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Jean-Paul Baquiast

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Samedi 16 février 2008

  Mercredi 20 février 2008, 20h : Débat organisé par la Revue "Nouvelles Clefs" entre Jean Staune, auteur de « Notre existence a-t-elle un sens ? » éditions Presse de la Renaissance et Jean-Paul Baquiast, auteur de « Pour un principe matérialiste fort » éditions JP Bayol. Ce débat aura lieu à l’Entrepôt, 7/9 rue Francis Pressensé 75014 Paris (métro Pernety).

Scandale financier en Allemagne

Le porte-parole du ministère des Finances allemand n'a pas voulu faire de commentaires sur le nombre ou l'identité des personnalités visées par le scandale financier qui vient d'être révélé et qui a donné lieu à une plainte. Le parquet de Bochum, en charge, a fait état de "dépôts financiers de plusieurs centaines" de personnes, "en particulier au sein de fondations au Liechtenstein, qui semblent avoir été créées pour servir l'évasion fiscale." Selon le quotidien Tagesspiegel à paraître samedi 16, quelque 300 perquisitions sont déjà prévues pour ce qui s'annonce comme "la plus grande enquête fiscale jamais connue par l'Allemagne". Espérons qu'elle aboutira.

Nous nous garderons bien ici d'opposer la probité des couches dirigeantes françaises aux moeurs plus douteuses de certains dirigeants allemands. Ce n'est pas parce que de telles choses ne sont pas évoquées en france et ailleurs qu'elles n'existent pas. La fraude fiscale, intéressant des chefs d'entreprises, artistes et hommes politiques (disons locaux pour être gentils) n'est pas réservée à nos voisins.

Mais aussi, tous les gouvernements européens en sont complices. Dans une Europe qu'ils opposent par sa probité aux trop nombreuses républiques bananières, il est scandaleux de voir conserver des paradis fiscaux et établissements opaques, soit liés à des Etats (Liechtenstein, Luxembourg, Monaco) soit protégés par eux (Iles anglo-normandes et de Man...Antilles). N'évoquons pas la Suisse...

Nous avons ici chaudement recommandé le choix du Premier ministre du Luxembours Jean-Claude Juncker comme futur président de l'Europe. C'est sans doute le meilleur. Il serait bon cependant qu'il aborde cette question en toute franchise s'il ne veut pas être le moment venu suspecté de fermer les yeux sur des pratiques lamentables 15/02/08


La shoah à l'école

Le nouveau coup médiatique de Nicolas Sarkozy, censé enrayer dans son esprit (on le suppose) sa chute dans les sondages, ne fera que rendre l'exercice de sa fonction plus difficile. Il suffit de voir le hourvari qu'elle a suscité. Décidément, cet homme sème la tempête dès qu'il ouvre la bouche. Mais il ne s'agit pas d'une tempête enrichissante, il s'agit d'un ébranlement des fondements de notre République - laquelle n'est pas la chose de son président. La guerre au sein des écoles entre enfants de diverses origines va être relancée.

Nous n'en dirons pas davantage ici, vu l'ampleur des critiques; il suffit de renvoyer aux propos de Simone Weil dans l'Express de ce jour: ""Inimaginable, dramatique, injuste". L'ancien ministre n’a pas de mots assez durs pour condamner la proposition de Nicolas Sarkozy de "confier la mémoire" d’un enfant français victime de la Shoah à chaque élève de CM2. 15/02/08


Les programmes spatiaux européens vus de l'Elysée

Au centre spatial de Kourou, le 11 février, Nicolas Sarkozy a plaidé en faveur d'une "stratégie spatiale raisonnée et cohérente" de l'Europe, passant notamment par une coopération accrue avec les Etats-Unis pour l'exploration de Mars. "Il n'est pas question, je le dis pour la France et je le propose à nos partenaires européens, de réduire nos efforts ou nos ambitions dans le domaine de l'espace", a-t-il déclaré lors d'un discours prononcé depuis le salle de commandement Jupiter du centre spatial guyanais. Il a proposé par ailleurs de faire d ela base de Kourou un véritable outil européen.

Nous ferons deux observations sur ce plaidoyer. D'une part ces déclarations, qui ont une importance certaine pour l'avenir stratégique de l'Europe et de la France, n'ont guère été relayées par les médias lesquels n'avaient d'attention que pour les réactions éventuelles de Sarkozy père aux initiatives de Sarkozy fils à Neuilly. Cela montre bien le désintérêt des Français pour l'espace. Il est vrai qu'aucun gouvernement ne leur en parle plus depuis longtemps.

D'autre part, c'est bien d'afficher des ambitions à Kourou, mais il faudra en faire l'objet d'un volet important de la présidence française de l'Union. En prend-on le chemin? Concernant Kourou, oui pour une plus grande ouverture à l'Europe. Encore faudrait-il que la charge du financement de la base ne soit pas confiée à des Etats qui ne s'y intéresseront pas. Enfin, concernant la coopération avec la Nasa, bien dans l'esprit d'un retour dans le giron atlantiste que préconise notre président, il y a je crois une unanimité des experts pour dire que la Nasa ne donnera jamais aucun rôle substantiel à d'autres qu'à elle dans ses propres programmes. Aussi bien, les Chinois ne font pas de la coopération avec l'agence américaine le pilier de leurs programmes spatiaux. Pour la Nasa, l'Europe et la Chine sont également à tenir à distance. Autrement dit, la stratégie spatiale de la France et de l'Europe ne peuvent dépendre d'effets d'annonce et de coups médiatiques, aussi vite oubliés qu'émis. 12/02/08


Annonces du président concernant la présidence française de l'Union (2e semestre 2008)

Le 10 février, Nicolas Sarkozy a confirmé sur les antennes l'adoption définitive par la France du traité de Lisbonne (ce qui est une bonne chose en effet, après tous les retards subis). Il a par ailleurs annoncé 4 grandes priorités pour la présidence française de l'Union: faire prévaloir des politiques européennes concernant le développement durable et l'immigration ainsi qu'en matière de défense européenne et pour une refondation de la politique agricole commune. Ce serait très bien, mais il ne faudrait pas jouer "perso" ou illisible dans ces divers domaines. Entre les points de vue apparemment contradictoires de J.P. Jouyet (officiellement en charge) et de conseillers ouvertement souverainistes, qui l'emportera? Sur l'environnement, la plus grande confusion semble dorénavant rêgner, avec notamment les perspectives d'ouverture de nouveaux segments d'autoroutes. Sur la défense, le rapprochement étudié avec l'US military en Afghanistan parait une voie bien tortueuse pour renforcer les moyens consacrés à une défense européenne autonome. Sur l'immigration, nul ne peut dire aujourd'hui vers quoi la France s'oriente, compte-tenu des difficultés et des contestations de la politique Hortefeu.

Par ailleurs, nous sommes bien obligés de dire que si la présidence française ne permet pas de relancer l'Europe dans la voix de grandes politiques industrielles et scientifiques, elle aura perdu une grande occasion d'agir pour le renforcement de l'Europe. Pourquoi ne pas parler de l'Espace, des infostechnologies et biotechnologies, des politiques culturelles, etc. ? Pourquoi ne pas susciter l'enthousiasme des jeunes sur de tels projets. Apparemment, ces questions ne seront pas évoquées, sans doute parce que nos dirigeants ne perçoivent même pas leur intérêt. 11/02/08


Accueillir en France Ayaan Hirsi Ali

Symbole de la laïcité et de la libre pensée, l'ex-députée néerlandaise d'origine somalienne Ayaan Hirsi Ali, menacée de mort à cause de ses positions sur l'islam, semble souhaiter la nationalité française et la protection de notre pays. Il faut espérer qu'elle obtiendra l'une et l'autre. Le gouvernement néerlandais s'est déconsidéré en cessant de financer sa protection et surtout en cessant de reconnaïtre la validité de son combat, par peur de réactions intégristes. Espérons que la France, et avec elle l'Union européenne toute entière, sortiront de cette lâcheté inadmissible. Il semblerait, selon Rama Yade, secrétaire d'Etat aux droits de l'homme, qui soutient Ayaan Hirsi Ali, que le gouvernement français entendrait donner suite à la demande de cette dernière. Ce serait la moindre des choses. Des intellectuels français et plusieurs organes de presse ont organisé un meeting de solidarité dimanche 10 au soir pour attirer l'attention sur la situation de l'ancienne députée.

Plus généralement, le besoin d'une prise de conscience des opinions européennes face à la nécessité de répondre à l'offensive des religions s'impose. On en est loin pourtant, alors que l'archevèque de Canterbury vient de formuler la proposition vraiment insensée d'autoriser l'application de la loi islamique ou charia dans les communautés musulmanes de Grande Bretagne: "Sharia law in UK is unavoidable" . Toutes les religions s'appuient quand il s'agit de lutter contre la laïcité. 10/02/08


Juncker président pour l'Union européenne?

On sait qu'avant même l'adoption définitive du traité de Lisbonne, notamment par la Grande-Bretagne, Tony Blair a décidé de faire acte de candidature au poste éminent de premier président de l'Union. Il active en ce moment tous ses réseaux pour faire monter sa cote. Celle-ci semble au plus bas, notamment au Royaume Uni. Gordon Brown serait "furieusement" contre, pour des raisons complexes. Angela Merkel est sur la même position. En France, Valéry Giscard d'Estaing a expliqué que le passé atlantiste et franchement peu européen de Blair en ferait le plus mauvais candidat, sauf à vouloir étouffer dans l'oeuf tout espoir de voir l'Union affirmer une personnalité autonome dans un monde multipolaire.

Deux autres candidats existent, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker et l’Autrichien Wolfgang Schuessel. Les Allemands soutiendraient ce dernier mais en cas de nécessité, se replieraient sur Juncker. Nous avons ici même plusieurs fois dit comment Jean-Claude Juncker, qui se fait de l'Europe une idée à la fois réaliste et ambitieuse, serait un bon, sinon un excellent président. Comme président de l'Eurogroupe, face à des chefs de gouvernements souvent enfermés dans leurs égoïsmes nationaux, il a fait merveille.

Il serait donc désastreux de voir Nicolas Sarkozy, une nouvelle fois de son propre chef et sans avoir apparemment consulté personne, confirmer le soutien de la France à la candidature Blair, soutien qu'il avait décidé de donner non par estime pour Blair mais pour faire ce qu'il estimait être un bon tour au PS. Espérons que l'UMP comme l'opposition sauront sans attendre prendre position en faveur de Juncker. Ce serait le meilleur service à rendre à l'Europe. 10/02/08


Défendre la laïcité de la République

Nous pensons utile de publier cet appel. D'autant plus qu'à la date du 5 février, Mme Alliot-Marie, ministre de l'Intérieur, sous prétexte d'inciter à une "laïcité apaisée", envisage la suppression de la Mission interministérielle de lutte contre les sectes, déjà rebaptisée pour ne pas contrarier les dites sectes Mission interministerielle de vigilance et de lutte contre les dérives à caractère sectaire http://prevensectes.com/informer.htm

Voici le texte de l'appel "Sauvegardons la laïcité de la République". Il a été rédigé par une trentaine d'organisations laïques rejointes par une trentaine d'autres:

Sauvegardons la laïcité de la République. Les organisations et personnalités signataires rappellent solennellement que, selon l'article 1er de la Constitution, la France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Ces quatre termes indissociables définissent des principes qui s'imposent à tous, au premier rang desquels le Président de la République. Or, les déclarations récentes de Monsieur Sarkozy, mêlant ses convictions personnelles et sa fonction présidentielle, portent atteinte à la laïcité de la République.
La mise en cause de ce principe constitutionnel indispensable à la paix civile est inacceptable. Depuis 1905, grâce à la loi de Séparation des Eglises et de l'Etat, la République assure à chaque citoyen la liberté de conscience, garantit sa liberté de croire ou de ne pas croire et de pratiquer le culte de son choix, de n'en pratiquer aucun ou de pouvoir en changer. Elle permet ainsi de vivre ensemble, dans le respect de chacun, quelles que soient ses origines, ses choix philosophiques ou ses convictions religieuses.
Dans notre République et notre société multiculturelle, la diversité doit être richesse et non source de conflit. Pour cela, la laïcité, assurant l'égalité en droit des citoyens dans le respect des lois de la République, permet à la fois l'expression du pluralisme des convictions et la recherche de valeurs communes pour construire une communauté de destin.
Dans un monde aujourd'hui global et de plus en plus complexe, où se multiplient les voies d'accès à l'information et aux connaissances, et où explose la médiatisation des événements et de la pluralité des représentations du monde, seule la laïcité permet l'émancipation de tous en favorisant le libre accès au savoir et à la culture et le discernement de chacun pour un libre choix de vie, par une démarche rationnelle et critique faisant toute leur place au doute, à l'imagination et à la créativité.
C'est pourquoi, les organisations et personnalités signataires s'opposeront à toute tentative qui mettrait, de fait, en cause la laïcité par une modification du contenu de la loi de 1905. A l'heure où nos concitoyens éprouvent des difficultés et des inquiétudes croissantes, elles les appellent à promouvoir la laïcité comme une exigence partagée avec la ferme volonté de bâtir ensemble une société où la justice sociale assurera, quotidiennement, pour toutes et pour tous, la liberté, l'égalité et la fraternité.

Pour signer http://www.appel-laique.org/
Ajoutons pour ce qui nous concerne que les organisations laïques intéressées devraient faire plus d'effot qu'actuellemement pour diffuser dans les divers Etats de l'Union européenne des principes aussi nécessaires. Nous sommes persuadés qu'une attente en ce sens y existe. 05/02/03


Faire l'ange à Gandrange et la bête à Bruxelles

Tout interventionnisme que nous soyons, nous ne pouvons que rester sceptique devant les rodomontade de Sarkozy à Gandrange, expliquant aux salaries d'Arcelor (pardon Mittal) qu'il allait s'occuper d'eux et financer les déficits de la filiale. Bruxelles n'a pas tardé à dire que subventionner l'entreprise Mittal qui est globalement bénéficiaire n'était pas possible. Quand à Mittal, il a indiqué séchement qu'il ne changerait rien à ses projets...Les salariés se sont certes réjouis d'entendre Sarkozy parler comme "un vrai syndicaliste", mais ils restent dubitatifs.

Il est évident que l'on ne changera pas les régles du libéralisme institutionnel européen en se saisissant occasionellement d'un dossier, l'oeil fixé sur les sondages. Il faudrait travailler au corps l'ensemble des gouvernements européens, avec des arguments de fond, lesquels ne manquent pas pour montrer qu'avoir laissé Mittal acheter Arcelor était irresponsable, alors que la demande mondiale sur l'acier promettait de rendre l'entreprise viable. Mais un coup de gueule vite oublié ne suffira pas à faire une politique industrielle européenne. Si l'Elysée envisage sa présidence de l'Union comme une suite de coups de gueule non préparés, nos représentants à Bruxelles auront du souci à se faire...les Français aussi hélas. 05/02/08

 


Par Jean-Paul Baquiast - Publié dans : gazetadmiroutes
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Lundi 4 février 2008

Lire aussi sur Admiroutes - Automates Intelligents -
* Chroniques du post humain, avec Miguel Benasayag http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2007/86/chroniquebb1.htm
* Entretien avec Stanislas Dehaene http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2007/86/interviewdehaene.htm

Un livre de Jean-Paul Baquiast (en librairie)

Pour un principe matérialiste fort
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Le rapport Attali ou l’échec garanti

On pourrait aussi titrer à propos du rapport Attali : comment l’illusion de disposer d’un pouvoir absolu engendre un délire collectif. La petite histoire se demandera longtemps comment une cinquantaine de personnes qui dans leur vie professionnelle semblent raisonnables ont pu se laisser entraîner à produire un rapport qu’il faut bien qualifier de délire collectif. Nous disons qu’il s’agit d’un délire collectif non pas parce que les mesures proposées sont toutes mauvaises ou irréalistes, loin de là, mais parce que la façon dont elles ont été définies et assénées à l’opinion ne peut que provoquer leur rejet.

Ce rapport est en fait le produit d’un triple délire mégalomaniaque qui mériterait une analyse quasi-psychiatrique approfondie. Le premier délire a été celui d’un président qui se croyait investi par son élection du pouvoir de projeter son ego dans toutes les directions. Au moment où il a chargé Jacques Attali de réaliser un rapport sur les freins à la croissance, il pensait que se donner l’image d’un réformateur tous azimuts lui permettrait d’affronter avec succès les difficultés du pouvoir. Il en est certainement revenu aujourd’hui et l’on peut espérer pour lui qu’il considère le rapport Attali comme un piège dont il voudrait bien sortir.

Le second délire a été celui d’Attali, personnalité frustrée de n’avoir jamais été qu’un sherpa et qui s’est cru enfin dotée par les circonstances d’un pouvoir échappant aux contraintes de la vie politique et de la démocratie représentative. Ce rapport, a-t-il vraisemblablement pensé, lui donnait barre sur le président, le gouvernement, les parlementaires, les intérêts divers et finalement les citoyens. Il lui permettait de devenir une sorte de dictateur omniscient au service des idées plus ou moins bonnes qu’il se fait de l’avenir de la France et le monde. Il fallait donc accumuler les propositions, sans aucune étude ni concertation préalable, afin de produire un choc dans l’opinion, laquelle verrait en lui, plutôt qu’en Nicolas Sarkozy, le messie dont le pays avait besoin.

Le troisième délire a été celui des membres de la commission. Nous ne le mentionnons que pour le principe. Tous ceux qui ont participé à des travaux de ce type sur mandat d’un chef d’Etat ou de gouvernement croient eux aussi leur heure arrivée et perdent tout esprit critique quant à la faisabilité des réformes proposées et à leurs chances d’être finalement retenues par le pouvoir. Qu’en pensent Edouard Balladur et Jacques Lang en ce qui concerne la réforme de la constitution ?

