, — s’en débarrasser ou pas, selon les intérêts du marché boursier et des orientations soi-disant stratégiques, — et, parmi eux, les parts (46%) d’EADS dans la société Dassault. Ces parts représentent la participation de l’Etat français dans cette société. La réaction française, par la voix de l’autre co-Directeur Général d’EADS, Louis Gallois, a été instantanée et très ferme. Enders a fait marche arrière, parce qu’en ce moment Berlin ne peut se passer du soutien de Paris dans ses manœuvres européennes.

La logique boursière des autres “Européens”

La légèreté et le style “investisseur boursier” avec lesquels parle Enders concernant le sort de la part d’EADS dans Dassault sont stupéfiants. L’impression retirée est que ces gens n’ont aucune conscience politique de rien, qu’ils n’ont aucune véritable connaissance de ce que Dassault représente du point de vue industriel et technologique d’une part, du point de vue politique et stratégique de l’autre, ceci pour la France mais aussi pour l’Europe. C’est l’“esprit du marché” (marché libre, s’entend) complètement déchaîné, avec comme seule conscience et comme seule connaissance des choses et des êtres la valeur boursière à son niveau le plus primaire.

Etonné, ou semblant l’être, le même article du même journal rapportent ceci : « Dassault is an issue which the French government watches like a hawk,” said one person familiar with the company. “One wrong nuance in public statements can get you in trouble, regardless of how small the mistake may actually be.” Dassault is the sole supplier of combat aircraft to the French air force.»

La question n’est pas tant de débattre de la possibilité ou pas de cession de ces 46% de Dassault, que de considérer la différence d’état d’esprit qu’on met ici en évidence. Cette différence sépare fondamentalement la partie française et la partie allemande, aussi bien chez EADS que dans les élites politiques. L’état d’esprit français considère d’abord la valeur d’une chose en fonction de son rapport à la souveraineté et à l’indépendance. Ces concepts sont pratiquement inconnus du côté allemand. Il est évident qu’un rapport avec la société Dassault, qui est l’une des premières sociétés du monde en matière d’avions de combat et de systèmes électroniques, est nécessairement un rapport dont les références d’évaluation absolument prioritaires sont la souveraineté et l’indépendance.

Cet épisode rapporté par le FT doit évidemment être confronté aux deux autres éléments signalés plus haut : la volonté française que l’“esprit du marché” ne soit plus la règle absolue de la vie économique et politique de l’Europe d’une part, la volonté américaniste de réduire totalement l’industrie européenne d’armement à une position vassale de sous-traitance. Il n’est un secret pour personne que Dassault est, depuis des années sinon des décennies, dans la ligne de mire américaine. Un objectif prioritaire pour les USA consiste à détruire cette société ou tenter d’en prendre le contrôle. Or cette hypothèse qui semblait impensable (“en prendre le contrôle”) apparaît du domaine du possible dans l'esprit de certains à la lumière des déclarations incroyablement légères d’un Enders (avec l’accord de «many investors»).

Certes, la perspective même théorique d'une “prise de contrôle” de Dassault serait dans l'état actuel des choses ressentie par le gouvernement français comme un acte de guerre. Il l'interdirait, pourrait-on dire d'une façon imagée, si nécessaire par la force. Mais dans l’immédiat c’est la question de l’avenir de EADS qui est posée. Une bataille terrible est engagée qui n’a rien à voir avec la position financière de cette société et ses erreurs de gestion. Les Français sont ou seront conduits à admettre que le “mariage” avec les Allemands dans ce domaine stratégique est une erreur de première dimension. La coopération européenne et l’axe franco-allemand sont une bonne chose tant qu’on en excepte les vraies choses sérieuses que sont la souveraineté et l’indépendance.

Le sommet de Bruxelles a, bon gré mal gré, déplacé au centre de la réflexion et de la bataille politiques la question de la protection structurelle de ce qui fait la puissance européenne, — ou, mieux dit, de ce qui fait la puissance des quelques nations qui existent encore au sein de l’ensemble européen. Il est très probable que ce domaine va être, dans les prochains mois et les prochaines années un terrain de grand affrontement. Débarrassés d’une certaine façon, par la récente élection présidentielle, de leur complexe du “repli frileux” (pour cause de non-alignement sur la pensée unique européenne), les Français devraient se battre avec rage pour reprendre le contrôle des quelques attributs souverains qu’ils ont aventurés dans la “coopération européenne”, EADS compris.

Cette coopération pourra et devra se faire, mais sous strict contrôle des puissances nationales et armée d’un rideau de protection contre les attaques financières des forces extérieures tentant d’investir par l’argent ce qu’elles sont incapables de réduire par la seule qualité de leurs produits. Un « complexe de forteresse» ? Sans aucun doute, avec le mot “complexe” pris dans son sens d’organisation militaire. Le modèle à suivre à cet égard est, — employons l’expression pour une fois qu’elle est justifiée, — le “modèle américain”.


Politiques industrielles et politiques spatiales européennes

Nous attendions avec impatience le discours du président de la République à l’issue de sa visite du Salon du Bourget le 23 juin. Le bruit avait couru qu’il devait recommander une relance des ambitions spatiales de l’Europe. A la lecture des comptes-rendus des agences et faute de disposer encore sur le site de l’Elysée (http://www.elysee.fr/elysee/francais/accueil.2.html) du texte complet du discours de Nicolas Sarkozy, il faut bien reconnaître que cela n’a pas été le cas.

Le président a certes prononcé des phrases que nous ne pouvons qu’approuver, concernant la politique industrielle de l’Europe. On sait qu’il avait la veille demandé le retrait de la concurrence "libre et non faussée" des impératifs du nouveau traité européen. Au Bourget, il a (source AFP) « souligné que la politique de la concurrence devait s'inscrire dans la perspective d'une politique industrielle européenne, en récusant "une approche idéologique qui fait de la concurrence une fin en soi". Il a réclamé la réciprocité "aux Etats-Unis et à la Chine en matière d'accès au marché". "La naïveté c'est fini, la réciprocité ça commence, a-t-il dit à l’intention de ces deux pays. "Vous voulez que nous ouvrions nos marchés, nous les ouvrirons à la minute où vous les ouvrirez" et "nous déferons nos barrières tarifaires à la minute où vous abaisserez les vôtres". "Nous devons mener une politique industrielle avec la même liberté d'interprétation que celle que s'accordent nos amis américains, chinois, indiens ou brésiliens", a-t-il fait valoir."

Mais dans quelles directions mener une politique industrielle, aussi bien au plan européen que français ? Nicolas Sarkozy a évoqué Airbus, en annonçant que le sommet franco-allemand prévu avec la chancelière Angela Merkel chez Airbus à Toulouse, aurait lieu le 16 juillet et en invitant les actionnaires d'EADS, DaimlerChrysler et Lagardère, à une réunion de travail à cette occasion. On lira à cette occasion l'article de Philippe Grasset que nous publions dans Automates-Intelligents http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2007/82/grasset.htm#encadre

Par contre, sur la défense, il a paru en retrait. Il a demandé (source AFP) une "remise à plat" des programmes militaires français, y compris ceux déjà engagés, avant la prochaine loi de programmation militaire qui débute après 2008 dont il a critiqué le processus d'élaboration. "On n'est pas obligés de reprendre un processus qui n'a pas produit que des réussites". Il a jugé que l'Europe ne peut pas "se payer le luxe" de dupliquer les programmes, citant l'existence au sein de l'UE de "cinq programmes de missiles sol-air, trois programmes d'avions de combat, six programmes de sous-marins d'attaque et plus d'une vingtaine de programmes de blindés".

Ceci est tout à fait exact, mais suppose des coopérations en profondeur avec ceux des Etats européens qui ne comptent pas seulement sur les armements américains imposés à l’Otan pour assurer la défense de l’Europe. Si ces coopérations n’aboutissent pas rapidement, il ne se passera rien. L’exemple du 2e porte-avions français ou de l’utilisation pour la défense des informations du futur système Galiléo montre que jusqu’à présent la France n’a, ni réussi à entraîner la coopération de gouvernements importants pour la défense européenne comme ceux de l’Allemagne et de la Grande Bretagne, ni a défaut rien décidé pour son propre compte.

Mais il y a bien plus grave. Le silence de Nicolas Sarkozy sur la nécessaire relance de l’Europe spatiale, qui est pourtant en discussion au sein des Etats-membres de l’Esa et de la Commission européenne, est particulièrement inquiétant. La France va-t-elle renoncer à son rôle traditionnel de chef de file dans ce domaine vital pour l’Europe ? 24/06/07


Accord a minima sur les institutions. Et maintenant, que fait-on pour renforcer l’Europe ?

Comme le souhaitait la chancelière Angela Merkel, les 27 se sont mis d'accord sur un mandat pour la conférence intergouvernementale (CIG) qui sera chargée de rédiger le traité avant la fin de l'année 2007. L'accord reprend certains des avancées institutionnelles du défunt traité: la double majorité pour faciliter la prise de décision à 27, la présidence stable du conseil européen, un ministre des affaires étrangères de l’Union (qui ne portera pas ce titre mais fera fonction), l'extension du champ de la majorité qualifiée (hors domaines sociaux et fiscaux, malheureusement). Un processus de sortie de l'Union est prévu, qui pourra avoir un effet dissuasif. Le président Sarkozy pour sa part a fait retirer la mention faisant de la "concurrence" un des principes fondateurs de l’Union. Cette dernière disposition qui passera peut-être inaperçue est à nos yeux capitale. Elle remet en cause 30 ans de libéralisme économique dont on mesure de plus en plus les dégâts. Elle devrait permettre de reprendre le chemin de bon sens, celui d'une régulation politique des activités économiques. Il fallait que la délégation britannique soit vraiment au plus bas pour l'avoir laissée passer. On peut craindre que les libéraux ne se résignent pas..

Le calendrier institutionnel est désormais fixé. La Conférence Intergouvernementale s'ouvrira le 23 juillet prochain pour se terminer avant la fin de l'année. L'objectif est une entrée en vigueur du nouveau traité en 2009. Les 27 devront d'ici là ratifier le projet. Nicolas Sarkozy s'est engagé pour la France à passer par la voie parlementaire pour éviter un deuxième ''non'' qui serait désastreux. Tony Blair et Gordon Brown entendent eux aussi éviter le référendum en Grande-Bretagne. Mais rien n'assure qu'ils le feront.

A l'inverse, il ne faut pas minimiser les reculs par rapport à l'Europe que proposait l'ex TCE. Les symboles de l'Europe sont enterrés. La perspective d'une marche fut-elle progressive vers l'Europe fédérale est fermée. Le poids des Etats atlantistes et souverainistes ne diminue pas. Il aura pleinement l'occasion de s'exercer lors des discussions en Conférence Intergouvernementale qui risquent de tout remettre sur la table. Si la Grande Bretagne ou quelque autre Etat reprenait l'idée de soumettre le traité au référendum, tout serait à nouveau compromis. Sous la pression du Vatican, mention sera faite des traditions religieuses de l'Europe, ce qui parait une incitation à la remise en cause de la laïcité et à une reprise des conflits entre religions.

Dans ces conditions, ceux qui comme nous veulent une Europe forte doivent-ils se satisfaire de ces décisions? Certes, elles valent mieux qu'un constat d'échec qui, sous les yeux intéressés de l'Amérique, de la Russie et de la Chine, aurait véritablement été suicidaire. Mais nous pensons que l'accord obtenu est véritablement a minima. Il n'est pas certain que les opinions se rendent compte d'un changement quelconque par rapport à l'état actuel des institutions. Pour éviter que l'Europe ne retombe dans l'apathie, il faudrait donc que des initiatives européennes significatives se fassent jour. Elles impliqueraient si possible les 27 gouvernements mais si cela n'est pas possible, elles devraient se limiter aux Etats fondateurs, en pratique les actuels membres de l'Eurogroupe. Elles montreraient aux citoyens européens, comme au reste du monde, le rôle nouveau et plus ambitieux que doit jouer l’Europe, considérée non comme une construction juridique mais comme une superpuissance de fait, irréductible aux efforts de ceux qui veulent l'abattre. Il ne faut évidemment pas pour cela attendre ni 2012 ni même 2009. C’est maintenant que ceux qui défendent cette approche pragmatique mais audacieuse doivent agir et faire des propositions.

On retrouvera toutes les questions restées en suspens ces derniers mois, où l'Europe a brillé par son absence ou son inefficacité. Citons en désordre la situation au Moyen-Orient, la lutte contre les changements climatiques et pour la biodiversité, les investissements en énergies renouvelables, les politiques de co-développement notamment avec l’Afrique, les questions de défense et de sécurité Nous y ajouterons les grandes politiques scientifiques et technologiques indispensables à la souveraineté européenne : spatial, infotechnologies, biotechnologies, sciences cognitives. Dans ces derniers domaines, un renforcement rapide des budgets attribués aux actions communes s’impose. Peu importe que ces questions fassent ou non l’objet actuellement de compétences communes. L’essentiel est d’agir, avec prime à celui qui donnera le premier l’exemple le plus fort.

Mais de quels Etats peut-on raisonnablement attendre que viennent de telles initiatives? Evidemment d'abord de la France. La France peut retrouver là sa tradition des grands programmes et des stratégies ambitieuses. Il ne s'agit pas dans un premier temps d'aligner des moyens mais de formuler des buts. Nous souhaitons pour notre part que le gouvernement français affiche dès maintenant des objectifs ambitieux dans les domaines énumérés ci-dessus, que ce soit en France proprement dite ou en partenariat avec d’autres pays européens sinon avec l’ensemble de l’Union. L'opposition, plutôt qu'ergoter sur le Traité, devrait le pousser à le faire. 23/06/07

NB 1. Sur les résultats du Conseil Européen, un bon connaisseur de l'Union européenne nous dit que, compte tenu des positions de départ, on peut être plus positif sur 4 domaines:
-la Charte des Droits fondamentaux qui entre dans le droit positif avec "l'opting out" britannique, il est vrai.
-la reconnaissance des services publics.
-les coopérations renforcées (promises à un grand avenir).
-l'extension des pouvoirs du Parlement Européen. Dès lors que l'on étend le champ d'application des décisions susceptibles d'être prises à la majorité qualifiée, on étend les domaines de la procédure de co-décision.
-l'extension du rôle des parlements nationaux.

NB 2. On peut s'étonner de voir Ségolène Royal qui avait soigneusement évité toutes propositions sur l'Europe pendant sa campagne- ce qui n'a pas contribué à sauver le PS - faire aujourd'hui une liste exhaustive de tout ce qu'aurait du comporter le compromis de traité. Il fallait le dire avant les élections.


Sortir l'Union de l'engourdissement. Commentaires d'un article de Sylvie Goulard

Sylvie Goulard est présidente du Mouvement Européen France http://www.mouvement-europeen.org/
Le site de Sylvie Goulard http://www.sylvie-goulard.eu/index.htm

Sylvie Goulard, ancienne élève de l’ENA, dispose d’une expérience des questions européennes acquise aussi bien dans l’administration française que dans différents organismes européens. Elle a toujours oeuvré pour la construction européenne et écrit de nombreux articles et livres sur ce sujet. Le Mouvement Européen, de son côté, a une longue histoire. Le Gaullisme historique n'avait pas toujours partagé sa vision de l'Europe, qu'il estimait trop marquée par l'atlantisme. Pour ce qui nous concerne aujourd'hui, nous ne partageons pas nécessairement toutes ses positions, mais nous pensons que des dialogues s'imposent entre tous ceux qui veulent contribuer à renforcer la position de l'Union européenne dans le monde.
L’article dont nous proposons ici des extraits, avec nos commentaires, a été publié par Le Monde le 21 juin 2007, p. 20. http://abonnes.lemonde.fr/web/article/0,1-0,36-925978,0.html

SG : « Il est heureux que les gouvernements prennent leurs responsabilités pour sortir l'Union européenne de l'impasse créée par le rejet du traité constitutionnel. L'engourdissement n'a que trop duré. Pendant ce temps, le monde change à vive allure, les pays émergents poursuivent leur rattrapage. Dans ce contexte difficile, la détermination de la présidence allemande force notre admiration. Mais il y aurait un paradoxe à considérer le recours à une conférence intergouvernementale comme la panacée.

