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Jean-Paul Baquiast

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Samedi 31 mai 2008

La Gazette d'Admiroutes devient mensuelle, une partie des articles qui lui étaient précédemment destinés étant repris sur le site
Europe solidaire
http://www.europesolidaire.eu/cont.php .
Ce site actualise et discute les thèmes du livre ci-dessous de Jean-Paul Baquiast

Voir:
* Crise alimentaire, gouvernance mondiale et déterminismes génétiques http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=69&r_id=
* Le pétrole à 200 dollars http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=60&r_id=
* Chateaux de cartes dans le Golfe http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=68&r_id=
* Cyberdéfense à Tallin http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=67&r_id=
* L’Europe doit proposer au monde une nouvelle évaluation des Produits nationaux http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=56&r_id=


 

Un nouveau livre de Jean-Paul Baquiast (en librairie fin mai 2008)

"L'Europe ou le vide de puissance. Essai sur le gouvernement de l'Europe au siècle des super-Etats"

J.P. Bayol Editions

Site du livre chez l'éditeur, avec présentation, table des matières et annexes
http://www.editions-bayol.com/Europe/plan.php

Acheter l'ouvrage : Alapage ; FNAC ; Amazon ;

 


Le livre précédent de Jean-Paul Baquiast (en librairie)

Pour un principe matérialiste fort
Essai
Jean-Paul Bayol Editions
300 pages - ISBN : 978-2-916913-00-1

Site du livre chez l'éditeur
http://www.editions-bayol.com/PMF

Présentation

Acheter l'ouvrage : Alapage ;
FNAC ; Amazon


Lire aussi sur Admiroutes - Automates Intelligents- Europe solidaire -
* Pour un nouveau protectionnisme européen http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=58&r_id=


Présentation du livre de Jean-Paul Baquiast "L'europe et le vide de puissance. Essai sur le gouvernement de l'Europe au siècle des super-Etats"
Ce texte, qui est aussi la préface du livre, est du au comte Stephan Bethlen von Bethlen, président de l'Union Paneuropéenne Hongrie, que je remercie chaleureusement JPB. .

Le livre de Jean-Paul Baquiast traite des questions de fond qui décideront de l'avenir de l'Europe pour des siècles. Cependant les chefs politiques de notre continent ne sont pas capables de s'accorder sur un point de vue commun concernant les plus importantes de ces questions, alors que le train du l'histoire mondial affiche la vitesse d'un TGV à côté du nôtre. Même si certains d'entre nous Européens voulions accélérer notre rythme et lui prescrire des directions, la bureaucratie se perdrait totalement dans la réglementation de détails qui sont sans importances. Bien pire, dans les questions déterminantes pour notre avenir, Bruxelles laisse agir les forces de freinage, quand il ne veut pas obliger les pays ayant choisi de bonnes directions à s'orienter dans des voies malfaisantes pour eux-mêmes et pour toute l' Union Européenne. C'est notamment le cas quand la majorité des responsables de l'Union Européenne ne discerne pas le défi de la “globalisation”. Celle-ci comporte des dangers immenses que seule une puissance européenne forte pourrait affronter avec succès.

La globalisation est le faux nom d'un effort de colonisation nouveau de l'univers derrière lequel on trouve les cercles étroits de la finance internationale et les acteurs du vieil impérialisme économique et monétaire des Etats-Unis. Leur objectif est de déclarer comme dépassés, afin de les paralyser, les efforts des Etats et de l'Union européenne, visant notamment à une politique économique indépendante. Ils veulent rendre impossible les efforts visant à résister aux manipulations financières niant les exigences de l'économie réelle. Derrière le slogan “La libre circulation du capital” s'exprime un désir de profit déchaîné. Les apôtres de cette idéologie essayent de faire croire qu'elle servirait uniquement l'intérêt des consommateurs. Pour eux, hors ce système, il n'y a pas d'alternative.

Naturellement l'économie ne fonctionne pas ainsi. Sans surveillance de l'Etat, sans contrôles, sans politiques économiques et industrielles, l'économie ne marche pas. Le marché mondial laissé à lui-même finit par s'effondrer. Les marchés locaux ne peuvent jouer leur rôle que si des contrôles forts préviennent les abus et les dérives malhonnêtes. Le libéralisme à petite échelle, dont on peut apprécier les bons effets, ne fonctionne pas à grande échelle. Les marchandises fabriquée en dumping qui envahissent l'Europe sont souvent de mauvaise qualité voire toxiques; les scandales permanents qui sont les conséquences de monocultures immenses et d'élevages intensifs massifs prouvent que dans le domaine économique et politique les souverainetés nationales et européenne sont nécessaires. Malheureusement aujourd'hui, les vrais souverains ne sont pas les Etats mais les forces qui s'expriment à travers les organisations internationales, OMC, Banque mondiale, FMI. Les décisions de ces organismes sans légitimité démocratique, s'imposent à celles des Etats et de l'Union Européenne. Elles servent le plus souvent les intérêts américains.

La concurrence libre au sein du marché mondial a conduit à l'écrasement des petites économies nationales en Afrique, en Amérique Latine, dans beaucoup de pays asiatique mais aussi dans beaucoup de pays européens, dont le mien, la Hongrie. Une corruption internationale de grande ampleur est l'enfant légitime de ce système.

Malheureusement la contamination de la globalisation imposée et du néo-libéralisme a depuis longtemps gagné Bruxelles. Quand l'Espagne et la Hongrie veulent gérer les industries énergétiques comme une partie de leur politique économique nationale, la Commission et la Cour de Justice européennes, dépourvues répétons-le de légitimité démocratique, s'opposent à des gouvernements élus démocratiquement. Il s'agit d'une violation manifeste et brutale de la souveraineté nationale. Ainsi les gouvernements légitimés démocratiquement ne peuvent pas défendre les propres intérêts nationaux. La même chose se produit lorsque la France ou l'Allemagne veulent protéger leur environnement.

On peut penser que l'ancienne tradition de planification à la française pourrait apporter des réponses modernes au défi de la globalisation. Beaucoup des idées de Charles de Gaulle, qui était aussi un grand européen, se sont avérées solides Une planification et un gouvernement économique transposés à l'échelle de l'Union Européenne, pourrait apporter à l'Europe des succès face à la concurrence dans les domaines de l'armement, de l'espace, de l'énergie, du développement technologique, des systèmes d'informations, dans la protection de l'environnement et des croissances supportables.

L'introduction de l'Euro a été un immense succès, l'abandon des souverainetés nationales a bénéficié aux Etats européens. Alors que la spéculation sans scrupules des cercles financiers internationaux menace à tous moments de krach économique le système financier mondial, l'Euro, sans pouvoir l'empêcher, peut atténuer ses effets à l'égard de l' Union Européenne.

Dans un domaine tout aussi important, celui de la souveraineté scientifique et de ses conséquences économiques, les Etats européens n'a pas encore entrepris d'action contre l'impérialisme scientifique américain. Les efforts de ce pays pour faire breveter toutes les inventions, de l'ordinateur au biologique, ouvrent la porte à une nouvelle colonisation. Elle menace non seulement les pays en voie de développement mais aussi les pays développés, au premier chef l'Europe.

Ces remarques ne sont pas le signe d'un anti-américanisme - au contraire! Dans beaucoup de domaines les intérêts des États Unis et ceux de l'Europe sont les mêmes. Par contre, dans la question de la globalisation, ils s'opposent. L'Europe ne peut pas accepter l'impérialisme américain, financier et culturel.

Naturellement on peut discuter quelques uns des points soulevés par Jean-Paul Baquiast. Ainsi de l'importance des racines chrétiennes de l'Europe. C'est le christianisme qui a plus que tous les autres facteurs déterminé le développement culturel de l'Europe. Il reste le fond de notre culture commune. Les philosophies de Karl Marx ou de Jean-Paul Sartre ne sont pas compréhensibles sans la connaissance des racines chrétiennes de la culture européenne, même si ces auteurs les ont critiquées ensuite à juste titre.

Contre le néolibéralisme qui veut par la consommation et la publicité rendre les individus heureux au sein d'une société atomisée, contre les promesses d'un libertinage sans bornes laissant les hommes sans défenses face aux manipulations de toutes sortes, il n'y a qu'une morale héritée de la tradition judéo-chrétienne qui peut offrir des protections. Cette constatation n'est bien entendu pas une remise en cause de la tradition française de la séparation de l'Eglise et de l'Etat.

Quoiqu'il en soit, certaines objections de cette sorte ne peuvent changer le fait que Jean-Paul Baquiast donne une réponse brillante á la question de savoir comment créer une grande puissance européenne qui ne soit plus le jouet des processus mondiaux mais devienne un acteur performant au sein d'un monde à plusieurs centres.

J'espère donc beaucoup que ce livre répondant à la plupart des questions de notre époque suscitera un intérêt correspondant à l'importance de son thème. Puisse-t-il trouver un écho convenable parmi les lecteurs français. J'ajouterai que ce travail si important de point de vue de l'avenir de l'Europe devrait être traduit dans les autres langues de l'Union Européenne, afin de toucher un lectorat européen aussi large que possible.

Dr. Stephan Comte Bethlen de Bethlen
Président de l'Union Paneuropéenne Hongrie
H-1126 Budapest
Szoboszlai u. 2-4


Capitulation de la République devant les communautarismes

Les mesures contre les discriminations adoptées le 15 mai 2008 par le Parlement français font craindre aux syndicats d'enseignants et de parents d'élèves une remise en cause de la mixité scolaire. Le texte en question définit les garanties accordées aux victimes de discriminations et aborde la question de la protection contre d’éventuelles rétorsions envers les témoins d'une discrimination, ainsi que l'égalité professionnelle hommes/femmes.
Ce texte aurait été prétendument rédigé sous la pression de Bruxelles ( ?) qui, pour trois de ces directives, avait engagé contre la France une procédure en manquement, à moins de trois mois de la présidence française de l'Union. Parmi ces directives, une disposition précise stipule que "le principe de non-discrimination fondée sur le sexe (...) ne fait pas obstacle à l'organisation d'enseignements par regroupement d'élèves en fonction de leur sexe".

C'est cette disposition qui soulève l’inquiétude, non seulement chez les syndicats d'enseignants et des parents d'élèves, mais chez tous ceux estimant que la mixité à l'école, voire la laïcité, sont désormais menacées. Ceci d’autant plus que les « pressions » de Bruxelles seraient beaucoup moins comminatoires qu’indiquées. Elles seraient indicatives. L’empressement mis par la majorité parlementaire de droite au Parlement français à obtempérer montre surtout que l’offensive, entreprise depuis plusieurs mois par le président français Sarkozy contre la laïcité se poursuit. Il s’agit ici d’enlever à l’école publique une de ses propriétés les plus importantes, ne pas faire de distinction entre les élèves, que ce soit en fonction de leur sexe, de leur religion ou de leur appartenance ethnique. Elle institutionnalise le droit des communautés intégristes à revendiquer au sein des institutions publiques, écoles, stades, hôpitaux, des traitements particuliers en fonction du sexe et de la religion.
Comme l’ont montré certains historiens, il s’agit de la part du gouvernement d’une fausse concession aux ressortissants de la religion musulmane. La colonisation s’est pendant un siècle et demi accompagnée d’un prétendu respect à l’égard des institutions religieuses les plus archaïques, destiné à faire passer l’exploitation économique. Un certain mépris s’y exprime. « Qu’ils abaissent leurs filles et leurs femmes si cela leur fait plaisir, c’est leur affaire. Plus ils resteront arriérés, mieux nous nous porterons ».

Refuser la mixité est d’autant plus à contresens des exigences de l’élévation du niveau scolaire que toutes les études montrent que les filles travaillent beaucoup mieux dans les classes mixtes, notamment quand elles sont issues de milieux dits défavorisés. Ceci parce qu’elles veulent absolument se distinguer et s’élever. C’est le cas de l’enquête internationale PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves). Le succès rencontré à Cannes par le film « Entre les murs », présentant une classe où la mixité s’épanouit, donne toute sa portée à l’application quotidienne de ce principe dans les établissements d’enseignements.

Ce que ni Bruxelles ni le parlement français ni sans doute Nicolas Sarkozy ne veulent reconnaître, c’est qu’en donnant suite aux revendications les plus traditionalistes des religions, ils encouragent les formes combattantes de celles-ci, soutenues par les pétro-dollars en ce qui concerne l’islam, à poursuivre leur entreprise de conquête par l’intérieur des institutions européennes. 28/05/08

PS au 30/05/08: On voit ce qui arrive lorsque les institutions de la république s'inclinent devant les communautarismes les plus arriérés. En avril dernier, le tribunal de grande instance de Lille a invalidé un mariage "pour erreur sur les qualités essentielles du conjoint" après la requête déposée par le mari, musulman comme sa femme. Celle-ci avait prétendu être vierge puis a reconnu ne pas l'avoir été. Elizabeth Badinter s'indigne.


Les social-démocraties européennes en panne de programmes refondateurs

Le parti socialiste français (PS) est à la recherche non seulement d’un leader mais surtout d’un programme qui soit à la hauteur des enjeux attendant la France et l’Europe dans les prochaines années. Le parti socialiste français (PS) est à la recherche non seulement d'un leader mais surtout d'un programme qui soit à la hauteur des enjeux attendant la France et l'Europe dans les prochaines années. Ces enjeux, nous ne cessons de les énoncer ad nauseam sur ce site, comme nous l'avons fait dans notre livre « L'Europe ou le vide de puissance ». Inutile de les reprendre ici. On peut se demander par contre pourquoi le PS ne s'y intéresse pas vraiment : peur d'effrayer les électeurs ou de mécontenter de petits intérêts électoraux, peur de se trouver engagé dans des combats qu'il ne sent pas de taille à assumer ...ou simplement incompétence technique, économique et politique chez les principaux responsables. Quoiqu'il en soit, les grandes nouveautés dont la presse a fait ses titres, l'abandon par Bertrand Delanoë de l'idéal révolutionnaire et le ralliement au libéralisme (politique) ne peuvent tenir lieu de programme. Du côté de Ségolène Royal, on retrouve le même vide quand il s'agit d'aller au-delà de propositions minuscules intéressant le social ou l'économie locale. Quant aux grands choix de géostratégie que ni la France ni l'Europe ne peuvent s'éviter de faire, aucun d'eux évidemment n'en parle vraiment, non plus d'ailleurs qu'aucun autre candidat potentiel à la direction du parti.

Les mouvements socio-démocrates des autres pays européens ne sont guère mieux lotis en ténors proposant de grands programmes régaliens. Ils ne savent que batailler, d'ailleurs mollement, sur leur extrème-gauche. Par ailleurs, beaucoup plus pénétrés par l'atlantisme que la gauche française, ils sont encore plus paralysés qu'elle face à la répudiation du libéralisme économique et à la revendication d'une indépendance technologique qui seront présentés par les Etats-Unis comme des déclarations de guerre.

Cette atonie est d'autant plus dommageable que les décisions politiques, économiques, industrielles et scientifiques dont nos pays ont besoin vont tout à fait dans le sens d'un socialisme réformateur, répudiant le libéralisme financier et le laisser-faire réglementaire, s'inscrivant dans la perspective d'un interventionnisme public intelligent dont en aucun cas les droites actuellement au pouvoir dans un nombre croissant d'Etats européens ne seront capables. Le débat actuel sur le libéralisme économique montre bien que celui-ci conduit à la privatisation généralisée des grandes fonctions sociales et gouvernementales. Naomie Klein montre bien, même si elle le fait avec un peu d'excès, que le débat, aux Etats-unis comme en Europe et dans le reste du monde, est de savoir si la défense, l'enseignement, les soins doivent être exercés par des organismes publics ou par des Halliburton. Si l'on choisit cette dernière solution, seuls les riches décideront de l'organisation du monde, à leur seul profit. Les libéraux diront que la gestion publique pratiquée en Europe de l'Est pendant quarante ans n'incite pas à proposer d'y revenir. Mais tout l'enjeu aujourd'hui, ce à quoi la gauche européenne devrait travailler, consiste à définir et mettre en pratique une gestion publique participative, au sens vraiment démocratique du mot. Nous estimons que la chose serait tout à fait possible.

Les droites porteuses de la privatisation des services publics ont désormais, en attendant, le champ libre pour de longues années , y compris en France. En Italie comme dans certains pays de l'Est européens que nous ne nommerons pas par égard pour eux, elles rejoignent les mots d'ordre les plus archaïques, les plus dangereux du populisme voire de l'extrême droite. Pour un peu, ces mouvements de droite pourraient à nouveau faire basculer l'Europe dans un fascisme rappelant celui de l'entre-deux guerres. C'est alors que l'incapacité des gauches européennes à se mettre à la hauteur des enjeux de ce siècle serait non seulement coupable mais, disons le mot, criminelle. Courage. Nous y allons tout droit. 26/05/08


L’Iran et Gazprom se rapprocheront-ils pour exploiter les réserves gazières du champ de South Pars ?

On sait que dans le Golfe Persique se trouve un immense champ gazier offshore partagé géographiquement entre le Qatar et l’Iran. Ce serait le plus grand du monde à ce jour. Plusieurs compagnies européennes, dont Total (projet Pars LNG), Shell et Repsol ont déjà signé des accords avec la République islamique pour des exploitations expérimentales et des projets de développement. Mais elles hésitent actuellement à prendre des décisions rapides de mise en oeuvre, compte tenu de la situation diplomatique délicate où elles se trouvent. L’Iran dont la gestion des ressources en hydrocarbures rencontre de nombreuses difficultés voudraient trouver des alliances à l’extérieur. Mais les Etats-Unis multiplient les efforts et les menaces pour empêcher l’Iran d’accroître son influence au Moyen Orient. Ils y réussissent d’ailleurs de plus en plus mal, comme le montre, dans un tout autre domaine, l’influence prise en Irak par les Gardiens de la Révolution. Pour ce qui concerne l’économie, la loi d’Amato, votée en 1996, sanctionne tout investissement industriel dans la République islamique. Des sanctions s’appliqueraient aussi aux compagnies non-américaines contrevenantes, sanctions que les Européens et les Japonais ne veulent pas affronter.

Ce n’est évidemment pas le souci des Russes. Cependant Gazprom ne semble pas disposer pour le moment de technologies lui permettant d’investir utilement dans South Pars. De plus il ne manque pas de réserves et ne voudrait pas que la production iranienne concurrence ses ventes à l’Europe via notamment le pipeline Nabucco. Mais des négociations avec les Iraniens se poursuivent activement, ce que Washington cherche plus que jamais à contrer.

Cet exemple significatif nous montre que, dans des domaines stratégiques, l’Europe ne réussissant pas à se doter d’une politique internationale commune, affranchie des pressions américaines, laisse le champ libre aux Américains et aux Russes pour mener leurs relations commerciales avec les Etats pétroliers du Golfe.

NB. Les observateurs ont noté la pantalonnade ridicule à laquelle s’est livrée G.W.Bush lors de sa dernière tournée dans la zone. Il a menacé l’Arabie Saoudite, si elle n’augmentait pas sa production pétrolière pour faire baisser le prix de l’essence aux Etats-Unis, de suspendre le méga-contrat militaire que le lobby militaro-industriel américain avait imposé précédemment aux Saoudiens. Riad a promis un geste, tout en sachant fort bien que dans d’éventuelles guerres de 4e génération qui l’opposeraient à des « terroristes », les armes américaines sophistiquées ne serviraient à rien. La suspension du contrat d’armement ne punirait que le lobby militaire. Bush doit donc arbitrer entre lobby pétrolier et lobby de l’armement. 18/05/08

http://www.offshore-technology.com/projects/southpars/


Sommet Union européenne – Amérique latine, sur fond de mobilisation militaire américaine

Le sommet UE- Amérique latine et Caraïbes, qui se déroule tous les deux ans alternativement en Europe et en Amérique latine, a lieu cette année à Lima (Pérou) du 15 au 17 mai, c'est-à-dire durant la présidence slovène de l’UE. Il rassemble 60 Chefs d'Etat ou de Gouvernement des deux régions. L’objet affiché, comme précédemment, est de poursuivre le partenariat stratégique entre les deux régions, celui-ci se fondant, selon le langage diplomatique, « sur le respect réciproque et des valeurs communes ainsi que sur des liens économiques, politiques, culturels, historiques et humains. On cherchera aussi à renforcer la coopération économique en vue d’intensifier les échanges commerciaux » .