Que va-t-il maintenant se passer ? Hélas pour le besoin de réforme, on peut craindre que le rapport Attali tout entier ne soit mis au placard. Mais Nicolas Sarkozy doit se sentir actuellement comme un mulot guetté par l’œil vigilant d’un grand duc. Attali ne lui fera grâce d’aucune hésitation. Le président tentera donc sans doute, afin de gagner du temps, d’entreprendre quelques réformes, les plus faciles, comme la définition d’un contrat d’évolution pour les demandeurs d’emplois. Pour le reste, il attendra l’aggravation de la conjoncture en espérant que celle-ci renverra Attali à ses lubies. Daniel Bouton, PDG de la Société Générale, a déjà commencé le travail. Jacques Attali pourra alors crier à la trahison et tenter de porter la patate chaude à la gauche. Nous lui souhaitons le meilleur accueil de la part de ses « amis ». 28/01/08


L'Europe et la souveraineté.
Conclusion présentée par JP Baquiast au colloque de Metz, le 25 janvier 2008, organisé par l'Union Paneuropéenne internationale

Nous avons voulu montrer dans cette table-ronde que l’Europe, déjà en manque de souveraineté juridique et politique, ne peut aujourd’hui affirmer la souveraineté technologique et économique qui lui serait nécessaire pour résister aux super-Etats auxquels elle est désormais confrontée. L’Europe en effet compte encore sur les vertus de la dérégulation et de la concurrence pour affronter des puissances qui pratiquent sans complexes l’interventionnisme sélectif, la guerre économique, voire la guerre tout court quand la défense de leurs intérêts vitaux l’exige.

La liste de ces super-Etats est désormais bien connue. Il s’agit d’abord des Etats-Unis. L’Amérique domine le monde depuis un demi-siècle et conserve des ressorts de puissance qu’elle n’abandonnera pas. S’y ajoutent dorénavant les Grands de demain, la Chine et l’Inde. Le Japon et la Russie, momentanément affaiblis, font tout pour les rejoindre. On ajoutera à cette liste les Etats pétroliers qui ne cachent pas leur dévotion à l’islam et mettent sans se cacher leurs atouts économiques au service de cette religion.

Comment procèdent ces super-Etats pour assurer leur puissance. Ils suivent l’exemple des Etats-Unis dont les stratégies reposent sur l’engagement total de la puissance publique, sous la forme d’un complexe de forces associant les militaires, les industriels, les gouvernements et les médias. Autrement dit, ils ne tiennent compte des prescriptions du libéralisme économique que lorsque leurs intérêts l’exigent. Sinon, leurs politiques de domination, typiques de l’interventionnisme qu’ils combattent chez les autres, reposent sur des recettes éprouvées :

- utiliser les achats publics pour renforcer leurs compétences nationales et affaiblir celles des pays concurrents. Outre la masse intrinsèque des sommes en jeu, la définition de standards de qualité ou de produits qu’ils fixent unilatéralement et imposent aux autres élimine a priori les fournisseurs étrangers jugés gênants ;

- financer la recherche publique et privée dans les domaines scientifiques et technologiques jugés essentiels. Ces financements intéressent pratiquement tous les secteurs économiques ;

- développer et protéger des filières industrielles compétitives dans ces mêmes secteurs. Même si certaines des entreprises composant ces filières sont délocalisées, elles ne le sont que superficiellement et leurs compétences peuvent toujours être rapatriées en cas de nécessité ;

- sécuriser les approvisionnements en énergie et en matière première jugés vitaux, y compris par la force armée ou par des opérations clandestines confiées aux services secrets ;

- mettre en place de grands programmes pluri-annuels mobilisant l’ensemble de leurs ressources technologiques et économiques au service d’objectifs précis, bien acceptés par le public et dont les performances sont évaluables : la défense, le spatial, la transformation de l’environnement, la production de nouvelles énergies, la robotique autonome, la vie artificielle, les nano industries .. ;

- comprimer les revenus et freiner la consommation des particuliers de façon à réaliser des épargnes forcées qui seront affectées au développement de la puissance globale.

- utiliser enfin les fonds d’investissement et les fonds d’Etat alimentés par les soldes positifs de leurs balances commerciales, quand ils en ont, afin d’acheter progressivement les cœurs de compétences industrielles et technologiques des pays endettés – tant du moins que ceux-ci toléreront ces prises de participation.

Pour ces Etats, il ne s’agit pas seulement d’assurer une simple course à la puissance. Il s’agit, explicitement ou non, de se préparer à de véritables guerres où ils s’affronteront pour la domination du monde avec la tentation grandissante du recours préventif à l’arme nucléaire. Les risques seront d’autant plus grands que s’aggravera la crise climatique, environnementale et démographique dans laquelle le monde est entré. Dans ces conditions, l’Europe, ayant refusé de recourir pour son compte à la puissance, ayant perdu la plupart de ses capacités défensives, sera l’un des champs de bataille où se combattront les belligérants.

Nous n’aurions pas présenté ces conclusions si nous pensions les Européens incapables de se reprendre en mains pour enrayer leurs reculs actuel. Nous avons envisagé quelques voies permettant de le faire. Mais cela supposerait beaucoup de sacrifices dans le domaine matériel et des investissements considérables dans les sciences et les technologies, Rien ne garantit qu’un tel effort puisse être acceptés. Si les idéaux de nos concitoyens restaient définis, comme certains l'ont regretté, par les magazines glamour, la téléréalité et les jeux vidéo, alors l’effondrement de la civilisation européenne deviendrait une certitude.


Balladur et l'illusion de l'alliance Atlantique

Dans un livre récent (Pour une Union occidentale entre l'Europe et les Etats-Unis, Fayard), Edouard Balladur propose d'arrimer définitivement, dans le cadre de ce qu'il appelle une Union occidentale, les Etats-Unis et l'Europe. Compte-tenu des valeurs qui selon lui rapprochent ces deux parties du monde et de leurs ennemis communs, cette Union s'impose plus que jamais. Pour lui cependant, qui s'oppose en cela aux atlantistes bêlants, elle doit se faire sur un pied d'égalité, entre l'Amérique et une Europe renforcée, acceptée et soutenue par les Etats-Unis.

C'est peut-être ce à quoi rêve Nicolas Sarkozy. Mais il faudrait rappeler, une nouvelle fois, que cette Union sur un pied d'égalité ne serait pas possible. D'une part les Etats Unis n'en veulent pas. D'autre part, la voudraient-ils en parole, ils nous écraseraient par leur puissance industrielle, technologique et scientifique. Il ne s'agit pas seulement de puissance mais de volonté d'hégémonie. Ils n'accepteront aucune puissance capable de leur disputer, même à la marge, la souveraineté politique ou technologique. L'Europe ne pourrait se développer qu'en rupture avec l'Amérique - ce qui ne veut pas dire de façon belliqueuse, évidemment - sauf si les Etats-Unis décident eux-mêmes de réduire par la force les ambitions européennes éventuelles. 27/01/08

* La presse américaine approuve Balladur, évidemment.
Voir http://www.iht.com/articles/2008/01/07/europe/politicus.php


Sacrifier la coopération européenne et la protection de l'environnement marin à la cote de popularité présidentielle

Nicolas Sarkozy a de nouveau donné un exemple déplorable aux Français en se prononçant le 18 mars à Boulogne-sur-Mer en faveur de l'assouplissement, sinon de la suppression, du système des quotas de pêche fixés par l'Union européenne. Certes, il répond aux exigences, d'ailleurs irresponsables, des marins-pêcheurs déjà fragilisés par la hausse du prix du gazole. Il espère ainsi sans doute faire remonter sa cote de popularité dans les sondages. Mais il se trompe. Les gens sérieux ne peuvent que déplorer une remise en cause sans arguments autres que politiciens, venant du plus haut sommet de l'Etat, des conclusions des experts. Affirmer qu'il utilisera la présidence française pour faire valoir des positions personnelles laisse bien augurer de celle-ci. Nos contacts à Bruxelles, parmi les représentants français, nous disent que cette déclaration a provoqué l'embarras, sinon la fureur.

L'opposition a raison de craindre les mêmes lâchages quand il sera question d'appliquer les recommandations du Grenelle d el'environnement, qui ne feront pas toutes plaisir aux intérêts économiques. 20/01/08


Qui arrêtera Sarkozy dans la démagogie à l’égard des religions ?

Après avoir vanté le mois dernier devant des dignitaires de l'Eglise catholique les "racines chrétiennes de la France", Nicolas Sarkozy a une nouvelle fois exalté lundi 14 janvier l'héritage "civilisateur" des religions, cette fois en Arabie saoudite devant des dignitaires du très rigoriste régime saoudien, à chaque fois dans des termes inédits pour le chef d'un Etat laïque.

A Rome, en insistant sur les "racines chrétiennes de la France", il s’est permis d’affirmer qu’il défendait une laïcité dite "positive", c'est-à-dire "qui, tout en veillant à la liberté de penser, à celle de croire et de ne pas croire, ne considère pas les religions comme un danger, mais un atout". Il a critiqué une laïcité "épuisée" et menacée par "le fanatisme", allant jusqu'à juger de l'intérêt de la République d'avoir "beaucoup d'hommes et de femmes" qui "croient" et qui "espèrent".

Le 14 janvier, il s’est encore plus engagé lors de son séjour en Arabie saoudite, devant les 150 membres du Conseil consultatif (Majlis ach-Choura) du royaume. A côté de propos convenus dénonçant l'intégrisme, "négation de l'Islam" et réaffirmant sa volonté d'éviter "le choc des civilisations", il a tenu des propos en totale contradiction avec la réserve qui doit être celle du chef d’un Etat laïc, en rappelant ce qu’il prétend être les "racines religieuses" du monde.

"Dans le fond de chaque civilisation, il y a quelque chose de religieux", a-t-il assuré, estimant que "c'est peut-être dans le religieux que ce qu'il y a d'universel dans les civilisations est le plus fort". Tel un prédicateur devant une méga-church américaine, il a évoqué "Dieu qui n'asservit pas l'homme mais qui le libère", "Dieu transcendant qui est dans la pensée et dans le coeur de chaque homme" ou encore "Dieu qui est le rempart contre l'orgueil démesuré et la folie des hommes", pour regretter que son message ait "souvent été dénaturé".

Nous ne comprenons pas que les défenseurs de la laïcité, que ce soit dans l’opposition ou dans la majorité, ne relèvent pas vertement ces propos. Une interpellation à l’Assemblée Nationale serait le minimum, face aux débordements d’un président emporté par la haute idée qu’il se fait de lui et qui manifestement abuse gravement de ses pouvoirs.

Nous aimerions par ailleurs savoir comment les représentants de mouvements religieux islamistes particulièrement agressifs prendront de telles déclarations. Comme un encouragement à poursuivre la conversion des Européens à leurs valeurs ? 16/01/08

PS.: Rappelons à propos du principe de laïcité que celui-ci n'est pas à opposer aux croyances religieuses. On n'est pas soit croyant, soit laïc. On peut croire à ce que l'on veut, y compris à rien (athéisme) mais, dans la République française, on se doit par ailleurs de défendre la laïicité, c'est-à-dire la séparation de l'Etat et des églises. Il n'y a donc pas lieu de parler de laïcité apaisée, devant être opposée à une prétendu laïcité de combat. Il y a la laïcité, point final.

Quant au rôle de la religion dans l'éducation, que Sarkozy préfère à celui des instituteurs laïcs, rappelons qu'il n'y a pas plus obscurantiste que la morale chrétienne, qui terrifie les enfants avec la peur du péché et de l'enfer...je ne parle pas de la morale islamique qui n'est guère plus éclairée, l'une et l'autre puisant aux mêmes sources orientales.


L’Otan, c’est-à-dire les Européens, critiqués pour leur « mollesse » en Afghanistan

Le secrétaire américain à la Défense Robert Gates, dans un entretien au Los Angeles Times publié mercredi 16 Janvier, a critiqué les compétences (et implicitement, le courage physique) des forces européennes de l'Otan engagées dans le sud-Afghan. Celles-ci, principalement composées de soldats britanniques, canadiens et néerlandais, ne sont pas suffisamment préparées à combattre les insurgés talibans. Elles ne savent pas conduire des opérations de contre-insurrection. Un reproche analogue avait il y a quelques semaines été formulé à l’égard du contingent allemand, à qui un haut représentant américain avait reproché d’avoir oublié les vertus militaires de leurs grands pères servant dans la Wehrmacht.

Quant on sait comment l’armée américaine ou les sociétés privés de sécurité affrétées par elle se comportent en Irak et même en Afghanistan, en multipliant les dégâts collatéraux et le recrutement des Talibans, on ne peut que souhaiter voir les Européens retirer leur participation à l’Otan sous direction américaine. Il ne suffit pas de s’indigner vertueusement, à l’Otan comme aux Pays-Bas ou au Canada, en rappelant comme le secrétaire général de l'Otan, le Néerlandais Jaap de Hoop Scheffer. que "tous les pays engagés dans le sud, où c'est le plus dur, font un excellent travail".

Il faudrait, beaucoup plus radicalement, que la diplomatie européenne dans son ensemble, à supposer que ce concept corresponde à quelque chose, reconsidère entièrement la présence de troupes européennes en Afghanistan. Tant que la politique américaine restera ce qu’elle est, s’engager à sa suite ne pourra qu’aggraver les périls dans cette partie du monde. 16/01/08

PS au 24/01/08. L'affaire n'est pas jouée, lorsque l'on voit de hauts gradés européens (dont l'amiral Lanxade, que va-t-il faire dans cette galère?) proposer de mettre quasiment l'Otan sous gouvernement américain (voir http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=4856).
Les réalistes prétendront que c'est la seule voie possible pour une petite Europe dirigée par de petits politiques ... . Nous connaissons ce discours qui a toujours précédé les grands échecs de notre histoire . Nous pensons au contraire que le moment est venu pour les Européens, après l'accumulation des échecs américains : Amérique Latine , Grand Moyen-Orient , Irak , Israël , Afghanistan ...et 19 ans après la disparition de l'URSS, de se construire un outil autonome de Défense, tout en restant pro forma dans l'Alliance Atlantique.


Une base interarmée française aux Emirats

Une nouvelle fois, Nicolas Sarkozy prend de son chef des initiatives sans avoir organisé le moindre débat avec la représentation parlementaire. Il vient d’annoncer lors de son voyage aux Emirats arabes unis la création d’une «base interarmées» (air, terre, mer) française sur les rivages du Golfe, juste en face de l’Iran. L’accord concernant la présence des forces françaises a été signé à Abou Dhabi, par Hervé Morin, le ministre français de la Défense, et son homologue des Emirats. 400 à 500 hommes seront donc déployés de façon permanente, «prépositionnés», certains en provenance de
Djibouti, où l’armée française compte une base de 2 800 hommes. La nouvelle installation, qui devrait être opérationnelle courant 2009, sera entièrement située sur le territoire d’Abou Dhabi, l’un des sept émirats composant la fédération, où la France dispose de facilités militaires depuis les accords de défense et de partenariat stratégique
conclus en 1994-1995.

Il n’y a pas de raison d’être a priori hostile à cette décision, que le parti socialiste lui-même aurait pu prendre s'il avait été au pouvoir. Encore aurait-il fallu en discuter. S’agit-il d’obtenir de nouveaux contrats de ventes d’armes aux Emirats ? Vu la forte présence du lobby militaro-industriel américain dans la zone, on peut en douter (250 milliards de dollars d’armement seront vendus aux Saoudiens) ? Faut-il répondre à la demande des dirigeants des Emirats ? «Ils ont besoin de se rassurer», a-t-on dit. Mais vis-à-vis de qui ? Contre le régime islamique de Téhéran ? Dans ce cas, la France va-t-elle s’engager davantage dans le soutien aux gesticulations diplomatico-militaires de Washington dans la région ?

S’agirait-il au contraire de rappeler que la France peut jouer un rôle d’équilibre vis-à-vis des Etats-Unis, dont l’omniprésence inquiète même ses fidèles alliés saoudiens ? Ce serait tr-s utile, mais personnellement nous en doutons vu l’allégeance manifestée en toutes occasions par le président français à l’égard de George Bush.

En attendant, les experts rappellent les questions qui se posent. Le nouvel accord va-t-il engager Paris sur la question des trois îles disputées entre les Emirats et l’Iran ? Et surtout, que se passera-t-il si un conflit intervient entre Washington et Téhéran, transformant le Golfe en une zone de chaos?

Enfin et surtout, la France peut-elle s’engager seule dans une région dont l’équilibre reste vital pour l’Europe toute entière, sans une concertation approfondie avec les représentants de l’Union. On peut douter que celle-ci ait eu lieu. Il serait temps en tous cas d’évoquer à Bruxelles les conséquences de la décision française, fut-ce a posteriori. 16/01/08

Par Jean-Paul Baquiast - Publié dans : gazetadmiroutes
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Mercredi 16 janvier 2008

Lire aussi sur Admiroutes - Automates Intelligents - Europa++:
*
Les neurones de la lecture, par Stanislas Dehaene http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2007/86/dehaene.htm
* La conscience artificielle replacée dans la perspective de l'hyperscience http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2007/86/systcard.htm

Un livre de Jean-Paul Baquiast (en librairie)

Pour un principe matérialiste fort
Essai
Edition Jean-Paul Bayol
300 pages - ISBN : 978-2-916913-00-1

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Le livre est actualisé en ligne sur ce site

Présentation

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La route intelligente (intelligent highways) et l'intelligence artificielle adaptative

Le concept de route intelligente fait son chemin. Il s’agit d’un des domaines où les systèmes d’Intelligence artificielle adaptative, dits aussi « multi-agents évolutionnaires » trouveront très vite des applications militaires mais aussi et surtout civiles. Il va de soi que ce concept est associé à celui de « véhicule intelligent » qui est devenu maintenant une réalité, notamment aux Etats-Unis. Nous avions signalé il y a quelques semaines, à cet égard, les performances déployées par les concurrents du dernier Urban Grand Challenge organisé par la Darpa. Les engins robotisés gagnant avaient parcouru sans accidents quelques 60 miles en quelques heures, dans un environnement urbain reconstitué.