Le Traité constitutionnel avait été rédigé par une Convention majoritairement composée d'élus (députés nationaux, sénateurs, députés européens), travaillant en bonne intelligence avec la Commission européenne et les gouvernements nationaux. Siégeant en public, la Convention avait procédé à de nombreuses consultations d'experts et d'associations. Ses travaux étaient accessibles sur Internet. Sans être parfaite, cette procédure avait permis d'ouvrir le débat. Plusieurs sujets bloqués depuis des années par une minorité d'Etats, l'octroi de la personnalité juridique à l'Union par exemple, trouvèrent ainsi une solution.

Confiner la discussion entre gouvernements favorise les surenchères et rend aléatoire l'adoption de solutions conformes à l'intérêt commun….».

Sylvie Goulard met l’accent sur un aspect essentiel du projet de Traité constitutionnel européen, qui n’échappe pas à ceux qui comme nous avait voté pour son adoption, le caractère relativement démocratique des conditions dans lesquelles il a été rédigé. Tenir tout ce travail pour nul et non avenu serait une insulte aux démocrates européens, comme l’a rappelé récemment le président Giscard d’Estaing. Ceci dit, les négociations en cours entre gouvernements ont l’avantage de permettre la reprise d’un processus de construction institutionnelle. Il ne faut pas y renoncer. Mais il ne faut pas perdre de vue qu’elles ne visent pas encore à faire rapidement de l’Union européenne une puissance à la fois indépendante, souveraine et solidaire telle que nous la voudrions.

SG : « Un traité institutionnel est utile, mais il ne suffira pas à répondre aux attentes. D'autres chantiers européens sont à ouvrir, non pas dans le huis clos de la diplomatie mais au grand jour. Tel est le paradoxe suprême des discussions en cours : même si un accord est trouvé le 21 juin sur les institutions, la plus importante des réformes restera à mener, celle consistant à redéfinir le pacte de solidarité qui nous lie, à redonner du sens à l'Union.

Le marché, quoique bien avancé, est inachevé ; les entreprises le déplorent. Le non français n'a pas entraîné les inflexions sociales que certains faisaient miroiter aux électeurs ; il a plutôt profité à ceux qui n'en veulent à aucun prix. La question de l'équilibre entre la liberté et la régulation reste donc ouverte. Elle ne sera sûrement pas tranchée de manière satisfaisante au niveau des seuls gouvernements. Elle est bien trop sérieuse pour être laissée à des gouvernants prompts, comme on l'a déjà vu, à se dérober à leurs obligations communautaires, qu'il s'agisse des réformes structurelles de la stratégie de Lisbonne ou du pacte de stabilité et de croissance.

Enfin, les défis primordiaux que nos pays doivent affronter sont d'ordre global : ils touchent au changement climatique, aux conflits géopolitiques pour la maîtrise de l'énergie, à la prolifération nucléaire, à la montée des intégrismes ou encore au maintien de notre compétitivité dans un monde ouvert. Tous ces défis, sans exception, obligent l'Europe à serrer les rangs, des responsables politiques aux plus humbles citoyens ».

On doit déplorer en effet qu’aucun gouvernement national n’aborde les grandes questions énumérées par Sylvie Goulart. En France, on a constaté lors des dernières campagnes électorales qu’elles n’avaient pas été sérieusement présentées. On peut discuter des priorités qu’il convient de donner à la démarche commune qu’il faudra bien reprendre. Pour notre part, nous ne voyons pas l'intérêt dans l'immédiat d'ouvrir encore plus le "marché européen", déjà bien trop ouvert à des concurrents ne se référant pas au libéralisme pour ce qui les concerne. Nous proposons plutôt, face aux défis énumérés par Sylvie Goulard, de grands programmes scientifiques et technologiques, développés dans le cadre de coopérations renforcées. De tels programmes, pour aboutir dans un monde où les superpuissances s’affrontent avec tous les instruments de la souveraineté régalienne, supposent de doter l’Union européenne ou, à défaut, les unions d’Etats qui s’y engageront, des instruments de régulation qu’ils ont abandonnés sous la pression de la doxa libérale. Nous évoquons aussi, bien entendu, les exigences d'une défense véritablement européenne.

SG « La société ne doit donc pas être la grande oubliée des échéances à venir. Pour que l'Europe vive, pour que la réforme soit un succès, la mobilisation des élus européens et nationaux, de la Commission, des entreprises, des syndicats, du monde associatif, de chacun d'entre nous est indispensable. Tel est l'esprit de rassemblement dans lequel le Mouvement européen France entend travailler. Le besoin de pédagogie, la soif de débats sont intacts.

Le comble du paradoxe serait atteint si les gouvernements voyaient au bout du compte leurs pouvoirs renforcés ! La Convention était née pour tirer les conséquences de leur impuissance dans les années 1997-2000. L'échec du traité découle largement de leur volonté d'organiser les ratifications sans calendrier concerté, sans esprit commun.

Enfin, certains pratiquent le populisme au lieu de préparer l'avenir. L'intérêt des Européens, par-delà les frontières, est de s'accorder face aux défis du monde. Souvenons-nous du mot d'ordre de Monnet : "Nous ne coalisons pas les Etats, nous unissons les hommes." ».


Il est indiscutable que les changements profonds qu’imposeront aux sociétés européennes la réponse aux défis de ce siècle – face auxquels il n’est pas exagéré de dire que si elles ne réagissent pas elles pourront disparaître - supposent la mobilisation des sociétés européennes dans leurs profondeurs. Mobilisation veut largement dire en ce cas auto-mobilisation, grâce à l’activité d’un nombre aussi grand que possible d’associations et de mouvements aussi diversifiés que possible.

Mais, répétons-le, nous ne pensons pas qu’il faille se battre pour le non-renforcement, voire la diminution, des pouvoirs des gouvernements (ou plus exactement des Etats). Une Europe souveraine et puissante ne se construira pas avec des Etats débiles. En France, la tradition a toujours associé l’Etat, ses administrations et ses services publics aux grands programmes et aux grands changements. Il n'y a pas de raison que ce modèle ne puisse être adapté aux besoins européens. C’est sans doute la définition de ce que serait une Europe forte fédérant des Etats forts (pour ne pas parler d’Etats-Nations), plutôt qu’une Europe fédérale sur le modèle américain et sous l'influence des Etats-Unis (comme il faut bien le reconnaître l'avait toujours envisagée Jean Monnet), qui devrait devenir la priorité de ceux qui s’intéressent à l’avenir de l’Europe. 22/06/07


La fin du pétrole n'est pas pour demain

C'est ce que pensent sans trop le dire (écologie oblige) les grands du pétrole. Une des raisons de leur enthousiasme découle des perspectives d'extraction off shore permises par la multiplication des stations flottantes de pompage et de traitement dites FPSO: Floating Production Storage and Offloading. Il s'agit de barges géantes qui sont de véritables prouesses technologiques. Généralement fabriquées en Asie, elles sont remorquées à des milliers de milles de distance et positionnées sur les champs pétrolifères au large des côtes. Total en exploite deux, Girasol et Dalia, dans le golfe de Guinée. Bien que coûtant 3 milliards d'euros pièce, elles permettent un coût d'extraction de 10 dollars pour un baril vendu, comme on sait, entre 60 et 70 dollars. L'Afrique représente pour Total, mais aussi pour les big oil américaines (Exxon, Chevron), européennes (BP, ENi) et chinoises (Sinopec et CNOOC) un nouvel eldorado - dont les populations locales ne voient évidemment pas la couleur. Il n'y a pas de raison dans ces conditions, pour les compagnies pétrolières, d'envisager d'investir dans des énergies alternatives - sauf à titre cosmétique.

* On trouve des détails concernant les FPSO sur Wikipedia:
http://en.wikipedia.org/wiki/Floating_Production_Storage_and_Offloading


Evolution des dépenses militaires mondiales

Source Le Monde, 20 juin, p. 24. D'après les études convergentes de divers Instituts de recherche, le niveau des dépenses militaires mondiales a dépassé en 2006, avec 1.204 milliards de dollars, celui le plus élevé atteint durant la guerre froide. La progression a été de 37% depuis 10 ans. La somme atteinte correspond à 2,5% du PIB mondial soit 184 dollars par habitant. Les effectifs militaires et paramilitaires ont dépassé les 31 millions d'hommes.

Les principales dépenses se répartissent de la façon suivante: Etats-Unis 489 milliards (soit 47% du total mondial), Europe de l'Ouest 220, Europe de l'Est (incluant la Russie) 23; Proche Orient 63, Asie du Sud (incluant l'Inde) 25, Asie de l'Est, incluant la Chine et les Corées 120, Amérique du sud 21, Nations Unies 4. On considère que les dépenses russes, indiennes et chinoises sont sous-estimées de 50%. Dans l'état prévisible de l'évolution des relations internationales, la hausse des dépenses militaires, sans nouvelle guerre d'ampleur, se poursuivra. Les Européens seront peut-être surpris de l'importance de leurs budgets militaires, la France suivie de la Grande Bretagne tenant la tête.

Par comparaison, l'aide globale au développement est de 106 milliards. On sait également que plus d'1,5 milliards d'humains vivent avec un revenu annuel ne dépassant pas 350 dollars.


Nouvelles de l'Agence spatiale européenne

L'Esa a signé avec Thales Alenia Space, le 18 juin au salon du Bourget, la commande de Sentinel 1, le premier de la série de satellites destinés au sein du futur réseau GMES à suivre les changements de l'environnement terrestre. Le coût en est de 229 millions d'euros et le lancement est prévu pour 2011. C'est bien mais les impatients diront que le déploiement du réseau GMES se fera bien tardivement et bien lentement, alors que l'urgence pour l'Europe d'obtenir des données fiables sur ce sujet hyper-sensible est plus grande que jamais.

Lors de ce même salon du Bourget, le directeur général de l'Esa, Jean-Jacques Dordain et l'Administrateur de la Nasa Michael Griffin ont signé un accord de coopération, impliquant également l'Agence spatiale canadienne, concernant le remplacement du téléscope orbital Hubble par le James Webb Space Telescope (JWST) qui devrait être lancé en 2013 et rester en fonctionnement au moins 5 ans. Ce télescope doté d'un miroir de 6,5 de diamètre (au lieu de 2,4 pour Hubble) sera équipé d'appareils permettant des observations nouvelles dans les différentes gammes. L'Esa en assurera le lancement avec une Ariane 5 ECA et fournira en coordination avec les instruments de la Nasa un spectrograph dit Near-Infrared spectrograph (NIRSpec). Un consortium associant d'autres européens et la Nasa équipera le téléscope d'un Mid-Infrared Instrument (MIRI)

Dans un autre domaine l'accord Nasa - Esa prévoit que cette dernière concevra, développera et lancera à la même époque la mission Pathfinder dotée de l'équipement LISA (Laser Interferometer Space Antenna). La mission LISA Pathfinder est destinée à préparer la mission LISA conjointe entre l'Esa et la Nasa pour la recherche des ondes gravitationnelles. 21/06/07

* Note de l'Esa http://www.esa.int/esaCP/SEMA3T7OY2F_index_0.html
* Pathfinder LISA http://www.esa.int/esaSC/120397_index_0_m.html


L'identité chrétienne de l'Europe

Source Brights France. Selon l'AFP, " le secrétaire d'Etat du Vatican, le cardinal Tarcisio Bertone, a salué mercredi 20 juin un "changement d'orientation" de la France sous l'impulsion de Nicolas Sarkozy à propos de la reconnaissance par l'Union européenne de son identité chrétienne. "Je vois que même la France est en train de changer d'orientation et de position" sur l'identité chrétienne de l'Europe, a déclaré le cardinal Bertone après avoir évoqué les récentes rencontres du nouveau président français avec ses homologues européens. "C'est une bonne chose, parce qu'une saine laïcité peut être parfaitement compatible avec la reconnaissance de ses racines, de ses origines chrétiennes et de son
identité chrétienne", a-t-il ajouté. Le 10 mai, un autre haut prélat du Vatican, le cardinal français Jean-Louis Tauran, avait déjà salué "la position extraordinairement ouverte" de M. Sarkozy sur la thème des religions. Il avait rappelé que ce dernier, dans son livre "la République, les religions, l'espérance" (publié en 2004), évoquait la possibilité de réformer la loi 1905, pilier de la laïcité française, "rompant ainsi avec un tabou de la politique française". La réforme de la loi de 1905, alors envisagée par M. Sarkozy pour permettre un financement des religions par l'Etat, ne figure pas dans le programme présidentiel, mais "ce qui est écrit dans son livre demeure", avait souligné le prélat, ancien "ministre des Affaires étrangères" du Saint-Siège. La France, avec d'autres pays, s'est opposée à ce qu'une mention de l'identité chrétienne de l'Europe figure dans le projet de Constitution de l'UE, à la vive contrariété du Vatican. Celui-ci espère que le traité de l'UE en cours de négociation corrige cette omission" .

Rappelons que le précédent président français, Jacque Chirac, avait toujours refusé de voir évoquer les racines chrétiennes de l'Europe et moins encore son identité chrétienne. Une telle reconnaissance, comme l'idée visant à réformer la loi française de 1905, ne pourrait en effet qu'affaiblir le principe de laïcité et inciter les représentants d'autres religions présentes en Europe à réclamer une reconnaissance analogue. 20/06/07.


L'Otan s'incline devant les exigences américaines

Les ministres de la défense de l'Alliance atlantique, réunis jeudi 14 juin à Bruxelles, ont décidé d’approuver le projet américain de bouclier anti-missiles présenté comme devant protéger le flanc sud de l'Europe contre des attaques venant (notamment) du Moyen-Orient. Ils n’ont donc, contrairement à certaines réserves émises précédemment, formulé aucune critique sur l'installation de sites en Pologne et en République tchèque. Au contraire, ils ont décidé de lancer une étude envisageant la complémentarité de ce projet avec les propres études de l'OTAN concernant la défense antimissile de territoire. Ils ont annoncé cependant qu’ils envisagent favorablement, à l’instar des Etats-Unis, l'offre russe d'utiliser un radar en Azerbaïdjan.

On peut considérer qu’il s’agit là d’un important succès diplomatique américain, montrant bien l’influence qu’ils conservent sur les Européens, à travers l’Otan ou dans d’autres instances. Les Russes n’ont pas réagi mais ils ne peuvent que noter le peu de poids qu’ils pèsent actuellement dans les questions stratégiques intéressant l’Europe, face aux Américains.

Rappelons que cette question du bouclier anti-missiles américain reste encore du domaine du virtuel. Comme il a été dit, il s’agit de solutions qui n’existent pas au plan opérationnel, confrontées à un danger plus qu’hypothétique. Le projet a par contre l’avantage de ramener sous la baguette américaine certains membres de l’Otan qui pouvaient, telle la France, être tentés par l’idée d’une défense européenne


Aimer l'Europe, de Robert Toulemon

Robert Toulemon, ancien haut fonctionnaire européen, de 1962 à 1972, ancien président de l'Association Jean-Monnet, a toujours été et demeure un défenseur actif de la construction européenne, y compris dans sa version la plus poussée, sur un modèle fédéral. Il a publié plusieurs livres dans cet esprit. Le dernier de ceux-ci, Aimer l’Europe, doit être lu avec attention, car c’est le témoignage d’un militant européen ayant parfaitement connu les défauts mais aussi les promesses des politiques visant à unifier l’Europe. Il dispose aussi d’un blog, (http://toulemon.blogspot.com) où nous retrouvons des éclairages et des points de vue qui ne peuvent que nous aider à mieux comprendre les enjeux de l’actualité européenne actuelle.

Le principal regret de Robert Toulemon est que l'Europe ne se soit jamais montrée capable de passer de l'union &e

Par Jean-Paul Baquiast - Publié dans : gazetadmiroutes
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Lundi 18 juin 2007

Lire aussi sur Admiroutes - Automates Intelligents:
*
Le monde, dans l’indifférence générale, est en train d’épuiser ses ressources en minéraux rares
http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2007/82/edito.htm
* A propos du Livre de jean Staune: Notre existence a-t-elle un sens? http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2007/82/staune.htm
* L'Europe doit se mobiliser pour l'IPv6 http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2007/82/ipv6.htm

Christophe Jacquemin a doté la Gazette du logiciel Alexandria.
Double-cliquez sur chaque mot de cette page et s'afficheront alors définitions, synonymes et expressions constituées de ce mot. Une fenêtre déroulante permet aussi d'accéder à la définition du mot dans une autre langue (22 langues sont disponibles). Réalisé par une société française, ce logiciel n'a pour l'instant aucun équivalent dans le monde.