Deux thèmes d'intérêt commun seront à l'ordre du jour du sommet de Lima : le premier portera sur les questions sociales (« Pauvreté, inégalité et intégration ») et le deuxième sur l’environnement (« Développement durable : environnement, changement climatique, énergie »). Ces thèmes, notamment le second, permettront-ils d’aborder les questions controversées tels que l’encouragement aux cultures vivrières locales contribuant à diminuer le prix des produits agricoles ou la protection des patrimoines forestiers contre la surexploitation ? On peut en douter, si forte est l’influence du Brésil qui n’entend pas voir mis en question son plan de production d’agrocarburants et de déforestation. Celui-ci est pourtant de plus en plus critiqué, comme le montre la démission de la charismatique ministre de l’environnement du président Lula, Marina Silva. Elle a du céder aux représentants de plus en plus agressifs de l’agrobusiness d’exportation. Au Pérou même sera évoquée le problème de la fonte des glaciers andins, qui menace de pénurie d’eau de nombreuses populations locales, selon des études menées par l’Institut français de recherche pour le développement (IRD) et l’Institut péruvien des ressources naturelles.

Les questions liées à l’énergie, notamment à l’exploitation des ressources actuelles ou des réserves en gaz et pétrole ne seront sans doute pas évoquées, du fait du verrouillage que font peser le président Chavez pour ce qui le concerne et les intérêts nord-américains s’exerçant à travers les autres gouvernements. On ne parlera sans doute pas non plus des questions militaires. Celles-ci mériteraient pourtant d’être évoquées, même si l’Europe apparaît fort lointaine et désarmée dans cette partie du monde.

Mobilisation américaine

Quelques semaines avant le sommet, en effet, les Chancelleries ont appris qu’en juillet prochain, le Pentagone réactivera la Quatrième Flotte, avec l'intention « de combattre le terrorisme », les « activités illégales » et d'envoyer un « message » au Venezuela et au reste de la région. Il s'agit là de la première réaction par une projection de longue haleine de la part de Washington, après l'attaque au campement des FARC (en Équateur) au mois de mars dernier, qui a mis en évidence la faiblesse américaine dans la région.

Un communiqué du Pentagone datant du 25 avril a fait valoir que la réactivation de la Quatrième Flotte - créée en 1943 pour faire face à la menace des sous-marins nazis dans les Caraïbes et l'Amérique du Sud et dissoute en 1950 - servira à « démontrer l'engagement des USA auprès de leurs partenaires régionaux ». La flotte sera commandée par le contre-amiral Joseph D. Kernan, actuel chef du Commandement de la Guerre spéciale navale, et aura sa base à Mayport, en Floride ; elle dépendra du Commandement Sud basé à Miami. Onze navires, dont un porte-avions et un sous-marin nucléaire, constitueront le noyau initial de la flotte. La mobilisation de la Quatrième Flotte signifie que les USA misent sur un interventionnisme de type aéronaval. Le Pentagone ne dispose pas de forces terrestres à distraire dans d'autres théâtres d'opérations.

La décision du Pentagone intervient à un moment de tension particulière en Amérique du Sud et d'extrême volatilité sur les marchés de matières premières. On ne doit pas oublier qu'un tiers des importations de pétrole des USA proviennent le Venezuela, du Mexique et de l'Équateur, ce qui fait de la région un espace stratégique pour maintenir la suprématie économique et militaire du principal pays de la planète.

On peut penser aussi que les Etats-Unis veulent rappeler aux gouvernements tentés par une prise de distance à leur égard qu’ils sont toujours là. Ils s’inquiètent en effet de plusieurs évènements récents ou prévus : succès de Fernando Lugo au Paraguay, création imminente du Conseil sud-américain de la Défense à la demande du Brésil et du Venezuela, consolidation du processus conduit par Rafaël Correa en Équateur, volonté croissante d’indépendance économique de pays comme le Brésil, qui visent à renforcer un Mercosur de plus en plus désireux de s’affranchir de l’influence américaine. Le message est clair, notamment à l’intention du patronat latino-américain qui, comme en Argentine, menace de plus en plus les gouvernements de centre-gauche.

Il n’est pas exclu que Washington décide de « fabriquer des crises » pour justifier des interventions directes. Certains pensent qu’un tel processus couve actuellement en Bolivie. Face à cette situation, l’Europe, si elle disposait d’une politique étrangère échappant à l’influence des Etats-Unis, pourrait jouer un rôle d’apaisement. Mais ce ne sera pas le retour complet de la France dans l’Otan qui permettra à notre délégation de jouer le moindre rôle à cet égard, malgré les attentes que mettent encore en elle certains intellectuels latino-américains. 16/05/08

PS au 18/05. Les participants au Sommet ont tous noté l'amertume des représentants des gouvernements latino-américains face à l'absence non justifiée de Nicolas Sarkozy. Au moment où la France va présider l'Union et s'investit beaucoup dans la coopération transméditerranéenne, la non présence du président français semble indiquer le peu d'intérêt que la France porte à ses partenaires sud-américains. Il s'agit d'une image que déplorent aussi vivement les diplomaties espagnoles, portuguaises et italiennes. Nos diplomates ont beau expliquer que les "foucades" de Nicolas Sarkozy ne représentent pas toute la politique extérieure de la France, ils ont du mal à convaincre.


Une lettre d'Einstein sur les religions

Une lettre inédite d'Einstein a été mise aux enchères par la salle des ventes Bloomsbury Auctions le 15 mai, dans laquelle le grand scientifique, souvent présenté comme déiste, déclarait en 1954 au philosophe Eric Gutkind sa méfiance à l'égard des religions, y compris le judaïsme:

‘The word god is for me nothing more than the expression and product of human weaknesses, the Bible a collection of honourable, but still primitive legends which are nevertheless pretty childish.’ ‘For me the Jewish religion like all others is the incarnation of the most childish superstitions. And the Jewish people to whom I gladly belong and with whose mentality I have a deep affinity, have no different quality for me than all other people. As far as my experience goes, they are no better than other human groups, although they are protected from the worst cancers by lack of power. Otherwise I cannot see anything ‘chosen’ about them.’


Grippe aviaire

Pour suivre les développements de la grippe aviaire: consulter les blogs de notre correspondant le Dr Vermeulen http://drmsfvermeulen.skynetblogs.be/ et http://drmsfvermeulen.over-blog.com/

Si la presse parle moins de la grippe aviaire et de ses possibilités d'extension sous forme pandémique virulente envers l'homme, le danger demeure voire augmente au fur et à mesure que les souches de virus mutent pour se rappocher de nouvelles cibles. Il suffit de consulter le site ci-dessus du Dr Vermeulen pour s'en persuader.

Par Jean-Paul Baquiast - Publié dans : gazetadmiroutes
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Mercredi 30 avril 2008

Europe solidaire
"Pour une Europe intelligente"
"Solidarité et puissance"
Nous avons entrepris sous cet intitulé l'édition d'un site dédié à la construction d'une Europe-Puissance.
Il illustrera les thèmes présentés dans un livre de J.P.Baquiast à paraître en mai prochain
"L'Europe ou le vide de puissance. Essai sur le gouvernement de l'Europe au siècle des super-Etats". J.P. Bayol Editions.
Ce site est encore en développement mais il est déjà possible de réagir aux articles publiés.
http://www.europesolidaire.eu/cont.php

Lire aussi sur Admiroutes - Automates Intelligents ou sur Europe solidaire

* Le sionisme chrétien et son influence sur la politique mondiale http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=52&r_id=
* Lancement du 2e satellite test de Galiléo http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=49&r_id=
* L'Europe et la crise alimentaire mondiale http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=39&r_id=
* Ponant, souverainetré militaire, Europe http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=37&r_id=
* Gare aux drones http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=38&r_id=
* Le Future Combat Systems américain http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=31&r_id=
* Une politique maritime pour l'UE http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=34&r_id=
* La France dans l’Otan, un boulet au pied à perpétuité pour l’Europe
http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=30&r_id=
* Grève chez Dacia en Roumanie http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=29&r_id=5
* Et si le monde quantique était déterministe? http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2008/87/ondepilote.htm

Un livre de Jean-Paul Baquiast (en librairie)

Pour un principe matérialiste fort
Essai
Edition Jean-Paul Bayol
300 pages - ISBN : 978-2-916913-00-1

Site de l'éditeur
Le livre est actualisé en ligne sur ce site

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Désinformation et contre-désinformation

Le malheureux lecteur que je suis, incapable de faire la part entre des nouvelles plus ou moins vérifiables et des articles de désinformation entraînant immédiatement des répliques de contre-désinformation, n'a plus qu'une ressource, évacuer les sujets évoqués de son esprit ou tomber tête baissée dans tous les panneaux, en se disant qu'il y trouvera bien quelque part un fond de vérité. Le cas du "réacteur" syrien détruit par l'aviation israélienne il y a quelques semaines, et dont la CIA a tout récemment fourni de nombreuses photos et images virtuelles, en est un exemple criant. Selon l'administration américaine, il serait la preuve que la Corée du Nord et la Syrie étaient en train de s’allier pour nucléariser le Moyen Orient, aux dépends d'Israël et des forces occidentales. Selon des sources (peut-être) inspirée par les Syriens ou leurs amis, il ne s’agissait pas de détruire un réacteur qui n’existait pas, mais de faire tester par l’aviation israélienne les défenses balistiques protégeant une voie de bombardement vers l’Iran. Derrière tout ceci se trouverait Dick Cheyney, plus que jamais attaché à provoquer un chaos général au Moyen-Orient afin de faire sortir l’Amérique par le haut du conflit Irakien. Une offensive contre l’Iran, à laquelle s’opposait l’amiral Fallon, démissionnaire, ferait partie de la manœuvre.

Nous sommes incapables de trancher entre ces deux hypothèses. Il faut quand même les évoquer toutes les deux. Un article apparemment bien documenté publié par un certain Morice ou Momo dans AgoraVox évoque en détail la seconde hypothèse. Mais qui est derrière ce Momo ? AgoraVox n’a pas apparemment souhaité enquêter sur l’origine de ce monsieur. C’est l’inconvénient d’Internet. On y apprend beaucoup de choses, mais sans pouvoir prêter une foi aveugle aux auteurs ? N’est-ce pas mieux ainsi finalement…?

* http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=39274


Provocations américano-géorgiennes

On peut mesurer, en considérant l'incident du drone, ce qui se serait passé si la Géorgie avait été intégrée à l'Otan comme l'exigeait vertement G.W.Bush lors du dernier sommet de l'Organisation à Bucarest. Les Etats-Unis, par Géorgie interposée, auraient multiplié les provocations à l'égard de la Russie.

On peut mesurer, en considérant l'incident du drone, ce qui se serait passé si la Géorgie avait été intégrée à l'Otan comme l'exigeait vertement G.W.Bush lors du dernier sommet de l'Organisation à Bucarest . Le refus allemand, mollement soutenu par la France, a permis d'éviter le pire. Les Etats-Unis, par Géorgie interposée, auraient multiplié les provocations à l'égard de la Russie. Devant les réactions de la Russie, les Etats européens se seraient divisés entre le plus grand nombre, ralliés d'avance à la politique anti-russe américaine et ceux désireux de ménager un grand voisin avec qui la coopération parait plus fructueuse que l'affrontement. Affaiblissement de l'Europe, affaiblissement de la Russie, le Département d'Etat aurait gagné sur les deux tableaux.

Mais de quel incident parlons-nous ? Il s'agit de la destruction par la chasse russe d'un drone de reconnaissance géorgien (UAV, Unmanned Aerial Vehicle) en patrouille au-dessus de l'Abkhazie, une province indépendantiste de la Géorgie soutenue par la Russie. L'UAV, construit par les Israéliens, a été fourni à la Géorgie par le Pentagone. Il était contrôlé et manié par des équipes américaine installées en Géorgie.

Le jeu des Russes dans cette affaire a été de suivre une politique de contre-provocation. Considérant les vols d'UAV sur l'Abkhazie comme une provocation, notamment en raison du soutien russe aux revendications autonomistes de l'Abkhazie, ils ont riposté par une attaque de Mig qui est un avertissement donné aux USA et à la Géorgie. Les risques de leur riposte étaient limités en raison des spécificités de la cible (pas de pertes humaines à craindre). Par contre, les avantages de cette opération sont évidents pour les Russes. L'opération permet de renforcer l'avertissement russe selon lequel, à la suite de l'indépendance du Kosovo soutenu par l'Ouest contre la Russie, la Russie peut jouer le même jeu pour son compte auprès d'autres régions souhaitant leur indépendance. L'engagement militaire américain en Géorgie est un fait avéré mais l'incident l'officialise quasiment, ce qui est un avantage pour la Russie.

Il met aussi en évidence les dangers de la politique américaine pour qui enflammer la région par de multiples incidents provoqués vise à durcir les relations avec la Russie et démonter toujours davantage encore l'inexistence de toute diplomatie européenne autonome. L'éclatement de l'Otan entre les pro-américains et les pro-russes ne les gêneraient en rien, puisque voici longtemps que l'Otan leur sert surtout à diviser les pays Européens en empêchant la construction d'une défense européenne indépendante de Washington.
Les notes :

* Source Dedefensa et Libération http://secretdefense.blogs.liberation.fr/defense/2008/04/quand-la-russie.html
* Sur les drones, nous présenterons prochainement, dès sa parution en mai (Lavauzelle), l'ouvrage de Geneviève Moulard et du capitaine de corvette Marc Grozel, spécialiste des Drones à la STAT (Satory). "LES DRONES, MYSTERIEUX ROBOTS VOLANTS."


Elections américaines. Le « bittergate »

On sait ce que désigne ce mot. C’est l’ « erreur » qu’aurait fait Barack Obama en dénonçant il y a quelques jours l’amertume (bitterness) d’un certain nombre d’électeurs pauvres qui, ne voyant pas de perspectives politiques en vue, se réfugient dans la sécurité morale apportée par la religion et la possession d’une arme. On sait aussi que Hillary Clinton, à l’affût des éventuelles erreurs de son concurrent, s’est empressée de dénoncer son mépris « élitiste » des classes pauvres. Ceci lui a permis de faire un appel du pied aux croyants et aux détenteurs d’armes, puissamment représentés par la National Rifle Association. « Il ne faut pas mépriser ceux qui prient et ont une arme, moi-même, je pratique ces deux activités…etc. ».

Sur ce, de très nombreux commentateurs, aussi bien démocrates que républicains, ont affirmé que Barak Obama avait raison, en citant ces deux « opiums du peuple » que sont pour les pauvres, en Amérique, les religions et les armes. Ils ont ironisé sur Hillary, représentante type de l’élite White Anglo-Saxon Protestant, reprochant son élitisme à un Obama certes passé par l’université mais de condition modeste.

Ceci étant, les mêmes commentateurs ont tous affirmé que, bien qu’Obama ait eu raison en théorie, il avait eu tort en pratique. Il y a des choses qu’un candidat ne peut pas dire sans se couper de son électorat. Beaucoup pronostiquent que le bittergate marquera la fin politique de la campagne de Barack Obama, voire même la ruine des chances politiques des Démocrates, McCain profitant de l’incident pour remonter dans les faveurs populaires.

Ceci serait une nouvelle preuve que la pertinence de l’analyse est interdite aux hommes politiques, qu’ils soient candidats au pouvoir ou qu’ils cherchent à s’y maintenir, comme Nicolas Sarkozy en France. Tout doit bien aller, personne ne doit craindre la pauvreté, les restrictions, les difficultés. Les experts ont beau pronostiquer les difficultés et appeler à des changements profonds de société, nul responsable n’en doit parler dès qu’il exerce une quelconque fonction officielle. L’irréalisme de l’Union européenne n’est pas différent de l’irréalisme gouvernemental américain, pour qui la guerre en Irak est gagnée et la crise économique maîtrisée. En Europe, il faut se taire, attendre avec résignation que les drames se produisent. Toute autre attitude serait suicidaire pour celui qui l’adopterait. On lira à ce sujet un article significatif de Defensa concernant la réaction des « officiels » de l’Union européenne face à la crise http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=5085).

Tout ceci confirmerait les analyses scientifiques pessimistes selon lesquels les systèmes politiques sont ingouvernables par la volonté des hommes. Il s’agirait de mécanismes se déroulant avec la puissance majestueuse des grandes catastrophes naturelles. 26/04/08


Sarkozy : quel message aux Français et aux Européens ?

On pouvait attendre du président de la République qu'à trois mois de la présidence française du conseil européen, il précise le message qu'à travers lui, la nation pouvait proposer à ses citoyens et aux pays de l'Union. Sarkozy dispose de quatre années pour diriger la France. Ces quatre années seront pleines de difficultés voire de dangers qui, loin de s'atténuer avec le temps, ne feront que s'aggraver.
Il en a évoqué quelques uns : crise économique et financière, baisse des ressources alimentaires, montée en puissance des géants asiatiques disputant à l'Europe ses anciennes positions dominantes. Il en a survolé d'autres, notamment celles tenant à la nécessité d'une refonte profonde des modes de production, de commercialisation et de consommation des pays dits développés face à la crise climatique et environnementale. Il a par contre tenu comme acquis l'alliance dite atlantique avec un pays, les Etats-Unis, qui s'engage dans des politiques bellicistes aux retombées particulièrement redoutables et imprévisibles.

Mais il ne suffisait pas de mentionner ces questions en quelques mots. Il fallait obligatoirement proposer des stratégies. Dans la mesure où le maintien envers et contre tout du libéralisme économique et de l'ouverture à l'extérieur est de moins en moins perçu par les Européens comme un principe intangible, il fallait esquisser les formes et les contenus de régulation collective qui allaient devoir d'imposer en Europe, que les opinions le veuillent ou pas : contrôle des flux financiers spéculatifs, capacité de négocier la réciprocité des échanges sur des bases équitables, investissements collectifs devant être consacrés à la recherche développement, aux technologies de souveraineté, aux grands équipements publics, dans les domaines civils et militaires.

Il fallait montrer en contrepartie les sacrifices que de telles politiques imposeraient, notamment en termes de décroissance (eh oui) appliquée aux consommations et aux productions gaspilleuses ou polluantes. Il fallait aussi montrer comment ces grandes réformes pourraient être menées à bien sans retomber dans les erreurs du dirigisme de type soviétique ou les effets d'annonce non suivis d'effets parce qu'incapables de s'appuyer sur les forces vives des pays concernés. Il fallait enfin, derrière tout cela, commencer à relancer le débat sur les structures institutionnelles de l'Europe, non pas pour revenir en arrière par rapport aux acquis du nouveau traité, mais pour esquisser les points sur lesquels il sera vital de le compléter à brève échéance.

On dira que Nicolas Sarkozy avait une autre priorité : montrer qu'il n'était plus le président bling bling et qu'il redevenait sérieux. Mais comment aurait-il pu le montrer mieux, aussi bien aux Français qu'aux Européens, sinon en élevant le débat jusqu'aux perspectives quadriennales de l'Europe esquissées ci-dessus. Affirmer sans le démontrer qu'il avait entrepris plus de 50 « réformes » franco-françaises, contrairement aux précédents gouvernements lesquels n'avaient rien fait, était à la fois faux et sans intérêt. Affirmer qu'il fallait suivre les Etats-Unis dans leur guerre sans fin contre les talibans était irresponsable, au moment où tous les Etats impliqués, sauf le lobby militaro-industriel américain, estiment qu'un effort militaire mené avec l'obstination de l'imbécile conduira aux pires catastrophes. Réaffirmer que si les instituteurs pouvaient enseigner les faits matériels, seuls les prêtres devaient enseigner les valeurs morales ne pouvait que conforter les revendications de religions en pleine guerre de conquête, face à ceux qui en Europe demandent une meilleure séparation des églises et des Etats.