Le premier objectif de la route intelligente, comme du véhicule intelligent, est d’éliminer les risques provenant de défaillances des humains. Celles-ci sont considérées comme beaucoup plus fréquemment accidentogènes que les défaillance mécaniques ou robotiques. Mais la route, comme le véhicule, ne se contentera pas seulement d’être intelligente. Elle sera aussi écologiquement intelligente, en ce sens qu’elle privilégiera les technologies les moins polluantes et les plus économes en énergie.

Dans ce domaine, les revêtements routiers réutiliseront après retraitement sur place les enrobés bitumineux usées, afin d’éviter leur évacuation et leur remplacement par d’autres. Mais l’objectif à terme vise à utiliser de nouveaux composés d’origine végétale utilisant des liants fabriqués à froid. En septembre 2007, le groupe Colas a ainsi été distingué pour son produit Végécol, le premier liant de nature végétale mis sur le marché. Mais on peut aller beaucoup plus loin, imaginer par exemple des revêtements qui absorberaient les composants toxiques produits par les moteurs à explosion actuels. Ceci en utilisant des molécules ou nanomolécules activées notamment par la lumière solaire, qui ne manque pas sur les routes. C’est déjà le cas de la « chaussée dépolluante » de la société Eurovia, enrichie en oxyde de titane, censée neutraliser les oxydes d'azote par photocatalyse.

En matière de sécurité, de nouveaux matériaux sont à l’étude, pour faciliter la conduite et corriger les moments d'inattention. Ainsi on pourra raccourcir la distance de freinage ou avertir l'automobiliste, par un changement de couleur, que le sol est gelé. On imagine aussi, ce qui parait plus futuriste, un revêtement qui reconnaîtrait la trajectoire d'un véhicule ayant perdu sa maîtrise, et qui se ramollirait pour l'aider à freiner. Plus classiquement, les barrières de sécurité pourraient être dotées de capteurs signalant les anomalies ou appelant les secours en cas d’accident. Dès mainenant, concernant les véhicules, les capteurs d'alcoolémie ou d'états psychiques anormaux, sans mentionner le besoin de sommeil, commencent à se répandre.

Au-delà de ces systèmes encore rustiques, l’imagination des chercheurs et des ingénieurs travaille désormais à plein sur les réseaux associant des composants intelligents dialoguant entre le sol, le véhicule et des stations de contrôle et d'intervention implantées aux endroits stratégiques. Ces composants, reliés par des systèmes de radio-communication utilisant pleinement les possibilités de ce que l’on nomme désormais le Web des objets, aux normes de l’IPV6 (voir notre article http://www.automatesintelligents.com/echanges/2007/juin/ipv6.html), multiplieront les émetteurs récepteurs d’informations concernant l’état du sol, l’état de la trajectoire mais aussi le maintien des capacités du véhicule, du conducteur et des passagers. Ils feront, comme on le pressent de plus en plus, appel aux systèmes d’Intelligence artificielle multi-agents évoqués en introduction, afin de minimiser les temps de réactions, susciter les réponses les plus appropriées et, inévitablement, étendre le champ et la portée des contrôles.

La détection de risques possibles ou en cours entraînera en effet des réactions systémiques de plus en plus intrusives, que ce soit sur la chaussée (modification du nombre de voies ou des ordres donnés aux conducteurs) ou à bord du véhicule (freinage voir arrêt commandé en cas d’urgence). Les automobilistes se figurant encore que la voiture leur permet d’exprimer toutes les richesses de leur personnalité se rebelleront sans doute contre cette intervention de la collectivité dans ce qu’ils considèrent comme le dernier rempart de leur intimité. Mais ils s’habitueront vite, si le nombre des morts, accidents et pollutions multiples diminuait véritablement. Ils devront choisir, s'ils doivent absolument se déplacer, entre cela, le ferroroutage et, pourquoi pas, plus simplement, le train ou le tram.

L’expérience montre en effet qu’il est absolument impossible de faire confiance à l’individu pour éviter les accidents, dont des tiers innocents sont les premières victimes, contrairement à ce que prétendent les associations dites de « défense des automobilistes ». On découvre actuellement par exemple que les routiers, présentés comme de grands professionnels de la route, comportent parmi eux un nombre croissant de chauffeurs qui regardent la télévision ou pratiquent les jeux vidéo en conduisant. Par ailleurs, ils n’hésitent pas à absorber des litres de vin rouge, distribués gratuitement à la tireuse dans les restaurants d’autoroutes, sous l’œil bienveillant de la maréchaussée (voir M6, Enquête exclusive, Bernard de la Villardière, Routiers. La route de tous les dangers, 09/01/07, 24h. )

Sur ces sujets, on consultera, notamment, en France, le Centre d'études sur les réseaux, les transports, l'urbanisme et les constructions publiques (Certu), ainsi que le Laboratoire central des ponts et chaussées (LCPC).
Mais c’est surtout aux Etats-Unis, dans les pays asiatiques et dans certains pays européens que les recherches bénéficient des crédits les plus importants. Les marchés seront considérables. Seuls en profiteront les industriels ayant acquis les systèmes les plus économiques et les performants.

On trouvera sur le web, pour en savoir plus, de nombreux sites répondant aux mots-clefs Intelligent Highways et Intelligent Vehicles.10/01/08


Conquête de l’Europe par la scientologie

L’Eglise de scientologie, fondée par Ron Hubbard en 1950, draine des ressources financières considérables. Elle travaille au corps (ou à l’esprit) un nombre croissant de dirigeants économiques et politiques, à qui elle inculque des méthodes de prêche leur permettant de convaincre les foules et de se transformer en propagateurs avoués ou cachés. Des hommes politiques en vue seraient soupçonnés d’en faire partie. Elle comprendrait 7.500 centres dans 163 pays et recenserait de 7 à 10 millions d’adeptes. Généralement considérée par les athées comme une secte parmi de nombreuses autres, elle cherche avec de plus en plus de succès de se faire reconnaître comme une religion afin de bénéficier des faveurs que de nombreux Etats, au mépris de la laïcité, accordent à ces dernières.

Les membres de l’Union européenne sont de plus en plus enclins à lui reconnaître le statut de religion. On cite notamment la Suède, le Portugal, la Slovénie, la Croatie et la Hongrie. A cette liste s’ajoutera désormais l’Espagne. L’ Audiencia Nacional de España, l’équivalent d’une Cour suprême, vient d’invalider le refus du gouvernement Zapatero d’inscrire l’Eglise de Scientologie au registre des religions. Cette décision, selon la Cour, ne respectait pas les règles de neutralité et d’impartialité des Etats face aux croyances religieuses. Les scientologues espagnols exultent, comme on le devine.

La Cour Européenne des Droits de l’Homme va dans ce sens, puisqu’elle avait en 2007 invalidé une décision du gouvernement russe ( ?) refusant d’en faire une association religieuse. Tout laisse penser que dans les Etats encore réticents, Belgique, Allemagne et France, des campagnes d’opinions seront bientôt entreprises – campagnes dans lesquelles excelle l’acteur américain Tom Cruise et les millions de dollars mobilisés à sa suite - pour convaincre nos démocraties européennes de se montrer plus tolérantes. L’heure n’est-elle pas, dans l’esprit du discours de Latran, à l’exaltation des « valeurs religieuses », sans se poser de questions sur les grandes manœuvres géopolitiques qui se cachent derrière celles-ci. 10/01/08


Le service public de la radio-télévision et l'argent des multinationales

La gauche française avait toujours rêvé soustraire les chaînes publiques de radio-télévision à la pression des annonceurs commerciaux. Elle ne l’a malheureusement pas fait. Au contraire. Comme l’ont montré plusieurs sociologues, dont récemment Benjamin Barber et Bernard Stiegler, les gros intérêts privés capables de financer la publicité imposent explicitement ou non des contenus culturels « aliénateurs ». Leur objectif est d’ouvrir le plus largement possible l’esprit des auditeurs aux messages commerciaux des firmes. Ces messages sont aussi des messages politiques car ils défendent une « civilisation » fondée sur la consommation matérielle et la domination des puissances financières internationales.

Il n’est pas question en Europe d’interdire à ces puissances l’accès aux grands médias. Beaucoup des produits culturels qu’elles proposent recueillent l’adhésion du public. Il y trouve l’occasion de se distraire avec peu d’efforts. Mais il est légitime de penser que l’Etat, de même qu’il se doit d’être indépendant des religions, se doit de l’être des intérêts économiques. Pas plus que l’on ne confierait la fonction éducative aux multinationales, on ne devrait leur confier la responsabilité de la création culturelle.

Cependant, pour que les chaînes publiques, dans les pays où elles existent, ne soient pas sous l’influence de la publicité commerciale, elles doivent, comme l’école, bénéficier d’un financement public. Celui-ci doit lui-même être attribué d’une façon qui ne mette pas le bénéficiaire sous l’influence politique de gouvernants qui voudraient utiliser la télévision et la radio à la promotion du parti dont ils émanent. Il convient donc de définir un statut des chaînes qui les mette à l’abri des pressions politiques comme d’ailleurs du lobbying inévitable que feront inévitablement auprès d’elles les différents intérêts politiques, religieux ou économiques souhaitant récupérer à leur profit le prestige attaché au service public dans nos régimes démocratiques. On cite souvent le statut de la BBC britannique traditionnelle (existe-t-elle encore) comme exemplaire à cet égard.

Un dernier point, essentiel, doit être évoqué. Si avec Bernard Stiegler nous considérons que les médias publics ont un rôle de service public à jouer, non seulement comme créateurs de contenus culturels mais en tant qu’ « industries de l’intelligence », il faut qu’ils bénéficient de ressources budgétaires importantes – au même titre d’ailleurs que l’école et l’université, avec lesquelles ils seront appelées à collaborer. L’actuelle redevance ne peut la fournir, car elle est structurellement limitée par la volonté de ne pas pénaliser les auditeurs à faibles revenus. Le recours au budget général s’impose. Les bénéfices qu’en retirera la collectivité, en termes d’éducation populaire et d’intégration, seront tels que ces dépenses seraient rapidement « remboursées ».

Nous voudrions que cette conception du service public des industries culturelles soit partagée par les différents Etats de l’Union européenne et que celle-ci consacre une part bien plus importante de son budget (aujourd’hui à peu près nulle) aux investissements correspondants. L’exemple de Arte, bien que limité, montre que beaucoup d’entreprise de cette nature devraient être encouragées.

Nous voudrions aussi que la France prêche d’exemple en ce qui la concerne. Peut-on faire confiance au gouvernement actuel pour cela ? Compte tenu des pressions politiques et médiatiques auxquelles il semble incapable de résister, on peut en douter. Mais l’opinion publique peut dire son mot. Elle devrait se montrer intransigeante face à la berlusconisation des médias qui se précise chaque jour. Même si la télé-réalité conserve des adeptes, il suffirait que 10 à 20% de la presse écrite et des médias audiovisuels conservent leur indépendance pour que l’honneur de l’esprit français soit sauvé. 10/01/08


L'enfant gâté de l'Elysée

Après la nouvelle mise en scène de Nicolas Sarkozy par lui-même, le 8 janvier, une conclusion devrait sauter aux yeux. Il se défend d’avoir entrepris toutes les réformes à la fois. L’état de la France est si mauvais, nous dit-il, que cette simultanéité s’imposait.

Mais le reproche qu’il faut faire au président est de n’avoir entrepris aucune réforme sérieuse, hors celle des « régimes spéciaux » et du contrat de travail (à supposer que ceux-ci devaient être réformés, ce qui aurait peut-être pu se faire autrement). C’est exact que l’état de la France est mauvais et que des réformes s’imposent. C’est vrai aussi que ces réformes devraient être menées simultanément pour donner aux citoyens la sensation que quelque chose est vraiment en train de changer.

Qu’annonce-t-on ? Une hypothétique réforme hospitalière dont on ne voit pas sur quelle base elle se fera ; une réforme de l’Etat qui affaiblira encore une administration dont tout le monde déplore l’impuissance ; une réforme du code pénale qui nous renvoie aux lettres de cachet…

Rien n’a été dit sur la réforme majeure qui consisterait à désengager enfin l’économie française de sa dépendance au pétrole, ni sur celle, à conduire en parallèle, qui doperait la recherche et l’innovation des entreprises et des universités par l’injection de milliards aujourd’hui prétendument introuvables. Rien n’a été dit sur le changement de civilisation – puisque le mot a été est lancé dans une parfaite fuite en avant idéologique - qui permettrait de remplacer les valeurs de l’hyperconsommation-gaspillage par celles de la création intellectuelle, scientifique et culturelle. Rien n’a été dit sur la réintégration des banlieues dans la communauté nationale.

Bien pire, rien n’a été dit sur la façon dont la France collaborera avec ses partenaires européens afin de faire face aux défis du siècle. Où sont les grands programmes spatiaux, d’infrastructures, de lutte contre le réchauffement climatique qu’il faudrait déjà proposer aux Français et aux Européens. A ce train là, la présidence française de l’Union s’annonce comme celle de toutes les déceptions pour les naïfs qui comptaient encore sur la France pour faire avancer l’Europe. 09/01/08

PS. Je signale à propos de la prétendue politique de civilisation la réaction justifiée du syndicat des enseignants du SNUipp-FSU (majoritaire) à propos du discours de Latran de Nicolas Sarkozy, le 20 décembre 2007 à Rome. Dans ce discours, en faveur d'une "laïcité positive", le président a déclaré que "dans la transmission des valeurs et dans l'apprentissage de la différence entre le bien et mal, l'instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur même s'il est important qu'il s'en rapproche parce qu'il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d'un engagement porté par l'espérance".
Pour le syndicat enseignant, "cette affirmation surprenante et choquante est source de confusion et risque de remettre en cause, s'il elle était confirmée, la conception de la laïcité telle qu'elle s'est construite en France depuis l'adoption de la loi de 1905".

 


Pas d'erreur sur Obama, il n'a rien d'un progressiste

Les esprits européens naïvement atlantistes se décourageaient de voit G.W. Bush faire apparemment tout ce qu'il pouvait pour encourager leur bête noire, l'anti-américanisme. Avec Barak Obama, tout allait changer. Ce serait l’homme qui allait redorer leur image du pouvoir américain : libéral, ouvert au changement, loin des financements douteux de la grande industrie et des accointances avec les ultra-religieux – sans mentionner qu’il se dit issu d’une minorité raciale (ce qui n’estd'ailleurs vrai qu’à moitié). Hélas nos atlantistes sont loin du compte.

La presse américaine indépendante récente, celle (supposons qu’il y en a) qui n’est pas soumise aux consignes de pensée du lobby politico-militaro-industriel, montre au contraire qu’Obama se présente comme profondément chrétien (cela paye plus électoralement que se dire athée ou agnostique). Il prierait ainsi plusieurs fois par jour. Il bénéficie par ailleurs de nombreux et importants subsides émanant de représentants de la finance et de l’industrie, il n’a pris aucun engagement sur le retrait des troupes de l’Irak, il ne propose aucune idée d’aucune sorte visant à améliorer ou démocratiser le fonctionnement des institutions américaines et les régimes sociaux.

Bref, les conservateurs voient en lui le candidat de rechange susceptible, en cas d’échec toujours à craindre de la très conformiste Hillary Clinton et du rejet plus qu’attendu des candidats républicains. Ce sera le joker qui permettra de maintenir « as usual » le fonctionnement du système de pouvoir et d’argent qui conduit les Etats-Unis depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Il attirera par son profil sympathique les voix de millions et de millions d’électeurs exploités par ce système, lesquels croiront enfin élire le défenseur de leurs intérêts. Leur réveil sera dur, comme l’est celui des naïfs qui en France avaient voté pour Chirac puis Sarkozy au nom de la lutte contre la fracture sociale et pour le changement.

Ces analyses à l’égard de Barak Obama, venant d’éditorialistes que l’on peut supposer indépendants du Big Business, ne nous étonneront pas. Nous avions toujours pour notre part écrit que le pouvoir américain conserverait voire intensifierait son emprise sur l’Amérique et sur le monde, que les Démocrates gagnent ou non les futures élections. 06/01/08


A lire, cités par De Defensa:
* Article du World Socialist Web Site http://www.wsws.org/articles/2008/jan2008/iowa-j05.shtml
* Un article de Common Dream, signé par David Domke, professeur de Communication et de Journalisme à l’Université de Washington, et Kevin Coe, en charge d'une thèse sur la Communication dans le discours politique, tous deux auteurs du livre récent "The God Strategy: How Religion Became a Political Weapon in America" http://www.commondreams.org/archive/2008/01/04/6184/print/
* Sur "The God Strategy", Oxford University Press, voir http://www.thegodstrategy.com/


Le Figaro entre Rome et la Mecque

Les lecteurs du Figaro sont habitués aux palinodies du journal à l'égard du Saint-Siège et de la pensée judéo-chrétienne sous ses formes les plus archaïques. Mais ils devront maintenant s'habituer à voir leur journal manger sa calotte et se coucher devant les "autorités" de l'Islam. La lecture d'une page entière consacrée à un message musulman de remerciements et de voeux publiée le 31 décembre (p. 7) pourra les en convaincre. Ce message est en fait une affirmation agressive sinon totalitaire de la supériorité d'Allah et de ses serviteurs sur tous autres, signé par des centaines de muftis et autres professeurs d'universités islamiques de par le monde. Le fait que le message soit présenté comme un placard publicitaire ne rassurera pas les dévots lecteurs du Figaro. Que le journal ait besoin d'argent ne justifie pas tous les abandons doctrinaux.