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* Ouvrage publié en Open-Source (accès libre et gratuit) par Jean-Paul Baquiast
Comprendre. Nouvelles sciences, nouveaux citoyens. 2005. PDF 825 ko
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Sciences de la complexité et vie politique. Tome 1 Comprendre.


Bilan du G8

Le G8 qui s’est clôt le 8 juin à Heiligendamm a fait l’objet d’appréciations différentes dans la presse, selon qu’il s’agit des grands médias intronisés auprès des gouvernements (presse mainstram) ou de ceux plus libres de leurs propos. Quelques jours après l’évènement, que pouvons-nous pour notre part en retenir ? Nous parlerions volontiers d’un bilan moyennement positif au regard de ce qui était à craindre, c’est-à-dire l’incapacité des grands de ce monde, que tout semblait opposer, a s’entendre sur quelques éléments sérieux.

Dans la partie positive de ce bilan, nous placerions par ordre d’importance :

- Le fait que G.W. Bush ait été obligé de reculer sur le contrôle de la production des gaz à effet de serre (GES) devant un bloc très ferme des grands européens : Allemagne. GB, France, Italie.....Selon le Süddeutsche Zeitung du 8 juin: “Half of the G8 countries—the four European states—remained together to the end; they stayed together in a bloc. Under pressure from Angela Merkel, they stuck to their positions. It was the others who moved. In the end, they had no other choice. The word “bloc” is crucial, because the real issue centres on the building of great-power blocs. The German political elite, in particular, has long maintained that it can advance against the US on an international level only if it succeeds in imposing a common line on Europe”.

Ceci offre un précédent prometteur, même si les concessions obtenues de G.W.Bush sont mineures (voir ci-dessous). Pour la première fois dans l’histoire européenne, il a été possible de montrer, sur un sujet qui sera de plus en plus important, un front européen uni devant lequel les Etats-Unis n’avaient pas d’autres solutions que faire des concessions. Il devrait être possible de retrouver une telle unité (avec ou sans le Royaume-Uni) sur d’autres thèmes importants de la politique internationale.
NB: Al Gore, qui ne mâche pas ses mots, a qualifié de "honte" la position du G8, " déguisant une défaite en succès et notoirement insuffisante pour faire face à la crise". Il n'a pas tort. Nous y reviendrons

- Le fait que la Russie, tout en menant très habilement sa partie à propos de l’initiative américaine dite des BMD ou euro-missiles, ait rejoint le bloc européen qui y est globalement hostile. Là encore, G.W.Bush a été contraint, sinon de reculer, du moins de comprendre qu’il ne pouvait pas impunément manipuler les Russes et les Européens afin de les opposer les uns aux autres. La contre-proposition de Poutine n’aura sans doute pas de suite, mais elle rend plus difficile la poursuite du projet de GW.Bush, ce qui est déjà un important résultat. La proposition française collatérale, faite par Nicolas Sarkozy, de laquelle on a peu parlé, était excellente : que les experts russes et français étudient ensemble les perspectives de défense anti-missiles.
NB: Notons cependant qu'à la date du 14 juin, les pays membres de l'Otan ont approuvé à la fois le projet américain et la contre-proposition russe, ce qui est déjà en soi une victoire américaine. Nous y reviendrons.

- Le fait que la chancelière allemande se soit très bien acquittée de sa tâche difficile, maintenir l’union des Européens sans abandonner les points essentiels que la présidence all.emande avait mis à son agenda. Le fait que l’Allemagne adopte de plus en plus un ton ferme en Europe ne devrait pas déplaire à la France, si celle-ci sait coopérer de façon positive avec son grand voisin.

- Le fait enfin que le président français, pour ses premiers pas sur la grande scène internationale, ait convenablement tenu son rôle sur tous les sujets, y compris le réchauffement climatique. « Les objectifs quantitatifs sur le dossier climatique ne sont pas négociables, non plus que le rôle de l’ONU », avait-il prévenu jeudi 7 juin en s'adressant directement au président américain. Il a par ailleurs montré qu’il était très capable de contribuer à créer un climat de sympathie voire de coopération avec Poutine. Derrière la personne de celui-ci, ce sont les relations entre la Russie, l’Europe et finalement la France qui sont en cause. Il serait inadmissible, dans l’intérêt des parties, que ces relations soient mauvaises. Au contraire, nous le répéterons une fois de plus pour notre part, elles doivent être bonnes, sur la base de concessions réciproques.

Dans la partie négative de ce bilan, nous mettrions :

- Le fait que les décisions relatives au contrôle de la production des GES et la prévention des effets du réchauffement climatiques ne soient ni quantifiées ni assorties d’un calendrier tenant compte des urgences. On est loin des recommandations faites par les experts du GIEC, elles-mêmes très amendées sous la pression d’un certain nombre d’Etats. On est loin également de celles présentées par les économistes du rapport Stern. Le danger serait qu’après le succès apparent illustré par la « concession » de G.W. Bush, on en revienne au statu quo, au moins jusqu’à 2012. De plus, la question essentielle des concessions à faire pour que les pays émergents grands pollueurs rejoignent la démarche commune n’a pas été abordée (aides internationales conséquentes pour la lutte contre la déforestation et la désertification, par exemple).

- Le fait que l’aide à l’Afrique soit restée du domaine des vœux pieux, lesquels n’ont trompé personne, notamment en Afrique. Il ne reste plus aux Africains qu’à se jeter dans les bras concupiscents des Chinois. Les promesses faites par ailleurs en matière de lutte contre les grandes pandémies sont considérées par les experts comme un recul au regard de celles faites au précédent sommet de Gleneagles , lesquelles d’ailleurs sont loin d’être mises en œuvre aujourd’hui.

- Le fait que les questions très importantes du contrôle des fonds spéculatifs (hedge funds) ou de la réduction des aides apportées à certains secteurs économiques par les grands Etats, lesquelles font capoter les négociations à l’OMC, aient été soigneusement évitées.

- Le fait qu’aucun Etat membre du G8 n’ait fait valoir la nécessité de refonder celui-ci, en l’élargissant au moins à la Chine et à l’Inde, et en le rapprochant de l’ONU et de son Conseil de Sécurité. Pour les Européens, il est vrai, se poserait alors la question du rôle de l’Union européenne en tant que telle dans un G8 élargi. Nous pensons pour notre part que l’Union devrait évidemment continuer à en faire partie, mais ceci sans que soit remise en cause la participation individuelle des membres européens actuels. Ceux-ci constituent un de ces « noyaux durs » pour des coopérations renforcées sans lesquels l’Union Européenne à 27, parfois trop inféodée aux Etats-Unis, demeurerait impuissante.

- Le ton dithyrambique adopté par la presse main stream anglo-saxonne sur les résultats du G8. Certains observateurs allemands ont parlé de sommet de Scheinheiligendamm (“sommet de l’hycrocrisie”). Cet excès de satisfaction semble correspondre au fait que l’establishment libéral, libre-échangiste, globaliste anglo-américain prend de plus en plus peur devant la marche d’évènements qu’il ne contrôle plus et dont le principal est l’effondrement de l’influence américaine dans le monde suite à la guerre en Irak. La Grande Bretagne, malgré son rôle utile en matière de lutte contre les GES , découvre que sa dépendance vis-à-vis des Etats-Unis la conduit à un abaissement généralisé, tant en Europe que dans le monde. C’’est ce que montre notamment le scandale BAE-Yamamah impliquant les plus hautes autorités du Royaume et qui était, semblait-il, dans beaucoup d’esprits des participants au G8. L’Europe, malheureusement, n’en tire aucun bénéfice. Au contraire. Lire à ce sujet
http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=4092
13/06/07


NB: Pour mieux comprendre la situation internationale face à laquelle s'exprime la relative impuissance du G8, on pourra consulter avec profit le livre de Laurent Cohen-Tanugi: Guerre ou paix : essai sur le monde de demain. Grasset - mars 2007


Bush, Poutine et l'Europe

On peut mesurer la profondeur de l'atlantisme européen, y compris en France, quand on voit avec quel ensemble les "médias" condamnent la mise en garde de Poutine concernant les rétorsions possibles à l'implantation du système américain ABM en Europe orientale. Poutine est quasiment comparé à Staline et la Russie à l'ex-URSS. Personne ne rappelle, dans les mêmes médias tout au moins, que c'est Bush qui a repris les hostilités avec ce projet d'ABM que rien ne justifiait. Tout était fait par Washington, au contraire, avec la complicité des gouvernements polonais et tchèque, pour provoquer la Russie, l'amener à réagir et ramener dans l'ombre tutélaire des Etats-Unis les petits agneaux européens qui avaient eu le tort de penser pouvoir échapper à l'influence américaine. Certes, Poutine en profite pour tenter à son tour de diviser l'Europe, mais ce n'est quand même pas lui (comme disent les enfants) qui a commencé.

Bien évidemment, l'Europe est la première responsable de ce nouvel abaissement dans un rôle peu enviable d'otage. Les grands Etats européens auraient dû dès le début interdire à Bush de négocier séparément avec les PECO. Au delà de cela, voici longtemps qu'ils auraient dû s'entendre pour mettre en place une défense européenne autonome. Il n'est peut-être pas trop tard pour y repenser...05/06/07


Arnaud Lagardère

Je lis dans Le Monde du 31 mai: "Arnaud Lagardère nie tout délit d'initié dans l'affaire EADS". Pourquoi ne pas le croire sur parole? Un co-président est-il payé pour savoir ce qui se passe chez lui? Quant à Noël Forgeard, étendons un voile pudique sur ce qu'il savait ou ne savait pas. 31/05/07

Par Jean-Paul Baquiast - Publié dans : gazetadmiroutes
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Jeudi 31 mai 2007

Lire aussi sur Admiroutes - Automates Intelligents:
* Pour une physique de puissance. Le LHC du CERN http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2007/81/edito.htm
* Présentation de Second Nature de Gerald Edelman http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2007/81/secondnature.htm
* Presentation de Internet ou la fin de la vie privée? http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2007/81/ifvp.htm
* Sur le libre-arbitre du Moi conscient http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2007/81/conscience.htm


Un livre de Jean-Paul Baquiast (en librairie)

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* Ouvrage publié en Open-Source (accès libre et gratuit) par Jean-Paul Baquiast
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Relance par la consommation ou par l'investissement dans la Recherche

Je en vais pas ici me lancer, comme commencent à le faire les socialistes, dans une critique ligne à ligne des mesures que prend le gouvernement Sarkozy. Laissons lui un peu de temps. On ne peut pas cependant éviter une remarque de conséquence. Nicolas Sarkozy présente la détaxation des emprunts intéressant la demeure principale comme une mesure permettant de relancer l'économie. Il en coûtera quelques 3 mds à l'Etat, sinon plus. Qu'en penser? Certes, les particuliers bénéficiant de cette détaxation dépenseront sans doute leur argent en dépenses de consommation. Celles-ci pourront avoir un (faible) effet de relance - à supposer que la consommation ne porte pas sur des biens importés. Mais tous les économistes constatent qu'en fait la France manque d'une audacieuse politique d'investissements dans les technologies innovantes. L'effet multiplicateur de ces 3 mds aurait certainement été plus grand s'ils avaient été affectés à la recherche scientifique et technologique. Relance par la consommation ou relance par l'investissement dans la Recherche?

Il est vrai que les populations électorales, dans chacun des cas, ne sont pas les mêmes. Le président veut manifester continuer à s'attirer la sympathie des classes moyennes à supérieures. Les chercheurs et autres ingénieurs pèsent peu en comparaison. 31/05/07


L'enjeu de l'IPv6 pour l'Europe

Nous publierons dans un prochain numéro un article dénonçant l'inertie des Européens, tant industriels qu'utilisateurs, face à l'enjeu que représente le passage du Protocole Internet Version 4 (IPv4) à la version 6 (IPv6). Pour les Américains, si l'IPv4 est encore utilisable vu l'abondance d'adresses IP qu'il continue à offrir aux utilisateurs américains, le passage à la version 6 est devenue obligatoire en ce qui concerne les systèmes de défense. Pour les Japonais et les Chinois, au contraire, l'implémentation de la Version 6 est un enjeu stratégique. Ces deux pays jouent en effet la carte de l'interconnexion massive des objets (Internet des objets) et des utilisateurs de l'Internet. Ils visent évidemment le marché mondial.

Les Européens ignorent la question au niveau des responsables politiques. Elle n'est étudiée que dans certains laboratoires. Les opérateurs ne veulent pas commencer à investir pour leur compte, de peur de tirer les marrons du feu pour leurs concurrents. Une prise de conscience géopolitique s'impose donc d'urgence. 28/05/07


Pour une Europe à deux vitesses

On nous reprochera d'insister lourdement. Pourtant, le sujet nous parait en valoir la peine. Il est temps que l'Europe des fondateurs manifeste clairement le refus du chantage mené par les Pays de l'Europe centrale et orientale pour déconstruire le projet européen. Il faudrait les mettre au pied du mur en les menaçant de construire sans eux une vraie puissance européenne, autrement dit une Europe à grande vitesse. Cette Europe devrait évidemment se découpler progressivement de l'Amérique, dont tout laisse penser qu'elle s'engage dans un naufrage historique.

La Chancelière allemande Mme Merkel avait annoncé devant la Cosac le 14 mai puis devant les représentants des 27 le 15, qu'il convenait de faire repartir le processus de réforme des institutions, l'Europe ne pouvant plus fonctionner sous le régime du traité de Nice encore en vigueur. Elle souhaite entre autres garder intact le paquet constitutionnel indispensable à ce fonctionnement : vote à double majorité, extension du vote à la majorité qualifiée, questions budgétaires, redéfinition du principe de subsidiarité. On peut penser que le projet de Traité simplifié proposé par le Président français (voir notre éditorial) devrait être considéré par la Chancelière comme un pas important dans la voie qu'elle préconise.

On sait que les nouveaux entrants, soutenus par la Grande Bretagne, s'opposent en principe à ces dispositions. Mais ils vont bien plus loin. Ils désireraient fait enlever tout ce qui pourrait faire de l'Europe une véritable entité géopolitique, y compris en termes symboliques : le terme de « constitution », la suppression du drapeau et de l'hymne européen, la désignation d'un ministre des affaires étrangères... Ils veulent en fait, sous l'influence évidente des Etats-Unis, revenir à la conception de l'Europe définie comme un marché ouvert sans ambitions politiques.

Pour ce qui nous concerne, ceci serait évidemment contraire à la conception que nous nous faisons de l'Europe (voir notre dossier dans ce numéro : Pour une Europe-puissance). Nous espérons que la France va défendre cette vision de l'Europe et par conséquent soutenir la présidence allemande lors du sommet européen des 21 et 22 juin.

Mais il faudrait faire plus, faire qu'au moins au niveau de l'expression politique, les défenseurs de la construction européenne, en France, en Allemagne mais aussi en Italie, en Espagne et chez les autres membres représentants l'Europe des fondateurs, manifestent clairement le refus du chantage mené par les PECO (Pays de l'Europe centrale et orientale) visant à déconstruire le projet européen. Il est temps de les menacer d'une sécession de l'Europe en deux, marquée par la mise en place d'un nouveau traité rassemblant les Etats voulant faire de l'Europe cette puissance que nous évoquons. Elle serait alors dotée d'un président, d'un ministre des relations extérieures, d'un ministre de la défense/sécurité, d'un budget et autres attributs de l'autonomie. Il s'agirait évidemment d'une construction plus ambitieuse que celle correspondant, en principe, au concept de gouvernement économique de la zone euro envisagé à Bruxelles par M. Sarkozy. Mais il pourrait en devenir une suite toute naturelle.