On dira qu'un chef d'Etat tel que Sarkozy, dont la culture économique est quasi nulle et les vues stratégiques inexistantes, à peine supérieures à celles d'un Berlusconi, pouvait difficilement traiter les problèmes évoqués ci-dessus. De toutes façon, ajoutera-t-on, les hommes politiques ne peuvent, en démocratie, s'élever au delà de la facilité sans se couper de l'opinion. C'est évidemment faux. Si Sarkozy au lieu de se préoccuper une nouvelle fois d'affirmer son ego (sur le mode de la repentance), si les journalistes convoqués pour le faire valoir avaient eu quelque intelligence de leur métier et quelque courage, la prestation présidentielle, à la France et à l'Europe, aurait été toute autre.

Comparons ce qui a été dit le 24 avril, dont l'histoire ne retiendra rien, aux propos pourtant fort modestes et non techniques tenus, le matin du 27 avril, par Didier Adès, Dominique Dambert et leurs invités dans l'émission de France Inter La rue des Entrepreneurs intitulée « Et si on refaisait le monde ». On y apprenait plus en vingt minutes sur ledit monde et le rôle possible de l'Europe, qu'en une heure et demi de sarkoshow. Hélas pour la France 26/04/08

http://www.radiofrance.fr/franceinter/em/ruedesentrepreneurs/


L’Europe américaine

La désignation de Sylvio Berlusconi comme chef du gouvernement italien, le 15 avril, marque le retour de l’Italie dans le cercle des pays européens alliés dévoués à Washington. Le précédent gouvernement de Romano Prodi n’en était pas très éloigné. Il avait cependant décidé de retirer d’Irak le contingent italien. Aujourd’hui, depuis que Nicolas Sarkozy s’est rallié avec fracas à l’atlantisme, on ne compte plus, à part l’Espagne socialiste, d’Etat européen décidé, ne fut-ce qu’en principe, à prendre quelques distances avec l’Amérique. Même l’Allemagne de Angela Merkel, dont le suivisme sera sans doute moins automatique que celui de la France et de l’Italie, reste profondément soumise à l’influence américaine.

Est-ce une raison pour nous et ceux qui pensent comme nous de renoncer à faire entendre leur voix ? Nous sommes persuadés, inutile de le rappeler, que l’Europe ne se construira jamais en puissance indépendante si elle reste dans l’ombre des Etats-Unis. L’Amérique est ainsi faite qu'elle ne modifiera pas profondément, quelles que soient les difficultés rencontrées, la façon dont elle conçoit ses relations avec le reste du monde. Or elle les conçoit sur le mode de la vassalité. C’est sur cette vassalité qu’elle fonde très largement sa propre domination. Les nouvelles puissances émergentes qui refusent cette règle imposée sont considérées nécessairement par le système américain comme des ennemis potentiels. L’Europe n’est évidemment pas prête à endosser ce rôle difficile, contraire à des décennies de vie sous influence. De ce fait, elle se condamnera inévitablement à l’impuissance politique et économique. Tous les beaux discours que l’on tiendra sur les synergies euro-atlantiques et le radieux avenir qu’elles promettent ne changeront rien à cet état de choses.

Nous croyons cependant, férus que nous sommes de la « science » des systèmes complexes, que l’avenir n’est jamais totalement prévisible. Il est chaotique et des phénomènes apparemment mineurs, non observés à leur origine, peuvent changer radicalement les équilibres entre les forces. Il en est un qui mérite dès maintenant d’être étudié avec attention. Il relève de ce que l’on appellera peut-être plus tard la grande crise historique américaine. Le système américain semble engagé, du fait de sa « défaite sans fin » au Moyen Orient et de la course éperdue à la sophistication des armements par laquelle il espère faire face à des adversaires auxquels il ne comprend pas grand-chose, dans un processus d’auto-destruction quasi inéluctable. Le point important, souligné par ceux faisant un tel constat, est que ce système est trop rigide pour s’adapter et survivre. Contrairement à d’autres pays, notamment les pays européens qui ont pu sortir renforcés de crises bien plus dramatiques, l’Amérique n’a pas de résilience. Pour la vision apocalyptique qui imprime encore profondément la pensée de ses citoyens, la crise prouve qu’un péché mortel a été commis par la société. La seule façon de réparer le « mal » est d’accepter l’effondrement, en espérant qu’un nouvel ordre, divin sinon terrestre, prendra la suite.

On nous dira que cette description est caricaturale. L’Amérique s’adaptera à la crise montante parce que beaucoup d'Américains réalistes ne voudront pas se laisser embarquer dans des discours eschatologiques. Peut-être. Quoiqu’il en soit, pour ce qui nous concerne, nous pensons que les esprits des Européens doivent rester alertés. Ceux qui ne veulent pas lier le sort de la civilisation européenne à celui de la civilisation américaine doivent en permanence marquer les différences. En proposant des alternatives crédibles aux solutions que veut imposer l’euro-atlantisme d’aujourd’hui, ils rendront service, non seulement à l’Europe mais à ceux de leurs amis américains qui se désolidariseront des politiques suicidaires de Washington. Le domaine des sciences et des technologies constitue l'un des champs que les Européens doivent inlassablement marquer de leurs propres valeurs. 16/04/08


Succès de l'ATV Jules Verne désormais amarré à l'ISS

Saluons le grand succès qu'a représenté la "capture" de l'ISS par l'ATV (ou l'inverse) à 14h45 GMT le 03/04/2008. Du centre de contrôle de Toulouse, les présidents d'Escatha du CNES et Dordain de l'ESA ont indiqué en quelques phrases à étudier dans le détail que ce succès met dorénavant l'Europe en état d'affronter les voyages spatiaux planétaires. 03/04/08.

* http://www.esa.int/SPECIALS/ATV/SEM2YF5QGEF_0.html


Pétition Stop-Finance et commentaires

La pétition

On trouve à l'adresse ci-dessous les motifs et les acteurs de la démarche

Spéculation et crises : ça suffit !

La finance déréglementée détruit les sociétés. Silencieusement, au quotidien, quand les actionnaires pressurent les entreprises, c’est-à-dire les salariés, pour en extraire davantage de rentabilité, au Nord comme au Sud. A grand spectacle et avec fracas dans les crises aiguës où se révèlent brutalement les invraisemblables excès de la cupidité spéculative et leur contrecoup sur l’activité et l’emploi. Chômage, précarisation, accroissement des inégalités : les salariés et les plus pauvres sont voués à faire les frais soit de la spéculation, soit des nuisances du krach qui s’ensuit.

Depuis deux décennies, le cours de la finance mondiale n’est qu’une longue suite de crises : 1987, krach boursier ; 1990, crise immobilière aux Etats-Unis, en Europe et au Japon ; 1994, krach obligataire américain ; 1997 et 1998, crise financière internationale ; 2000-2002, krach internet ; 2007-2008 enfin, crise immobilière et peut-être crise financière globale.

Pourquoi une telle répétition ? Parce que toutes les entraves à la circulation des capitaux et à l’« innovation » financière ont été abolies. Quant aux banques centrales qui ont laissé enfler la bulle, elles n’ont plus d’autre choix que de se précipiter au secours des banques et des fonds spéculatifs en mal de liquidités.

Nous n’attendrons pas la prochaine crise sans rien faire et ne supporterons pas plus longtemps les extravagantes inégalités que la finance de marché fait prospérer ni les dangers qu’elle fait courir à tous. Parce que l’instabilité est intrinsèque à la déréglementation financière, comment les dérisoires appels à la « transparence » et à la « moralisation » pourraient-ils y changer quoi que ce soit – et empêcher que les mêmes causes, de nouveau, produisent les mêmes effets ? Y mettre un terme suppose d’intervenir au cœur du « jeu », c’est-à-dire d’en transformer radicalement les structures. Or, au sein de l’Union européenne, toute transformation se heurte à l’invraisemblable protection que les traités ont cru bon d’accorder au capital financier.

C’est pourquoi nous, citoyens européens, demandons l’abrogation de l’article 56 du Traité de Lisbonne, qui, interdisant toute restriction à ses mouvements, offre au capital financier les conditions de son emprise écrasante sur la société. Et nous demandons également que soit restreinte la « liberté d’établissement » (art. 48) qui laisse opportunément au capital la possibilité de se rendre là où les conditions lui sont le plus favorables, et permettrait ici aux institutions financières de trouver asile à la City de Londres ou ailleurs.

Si par « liberté » il faut entendre celle des puissances dominantes, aujourd’hui incarnées dans la finance, d’asservir le reste de la société, disons immédiatement que nous n’en voulons pas. Nous préférons celle des peuples à vivre hors de la servitude de la rentabilité financière.

Pour signer http://www.stop-finance.org/

Nos commentaires:

I. Cette pétition exprime un refus du rôle exorbitant des nouvelles catégories d’actionnaires qui prennent le pouvoir au sein des entreprises européennes, encouragées par la déréglementation mondiale des mouvements financiers. Il s’agit d’acteurs dont les gouvernements les plus libéraux eux-mêmes commencent à se méfier en comprenant qu’ils représentent des intérêts économiques et politiques n’ayant aucun souci de la croissance européenne : fonds d’investissement et fonds souverains non européens, fonds spéculatifs, fonds pourris. Leur politique est simple. Il s’agit d’abord de rechercher en toutes situations le profit immédiat, au détriment des investissements à long terme comme des politiques sociales ou d’aménagement du territoire. Mais, bien plus dangereux, il s’agit aussi pour eux de mettre progressivement la main sur des secteurs stratégiques, au profit des Etats pour le compte desquels ils agissent. Beaucoup de ces fonds aggravent par ailleurs les tendances inflationnistes et la pauvreté, en spéculant à la hausse sur les marchés boursiers de l’énergie, des matières premières et des produits agricoles.

Face à cette situation, même lorsqu’ils ne rejettent pas systématiquement l’économie capitaliste, un nombre croissants d’acteurs économiques et politiques européens commencent à s’élever contre les « marchés » et la « finance » qui provoquent, en Europe même, licenciements, délocalisations et refus d’investir. Une volonté de résistance se répand, d’abord au sein des organisations de salariés mais aussi chez un nombre croissant d’élus locaux, de chefs d’entreprises petites ou moyennes et d’économistes. L’opinion générale reste encore à convaincre, qui ne voit pas clairement comment lutter contre les excès du libéralisme sans remettre en selle un dirigisme étatique présenté de façon caricaturale comme générateur de tous les maux.

Pour mobiliser l’opinion, les auteurs de la pétition proposent de s’en prendre aux cadres juridiques qui vont réglementer la vie économique européenne dès l’entrée en vigueur du nouveau Traité. Plus précisément, ils voudraient retrouver l’esprit qui avait fait échouer le référendum relatif au Traité constitutionnel européen au prétexte qu’il était trop libéral face au capitalisme financier mondialisé. Ils demandent donc la suppression de l’article 56 du Traité de Lisbonne, qui interdit les restrictions aux mouvements de capitaux. Ils veulent aussi restreindre la « liberté d’établissement » prévue par l’art. 48, qui permet aux entreprises de s’établir au sein de l’espace européen là où les conditions fiscales, sociales et de protection de l’environnement leur paraissent les plus favorables. Indiquons en passant que si la suppression de l’art. 56 peut se défendre, celle du l’art. 48 serait contraire à l’esprit même de l’Union européenne. Elle serait à très courte vue. On voit bien ces jours-ci, par exemple, les retombées politiques possibles, pour l’ensemble de la métallurgie, de la grève entreprise par les ouvriers roumains de Renault afin d’obtenir une augmentation de salaire. Renault se trouvera obligé, soit de délocaliser toute sa production automobile dans les pays émergents (ce qu’il n’osera sans doute pas faire), soit d’harmoniser les salaires entre les diverses usines européennes. .

2. Nous avons nous-mêmes, malgré ces réserves, signé la pétition. Elle peut avoir un effet mobilisateur auprès d’un certain nombre de personnes qui jugeront du symbole sans se préoccuper des chances qu’il aura d’être pris en compte. Mais nous pensons qu’il faudrait faire plus. Il est temps de proposer aux opinions publiques, aux Etats européens et aux institutions communautaires de véritables changements intéressant les politiques économiques et plus encore les stratégies géopolitiques. S’en tenir à demander une modification du Traité donnera bonne conscience à un certain nombre d’hommes ou des partis politiques incapables d’analyser en profondeur la crise systémique qui secoue non seulement les économies européennes mais le capitalisme mondialisé – à commencer par sa manifestation aujourd’hui la plus évidente, la méga-crise américaine. Faute de réflexion collective, ces hommes et ces partis (nous pensons en particulier aux partis de la gauche européenne, à commencer par le PS français) vont entrer sans munitions dans une ère de conflits idéologiques et politiques qui ne feront qu’empirer. Ne parlons pas de Sarkozy...

Sans prétendre tout dire sur la question, nous allons, dans un livre à paraître prochainement (L'Europe ou le vide de puissance, Jean-Paul Bayol), rappeler les objectifs présentés précédemment (voir http://www.admiroutes.asso.fr/europepuissancescientifique/index.htm) autour des thèmes de la souveraineté technologique et scientifique européenne. Nous y évoquons aussi les traits fondamentaux de la crise américaine, tels qu'ils apparaissent aujourd'hui. L’actualité toute récente nous donne pleinement raison. Il est curieux de constater que les auteurs de la pétition n’en tirent pas de nouveaux arguments pour condamner non seulement le désordre des marchés financiers dans le monde comme en Europe, mais surtout l’insuffisance des mesures que le gouvernement fédéral est en train de prendre pour lutter contre la crise.

Dans un article précédent (http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2008/87/edito1.htm), nous avions évoqué l’hypothèse futuriste selon laquelle l’administration américaine deviendrait véritablement « interventionniste » sur un mode intelligent. On en est loin pour le moment. Le gouvernement de G.W.Bush, comme pour le moment les candidats à l’élection présidentielle, n’évoquent que des interventions dont les citoyens seront seuls à faire les frais. Sous prétexte de retour au keynésianisme, ce sont en fait des politiques capitalistes classiques qui sont pour le moment proposées, sur la base du vieux principe consistant à privatiser les profits et collectiviser les pertes. Elles font appel au contribuable pour réparer les erreurs et plus généralement les crimes économiques du pouvoir financier. Les Européens ont intérêt à s’occuper de ce qui est décidé à Washington car, compte tenu du suivisme qui caractérise les pouvoirs publics européens et les nôtres en particulier, ce seront des mesures analogues qui seront vraisemblablement adoptées par les gouvernements des Etats-membres ou la Banque centrale européenne.

Le site de la 4e internationale américaine (World Socialist Web Site) donne à la date du 29 mars une analyse de la démarche suivie par les Etats-Unis que nous aimerions bien retrouver sous la plume des leaders socialistes européens. http://www.wsws.org/articles/2008/mar2008/cand-m29.shtml

« Le Congrès à majorité démocrate n’a fait jusqu’à ce jour aucune enquête sérieuse sur ce qui est généralement considéré comme le plus grand scandale financier depuis la 2e guerre mondiale. Il s’est agit de spéculations sans scrupules, de fraudes comptables à grande échelle, de prêts carnassiers consentis dans des proportions jamais encore rencontrées. Les responsables en sont les plus grosses banques commerciales et d’affaires du pays, les compagnies d’assurances, les fonds spéculatifs et les firmes d’investissements à risque. Pendant des années des titres sans valeur distribuées sur les marchés dérivés ont généré des revenus de plus de mille milliards de dollars au bénéfice des patrons de Wall Street et des grands investisseurs.

Maintenant, pendant que les travailleurs et les classes moyennes sont confrontés dans tout le pays à la perte de leurs logements et de leurs économies, la Banque Fédérale de Réserve ouvre des centaines de milliards de dollars en prêts à bas taux d’intérêt aux banques et aux institutions financières, recevant en échange des titres de crédits incapables de trouver acheteurs. L’administration Bush refuse toute politique générale d’aide aux propriétaires de logement en détresse et les Démocrates ne proposent que des palliatifs, sans s’en prendre aux vrais responsables qui sont à Wall Street. Les sénateurs Clinton, Obama et McCAin sont trop dépendants des élites financières pour les mettre en cause ».

Certains journaux financiers vont plus loin. Ils estiment que l’Etat, par l’intermédiaire de la Fed, s’est engagé avec la reprise de Bear Stearns par JPMorgan Chase dans une véritable « socialisation » des entreprises de crédits. On évoque de plus en plus le New Deal de FD Roosevelt ayant permis de sortir de la crise de 1929. Certains présentent même la référence de la Tennessee Valley Authority comme un exemple que pourrait suivre l’Etat en investissant dans des infrastructures ou dans des industries. Mais on en est loin. Nous pensons que tout ceci est - pour le moment – destiné à rassurer l’opinion pour éviter un véritable retour à une économie davantage administrée, dont les patrons de la finance ne veulent à aucun prix. Pour le moment disons nous, car si la crise s’aggrave et se généralise, nul ne peut dire ce que feront les Etats-Unis pour s’en sortir. Ce pays n’est pas prêt à se laisser abattre. Il paiera le prix qu’il faudra pour survivre, c’est-à-dire sacrifier momentanément l’idéologie libérale – et continuer ce faiasnt à enfoncer l’Europe dans la crise, si cela lui était profitable.

Ce sont ces perspectives, reprises et transposées au regard des intérêts européens, que nous aurions aimé voir évoquées par les auteurs de la pétition. Ils en sont loin pour le moment. 31/03/2008

 

Par Jean-Paul Baquiast
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Lundi 31 mars 2008

Lire aussi sur Admiroutes - Automates Intelligents -
* Amérique dirigiste, Europe libérale http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2008/87/edito1.htm
* Ne pas manquer: Dernières phases d'approche de la Station Spatiale par l'ATV Jules Verne européen http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2008/87/ATV.htm ainsi que http://www.esa.int/SPECIALS/ATV/SEMIUAR03EF_0.html
* Et si le monde quantique était déterministe? http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2008/87/ondepilote.htm

 


La leçon du Pakistan aux Américains

Au Pakistan, la première conséquence de l’arrivée au pouvoir du nouveau Premier ministre Yousaf Raza Gilani, après l’installation de la nouvelle majorité issue de l’élection, est une sévère mise en garde à l’encontre de Washington. Le nouveau pouvoir réclame des Américains une nouvelle façon d’affronter les extrémistes islamiques, qui consisterait à discuter plutôt que tirer. («...prioritise talking as well as shooting in the battle against Islamist extremism»).

Plus clairement, il demande aux Américains d’abandonner leurs pratiques unilatérales à l’égard du Pakistan, ayant pour effet l’instrumentalisant de celui-ci dans la lutte contre l’extrémisme islamiste. Le Pakistan n’est plus le champ de tir aux islamistes (“killing field « ) que les Américains voulaient qu’il soit, vient d’affirmer le dignitaire pakistanais Nawaz Sharif à l’ambassadeur américain John Negroponte. Le thème sous-jacent est que le temps n’est plus où le président Pervez Musharaf décidait de tout, étant lui-même aux ordres des Etats-Unis. Il existe maintenant un gouvernement et une assemblée qui veulent être considérés comme maîtres du destin du pays.

Faut-il voir derrière ces affirmations, fort compréhensibles au demeurant, une résurgence cachée de l’Islam radical ou simplement la réaction d’un peuple lassé d’être méprisé par les Etats-Unis et ne supportant plus les destructions causées par leurs interventions militaires dans les zones tribales ? Comme les islamistes radicaux ne semblent pas avoir été très écoutés aux dernières élections, nous pencherions pour la seconde solution.