Mais en fait, on peut penser que nos dévots lecteurs du Figaro se réjouiront d'être rejoints par les docteurs de la foi musulmane dans l'affirmation d'une sainte unité contre le paganisme et le désespoir engendré par l'athéisme, comme l'a si bien dit, sous une forme pas très différente, le président de la République française dans son désormais fondateur discours de Latran. Gloire aux enfants de Jésus Christ, que ce soit celui de l'évangile ou celui désigné par la Sourate de Marie, Le Coran; 19; 33. Malédiction et mort aux athées qui ne reconnaissent pas ces saints textes. 02/01/08.


Le calcul scientifique de haute performance
(High Performance Computing)

Nous avons signalé dans une chronique précédente la mise en place du programme européen PACE ou PRACE (Partnership for Advanced Computing in Europe) rassemblant 15 Etats et visant à réaliser un réseau de super-calculateurs atteignant des vitesses de calcul se situant du teraflops jusqu'au petaflops 1)

Le public s'imagine volontiers que les calculateurs de cette puissance n'ont plus grande utilité, puisqu'il est théoriquement possible de mettre en réseau des milliers de micro-ordinateurs permettant d'aligner des capacités apparemment équivalentes. Mais il existe de grandes différences entre les performances de tels réseaux, à qui font défaut des connexions efficaces et un système d'exploitation centralisé performant. Les supercalculateurs restent donc indispensables à tout Etat ou groupe d'Etats désirant réaliser rapidement et à moindre coût des calculs indispensables à sa sécurité comme au développement des sciences dont il a besoin tant dans la concurrence internationale.que dans la coopération.

L'Europe s'en est aperçu, un peu tardivement. Elle dépend cruellement de matériels qu'elle ne produit pas ou n'assemble pas (sauf marginalement, en ce qui concerne la France, où le CEA s'équipe actuellement d'un supercalculateur Bull principalement dédié à la défense). C'est comme l'on devine aux Etats-Unis et au Japon que se trouvent les industriels et les grands centres de calcul capables de fournir les prestations attendues tant par les scientifiques que par les militaires. Aux Etats-Unis, on se prépare maintenant la nouvelle génération de machines, dont l'augmentation considérable de puissance va faire faire un bond en avant considérable aux recherches scientifiques.

Aujourd'hui, le calculateur le plus puissant du monde est l'IBM BlueGene/L installé au Lawrence Livermore National Laboratory qui dépend du département de l'Energie des Etats-Unis. Il réalise en pointe 596 trillions d'opérations par seconde. Les nouvelles machines, de l'ordre du pétaflops équivaudront à la puissance installée de 100.000 PC. Selon les experts, un calcul qui demanderait 80 ans pour l'un de ces PC pourrait être réalisé en 5h sur un calculateur de la taille du Blue Gene/L et en moins de 2h sur une machine de la taille supérieure.

La réalisation de ces monstres oblige à faire face à de nombreux défis, dont le moindre n'est pas la consommation électrique et la dissipation de chaleur. Le successeur de Blue Gene/L déjà baptisé du nom de "Roadrunner" sera développé par IBM en partenariat avec le Laboratoire national de Los Alamos dépendant lui aussi du département de l'Energie. Il consommera 4 megawatts de puissance électrique. Mais il permettra aussi d'éclairer, si l'on peut dire, des questions scientifiques demeurées encore obscures et aussi diverses que le changement climatique, les évolutions géologiques, les nouvelles molécules thérapeutiques et la matière noire.

La véritable difficulté, cependant, n'est pas directement liée à l'environnement de la machine ni même à la rapidité des composants électroniques qu'elle utilise. Elle se trouve, comme l'on sait, dans l'aptitude des logiciels et des architectures programmatiques permettant de faire travailler ensemble des centaines de milliers de sous-ensembles multiples en les regroupant au mieux des problèmes complexes à résoudre. L'ingénierie logicielle apporte beaucoup de solutions standard mais ne peut remplacer entièrement le flair des programmeurs et ingénieurs systèmes travaillant en liaison avec ceux qui leur posent les « bonnes questions ».

Applications

La force des nouveaux calculateurs consiste à faire tourner des modèles numériques ou analogiques simulant des phénomènes de la nature inobservables directement, faute de temps, d'argent ou d'instruments adéquats. Le processus traditionnel de la recherche scientifique, supposant un échelonnement dans le temps de la théorie à l'hypothèse puis à l'expérimentation se trouve modifié. Plus exactement, l'expérimentation n'a plus besoin d'être conduite en vraie grandeur. Elle peut être remplacée par une simulation.

Les récentes prédictions scientifiques concernant le changement climatique qui ont servi d'argument pour la mise en place du protocole de Kyoto et de ses suites n'ont été rendues possibles que parce que la puissance de calcul affectée à leur production a été multipliée plus de 10.000 fois en quelques années. Alors que pendant longtemps les données satellitaires climatologiques et géophysiques ne pouvaient pas être traitées en temps utile par les laboratoires terrestres, aujourd'hui l'inverse se produit. Les satellites ayant vieilli ne fournissent plus assez de données ni assez rapidement pour répondre à la soif d'informations des modèles computationnels.

A l'opposé, les flots de données qui seront produites par le futur accélérateur LHC du CERN pourront en principe être traitées en temps réel, ce qui serait impossible actuellement. Encore faudrait-il que les scientifiques y travaillant puissent accéder à des calculateurs assez puissants, ce qui n'est pas garanti compte tenu du peu d'enthousiasme manifesté par les Etats-Unis pour fournir du temps de calcul dans des conditions satisfaisantes.

Dans le domaine tout différent de l'armement nucléaire, on sait depuis longtemps que les essais simulés ont rendu inutiles les tests en vraie grandeur. A cet égard, il n'était pas question pour la France de dépendre de la bonne volonté américaine. D'où l'acquisition du calculateur Bull de la direction des applications militaires du CEA précité (lequel offre aussi du temps à des équipes civiles).

La question de la disponibilité en puissance de calcul se posera également déjà dans la perspective du traitement des myriades de données qui seront nécessaires à la simulation des phénomènes se déroulant dans le cœur du futur réacteur à fusion ITER de Cadarache ou de ses enceintes. Il serait prudent de prévoir dès maintenant les ressources nécessaires.

Un autre domaine qui pourra se révéler encore plus vital, concernera la préparation d'un vaccin contre la grippe aviaire « hominisée » dès que celle-ci se déclarera (éventualité considérée comme inévitable). Les ressources d'un supercalculateur permettront de gagner de précieuses semaines dans l'analyse du virus et la mise au point de réponses adaptées.

Un nouveau calculateur au CNRS

Au moment de finir cet article, nous apprenons une bonne nouvelle 2). Le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) va prochainement s’équiper d'une plate-forme de calcul intensif de 207 téraflops. L’organisme disposait jusqu'ici d'une puissance de calcul de 6,7 téraflops. Il se hisse ainsi au troisième rang mondial – hors calculateurs militaires –, derrière le département à l'énergie américain précité (596 téraflops) et le Forschungzentrum Jülich allemand (222 téraflops).

Conçue par IBM (nous eussions préféré Bull 3) la nouvelle machine se compose de deux blocs complémentaires : un ensemble de dix armoires Blue Gene/P, d'une puissance de 139 téraflops, qui sera installé à la fin du mois de janvier, et un groupe de huit modules Power 6, d'une capacité de 68 téraflops, livré au mois de juillet.
Installé au centre national de calcul du CNRS – l'Institut du développement et des ressources en informatique scientifique (Idris) –, à Orsay, le nouveau supercalculateur représente un investissement d'environ 25 millions d'euros, dont 5 millions seraient réservés à la maintenance de la machine. Celle-ci sera ouverte à tous les chercheurs, du secteur public ou des entreprises.

Dans 10 ans

Terminons par un regard sur la prochaine décennie. On ne doit pas croire que la limite du pétaflops tiendra longtemps. D'ores et déjà les ingénieurs étudient une machine mille fois plus puissante, capable d'un million de trilliards d'opération par seconde. Elle est prévue vers 2018. Il n'est pas risqué de parier qu'elle sera américaine. A moins que par miracle le programme PACE cité ci-dessus prenne rapidement un grand développement.

Notes :
1) gigaflops = 1 milliard 1×10 puissance 9 flops ; teraflops = 1 trilliard ou 1×10 puissance 12 flops ; petaflops = 1 quadrilliard ou 1×10 puissance 15 flops, le flops désignant 1 opération élémentaire en virgule flottante réalisée par seconde).
2) http://www2.cnrs.fr/presse/communique/1259.htm
3) Nous reviendrons sur ce point. La fleur faite à IBM nous parait particulièrement significative d'une dépendance entretenue de la recherche française à l'égard de ce constructeur.


Communiqué de Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin aux lecteurs du site Paneurope et de la newsletter Europa++

Chers amis lecteurs du site Paneurope France et abonnés de la revue Europa, Christophe Jacquemin et moi souhaitons par ce message vous avertir que, sauf occasions particulières, vous ne trouverez plus d'articles signés par nous sur ces deux supports. De même, je ne jouerai plus à compter de ce jour le rôle de rédacteur en chef qui m'avait été attribué par nos collègues du comité de rédaction. L'alliance « stratégique » entre Paneurope et Automates Intelligents ne devait durer qu'un temps, celui permettant de mettre définitivement Paneurope sur les rails du monde virtuel. Nous estimons que notre engagement a été tenu, comme le prouve le grand nombre des articles et des informations désormais en ligne, ainsi qu'une fréquentation ayant progressé en flèche.

Nous devons pour notre part consacrer davantage de temps à l'actualisation de notre revue Automates Intelligents, dans la forme mais aussi sur le fond, compte tenu de l'explosion contemporaine des évènements scientifiques entrant dans notre ligne éditoriale. Pour ma part, je vais publier dans trois mois environ un livre dédié à l'avenir de l'Europe tel qu'avec Christophe et quelques amis nous le concevons. Ce livre sera édité par Jean-Paul Bayol et disposera d'un site Internet où nos futurs articles pourront être consultés, voire repris par Paneurope si elle le souhaite. Vous en aurez l'adresse quand il sera créé.

Une dernière raison nous pousse à nous retirer. C'est que, écrivant hélas beaucoup et facilement, nous décourageons d'autres membres de Paneurope de s'exprimer. C'est donc rendre un mauvais service à l'Association que continuer à parler pour son compte. Les parents connaissent bien cela. Lorsque les enfants grandissent, ils doivent se taire pour leur laisser la parole. 01/01/08

* http://www.pan-europe.org/article.php?article_id=361&rubrique_id=

Par Jean-Paul Baquiast - Publié dans : gazetadmiroutes
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Mardi 1 janvier 2008

BONNE ANNEE A TOUS ET MERCI DE VOTRE FIDELITE

Christophe Jacquemin a doté la Gazette du logiciel Alexandria.
Double-cliquez sur chaque mot de cette page et s'afficheront alors définitions, synonymes et expressions constituées de ce mot. Une fenêtre déroulante permet aussi d'accéder à la définition du mot dans une autre langue (22 langues sont disponibles). Réalisé par une société française, ce logiciel n'a pour l'instant aucun équivalent dans le monde.


Un livre de Jean-Paul Baquiast (en librairie)

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Essai
Edition Jean-Paul Bayol
300 pages - ISBN : 978-2-916913-00-1

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Une Amérique de plus en plus dangereuse

La tâche du chroniqueur n'est jamais facile, quand il est confronté à des évènements aussi complexes que ceux marquant la situation au Pakistan et dans la région après l'assassinat de Benazir Bhutto. Pourtant, il ne serait pas acceptable de se réfugier dans un silence prudent.
Au soir du samedi 29 décembre, et sous réserve d'évènements nouveaux pouvant survenir à tous moments, quels éléments d'analyse peut-on proposer ?

1. Malgré les efforts tant de G.W. Bush lui-même que semble-t-il de l'entourage du président Musharraf pour en persuader l'opinion internationale, il semble bien que l'attentat n'ait pas été conduit par la nébuleuse islamiste : Al Qaïda, les extrémistes religieux pakistanais, les talibans d'Afghanistan ou d'autres encore. Certes, on ne prête qu'aux riches, mais se serait trop facile d'exonérer de leurs responsabilités les vrais fauteurs de ce chaos, qui sont en dernier ressort les Etats-Unis, comme nous allons le dire.

2. Contrairement aux allégations alarmistes venant notamment de la propagande américaine, les experts français que nous avons entendus (notamment dans l'émission C dans l'air du 28 décembre), considèrent que la possibilité de voir Al Qaïda mettre la main sur l'arsenal nucléaire du Pakistan est très faible. Le Pakistan est si troublé que le risque existe d'une dissémination d'éléments nucléaires provenant d'éléments incontrôlés, mais ce risque ne serait guère plus grand aujourd'hui qu'hier. Il n'existe donc pas de raison sérieuse aujourd'hui pour transformer le Pakistan en mouton noir, comme certains stratèges américains ou israéliens semblent le conseiller.

3. Il est évident que Benazir Bhutto, dont on ne peut que saluer le courage, avait été instrumentalisée depuis longtemps par le Département d'Etat et le pouvoir américain. Le gouvernement américain avait prétendu en faire le symbole d'une démocratie à l'occidentale qu'elle n'était absolument pas, étant une féodale parmi d'autres féodaux. Ceci pour contrebalancer l'appui contraint et forcé qu'il apportait à Pervez Musharraf. Il avait voulu aussi en faire une machine de guerre en renfort de l'intervention des Etats-Unis et de l'Otan en Afghanistan, à un moment où de « nouveaux talibans », beaucoup plus irréductibles que les précédents, semblent prendre le contrôle des zones frontalières. C'était la condamner à mort. Il n'est pas possible de croire que les Américains ne l'aient pas prévu, voire voulu.

4. Quelles que soient les responsabilités de Pervez Musharraf dans la mort de Benazir Bhutto, elles ne devraient pas servir de prétexte aux Etats-Unis pour ostraciser et tenter d'abattre ce dernier. Loin de faire surgir de nouveaux leaders prétendus plus démocratiques, cela ne ferait qu'accroître le chaos. Le mieux serait que les Etats-Unis, faucons de la tendance Rumsfeld ou colombes de la tendance Rice, cessent d'intervenir au Pakistan. Ils ont fait déjà beaucoup trop de dégâts, ils ne pourraient qu'en ajouter. Après tout, le Pakistan devrait être considéré comme un pays suffisamment adulte, fut-il peuplé de religieux radicaux, pour être laissé libre de s'autodéterminer.

Au-delà de ces éléments, nous voudrions proposer un jugement général qui, pensons-nous, aurait du depuis longtemps être celui de la diplomatie européenne. Il est temps pour celle-ci de se démarquer du suivisme à l'égard de Washington qui fait partager à l'Europe les responsabilités de la politique véritablement dangereuse du gouvernement et du système américain. Nous avions dans un article précédent indiqué que l'Europe, plutôt que renforcer sa présence en Afghanistan, devrait s'en dégager comme elle a commencé de le faire en l'Irak. Concernant le Pakistan, elle devrait affirmer, avec diplomatie mais fermement, que depuis le 11 septembre et la Guerre globale contre la Terreur imposée par G.W. Bush et les néo-conservateurs, les dangers ne cessent de se multiplier. L'Amérique sème la tempête partout où elle intervient, suscitant les nationalismes, les fanatismes religieux, les trafics de toutes sortes. Le sort du monde et celui des pays qu'elle a déstabilisés seraient grandement améliorés si elle se retirait dans un isolationnisme dont elle a malheureusement perdu la tradition. Au Pakistan, qui ne regorge pas de pétrole ni de matières premières, mais de problèmes, elle n'a vraiment plus rien à faire. Qu'elle laisse les Pakistanais de toutes tendances se débrouiller entre eux comme avec leurs voisins indiens (ce qu'ils seraient tout à fait capables de faire si les Etats-Unis ne s'en mêlaient pas).

Tant que l'Europe n'aura pas affirmé clairement, aux yeux du monde entier, qu'elle est désormais décidée à ne plus faire le jeu de l'irresponsable diplomatie américaine, elle contribuera au même titre que l'Amérique à augmenter la dangerosité du monde. Plutôt que continuer à faire allégeance à Bush, les gouvernements européens et la diplomatie européenne devraient enfin tenir ce langage de vérité. 29/12/07


Poutine, un modèle pour l’Europe ?

Ce titre paraîtra à certains relever de la provocation. Il traduit pourtant une réalité que les Européens auraient intérêt à reconnaître …et imiter. Le monde actuel est le théâtre de compétitions de plus en plus musclées entre deux catégories d’acteurs. On trouve d’un côté de vraies puissances politiques et de l’autre des Etats ayant perdu toute ambition à la puissance. Les premiers, profitant à plein de l’ouverture imposée par l’idéologie libérale, détruisent l’économie des seconds par des agents à leur service, dont on commence seulement à mesurer l’efficacité conquérante, les fonds d’investissement qu’ils pilotent (fonds spéculatifs et fonds souverains notamment). Les autres ne savent que prêcher les vertus de la concurrence et de la consommation à tout-va sans se rendre compte qu’ils perdent progressivement leurs moyens d’être pris au sérieux comme partenaires avec qui compter, c’est-à-dire avec qui négocier sur un pied d’égalité. Il est vrai que pour remplacer leur puissance économique, ils essaient de déstabiliser leurs adversaires par un moralisme droit de l’hommiste qui ne trompe personne.

C’est sur cet arrière plan qu’il faut apprécier les commentaires qu’ont suscités la victoire aux dernières élections du parti de Vladimir Poutine et le rôle de premier ministre interventionniste que ce dernier semble vouloir se réserver. Pour l’opinion éclairée américaine, dont les ambitions à la domination mondiale n’ont malgré quelques difficultés passagères rien perdu de leur agressivité, Poutine mérite le titre que lui a décerné Time Magazine, celui de l’Homme de l’année. Dans un article éclairant (http://www.time.com/time/specials/2007/personoftheyear/article/0,28804,1690753_1690757,00.html), le journal explique clairement les raisons de son choix, dans lequel ne prend place aucun angélisme.