Les pays qui refuseraient d'entrer dans cette Europe renforcée (à grande vitesse) se retrouveraient laissés à eux-mêmes au sein de l'Europe actuelle (l'Europe à petite vitesse) et en proie aux agressions multiples d'un monde qui, de toutes façons, ne veut aucun bien aux Européens. Ils comprendraient vite leur erreur. Il serait très dommage que la Grande Bretagne ne participe pas au projet d'une Europe à grande vitesse, mais si elle s'y refuse encore longtemps, nous devrions faire notre deuil de sa présence.

*Cosac : Conférences des organes spécialisés dans les affaires européennes et communautaires des Parlements nationaux de l'Union.


Traité simplifié complété par des coopérations renforcées

Bien que défendant les avancées apportées par l'ex-TCE en ce qui concerne la mise en place d'institutions européennes réellement efficaces, nous pensons qu'il ne faut pas faire la fine bouche devant la proposition de la France, portée hier à Bruxelles par Nicolas Sarkozy et visant à faire approuver par tous les Etats-membres, dans les meilleurs délais et sans passer par la voie du référendum, un traité simplifié permettant de dépasser les blocages résultant de l'actuel traité de Nice. Faire accepter un tel traité simplifié par les britanniques et les hollandais serait déjà un exploit.

Nous souscrivons d'autant plus à cette proposition qu'elle a été accompagnée de celle visant à établir dans les meilleurs délais un gouvernement économique de la zone euro, n'associant cette fois-ci, sous le concept très riche de "coopération renforcée", que les seuls Etats composant ladite zone. Quels seraient les objectifs de ce gouvernement? Le président français a évoqué le renforcement de la défense économique de l'Europe face aux pays qui ne s'embarassent pas de libéralisme quand il s'agit de développer leur présence à l'international. Déjà d'ailleurs, le commissaire au commerce Peter Mandelson et la commissaire à la concurrence Neelie Kroes ont fait part de leurs réserves". Ces "réserves" sont pour nous l'indice que la proposition de Nicolas Sarkozy va dans le bon sens.

Mais nous pensons qu'à terme, il ne faudra pas en rester là. L'harmonisation des réglementations qui pourrait être réalisée par un gouvernement économique de la zone euro devrait être mis au service, non seulement de la défensive mais de l'offensive. Par ce terme nous désignons le lancement de tous les grands programmes technologiques et scientifiques seuls capables de remettre l'Europe au rang des grandes puissances dont nous avons fait la liste par ailleurs. La France aurait un rôle essentiel à jouer dans ce lancement, si son gouvernement en acceptait le principe. 24/05/07


Les amalgames suspects d'Amnesty International

On peut se demander à quelles pressions cède Amnesty International, dans son rapport 2007, quand elle s'en prend aux Etats laïcs, tels la France et la Turquie, qui interdisent le port d'emblèmes religieux dans les établissements d'enseignement.

Une certaine Mme Khan y explique:

« Il est déraisonnable, de la part des dirigeants occidentaux, de prétendre qu’un vêtement représente un obstacle majeur à l’harmonie sociale, Conformément au droit à la liberté d’expression et de religion, une femme doit être libre de choisir ce qu’elle souhaite porter. »

A ceci notre ami Michel Naud, président de Brights France, répond:

" Sous couvert de l'affirmation que les femmes sont les "premières victimes de l’intolérance religieuse", Amnesty international renvoie dos à dos les gouvernements fondamentalistes et les pays ayant inscrit la laïcité dans leur constitution (France et Turquie). N'en déplaise à nos donneurs de leçons je considère, avec Patrick Clugman que "à l’école publique il n’y a de place ni pour le voile ni pour la kippa. Car l’un comme l’autre lorsqu’ils sont portés par des enfants, ne sont pas l'illustration de la liberté. Qui peut affirmer qu'une jeune fille de quatorze ans est assez émancipée du poids de sa tradition et de l'autorité de sa famille d’abord pour savoir ce qu'elle veut, ensuite pour faire ce qu'elle veut? Car une jeune fille revêtue d'un voile sera considérée comme une musulmane avant d'être regardée comme une jeune fille, un petit garçon coiffé d'une kippa sera toujours un juif avant d'être un petit garçon. La République n'a pas de raison, au nom d'une prétendue tolérance qui n'est peut-être que de la faiblesse, d'accepter cette injustice. Elle réduirait alors les individus à des symboles." Ni croix, ni voile, ni kippa, l'école publique doit être tout simplement "l'école de la République, sans distinction religieuse, sans séparation communautaire, sans hiérarchie sociale."

Combien de temps faudra-t-il répéter cela face aux offensives permanentes des religions pour envahir l'espace public, y compris à travers la respectable Amnesty International, qui aurait bien d'autres combats à mener. 24/05/07

PS: Michel Naud signale par ailleurs que "La cour d'appel du tribunal d'Aquila (Italie) a confirmé hier, 23 mai 2007, la condamnation initialement prononcée contre Luigi Tosti, juge auprès du tribunal de Camerino, à savoir, notamment, sept mois de prison au prétexte qu'il refuse de sièger dans une salle de tribunal en présence d'un crucifix". Voilà à quels abus de droit on arrive quand un Etat ne respecte pas le principe de laïcité.


Un ministre de la défense peu défendable

On ne voit pas par quels arguments on pourrait défendre le ministre de la défense qui jongle avec le droit électoral pour présenter toute sa famille aux prochaines élections législatives, afin de bénéficier des aides prévues. Nous avons des amis militaires qui estiment qu'un tel comportement décrédibilise l'action future de leur ministre. 24/05/07


Cross Language Information Retrieval

L'un des vice-président de Google vient d'annoncer un nouveau produit (ou service) intéressant une fonction très importante aux yeux des documentalistes et qui fait l'objet de nombreuses recherches, le Cross Language Information Retrieval (traduisons approximativement par moteur de recherche multilangues). Le produit de Google devrait en principe permettre de trouver un document quelle qu'en soit la langue et de le traduire à la volée. Si je veux un article en français à partir d'un original en anglais, j'obtiendrai un résultat en deux colonnes, l'une donnant la traduction en français et l'autre le texte anglais original. La traduction se fait en temps réel.

Google espère de cette façon, non seulement s'attirer de nouveaux clients, mais aussi "faire disparaître la barrière des langues entre les peuples". Noble ambition, que la Commission Européenne devrait mettre, elle aussi, dans ses objectifs. Sinon, l'omni-présence de Google deviendra encore plus omniprésente. 23/05/07

* Cross Language Information Retrieval : http://en.wikipedia.org/wiki/Cross-language_information_retrieval


Sauver Galiléo

Jugeant désormais qu'un choix politique s'impose, la Commission européenne a détaillé le 16 mai les scénarios de sauvetage du projet Galileo (le GPS européen), plaidant avec force pour un financement public complet des 30 satellites prévus, exploités par le privé une fois opérationnels.

Destiné à sortir de l'enlisement actuel d'un projet dont Paneurope n'a cessé de souligner le caractère de "technologie de souveraineté" (Galileo vise à affranchir les Européens de leur dépendance à l'égard du système militaire américain GPS), le scénario proposé impliquerait un achèvement complet du déploiement des satellites à la fin de l'année 2012, les premières utilisations concrètes étant lancées un an plus tôt. Ce choix devra être fait par les ministres des Transports des 27, qui doivent se réunir à Bruxelles les 7 et 8 juin.

Selon les souhaits de Bruxelles, l'Agence spatiale européenne organiserait d'ici à la fin de l'année un nouvel appel d'offres destiné à amorcer cette phase de développement. L'enveloppe de 2,4 milliards d'euros qui, dans le schéma initial, était à la charge des entreprises membres du consortium serait désormais financée par le budget communautaire, et au besoin par les États membres qui le souhaiteront, via leurs propres budgets nationaux.
Pour leur part, les industriels se contenteront d'exploiter le système de navigation par satellite, et cela à partir de 2013, date d'entrée en vigueur d'un nouveau contrat de concession, d'une durée de vingt ans. Sur 2007-2030, l'engagement budgétaire total de l'UE pourrait atteindre de 9 à 10 milliards d'euros. Les 27 devront notamment participer aux risques commerciaux du projet en versant des subventions d'exploitation jusqu'en 2030. Christophe Jacquemin 20/05/07

NB: Jacques Blamont, physicien, membre de l'académie française des sciences, a publié dans Le Monde du 12 mai, p. 20, un article en ce sens: L'Europe doit s'engager pour Galiléo. Il y déplore le refus du concept d'Europe-puissance par la plupart des Etats européens, qui veulent faire financer Galiléo par les entreprises, au lieu d'en faire un outil relevant de la puissance publique.


Paris-Berlin-Moscou.
Redéfinir la politique extérieure européenne (texte que Jean-Claude Empereur a accepté de co-signer)

Le sommet entre l'Union européenne et la Russie qui s'est tenu, les 17 et 18 mai à Samara, Russie, n'a pas permis de relancer les négociations en vue d'un nouvel accord de partenariat. Faute d'accord, celui signé en 1997 sera reconduit pour un an. Ce partenariat est important pour l'UE, dépendante de la Russie pour sa consommation en gaz et en pétrole. Il l'est aussi pour Moscou, qui réalise 52 % de ses relations commerciales avec l'Union tandis que 70 % des investissements étrangers en Russie viennent des pays qui la composent.

On peut discuter sur les causes apparentes de cet échec et en rejeter la responsabilité sur l'intransigeance tant de la Russie que des pays européens, notamment de l'Est. Il existe certainement des contentieux économiques portant sur l'énergie, les exportations de viande polonaise et autres causes mineures. Mais nous estimons que la raison fondamentale est autre. Elle est évidemment politique.

Au plan politique, l'Union européenne, face à la Russie, est partagée entre deux influences contraires. La première est celle des nouveaux entrants, Pologne en tête, pour qui l'entrée dans l'Europe ne doit entraîner aucun changement dans leur attitude de défiance, sinon d'hostilité avérée, à l'égard de la Russie. Pour eux, ni l'Union, ni même l'Otan, ne peuvent imposer de limites à leur souveraineté nationale. Or celle-ci, aujourd'hui, s'exprime par des engagements nécessairement reçus par les Russes comme hostiles. Ainsi en est-il de leur soutien au projet américain de missiles anti missiles (BMD) comme de leurs appuis en sous-main aux mouvements indépendantistes des pays voisins de la Russie. Ces positions expriment en fait ce que l'administration américaine voudrait voir adopter par l'Union toute entière : faire d'elle une plate-forme capable de contenir le retour de la Russie à la puissance, sur le plan économique, diplomatique voire militaire.

La soumission des pays de l'Est à l'égard de l'Amérique va de plus en plus loin. Ne vient-on pas d'annoncer la visite de G.W.Bush en Pologne pour acter l'accord intéressant l'implantation de la base de missiles américaine. Quand on pense que la Pologne reçoit un homme rejeté partout, aussi bien chez lui que dans le reste du monde, on mesure l'image désastreuse qu'elle donne et, avec elle, l'Union européenne toute entière. Il pourrait y avoir bien plus grave. Certaines sources indiqueraient que le président de la Commission Barroso, manipulé par des influences atlantistes en Europe, pousserait actuellement à une sorte de rupture avec la Russie, par son intransigeance et ses agressions de plus en plus précises à l'égard de ce pays. Alors la France et ses partenaires de la "vieille Europe" se retrouveraient engagés dans une nouvelle guerre froide, aux côtés d'une Amérique devenue dangereuse parce qu' irresponsable.

L'influence contraire, bien faible au demeurant actuellement, découle du désir de l'Allemagne de nouer des partenariats stratégiques à long terme avec la Russie. Sans faire preuve de faiblesse à l'égard de cette dernière, le gouvernement allemand voudrait au moins éviter les provocations inutiles et reprendre des dialogues constructifs. La France soutient en principe l'Allemagne dans cette attitude, mais elle n'a pas eu encore l'occasion, du fait des élections, de présenter à la Russie un point de vue cohérent sur ce que sera sa future position et celle qu'elle demandera à l'Union d'exprimer. Il faut espérer que la rencontre programmée entre les deux présidents Sarkozy et Poutine éclaircira les choses dans le bon sens. En attendant, les « libéraux » ou « atlantistes » au sein de l'Union européenne, par la voix du président de la Commission José Manuel Barroso, ne font rien, comme indiqué plus haut, pour que s'établisse le climat d'ouverture qui serait nécessaire.

Il ne faut pas être naïf. Si la mésentente grandissante entre la Russie et l'Europe fait les affaires de Washington, elle fait aussi celle des nationalistes russes toujours prêts à favoriser le repli de la « vieille Russie » sur elle-même, à l'écart des « influences pernicieuses » de l'Europe.

Nous pensons que l'Europe, et au sein de l'Europe, l'Allemagne et la France, ne doivent pas prendre acte de l'échec de Samara pour renoncer à reprendre les négociations avec la Russie. C'est en effet l'avenir même de la construction européenne qui est en jeu. Comme nous l'exprimons dans d'autres articles de ce même numéro, les grandes nations européennes que sont l'Allemagne et la France, fondatrices historiques de l'Union, ne peuvent accepter que les nouveaux entrants, poussés par les Etats-Unis, sabotent une perspective stratégique essentielle à cette même Union, la coopération – sur un pied d'égalité – avec la Russie (et son président). Pour nous, la question est claire : où les Etats-membres de l'Europe à 27 acceptent de se comporter d'une façon cohérente, les petits derniers renonçant à imposer aux autres des positions héritées de l'histoire qu'il convient maintenant de dépasser, ou l'Europe à 27 doit éclater.

Nous le disons nettement ici, l'extension irresponsable réalisée ces dernières années, sans poser de conditions aux nouveaux entrants autres que leur acceptation du principe du grand espace économique, signifie en fait la mort de l'Europe en tant que puissance, celle à laquelle nous sommes attachés. Nous montrons dans nos autres articles qu'une telle Europe puissance sera la condition inéluctable de survie de nos pays dans les crises qui s'annoncent.

L'activisme nationaliste anti-russe des pays de l'Est de l'Union représente aussi bien un atavisme régional et historique qu'un désintérêt affirmé pour la cohésion communautaire. Tous ces pays nous disent, certains tout à fait explicitement, qu'ils n'ont aucune confiance dans ces organisations multinationales européennes (l'UE mais aussi l'Otan) pour assurer leur sécurité. Ils ont donc choisi le ralliement direct à l'Amérique. Par exemple, c'est l'argument des Tchèques et des Polonais pour traiter directement avec les Américains du programme BMD, sans passer par l'Otan (ni, encore moins, par l'UE). A l'égard de l'UE, ces pays ne se sentent aucune obligation de solidarité communautaire et ils agissent vis-à-vis d'elle selon le seul argument de ce qu'ils jugent être leurs intérêts nationaux. Ils se trompent certes, comme ils se trompent lorsqu'il s'agit de leur confiance dans l'Amérique, — mais c'est leur problème. Notre problème à nous est que leur entrée dans l'UE ne les a pas “européanisés”, elle les a “américanisés”. De ce fait, la sécurité et les relations avec la Russie constituant l'aspect le plus important de la “politique extérieure” de l'UE, le constat inévitable est que cette politique est aujourd'hui mort-née.

D'un mal pouvant sortir un bien, ceci peut être une bonne chose. Avec l'arrivée de nouveaux dirigeants en France et en Grande Bretagne (Gordon Brown), une nouvelle politique pourrait être proposée par la France, si possible en accord avec l'Allemagne. La politique classique de la France tient pour axiome que la puissance russe, située où elle est, est quelque chose qu'il faut ménager et avec laquelle il faut s'entendre. La politique européenne de la France parait donc toute tracée. Il faut faire un traité minimal pour en finir avec la paralysie européenne qui permet aux stratégies européennes internes et externes de se déployer sans opposition. Il faut disposer des outils européens qui marchent et les influencer dans leur fonctionnement au plus proche des intérêts français, ou franco-allemand s'il est possible. Mais au-delà de la France, il ne faut pas évidemment abandonner la perspective de s'associer avec des nations européennes évoluant ensemble au sein de l'Europe et utilisant les outils européens pour renforcer leur puissance collective. Il apparaît évident que l'Est de l'UE n'a rien à voir avec les six Etats fondateurs et qu'on doit en revenir, au sein de cet Six, étendus si possible aux membres de l'Eurogroup, au concept de “petite Europe”, qu'il soit désigné par le terme de “noyau dur” ou par un autre. L'essentiel sera qu'il devra s'agir d'une Europe puissance ne réunissant que les Etats s'accordant sur cet objectif.