Mais plus globalement, la position de Yousaf Raza Gilani et de ses amis nous confortent dans l’opinion que nous avions précédemment exprimée, à l’occasion de l’attentat contre Benazir Bhutto (http://www.pan-europe.org/article.php?article_id=359&rubrique_id= ). Le meilleur service que l’Occident pourrait rendre au Pakistan serait de le laisser se débrouiller seul dans sa zone géographique, y compris avec les islamiques. Toutes les interventions militaires occidentales, non seulement fragilisent les pouvoirs « démocratiques » modérés, mais multiplient les recrutements de talibans.

La leçon aurait du être apprise depuis longtemps en Irak. Elle est en train de l’être, cruellement, en Afghanistan. C’est le moment que choisit Nicolas Sarkozy pour impliquer la France dans un combat d’arrière-garde dont les retombées désastreuses ne vont pas tarder à se faire sentir. 29/03/08

* Article du Guardian http://www.guardian.co.uk/world/2008/mar/27/pakistan.usa


Réseaux autoroutiers et ferrés chinois

La revue Tracés (Bulletin technique de la Suisse Romande ( http://retro.seals.ch/digbib/vollist?UID=bts-004 ) dont nous recommandons la lecture, consacre son numéro 05 du 19 mars 2008 à la question des transports en Chine. On y montre l’effort d’investissement véritablement colossal entrepris par ce pays pour se doter de voies de communication modernes. Sur le plan routier, c’est le secteur des autoroutes transcontinentales qui a bénéficié des plus grands efforts La plus longue autoroute du monde, traversant le désert du Taklamakan (ie « d’où l’on ne ressort jamais ») dans le Xinjiang, à l’extrême ouest de la Chine, vient d’être inaugurée. Longue de mille kilomètres, elle dessert des régions aux ressources énergétiques et minérales, mais aussi agricoles et touristiques, considérables. Sans la route, ces ressources seraient difficilement valorisables. Les ingénieurs ont du résoudre de nombreux problèmes naturels et techniques pour être prêts à temps. L’un des plus délicats est l’ensablement, contre lequel lutteront des barrières végétales de très grande étendue. L’autoroute n’offre pas pour le moment les prestations que l’on trouve en Occident. La circulation y est particulièrement dangereuse. Mais la situation devrait s’améliorer progressivement.

Il ne s’agit là qu’une portion d’un réseau baptisé 7518 de 85.000 km d’autoroutes prévu pour 2015-2020, soit 10.000 km de plus que le réseau des Etats-Unis dont les Chinois s’inspirent largement. Le coût total, difficile à estimer et surtout à comparer aux dépenses équivalentes dans les pays développés, devrait être de 1 à 2 trillions de dollars. Les retombées en termes de croissance devraient être bien supérieures. Il s’agit donc d’investissements rentables. Mais ils seront financés, comme ceux du capitalisme occidental aux origines, en grande partie par la « sueur du peuple ».

La Chine ne méconnaît pas les limites du transport routier, gros consommateur d’énergies fossiles. Aussi développe-t-elle d’autres grands programmes de transports, par voie fluviale, maritime et aérienne. Le plus intéressant à terme concerne le réseau ferroviaire. Le 11e plan de 2006 à 2010 a placé le rail en priorité. 200 milliards de dollars seront investis, pour construire 20.000 km de lignes dont 12.000 pour les transports de voyageurs. Les travaux de la ligne à grande vitesse Beijing Shanghai (1386 km) ont commencé. L’actualité a par ailleurs remis en première ligne les travaux précédemment consacrés à la ligne Chine-Tibet, la plus haute du monde, qui favorise l’immigration chinoise dans cette partie contestée de l’Empire.

Quand on considère tous les bénéfices attendus de ces investissements, pour assurer notamment une plus grande homogénéité des développements économiques, ainsi qu’une réduction globale des coûts de transport, on ne peut que regretter l’absence d’une politique déterminée de grandes liaisons intercontinentales en Europe. Celles-ci, notamment ferroviaires, outre le rapprochement entre l’Europe de l’ouest et celle de l’est, pourraient permettre des connexions vers l’espace russe et pourquoi pas un jour, l’espace chinois, au bénéfice des trois grands ensembles géostratégiques euro-asiatiques. 28/03/08

* http://en.wikipedia.org/wiki/Expressways_of_China


Une visite d'Etat plus que négative

L’opinion française ne retient, apparemment, du voyage du couple présidentiel à Londres que le plus superficiel. Sarkozy (affublé au dîner d’apparat d’un habit orné, nous a-t-il semblé, d’une sorte de cravate de dentelle) n’aurait pas fait de bévues et Carla Sarkozy, en robe d’hôtesse Aeroflot de 1960 (selon le mot d’un humoriste) aurait éclipsé la princesse Diana.

Mais l’opinion ne voit pas qu’une nouvelle fois, Nicolas Sarkozy a échangé des principes fondamentaux de la diplomatie française pour un plat de lentilles. Pour se faire bien voir des Anglais, il a confirmé son ralliement à la politique anglo-américaine en Afghanistan au moment ou celle-ci est en perdition. Ainsi engage-t-il notre pays dans un enchaînement de conséquences concernant aussi bien les armées que la diplomatie françaises dont on peut prévoir le pire. Malgré ses affirmations, il a par ailleurs porté un nouveau coup à l’alliance franco-allemande dont nos sources nous disent qu’elle est au plus bas actuellement, vue de l’autre côté du Rhin, ceci par la faute presque exclusive de la France.

En échange de ces abandons, aucun des éventuels accords évoqués avant le sommet en matière d'armement ou de nucléaire civil ne s'est concrétisé. On ne voit même pas, sur les thèmes présentés comme ayant fait l’objet d’"analyses extrêmement voisines", concernant la réforme des institutions internationales, la transparence des marchés financiers ou l'immigration, comment des positions communes pourront être proposées aux autres Etats européens lors de la présidence française de l’Union.

Bref, derrière la poudre aux yeux, c’est la poursuite, via Londres, de l’inféodation française à l’américanisme qui se poursuit, au moment où, aux Etats-Unis même, des changements importants (mais qui ne seront pas nécessairement favorables à l’Europe), sont en train de se préparer. 28/03/08

*Sur la guerre américaine en Irak, proche de celle où Sarkozy veut nous entraîner en Afghansitan, voir un article éclairant de Agoravox
http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=37979


Le Svalbard Global Seed Vault

Lors de la présentation du film Le monde selon Monsanto par la 5, José Bové avait affirmé que le sanctuaire à graines dit Svalbard Global Seed Vault au Spitsberg était une entreprise privée qui privatiserait et monnaierait l'accès aux semences. C'est une accusation grave, mais je n'en vois pas de preuves. Il y a bien un Global Seed Diversity Trust dans le programme, mais celui-ci semble être une ONG relevant de l'ONU. Est-ce qu'une nouvelle fois Bové n'aurait-il pas démontré son irresponsabilité d'agitateur déloyal? 28/03/08
http://en.wikipedia.org/wiki/Svalbard_Global_Seed_Vault


Un axe russo-japonais dans le nucléaire. Nouvelle concurrence pour Areva

Il était évident que le Japon, grande puissance mondiale, confrontée à la puissance chinoise, ne pouvait pas rester insensible aux possibilités d'accord stratégique avec la Russie. La Russie, également confrontée à la Chine, se heurtant à l'intransigeance américaine et malheureusement, à l'intransigeance européenne (suscitée ne grande partie par les Etats-Unis) ne pouvait rester indifférente aux perspectives japonaises. Les domaines de coopération nippo-japonaise sont nombreux. Il s’agit d’abord de l’énergie, et notamment du nucléaire, comme nous allons le voir. Mais il s’agira aussi de l’espace, de l’armement, sans doute également de la robotique et des biotechnologies. Cette liste, qui peut s’étendre, devrait suffire à inquiéter les intérêts européens. S’ils sont exclus de tels rapprochements, ou s’ils n’en tiennent pas compte, le réveil sera douloureux. Dans l’immédiat, on peut constater que le Japon ne semble pas inquiet des réactions de Washington face à de tels accords. Considère-t-on à Tokyo que la perte d’influence de l’économie américaine lui retire de la légitimité à prétendre faire la loi dans l’archipel ? S’agit-il seulement du fait que des alliances actuelles ou futures entre firmes japonaises et américaines permettent au Japon de jouer les rapprochements avec Moscou sans encourir les foudres du Département d’Etat ?

Concernant l’industrie nucléaire, la firme d’Etat russe Atomenergoprom regroupant depuis 2007 tous les maillons de la filière nucléaire russe (recherche, mines, réacteurs, combustibles , recyclage et production d’électricité) vient d’annoncer le 20 mars 2008 la signature avec le japonais Toshiba d’un accord cadre dans la construction de centrales nucléaires civiles. Toshiba, comme l’on sait, avait racheté en 2006 l’américain Westinghouse. Il dispose d’un produit performant dit de 3e génération, le réacteur AP 1000, concurrent direct de l’EPR d’Areva. S’il ne s’agit encore que d’un partenariat stratégique, aux lignes restées vagues, l’objectif est évidemment de répondre en commun à la demande de telles centrales dans le monde, estimée entre 150 et 400 réacteurs d’ici 2020. L’apport de solutions en matière de fourniture de minerai et de retraitement fera évidemment partie de la compétitivité des offreurs. Areva sera légitimée à investir, si elle veut conserver sa part de marché. Elle vient de s’associer avec le japonais Mitsubishi Heavy Industries pour concevoir un réacteur de 1000 mégawatts baptisé Atméa 1 (notre image).
(http://www.areva-np.com/scripts/press/publigen/content/templates/show.asp?P=880&L=FR).

Si l’accord russo-japonais se confirme, il ne restera que 3 groupes en compétition dans le monde, Areva, GE-Hitachi et Toshiba Energoprom. Ceci veut dire que toutes manœuvres irresponsables en termes de statut de l'entreprise, venant du milieu politique français, notamment de l’Elysée, qui pourraient conduire à affaiblir le crédit d’Areva dans le monde ne seraient pas du tout opportunes. 24/03/2008


Défense de l’Europe contre Europe de la défense.

Résumé: Différentes échéances obligent à poser de nouveau la question de la possibilité d’une défense européenne (défense de l’Europe) qui soit réellement indépendante des stratégies politiques et militaires des Etats-Unis. Cette question entraîne immédiatement son corollaire : que pourrait faire la France, en théorie, pour aider à construire cette défense? Que va-t-elle faire en fait, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, à l’occasion notamment de la présidence française de l’Union au second semestre 2008 ?

Dans notre livre « L’Europe et le vide de puissance » (à paraître) nous évoquons plusieurs fois la thèse selon laquelle l’Europe ne se construira jamais sous la forme d’uns puissance géopolitique globale si elle ne s’affranchit pas définitivement de la tutelle militaire et économique des Etats-Unis. La tâche sera d’autant plus ardue que c’est cette tutelle qui a contribué à faire naître l’Europe sous la forme qui est la sienne actuellement, celle d’un ensemble peu structuré d’Etats dépendants des politiques américaines, même lorsque celles-ci mènent tout droit à des catastrophes, que ce soit au plan diplomatique (guerres au Moyen-orient) ou économique (crise mondiale possible amorcée par une crise américaine).

Nous avons examiné dans d’autres articles la question économique, à laquelle il faudra de nouveau s 'intéresser prochainement. Revenons ici sur la question de la défense européenne. Que signifierait une défense européenne véritablement européenne ? Le concept est-il envisageable ? Quelle contribution la France pourrait-elle apporter à une telle défense ? En prend-elle le chemin ?

1. Le concept de défense de l’Europe

Les experts sont conduits à distinguer deux concepts qui sont loin de se recouper, celui d’Europe de la défense et celui de défense de l’Europe. Sous l’apparence d’un aimable jeu de mots, il s’agit de choses profondément différentes – pour le moment encore.

1.1. Le piège actuel de l’Europe de la défense

L’Europe de la défense est celle qui a été définie par les différents traités et accords européens ainsi que par les conventions avec l’Otan, et donc les Etats-Unis. Elle est baptisée du nom de PESD, politique européenne de sécurité et de défense.

1.1.1. La PESD

Celle-ci comprend pour l’essentiel :

* Les missions dites de Petersberg élargies. Les missions de Petersberg sont « les missions de gestion de crise que l’Union européenne doit être en mesure de mener dans le cadre de sa Politique Européenne de Sécurité et de Défense. Il s’agit des missions humanitaires ou d’évacuation des ressortissants ; des missions de maintien de la paix ; des missions de forces de combat pour la gestion des crises, y compris des opérations de rétablissement de la paix. Les missions de Petersberg ont été définies dans la Déclaration de Petersberg, adoptée par le Conseil des ministres de l’Union de l’Europe Occidentale (UEO) le 19 juin 1992, dans le cadre d’une redéfinition du rôle de l’organisation. Créée en 1954, l’UEO regroupe dix Etats, tous membre de l’UE. Depuis, elle a été absorbée par l'Union européenne. (http://www.operationspaix.net/-Missions-de-Petersberg-) En gros, il ne s’agit pas véritablement de défense de l’Europe mais d’interventions, principalement en dehors d’Europe, pour assurer le « maintien de la paix » et plus généralement gérer des crises avec des moyens militaires. Ces « interventions » devraient en bonne logique être d’initiative européenne. Juridiquement, elles ne dépendent que de la volonté des Etats-membres. La décision d'engagement doit être prise à l'unanimité au sein du Conseil européen. Mais certains Etats membres ont tendance à se tourner vers l'OTAN , en contradiction avec la volonté affichée et inscrite dans les textes de mener une politique étrangère et de sécurité commune, propre à l'Union. Il en résulte que jusqu'à présent, faute d'accord sur une diplomatie commune, dont la PESC (politique étrangère de sécurité commune) ne pouvait tenir lieu, elles ont répondu pour l’essentiel à des pressions faites sur l’Europe ou sur certains de ses Etats par l’Otan et derrière cette dernière par les Etats-Unis. Elles n’ont que rarement sinon jamais été discutées au sein des parlements des Etats membres ou du parlement européen.

* Des forces communes fournies par un certain nombre d’Etats, sous forme notamment d’un corps dit de réaction rapide avec son environnement maritime et aérien, qui rassemble de façon peu cohérente un éventail d’unités et de capacités peu capables d’agir de façon coordonnée sur les théâtres éventuels d’intervention. Ces forces sont exclusivement européennes. A l'exception de l'opération Althéa en Bosnie Herzégovine, toutes les autres opérations menées ces dernières années sous la responsabilité de l'Union européenne ont été indépendantes des moyens propres de l'Otan. Cependant, cette force dépend en partie pour son déploiement des moyens logistiques que voudront bien fournir les Etats-Unis, les ressources des Etats responsables de la force étant très limitées. Il s’agit de moins de 100.000 hommes au total.

La mise sur pied de la force d'intervention rapide Européenne de 60 000 hommes décidée au sommet d'Helsinki, que l'on dénomme "objectif 2003", reste effectivement relativement théorique.La raison réside certes dans la tiédeur des pays de l'Union, mais aussi dans son inadaptation à la résolution des crises internationales telles qu'elles se sont présentées ces dernières années. Les 15 Groupements tactiques de 1500 hommes chacun ( objectif 2010) sont plus adaptés aux missions de Petersberg, notamment en matière de disponibilité et de réactivité opérationnelle.

* Une structure politico-militaire censée commander ces forces, dont le rôle opérationnel est difficile à définir, compte-tenu du fait qu’il ne s’agit pas d’un état-major opérationnel permanent, équivalent du SHAPE de l’Otan, le Royaume-Uni sous la pression américaine s’y opposant fermement. On pallie cette lacune par la mise à disposition d'un état-major opérationnel fourni par la nation cadre de l'opération. C'est le cas de l'opération EUFOR qui se déroule actuellement au Tchad.

1.1.2. Les interdits anglo-américains

Pourquoi cette faiblesse constitutionnelle, alors que les 27 Etats européens auraient pu, en regroupant et en coordonnant leurs ressources, disposer de plus de 3 millions d’hommes dont certains très entraînés, de moyens terrestres, aérospatiaux et maritimes dont la qualité et l’efficacité sont reconnues dans le monde entier (sans même mentionner les forces nucléaires stratégiques de la France et de la Grande Bretagne), dont la conception et la fabrication enfin, malgré des abandons de souveraineté de plus en plus dommageables, permettent encore d’entretenir des pôles industriels et d’innovation technologiques qui « tirent » toutes les entreprises européennes de pointe ?

Ceci parce que les Etats-Unis, relayés en Europe par les britanniques dans le cadre de la coopération nucléaire spéciale dite Special Relationship) n’ont jamais accepté que l’Europe soit autre chose qu’un appoint à l’Otan dont ils ont fait, sous leur direction et au service de leurs stratégies, un instrument tous azimuts de défense de leurs intérêts. Comme le confirme le traité rectificatif (art. 27) « La politique de l’Union… respecte les obligations découlant du Traité de l’Atlantique Nord pour certains Etats membres qui considèrent que leur défense commune est réalisée dans le cadre de l’Otan… ». Or l’Otan avait été voulue, du temps de la guerre froide, comme un moyen de fédérer les politiques des Etats européens sous la tutelle de Washington. Cet objectif demeure. Les gouvernements européens l’acceptent encore par « atlantisme » rémanent, en tête desquels se trouvent quelques nouveaux entrants dans l’Union chez qui la peur de la Russie demeure d’autant plus forte qu’elle est entretenue par des provocations de l’Amérique à l’Est. Plus généralement, aucun Etat n'a la volonté de se démarquer de la puissance américaine et d'abandonner le confort financier résultant de cette dépendance. Le fait que les Etats-Unis veuillent désormais associer à l’Otan divers pays qui n’ont plus rien d’européen, tels le Japon et l’Australie, ne les gène pas. Pour les Américains, en dehors du fait de pouvoir faire appel à quelques contingents en renfort des leurs en Irak ou en Afghanistan, l’Otan demeure un très puissant moyen d’imposer à l’Europe leurs matériels militaires (et donc leurs industriels), leurs normes de fonctionnement et un état d’esprit de soumission aux innombrables officiers européens qui vont « faire leurs classes » souvent en Amérique et toujours sous commandement américain effectif.

Il s’ensuit donc que la défense de l’Europe est encore et restera à horizon visible de la responsabilité de l’Otan, c’est-à-dire de ses contributeurs et décideurs permanents, les Etats-Unis.

La dépendance des Etats européens vis-à-vis de l’Otan est rendue plus grande, dans les discours comme dans les faits, par la perte de vue volontaire d’un objectif européen de défense commune. Cet objectif est systématiquement oublié par les discours officiels qui assurent le dogme de la complémentarité parfaite de la PESD et de l’Otan, chaque organisation jouant prétendument sa partition, en évitant « toutes duplications inutiles et coûteuses ».

Il faut voir ce que cela signifie. On peut dire sans exagération que l’Occident dans la définition qu’en donne l’Amérique (Etats-Unis+Europe+quelques autres) mène à l’échelle du monde une guerre de plus en plus inefficace contre des ennemis dont cette guerre contribue en permanence à renouveler le recrutement. Elle vise pour l’essentiel à protéger les intérêts industriels (pétrole) et stratégiques américains. Elle oblige à étendre sans fin les opérations militaires (Afghanistan, peut-être un jour Pakistan et Iran) contre des combattants qui ont choisi d’autres formes de lutte, celles de la guerre de 4e génération. Elle coûte de plus en plus cher (3 à 5 trillions de dollars selon l’économiste Stieglitz pour la seule guerre en Irak). Ce ne sont pas les contribuables américains qui en supportent la charge, puisque le budget fédéral fait appel aux prêts du reste du monde (the rest of the world). Mais cela sera bientôt ce reste du monde qui en supportera le prix si les perspectives de crise généralisée du crédit se précisent.