On trouve sur le blog de Michel Collon http://www.michelcollon.info/articles.php?dateaccess=2007-12-15%2017:29:38&log=invites# des commentaires de Jean-Marie Chauvier, citant lui-même Jacques Sapir, qui montrent bien pourquoi Poutine représente pour l’Amérique comme pour ceux qui devront compter avec la puissance russe une nouveauté considérable. Nous citons en abrégeant :

« Le remaniement ministériel de février 2007, qui a vu le ministre de la Défense, Sergueï Ivanov, être promu au poste de premier vice-premier ministre, peut être considéré comme un symbole important de ce mouvement. Sergueï Ivanov est en effet parmi les dirigeants russes celui qui peut passer pour le plus engagé en faveur d'une politique industrielle active. Le récent départ du gouvernement de German Gref, un des derniers ministres « libéraux », est encore un signe de la cohérence qu'a désormais acquise la politique économique russe.

Ce processus n'est pas circonscrit au cercle gouvernemental restreint. Il s'inscrit dans le cadre global d'une évolution qui voit l'ensemble de l'élite politique et économique russe se rallier à des conceptions interventionnistes et qui se traduit par la montée d'une forme de « patriotisme économique ». Aujourd'hui, des notions comme la politique industrielle, la nécessaire présence d'un secteur public ou le protectionnisme ne font plus clivage entre ceux que l'on appelle les « libéraux » et les « interventionnistes ».

Ce volontarisme russe s'est traduit par un double mouvement de réaffirmation de l'État dans l'économie et de re-concentration des activités. Dans les faits, on a vu apparaître une organisation de l'économie autour de trois secteurs dans lesquels le rôle de l'État est différencié :
- un secteur prioritaire, celui de l'énergie et des matières premières qui doit être étroitement contrôlé par l'État ;
- un secteur des industries stratégiques qui se définit dans une logique de diversification où l'entrée des acteurs étrangers est possible et même souhaitée, comme c'est le cas pour la production automobile ;
- un secteur des autres industries où l'État n'intervient que pour faire respecter la législation commune.

La diversification de l'économie est devenue un axe stratégique de la politique économique, justifié par un risque de dépendance vis-à-vis des matières premières. Cet objectif a été repris par Alexandre Chokhine, le président de l'Union des industriels et des entrepreneurs de Russie (le RSPP), qui appelle à la mobilisation d'une partie des moyens du fonds de stabilisation et la mise en place de ce qu'il qualifie de « protectionnisme raisonnable ».

L’analyse de Sapir montre qu’il y a au moins deux approches de l’évolution russe, tant en Occident qu’en Russie, et tant à droite qu’à gauche. L’une voit surtout l’aspect « autoritaire » et se retrouve sur une ligne de « défense des libertés » qui est celle des libéraux et des oligarques déchus par Poutine, des mouvements de Droits de l’Homme animés en Russie par des militants en vue du libéralisme des années 90.

L’autre retient davantage les choix stratégiques de développement interne et de relations internationales. Sur ce terrain, la ligne « souverainiste » qu’adopterait Poutine s’éloigne forcément des conceptions néolibérales (au sens de ce terme chez nous), des recommandations (passées) du FMI et des exigences posées par les Etats-Unis, tant à l’adhésion de la Russie à l’OMC qu’à son acceptation dans la « communauté internationale » en tant que pays « véritablement démocratique ».

Nous pensons pour notre part que la division de l’économie en trois secteurs plus ou moins soumis à l’interventionnisme politique et au protectionnisme raisonnable conviendrait parfaitement à l’Europe, si elle était capable de se doter d’un gouvernement économique et politique minimum, ne fut-ce qu’au sein de la zone euro. Dans ce cas, des convergences et des alliances avec la Russie, comme d’ailleurs avec d’autres puissances à vocations hégémoniques, seraient parfaitement négociables.

Mais l’Europe, par la voix de ses institutions ou de ses Etats membres, ne sait que prêcher d’une part les vertus d’une concurrence sans frontières et d’autre part l’impossibilité, quand elle négocie avec la Russie ou la Chine, de transiger sur des droits de l’Homme auxquels par ailleurs elle ne croît guère. Elle se met alors directement dans les mains aussi bien des Etats-Unis et de ces puissances que dans celles des Etats théocratiques et pétroliers du Golfe pour qui la démocratie et la laïcité n’ont aucun sens.

Nous renvoyons ci-dessous à un article de Defensa qui résume parfaitement bien la situation. http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=4752


Viol des consciences

Nombreux seront, à commencer par votre serviteur, les Français qui estimeront être victimes d'un véritable viol des consciences, perpétré par Nicolas Sarkozy lors de son "discours de Latran". Un président de la République n'a pas tous les droits au gré de ses foucades personnelles. Lorsque, selon le Monde, Sarkozy affirme que la France a tout à gagner à une "laïcité positive", à une reconnaissance effective de la place des courants spirituels dans la vie publique, à leur concours dans la définition d'une "morale" pour le pays, lorsqu'il fait allusion à une laïcité "épuisée" ou guettée par le "fanatisme" , lorsqu'il dit que l'intérêt de la République est de compter des populations qui "croient" et "espèrent" et qu'il n'est pas de bonne politique sans référence à une "transcendance", il méprise ouvertement les convictions d'une bonne partie de la population. En fait, il réveille obligatoirement les hostilités entre les républicains et les curés dont on pouvait se croire sorti. Ses conseillers en religion croient peut-être faire par sa voix une bonne affaire politicarde, mais ils se trompent. Le vieux laïcisme de combat n'est pas mort. Il se réveillera si on vient le provoquer inutilement. Il a l'avenir pour lui. Ce ne sont pas des guides moraux aussi percutants que J.M. Bigard ou le vieil illuminé de René Girard qui vont réveiller les vocations, même au fin fond des campagnes. Vive la Laïque!
21/12/07


Le rapport américain Infrastructure 2007

La lente destruction des infrastructures publiques américaines, abandonnées faute de financements au profit des activités de marché et des dépenses militaires, apparaît de plus en plus insupportable à certains citoyens des Etats-Unis. On lira sur ce point très important, qui devrait, tout autant que l'absence de sécurité sociale, condamner le modèle du capitalisme américain, le rapport de l'Urban Land Institute et du cabinet Ernst and Young : « Infrastructure 2007. A global perspective ». Voici un rapport bienvenu au pays du capitalisme à court terme.

Les investisseurs privés des travaux publics qui ont commandité ce rapport estiment qu'investir dans les grands équipements pourrait être rentable. Encore faudrait-il que le pouvoir politique, comme l'avait fait le New Deal, oriente l'épargne dans ces directions, qui ne sont pas productives à court terme. Les difficultés d'Eurotunnel nous montrent tout l'ardu de la démarche.

L'Europe n'est pas encore arrivée à l'état de délabrement dénoncé par les auteurs du rapport. Mais si elle n'entretient pas son capital, en y affectant une part de plus en plus grande des ressources budgétaires de l'Union, elle ne sera pas à l'abri des mauvaises surprises. Un problème différent est également évoqué en Europe, à la suite des travaux sur le contrôle de la production des gaz à effet de serre. Toutes les infrastructures ne se valent pas à cet égard. Les entreprises des Ponts et Chaussées comme celles de l'automobile voudraient faire privilégier les autoroutes de liaison ou de contournement. Les économistes et les environnementalistes préfèrent de beaucoup les liaisons ferroviaires et le portuaire maritime. Les collectivités locales, malheureusement, font en général pression sur les gouvernements pour que des équipements routiers manifestement non indispensables soient financés en priorité.

http://www.ey.com/global/content.nsf/International/Real_Estate_Library_Infrastructure_2007


Le Pentagone installe en Europe son Quartier Général pour l’Afrique. Bienvenue à Ramstein (De)

En février 2007, le Pentagone a décidé la création d'un nouveau commandement régional, pour l'Afrique, AFRICOM (African Command)dont la gestion est confiée à l'US Air Force pour l'Europe. Ceci n'avait pas beaucoup agité les chancelleries européennes non plus que le haut représentant Javier Solana. La décision aurait pourtant du être commentée, à double titre.

D'une part, toutes les interventions de type militaire des Etats-Unis sur le Continent africain devraient inquiéter les Européens, quand on voit comme ces interventions ont mis et mettent encore le Moyen Orient à feu et à sang. D'autre part, aucun Etat africain, même parmi les plus américanistes, comme le Nigéria, n'a voulu héberger le quartier général de l'AFRICOM. Celui-ci a dont été (momentanément (?) installé en Allemagne, dans la base de l'US Air Force de Ramstein que l'Amérique y possède encore, en héritage de la guerre froide. Mme Merkel, à notre connaissance, n'a pas réagi.

Aujourd'hui, l'Africom prend de plus en plus corps. Sa préparation est confiée à l'US Air Force in Europe (USAFE). Le fait qu'une “Air Force” (subdivision majeure de l'USAF, équivalant à une “Armée” ou un “Corps d'Armée” pour les forces terrestres) ait été réactivée est une indication de l'investissement bureaucratique et structurel que l'USAF (USAFE) met en œuvre et va développer dans sa tâche de préparation d'AFRICOM. L'USAFE est une survivante de la conception classique et orthodoxe de l'Otan,c'est-à-dire euro-atlantique. Par ailleurs, les derniers évènements au Moyen Orient ont montré que l'US Air Force en général était, bien plus que l'US Navy et l'US Army, toujours prête à des démonstrations musclées qui ne lui coûtent pas grand chose, sinon quelques milliers de litres de kérosène. Au sein du lobby militaro-industriel américain, il s'agit de la branche la plus activiste.

Mais que faire en Afrique ? Nous avons montré qu'à terme, l'Afrique sera, notamment par sa démographie galopante incontrôlable, une des futures zones d'instabilité du globe, sinon la seule. Cette instabilité ne menacera pas directement l'Amérique, mais l'Europe. Par contre, des mouvements locaux pourront mettre en danger les implantations africaines des compagnies pétrolières américaines, que Washington entend développer pour suppléer en tant que de besoin aux sources du Golfe. Les intérêts américains dans les énormes richesses minérales encore inexploitées sur lesquelles la Chine et d'autres pays asiatiques comptent déjà beaucoup pour alimenter leur croissance, ne devraient pas non plus, dans l'esprit du Pentagone, être laissées sans défense. Enfin, l'évolution politique de grands pays traditionnellement proches de l'Amérique, comme le Nigéria et l'Afrique du Sud, doit rester sous surveillance. Tout récemment, par exemple, l'annonce par le Congrès national africain de la victoire de Jacob Zuma, qui devient président de ce parti, contre le chef de l'Etat sud-africain et président sortant, Thabo Mbeki, ne rassure pas Washington. Zuma passe pour populiste et imprévisible. Un tutorat américain ne sera dont pas inutile.

Il est évident que, en dehors du resserrement des liens entre les militaires américains et les armées de nombreux pays africains déjà gagnés, comme leurs collègues de l'Otan, à la pax americana et aux achats d'armes que le maintien de celle-ci suppose, l'AFRICOM sera un outil permanent et proliférant permettant au Pentagone et au Département d'Etat d'interférer en Afrique, au détriment évidemment de l'influence des autres puissances, notamment européennes.

Les prétextes humanitaires ont déjà été mis en avant. Les Etats-Unis annoncent que le rôle essentiel de l'AFRICOM sera humanitaire. Pour cela, l'USAF est toute désignée : transport de vivres, de médicaments...et aussi d'humanitaires à l'américaine, évangélistes et militants de l'abstention sexuelle – sans parler de l'infiltration de Forces Spéciales. La Guerre sans Fin contre le Terrorisme ne manquera pas de fournir des occasions justifiant la présence de ces dernières.

La crainte de beaucoup d'Etats africains, semble-t-il, est que toutes ces bonnes intentions ne finissent par légitimer ici ou là une intervention militaire sur le mode Irakien, dont les conséquences catastrophiques s'étendraient sur l'ensemble du Continent, en réveillant les haines nationalistes et religieuses. Comme l'explique l'auteur de l'article du journal pacifiste Anti-war, cité ci-dessous, le cancer militariste une fois installé ne cesse de proliférer. En d'autres termes, la grande politique africaine de l'Europe, à supposer qu'elle en élabore une un jour, devra tenir compte de l'opposition discrète ou ouverte que lui fera désormais l'AFRICOM. Parions que dans trente ans, on devra encore compter avec cette dernière, comme nous devons encore compter aujourd'hui avec l'Otan dont le principal rôle est devenu d'empêcher la construction d'une défense européenne autonome.21/12/07

* http://www.antiwar.com/orig/werther.php?articleid=12056
* http://www.africom.mil/


Microsoft et le Libre

Microsoft cède avec beaucoup de réticences à la pression des défenseurs du logiciel libre, relayés par la Commission Européenne. En mars 2004, celle-ci avait condamné Microsoft à fournir à ses concurrents les informations nécessaires au développement de produits interopérables avec ses logiciels destinés aux ordinateurs personnels et aux serveurs. Microsoft a signé le 20 décembre 2007 aux Etats-Unis un accord avec une fondation à but non lucratif consacrée aux logiciels libres, la Protocol Freedom Information Foundation. L'accord vise l'éditeur à but non-lucratif Samba, qui propose un logiciel gratuit destiné aux serveurs.

Le logiciel de Samba est dédié aux groupes de travail en entreprise travaillant en intranet. Il permet aux salariés de s'identifier et de se connecter à un système informatique, de partager des documents et de les imprimer. Mais les problèmes d'interopérabilité l’empêchaient d’intervenir sur l’ensemble du système d’information de l’entreprise, contrairement au Active Directory de Microsoft.

La Commission avait en 2004 condamné Microsoft au motif qu’il refusait de fournir à ses concurrents les protocoles nécessaires à l'interopérabilité, afin que les ordinateurs et serveurs utilisant son logiciel Windows, mais fabriqués par ses concurrents, ne puissent pas fonctionner ensemble. Cette pratique anticoncurrentielle de Microsoft lui a permis de s'imposer sur le marché des serveurs, contraignant ses concurrents à disparaître.

Mais il faut bien voir que l’accord avec Samba est loin de résoudre tous les problèmes d’interopérabilité se posant au sein des serveurs d’entreprises. Il ne concerne évidemment pas non plus le domaine bien plus important des logiciels pour PC et matériels répartis, dont Microsoft tente de verrouiller depuis longtemps le marché au profit de ses propres produits. Pour assurer la compatibilité, les logiciels libres sont obligés à grands frais de se mettre constamment à niveau pour tenir compte des changements décidés par Microsoft et ne faisant pas l’objet d’une publication des sources. 20/12/07


Boeing est donné gagnant de l'appel d'offre de l'US Air Force sur les avions ravitailleurs

Avec une joie non dissimulée, l'Air Force Magazine du 18 décembre annonce, "de source bien informée" que Boeing est donné gagnant de l'appel d'offre qui l'oppose à EADS Northrop Grumman pour la fourniture d'avions ravitailleurs en remplacement du KC 135. L'information figure avec plus de détails gourmands dans le Seattle Post-Intelligencer du 16 décembre. Le contrat est proprement monstrueux (aux alentours de 100 milliards de dollars). L'appel d'offre avait été précédemment cassé pour raisons de corruption imputées à Boeing. Mais l'Air Force et le lobby militaro-industriel n'avaient jamais renoncé à placer Boeing. Ce qui faisait penser à beaucoup d'Européens que EADS perdait son temps à tenter d'être retenu.

EADS est sans rancune. Airbus envisage de revendre à Spirit certaines usines du groupe. Spirit est constitué d'un regroupement d'anciens sous-traitants de Boeing aux États -Unis. 18/12/07

* Air Force Magazine http://dc01-cdh-afa03.tranguard.net/AFA/
* Seattle PI http://seattlepi.nwsource.com/business/343764_tanker17.html


Le président de la République défend la culture française

Je ne sais quel journal américain titrait, il y a quelques jours, sur la mort de la culture française. Profonde erreur. Celle-ci est bien défendue par le président de la République également française. Après avoir proclamé à Washington l'amour de la France pour Marilyn Monroë, il a jugé utile d'afficher son nouveau couple dans un des hauts lieux de la culture française, Disneyland Paris. 17/12/06


L'inflation démographique en Afrique

Le journal Le Monde du 17 décembre 2007 a publié un article inquiétant, selon lequel après avoir stagné pendant quatre siècles, la population africaine passera de 769 millions aujourd'hui à 2 milliards en 2050.
Les auteurs de cet article ne sont pas des démagogues populistes, mais de distingués démographes que l'on ne peut soupçonner d'arrière-pensées politiques. Il s'agit du belge John May, « démographe Afrique » de la Banque Mondiale, et Jean-Pierre Guéguant, de l'Institut de recherche pour le Développement, en poste à Ouagadougou.