Signalons à nos lecteurs le site de l'association Paris-Berlin-Moscou, où nous retrouvons certaines des idées qui sont les nôtres. http://www.paris-berlin-moscou.org


Plaidoyer pour l'Europe puissance

Ce texte est la reprise, sous une forme moins orientée politiquement, du texte publié dans notre numéro précédent

Nous défendons ici la thèse selon laquelle l'Europe n'étant pas capable aujourd'hui d'affronter la grande crise mondiale qui s'annonce, aux plans environnemental, économique et politique, les mouvements politiques européens dits de gouvernement, qu'ils soient de droite ou de gauche, n'auront de crédibilité que s'ils proposent des objectifs permettant aux peuples européens d'y survivre dans les meilleures conditions. A cette fin, nous pensons que c'est le concept d'Europe puissance - on pourrait reprendre aussi celui de "Forteresse Europe" si le terme n'était pas trop marqué d'esprit défensif - qui serait le mieux à même de mobiliser les opinions. Il s'oppose directement au libéralisme doctrinal ou laisser-faire, qui signifie l'ouverture sans protections aux capitaux spéculatifs internationaux et aux importations non contrôlées. Ce type de libéralisme est défendu par les super-puissances rivales de l'Europe, Etats-Unis en tête, qui ne se l'appliquent pas à elles-mêmes mais s'en servent pour conquérir le reste du monde.

Appliqué aux institutions européennes, le concept d'Europe-puissance se traduirait par la mise en place d'instruments capables d'élaborer, entre autres, une planification écologique et une planification industrielle. Celles-ci s'inscriraient dans un "néo-dirigisme" ou "néo-colbertisme" européen global, capable d'imposer des politiques communes, telles que la fiscalité écologique ou la mise en place de "champions" européens. Les mots employés ici, planification, dirigisme, colbertisme, sont mis entre guillemets, car ils peuvent évoquer les politiques européennes d'après la seconde guerre mondiale, qui transposées en l'état, seraient inefficaces. Elles entraîneraient des pratiques interventionnistes obsolètes dont beaucoup d'Européens ne veulent car elles rappelleraient les dictatures d'avant-guerre, les dirigismes d'après-guerre et plus encore le communisme stalinien au pouvoir pendant quarante ans à l'Est de l'Europe.

Les défenseurs de l'Europe-puissance doivent donc montrer que cet objectif demanderait la mise en œuvre de méthodes entièrement renouvelées de gouvernement et de gestion économique. Il faudra proposer de nouvelles institutions et méthodes, capables de leur donner la portée stratégique nécessaire. Ceci étant, nous pensons que ces méthodes pourraient s'inspirer du modèle français d'économie mixte convenablement modernisé. Les défauts de celui-ci ont été souvent mis en évidence mais ses qualités reparaissent aujourd'hui avec clarté. Pour dire franchement les choses, nous pensons qu'en Europe, la France, s'appuyant sur cette tradition néo-colbertiste, est le seul pays d'Europe capable de proposer un modèle de gouvernance et même de société capable de prendre le relais d'institutions dont le seul mot d'ordre consiste à laisser le champ libre aux fonds spéculatifs alimentés à des sources de plus en plus suspectes.

La crise du modèle français

Jusqu'à la fin des Trente Glorieuses (années de reconstruction ayant suivi la fin de la seconde guerre mondiale) les objectifs du modèle français étaient simples à formuler et semblaient entrer dans le domaine du réalisable. Il s'agissait, en simplifiant, de défendre les revenus salariaux et, plus généralement, d'assurer une meilleure répartition des revenus globaux en faveur des plus démunis. La France disposait d'un secteur productif privé relativement dynamique. Il paraissait donc possible de chercher à imposer aux entreprises une politique des salaires et des mesures fiscales destinées à un meilleur partage des bénéfices de l'activité économique. La France disposait parallèlement d'un fort secteur productif public, mis en place à la Libération en conformité avec le point de vue "interventionniste" défendu dès 1936 puis à la Libération, selon lequel le secteur public est le mieux à même d'investir pour le long terme, notamment dans les domaines non susceptibles de profits capitalistes. Ce secteur public productif était protégé de la concurrence par un statut juridique lui assurant de larges monopoles. On pouvait donc faire appel à lui pour pallier certaines inégalités. Enfin, des organismes sociaux également publics, financés par des prélèvements obligatoires, mutualisaient la couverture des risques. Les diverses composantes du secteur public ainsi décrites finançaient une partie de leurs dépenses grâce à des prélèvements obligatoires (subventions budgétaires, tarifs aménagés...).

Un système d'économie mixte privé-public, très différent évidemment de l'économie administrée sur le modèle communiste qui à l'Est commençait à entrer en crise profonde, assurait donc à la fois la croissance économique et la protection sociale (Etat Providence). La droite venue au gouvernement dès le début des années cinquante puis sous le Gaullisme n'avait pas tenté de revenir sur cet équilibre. Elle n'avait pas cherché initialement à privatiser massivement le secteur public ni à réduire les réglementations protectrices dont il disposait. L'opposition de gauche, de son côté, dans sa composante social-démocrate, ne réclamait pas d'étendre le domaine de l'économie dite administrée. Elle se bornait, pour répondre aux « revendications » de ses électeurs, à demander que s'accroissent la part des revenus salariaux (la hausse du SMIG) et le montant des prestations sociales. Satisfaire avec prudence à ces demandes, afin de ne pas provoquer d'inflation, considérée depuis la guerre comme le mal absolu, ne paraissait pas susceptible de diminuer la compétitivité des entreprises privées et publiques. Protégées de la concurrence extérieure, celles-ci avaient de la réserve et pouvaient, même confrontées à un accroissement modéré de leurs charges, continuer à investir et à se développer. Ainsi, au travers d'inévitables turbulences, le modèle français, tant économique que social, paraissait durable.

Les difficultés ont commencé lorsque, sous l'effet de la concurrence internationale, provenant initialement des entreprises géantes américaines, un certain nombre d'industries stratégiques et de services publics français ont perdu des marchés, à l'extérieur et surtout à l'intérieur. Parallèlement, les protections douanières et fiscales qui contrôlaient l'entrée des biens et services sur le territoire national ont été abaissées, tandis que le marché des capitaux était progressivement ouvert. Cette « dérégulation » s'est faite en grande partie sous la pression politique des Etats-Unis. Obliger les Etats européens à supprimer les protections réglementaires était devenu en effet eux un véritable objectif de guerre économique, comme il l'avait été au XIX<SUP>e</SUP> siècle pour le patronat européen vis-à-vis des pays que l'on n'appelait pas encore le tiers-monde. Il fallait pénétrer sans barrières les marchés intérieurs et détruire les résistances provenant d'entreprises nationales moins compétitives. La Communauté Européenne, dont on redécouvre qu'elle avait été largement encouragée par les Américains afin de les aider à imposer un grand marché ouvert, a joué sans hésiter le jeu du laisser-faire, au détriment d'économies qui, comme celle de la France, restaient en grande partie protégées.

Certes l'ouverture des marchés a permis, en France comme dans le reste de l'Europe, diverses restructurations économiques et une élévation indéniable des niveaux de vie. Mais cela ne pouvait être durable. Sous la pression de la concurrence extérieure, réductions d'emploi, baisses de salaires, diminution des recettes fiscales et finalement accroissement des déficits budgétaires et de la dette publique devenaient désormais inévitables. Dans le même temps, la demande de biens de consommation qui ne cessait de se développer, sous l'influence d'un mode de vie gaspilleur encouragé en Europe par les industries culturelles américaines, ne pouvait plus être satisfait par l'offre intérieure. La demande se portait donc sur les biens et services importés, au détriment de la balance commerciale. Un cercle vicieux s'est alors instauré, plus particulièrement en France et dans les Etats européens du sud, cercle vicieux caractéristique des pays sous-développés.

Ce cercle vicieux se caractérisait et se caractérise encore par deux mécanismes complémentaires : la consommation intérieure s'adresse de plus en plus aux produits d'importation parce que les entreprises nationales ne sont pas de taille à répondre à la concurrence par la baisse de leurs prix de vente et la recherche de nouveaux produits – le secteur public économique et les administrations sociales ayant perdu l'essentiel de leurs recettes du fait de la baisse des recettes fiscales, elle-même entraînée par l'évaporation de la matière imposable, ne peuvent plus maintenir les grands investissements publics et le niveau de prestations estimés nécessaires par l'opinion. Accroissement des déficits, dévaluations, fuite du capital et des cerveaux à l'étranger en découlent inexorablement. Dans ces conditions, ceux qui continuent à demander une hausse des salaires et du niveau de vie des plus défavorisés, paraissent de plus en plus irréalistes. Tout simplement parce qu'il n'y a plus de production nationale pour répondre à la demande et que l'on ne peut indéfiniment acheter à crédit les produits étrangers. C'est dans le domaine des technologies de l'information et des produits high-tech que ce mécanisme de désindustrialisation et de perte de compétence s'est fait le plus rapidement et le plus cruellement sentir, dès le début des années 1980.

Dans les décennies suivantes, le mécanisme s'est accéléré, aboutissant à l'état d'horreur économique décrit par Viviane Forrester. Ce ne fut plus seulement la concurrence des multinationales américaines qui a contribué à ruiner les potentiels productifs nationaux, mais celle des entreprises à bas salaires asiatiques parfois installées aux portes de l'Europe. Les économies européennes, à l'exception d'un miracle allemand spécifique et fragile, ont désormais perdu une grande partie de leur compétitivité. L'économie mixte à la française et le modèle social français en découlant furent les premières victimes de la mondialisation de la concurrence et de l'entrée en masse des acteurs asiatiques.

Revenir à la Puissance

Certains Occidentaux voudraient que les pays asiatiques réglementent leur marché du travail afin d'éliminer des concurrences qu'ils jugent déloyales. Mais ce serait aussi vain qu'attendre d'eux qu'ils réévaluent leur monnaie et limitent leur production pour diminuer les tensions sur les matières premières ou la production des gaz à effet de serre. La seule attitude réaliste, concernant les Européens, consisterait à mettre en place et blinder une Europe puissance capable de résister à la concurrence asiatique. C'est ce que les Etats-Unis ont entrepris depuis un certain temps pour leur compte, avec le concept de "global dominance" qu'ils s'appliquent à eux-mêmes.

Il ne s'agirait pas pour l'Europe, tâche impossible, d'interdire a priori les délocalisations ou les importations de produits à bas coûts. Il faudrait par contre que les Européens conduisent plusieurs politiques concourantes, bien loin du libéralisme actuel :

* créer et rendre fort un gouvernement économique de l'Europe capable de rationaliser en interne les activités productives et de les protéger, en tant que de besoin, par une frontière extérieure réellement étanche (ce qui supposera de renforcer les moyens de lutte contre les fraudes).

* investir massivement dans la recherche et la formation afin de reprendre la tête de la course à la connaissance et aux activités à forte valeur ajoutée (Stratégie dite de Lisbonne).

* mettre en place des politiques industrielles et d'exportation agressives dans les secteurs stratégiques.

* admettre enfin, ce qui sera le plus difficile, de financer de tels investissements par une épargne forcée portant sur les consommations gaspilleuses ou les produits importés dont le caractère dérogatoire à nos réglementations aura été reconnu. D'une façon générale, une décroissance des consommations non vitales devra être encouragée et les revenus ainsi dégagés réinvestis dans de grands programmes industriels et scientifiques.

Dès aujourd'hui et de plus en plus dans les prochaines années, ceci devrait se traduire par plusieurs séries de politiques communes de nature "dirigiste". La plus importante concernerait un dirigisme écologique et environnemental, seul capable d'inscrire l'Europe en tête dans la lutte contre le réchauffement climatique et la restauration des équilibres naturels, notamment en matière de biodiversité. La seconde viserait à constituer ou reconstituer des champions européens, dans les domaines industriels ou de service jugés indispensables à la survie à long terme d'une Europe indépendante. Il faudrait aussi, pour éclairer ces politiques, se donner les moyens d'évaluation et de prévision nécessaires, tel un grand Commissariat au Plan européen.
Si ceci était fait, l'Europe dans sa totalité pourrait négocier, sinon de puissance à puissance, du moins avec de meilleures chances d'être prise au sérieux, avec la Chine, l'Inde et bien d'autres concurrents, les Etats-Unis en premier, chez qui de telles politiques régaliennes (dites de Sécurité Nationale) sont considérées comme allant de soi. Une politique de puissance, pour l'Europe, ne consisterait pas à refuser les investissements ou les importations asiatiques ou américains. Elle viserait par contre à ne rien concéder sans contreparties, ni sur le plan du commerce extérieur, ni sur celui du marché des capitaux. Dans des négociations globales débouchant sur des accords à long terme où chacun des partenaires trouverait des avantages, on pourrait espérer à la fois sauvegarder et enrichir l'emploi européen et contribuer à diminuer, dans les pays émergents, la masse flottante des salariés à 1 dollar par jour.

Mais on le voit, tout ceci est bien loin du libéralisme à tout va imposé à l'Europe par les grands Etats, pour qui ce libéralisme est une arme de guerre économique. Il est bien loin aussi de l'état d'esprit des opinions européennes, vis-à-vis notamment de la construction d'institutions capables de contribuer à la mise en place de l'Europe puissance ainsi esquissée.

Les mouvements libéraux européens pensent que pour résister à la concurrence internationale, il faudrait libérer les entreprises installées en Europe de toutes contraintes fiscales et sociales, renoncer aux services publics, même essentiels, pour les privatiser aux mains des entrepreneurs privés internationaux qui y verraient l'occasion d'y faire du profit spéculatif (au mépris évidemment de l'idée même de service public), et finalement n'encourager les activités économiques que dans les domaines ne demandant que peu d'investissement et de recherche, comme les services financiers et la distribution en Europe des produits et services conçus et fabriqués par des non-européens. Ces dernières années, ce fut un peu là le modèle anglais de développement, sur lequel d'ailleurs les Britanniques semblent en train de revenir. Mais il est évident que l'Europe ne peut compter sur de tels programmes pour conserver son identité, son indépendance et ce qui lui reste de puissance. Sans industrie et sans recherche/développement, pas d'avenir pour l'Europe, comme l'écrit justement Jean-Louis Levet (Economica, 2006). Aucun pays européen, fut-il pour le moment un peu mieux loti que les autres, comme l'est l'Allemagne, ne trouvera de schémas durables de développement en faisant confiance aux capitaux spéculatifs internationaux.

Nous sommes pour notre part persuadé que la solution résumée par le concept d'Europe-puissance s'appuyant sur des technologies elles-mêmes de puissance (défendu en particulier par l'association Paneurope-France) serait seule capable de sauver l'Europe. S'agirait-il alors d'une perspective de droite ou d'une perspective de gauche. Elle ne serait certainement pas de droite au sens classique car elle répudierait un libéralisme de démission consistant à abandonner aux acteurs économiques étrangers tous les secteurs d'avenir. Mais elle ne serait pas non plus de gauche au sens classique, car ses priorités ne serait pas la croissance de la consommation et la distribution des revenus, sauf pour pallier aux inégalités les plus criantes. Il s'agirait d'abord d'être productif et productiviste, ce qui signifierait travailler beaucoup, innover plus encore, investir dans les technologies émergentes et, pour épargner, limiter au maximum les consommations somptuaires.

Rappelons que de tels objectifs seraient parfaitement adaptés au monde de demain, où la crise environnementale et politique mondiale exigera que l'Europe, comme les autres grands ensembles géo-politiques, s'oriente vers une véritable économie de guerre. Le temps risque de venir rapidement où s'imposera le besoin de gouvernements de salut public rassemblant tous les Européens, de gauche comme de droite, désireux de sauver la patrie européenne commune à laquelle ils ont la chance d'appartenir.