En termes humains, les forces enfin que déploient globalement les Etats-Unis proviennent certes de l’US-Army, mais aussi des pays européens, directement ou à travers l’Otan. Or les Etats-Unis, en termes très brutaux, ne cessent de demander le renforcement des moyens européens sous leur commandement, notamment en Afghanistan. Devant la tournure de plus en plus irakienne que prend ce conflit, Washington avait récemment accusé l’Allemagne d’avoir oublié la tradition militaire valeureuse de la Wehrmacht, en affectant son contingent dans des zones relativement peu exposées. La France n’a pas été sommée aussi directement de renforcer sa présence, mais, comme nous le verrons le président Sarkozy n’a pas attendu de telles semonces pour y donner satisfaction par avance.

En contrepartie, si l’on peut dire, de cet énorme gâchis, qui n’apporte vraiment rien à l’Europe, les Etats-Unis refusent à cette dernière la possibilité de décider seule ce que sont ses impératifs de défense, qui doivent être ses alliées et quels moyens militaires et civiles elle doit affecter à sa défense et à sa sécurité. Ceci ressemble beaucoup à une politique coloniale, celle qu’avaient menée les puissances européennes durant la première guerre mondiale en enrôlant à leur service les troupes dites indigènes.

Les gouvernements européens ont beau jeu de dire qu’ils n’ont pas besoin d’augmenter l’effort de défense et même de le maintenir puisqu’il apparaît suffisant pour conduire correctement les petites opérations relevant de la PESD. La défense de l’Europe, c’est à dire le cœur de la défense, resterait assumé par l’Otan. Comptant sur l’Amérique, les gouvernements européens peuvent, à l’égard de leur opinion publique, se féliciter de ce que moins de 1,4% du PIB européen total soit consacré par l’ensemble des vingt-sept pays de l’Union à leur défense, contre plus de 3,8% pour les Etats-Unis, hors guerres en cours ; 400 dollars par habitant pour l’Union, 1200 dollars pour les Etats-Unis (il est vrai, comme nous le rappelions ci-dessus, financés en grande partie par des prêteurs internationaux).

Certains hommes d’Etat européens savent qu’il n’est plus acceptable que 500 millions d’Européens dépendent à ce point, pour leur sécurité, de 200 millions de Nord-Américains. Mais beaucoup soulagent leur conscience politique dans l’affirmation d’une communauté historique de valeurs et d’intérêts qui nous garantirait le soutien total des Etats-Unis en tous temps et en toutes circonstances. C’est faire preuve d’une grande naïveté vis-à-vis d’une superpuissance qui a toujours et partout imposé ses objectifs aux détriments de ceux des autres. On le voit encore aujourd’hui lors des affrontements de plus en plus vifs qui l’opposent aux autres pays, non seulement dans les questions d’accès aux matières premières et à l’énergie, mais en matière de lutte contre le changement climatique. Les Etats-Unis sont pleinement dans leur droit de se comporter en puissance égoïste, mais les autres pays n’ont aucune raison de les laisser faire aux dépends de leurs propres intérêts.

Pour lire la suite, faire
http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/08-18003/index.html


La défaite personnelle de Nicolas Sarkozy

La majorité UMP et les amis du président de la République s’acharnent à prétendre que le cuisant recul subi par la majorité aux élections municipales n’implique en rien Nicolas Sarkozy. En dehors d’un nécessaire « rééquilibrage », les électeurs auraient seulement voulu marquer leur hâte à voir repartir le « train de réformes » promis par ce dernier. De plus, selon la droite, la forte proportion d’abstentionnistes montre qu’en réalité, les électeurs ne s’intéressaient qu’à des enjeux locaux, vis-à-vis desquels beaucoup d’entre eux sont traditionnellement indifférents.

Il est évident au contraire que le score marque un rejet direct de la personne du président de la République. Ce rejet provient en grande partie de ceux qui avaient voté pour lui à la présidentielle. Outre le fait qu'ils n'ont rien vu venir en matière de pouvoir d'achat, ils ont été scandalisés par l’incohérence dangereuse de sa politique, qui remet en cause les fondements mêmes du pacte national. Ils ont non seulement voulu marquer leur désaccord vis-à-vis de l’affichage d’une vie désinvolte mais bien plus en profondeur, ils ont voulu condamner des initiatives irresponsables comme celles relatives à la laïcité, à la Constitution, à la télévision publique ou, dans le domaine de la politique extérieure, le retour à un atlantisme particulièrement inopportun aujourd’hui. Le comportement du chef de l’Etat n’est pas apparu comme liée à ses options politiques, mais à des faiblesses personnelles sans doute congénitales (génétiques ?) dans la capacité d’exercer le pouvoir suprême. Ne pouvant démissionner leur champion ni voter socialiste, ces électeurs de droite déçus se sont contentés de s’abstenir. Mais on doute que leur message, à supposer qu’il soit reçu, entraîne le moindre changement dans la façon de gouverner de Nicolas Sarkozy. On ne se réforme pas soi-même.

Pour le reste, il ne faut pas nous raconter d’histoire. Les électeurs de droite ne s’impatientent aucunement du retard pris par les prétendues réformes mais plutôt de l’inconsistance de ces réformes. Alors que la droite, comme d’ailleurs une grande partie de la gauche, attendait de véritables réformes, sur la recherche, l’industrie, l’éducation nationale, la santé, sans omettre le pouvoir d'achat, elle n’a eu droit qu’au paquet fiscal et à la suppression des régimes spéciaux de retraite. Si les réformes à venir doivent être du même style, alors le pays sera vraiment mal parti. 17/03/08'


http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/08-18003/index.html

Par Jean-Paul Baquiast
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Samedi 15 mars 2008
Voir aussi sur Automates-Intelligents/Admiroutes

* La crise économique américaine, crise conjoncturelle ou systémique http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2008/87/criseus.htm
* Evolution et émergence http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2008/87/evolution.htm
* A propos du "Monde selon Monsanto" http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2008/87/evolution.htm

Un livre de Jean-Paul Baquiast (en librairie)

Pour un principe matérialiste fort
Essai
Edition Jean-Paul Bayol
300 pages - ISBN : 978-2-916913-00-1

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Patriotisme industriel aux Etats-Unis

L'avionneur Boeing a annoncé le 11 mars qu'il allait porter plainte contre le résultat de l'appel d'offres sur le contrat des avions ravitailleurs de l'armée américaine, tout juste remporté par le tandem rival EADS/Northrop Grumman. . La plainte sera déposée mardi devant la cour des comptes américaine, le GAO (Government Accountability Office), l'instance saisie par les entreprises souhaitant contester un contrat passé par une administration américaine. L’avionneur prétend avoir examiné de près la décision sur les avions ravitailleurs et constaté de sérieux manquements dans le processus,

La procédure va entraîner la suspension du contrat de 35 milliards de dollars attribué le 29 février au tandem européano-américain EADS/Northrop, le temps que la cour des comptes examine la plainte et transmette sa recommandation, soit 100 jours. Le GAO n'a pas de pouvoir d'injonction et la décision finale appartiendra au Pentagone, le commanditaire du contrat.

Initialement attribuée à Boeing en 2003, la commande a été retirée après un scandale de corruption ayant conduit à des peines de prison de plusieurs responsables et à la démission du PDG de l'époque. On se demande aujourd’hui sur quoi la plainte de Boeing pourrait bien porter. Sur des manœuvres de corruption conduites par EADS-Northrop ? Ce serait bien peu probable. Sur une mauvaise appréciation des performances respectives des deux offres par le DOD? Là encore, les éléments fournis par le département montre clairement que le rapport performances-prix était au bénéfice de EADS-Northrop – ou alors les mots n’ont pas le même sens dans les deux offres.

On peut penser plutôt que Boeing veut gagner du temps, espérant sans doute que les Démocrates, s’ils viennent au pouvoir et chez qui il compte de nombreux « amis », donneront au futur secrétaire à la défense l’ordre de remettre le contrat en jeu ou, tout au moins, de partager l’attribution.

Le protectionnisme ou patriotisme industriel dont font montre Boeing et ses amis Démocrates n’étonnera en Europe que les naïfs. Pour que le Pentagone (contre toutes prévisions y compris les nôtres) ait affronté l’opinion afin de retenir l’offre panachée EADS-Northrop, c’est, disent les observateurs, parce que sa situation budgétaire est au plus mal et qu’il ne peut plus se permettre de perdre le moindre dollar. Les amitiés des électeurs du candidat républicain McCain pour Northrop ont sans doute aussi joué. Quant à Louis Gallois (notre photo) il se dit serein et sûr de la qualité de l'offre du consortium. 11/03/08

PS au 15/03/08. L'affaire prend de fait, en cette fin de quinzaine, l'allure d'un véritable maelstrom politique. McCain est accusé de favoritisme au prétexte de ses accointances avec 3 lobbyists de Northrop. Un déchaînement antifrançais se répand dans les rangs démocrates, travaillés au corps par Boeing. Le PDG de Northrop, de son côté, s'indigne du fait qu'une loi rétroactive envisagée par les démocrates puisse donner une base légale (fortement contestable) à la remise en cause du contrat. Tout ceci ouvrita peut-être les yeux des naïfs atlantistes français: les gesticulations pro-américaines de Sarkozy ne réussissent pas à faire de la France une alliée respectable, aux yeux de la quasi totalité des Américains. On lira sur cette question bien édifiante les chroniques de Dedefensa. http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=4980 et
http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=4981


Economie de la contribution

Dans la suite des conférences qu'elle organise périodiquement, l'association Ars Industrialis (http://www.arsindustrialis.org/), présidée par Bernard Stiegler, organise le 15 mars 2008 au Théâtre de La Colline une discussion sur le thème Economie de la contribution.
Je reprends ici l'annonce qui en est faite. Nous pourrons discuter ultérieurement de la pertinence de ses approches. Si les critiques sont fondées, il me semble que les propositions reposent sur un certain nombre d'illusions qui étaient celles des militants de l'Internet à ses débuts, et dont je ne suis pas sûr qu'elles correspondent aux super-processus et aux superorganismes qui sont en train de se mettre en place. Quant à l'appel à la Puissance publique, lorsque l'on voit ce qu'elle est en train de devenir manipulée par des histrions, on peut se tapoter doucement le menton, comme disait en son temps le Canard Enchaîné.

" Cette réunion réunira, en sus de Bernard Stiegler, deux personnalités majeures parmi celles qui réfléchissent sur ce que pourrait être cette économie de la contribution dans le cadre d'un nouveau capitalisme émergent , dit cognitif ou de la connaissance :
- Franck Cormerais est directeur du Département des Sciences des informations et de la communication des Universités de Nantes
- Yann Moulier Boutang est Professeur d'Economie Politique à l'Université technologique de Compiègne et International Adjunct Professor au centre Fernand Braudel de l'Université de Binghamton-New York ; il est directeur de la revue Multitudes ; son dernier ouvrage récemment paru est Le capitalisme cognitif, la nouvelle grande transformation, éditions Multitudes/Amsterdam , 2007

Le thème de cette réunion devrait intéresser ceux qui veulent réfléchir sur les impasses des politiques présentes et les dangers systémiques qu'elles constituent ; la crise financière n'aura pas surpris ceux qui ont suivi les débats d'Ars Indutrialis , laquelle préconise l'urgence d'une volonté politique déterminée à avoir une vision de long terme en vue de la formation d'un nouveau modèle industriel pour lequel l'Europe pourrait jouer un rôle de pionnier.

Les principales raisons avancées par Ars Industrialis sont les suivantes :
- la crise d'un modèle industriel fondé sur l'hyperconsommation a produit une intoxication physique et mentale des groupes humains, de plus en plus ressentie
- il y a urgence à réaliser des "investissements durables", alors que les acteurs politiques, économiques et financiers continuent à privilégier l'horizon à court terme sans se préoccuper des conséquences de leurs actions sur le long terme .
- la maturation des technologies collaboratives (1) qui survient sur le réseau Internet doit être à la source de ce nouveau modèle industriel

Ainsi, les technologies numériques font apparaître des pratiques culturelles et économiques fondées sur un tout autre modèle , où les participants aux réseaux numériques ne sont plus dans une relation de producteurs et de consommateurs , mais nouent un nouveau type de relation qui est de l'ordre de la coopération et de la contribution. En outre l'évolution de la division internationale du travail fait apparaître des nouvelles formes d'organisation industrielle du travail , ce que l'on appelle parfois l'industrie de la connaissance.
Enfin les microtechnologies et les nanotechnologies qui conduiront à un
développement des objets Internet , c'est à dire des objets de la vie quotidienne qui seront inscrits dans le réseau numérique pour des aspects sans cesse plus divers de l'existence quotidienne , créeront des opportunités toujours plus importantes de voir se déployer des modèles de contribution plutôt que de consommation, et dans le même temps , ces technologies de rupture donnent des opportunités d'association des populations à leur développement , dans la mesure où la Puissance Publique favorisera cette évolution ....."

(1) ce que l'on appelle le Web2 et ce qui se prépare avec le Web 3 ainsi qu'avec les "objets Internet " ou "objets communicants"

* Voir notre présentation du dernier livre de Bernard Stiegler: Economie de l'Hypermatériel dans notre rubrique Livres en bref
http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2008/87/livresenbref.htm
* Chris Anderson, dans Wired, a relancé le débat concernant la gratuité sur Internet et les meilleures façons cependant d'y investir et d'y gagner de l'argent. Nous commenterons prochainement son article, intitulé Free http://www.wired.com/techbiz/it/magazine/16-03/ff_free


L’Europe au seuil des missions spatiales habitées

Contrairement à tous ceux qui expliquent que les missions spatiales habitées n’ont aucun intérêt pour l’Europe et sont de toutes façons hors de portée, le lancement réussi de l’ATV (Automated Transfer Vehicle) le 9 mars montre que les Européens pourraient se lancer sans attendre dans la programmation de telles missions. Il y a un mois, une navette américaine amarrait à la plateforme spatiale internationale ISS le laboratoire Columbus et y débarquait 2 européens pour un séjour de quelques semaines. Aujourd’hui, l’Esa montre qu’elle dispose maintenant des principaux éléments permettant des vols orbitaux européens, eux-mêmes préfigurant des missions lunaires. Outre l’Ariane 5 et l’ATV, qui pourrait donner naissance à un module habité, la base de Kourou a démontré une fois de plus son intérêt stratégique.

L'ATV dont le premier exemplaire a été baptisé Jules Verne, est un véhicule de 20 tonnes destiné à ravitailler l'ISS en eau, ergols, vivres et matériel scientifique, et à rehausser son orbite. Chargé ensuite des déchets de la Station, il sera à la fin de sa mission de six mois précipité dans l'atmosphère, où il se désintégrera. Il s'agit du plus important et du plus complexe des programmes réalisés par l'Esa. L’ATV, construit par Astrium Space Transportation, est un cylindre de 10,3 m de long et 4,5 m de diamètre capable d'emporter neuf tonnes de cargaison, soit trois fois plus que les actuels ravitailleurs russes Progress.

Si la mission se termine comme prévu, il va aussi permettre à l'Europe d'effectuer pour la première fois un rendez-vous spatial automatisé, avec un amarrage à l'ISS le 3 avril sans intervention humaine : un banc d'essai pour de futurs vols spatiaux humains et pour des missions de retour d'échantillons de Mars, selon Jean-Jacques Dordain, directeur général de l’Esa.

Dans l’immédiat, l'avenir des vols habités européens est conforté jusqu'à la fin de l'exploitation de l'ISS, avant 2020, puisque l’accès à l’ISS pourra se passer de la navette américaine, en fin d’exploitation. Le spationaute français Léopold Eyharts installe actuellement le laboratoire Columbus, où commenceront les expérimentations dans les mois qui viennent. Certains doutent de l’intérêt de telles expériences, mais la question n’est pas là. Aujourd’hui comme plus tard, vivre et travailler en microgravité représente un enjeu humain et scientifique certain.

Dans les prochaines années, on verra les Chinois, les Indiens et peut-être d’autres (sans mentionner les Américains pour qui l’espace doit rester un terrain de manoeuvre exclusif) multiplier les vols orbitaux habités autour de la Terre d’abord, de la Lune ensuite. Le débarquement d’équipages, précédés de robots, sur notre satellite, est également prévu à relativement brève échéance. Que l’on ne dise pas que ceci ne représentera pas d’intérêt pour les Etats qui lanceront de telles missions. Aurait-on envisagé, au début de l’aviation, de se limiter à faire voler des prototypes guidés par des ficelles ?

Pour François Auque, PDG d'Astrium, "Il faut trouver des motivations pour relancer les dépenses en faveur de l'espace, et une des meilleures, ce sont les vols habités". Pour Yannick d'Escatha, président du Cnes, l'avenir des vols habités ne fait aucun doute : "L'Homme a exploré, explore, et explorera le milieu qui est le sien, et aujourd'hui, l'espace est son milieu".

Il serait temps que les gouvernants européens s’en avisent. 09/03/2005


Poursuite des offensives tous azimuts de l'Elysée

L'Elysée veut renforcer son contrôle sur les organismes de bioéthique et de prévention des menaces. Le risque de voir la France s'isoler encore plus de ses partenaires européens dans ces domaines scientifiquement et politiquement sensibles ne va-t-il pas augmenter?

Le Comité consultatif national d'éthique pour les sciences de la vie, créé en 1983 par François Mitterand, va être réformé, annonce l'Elysée. Dans le même temps, son président vient d'être remplacé par le professeur Alain Grimfeld. Quand une instance consultative gène le pouvoir, en France comme en Russie, il suffit de changer son président et les membres se tiennent ensuite à carreau. Dans les cas extrêmes, on "réforme" son statut. Chacun comprend alors ce qu'il faudra dire pour complaire au pouvoir. Mais quel était le crime de ce Comité, pourtant connu dans les milieux scientifiques comme particulièrement prudent ces dernières années concernant les sciences de la vie, afin de ne pas heurter de front les "sensibilités" des Eglises. Il aurait, au terme d'une activité ayant produit plus d'une centaine d'avis, émis de fortes réserves sur les tests ADN destinés aux émigrés. Cela aurait suffi pour déclencher la fureur des ayatollahs de l'Elysée. La plus radicale de ces ayatollahs, Emmanuelle Mignon, directrice de cabinet de Nicolas Sarkozy et connue par ailleurs pour sa bienveillance à l'égard des sectes, sera chargée de proposer le nouveau statut. Ceci à quelques mois des prochains Etats Généraux de la bioéthique. Il s'agira d'y parler droit, ne pas évoquer les cellules souches, les recherches sur les embryons et autres sujets qui tiennent au coeur des chercheurs français, mais qui fâchent la droite.

Dans un autre domaine, aux implications non moins grandes, le criminologue "et consultant en sécurité" Alain Bauer vient de remettre un rapport à l'Elysée et à Matignon visant à créer un Conseil supérieur de la formation et de la recherche stratégique chargé d'anticiper sur les risques du bioterrorisme, des accidents technologiques et des crises. Le dispositif assez complexe existant actuellement serait simplifié et ferait entrer des industriels afin de ne pas laisser à des "administratifs" jugés trop mous dans le "décèlement précoce des menaces", un terrain d'action qui prendra de plus en plus d'importance dans les années prochaines. De plus il serait rattaché à l'Elysée et à Matignon, plutôt qu'à l'Intérieur et à la Défense. Nous serons nécessairement prudents dans l'appréciation des menaces et de la façon de les prévenir. Il s'agit d'affaires sérieuses où la France s'est toujours montrée un peu trop confiante ou naïve. Mais l'exemple des Etats-Unis incite à la réserve. L'instrumentalisation des risques, la dramatisation des évènements, la diabolisation des adversaires y a fait, non seulement le jeu des néo-conservateurs les plus faucons, mais des sociétés de sécurité privées qui gagnent aujourd'hui des dizaines de milliards en s'étant substituées aux services officiels - pourtant peu réputés pour leur douceur angélique. Veut-on cela en France?