Retenons les points suivants, en résumant rapidement l'article :
- L'Afrique sub-saharienne n'est pas encore entrée dans la phase dite de transition démographique, caractérisée par la baisse de la fécondité. Celle-ci y est en moyenne de 5 enfants par femme, plus élevée que dans n'importe quelle autre partie du monde. En conséquence, 2 personnes sur 3 y ont moins de 25 ans. La population des moins de 25 ans n'est que de 40% en Chine et de 30% en Europe.
- Ceci peut être expliqué par le fait que l'esclavage puis la colonisation avaient freiné l'expansion normale et qu'un effet de rattrapage se fait sentir. Mais les auteurs restent prudents. Les évolutions démographiques observées partout dans le monde obéissent à des causes très diverses et pas toujours prévisibles. La baisse de la fécondité dans les pays développée, au dessous du taux de renouvellement, n'était pas prévue. En Afrique, l'épidémie de sida n'a pas entraîné de baisse de la population. La population infectée, telle que recensée dans les centres de santé, est passée de 9% en 2001 à 6% en 2006.
- La cause la plus vraisemblable de la croissance démographique africaine tient au laxisme des gouvernements. Dès 1960-1970, la plupart d'entre eux (excepté la Tunisie) ont refusé les politiques de modération décidées par les pays latino-américains et asiatiques. Les méthodes de contraception sont refusées presque partout.
- Les conséquences de cette situation seront intenables à terme. On ne voit pas par exemple le Niger supporter une population de 50 millions de personnes, alors que 15% seulement des terres y sont cultivables et que le pays est déjà surpeuplé. Dès maintenant, si l'on rapporte la densité de population à la superficie des terres cultivables, on atteint des densités très élevées : 529 habitants au km2 pour la Mauritanie, 817 pour la Somalie, 391 pour le Sénégal. Or on ne voit pas sérieusement comment augmenter les surfaces cultivables, face à la désertification grandissante.
- Les Etats n'ont pas les moyens de mettre en place les infrastructures correspondant à l'augmentation de la population, qui se porte inexorablement vers les villes. Aujourd'hui, on compte déjà en Afrique 40 villes de plus de 1 million d'habitants. En 2030, la moitié de la population vivra en ville dans 3 pays africains sur 4. Ces villes seront nécessairement, faute d'investissements urbains, des foyers de la pauvreté grandissante, par rapport aux campagnes.
- Les migrations africaines vers le Nord restent peu importantes, contrairement aux idées reçues. Les plus importantes migrations mondiales, sur un total de 200 millions de personnes, sont chinoises, indiennes et philippines. Une très petite partie d'entre elles seulement s'installe en Afrique.

Les auteurs de l'article n'ont pas suggéré de conclusions ou recommandations politiques générales relativement à ces perspectives qui paraissent pourtant très inquiétantes. Même en arrêtant l'exploitation des quelques richesses africaines par les pays plus développés, l'Afrique ne pourra pas contenir sa population dans ses frontières. Si à la croissance démographique s'ajoutent les effets prévisibles de la crise climatique, la situation deviendra véritablement explosive.

On peut penser que tant que les gouvernements n'auront pas pris des mesures incitatives fortes pour généraliser la contraception et améliorer en priorité l'éducation des femmes, rien n'arrêtera la marche à une surpopulation catastrophique. Malheureusement, les gouvernements, déjà faibles à tous égards, se trouvent en face de traditions culturelles difficiles à modifier. Elles le sont d'autant plus que des religions de plus en plus offensives, qu'il s'agisse des églises chrétiennes de toutes obédiences, de l'islam et même des croyances animistes traditionnelles, refusent absolument les évolutions sociétales qui se sont développées partout ailleurs dans le monde et contribuent au contrôle spontané des naissance. On peut penser que l'explosion de la démographie africaine et ses conséquences seront considérées par ces religions comme une opportunité d'accroître leurs pouvoirs.17/12/07


L'Europe sociale en butte au libéralisme dogmatique
Source Thomas Ferenczy, Le Monde, 13/12/2007


La Grande Bretagne et l'Allemagne bloquent toutes les avancées de l'Europe sociale proposées par les syndicats européens.

Le secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats (CES), le Britannique John Monks, membre de deux laboratoires d'idées aux opinions modérées, le European Policy Centre à Bruxelles et le Centre for European Studies à Londres, est scandalisé par les échecs répétés de l'Europe sociale, qu'il s'efforce, avec d'autres, de promouvoir. Il y a moins d'un mois, il a remis au président de la Commission européenne une pétition de 510 000 signatures en faveur d'une directive sur les services publics. M. Barroso a dit non. Une semaine plus tard, c'est la question de la flexicurité qui revenait à l'ordre du jour. La CES ne refuse pas l'idée, mais craint que la flexicurité, censée combiner flexibilité et sécurité, ne soit interprétée "comme un permis de licencier plus facilement et d'adopter des formes de travail plus précaires". La Commission puis le conseil des ministres ont adopté une série de principes, que le Parlement européen aurait souhaitée "plus équilibrée". M. Monks a aussitôt appelé les gouvernements à se ranger à l'avis des eurodéputés. La flexicurité, dit-il, doit protéger l'emploi, et non le détruire. La Commission n'est pas revenu sur ses principes.

Mais il y a plus grave. Deux directives sociales, auxquelles les syndicats européens accordent une importance particulière, ont été bloquées, une fois de plus, au conseil des ministres, en raison du refus obstiné de la Grande-Bretagne, soutenue par l'Allemagne. Ces deux textes visent à renforcer la protection des salariés, l'un en limitant à 48 heures la durée hebdomadaire du travail, sauf dérogations strictement encadrées, l'autre en reconnaissant aux intérimaires les mêmes droits qu'aux travailleurs permanents. Les Britanniques et leurs alliés, au nom de la défense de l'emploi, s'opposent à ces contraintes.

Ces deux directives, explique la CES, expriment la volonté des syndicats de fixer une limite au pouvoir des marchés. Elles procèdent du souci de rendre la mondialisation plus équitable. Leur blocage donne raison à ceux qui jugent abusive toute tentative de réglementation. Un coup sérieux est ainsi porté aux ambitions sociales de l'Union européenne. Le progrès social au sein de l'Union européenne n'a pas suivi le développement du marché intérieur. Cette carence risque de détourner les peuples de la construction européenne. On ne saurait lui donner tort.

Tant en effet que ne seront entendus à Bruxelles que les lobbies industriels, les syndicats patronaux et les gouvernements les plus "libéraux", pour qui la question du droit du travail et des droits sociaux sont de la seule compétence des Etats, aucun progrès ne pourra se faire dans la voie pourtant indispensable de la construction d'un espace social permettant la mobilité de tous les salariés, indépendamment de leur nationalité.16/12/07


Evaluation de la menace américaine par l'Intelligence Iranienne

Alors que le monde entier s'interroge sur le risque que représente l'Iran, l'interception d'un document (Iranian National Intelligence Estimate) montre que les services iraniens ne s'inquiètent pas du danger américain.

Un journaliste du New York Times s'est procuré un document secret du plus haut intérêt stratégique. Il s'agit d'une évaluation (Estimate) faisant le pendant de la NIE 2007 par laquelle les agences de renseignements américaines reconnaissent que l'Iran n'est pas actuellement engagée dans le processus de fabrication d'une bombe nucléaire. L' Iranian National Intelligence Estimate of America, destinée au président Ahmadinejad, lui fait en quelque sorte écho. Le document explique que l'Iran n'a pas besoin de se doter d'armes atomiques, car le danger représenté par l'Amérique n'est pas si élevé qu'il n'était supposé, au vu de précédentes analyses diligentées par les Gardiens de la Révolution. L'Amérique du post 9/11 serait en effet sur la voie de l'auto-destruction. Voici quelques extraits de l' « Iranian Estimate »

« L'Intelligence iranienne considère que la plus grande menace contre l'Iran et ses intérêts pétroliers était apparue en 2006, sous la forme d'un programme visant à guérir l'Amérique de son « addiction au pétrole », selon l'expression employée par le Président G.W. Bush dans sa déclaration sur l'Etat de l'Union 2006. Les informations obtenues à l'époque laissaient craindre le lancement d'un Projet Manhattan secret (covert) visant à remplacer toutes les énergies fossiles par des énergies renouvelables. Les ressources obtenues par les Etats producteurs de pétrole, y compris par l'Iran, se seraient trouvées rapidement asséchées. Les Etats du Moyen Orient, pour leur part, se seraient trouvés privés de tous moyens d'action, que ce soit pour contrer l'influence économique et politique des « petits Satans américains » ou pour propager en Occident les fondements de la Vraie Foi. »

« La réévaluation du risque à laquelle nous avons procédé montre que celui-ci était tout à fait grandi. En fait, la partie du programme visant à développer les énergies renouvelables s'est limitée à des subventions aux producteurs de maïs de l'Iowa. Les interceptions de communications téléphoniques entre les lobbysts et les membres du Parlement ont clairement mis en évidence qu'il ne s'agissait pas de bâtir une politique énergétique « propre » mais de verser à l'agro-business des milliards de dollars destinés à orienter « dans le bon sens » leurs votes aux prochaines élections. »

« La nouvelle majorité démocrate au Congrès, suite aux déclarations de Nancy Pelosi, pouvait laisser craindre le pire, mais celle-ci s'est bien gardé d'entreprendre des actions que nous aurions pu considérer comme des menaces à l'égard de la Révolution Iranienne, telles que le vote d'une taxe sur les carburants ou sur les véhicules gros consommateurs. »

« Il est donc dans ces conditions « hautement improbable » que les revenus tirés par les Etats du Golfe, y compris par l'Iran, se trouvent asséchés dans les prochaines décennies. Au contraire, ils ne pourront que croître. La bienveillance divine fait que le pétrole sera de plus en plus rare ou difficile à extraire, ce qui augmentera en conséquence les bénéfices du peuple iranien et sa capacité à éclairer le monde. »

« Nous sommes en fait « hautement persuadés » que la superpuissance Américaine (et avec elle les Etats européens impies), est en voie d'auto-destruction rapide, pour trois raisons :

- Le 9/11 a rendu l'Amérique stupide, ce qui la conduit à exporter dans le reste du monde des modèles tels que la torture légale (Guantanamo), la suppression des droits civiques et les réformes sociales proposées par le candidat républicain Mr Giuliani.
- Face à l'avance technologique que prennent les autres puissances industrielles et scientifiques, telles la Chine et l'Inde, l'opposition aux impôts, l'accent mis contre le mariage des homosexuels et les campagnes destinées à affirmer que les seules vérités se trouvent dans la Bible ne poussent guère les citoyens à définir une forme de société laïque, égalitaire, féministe et scientifique qui pourrait véritablement représenter un modèle tentateur pour notre jeunesse.
- Aucun candidat aux prochaines élections ne semble décidé à rendre les Etats-Unis plus ouverts et compétitifs, que ce soit Mrs Clinton qui prêche pour l'autarcie ou le leader actuel des Républicains, Mr Huckabee, qui avoue n'avoir jamais cru en l'évolution. »

« Devrions nous conclure cette évaluation en proposant que l'Amérique, loin de devenir une menace grandissante, rejoint nos valeurs ? Nous n'irions pas jusque là car ce peuple n'a pas a sa tête un leader aussi prestigieux que notre bien-aimé Président. »

On peut se demander pourquoi l'Intelligence Iranienne produit aujourd'hui un tel document, risquant de démobiliser les efforts du pays pour s'opposer à l'Amérique. S'agit-il d'une revanche à l'égard des gardiens de la Révolution, qui n'auraient pas consulté comme ils l'auraient du les services Iraniens ? S'agit-il d'une démarche visant à déstabiliser le président Ahmadinejad, en l'obligeant à diminuer les efforts de militarisation de la société iranienne, compte tenu de la ré-évaluation du risque réel présenté par l'Amérique ? La question reste pour le moment sans réponse.

Source. Article du NYT (Confidentiel)


 

Par Jean-Paul Baquiast - Publié dans : gazetadmiroutes
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Samedi 15 décembre 2007

Lire aussi sur Admiroutes - Automates Intelligents - Europa++:
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Le rapport 2007-2008 du PNUD sur le développement humain. Présentation et commentaires http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2007/86/pnud.htm

Accord en demi-teintes à Bali

Les optimistes et les diplomates se réjouiront sans doute de la tardive conclusion de la conférence de l’ONU sur le climat, survenue tard dans la nuit du 14 décembre à Bali. Le constat de désaccord entre ceux voulant réduire, avec des objectifs chiffrés, la production de CO2 et ceux refusant de s’engager a été évité. Néanmoins l’accord obtenu reste vague puisqu’il porte uniquement sur un engagement de procédure. Le texte stipule que le processus de négociations qui doit arrêter les suites à donner au protocole de Kyoto devra être lancé "dès que possible et pas plus tard qu'avril 2008", la première phase du protocole de Kyoto expirant en 2012. Il vise les recommandations du GIEC proposant des objectifs quantitatifs de réduction, mais n’en fait pas des obligations contractuelles. Le texte élude ainsi les références chiffrées aux émissions polluantes et à la nécessité de les réduire, auxquelles s'opposaient les Etats-Unis.

Si l’on veut être plus réaliste, on notera que, malgré les rapports nombreux produits ces derniers mois pour le compte de l’ONU par des scientifiques et des économistes, les pays les plus pollueurs, qui sont aussi les plus riches, Etats-Unis, Canada, Japon ont fait pression tout au long des débats pour refuser de reconnaître leur responsabilité et de prendre les mesures susceptibles, selon eux, de nuire à leur croissance. Nous estimons, en pesant les mots, qu’il s’agit d’un véritable crime diffus contre l’humanité. Avec un certain courage, dans les dernières heures, Al Gore s’était d’ailleurs désolidarisé de la position de son pays, en provoquant les applaudissements de la salle.

Jusqu’au dernier moment, la délégation américaine a soulevé des incidents de procédure, afin d’aboutir à un constat d’échec. A la mi-journée de vendredi, elle avait menacé de rejeter le texte en exigeant des engagements supplémentaires des pays émergents. Il est vrai qu’auparavant, les premiers blocages étaient venus de la Chine, de l'Inde, du Pakistan et du Bangladesh qui avaient demandé plusieurs suspensions de séance et des amendements au texte pour contrebalancer les efforts attendus de leur part. On ne peut pas cependant reprocher leur attitude à ces pays, lorsque les pays les plus riches donnent l’exemple déplorable de l’égoïsme et de l’unilatéralisme.

L’Europe avait maintenu durant la conférence sa position initiale : le danger est grand, des limites quantitatives doivent être décidées et les pays européens s’engageront au plus haut des fourchettes de réduction demandées par les experts. Néanmoins, un certain flottement du à la volonté de ne pas affronter directement les Etats-Unis s’était fait sentir à la fin, notamment de la part de la France. Les ministres français n’ont pas, en effet, montré beaucoup de fermeté (ni de compétence dans les négociations). Ils donnaient l’impression d’être près à accepter les formules vagues que voulaient imposer la délégation américaine.

Toute notre estime et nos félicitations iront par contre au secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon, venu notamment assister à la dernière séance plénière pour y peser de son influence. Il a du mérite à ce faire car l’ONU n’est pas uniquement composée de membres prêts à s’engager concrètement contre le réchauffement climatique. Mais le vrai artisan de l’accord en demi-teinte obtenu a été Yvo de Boer (notre photo) le responsable (de nationalité néerlandaise) de la lutte contre le changement climatique à l'ONU. On peut estimer que sans lui, le monde donnait une nouvelle fois la preuve de son irresponsabilité devant l’égoïsme des puissants, pour qui rien ne compte que maintenir leurs pouvoirs économiques et politiques.

Concluons cependant que le véritable changement de société nécessaire pour faire face, non seulement à la production des gaz à effet de serre mais à la destruction programmée des éco-systèmes est encore loin de se dessiner. 15/12/07


Du nouveau dans les éoliennes

John Hutton, le ministre britannique de l’énergie, vient d’annoncer à Berlin, lors d’une conférence sur l’énergie, un plan visant à installer des milliers d’aéro-turbines en mer du Nord, mer d’Irlande et le long de la côte écossaise. Ces équipements devraient générer assez d’énergie pour satisfaire à la moitié des besoins en électricité du pays, tels que calculés actuellement. L’ensemble de la plateforme continentale de Royaume uni serait concerné par ce nouveau mode de développement, sauf des zones vitales pour la navigation et la pêche.

Le plan prévoit des turbines pouvant atteindre 300 mètres, chacune d’entre elles capable d’alimenter jusqu’à 8000 foyers. Aujourd’hui les ressources classiques de production d’électricité génèrent 75 gigawatts de courant, dont 0,5 seulement proviennent du vent. Les programmes actuels prévoient d’atteindre 8 GW. Mais si le plan annoncé par le ministre est mené à bien, ce serait 33 GW qui seraient produits aux alentours de 2020. Il serait nécessaire de maintenir des centrales classiques pour répondre à la demande en l’absence de vent, mais le coût de telles centrales n’augmenterait pas considérablement le bilan final, selon les calculs économiques présentés.

Dès aujourd’hui, le Royaume Uni est le premier investisseur en éoliennes dans le monde, et le second après le Danemark en capacités actuellement installées. Le plan se traduira par le fait que les éoliennes seront visibles pratiquement partout le long du littoral, ce qui va certainement relancer les débats sur les préjudices esthétiques en résultant. Mais jusqu’à présent, l’opinion a bien accepté les équipements pilotes installés.

D’autres solutions technologiques verront le jour d’ici quelques années. Ainsi, un nouveau super-aérogénérateur a été présenté à la dernière Wind Power Asia Exhibition de Pékin. Il s’agit du Maglev, utilisant la lévitation magnétique. Un rotor à axe vertical est suspendu, non sur des roulements traditionnels, mais par un flux magnétique généré par des aimants permanents (ne nécessitant pas d’alimentation électrique) utilisant une terre rare spéciale, le neodymium. Il n’y a pas de perte d’énergie due à la friction et les coûts de maintenance sont minimes. Le neodymium est assez facile à obtenir et trouve de nombreuses applications dans l'industrie.

Le Maglev présenterait d’autres avantages. Il peut utiliser des vents très faibles, de vélocité inférieure à 1,5 m/s. A l’inverse, il supporte des vents supérieurs à 40 m/s. L’installation d’une seule de ces turbines géantes pourrait produire 1 GW de courant, soit le 1/33e du plan britannique, pour un prix de construction estimé à $53 million. Le coût global rapporté à la production ne dépasserait pas 50% de celui d’une éolienne classique. La construction de ces machines a commencé en novembre 2007 dans un site de la Chine centrale, sous la responsabilité de l’entreprise chinoise Zhongke Hengyuan Energy Technology. Les turbines seront aussi fabriquées en Arizona par MagLev Wind Turbine Technologies.