Par Jean-Paul Baquiast - Publié dans : gazetadmiroutes
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Mardi 15 mai 2007

Corruption

La corruption des administrations publiques face aux intérêts économiques ayant pignon sur rue n’est pas un défaut aussi visible que leur corruption par les organisations criminelles, mais ses conséquences peuvent être aussi graves. Sur ce plan, toutes les administrations européennes peuvent faire l’objet de tentatives de corruption, dont beaucoup réussissent. Il s’agit pour des industriels sachant parfaitement qu’ils fabriquent ou distribuent des produits néfastes pour la santé de leurs salariés ou des consommateurs, de continuer à le faire, en s’assurant le silence des autorités censées protéger l’intérêt général. On dénonce ces collusions coupables dans le domaine de l’agro-alimentaire, mais elles sont encore plus dangereuses quand elles autorisent la présence de produits dangereux dans les matières premières (on se souviendra du cas de l’amiante, encore utilisée dans de nombreux pays) ou dans les objets de grande consommation. Un pays comme la France, qui se prétend le champion de la protection des consommateurs et du principe de précaution érigé tous azimuts, semble être aussi celui qui aurait le plus de choses à se reprocher . On lira pour illustrer ce point « Pesticides, Révélations sur un scandale français » de Fabrice Nicolino et François Veillerette, Fayard, 2007. Nous reparlerons sans doute prochainement de cet ouvrage, qui a suscité de fortes réactions des intérêts mis en cause. 14/05/07


Inquiétudes sur la pérennité de la croissance indienne

Le gouvernement indien commence à se préoccuper du fait que la forte croissance de l’économie creuse rapidement le déficit du commerce extérieur. En clair, l’Inde importe plus qu’elle ne peut exporter. Son déficit entre avril 2006 et avril 2007 a augmenté de 40%, pour atteindre 57 milliards de dollars. L’Inde est la seule au sein du groupe des BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) à faire montre de tels résultats négatifs. Ce sont non seulement les importations en pétrole mais celles en produits manufacturées, qui sont responsables du déficit. La résistance des campagnes à l’installation d’industriels extérieurs, le manque de main d’œuvre qualifiée, se font durement sentir. Environ 42% de la population serait analphabète, contre 1% en Chine. Les infrastructures sont défaillantes, notamment en termes de transports. Or la roupie ne cesse de d’apprécier, contrairement à la monnaie chinoise et au dollar. Comment exporter dans ces conditions ?

Certains observateurs politiques indiens, comparant la situation du pays à celle de la Chine, regrettent que le gouvernement ne soit pas aussi autocratique que celui de Pékin. Sans être une démocratie parfaite, l’Inde doit tenir compte, au plan fédéral comme dans les régions, des réactions de la population. Nul n’ose accepter systématiquement, comme en Chine, de retarder de plusieurs générations l’accès des pauvres à un meilleur niveau de vie, pour favoriser les grands investissements. 14/05/07


L'enfer est-il exothermique ou endothermique?

Pour nos nombreux lecteurs qui croient dur comme fer à la réalité du ciel et de l'enfer, voici la réponse d'un étudiant à une question "bonus" de chimie posée à l'université de Nanterre (communiqué par un abonné et transcrit du PDF par CJ).

Question Bonus: « l'enfer est-il exothermique 1 ou endothermique 2 ?» (1 : évacue la chaleur, 2 : absorbe la chaleur)

La plupart des étudiants ont exprimé leur croyance en utilisant la loi de Boyle (si un gaz se dilate il se refroidit et inversement) ou ses variantes. Cependant, notre étudiant eut la réponse suivante:

" Premièrement, nous avons besoin de connaître comment varie la masse de l'enfer avec le temps. Nous avons besoin de connaître à quel taux les âmes entrent et sortent de l'enfer. Je pense que nous pouvons assumer sans risque qu'une fois entrées en enfer, les âmes n'en ressortiront plus. Du coup aucune âme ne sort.

De même pour le calcul du nombre d'entrées des âmes en enfer, nous devons regarder le fonctionnement des différentes religions qui existent de par le monde aujourd'hui. La plupart de ces religions affirment que si vous n'êtes pas membre de leur religion, vous irez en enfer. Comme il existe plus d'une religion exprimant cette règle, et comme les gens n'appartiennent pas à plus d'une religion, nous pouvons projeter que toutes les âmes vont en enfer...

Maintenant, regardons la vitesse de changement de volume de l'enfer parce que la Loi de Boyle spécifie que «pour que la pression et la température restent identiques en enfer, le volume de l'enfer doit se dilater proportionnellement à l'entrée des âmes». Par conséquent cela donne deux possibilités:

1) si l'enfer se dilate à une moindre vitesse que l'entrée des âmes en enfer, alors la température et la pression en enfer augmenteront indéfiniment jusqu'à ce que l'enfer éclate.

2) si l'enfer se dilate à une vitesse supérieure à la vitesse d'entrée des âmes en enfer, alors la température diminuera jusqu'à ce que l'enfer gèle.

Laquelle choisir ? Si nous acceptons le postulat de ma camarade de classe Jessica m'ayant affirmé durant ma première année d'étudiant «Il fera froid en enfer avant que je couche avec toi», et en tenant compte du fait que j'ai couché avec elle la nuit dernière, alors l'hypothèse doit être vraie. Ainsi, je suis sûr que l'enfer est exothermique et a déjà gelé… Le corollaire de cette théorie c'est que comme l'enfer a déjà gelé, il s'ensuit qu'il n'accepte plus aucune âme et du coup qu'il n'existe plus... Laissant ainsi seul le Paradis, et prouvant l'existence d'un Etre divin, ce qui explique pourquoi, la nuit dernière, Jessica n'arrêtait pas de crier "Oh....mon Dieu !...."

Pardon pour la touche machiste finale. Il reste que cet étudiant est le seul ayant reçu la note 20/20)


L'Europe puissance, un objectif refondateur pour les gauches européennes (en discussion interne)

Résumé. Certains éditorialistes estiment aujourd’hui que les partis socialistes européens devraient redéfinir ce que signifie la gauche, afin de l’adapter à l’évolution du monde. Le besoin de refondation est particulièrement ressenti en ce qui concerne le parti socialiste français, mais on peut penser qu’il intéresse l’ensemble des social-démocraties européennes. Si nous excluons le retour à l’extrême-gauche comme la fuite dans l’altermondialisme, qui ne peuvent être en aucun cas des options de gouvernement, que reste-t-il cependant à la gauche comme objectif refondateur. Nous défendons ici l’hypothèse que l’Europe n’étant pas capable aujourd’hui d’affronter la grande crise mondiale qui s’annonce, aux plans environnemental, économique et politique, les gauches européennes n’auront de crédibilité que si elles proposent des solutions permettant aux peuples européens d’y survivre dans les meilleures conditions.

A cette fin, nous pensons que c’est le concept d’Europe puissance – on pourrait reprendre aussi celui de Forteresse Europe si le terme n’était pas trop marqué d’esprit défensif – qui serait le mieux capable de mobiliser les gauches européennes. Observons d’emblée que cet objectif pourrait, et c’est heureux, mobiliser aussi ceux qui à droite comme au centre ne veulent pas s’abandonner aux mécanismes destructeurs de l'ouverture sans protections aux capitaux spéculatifs internationaux et aux importations non contrôlées. C'est ce type de libéralisme ou laisser-faire qui est en effet principalement défendu par les super-puissances rivales de l’Europe. Elles ne se l'appliquent pas à elles-mêmes mais elles s’en servent pour démobiliser leurs adversaires.

Concernant les institutions européennes, le concept d'Europe-puissance se traduirait par la mise en place d'instruments capables d'élaborer une planification écologique et une planification industrielle. L'une et l'autre se traduiraient par un "néo-dirigisme" ou "néo-colbertisme" européen, capable d'imposer des politiques communes, telles que la fiscalité écologique ou la mise en place de "champions" européens. Les mots employés ici, plnification, dirigisme, colbertisme, sont mis entre guillemets, car ils peuvent évoquer les politiques européennes d'après la seconde guerre mondiale, qui transposées en l'état, n'auraient pas de sens. Il ne faut pas se dissimuler en effet qu’une telle politique d’Europe-puissance pourrait entraîner des pratiques interventionnistes obsolètes. Beaucoup d’Européens n'en veulent pas car l'intitulé de cette politique leur rappelle les dictatures fascistes d'avant-guerre, les dirigismes d’après-guerre et plus encore le communisme stalinien au pouvoir pendant quarante ans à l’Est de l’Europe.

Les défenseurs de l’Europe-puissance doivent donc montrer qu’un tel objectif demanderait la mise en œuvre de méthodes entièrement renouvelées de gouvernement et de gestion économique, Il faudra proposer de nouvelles institutions, capables de leur donner la portée stratégique nécessaire. Alors les gauches de gouvernement (celles qui ont répudié toute référence au marxisme) pourraient y retrouver leurs valeurs et se rapprocher au moins tactiquement de ceux qui, au sein des partis européens de droite et du centre, se montreraient soucieux de la grandeur de l'Europe comme le Gaullisme l'était en son temps de la grandeur de la France.

La gauche de gouvernement, ou social-démocratie, se définit par des valeurs morales et comportementales. Elle n’en a pas le monopole mais elle les exprime avec une force particulière, en essayant de les mettre en pratique. Cependant, pour la grande majorité des citoyens, sympathisants ou non, elle se caractérise aussi et surtout par des objectifs politiques, principalement dans le domaine économique et social. Ces objectifs la distinguent clairement du libéralisme défendu par la droite classique. Dans les deux cas, il convient de s’interroger sur les mises à jour et actualisations qui s’imposent à la gauche, en France d’abord, mais aussi en Europe. Nous nous intéresserons dans cet article au point qui parait le plus difficile, la redéfinition des objectifs politiques des social-démocraties européennes, tels qu’elles pourront les présenter aux électeurs dans les futures campagnes électorales. L’article se place par facilité dans le cas français, mais nous voudrions que l’approche proposée puisse être comprise et discutée par l’ensemble des social-démocraties européennes.

Les Trente Glorieuses sont définitivement derrière nous

Jusqu’à la fin des Trente Glorieuses (années de reconstruction ayant suivi en France la fin de la seconde guerre mondiale) les objectifs politiques du socialisme, dans lequel se reconnaissait la gauche de gouvernement française (c’est-à-dire ayant de fait sinon dans le discours renoncé à la dictature du prolétariat et autres éléments de la vulgate marxiste) étaient simples à formuler et semblaient entrer dans le domaine du réalisable. Il s’agissait, en simplifiant, de défendre les revenus salariaux et, plus généralement, d’assurer une meilleure répartition des revenus globaux en faveur des plus démunis. La France disposait d’un secteur productif privé relativement dynamique. Il paraissait donc possible de chercher à imposer aux entreprises une politique des salaires et des mesures fiscales destinées à un meilleur partage des bénéfices de l’activité économique. La France disposait parallèlement d’un fort secteur productif public, mis en place à la Libération en conformité avec le point de vue "interventionniste" défendu dès 1936 puis à la Libération selon lequel le secteur public est le mieux à même d’investir pour le long terme et dans les domaines non susceptibles de profits capitalistes. Ce secteur public productif était protégé de la concurrence par un statut juridique lui assurant de larges monopoles. On pouvait donc faire appel à lui pour pallier certaines inégalités. Enfin, des organismes sociaux également publics, financés par des prélèvements obligatoires, mutualisaient la couverture des risques. Les diverses composantes du secteur public ainsi décrites finançaient une partie de leurs dépenses grâce à des prélèvements obligatoires (subventions budgétaires, tarifs aménagés…).

Un système d’économie mixte privé-public, très différent évidemment de l’économie administrée sur le modèle communiste qui à l’Est commençait à entrer en crise profonde, assurait donc à la fois la croissance économique et la protection sociale (Etat Providence). La droite venue au gouvernement dès le début des années cinquante puis sous le Gaullisme n’avait pas tenté de revenir sur cet équilibre. Elle n’avait pas cherché initialement à privatiser massivement le secteur public ni à réduire les réglementations protectrices dont il disposait. L’opposition de gauche, de son côté, dans sa composante social-démocrate, ne réclamait pas d’étendre le domaine de l’économie dite administrée. Elle se bornait, pour répondre aux « revendications » de ses électeurs, à demander que s’accroissent la part des revenus salariaux (la hausse du SMIG) et le montant des prestations sociales. Satisfaire avec prudence à ces demandes, afin de ne pas provoquer d’inflation, considérée depuis la guerre comme le mal absolu, ne paraissait pas susceptible de diminuer la compétitivité des entreprises privées et publiques. Protégées de la concurrence extérieure, celles-ci avaient de la réserve et pouvaient, même confrontées à un accroissement modéré de leurs charges, continuer à investir et à se développer. Ainsi, au travers d’inévitables turbulences, le modèle français, tant économique que social, paraissait durable.

Explosion de la concurrence internationale

Les difficultés ont commencé lorsque, sous l’effet de la concurrence internationale, provenant initialement des entreprises géantes américaines, un certain nombre d’industries stratégiques et de services publics français ont perdu des marchés, à l’extérieur et surtout à l’intérieur. Parallèlement, les protections douanières et fiscales qui contrôlaient l'entrée des biens et services sur le territoire national ont été abaissées sous la pression politique des Etats-Unis. Enfin le marché des capitaux a été progressivement ouvert. Obliger les Etats européens à supprimmer les protections réglementaires était devenu en effet pour les Etats-Unis un véritable objectif de guerre économique, comme il l'avait été au 19e siècle pour le patronat européen vis-à vis des pays que l'on n'appelait pas encore le tiers-monde. Il fallait pénêtrer sans barrières les marchés intérieurs et détruire les résistances provenant d’entreprises nationales plus petites. La Communauté Européenne, dont nous avons montré par ailleurs qu’elle avait été en grande partie encouragée par les Américains afin de les aider à imposer un grand marché ouvert, a joué sans hésiter le jeu du laisser-faire, au détriment d’économies qui, comme celle de la France, restaient en grande partie « régulées » .

Certes l’ouverture des marchés a permis diverses restructurations économiques et une élévation indéniable des niveaux de vie. Mais cela ne pouvait être durable. Sous la pression de la concurrence extérieure, réductions d’emploi, baisses de salaires, diminution des recettes fiscales et finalement accroissement des déficits budgétaires et de la dette publique devenaient désormais inévitables. Dans le même temps, la demande de biens de consommation qui ne cessait de se développer, sous l’influence d’un mode de vie gaspilleur encouragé en Europe par les industries culturelles américaines, ne pouvait plus être satisfait par l’offre intérieure. La demande se portait donc sur les biens et services importés, au détriment de la balance commerciale. Un cercle vicieux s’est alors instauré, plus particulièrement en France et dans les Etats européens du sud, cercle vicieux caractéristique des pays sous-développés.

Ce cercle vicieux se caractérisait et se caractérise encore par deux mécanismes complémentaires : la consommation intérieure s’adresse de plus en plus aux produits d’importation parce que les entreprises nationales ne sont pas de taille à répondre à la concurrence par la baisse de leurs prix de vente et la recherche de nouveaux produits – le secteur public économique et les administrations sociales ayant perdu l’essentiel de leurs recettes du fait de la baisse des impôts elle-même entraînée par l'évaporation de la matière imposable ne peuvent plus maintenir les grands investissements publics et le niveau de prestations estimés nécessaires par l’opinion. Accroissement des déficits, dévaluations, fuite du capital et des cerveaux à l’étranger en découlent inexorablement. Dans ces conditions, les revendications de la gauche, qui continuent à demander une hausse des salaires et du niveau de vie des plus défavorisés, paraissent de plus en plus irréalistes. Tout simplement parce qu’il n’y a plus de production nationale pour répondre à la demande et que l’on ne peut indéfiniment acheter à crédit les produits étrangers. C’est dans le domaine des technologies de l’information et des produits high-tech que ce mécanisme de désindustrialisation et de perte de compétence s’est fait le plus rapidement et le plus cruellement sentir, dès le début des années 1980.

Dans les décennies suivantes, le mécanisme s’est accéléré, aboutissant à l’état d’horreur économique décrit par Viviane Forrester. Ce ne fut plus seulement la concurrence des multinationales américaines qui a contribué à ruiner les potentiels productifs nationaux, mais celle des entreprises à bas salaires asiatiques parfois installées aux portes de l’Europe. Les économies européennes, à l'exception d'un miracle allemand spécifique et fragile, ont désormais perdu une grande partie de leur compétitivité. L’économie mixte à la française et le modèle social français en découlant furent les premières victimes de la mondialisation de la concurrence et de l’entrée en masse des acteurs asiatiques.