Veut-on aussi cela en Europe? Dans les deux cas, la bioéthique et la prévention des risques, une étroite coopération devrait déjà être organisée avec les autres pays européens. Chacun sait malheureusement que cela n'est pas le cas en pratique, chacun tirant la couverture à lui. 09/03/08

* CCNE http://www.ccne-ethique.fr/


L’implication insupportable de l’Eglise espagnole dans les élections aux Cortez

La presse européenne a relaté sans trop s’indigner les multiples manifestations par lesquelles l’Eglise Espagnole, amplement soutenue par le parti d’opposition (Parti Populaire), s’en est prise au bilan du gouvernement Zapatero. Tout a été l’objet d’attaques virulentes, depuis la politique économique, celle à l’égard des régions, comme en ce qui concerne la place des femmes et les mœurs. L’Eglise a plusieurs fois fait descendre des foules dans la rue pour protester contre telle ou telle orientation.

Mais n’est-ce pas son droit, dira-t-on ? Elle ne force aucun citoyen à manifester s’il ne le veut pas. Ne peut-elle, comme toute force morale et politique, s’exprimer sur la place publique ? La réponse est précisément que ce n’est pas le rôle de l’Eglise dans une démocratie parlementaire. Depuis longtemps, en France comme d’ailleurs dans la plupart des pays européens (y compris en Grande Bretagne), on avait institutionnalisé la devise des rois de France : ce qui est à Rome est à Rome et ce qui est au Roi est au Roi. Autrement dit, ne vous mêlez pas des affaires de la République.

L’Eglise, surtout dans un pays aux mœurs encore très conservatrices comme l’Espagne, dispose de moyens de pression politiques considérables sur de très nombreuses catégories d’électeurs. Les socialistes n’ont pas l’équivalent ou, les auraient-ils, leur déontologie politique ne leur permettrait sans doute pas de les mettre en oeuvre. Les syndicats ouvriers n’interviennent pas directement, que je sache, dans les consultations électorales.
L’exemple donné par l’Eglise espagnole est dangereux. Que dirait-on si, en suivant cette voie, les imams espagnols faisaient défiler la population musulmane dans la rue en recommandant des votes « islamiques » ? Mais, direz-vous, cela viendra très vite et n’étonnera plus personne. 09/03/08


L’Europe va-t-elle abandonner son âme devant la finance islamique

Le premier ministre, Gordon Brown, doit prochainement annoncer un projet de loi sur la finance islamique. Issue d'une consultation close le 21 février, entre le ministère des finances, les parlementaires et les professionnels, cette législation doit permettre le lancement d'obligations d'Etat certifiées "islamiques" ou sukuk. Si cette initiative voit le jour, le Royaume-Uni deviendrait le premier pays du G7, le club des nations les plus industrialisées, à émettre une sukuk destinée en priorité aux investisseurs moyen-orientaux et aux musulmans britanniques. En 2004, le land allemand de Saxe-Anhalt avait fait oeuvre de pionnier à l'échelon régional en émettant 100 millions d'euros d'obligations compatibles avec la charia.

Lors de son dernier budget, en mars 2007, M. Brown, alors chancelier de l'Echiqier, avait annoncé une stratégie de développement de la finance islamique pour attirer les actifs gérés conformément au Coran, une manne croissant à un rythme de quelque 15 % l'an. (source Le Monde 07/03/08)

Les financiers de la City de Londres expliquent qu’ils ne sauraient se priver d’attirer les pétrodollars venant des Etats arabes, dont notre boulimie en pétrole les pourvoit en abondance. Mais ceux qui pensaient que ces pétrodollars viendraient gentiment nous aider à combler nos déficits et investir en Europe sans contreparties politiques et religieuses se trompaient. Nous avons déjà indiqué que les investissements mirifiques qui transforment actuellement l’Arabie et les Emirats en « nouveau centre économique, financier, culturel et touristique du monde », selon les prospectus, ne seraient pas marqués, comme en Europe, par l’ouverture d’esprit. La loi islamique y régnera, avec tous ses à côtés comme la sujétion des femmes, la prohibition de la laïcité, la mise à l’écart des étrangers pauvres. Soumettre, non seulement dans le Golfe où, après tout, ils font ce qu’ils veulent, mais en Europe, les producteurs et consommateurs à la loi islamique en imposant des contrats « charia-compatibles » relève, de la part de nos dirigeants, d’un aveuglement dangereux. De nouveau, sous prétexte que les populations de confession musulmane sont de plus en plus nombreuses, nous verrons revenir la demande de l’archevêque de Canterbury visant à introduire la charia dans la loi britannique – pourquoi pas dans le droit européen.

Le problème avec la loi islamique, comme d’ailleurs avec toutes les religions du Livre quand elles s’estiment en position de force ou ascendante, est de vouloir combattre par la force les concurrentes et plus généralement l’athéisme et la laïcité. Ces deux philosophies sont en effet les premières à détruire, car elles sont particulièrement diaboliques. La preuve en est qu’elles font contre elles l’unanimité des Croyants de toutes obédiences. Si l’Europe, dans sa diversité, accepte ne fut-ce que d’un millimètre un pas dans cette voie, c’en sera fini d’elle. Pour le moment, le gouvernement français ne semble pas tenté de suivre l’exemple de Gordon Brown, mais un jour sans doute, le président Sarkozy, cédant à une lubie du moment, décidera peut-être de le faire, dans le cadre de la laïcité ouverte qu’il veut imposer.

J’ajouterai que la prétendue vertu des capitalistes et financiers islamo-compatibles fera rire ceux qui connaissent la réalité des comportements. Ils sont aussi rapaces, jouisseurs et belliqueux que leurs concurrents. 08/03/08

PS. J’emprunte au Monde, afin qui nul n’en ignore, l’Evangile de la Finance charia-compatible
QARD : prêt sans intérêt.
GHARAR : interdiction de l'incertitude et donc de la spéculation, toute opération devant reposer sur des biens réels.
SUKUK : obligation islamique similaire à des bons d'Etat traditionnels, sauf qu'il s'agit de titres de propriété de l'actif financé permettant de bénéficier de paiements réguliers tout en recouvrant le capital investi.
MOURABALLA : opération de financement par laquelle la banque achète un bien pour un client afin de le lui revendre à un prix majoré et payable à terme. Il y a aussi le salam (financement agricole), l'istina (industrie) et l'ijiarah (location).
HARAAM : activités où l'investissement est prohibé par l'islam - produits à base de porc, pornographie, tabac, alcool, jeux d'argent, armement, services financiers conventionnels, entreprise dont l'endettement est excessif. Les valeurs de sociétés « pures » doivent respecter des ratios financiers précis, en matière d'endettement ou de revenus d'intérêt.
ZAKAT : l'aumône légale, l'une des cinq obligations rituelles. Le don annuel correspond à 2,5 % du total de la fortune.
TAKAFUL : marché de l'assurance et de la réassurance islamique proche du mutualisme - partage des risques entre sociétaires.


L'état de la Planète en 2030

Le secrétaire général de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), Angel Gurria, vient d’appeler la communauté internationale à prendre de véritables mesures pour lutter contre le réchauffement climatique et la dégradation généralisée des ressources planétaires. Le rapport de 500 pages intitulé « Perspectives de l'environnement à l'horizon 2030 » examine les effets combinés de la démographie mondiale et de la croissance économique sur l'état de la planète. Les mauvaises nouvelles annoncées sont pour une date plus proches que celle proposée par le rapport Stern en 2006. Celui-ci, dont nous avions rendu compte à l’époque, voyant le point de non retour (tipping point) vers 2050. L’OCDE l’annonce pour 2030.

En 2030, la population de la Terre atteindra 8,2 milliards de personnes contre 6,5 milliards aujourd'hui. Si l'économie mondiale continue de croître à un rythme comparable à celui de ces dernières années, sa taille aura doublé en trente ans. La demande de matières premières (produits agricoles, minerais, énergie fossile, bois, eau) progressera de 60 % dans les pays industrialisés mais de 160 % chez les nouveaux grands acteurs de la scène internationale (Brésil, Russie, Inde, Chine).

Cette croissance sera payée par de nombreux déséquilibres. L'OCDE a identifié quatre domaines dans lesquels il est urgent d'agir: le changement climatique, la perte de la biodiversité, le manque d'eau et l'impact sur la santé humaine de la pollution. On objectera que ces avertissements ne sont pas nouveaux. Il faut remarquer cependant que les deux derniers ont été les moins médiatisés. Les chiffres livrés par l'organisation décrivent l'ampleur des enjeux : le nombre de personnes vivant dans des régions touchées par un fort stress hydrique devrait augmenter d'un milliard et concerner ainsi près de la moitié de l'humanité. La pollution de l'air aura des effets croissants sur la santé avec une explosion du nombre de décès prématurés liés à l'ozone dans la basse atmosphère et aux particules. L'Asie serait la première touchée.

L’OCDE ne veut pas se montrer décourageante. Le rapport estime qu’en consacrant 1 % de la richesse mondiale en 2030 à la lutte contre ces divers déséquilibres, le développement pourrait devenir durable. C’est ainsi que le rapport rappelle la nécessité d’introduire une taxe carbone afin de lutter contre le changement climatique. Nous ajouterons pour notre part qu’il faudrait aussi introduire une taxe méthane, puisque celui-ci est plusieurs dizaines de fois plus générateur d’effet de serre que le CO2. L'OCDE insiste aussi sur la nécessité de supprimer les subventions aux énergies fossiles et même celles aux agrocarburants, dont le bilan environnemental est aujourd'hui de plus en plus mis en cause. La fiscalité ne devrait plus être incitative - récompenser les bons comportements - mais punitive, en taxant les activités qui polluent ou exploitent sans modération les réserves planétaires.

Mais en lisant les suggestions du rapport, on ne peut que s’interroger sur la façon dont il sera reçu tant par les pays industrialisés que par les pays en développement. Nous pensons que devant la multiplication récente de rapports aussi alarmants, il faudrait se demander quel sera leur poids effectif sur les prises de décisions collectives. L’opinion alertée pourra-t-elle finir par faire évoluer les responsables politiques et économiques, alors que ceux-ci tirent leurs pouvoirs et leurs revenus de l’accentuation des tendances actuelles à la destruction du monde. Sommes-nous au contraire confrontés à des mécanismes aussi inexorables que la dérive des continents et autres grandes évolutions cosmologiques, dont nous devrons être les spectateurs puis les victimes passives. Que des hommes soient impliqués dans les mécanismes économico-politiques dénoncés par ces rapports pourrait faire espérer que la raison l’emportera. Mais n’est-ce pas faire une part trop grande à la raison, dans la mesure où les individus mettent leur raison principalement aux services de comportements largement déterminés par l’héritage génétique, comme le besoin de se multiplier, d’exploiter les ressources jusqu’à leur disparition, de conquérir sans cesse de nouveaux territoires, de détruire ceux qui ne pensent pas comme eux.

Nous pensons qu’il serait temps d’aborder, de façon aussi rationnelle sinon scientifique que possible, la question de l’avenir de la planète confrontée à la prolifération d’une humanité incapable d’évoluer vers des formes de sociétés moins inhumaines, que certains pourront appeler post-humaines.

http://www.oecd.org/document/17/0,3343,fr_2649_201185_40229521_1_1_1_1,00.html

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L’Union pour la Méditerranée

Rebaptisée Union pour la Méditerranée, l'ancienne Union Méditerranéenne aurait rassurée la chancelière Angela Merkel, après avoir failli brouiller la France et l'Allemagne. Nicolas Sarkozy a précisé,le 6 mars quelques-unes des dispositions de ce projet, qu'il s'était mis en tête de défendre depuis son élection. L'Allemagne craignait d'être évincée de la future institution. Sur ce point, elle n'a pas obtenu gain de cause. La présidence de l'Union, qui sera partagée entre le Nord et le Sud, ne pourra être exercée, du côté européen, que par un Etat riverain de la Méditerranée. Le premier sommet commun aura lieu le 13 juillet à Paris. Une réunion des chefs d'Etat et de gouvernement se tiendra tous les deux ans. Tous les pays membres de l'Union devraient pouvoir participer au processus.

Les pays du nord de l'Europe, dont l'Allemagne, n'acceptaient pas d'être tenus à l'écart et se disaient attachés à l'actuel partenariat euroméditerranéen, appelé aussi "processus de Barcelone", qui organise depuis 1995 la coopération entre l'Union européenne (UE) et les Etats du Sud de la Méditerranée. Nicolas Sarkozy considérait que ce processus, créé en 1995, était enlisé et qu'il fallait créer un "vrai partenariat" autour de projets "concrets" avec les pays du Sud.

Soit, mais on ne voit toujours pas clairement comment les rivalités déjà grandes, tant entre pays euroméditerranéens qu'entre pays du Sud, vont s'apaiser et permettre des coopérations. Par ailleurs, d'où viendra l'argent? Plus inquiétant, les risques de durcissement des politiques d'immigration européennes, qui ne vont pas faciliter l'esprit de coopération. On constate déjà tout le ramdam (pour parler arabe) que provoque l'expulsion de deux Gabonais dans ce que l'on croyait la plus solide des institutions de la Françafrique, la Francogabonie.

Ajoutons, pour revenir sur la question de l'amitié compromise entre la France et l'Allemagne, qu'il avait été irresponsable, de la part du président français d'aventurer sur des foucades ce qui demeure le principal pilier de la construction européenne. 08/03/08


Crise de l’économie espagnole, crise de l’économie européenne

L’Europe entière a suivi avec intérêt les élections législatives du 9 mars en Espagne. Beaucoup d’observateurs s’étaient posé la question de savoir si le gouvernement de Jose Luis Zapatero pourrait conserver sa majorité face aux menaces qui pèsent sur l’économie du pays. Il ne s’agit pas d’une question n’intéressant que l’Espagne. La crise économique qui s’annonce est en effet le prototype d’une crise plus générale qui affecte déjà ou affectera prochainement, à quelques exceptions près, l’ensemble des économies européennes.

Après plusieurs années de croissance du PIB, supérieure de plusieurs points à celle enregistrée dans les principales autres économies européennes, un ralentissement sensible s’annonce. La cause en est simple, mais peu d’économistes n’avaient voulu l’admettre. La croissance espagnole reposait sur des bases malsaines – ou plutôt sur des bases incapables d’entraîner les investissements productifs et les ressources durables qui seraient nécessaires. Quelles sont ces bases ? On trouve en premier lieu le bâtiment et les travaux publics. Certes, il est utile de construire et de moderniser les voies de communication. Mais il ne s’agit pas de dépenses réellement productives. On pourrait plutôt les assimiler à des dépenses de consommation, de plus qui sont financées à crédit. En plus petit, l’Espagne, poussée par la spéculation immobilière, a fait la même erreur que l’Amérique : investir dans le logement au lieu de le faire dans l’industrie. Une partie des nouveaux logements espagnols ne sont même pas destinés à des nationaux, mais à des touristes.

La deuxième cause de croissance a précisément tenu au tourisme. Il est certainement normal de valoriser le potentiel touristique du pays. Mais le tourisme est très volatil. De plus, les investissements touristiques ont véritablement saccagé un nombre important de paysages et d’économies locales, en aggravant la charge écologique que la population résidente devra prendre en charge.

C’est enfin grâce aux fonds européens que l’Espagne a financé non seulement le logement et le tourisme mais divers investissements beaucoup plus importants tels que ceux liés aux équipements scolaires et universitaires. Or les financements européens sont en voie d’extinction. Ils vont désormais alimenter les « nouveaux entrants ». Avec quelles ressources le budget national espagnol prendra-t-il le relais ?

L’Espagne a fait la cigale et non la fourmi. Elle n’a consenti aucun effort sérieux pour moderniser en profondeur ses entreprises, développer les recherches scientifiques et technologiques, envisager de nouvelles filières industrielles capables de prendre le relais des vieilles industries en voie de déshérence, contrôler des activités telles que la pêche qui dilapident ses ressources naturelles et plus globalement celles de l'Europe. En conséquence de cela, sa balance des paiements est resté constamment négative depuis 7 ans, la productivité de sa main d’œuvre est la plus basse d’Europe, les disparités régionales sont considérables, le taux de chômage sans être catastrophique, est relativement élevé (8,6 en 2007) et risque de plonger. Mentionnons enfin, mais l’Espagne n’en est vraiment pas responsable, la perméabilité des frontières qui oblige à accueillir un nombre de migrants bien supérieur à ce que l’économie peut employer.

Ceci dit, la crise qui menace l’Espagne est emblématique de celle que l’on retrouve dans un grand nombre de pays européens, à commencer – en partie tout au moins – par la France. On ne peut pas fonder une économie durable sur la consommation, surtout si celle-ci se fait à crédit. On ne peut pas sacrifier ses universités, sa recherche, ses industries. On ne peut pas renoncer à soutenir et protéger des entreprises nationales innovantes dans les secteurs de haute technologie, entreprises qui feront les revenus et donc les croissances de demain. On ne peut pas compter sur la main invisible du marché pour éviter la fuite des compétences et des cerveaux. On ne peut pas compter sur les autres pour sauver ce que l’on n’a pas le courage de prendre en main soi-même.

Ajoutons qu’à une échelle toute différente, l’Amérique capitaliste se trouve aujourd’hui confrontée à des difficultés dont les causes sont très voisines. Nous reviendrons sur son cas, lui aussi emblématique du nôtre, dans un prochain article. 08/03/08


Les avions-ravitailleurs de l'US Air Force

A la surprise générale, le Pentagone a finalement choisi vendredi 29 février l'européen EADS, maison-mère d'Airbus, allié à l'américain Northrop Grumman, pour la modernisation de la flotte d'avions ravitailleurs de l'armée de l'Air, au détriment de son rival Boeing.
L'octroi de ce méga-contrat, qui porte sur 179 appareils pour quelque 35 milliards de dollars, est considéré comme un revers majeur pour l'avionneur américain, qui avait remporté la commande en 2003 avant de la voir annulée, après que des fraudes eurent été révélées. C'est également un grand succès pour l'Européen EADS qui s'impose enfin su
r le plus grand marché militaire du monde, réputé très protectionniste, et où il n'avait jusqu'alors remporté que de maigres victoires. Boeing présentait une version dérivée de l'avion-cargo B767-200, le KC-767. EADS offrait lui une version modifiée de son Airbus A330, le KC-30.

L'équipe Northrop Grumann/EADS avait la meilleure offre pour le gouvernement, selon la responsable des achats de l'armée de l'Air américaine, avec plus de passagers, plus de cargo, plus de carburant transporté, plus de flexibilité . Il s'agit de l'un des plus gros contrats alloués par le Pentagone, et la première tranche d'un marché d'une valeur totale estimée à plus de 100 milliards de dollars sur 30 ans.

Boeing, deuxième fournisseur du Pentagone après Lochkeed Martin et donné jusqu'ici favori, s'est dit "très déçu" vendredi et n'a pas exclu de protester auprès du Government Accountability Office, l'équivalent de la Cour des comptes. L'armée de l'Air américaine avait déjà attribué en 2003 un contrat de location-vente à Boeing pour ses ravitailleurs, finalement annulé après la découverte de conflits d'intérêt qui ont valu la prison à deux responsables de l'avionneur, et poussé le secrétaire à l'Armée de l'air américaine de l'époque à la démission.

Les soutiens politiques et médiatiques traditionnels de Boeing commencent à se manifester vigoureusement. Pour le républicain Duncan Hunter, membre de la Commission des forces armées de la Chambre des représentants, "la décision de l'US Air Force va coûter plus de 100.000 emplois" aux Etats-Unis, en profitant à "des gouvernements européens qui refusent de nous soutenir dans la guerre contre le terrorisme". Certains vont jusqu’à dire que le prix du contrat sera payé par le sang des soldats américains morts en Irak.