On retiendra deux choses de ces informations convergentes. D'une part, l'énergie éolienne a un bel avenir devant elle, malgré ce qu'en disent ses détracteurs. Elle n'est d'ailleurs pas incompatible avec le solaire 1) et le nucléaire, ce dernier pouvant prendre le relais des défaillances de la nature. D'autre part, la Chine parait vraiment décidée à innover pour prendre la tête dans ce domaine, ce qui est une excellente chose pour le climat. L'Europe fait bien de ne pas prendre de retard. 14/12/07

1) Dans le solaire, l'Allemagne serait le pays le plus avancé au monde, selon le NewScientist du 8 décembre 2007.

* Article de WindTech http://www.windtech-international.com/content/view/661/2/
* Neodymium. Wikipedia http://en.wikipedia.org/wiki/Neodymium


Le Traité de Lisbonne

Le traité européen, qui prendra désormais le nom de Traité de Lisbonne, a été signé le 13 décembre dans le cloître du monastère des Jeronimos où le Portugal avait déjà signé son traité d'adhésion à l'Union en 1985. Le seul chef de gouvernement européen à manquer la cérémonie était le Britannique Gordon Brown, qui a laissé son ministre des Affaires étrangères David Miliband signer à sa place. Les observateurs y ont vu avant tout le peu d'importance accordé aux affaires européennes par Gordon Brown, sous pression constante des eurosceptiques britanniques. Nous voyons pour notre part dans ce geste véritablement enfantin une manifestation indigne d'un grand pays.

Les dirigeants européens espèrent que le traité, dont le contenu avait été approuvé le 19 octobre dernier après des mois de douloureuses négociations entre les 27, sera dès 2008 ratifié partout par la voie parlementaire, sauf par l'Irlande obligée d'organiser un référendum. Il entrera en vigueur au 1er janvier 2009.

Nicolas Sarkozy a souligné qu'il fallait maintenant "mettre du contenu" dans le projet européen. "Il faut, a-t-il dit, une politique de l'immigration, une politique de l'environnement, une politique de la défense en Europe. C'est ce à quoi on va s'occuper". Nous ajouterions pour notre part qu’il faut aussi à l’Europe une politique spatiale et des politiques industrielles et de recherche. Mais on ne voit pas, dans l'ambiance actuelle de démission, qui va s'intéresser à ces enjeux. 13/12/07


Le retour de l'Amérique sur la Lune se précise

Le programme permettant à l'Amérique de revenir sur la Lune vient d'être confirmé par la Nasa. Ses grandes lignes sont dorénavant définies. Il devrait, malgré les restrictions budgétaires qui frappent l'Agence, être pleinement opérationnel en 2016, dans la perspective d'envoyer des hommes en 2020.

Un porte-parole de la Nasa, Rick Gilbrech, a précisé le 10 décembre 2007 comment l'Agence envisageait de donner suite à la mission qui lui avait été confiée il y a un an par le président G.W. Bush : Retourner sur la Lune et au-delà (and beyond). « Nous avons d'ici 2020 l'intention, a-t-il affirmé, de construire des villes sur la Lune et de multiplier nos « empreintes de roues » sur Mars ». Le premier objectif annoncé sera l'implantation d'une base habitée, pour 6 à 8 personnes, près du pôle sud de notre satellite, qui doté d'un bon ensoleillement. Cette base tirera en effet son énergie du soleil et s'approvisionnera en utilisant des ressources en minerais et peut-être en eau disponibles localement. Des véhicules lunaires (rover) de nouvelle génération permettront aux explorateurs de se déplacer sur des distances importantes.

Le programme permettant à l'Amérique de revenir sur la Lune a été baptisé Constellation. Ses grandes lignes sont dorénavant définies. Il devrait, malgré les restrictions budgétaires qui frappent la Nasa, être pleinement opérationnel en 2016, dans la perspective d'envoyer des hommes en 2020.
La station spatiale internationale, renforcée et complétée, constitue la première brique de ce programme. Elle servira de base arrière et de secours. Les navettes seront retirées de service en 2010 après avoir terminé sa mise à niveau.

La seconde phase du programme Constellation consistera à donner un successeur aux navettes. Il s'agira du lanceur Ares et de la capsule Orion. Le système Ares est constitué de deux ensembles : le lanceur lourd Ares V dédié au transport des charges et le lanceur Ares I chargé d'emmener en apesanteur la capsule habitée. L'ensemble des charges, y compris la capsule, seront placées au sommet des lanceurs. Il s'agit d'éviter des dégâts éventuels provenant d'incidents sur les propulseurs et de faciliter une éventuelle manœuvre d'évacuation au moment du décollage. Une fois en orbite, Ares I accostera Ares V . La capsule sera connectée à ce dernier avant le départ définitif vers la Lune. Le restant des dispositifs, l'atterrisseur lunaire et les modules de surface devant être installés sur la Lune ne seront construits qu'après 2010, pour des raisons budgétaires. Mais à partir de cette date, la réalisation devrait se dérouler sans problèmes particuliers.

La Nasa ne dispose pas aujourd'hui de la situation favorable où elle se trouvait après mai 1961, lorsque le président Kennedy avait décidé de lancer le programme Apollo. Les crédits ne lui avaient alors pas manqué, car il fallait gagner la course à la Lune face à l'Union soviétique. Huit ans avaient suffi pour que Neil Armstrong mette le pied sur le sol lunaire le 20 juillet 1969. Aujourd'hui par contre, les technologies et les diverses procédures sont beaucoup plus au point qu'à l'époque.

Dans l'esprit de la Nasa, le futur retour sur la Lune n'est que le premier pas préparant un débarquement sur Mars envisagé pour une dizaine d'années après. Mais un certain nombre de facteurs font espérer à l'Agence que les contraintes budgétaires qui pèsent sur elle s'atténueront et que les délais tant pour la Lune que pour Mars pourront être raccourcis. Une raison majeure pourrait en être la nécessité pour les Etats-Unis de ne pas se laisser rattraper par les Chinois qui mettent actuellement les bouchées doubles (voir notre brève d'actualité concernant la mission Shenzhou VII http://www.automatesintelligents.com/actu/071231_actu.html#actu1).

Une autre raison sera la pression du puissant lobby des industriels du secteur aéro-spatial. Ceux-ci, à qui l'Administration fédérale n'a rien à refuser, attendent avec impatience la possibilité de tester de nouveaux matériaux et de nouvelles technologies à l'occasion des défis à relever pour les ambitieuses missions prévues. Les retombées civiles de tels projets seront en effet considérables. Des marchés très importants, intéressant les transports, l'énergie, l'habitat leurs seront ouverts, notamment dans la perspective de faire face aux défis de la crise environnementale. Il suffit pour le comprendre de voir l'effervescence qui emplit les médias au fur et à mesure que la Nasa dévoile ses projets lunaires.

La Chine, l'Inde et peut-être le Japon, comme nous l'avons relaté dans de précédentes chroniques, essaieront parallèlement de développer des expéditions humaines sur la Lune avec leurs propres moyens. La perspective de collaborer avec la Nasa ne les intéresse pas.

Seule l'Europe, si elle continue sur sa lancée actuelle, ne participera pas au grand envol. Elle aura beaucoup de mal, en 2012, à mettre en service le modeste programme Galiléo. On ne voit pas quels hommes politiques oseraient lui proposer de financer d'ici là un programme lunaire et a fortiori une expédition martienne. Ce sera tant pis pour nos ingénieurs et nos technologies, s'il nous en reste. 12/12/07


Le sommet Europe Afrique de Lisbonne (8 et 9 décembre 2007)

Le sommet de Lisbonne a réuni les dirigeants de 53 pays africains et des 27 pays de l'Union européenne. Il n'est pas certain qu'il ait convaincu les Etats africains de la possibilité de voir modifier en profondeur leurs relations avec l'Europe, d'une façon leur permettant de rattraper véritablement leurs retards économiques.

L'Union européenne a une longue tradition de relation avec l'Afrique, mais celle-ci s'est souvent ressentie des persistances du colonialisme. Même si les Etats européens respectent en principe l'indépendance et la souveraineté de leurs homologues africains, ils ont du mal à se persuader que les entreprises européennes ne doivent pas exploiter les ressources africaines au mieux de leurs seuls intérêts. Ils ont du mal à accepter que les Etats africains cherchent à protéger leurs économies face à des partenaires dont le niveau de développement est si supérieur que tout objectif de "partenariat stratégique" basé sur une relation "d'égal à égal" avec l'Afrique, qui serait en rupture avec "une vision caritative moralisante" parait relever de l'incantation, sinon de la tromperie. C'est pourtant cet objectif qui a été proposé, par la bouche de Louis Michel, Commissaire européen pour le développement, l'aide humanitaire et les relations avec les Etats de l'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, en introduction au sommet Europe Afrique des 8 et 9 décembre 2007 à Lisbonne.

Ce sommet a réuni les dirigeants de 53 pays africains et des 27 pays de l'Union européenne. Aucune réunion de ce type n'avait pu être organisée depuis la première, qui s'était tenue au Caire en 2000. Il n'est pas certain que le sommet ait convaincu les Etats africains de la possibilité de voir modifier en profondeur leurs relations avec l'Europe, d'une façon leur permettant de rattraper véritablement leurs retards économiques.

Les Etats africains sont de plus en plus courtisés par les Etats-Unis, la Chine, l'Inde et même le Brésil, notamment pour les ressources en pétrole et en matières premières dont disposent certains d'entre eux. On conçoit bien qu'ils veuillent rappeler à leurs partenaires européens qu'ils ne dépendent plus du bon vouloir de ces derniers. L'idée de bâtir avec l'Union européenne un partenariat d'égal à égal ne peut donc que leur plaire. L'Europe sent bien de son côté que ses liens traditionnels avec l'Afrique doivent être réactivés et rajeunis, dans son propre intérêt. Sans un véritable partenariat stratégique, en effet, comme l'a rappelé le président du Sénégal Abdoulaye Wade, elle ne fera pas le poids face aux quatre géants du monde de demain, Etats-Unis, Chine, Inde et Brésil.

Cependant l'Union Européenne veut imposer dès le 31 décembre 2007 des accords de libre-échange dits de partenariat économique et de coopération multilatérale appelés Accords de Partenariat Economique (APE) à des pays dont le tissu économique est loin d'avoir le niveau de développement des pays européens. Il s'agit de prendre le relais des accords de Cotonou, qui viennent à expiration à cette date et qui, depuis sept ans, accordaient aux 46 Etats d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique un régime dérogatoire au principe de libre-échange, par le biais de préférences commerciales unilatérales. Par ces APE, l'Union Européenne se rendra coupable d'une véritable entreprise de déstabilisation des agro-industries et industries africaines naissantes, à qui il faudra encore de nombreuses années avant qu'elles puissent affronter la concurrence des pays développées.

Pour un authentique co-développement

Comment concevoir un vrai partenariat stratégique, en dehors d'une application brutale et injustifiée des règles de l'OMC?. Le concept à la mode, du moins en Europe, est celui de co-développement. L'objectif, dans l'esprit de ceux qui la défendent, à gauche comme à droite, vise à créer par des accords spécifiques de coopération technique et de formation, des pôles africains un peu équivalents à nos pôles de compétitivité. Des entreprises européennes, sans exclure évidemment celles d'autres nationalités, viendraient y investir à égalité avec des entreprises africaines pour valoriser les ressources locales ou délocaliser certaines de leurs activités. Ceci fixerait et formerait sur place les personnels, tout en encourageant de nouveaux investisseurs locaux. Les entreprises européennes pourraient le cas échéant être rachetées par des partenaires africains. Il s'agirait d'une forme de délocalisation des activités européennes qui profiterait à tous.

Pourquoi pas ? Si une entreprise automobile ou aéronautique devait délocaliser une partie de sa production, pourquoi ne s'installerait-elle pas en Afrique plutôt que dans la zone dollar? On ne confondra pas de telles délocalisations gagnant-gagnant avec celles consistant à implanter en Afrique des filiales qui se bornent à exploiter à leur seul profit les ressources locales, sans que le pays d'accueil en tire le moindre bénéfice (sauf quelques royalties versées aux cadres politiques). De telles situations, très fréquentes dans les Etats dotés de ressources naturelles, génèrent, on le sait, des mouvements de résistance violents. C'est pourtant ce qui se produit encore généralement, par exemple dans le domaine de l'exploitation forestière ou dans le secteur de l'extraction pétrolière et minière. Les capitaux chinois ou américains s'intéressant à l'Afrique ne sont pas à cet égard plus désintéressés que les capitaux européens.

A terme, le véritable co-développement tel que l'Europe devrait le proposer viserait non à exploiter les ressources locales, au risque de détruire ce qui reste de milieux naturels, mais à réaliser les grands travaux d'infrastructures, de réhabilitation et de protection qui manquent cruellement à l'Afrique. On pense d'abord aux transports mais de plus en plus dorénavant à la lutte contre les futurs risques climatiques : protection des ressources en eau, lutte contre la désertification, rénovation de l'habitat, production d'énergie naturelle, réhabilitation de la biodiversité., etc. . Idéalement, il s'agirait de mettre en commun la science, la technologie, le savoir-faire, les capacités financières de l'Europe, le potentiel humain et les immenses ressources naturelles de l'Afrique. Du coup, des problèmes aigus comme l'immigration clandestine massive, produits d'économies dissymétriques, disparaîtraient, car les Africains trouveraient des emplois chez eux.

Il faudrait faire plus. Comme il a été indiqué par ailleurs au sommet de Bali consacré à la lutte contre le dérèglement climatique (10 au 15 décembre 2007) les pays du Nord, en l'espèce ceux de l'Union Européenne, devraient verser des rémunérations spécifiques aux pays africains qui accepteraient de protéger leur biodiversité, notamment leurs forêts primaires et leurs marécages, en se privant par ce fait des bénéfices espérés de leur mise en culture. Il s'agirait de dépenses importantes mais inévitables dans la perspective de la généralisation du protocole de Kyoto.

Certains de ces thèmes rejoignent ceux envisagés pour justifier l'Union euro-méditerranée proposée par la France. Mais il ne faut pas se faire d'illusion. De tels programmes ne pourront qu'exceptionnellement être financés par les Etats africains. Ils devront être presque unilatéralement, du moins au début, pris en charge par les Etats européens ou les bailleurs de fonds internationaux. Les pays africains par contre y apporteraient leurs ressources humaines. Celles-ci pourraient représenter une part essentiel des contributions nécessaires. Il ne faut pas en effet concevoir ces programmes d'infrastructures et de grands travaux comme reposant, à l'américaine, sur un énorme déploiement de matériels lourds importés et gros consommateurs de pétrole. Ils devraient faire appel à l'expertise locale qui maîtrisera progressivement les technologies avancées « légères » que les firmes européennes leur apporteraient.

On pourrait penser que cette conception « généreuse » du co-développement a été entérinée au sommet de Lisbonne. Un relevé de décisions prometteur a été publié. La Commission a signé le 9 décembre les documents de stratégie par pays du 10ème Fonds Européen de Développement (FED) avec 31 pays d'Afrique sub-saharienne. Une enveloppe de 8 milliards d'euros est prévue pour la période 2008-2013. Les 8 priorités reflètent le nouvel agenda du partenariat lancé à Lisbonne: Paix et Sécurité, Gouvernance démocratique et Droits de l'Homme, Commerce et Intégration régionale, Objectifs du Millénaire pour le Développement, Énergie, Changement climatique, Migrations, Emploi et enfin Sciences, Société de l'Information et Espace. Pour la première fois, un représentant spécial de l'Union auprès de l'Union africaine (UA), le diplomate belge Koen Vervaeke, actuel collaborateur du haut représentant de l'Union pour la politique étrangère, Javier Solana, a été désigné. Basé à Addis-Abeba, il aura pour mission de veiller à l'application de la politique européenne en Afrique. Ceci dit, le budget de 8 milliards d'euros peut paraître important. mais réparti sur 5 ans et des dizaines de bénéficiaires, il aboutira nécessairement à du saupoudrage et des pertes en ligne.

Le co-développement est incompatible avec le libéralisme

Ceci étant, il est évident que ces ambitions de co-développement ne sont pas compatibles avec l'évolution libérale que l'Union veut imposer à l'Afrique par le biais des nouveaux APE. L'ouverture des frontières, la généralisation de la concurrence, la recherche prioritaire du profit à court terme font déjà beaucoup de mal à l'Europe dans ses relations avec les économies plus puissantes que la sienne. On imagine les dégâts que ce régime produira appliqué à des économies, non seulement encore fragiles mais qui surtout seront de plus en plus fragilisées par la crise climatique et ses conséquences. Sous la pression de l'idéologie dominante, les pays européens ont paru surtout s'intéresser à la possibilité d'exporter sans contraintes des produits agricoles subventionnés ou des services. Un tel objectif sera incompatible avec les modalités du co-développement telles que décrites ci-dessus.

La mise en œuvre concrète des propositions de la résolution finale décidée à Lisbonne se heurtera aux problèmes et désordres qui naîtront du non-renouvellement des accords de Cotonou. Cette perspective serait doublement catastrophique. En effet, disparaîtrait, avec les accords de Cotonou, le dispositif qui sert actuellement de base à l'aide européenne. Cette forme d'aide est encore plus vitale aujourd'hui pour l'Afrique, au moment où la hausse du prix du pétrole entraîne celle des denrées de première nécessité et déclenche partout le mécontentement populaire. Il est vrai que les experts reconnaissent l'échec des accords de Cotonou et, avant eux, de ceux de Yaoundé et de Lomé, qui les ont précédés. L'objectif était d'augmenter les exportations de l'Afrique vers l'Europe, et l'on a abouti au résultat exactement inverse : les exportations de l'Europe vers l'Afrique ont augmenté de 6,5 % depuis 2000, alors que les exportations africaines vers l'Europe se sont très sensiblement détériorées.