Edgar Morin, dans un entretien avec Luc Ferry sur la complexité (Le Monde 2, 05/05/07) emploie à plusieurs reprises le terme d’esclavagisme (entreprises esclavagistes, économies esclavagistes) pour désigner les concurrents asiatiques des entreprises et économies européennes Il condamne ainsi des salaires plus de 100 fois inférieurs aux nôtres, le travail des enfants et plus généralement l’existence d’une réserve de main d’œuvre quasi inépuisable et prête à accepter n’importe quelles conditions de travail pour survivre. Dans ces conditions, comment résister à la concurrence ? Nous pensons pour notre part qu’il est sérieux de stigmatiser les pays qui font un vaste appel à leur réserve de main d’œuvre soit pour conduire de grands travaux (Le barrage des Trois Gorges, par exemple) soit pour fabriquer des produits manufacturés à bas prix.

Nous préférerons pour notre part réserver le terme d’esclavagistes aux entreprises plus ou moins clandestines installées en Europe qui emploient une main-d’œuvre immigrée, au mépris des réglementations du travail européennes, afin de fabriquer des produits souvent contrefaits et vendus en fraude. Que la Chine ou l’Inde (sans parler du Pakistan, du Bangladesh ou de l’Indonésie) disposent de centaines de millions de travailleurs potentiels susceptibles de travailler pour moins de 1 dollar par jour ne relève pas à cet échelle d’un quelconque délit d’esclavagisme ni de la part des entreprises asiatiques ni de celle des Etats. C’est un phénomène systémique mondial, d’ailleurs sans doute catastrophique au regard de l’avenir de la civilisation européenne si celle-ci ne fait rien pour se défendre. Il résulte d’une démographie non maîtrisée voire encouragée par certains mouvements politiques et religieux de combat. Autrement dit, c’est une des formes par lesquelles se manifeste la fragilisation de la position de l'Europe par rapport au reste du monde.

L’ Europe-puissance

Certains Occidentaux voudraient que les pays asiatiques réglementent leur marché du travail afin d’éliminer des concurrences qu’ils jugent déloyales. Mais ce serait aussi vain qu’attendre d’eux qu’ils réévaluent leur monnaie et limitent leur production pour diminuer les tensions sur les matières premières ou la production des gaz à effet de serre. La seule attitude réaliste, concernant les Européens, consisterait à mettre en place et blinder une Europe puissance 1) capable de résister à la concurrence asiatique. C'est ce que les Etats-Unis ont entrepris depuis un certain temps pour leur compte, avec le concept de "global dominance" qu'ils s'appliquent à eux-mêmes..
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Il ne s’agirait pas pour l'Europe, tâche impossible, d’interdire a priori les délocalisations ou les importations de produits à bas coûts. Il faudrait par contre que les Européens conduisent plusieurs politiques concourantes, bien loin du libéralisme actuel :

* créer et rendre fort un gouvernement économique de l’Europe capable de rationaliser en interne les activités productives et de les protéger, en tant que de besoin, par une frontière extérieure réellement étanche.

* investir massivement dans la recherche et la formation afin de reprendre la tête de la course à la connaissance et aux activités à forte valeur ajoutée (Stratégie dite de Lisbonne).

* mettre en place des politiques industrielles et d’exportation agressives dans les secteurs stratégiques.

* admettre enfin, ce qui sera le plus difficile, de financer de tels investissements par une épargne forcée portant sur les consommations gaspilleuses ou les produits importés dont le caractère dérogatoire à nos réglementations aura été reconnu. D’une façon générale, une décroissance des consommations non vitales devra être encouragée et les revenus ainsi dégagés réinvestis dans de grands programmes industriels et scientifiques.

Dès aujourd'hui et de plus en plus dans les prochianes années, ceci devrait se traduire par plusieurs séries de "politiques communes" de nature "dirigiste". La plus importante concernerait un dirigisme écologique et environnemental, seul capable d'inscrire l'Europe en tête dans la lutte contre le réchauffement climatique et la restauration des équilibres naturels, notamment en matière de biodiversité. La seconde viserait à constituer ou reconstituer des champions européens, dans les domaines industriels ou de service jugés indispensables à la survie à long terme d'une Europe indépendante. Il faudrait aussi, pour éclairer ces politiques, se donner les moyens d'évaluation et de prévision nécessaires, tel un grand Commissariat au plan européen.

Si ceci était fait, l’Europe dans sa totalité pourrait négocier, sinon de puissance à puissance, du moins avec de meilleures chances d’être prise au sérieux, avec la Chine, l’Inde et bien d’autres concurrents, les Etats-Unis en premier, chez qui de telles politiques régaliennes (dites de puissance) sont considérées comme allant de soi. Une politique de puissance, pour l'Europe, ne consisterait pas à refuser les investissements ou les importations asiatiques ou américains. Elle viserait par contre à ne rien concéder sans contreparties, ni sur le plan du commerce extérieur, ni sur celui du marché des capitaux. Dans des négociations globales débouchant sur des accords à long terme où chacun des partenaires trouverait des avantages, on pourrait espérer à la fois sauvegarder et enrichir l’emploi européen et contribuer à diminuer, dans les pays émergents, la masse flottante des salariés à 1 dollar par jour.

Mais on le voit, tout ceci est bien loin du libéralisme à tout va imposé à l’Europe par les puissances dominantes, pour qui ce libéralisme est une arme de guerre économique. Il est bien loin aussi de l’état d’esprit des opinions européennes, vis-à-vis notamment de la construction d’institutions capables de contribuer à la mise en place de l'Europ puissance ainsi esquissée.

L’Europe-puissance et les gauches européennes

Pour les gauches européennes, comme plus particulièrement pour la gauche de gouvernement française, représentée principalement par le parti socialiste, la situation ainsi décrite, qu’il serait vain de discuter, pose évidemment la question de la mise à jour des programmes sociaux-démocrates, auxquels de moins en moins d’électeurs font confiance. Il faudrait d'abord, pour la clarté des esprits, répudier clairement toutes références au marxisme léniniste. Faut-il demander au parti socialiste français d'aller ainsi clairement à Canossa, alors que pratiquement les références marxistes ne sont plus jamais utilisées pour justifier les choix poliitiques. Oui, car dans un certain nombre d'esprits situés à la gauche de la gauche, elles demeurent encore vivaces et condamnent ceux qui les défendent encore à l'irréalisme. Pour ce qui concerne les programmes politiques concrets, la même mise à jour d'impose. Elle a été demandée implicitement par une partie des dirigeants socialistes français. Il ne sert plus à rien de réclamer , surtout si c’est au sein de chacun des pays européens pris isolément, l’augmentation des salaires et de la protection sociale, elles-mêmes financées par une élévation des impôts. Il ne sert pas davantage de demander aux services publics, quand il en reste, dont les équilibres sont de plus en plus compromis, d’améliorer leurs prestations au service des plus défavorisés. A quoi bon enfin réclamer une augmentation sensible des budgets de recherche/développement si rien n'est fait pour procurer des ressources en contrepartie de ces nvestissements, aujssi nécessaires qu'ils soeint. Les agents économiques vers lesquels des gouvernements de gauche se tourneraient pour financer ou réaliser ces programmes s’évanouiraient immédiatement dans la nature. De tels objectifs ne pourraient être poursuivis qu'au sein d'une entité politique européenne globale, où ils seraient la contrepartie de politiques économiques et industrielles ambitieuses, destinées à restaurer des sources de richesses - c'est-à-dire tout le contraire des dérégulations et du libéralisme aujourd'hui présentés comme la seule solution de redressement possible pour l'Europe.

La social-démocratie, si elle renonce à des revendications utopiques, ne doit pas cependant prendre acte de l’apparente victoire du libéralisme mondialisé et rejoindre le discours de la plupart des droites européennes. Selon ce discours, il faudrait libérer les entreprises installées en Europe de toutes contraintes fiscales et sociales, renoncer aux services publics, même essentiels, pour les privatiser aux mains des entrepreneurs privés internationaux qui y verraient l’occasion d’y faire du profit spéculatif (au mépris évidemment de l’idée même de service public), et finalement n’encourager les activités économiques que dans les domaines ne demandant que peu d’investissement et de recherche, comme les services financiers et la distribution en Europe des produits et services conçus et fabriqués par des non-européens. Ces dernières années, ce fut un peu là le modèle anglais de développement, sur lequel d’ailleurs les Britanniques semblent en train de revenir. Mais il est évident que l’Europe ne peut compter sur de tels programmes pour conserver son identité, son indépendance et ce qui lui reste de puissance. Sans industrie et sans recherche/développement, pas d’avenir pour l’Europe, comme l’écrit justement Jean-Louis Levet (Economica, 2006). Aucun pays européen, fut-il pour le moment un peu mieux loti que les autres, comme l’est l’Allemagne, ne trouvera de schémas durables de développement en faisant confiance aux capitaux spéculatifs internationaux.

Nous sommes pour notre part persuadé que la solution résumée par le concept d’Europe-puissance s'appuyant sur des technologies elles-mêmes de puissance (défendu en particulier par l’association Paneurope-France) serait seule capable de sauver l’Europe. Le terme a été caricaturé par les libéraux mais la chose n’aurait rien d’original puisque, comme nous l’avons indiqué, il s'agit d'une solution déjà adoptée, depuis longtemps, par les grandes puissances, Etats-Unis et Chine en tête. Pour ce qui concerne la France, cette solution ferait appel aux traditions conjuguées du Gaullisme industriel et des grands programmes de la reconstruction post-1945, confiés à un secteur public regroupant les meilleurs compétences en matière grise dont la nation peut se flatter de disposer. Le secteur privé pourrait s'occuper du reste. Il ne manquerait pas de travail.

S’agirait-il alors d’une perspective de droite ou d’une perspective de gauche. Elle ne serait certainement pas de droite au sens classique car elle répudierait un libéralisme de démission consistant à abandonner aux acteurs économiques étrangers tous les secteurs d’avenir. Mais elle ne serait pas non plus de gauche au sens classique, car ses priorités ne serait pas la croissance de la consommation et la distribution des revenus, sauf pour pallier aux inégalités les plus criantes. Il s’agirait d’abord d’être productif et productiviste, ce qui signifierait travailler beaucoup, innover plus encore, investir dans les technologies émergents et, pour épargner, limiter au maximum les consommations somptuaires. Rappelons que de tels objectifs seraient parfaitement adaptés au monde de demain, où la crise environnementale mondiale exigera que l’Europe, comme les autres grands ensembles géo-politiques, s’oriente vers une véritable économie de guerre.

La gauche française pourrait-elle se rallier à de tels objectifs sans abandonner ses valeurs? Pourquoi pas ? Pourrait-elle convaincre les autres gauches européennes de la suivre dans cette voie, très inspirée d’un vieux colbertisme à la française qui fera peur à nos voisins dont la fibre social-démocrate est bien moins ambitieuse ? Peut-être, si les Français présentent les choses sans a priori dogmatiques.

Mais il y a plus et mieux. Nous pensons que les solutions raisonnables esquissées ci-dessus afin de construire l’ Europe-puissance, pourraient rallier une majorité des partis de gouvernement de droite et du centre, en France comme en Europe. L’approfondissement de la crise environnementale rendra à leurs yeux le libéralisme pur et dur de plus en plus insupportable. Les divergences d’approche entre gauche et droite ne disparaîtraient pas pour autant, mais elles ne porteraient que sur des points limités. Une gouvernance de salut public pourrait au contraire rassembler tous les Européens, de gauche comme de droite, désireux de sauver la patrie européenne commune à laquelle ils ont la chance d’appartenir 14/05/07.

1) Certains emploient le terme de Forteresse Europe, un peu dangereux car il semble centré sur des attitudes purement défensives.


Etats et religions unis dans les nouvelles guerres de conquête

L’Europe pendant des siècles a envoyé prêtres et soldats sous les mêmes bannières pour conquérir des territoires ou des zones d’influence, suivant d’ailleurs en cela l’exemple le plus connu, celui des Arabes en méditerranée. Aujourd’hui, les pays européens n’ont plus d’ambitions territoriales et le principe de laïcité ne leur permet plus – en principe - d’appeler les religions à soutenir leurs politiques diplomatiques.

Mais l’Europe est seule dans ce cas. Cela la désavantage manifestement face aux grandes manoeuvres expansionnistes de ceux qui lui disputent ce qui lui reste de richesse et de puissance. On sait depuis longtemps que les Etats musulmans et leurs militants islamiques s’efforcent de pénétrer par divers moyens les pays européens. Ceux-ci se défendent mal car dans leur souci de respecter la liberté des croyances ils laissent s’implanter des cellules visant ni plus ni moins qu’à la conquête de nouveaux territoires.

Mais on sait moins que d’autres Etats puissants utilisent aussi les religions pour étendre leur influence. Ne mentionnons pas la Chine et l’Inde plus loin de nous pour le moment. Limitons nous à l’actualité. La visite du pape au Brésil est clairement motivée par le fait que les Etats-Unis, un moment écartés de l’Amérique Latine, sous l’influence des mouvements révolutionnaires ou de la théologie (catholique) de la libération, sont en train d’y revenir sur une grande échelle par l’intermédiaire des religions méthodistes, pentecôtistes et évangéliques. Celles-ci, avec des méthodes proches de celles des sectes, sont importées d’Amérique du Nord et véhiculent l’influence économique, politique et culturelle des Etats-Unis. Il n’est pas impossible qu’elles s’attaquent ultérieurement, à plus grande échelle qu’actuellement, à l’Europe. Nous aurons donc à nous défendre, non seulement de la culture coca-cola et microsoft, mais de la culture des méga-churchs.

L’Eglise catholique d’origine américaine et les sectes véhiculées dans sa mouvance ont déjà d’ailleurs compris la leçon et commencé à s’attaquer à l’Europe, comme le montrent les méthodes de recrutement inadmissibles déployées notamment à l’égard des jeunes européens par de prétendus nouveaux missionnaires auto-proclamés.

On objectera que le Département d’Etat n’intervient pas directement pour pousser en avant les mouvements religieux américains, afin de reprendre le contrôle des opinions, en Amérique latine et en Europe. Pourtant ces mouvements disposent de beaucoup d’argent venant de fondations liées à l’establishment économique et politique nord-américain. Ces sommes font le pendant aux centaines de millions de pétro-dollars versés par les Etats du Golfe pour aider à la dissémination de l’Islam.

On voit que les laïques, en Europe, ont beaucoup de soucis à se faire. Bientôt ils ne seront plus que quelques attardés ne comptant que sur les lumières de la raison pour sauvegarder l’indépendance de nos institutions face aux fondamentalistes de toutes obédiences. 11/05/07


Hypothèses sur les raisons de l'échec de Ségolène Royal (texte provisoire, en discussion interne).

Voilà. Ce que laissait craindre la précédente chronique s'est réalisé. Le vote de la France s'est droitisé. Cela n'a rien de nouveau, car pratiquement sans interruption depuis la 2e Guerre mondiale la gauche a perdu les élections - si on laisse de côté l'intervalle Mitterand qui ne représentait pas un véritable succès de la gauche de coeur. Ceci oblige donc à s'interroger sur les raisons de ce nouvel échec.

Beaucoup de nos correspondants, y compris des femmes, ont dit n’avoir pas voté pour SR (elles ont voté pour Bayrou ou blanc au second tour), non pas par hostilité pour elle mais par un refus du PS et de son programme. Ces personnes n’étaient pas pour autant convaincues par le programme Sarkozy et elles ne le sont toujours pas. Cela pose une question, plus actuelle que jamais : que peut-être un programme de gauche pour la France d’aujourd’hui et en quoi un tel programme peut-il avoir assez de poids pour ne pas laisser entièrement le champ libre à la droite. Accessoirement, cela pose aussi la question de savoir si dans le programme de la droite, existent des objectifs qui pourraient être commun à ceux d’un programme de gauche, ainsi redéfini.

Bien entendu, la France n’étant pas seule en Europe et l’Europe n’étant pas seule dans le monde, formuler des propositions sur un programme de gauche renouvelé suppose de se placer en priorité sur ces deux plans : le plan mondial et le plan européen. Il ne serait pas prudent ici d’apporter à chaud des propositions sur ces diverses questions. Tout au plus peut-on faire quelques observations.