On doit s’interroger sur ce choix inattendu. Tous les observateurs, nous les premiers, étaient persuadés que Boeing, dans l’ambiance actuelle de patriotisme industriel fiévreux, avait déjà partie gagnée. Notre ami Philippe Grasset, dont la connaissance des marchés de l’aéronautique est sans égal (voir son article en date de ce jour http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=4948 ) estime que, devant la supériorité évidente de l’offre EADS Northrop, le Pentagone ne pouvait pas choisir celle de Boeing. Sa situation, comme celle de l’US Air Force, manifeste une telle crise, non seulement budgétaire mais existentielle, qu’il ne peut plus céder aux pressions nationalistes habituelles. D’autant plus que celles-ci se révèlent généralement plus coûteuses qu’il n’apparaît à première vue.

Les annonces de Nicolas Sarkozy annonçant que la France allait pleinement réintégrer l’Otan et envoyer des contingents terrestres en Afghanistan ont-elles joué ? Ce n’est pas impossible, même si ce que dit ou non Sarkozy ne doit guère peser face aux pressions industrielles diverses. Si cela était cependant le cas, devrions nous mettre en balance le gain économique d’une part et d’autre part les risques énormes qu’entraînera l’engagement français aux côtés des Etats-Unis dans un conflit échappant à toute rationalité ?

Ajoutons que le Pentagone devrait en ce moment méditer sur le bon usage qu’il avait fait jusqu’à présent des crédits publics en faveur du lobby militaro-industriel. Les préférences affichées jusqu’à ce jour en faveur d’avions hyper-sophistiqués mal adaptées aux guerres de terrain sont de plus en plus critiquées. Le 23 février 2008, un bombardier Northrop B-2 dit furtif s’est écrasé au décollage, à la base d’Andersen, sur l’île de Guam. C’est le premier B-2 perdu. L’avion dit de Low Observable Technologies, ou LOT, est estimé officiellement à 520 millions de dollars. Il coûte en fait, selon les experts, de 2,2 à 4 milliards l’unité. 21 exemplaires ont été commandés pour un coût global officiel de 44 milliards, soit bien plus que le premier contrat des avions ravitailleurs.

Selon Philippe Grasset, un aspect des plus intéressants soulevé par la perte du B-2 a été la discussion de la “théorie de la concentration”, c’est-à-dire la théorie affirmant que les forces américaine concentrent leur puissance sur un minimum de plates-formes, ce qui rend cette puissance d’autant plus vulnérable. Dans le cas du B-2, c’est la concentration de la puissance de la force de frappe à grande distance pour des objectifs très protégés dans 21 bombardiers. Dans le cas de la Navy, c’est la concentration de la puissance de frappe aéronavale dans onze porte-avions. Les critiques de cette “théorie” lui opposent la “théorie de la dispersion”. Il s’agit d’un débat important en cours aux USA, notamment activé par la perspective d’une possible perte importante au cours de telle ou telle opération de la “guerre contre la terreur” et de ses suites diverses. (Hypothèse de la perte d’un porte-avions par attaque suicide au cours d’une opération contre l’Iran, par exemple).

Le budget du Pentagone est officiellement de $515 milliards pour l’année fiscale 2009. Il doit être estimé de façon plus réaliste autour de $1.000 milliards

PS au 08/03/08. Comme on pouvait s'y attendre, Boeing met en action le ban et l'arrière-ban de ses amitiés politiques pour faire casser le marché ou au moins le partager avec EADS. Les démocrates du Congrès et les candidats démocrates à la présidentielle l'appuient fortement. Affaire à suivre. Indiquons aussi que Sarkozy s'était finalement félicité d'avoir fait gagner les européens. Un peu prétentieux...et un peu risqué...

Par Jean-Paul Baquiast - Publié dans : gazetadmiroutes
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Samedi 1 mars 2008

 

NB au 01/03/08. 
Nous commenterons sur le site l'annonce faite ce matin de l'acquisition (possible) par l'USAF d'avions ravitailleurs EADS/Northrop

The Three Trillion Dollar War. Joseph E. Stiglitz, Linda J. Bilmes

L’ancien Prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz est devenu, en travaillant en équipe avec l’économiste Linda Bilmes, le spécialiste du décompte du coût réel de la guerre en Irak. Les deux auteurs viennent de publier The Three Trillion Dollar War, livre qui analyse le coût réel de cette guerre dans toutes ses implications et toutes ses dimensions. Les chiffres cités sont considérables, soit 3.000 milliards de dollars pour les Etats-Unis et autant estimés pour le reste du monde, en premier lieu les Britanniques et, évidemment, les Irakiens eux-mêmes. On rappelle à titre de comparaison que le budget annuel de la guerre en Irak pour le Pentagone est estimé de 400 à 800 milliards de dollars.

Le livre analyse l'ensemble des postes de dépenses, en comprenant tous les soins donnés aux nombreux blessés de la guerre, et d'autres éléments mal connus parce que cachés, que les auteurs ont pu obtenir uniquement en s'appuyant sur leur notoriété. Il montre également les mensonges permanents de l'administration, ceci dès le début de la guerre. Le vice-président estimait alors qu'elle pouvait être payée très vite par les bénéfices provenant de la vente du pétrole irakien.

Les auteurs font apparaître un autre phénomène, particulièrement significatif de la réalité de la crise politique aux Etats-Unis. Les 3 trillions de dollars qui manquent au budget correspondent en gros aux coûts estimés de la crise des subprimes et autres manques à gagner en chaîne. Cette crise économique aurait pu être évitée si l'argent public consacré à la guerre avait été dès le début utilisé pour favoriser l'investissement productif civil. Mais aujourd'hui, l'Amérique devra faire face à un "découvert" de 6 trillions de dollars. Qui paiera? Aussi robuste que soit son économie, ce ne seront pas les épargnes internes. Faudra-t-il faire appel aux fonds souverains des pays du Golfe? Ce serait une bien mauvaise nouvelle pour l'indépendance américaine dau regard de la lutte que mène par ailleurs le pays contre les fondamentalistes islamiques. Curieusement, note Joseph Stiglitz, les candidats à l'élection présidentielle n'envisagent aucune solution sérieuse, ni pour arrêter la saignée de la guerre qui va s'amplifier encore, ni pour rendre l'économie plus résiliente. La perspective d'un effondrement du dollar et avec lui l'extinction des dettes paraît à certains la seule porte de sortie. Mais les plaies, aux Etats-Unis comme dans le reste du monde, seraient immenses.

Tout ceci conduit à s'interroger (vieille interrogation il est vrai). Comment un pays supposé géré de façon intelligente, sinon scientifique, peut-il se laisser entraîner dans de tels pièges? Aveuglement, incompétence? Nous répondrions pour notre part volonté délibérée du lobby militaro-industriel. Ces trillions de dollars sont allés dans les poches de quelques uns, n'est-ce pas? JPB. 28/02/08

* pour plus de détails, voir par exemple
http://www.timesonline.co.uk/tol/comment/columnists/guest_contributors/article3419840.ece


Economie de l'immatériel et psychopouvoir. Bernard Stiegler, Mille et Une Nuits 2008

Nous avons plusieurs fois dans cette revue présenté les ouvrages et les idées de Bernard Stiegler (voir notamment "Mécréance et discrédit".
http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2005/jan/stiegler.html ). D’une façon générale, nous estimons que ce philosophe prolifique (il publie presque deux ouvrages par an) mène un bon combat contre ce qu’il nomme lui-même l’abrutissement du consommateur de contenus culturels par les industries du même nom et les intérêts politico-économiques qui les financent. En gros, il s’en est pris dès le début de son œuvre au marketing des grandes marques qui, soit par la publicité soit en inspirant elles-mêmes des programmes, visent à faire du téléspectateur et du lecteur de la grande presse des clients asservis. Pour lutter contre ce phénomène mondial, amplement relayé en France et en Europe par les institutions, il a créée une association, Ars Industrialis ( http://www.arsindustrialis.org/ ) dont Automates Intelligents est membre. Par des conférences et des manifestes, cette association cherche à provoquer de la part des pouvoirs publics un retour au soutien de la création désintéressée, que ce soit en France ou en Europe.

Le dernier ouvrage de Bernard Stiegler, « Economie de l’immatériel et psychopouvoir », vise le même objectif. Mais il voudrait renouveler l’analyse en montrant que le foisonnement des technologies NBIC (nano, bio, info et cognotechnologies) va multiplier les possibilités d’invasion des contenus et des réseaux « culturels » par des dispositifs de contrôle des cerveau et de fabrication de comportements favorables à l’acceptation des nouveaux produits du capitalisme marchand. Le livre comporte en fait trois entretiens dont les objets sont un peu différents, mais qui visent la même démonstration.

L’entretien numéro 2, consacré à la science, porte ce procès sur le terrain de la création scientifique, domaine qui nous intéresse particulièrement ici. La recherche fondamentale, écrit-il, naît du désir de connaître, que ce soit désir du chercheur ou désirs des individus s’intéressant à la science. Il s’agit d’un désir fondant ce que Stiegler nomme dans un vocabulaire dont nous préférons lui laisser l’usage une économie libidinale de la science. Or si ce désir est détourné par les nouveaux médias et ceux qui les financent vers la production d’outils d’intermédiation toujours plus performants mais consommant les ressources que la société ne pourra plus consacrer à la recherche fondamentale, celle-ci disparaîtra. Les réseaux à base de NBIC ne véhiculeront plus alors que les messages publicitaires et ceux du pouvoir, avec une force considérablement démultipliée. Ce sera le rêgne du "psychopouvoir".

Les nouveaux produits scientifiques et les « œuvres » faisant appel à eux, du fait des nouvelles possibilités de contrôle offertes par les technologies, finiront par être encore plus dangereux que les démarches commerciales pour tuer en l’individu toute capacité d’individuation. L’individuation, dans cette critique, désigne la démarche par laquelle un individu lambda devient, non un consommateur toujours plus exigeant, toujours plus hyper et toujours plus insatisfait, mais un foyer de réflexion et de critique philosophique du monde, un foyer aussi de créativité échappant aux modes et aux doxa.

Là encore, pour éviter ce risque, déjà en partie concrétisé, Bernard Stiegler en appelle, non seulement au réveil des citoyens mais à l’Etat, afin de réintroduire le sens du service public dans les « industries culturelles » et les programmes. Malheureusement, en ce qui concerne l’Europe, on ne voit pas se mettre en place de véritables entreprises publiques européennes capables de créer une culture européenne nouvelle utilisant les technologies NBIC pour faire apparaître une intelligence collective non marchande originale. L’Europe est encore trop divisée, trop soumise à l’idéologie libérale imposée par les Etats-Unis pour se doter d’une telle culture. Nous examinerons cette question, entre autres, dans un livre à paraître chez Jean-Paul Bayol, en mai-juin prochain, « L’Europe ou le vide de puissance ».

Pour ce qui concerne la France, Bernard Stiegler pourrait peut-être s’estimer entendu les pouvoirs, du fait de la décision prise tout à trac par Nicolas Sarkozy visant à supprimer la publicité sur les chaînes publiques. Mais que mettre à la place ? Nous pensons que l'on ne peut faire confiance à un Etat (ou à une majorité) qui laisse à l’abandon l’éducation nationale publique. Cet Etat ne va pas soutenir des créations culturelles indépendantes du marketing des firmes. Ceci d’autant plus que ce même Etat semble, toujours sous la pression de son chef, le président de la République, proposer un retour aux valeurs religieuses enseignées dès l’école primaire par le curé et l’imam. Pourquoi espérer que les chaînes dépendant de l’Etat pour leur financement et la désignation de leurs cadres ne se verraient pas imposer de défendre et illustrer les religions et leurs enseignements les plus conservateurs, les moins favorables à l’autonomie de l’individu?

Quant à la recherche fondamentale, ce ne sont pas les gouvernements européens, non plus que le gouvernement français pour sa part, qui vont relancer son financement. Les budgets sont au contraire de plus en plus affectés à des recherches appliquées, certes utiles, mais dont l’essentiel sera récupéré par des entreprises multinationales opérant en dehors de l’Europe, contre son indépendance et sa souveraineté.

Plus généralement, nous pensons que, aussi bien intentionné que paraisse ce dernier livre de Bernard Stiegler, il manque en partie sa cible en ne renouvelant pas ses analyses. Plus gravement, il ne se livre à aucune étude scientifique sérieuse concernant les concepts d’individu, d’individuation ou même de science. Celle-ci n’est pas seulement la découverte d’un prétendu réel en soi, mais la construction d’un réel relativisé nouveau. Bernard Stiegler n’approfondit pas davantage les bases neurales, épigénétiques, génétiques des comportements individuels et collectifs qu’il dénonce. L’auteur, qui se veut très au fait des technologies émergentes, l’est beaucoup moins des nouvelles recherches sur les super-organismes et les macro processus qui structurent en profondeur l’évolution des sociétés actuelles. Le lecteur le plus inattentif de notre revue, comme le montre les courriers que nous recevons, en sait plus que lui à ce sujet. Certes les 130 pages de l'ouvrage ne permettaient pas d'en faire un traité, mais quelques allusions aux thèmes que nous évoquons ici l'auraient crédiibilié.

Ajoutons, en forme de coup de pied de l’âne amical (oui, oui, amical), que de façon générale, l’ouvrage est véritablement illisible, par un abus de termes prétendument philosophiques non traduits du grec. Le lecteur ordinaire dont je suis n’y comprend rien. La plupart de ceux que Stiegler veut toucher ne le liront pas. Notre auteur est beaucoup plus compréhensible quand il s’exprime sur France Culture. Dommage qu’il n’écrive pas comme il parle. Nous avions fait cette remarque précédemment. Mais Bernard Stiegler est comme beaucoup d’entre nous. Il ne changera pas. JPB 28/02/08


"Pour une Europe européenne" . Présentation du livre publié sous ce titre par le Forum Carolus
27/02/2008

Le Forum Carolus, créé en octobre 2004, rassemble un certain nombre de personnalités européennes ayant décidé de réfléchir ensemble aux questions stratégiques européennes (http://www.forum-carolus.org/fr/index.php). Il est dirigé par Henri de Grossouvre, dont le livre « Paris, Berlin, Moscou » (L'Age d'Homme Editions, 2002) avait provoqué une certaine surprise dans les cercles européens atlantistes. Cet ouvrage recommande, dans le cadre d’une coopération euro-asiatique, le resserrement des liens entre l’Union Européenne et la Russie (voir le site de l’association http://www.paris-berlin-moscou.org/page_1.html).

Le livre que vient de publier le Forum Carolus,"Pour une Europe Européenne, Une avant-garde pour sortir de l’impasse" (Editions Xenia 2007) présente une quinzaine de propositions émanant d’hommes politiques, d’enseignants et d’éditorialistes qui veulent sortir l’Europe de son atonie actuelle en faisant appel à l’action commune de six Etats considérés comme le cœur historique de l’Europe, la France, l’Allemagne, la Belgique, le Luxembourg, l’Autriche et la Hongrie. Le nom des auteurs, sauf exceptions, ne dira pas grand-chose au lecteur français moyen, surtout s’il est parisien. Ceci tient à ce que la connaissance des forces vives européennes, dont Strasbourg est le centre, tant par sa position géographique que pour son rôle de siège du parlement européen, reste limitée chez nous, même chez ceux qui s’intéressent à l’avenir de l’Union.

Ce reproche n’est pas à faire aux Alsaciens, qui pour des raisons historiques remontant au Moyen-Âge, se sont toujours intéressés aux évènements multiples ayant secoué le monde rhénan, conçu comme s’étendant à l’ex-Empire austro-hongrois. Aujourd’hui, les liens culturels et économiques établis entre ce cœur de l’Europe et les régions Alsace et Lorraine constituent une richesse pour la France, souvent mal valorisée par Paris. Face au coup d’arrêt marqué par le rejet français et néerlandais du projet de Traité Constitutionnel, il était donc normal que des personnes émanant de ces deux Régions proposent, en liaison avec des représentants d’autres pays européens, une voie permettant de faire progresser l’Europe malgré tout. L’adoption probable du nouveau traité, dit de Lisbonne, n’enlèvera rien à ce besoin. L’Europe à 27 et plus sera toujours un grand corps assez informel, pour qui un cœur et un cerveau actifs resteront utiles.

« Pour une Europe européenne » va plus loin cependant que proposer des rapprochements inter-régionaux. L’ambition du livre est de montrer qu’une coopération étroite entre les Etats énumérés ci-dessus serait seule capable de faire de l’Europe un ensemble politique capable de lutter à armes égales avec les super-Etats qui ne lui veulent aucun bien. Aujourd’hui, même dans le cadre du nouveau traité, l’Union européenne risque de rester ce qu’elle est depuis quelques dizaines d’années, c’est-à-dire un grand marché au plan économique et l’instrument de la diplomatie américaine au plan des relations extérieures.

Les appels à des coopérations renforcées entre Etats européens volontaires sont de plus en plus nombreux aujourd’hui. La raison en est l’aggravation de la crise politique, économique et environnementale qui marque le monde, y compris dans les pays asiatiques censés prendre la tête d’une nouvelle croissance. Dans l’esprit de ceux des Européens qui jugent indispensable ces coopérations renforcées, faute de pouvoir espérer à horizon prochain la création des Etats-Unis d’Europe souhaités par beaucoup mais rendue impossible par la peur de voir cette Europe fédérale instrumentalisée par l’Amérique, c’est autour des membres de l’Eurogroupe qu’elle devrait se faire. Le partage des avantages apportés par l’euro devrait inciter, dans cette perspective, à la création d’un « gouvernement économique et financier » de la zone euro, étendu progressivement à des politiques sociales, fiscales et industrielles communes. Mais ceci supposerait une véritable coupure de l’Europe en deux. Un tel « gouvernement » ne se concevrait pas en effet sans des fiscalités et des réglementations communes, lesquelles imposeraient une frontière extérieure commune, interne à l’actuelle Union.

Malheureusement, si l’on peut dire, le projet d’un gouvernement économique et financier de la zone euro, aussi attrayant qu’il soit, se heurte aujourd’hui au fait qu’un nombre de plus en plus grand de pays rejoignent l’Euro, sans pour autant vouloir partager des politiques communes. Par ailleurs l’espace Schengen vient de s’étendre et l’on n’image pas qu’il soit doublé de nouvelles frontières renforçant les obstacles aux mouvements des biens et des personnes.

Ces objections seront inévitablement faites au projet d’avant-garde proposé par le Forum Carolus. Cela n’empêche pas de prendre en considération les propositions faites par les auteurs rassemblés dans le livre. Elles pourraient être reprises dans le cadre du futur traité Européen, si les institutions communes renforcées : Présidence, Parlement, « ministre des affaires étrangères »…décidaient de prendre à bras le corps la construction d’une Europe aussi politiquement puissante que ses principaux concurrents. Dans un article du Monde en date du 27 février 2008, l’économiste Jean Pisani-Ferry s’étonne que l’Europe, dont la puissance économique est proche de celle des Etats-Unis, supporte bien moins bien que ceux-ci les crises périodiques. Elle le tient à son manque d’ambition, à sa subordination. Des institutions décidées à inventer le développement dont l’Europe a besoin pourraient faire beaucoup pour lui donner le dynamisme qui lui manque.

La plupart des propositions du livre seraient à retenir en ce sens. Nous y retrouvons notamment les idées de Paneurope France sur la souveraineté technologique et scientifique de l’Europe, brillamment exposées par Jean-Claude Empereur, que nous ne présenterons pas. On y trouve aussi, notamment sous la plume de la spécialiste en stratégie Hajnalka Vincze de Hongrie, des arguments percutants en faveur d’une défense européenne découplée de l’Otan et par conséquent de l’influence américaine. Mais, quels que soient l’intérêt et l’urgence des ruptures de paradigme proposées par le livre, le lecteur se posera inévitablement la question des voies et moyens concrets permettant de les provoquer. Dans l’Europe politique actuelle, les chefs de gouvernements sont de plus en plus enclins à refuser de coopérer. Le relâchement des liens entre l’Allemagne et la France qui se manifeste actuellement en est un signe inquiétant. Par ailleurs, tout laisse penser que le prochain président américain voudra réinstrumentaliser l’Europe dans le cadre d’une nouvelle guerre froide contre la Russie et ses dépendances. Le nombre grandissant des personnalités européennes favorables à une relance de l’euro-atlantisme, en France même, ne peut que préoccuper.