Or le système de remplacement que propose l'Union européenne n'est pas considéré comme acceptables par une majorité d'Etats d'Afrique. Ceci plusieurs raisons. Tout d'abord, l'Europe veut changer de partenaire : jusqu'à présent, par une sorte de parallélisme des formes, elle négociait avec l'Union africaine ; désormais, elle entend traiter, distinctement, avec cinq sous-régions. Ceci est reçu comme l'encouragement à un processus de désintégration, alors que l'Europe affirme vouloir renforcer l'intégration africaine.

Mais plus en profondeur, les nouveaux accords de partenariat économique veulent démanteler les protections tarifaires actuelles et instaurer une parfaite égalité de compétition entre des économies européennes et africaines totalement asymétriques. Cela revient à consacrer et accentuer un déséquilibre de fait et à livrer totalement les marchés africains aux produits européens subventionnés. L'Europe se comporte pour ses produits comme le fait l'Amérique pour les siens, notamment le coton. Ni l'industrie ni l'agriculture africaines n'ont la capacité et les structures qui leur permettraient, soit de résister à la concurrence européenne soit même de répondre à une forte demande européenne. Déjà en partie détruites par la concurrence des pays riches, elles disparaîtraient rapidement, ajoutant des millions de chômeurs à ceux qui peuplent les bidonvilles urbains, avant de tenter vers le Nord des émigrations de la misère.

Il faut ajouter que le nouveau dispositif de désarmement tarifaire imposé par le libre-échange entraînerait immédiatement d'énormes pertes de recettes douanières pour les Etats africains dont ces recettes constituent entre 35 % et 70 % des budgets.

L'Europe, s'inspirant de la doxa libérale, semble croire qu'en abaissant les barrières douanières et réalisant une sorte de vaste zone de libre-échange euro-africaine, la prospérité pourrait y revenir, au bénéfice des diverses parties. Le thème de la zone de libre-échange, on le sait, est l'arme préférée du pouvoir américain pour pénétrer les économies des pays avec lesquels les Etats-Unis entendent établir de prétendues « unions stratégiques ». L'offre en a été faite en 2005 au Maghreb, ainsi que plus récemment à l'Amérique Latine. Certains diplomates américains avaient même proposé d'établir une telle zone entre l'Europe et l'Amérique. Ces propositions n'ont pas eu véritablement de suites. On voit très bien que ces unions du fort et du faible ne profitent aux forts. Seul au contraire un protectionnisme sélectif, modulé selon les secteurs et les partenaires, permet de sauvegarder les intérêts des plus faibles – à condition que ceux-ci disposent du minimum de souveraineté leur permettant de faire reconnaître leurs différences.

Les processus de co-développement décrits ci-dessus sont les seuls susceptibles d'assurer entre l'Europe et l'Afrique un partage équilibré des efforts d'adaptation au monde de demain et à ses crises. Mais ils ne pourront pas être mis en place dans un espace commercial ouvert à tous les vents, ni négocié dans des instances comme l'OMC. Ils ne sont concevables que dans le cadre du protectionnisme sélectif évoqué ici. Certes, pour qu'un tel protectionnisme sélectif puisse être défini et appliqué à l'échelle des deux continents, il faudrait que les pays européens puissent parler d'une seule voix, de même que les pays africains. Ce n'est guère envisageable concernant ces derniers. Cela ne l'est pas non plus pour le moment en ce qui concerne l'Union, qui n'est pas encore une puissance politique. Dans les meilleures des hypothèses, on en reviendrait donc à des coopérations renforcées entre partenaires se réunissant sur la base d'intérêts ou de traditions partagés. Aussi imparfaites pour l'esprit que soient ces coopérations renforcées, elles seraient de toutes façons bien préférables à l'abaissement total des frontières réglementaires et douanières entre l'Europe et l'Afrique. 10/12/07

* Interview de l'économiste Christian Fauliau dans Toute l''Europe
http://www.touteleurope.fr/fr/actualite-europeenne/questions-a/christian-fauliau.html?xtor=EPR-10


La crise de la NIE 2007

Il est étonnant de voir que les officiels européens ne donnent pas à ce que l’on désigne désormais comme le petit tremblement de terre de la NIE 2007 l’importance que mériterait l’évènement. On sait de quoi il s’agit (voir l’article de Philippe Grasset sur ce site : Une débâcle sans guerre). Le rapport dit NIE (ou National Intelligence Estimate) met en évidence que l'Iran avait arrêté son programme de développement d'armes nucléaires en 2003, et, qu'au mieux (en cas où il reprendrait un tel programme) il ne disposerait pas d'assez d'uranium enrichi pour commencer à le mener à terme avant au moins 2015. Ce rapport note par ailleurs que les efforts de la troïka européenne conduits jusqu’en 2005 pour négocier avec l’Iran afin d’obtenir qu’elle renonce à la fabrication d’une bombe avaient eu de bons résultats. L’Iran avait effectivement stoppé le processus, tout en continuant il est vrai à proférer, notamment par la voix de son président, des menaces persistantes de destruction de l’Etat d’Israël.

Il apparaît maintenant, quelques jours après la publication de la NIE, que celle-ci était rédigée et connue des autorités depuis au moins un an. Le duo Cheyney-Rumsfeld se serait efforcé d’empêcher sa diffusion, mais en vain. Aujourd’hui, G.W. Bush fait savoir que le rapport décrit la situation telle qu’elle se présentait en 2005 et ne permet donc pas d’exonérer l’Iran de tout soupçon aujourd’hui. Il annonce donc qu’il convient de poursuivre les pressions sur Téhéran, étant entendu que toutes les options (c’est-à-dire une frappe préventive) « restent sur la table ». On sent bien cependant que le ton a baissé, aussi bien à Washington que dans les autres capitales.

Il est difficile de prévoir ce que vont être les prochaines attitudes de l’administration américaine. Manifestement, un certain désordre règne dans les sphères dirigeantes, que ce soit à la Maison Blanche ou dans l'armée. Contrairement à d’autres situations de crise où ils jouaient les faucons face à une Maison Blanche hésitante, certains chefs militaires, notamment dans l’armée de terre et la marine, semblent près à refuser un ordre d’attaque, ce qui serait du jamais vu. Quant au lobby industriel (armement et pétrole) qui a toujours été le plus influent des va-t-en guerre, il parait hésitant. Concernant enfin les agences de renseignements, et notamment la CIA, on reste perplexe. Vu les coups tordus qu’elles ont toujours menées, depuis 60 ans, dans la dissimulation totale (covert), on peut se demander ce qu’elles manigancent encore. L’explication selon laquelle elles ne voudraient plus être entraînées dans la fabrication de fausses preuves, comme du temps de Saddam, parait bien simpliste. Seul Israël parait imperturbable. Il continue à dire que le danger iranien reste aussi grand qu’avant – ce qui peut laisser penser qu’à couvert, il milite toujours pour l’offensive.

Pour ce qui concerne les Européens, l’affaire de la NIE 2007 devrait être l’occasion d’ouvrir les yeux sur la débilité consistant à continuer à suivre sans discuter sérieusement les positions les plus aventurées de Washington. Les journaux d’opinion européens ont fait preuve d’une remarquable discrétion, contrastant avec le nombre incroyable de commentaires parus dans la presse américaine. Au plan diplomatique, il semblerait certes, d’après des sources sérieuses, que Javier Solana, M. PESC, ait manifesté un très vif mécontentement, du fait qu’il n’avait pas été mis au courant de l’existence de la NIE voici un an, au moment où elle circulait dans les milieux politiques américains. Les alliés favorisés que sont les Britanniques auraient également fait part de leur mécontentement. Mais aucun autre gouvernement n’a jugé bon de prendre la moindre distance vis-à-vis de la politique de G.W. Bush. Certains même ont profité du rapport pour annoncer que le danger iranien demeurait entier et qu’il fallait continuer à exercer des pressions renforcées, as usual.

Ces évènements montrent une fois de plus que tant que l’Europe ne se sera pas décidée à voler de ses propres ailes, en adoptant des positions diplomatiques correspondant à ses intérêts et non à ceux des Américains, elle se fera entraîner, comme elle l’est actuellement en Irak et en Afghanistan, dans des aventures dangereuses non seulement pour la paix dans le monde mais pour elle-même. Il serait temps de prendre conscience que ce qui guide les Américains, ou plutôt la conjonction d’intérêts souvent dissimulés qui les dirige – ce que Peter Dale Scott appelle l’underworld et l’overworld 1) n’a rien à voir avec la prétendue défense de l’occident et de la démocratie. Il s’agit généralement de business, et du plus sordide. Quitte à être sordide, nous ferions mieux l’être pour notre propre compte 2). 08/12/07

1) Peter Dale Scott, The Road to 9/11, Wealth, Empire and the Future of America. University of California Press, 2007. A lire absolument. On ne peut rien dire de sérieux sur les Etats-Unis et la politique mondiale sans avoir étudié ce livre exceptionnel à tous égards. Malheureusement, il s'agit de quelques 400 pages, avec les notes, non traduites.
2) C'est pourquoi, en ce qui me concerne, je ne trouve rien à redire aux félications de Nicolas Sarkozy à Vladimir Poutine.


Une débâcle sans guerre
by courtesy of Philippe Grasset, Dedefensa.org, que nous remercions.

L'évaluation générale du renseignement US que vient de donner le bureau du DCI (Director of Central Intelligence) sur les capacités nucléaires militaires de l'Iran constitue un évènement important par ses implications diverses.

Le rapport dit NIE (ou National Intelligence Estimate) met en évidence que l'Iran avait arrêté son programme de développement d'armes nucléaires en 2003, et, qu'au mieux (en cas où il reprendrait un tel programme) il ne disposerait pas d'assez d'uranium enrichi pour commencer à le mener à bien avant au moins 2015.

Parmi beaucoup d'autres, le Guardian du 4 décembre juge aussitôt que c'est un très rude coup pour l'administration GW Bush. Le même Guardian précise que la décision iranienne d'arrêter son programme de développement d'armes nucléaires date à peu près du début de l'initiative politique européenne à cet égard, en octobre 2003 (« The weapons halt roughly coincided with a visit by British, French and German foreign ministers to Tehran in October 2003»). Le rapport justifie ce jugement implicite de l'efficacité de l'intervention européenne en notant que l'arrêt du programme nucléaire militaire fut imposé à l'Iran «primarily in response to increasing international scrutiny and pressure» Il s'agit d'un très sérieux argument en faveur 1) de la méthode diplomatique (et du rôle des Européens à cet égard) pour obtenir des concessions de l'Iran, et 2) de l'absence des USA dans l'application de cette méthode puisque c'est l'intrusion indirecte de ce pays dans ces négociations (fin 2004-début-2005), par pressions sur les pays européens pour une attitude plus ferme, qui a fait surgir la possibilité d'une attaque contre l'Iran.

On pourra se demander comment cette NIE a pu être réalisée et publiée, sinon par l'explication de bon sens, qui corrobore tant d'autres faits du même genre, que le pouvoir n'existe plus aujourd'hui à Washington. Chaque centre de pouvoir joue son propre jeu et la communauté de renseignement semble avoir estimé qu'il était temps pour elle d'affirmer son autonomie vis-à-vis de la partie du pouvoir législatif qui continue à être conduite par l'irrationalité guerrière de quelques-uns, faisant un procès d'intention à un Iran déclaré coupable avant d'être jugé sur les faits.

Dans tous les cas, cette NIE doit mettre en évidence la crise fondamentale de la direction occidentale dans son ensemble. C'est en effet au nom d'une évaluation absolument contraire dans son esprit et dans sa méthodologie à celle de la NIE que, depuis deux ans, les gouvernements occidentaux raisonnent. Leur seul point de référence n'est plus de savoir ce qui se passe en Iran mais cette simple question, relevant d'une déraison barbare: attaque-t-on ou n'attaque-t-on pas l'Iran ?

La NIE démontre, volontairement ou pas qu'importe, la complète perversion de l'état d'esprit de tous ces gouvernements occidentaux, — tous, en effet, y compris ceux qui sont en désaccord avec les USA et qui n'osent pas dénoncer comme une folie irrationnelle cette référence à l'option de l'attaque de l'Iran. Elle démontre, volontairement ou pas qu'importe, mais d'une façon irréfutable, le fait que la véritable crise du monde se trouve, aujourd'hui, chez ceux qui prétendent être les victimes de cette crise et qui se jugent fondés d'avoir le droit moral et le pouvoir politique, en plus de la puissance, de la résoudre. Ce rapport est pire qu'une débâcle militaire dont, pourtant, nos pays sont désormais coutumiers, sur tous les fronts qu'ils prétendent ouvrir.

La NIE nous avertit, volontairement ou pas qu'importe, que nous sommes nous-mêmes la cause centrale de la crise de la civilisation occidentale. La phrase de Paul Craig Roberts sur l'Amérique que nous citions récemment vaut pour l'Occident : «La Superpuissance [occidentale] est une nef de fous qui nient leur destin catastrophique».

NDLR (JPB): On peut regretter que la diplomatie française, après avoir joué un rôle modérateur au sein de la troïka européenne laquelle avait permis de faire réfléchir l'Iran en 2003, ait subitement abandonné cette prudence et chaussé les bottes américaines en 2007. La NIE porte un coup, non seulement à G.W. Bush, mais à cette même diplomatie française. Aujourd'hui, G.W.Bush, désavoué par ses services, affirme que ce sont eux qui se trompent (en voyant dans l'Iran un Etat raisonnable alors que c'est selon lui un Etat irresponsable). Que tant d'agences réunies puissent se tromper ensemble serait assez surréaliste, notons le en passant. Mais allons-nous continuer à chausser les bottes américaines? 05/12/07


Pourquoi Hollywood ne va plus en guerre?

Aux Etats-Unis, les derniers films produits par Hollywood et concernant les retombées de la guerre en Irak ne font pas recette, alors qu'en Enrope ils sont présentés comme des actes de claivoyance remarquables. il est vrai qu'ils sont loin du ton triomphant familier à Hallywood depuis 70 ans, dès qu'il s'agit de flatter l'Amérique en guerre.

On peut se demander pourquoi Hollywood se serait si grossièrement trompé en pensant que ses films "montrant les réalités" de la guerre en Irak plairaient et rapporteraient de l'argent, alors qu'ils font des flops.

1. Hollywood a toujours, sauf productions marginales, joué à fond la carte de la Sécurité Nationale et l'apologie de l'action des diverses armes. Cela lui avait rapporté, non seulement la considération des pouvoirs, mais beaucoup d'argent. Pourquoi aujourd'hui ne produit-il pas des films sur le thème "Pourquoi nous combattons en Irak...et ailleurs ?". A-t-il été poussé à dénoncer la guerre en Irak par quelques officines s'en prenant à Bush?

2. Est-ce parce que les producteurs et réalisateurs se sont souvenu des grands succès commerciaux que furent les films dénonçant la guerre au Viet-Nam et ont tenté de jouer la même carte - en se trompant gravement sur l'état d'esprit des spectateurs d'aujourd'hui, ceci malgré les outils d'étude de l'opinion qui précèdent généralement la production d'un film nouveau. . Ces spectateurs apparemment, malgré la montée des oppositons à la guerre, n'aiment pas entendre critiquer l'engagement américain...ce qui n'est d'ailleurs pas rassurant car les jugements sommaires du public, formaté par la presse "mainstram", n'aideront pas le gouvernement à revenir à des vues plus réalistes.

3. Faudrait-il envisager l'hypothèse que les producteurs et réalisateurs des films dénonçant la guerre en Irak avaient été sincères. Autrement dit, qu'ils étaient près à perdre de l'argent pour "sauver les âmes" des spectateurs américains, sans réaliser que ces derniers étaient trop englués dans leurs certitudes pour accepter d'être sauvés. Hollywood prenant des risques financiers pour faire le bien, dans une sorte d'esprit évangélique ? Hollywood devenu "anti-guerre? Après tout, why not. mais je préfère pour ma part l'hypothèse 2.


La réforme de la carte judiciaire

Je vais être simpliste, mais il faut l'être. La réforme proposée par le gouvernement a été faite à la va-vite, sous la pression d'un président de la République voulant montrer qu'il se distinguait de ses prédécesseurs par sa rapidité de décision. Qui plus est, en poussant en avant une pauvre Garde des Sceaux qui n'avait même pas pu étudier au fond les problèmes de fonctionnement d'un service public particulièrement complexe.

Il est évident qu'il faut regrouper certains tribunaux, pour tenir compte notamment de l'urbanisation, mais pas ceux visés par la réforme. Les tribunaux d'instance, les anciens "juges de paix", doivent être laissés en place, voire rendus plus nombreux. Ce sont eux qui sont au premier contact avec les justiciables. Restreindre leur nombre aboutirait aux mêmes désastres que la suppression de la police de proximité. Par contre les tribunaux de grande instance pourraient, selon les cas, être regroupés. L'idée serait d'obtenir des chambres suffisamment pourvues en magistrats pour qu'elles puissent présenter une certaine spécialisation, c'est-à-dire une plus grande compétence. Une spécialisation par chambre serait donc tout à fait utile. Elle s'impose dans beaucoup d'affaires.

Dernier principe enfin: de telles restructurations relèvent de la technique du service public et non de la politique. Elles doivent donc être instruites par des professionnels (chancellerie mais aussi professions juridiques et, pourquoi pas, collectivités locales). Elles doivent être susceptibles d'appel et, en dernier ressort, être soumises au Parlement. Cela serait long, multiplierait les conflits (notamment entre les municipalités concernées). Mais de toutes façons, on le voit aujourd'hui, les interventions politiques n'ont pas manqué dans la "réforme" actuelle et beaucoup de temps sera de toutes façons perdu. De plus le budget prévu pour la restructuration sera bien plus élevé, dans un premier temps, que le statu quo. Etait-il donc utile de vouloir passer en force? 29/11/07

Par Jean-Paul Baquiast - Publié dans : gazetadmiroutes
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