1. Concernant le PS et le refus qu’il suscite désormais chez trop d’électeurs. L’action de SR a été handicapée par les personnalités contestées qui se rangeaient derrière elle et qui auraient profité de son succès pour exercer le pouvoir sur des bases politiciennes, sans visions, par pur opportunisme. Leur échec était prévisible. Les éléphants dont on pressentait le retour, Fabius le traître et même Strauss-Kahn, qui tous deux sous un soutien apparent lui disputaient le rôle, n’étaient plus acceptables. Aucune idée neuve, même venant du second cité, DSK, n'avait été formulée. Ni eux ni le PS plus généralement n’avaient préparé le nouveau programme que le parti se devait de présenter. Ils se sont bornés à reprendre l’ancien programme, dont la plupart des dispositions étaient obsolètes, contradictoires et irréalisables. Chacun le sentait. Quand on veut gagner une élection, on s’y travaille longtemps à l’avance, et de façon aussi scientifique que possible. La sanction de l’impréparation a été qu’aucune stratégie à long terme, concernant les grandes questions de l’époque, n’ont été abordées.

Mais, qui, au PS, serait aujourd’hui capable de proposer un nouveau programme sur des bases qui paraîtraient stratégiquement crédibles au plan social, institutionnel, technologique, diplomatique et qui ne soit pas seulement la transposition d’un programme de droite ? Si de telles personnes existent, elles auraient intérêt à se faire connaître et commencer à travailler en toute clarté.

On objecte déjà que les électeurs se moquent des grandes idées et veulent être maternés, fut-ce par des promesses que personne ne tiendra. Nous ne le croyons pas. D'une part les électeurs ne sont pas idiots. D'autre part, l'opinion est faite par celle de quelques personnes capables de recul et de sens critique. Si celles-là ne sont pas convaincues, personne ne l'est.

2. Concernant SR elle-même. Des insuffisances évidentes l’ont décrédibilisée, malgré ses très grandes qualités et son effort évident de renouvellement du jeu politique. Outre qu’elle a supporté avec trop de patience le sabotage de sa campagne, évoqué ci-dessus, mené par de nombreux hiérarques du PS, elle a montré elle aussi une grande impréparation. Affirmer que l’on ne peut pas résoudre à l’avance toutes les questions et qu’il faut en discuter dans le cadre d’institutions politiques renouvelées est une bonne chose. Ne pas paraître avoir réfléchi aux grands enjeux du monde et du moment en est une autre. Trancher de questions difficiles avec assurance n’est pas meilleur. Elle a affiché une priorité au social et au compassionnel qui se justifie, mais qui tourne à l’incantation si cette priorité ne s’insère pas dans des perspectives stratégiques capables de la soutenir. Aucune des stratégies de puissance, aucun des grands programmes technoscientifiques qui permettraient à la France, comme à l’Europe, de défendre ses valeurs face à des superpuissances qui ne lui veulent aucun bien, n’ont été évoqués. Cafouiller sur la défense, sur le nucléaire, sur l'environnement, en ne s’élevant pas au dessus du niveau zéro de la « pensée » d’un José Bové, ne pouvait que déconsidérer SR vis-à-vis de l’électorat des cadres, des ingénieurs et des chercheurs, jeunes ou moins jeunes. Espérer recueillir les voix de l’extrême-gauche sans critiquer l’irréalisme voire le nihilisme trotskyste de leurs propositions n’était pas davantage acceptable.

Des enquêtes post électorales montrent qu’une grande partie des voix qui se sont portées sur Sarkozy proviennent des retraités et personnes âgées (sauf d’une importante frange de jeunes adultes insérés ou voulant s’insérer dans la vie active), des commerçants, artisans et agriculteurs, de la France rurale en général. Aussi légitimes que soient ces populations à faire valoir leurs intérêts, on ne peut accepter qu’elles mènent seules le jeu. Or dorénavant elles risquent de peser lourdement sur la nouvelle majorité et de droitiser encore plus sa politique, dans le sens d’un conservatisme et d’une méconnaissance du monde global qui serait mortel pour la nation toute entière. Les futures élections à l’assemblée nationale ne feront que renforcer leur poids politique. Ainsi le changement voulu par Nicolas Sarkozy se transformera en véritable révolution conservatrice, dans ce qu’elle aurait de plus stagnant et moisi, selon l’expression de Philippe Sollers.

Mais la gauche à son tour ne pourra continuer à recueillir l’appui des jeunes, des cadres, des « élites urbaines » en général que si elle leur offre des perspectives concrètes où ceux qui veulent s’investir dans des stratégies gagnant-gagnant, selon l’expression, pourraient dès maintenant se rassembler et pousser à la prise de bonnes décisions. Sinon ces citoyens n’auront pas d’autres issues que rallier la droite, au moins dans ce qu’elle aurait de moderne.

3. Concernant un nouveau programme de gauche. Sans doute sous l'influence d'un esprit scientiste que l'on nous reprochera, nous pensons ici que la gauche de demain, en France comme en Europe, ne pourra construire un programme politique crédible sans l’appuyer sur une vision aussi scientifique que possible du monde, de l’évolution des systèmes biologiques et environnementaux, des affrontements entre super-organismes, du rôle actuel et futur de l’humain. Sur cette base, il faudra discuter de ce que signifie l’action volontariste, c’est-à-dire la capacité qu’ont les discours politiques et les programmes s’appuyant sur eux à modifier l’équilibre entre les forces en présence.

De plus, pour compliquer l’approche, se sera d’abord à propos de l’Europe et de la place que la France devrait y tenir que ces problématiques devraient être évoquées. Un socialisme franco-français serait impuissant, fut-il fait d'idées géniales. Il faut convaincre tous ceux qui en Europe n'acceptent pas le libéralisme et le capitalisme sans frontières que d'autres solutions sont possibles, refusant cependant l'irréalisme de l'alter-mondialisme. Vaste programme dira-t-on, et pas près d’aboutir. Sans doute, mais cela n'interdit pas d'essayer. Aujourd’hui, dans la société de l’information, ceux qui ont des idées peuvent au moins les exposer et les faire discuter.

Ajoutons que très probablement un tel programme d’action « scientifique » élaboré par la gauche intelligente regrouperait en grande partie ce que pourraient proposer des programmes également « scientifiquement » étudiés par la droite et du centre – ceci au moins quant à leurs aspects pratiques. Le contraire serait d’ailleurs inquiétant. 07/05/07
- 11/05/07


Les indécis ne devraient plus avoir de raison de douter face au choix de société proposé par Ségolène Royal

Le débat télévisé du 2 mai devrait selon moi donner un net avantage à Ségolène Royal sur Nicolas Sarkozy, au moins vis-à-vis des électeurs encore indécis qui se donnent la peine de réfléchir et ne votent pas à droite par tradition.

Sur la forme :

Ségolène Royal a montré que loin de s’effondrer face à un débateur réputé redoutable, elle tenait bon et mieux, prenait quand il fallait l’offensive. Autrement dit, son profil de chef d’Etat, capable d’affronter les crises les plus difficiles, souvent mis en doute y compris chez ses amis, s’est trouvé renforcé.
Nicolas Sarkozy a certes évité de trop montrer son caractère tranchant et autoritaire, ce dont ses supporters se félicitent. Mais son ton relativement apaisé du moment était plus inquiétant que rassurant. On pouvait penser qu’il s’agissait d’une consigne qu’il s’était donné pour l’occasion et, qu’en cas de succès à la présidentielle, il l’abandonnerait vite pour revenir avec une assurance renforcée à son autoritarisme.

Sur le fond :

Ségolène Royal a été la seule à évoquer les grandes perspectives stratégiques du futur. Elle l’a fait très vite, parce que les offensives de son adversaire ne lui en laissaient guère le temps, mais elle l’a fait. Ce faisant elle a montré sa conviction profonde dans ces domaines : la recherche scientifique, l’écologie, la lutte contre le réchauffement climatique, l’éducation, le dialogue avec les partenaires européens, etc. Par ailleurs, elle a proposé à nouveau sa vision de l’Etat de demain : négociateur, s’appuyant sur les organisations professionnelles et les collectivités locales, n’ayant pas réponse à tout d’emblée…mais cependant capable de défendre quand il le faudra les grandes valeurs de la République et de la démocratie – y compris en préservant les services publics.

Nicolas Sarkozy n’a rien fait de tout cela. Il s’en est tenu aux quelques mesures répétées jusqu’à la nausée et dans lesquelles il prétend trouver un remède à tous les maux : libérer et détaxer les heures supplémentaires, supprimer la moitié des fonctionnaires, diminuer les impôts portant sur les contribuables les plus aisés…

Le sort du vote sera-t-il changé par ce débat ? Espérons le. Mais en France le poids des conservatismes est si fort que ceux désireux d’éliminer une vraie réforme politique, telle que définie par Ségolène Royal, l’emporteront vraisemblablement. Il suffit de voir l’empressement pour courir à la soupe mis par les parlementaires de l’UDF, ex-amis de Bayrou. Ce serait bien dommage pour la France. 03/05/07, 09h.


Un rapport de diplomates français pour l'intervention active au Moyen Orient

Par un texte publié sur Internet, des diplomates français demandent au futur président de la République d'adopter en urgence une politique volontariste au Moyen-Orient. Ce rapport, à quelques transpositions près, devrait intéresser tous les membres de l'Union européenne.
Dans une démarche encore inhabituelle mais que nous ne pouvons qu'approuver, un groupe de diplomates français en activité a publié sur Internet, au nom d'Avicenne, un rapport destiné au futur président de la République. Ce rapport incite à une politique volontariste de la France au Moyen-Orient et au Maghreb.

Il saute aux yeux, à la lecture du texte, que les considérations et les propositions qu'il contient seraient recevables, non seulement par le président de la République Française, mais par les Institutions européennes et les autres Etats-membres. L'Union européenne, même si elle n'est pas dans sa totalité aussi impliquée que la France dans les événements dramatiques qui se déroulent au Moyen-Orient, ne peut leur rester indifférente. Il lui faut savoir, au-delà des discours compatissants et des condamnations verbales, intervenir directement dans le traitement des problèmes globaux nés des échecs de l'intervention américaine dans cette zone. Ce ne sont pas seulement la France et les Etats méditerranéens de l'Union qui sont concernés, mais l'Union toute entière. Celle-ci subira de plein fouet les conséquences de l'aggravation permanente de la situation au Moyen -Orient et de la contamination qui en découle pour le Maghreb.

Nous ne pouvons entrer ici dans le détail des propositions présentées par les diplomates français. Il suffit d'inciter nos lecteurs à les lire, en remplaçant chaque fois que nécessaire le mot France par celui d'Europe (d'Europe à vingt-sept). Bien entendu, la participation au règlement du conflit israélo-palestinien s'imposera en priorité. Mais c'est plus généralement tous les équilibres (ou déséquilibres) dits euro méditerranéens qu'il conviendra d'aborder. Un tel programme devrait constituer la première priorité de la politique étrangère et de sécurité commune qui pourra résulter de la relance actuellement en négociation du traité institutionnel européen.

* Le rapport d'Avicenne (pdf, 26 pages) http://blog.mondediplo.net/IMG/pdf/Rapport_Maghreb.pdf


A propos du Je refuse de Bronislaw Geremek

Le monde politique européen a pris très majoritairement pris parti en faveur de Bronislaw Geremek, élu polonais au Parlement européen, historien distingué, ancien ministre et militant depuis les origines du combat de Solidarnosc contre le régime communiste polonais. Comme l’on sait, celui-ci vient de refuser de signer, pour une nouvelle fois, la déclaration prévue par la loi dite de « lustration » selon laquelle il n’a pas collaboré avec les services secrets. Il encourt ce faisant la sanction d’être privé de son mandat de député. Pour justifier ce refus, Bronislaw Geremek explique (Le Monde, 27 avril 2007, p. 1) que « la loi dans sa forme actuelle viole les règles morales et menace la liberté d’expression, l’indépendance des médias et l’autonomie des universités. Elle engendre une sorte de ministère de la vérité et de police de la mémoire. Elle désarme le citoyen (entre 400.000 et 700.000 individus) face aux campagnes de calomnie en affaiblissant la protection légale de ses droits ».

Faut-il ici ajouter sa voix à toutes celles qui encouragent cette personnalité polonaise éminente à ne pas céder à une loi qui pourtant a été votée dans des conditions régulières ? Même si l’on n’apprécie pas la politique suivie par les frères Kaczynski et la majorité au pouvoir, il s’agit d’affaires intérieures polonaises sur lesquelles en principe les autres Etats de l’Union, non plus que les institutions européennes, n’ont pas à intervenir. Mais est-ce bien le cas ? L’Union européenne s’était déjà mobilisée lorsque le gouvernement autrichien, sous l’influence de Jörg Haider, avait paru prendre des positions d’extrême droite ou d’extrême populisme jugées peu compatible avec l’esprit de la démocratie européenne. On peut penser que la loi de lustration polonaise, si elle ne rencontrait pas d’opposition, intérieure ou extérieure, pourrait conduire à l’instauration en Pologne d’un régime lui aussi incompatible avec la philosophie politique de l’Union.

C’est en effet une contrepartie aux avantages qu’apporte à un pays sa participation à un ensemble qui le dépasse. Il ne peut plus se permettre de faire n’importe quoi, comme s’il était resté en dehors du g

Par Jean-Paul Baquiast - Publié dans : gazetadmiroutes
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Jeudi 3 mai 2007

Les indécis ne devraient plus avoir de raison de douter face au choix de société proposé par Ségolène Royal

Le débat télévisé du 2 mai devrait selon moi donner un net avantage à Ségolène Royal sur Sarkozy, au moins vis-à-vis des électeurs encore indécis qui se donnent la peine de réfléchir et ne votent pas à droite par tradition.

Sur la forme :

Ségolène a montré que loin de s’effondrer face à un débateur réputé redoutable, elle tenait bon et mieux, prenait quand il fallait l’offensive. Autrement dit, son profil de chef d’Etat, capable d’affronter les crises les plus difficiles, souvent mis en doute y compris chez ses amis, s’est trouvé renforcé.
Sarkozy a certes évité de trop montrer son caractère tranchant et autoritaire, ce dont ses supporters se félicitent. Mais son ton relativement apaisé du moment était plus inquiétant que rassurant. On pressentait qu’il s’agissait d’une consigne qu’il s’était donné pour l’occasion (la douceur du loup pour entrer dans la bergerie ?) et, qu’en cas de succès à la présidentielle, il l’abandonnerait vite pour revenir avec une assurance renforcée à son autoritarisme.

Sur le fond :

Ségolène a été la seule à évoquer les grandes perspectives stratégiques du futur. Elle l’a fait très vite, parce que les offensives de son adversaire ne lui en laissaient guère le temps, mais elle l’a fait. Ce faisant elle a montré sa conviction profonde dans ces domaines : la recherche scientifique, l’écologie, la lutte contre le réchauffement climatique, l’éducation, le dialogue avec les partenaires européens, etc. Par ailleurs, elle a proposé à nouveau sa vision de l’Etat de demain : négociateur, s’appuyant sur les organisations professionnelles et les collectivités locales, n’ayant pas réponse à tout d’emblée…mais cependant capable de défendre quand il le faudra les grandes valeurs de la République et de la démocratie – y compris en préservant les services publics.

Sarkozy n’a rien fait de tout cela. Il s’en est tenu aux quelques mesures répétées jusqu’à la nausée et dans lesquelles il prétend trouver un remède à tous les maux : libérer et détaxer les heures supplémentaires, supprimer la moitié des fonctionnaires, diminuer les impôts portant sur les contribuables les plus aisés…

Le sort du vote sera-t-il changé par ce débat ? Espérons le. Mais en France le poids des conservatismes est si fort que ceux désireux d’éliminer une vraie réforme politique, telle que définie par Ségolène, l’emporteront peut-être, à quelques voix près. Il suffit de voir l’empressement pour courir à la soupe mis par les parlementaires de l’UDF, ex-amis de Bayrou. Ce serait bien dommage pour la France. Rendez vous lundi. 03/05/07, 09h.

Par Jean-Paul Baquiast - Publié dans : gazetadmiroutes
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