Cependant, l’avenir s’annonce turbulent. La perspective de plus en plus probable d’une crise économique mondiale, ne faisant que précéder celle ultérieure d’une grande crise environnementale, pourra provoquer deux résultats opposés. Dans un cas, l’Europe terrifiée retournera au plus vite se blottir dans les bras de son faux allié l’Amérique. Dans l’autre cas, elle se décidera enfin à se prendre en mains. Dans ce dernier cas, les propositions du Forum Carolus devraient trouver amplement matière à s’appliquer.


Chronique: à chaque jour sa polémique

Nicolas Sarkozy, chanoine honoraire de la basilique St-Jean de Latran à Rome, a fait parvenir un message de "félicitations" à quatre diacres catholiques traditionalistes qui y ont été ordonnés le 24, par l'abbé Philippe Laguérie, supérieur de l'institut traditionaliste du Bon Pasteur.

Par ailleurs, selon Laurent Ruquier, Sarkozy aurait l'intention de faire entrer prochainement un curé au gouvernement. A qui veut-il rendre service, au Saint siège, à l'Opus Déi, à la scientologie? Peut-être vise-t-il seulement à rassembler le vote chrétien pour les élections municipales. Mais dans ce cas, il faudrait rassembler aussi le vote musulman et le vote juif, en proposant de nommer un imam et un rabbin au gouvernement. 25/02/08.


Bref regard prospectif sur l'Europe en 2008

Les projections se trompent toujours. Mais plus encore, ceux qui ne prévoient rien. Lançons nous donc. Voici quatre domaines qui mériteront selon nous d’être suivis en 2008 et dans les mois suivants. Mais ne nous y trompons pas. D’autres problèmes peut-être aussi sensibles s’imposeront sans doute à l’attention. .

1. Les conséquences de l’indépendance du Kosovo

L’indépendance du Kosovo et son éventuelle demande d’intégrer l’Union européenne risquent d’encourager les revendications d’indépendance d’un certain nombre de « nationalités » ou de communautés de croyances aujourd’hui contenues dans les frontières étatiques des Etats européens.

La majorité albanaise du Kosovo, durement éprouvée par les Serbes au cours des dernières années, s’était acquis une sympathie de la part des populations européennes. La grande majorité des Etats européens n’a donc pas objecté à reconnaître un Etat kosovar. Mais il faut bien admettre que le précédent est dangereux, comme l’ont d’ailleurs souligné le gouvernement espagnol et quelques autres.

D’une part, il existe un certain nombre de régions en Europe au sein desquelles une majorité de population pourrait prétendre à une sorte d’indépendance, en évoquant une alchimie toujours contestable entre un territoire, un peuple et une histoire. Que deviendrait l’Union européenne si elle était obligée d’intégrer un grand nombre de micro-Etats inviables par eux-mêmes, qui deviendraient inévitablement des facteurs de conflits internes ?

L’indépendance du Kosovo ne manquera pas par ailleurs d’attiser des revendications qui ne seront plus seulement nationalistes mais religieuses. Ce pays est le fruit d’une occupation d’une partie de la Serbie par des envahisseurs, les Kosovars albanais, se définissant notamment par une appartenance à la religion musulmane. Du fait qu’ils sont devenus majoritaires au sein d’un territoire appartenant historiquement à un Etat européen indépendant, ils se sont vus reconnaître par la communauté internationale et par l’Europe le droit d’y imposer leurs lois, leurs coutumes et leur religion. Qu’en sera-t-il quand, dans d’autres parties de l’Europe, des communautés immigrées devenues électoralement majoritaires exigeront de s’ériger en collectivités publiques de droit islamique (charia).

A supposer qu’il ait été impossible de refuser l’indépendance aux Kosovars, il faudrait à tout le moins que ce mouvement de désagrégation s’arrête là. Mais on peut craindre qu’il n’en soit rien, si l’importance des valeurs attachées en France au concept de « République Laïque, Une et Indivisible » se voyait de plus en plus contestée.

D’autre part, il ne faut pas oublier que la question du Kosovo a été dès le début utilisée par les Etats-Unis pour durcir les relations avec la Serbie et au-delà d’elle, avec la Russie. Certes Milosevic était infréquentable. Mais on peut penser que l’Amérique ne se souciait pas plus des crimes de Milosevic que de ceux de Saddam Hussein. Elle visait plus loin. L’Europe et plus particulièrement la France, pour ce qui les concerne, ne devraient pas oublier que la Serbie a été, dans son cœur et dans les faits, une alliée fidèle depuis la première guerre mondiale. Elle doit le rester. Il n’y a pas de raison de lui reprocher un certain panslavisme, car ce dernier sera un pont utile en vue de renforcer les coopérations inévitables avec la Russie. Faire de cette dernière un nouvel ennemi à l’Est, conformément aux visées pétrolières et militaires de Washington, serait apporter un appui aux quelques tentations autocratiques que la Russie manifeste aujourd’hui. L’Europe devrait donc refuser de se laisser imposer ses relations à l’Est.

2. Les suites des élections américaines

Nous avons indiqué plusieurs fois qu’une Union européenne indépendante et forte ne se construirait pas si elle ne secouait pas le joug américain. Depuis quelques années, l’Amérique a entraîné ses alliés, en premier lieu l’Europe, dans des stratégies militaires, économiques et idéologiques désastreuses. Les élections américaines prochaines changeront-elles la donne ? La question devra être suivie attentivement par les Européens, en évitant tout optimisme.

Nous pensons que les grandes lignes des stratégies américaines resteront les mêmes. Elles sont définies en dernier ressort par le complexe militaire, industriel et politique tenant les commandes à Washington et dans les grands centres nerveux du pays (le MICC). Elles visent à n’accepter aucune puissance capable de défier l’Empire américain. Cependant, d’autres grandes puissances sont en train de se construire et n’entendent pas se soumettre aux Etats-Unis. Les conflits pour la domination technologique, économique et culturelle du monde ne feront donc que s’amplifier. L’Europe devra plus que jamais refuser d’être l’avant-garde sacrifiée de la ligne de défense américaine.

Si les Républicains conservent le pouvoir, ils seront les plus à craindre. D’ores et déjà, le candidat MacCain, soutenu par des néoconservateurs de combat tel que Robert Kagan, évoque la réactivation d’une Guerre froide européenne pour obtenir un regroupement européen sous contrôle américain à l’occasion d’une renaissance de l’affrontement avec la Russie. Mais tout peut faire craindre que de façon moins voyante, un(e) président(e) démocrate ne suive la même politique, en arguant des vertus politiques et morales de l’euro-atlantisme. Beaucoup de « grandes consciences européennes » sont depuis longtemps ralliées à ce point de vue.

3. Les propositions françaises pour la présidence de l’Union (2e semestre 2008)

Le président français Nicolas Sarkozy monopolise actuellement le discours sur ce sujet. Mais comme il varie beaucoup dans ses opinions, il est difficile d’imaginer aujourd’hui comment la France (et pas seulement son chef) pourra profiter de cette opportunité non pour sa propre promotion mais pour le renforcement de l’Union.

La présidence française de l’Union, autant que l’on puisse deviner aujourd’hui, s’efforcera de faire progresser quatre questions importantes :

- la défense européenne, en accord avec la Grande Bretagne, autour notamment d’un accroissement des moyens de l’Agence européenne de défense afin de soutenir une industrie européenne stratégique. Les conseillers du président français semblent penser que le retour complet de la France de l’Otan pourrait permettre de faire accepter par les Américains cette plus grande indépendance de la défense européenne. Nous en doutons beaucoup.

- l’évolution de la politique agricole commune. Sur ce point les vues exprimées par Nicolas Sarkozy au dernier salon de l’Agriculture le 23 févier nous paraissent saines. Mais seront-elles défendues jusqu’au bout ? Pour le moment, elles se sont noyées dans la polémique du "casse toi".

- l’Union méditerranéenne. Les propositions sarkoziennes en ce sens sont manifestement mal reçues par de grands Etats européens, en premier lieu l’Allemagne. Ils ne voient pas l’intérêt d’abandonner le cadre des conférences euro-méditerranéennes lancées par le processus de Barcelone en 1995. Les pays du Maghreb, il est vrai en partie sous influence américaine, semblent réticents face aux propositions françaises. On ne voit pas comment, de toutes façons, sans argent, l’Europe pourrait beaucoup faciliter le rapprochement des pays méditerranéens. Ceci d’autant plus que sa politique de contrôle de l’immigration n’améliorera pas les relations diplomatiques.

- la politique commune de contrôle de l’immigration. Tous les Etats européens confirment que le sujet est important et mérite des approches communes. Mais à ce jour, il est impossible de voir ce que seront effectivement les propositions françaises. Toutes les perspectives évoquées semblent périlleuses.

- la lutte contre le réchauffement climatique et pour la protection de l’environnement. Ce vaste sujet, qui inclut la question des politiques énergétiques, semble actuellement s’enliser dans les débats franco-français ayant fait suite au Grenelle de l’environnement d’octobre 2007. Les propositions françaises seront fragilisées par ce qui s’annonce déjà comme la grande absente de la politique européenne de la France, la relance de la recherche scientifique

A côté en effet de domaines où la présidence française, si elle s’interdisait des jeux personnels, pourrait faire progresser l’Union, il existe en effet d’ores et déjà un immense défi où l’on peut craindre que notre pays ne soit pas au rendez-vous de l’histoire. Il s’agit des propositions concrètes que la France devrait faire pour dynamiser la recherche scientifique et l’innovation technologique, les universités et les structures de formation, les grandes politiques publiques dans les secteurs stratégiques (en priorité l’Espace). Tout ceci devrait être pensé et fait dans le cadre européen, comme nous l’avons montré dans des articles précédents. On n’en voit pas les prémisses aujourd’hui. Mais comment sans cela réveiller les enthousiasmes pro-européens au sein de la jeunesse ?

4. La réaction de l’Europe dans l’éventualité d’une « crise systémique » globale.

L’économie mondiale semble entrée dans une période d’instabilités auxquelles nulle puissance politique ne devrait pouvoir échapper. L’Europe dispose de certains atouts pour affronter cette crise, notamment la résilience que lui confère l’euro et le fait qu’une grande partie de ses échanges se font à l’intérieur de ses frontières. Mais comme elle n’est pas armée, contrairement aux autres grands Etats, pour réagir rapidement, par des mesures correctrices gouvernementales, aux manœuvres spéculatives et aux offensives politiques, elle risque d’y perdre le peu de marges de manœuvre qui lui restent.

Si la crise demeurait localisée à certains marchés et à certaines zones économiques, les Européens pourraient peut-être en surmonter les conséquences, à condition de s’unir sur des mesures de sauvegarde. Mais si elle devenait « systémique », selon l’expression, le chaos économique et social risquerait de s’installer aussi bien en Europe que dans le reste du monde. Une crise systémique se caractériserait par la conjonction de tous les facteurs d’auto-destruction déjà signalés par les experts mais encore relativement contenus : crise financière et monétaire d’abord, mais aussi effondrement des équilibres naturels et des capacités de survie des milliards d’humains vivant aux alentour du seuil de pauvreté. S’y ajouteraient inévitablement une radicalisation des conflits entre ceux qui ont et ceux qui n’ont pas, sur fond de guerres culturelles et religieuses.

Nous avons plusieurs fois évoqué quelques unes des mesures qui pourraient être adoptées par les Européens dès que s’annonceraient les signes avant-coureurs de cette crise systémique. Mais nous n’avons pas trop d’illusions concernant l’aptitude des peuples à soutenir de telles mesures. Il est tellement plus facile de ne pas chercher à voir au-delà de son petit jardin. 25/02/08


Vive la culture française

L'Oscar de la meilleure actrice a été attribué, dimanche 24 février, à Hollywood, à la Française Marion Cotillard pour son incarnation d'Edith Piaf dans La Môme, réalisé par Olivier Dahan. "Je suis sans voix", a t-elle déclaré en anglais. "Merci l'amour, merci la vie... C'est vrai qu'il y a des anges dans cette ville" de Los Angeles. Elle a oublié de remercier Dieu. Faisons le à sa place et ne soyons pas grincheux. Tant mieux pour La Môme et pour Dahan.

Mais soyons quand même grincheux. Ce que les Américains ont salué, c'est l'image conventionnelle de la France des années 50, où leurs touristes étaient encore bien venus à Paris. C'est la France où ils voudraient continuer à nous enfermer, en faisant d'elle la fille aînée (si je puis dire) de l'euro-atlantisme. Cotillard, la pauvre, et bien d'autres, vendraient leur fierté pour avoir le droit, une fois tous les 20 ans, d'une mention au palmarès de la machine à décerveler américaine. Très peu pour moi. 25/02/08


Casse toi

Je voulais rendre compte des propositions faites par le président de la République au Salon de l'Agriculture, concernant la politique agricole commune. Elles m'avaient paru ouvrir des perspectives intéressantes non seulement pour la France mais pour l'Europe 1). Malheureusement, la brève revue de presse que je fais ce matin me montre que les seuls propos présidentiels qui ont retenu l'attention sont le coruscant "Casse toi, pauvre con". Comme quoi la forme masque souvent le fond. 24/02/08

1) J'excepte la proposition inepte d'inscrire au patrimoine de l'humanité la cuisine française. Donner au monde entier l'image d'un peuple abruti de viandes en sauce alors que 80% de la population mondiale lutte contre la disette me paraît particulièrement indécent.


Constitution et séparation des pouvoirs fragilisées

Il ne se passe plus de jours désormais où l'honnête citoyen que je suis, habitué à vivre dans un Etat de droit, où les 3 grands pouvoirs, exécutif, législatif et judiciaire sont bien séparés, où la Constitution et le Conseil Constitutionnel sont là pour dire la règle en cas de conflits toujours possible, se retrouve dans une Pétaudière qui ressemble de plus en plus à celle où officiait l'Empereur Bokassa, d'illustre mémoire. Inutile de résumer la nouvelle dérive présidentialiste. Tout le monde aujourd'hui la connaît. Je la trouve plus grave que toutes les autres. Elle donne l'exemple d'un ego qui se croit suffisamment puissant pour bousculer toutes les institutions à son profit. Pourquoi le quidam ayant envie d'une voiture qui ne lui appartient pas ne la volerait-il pas, en s'asseyant à la fois derrière le volant et sur la loi supposée interdire le vol? L'exemple vient de haut, pourra-t-il dire.

Un moment, on pouvait penser que les magistrats comme l'opposition n'allaient pas trop réagir. Rachida Dati répétant sur toutes les antennes qu'elle défend "nos enfants" pouvait espérer faire jouer encore la fibre compassionnelle. Mais apparemment, ce samedi soir, cela n'a pas suffit. Pour les syndicats de magistrats, Nicolas Sarkozy tente bel et bien un contournement du Conseil constitutionnel. Dans un communiqué, le Syndicat de la magistrature (SM), classée à gauche, s'élève contre "un coup de force inacceptable", demande à Vincent Lamanda de refuser de donner suite à la demande présidentielle et appelle à manifester le 20 mars à Paris pour une "nuit de défense des libertés". Même indignation du côté de de l'Union syndicale des magistrats (USM), majoritaire au sein de la profession : "C'est une décision ahurissante, unique dans l'histoire de la Ve République", a estimé son secrétaire général, Laurent Bedouet.

Au
Parti socialiste. Jean-Marc Ayrault, président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, a dénoncé une "stupéfiante atteinte à l'état de droit". "Le président de la République n'est plus le garant de la Constitution dans notre pays", écrit le député-maire de Nantes dans un communiqué.

Dans un entretien au Monde, Robert Badinter juge "singulier de demander au plus haut magistrat de France les moyens de contourner une décision du Conseil constitutionnel". "Aujourd'hui, nous sommes dans une période sombre pour notre justice", prévient l'ancien Garde des Sceaux socialiste. Pour l'ancienne ministre de la justice socialiste Elisabeth Guigou, on assiste là à une manoeuvre "inconcevable". La réaction de Nicolas Sarkozy "est une dérive grave et dangereuse car le plus haut personnage de l'Etat doit donner l'exemple à tous les citoyens en matière de respect des institutions", Elle demande la convocation de la Commission des lois de l'Assemblée nationale. "Le gouvernement ne peut que s'incliner devant la décision du Conseil constitutionnel", prévient le constitutionnaliste Jean Gicquel. Le premier président de la cour de Cassation dispose d'une "marge de manoeuvre extrêmement étroite" selon lui.. "Je n'imagine pas le premier magistrat de France se mettre en travers du Conseil constitutionnel."

Pendant ce temps, silence radio (jusqu'à ce soir du moins) dans les rangs de la majorité. Certains doivent se demander s'ils se relèveront, lors des élections municipales notamment, des montagnes de ... qui sont mises sur leurs épaules. 23/02/08

PS: La veille, certains représentants des syndicats de policiers s'étaient étonnés (le mot est faible) du fait que le ministère de l'intérieur imputait aux fonctionnaires et non à des consignes venues de plus haut le fait que des photographes avaient médiatisé les interventions à Villiers le Bel.


Glissements progressifs...de la science à la manipulation

La Revue Nouvelles Clefs a organisé le 20 février, à l’Entrepôt (Paris 14e) une « confrontation » entre Jean Staune et moi (JPB) à l’occasion de la sortie simultanée en 2007 de nos deux livres, « Notre existence a-t-elle un sens ? » de Jean Staune et « Pour un principe matérialiste fort " de votre serviteur. J’avais précédemment expliqué, dans un article de notre magazine Automates Intelligents
( http://www.automatesintelligents.com/echanges/2007/juin/staune.html ), que je ne voyais pas très bien l’intérêt d’une telle confrontation,. Je considère en effet que nos approches philosophiques respectives de la science sont incompatibles et qu’aucun argument rationnel ne permettrait de trancher entre nous.

J’admets en effet très bien que la science ne puisse en aucun cas prouver l’inexistence de Dieu. Mais à l’inverse, je prétend, comme la majorité des scientifiques, qu’aucun de ses résultats, passés ou actuels, ne peut prouver l’existence de Dieu. Par conséquent, toute affirmation selon laquelle la science démontrerait le bien-fondé du dualisme, c’est-à-dire l’existence d’un principe spirituel extra-matériel d’où tout proviendrait et où tout aboutirait, repose sur un véritable détournement des résultats de la science. Staune croît au théisme, moi à l’athéisme. Il s’agit bien de croyances, je n’en disconviens pas. Mais comme la science n’a rien à voir avec ces croyances, qui relèvent de l’ordre du personnel, à quoi bon en discuter ? Pour ma part, quelle que soit l’estime, voire l’amitié que j’éprouve pour des chrétiens, je ne discute pas avec eux, pas plus que je ne le ferais avec des astrologues, la façon dont ils pourraient prouver scientifiquement leur foi. En général d’ailleurs, comme ce sont des gens mesurés, ils n’abordent jamais ce sujet.

Cependant, j’ai finalement accepté de rencontrer Jean Staune à l’Entrepôt (et non bien évidemment dans un lieu dépendant de son étonnante Université interdisciplinaire de Paris (http://www.uip.edu/uip/) . Mais le débat s’est déroulé comme je prévoyais. Jean Staune a repris en rafales tous les arguments de son livre, tendant à démontrer le caractère scientifique du spiritualisme. J’ai pour ma part répété que ces arguments scientifiques ne m’impressionnaient pas, car ils étaient tout autant utilisables dans le cadre d’une « interprétation » athée des résultats de la science. J’espère que les lecteurs de cette revue auront la possibilité d’accéder à un enregistrement intégral du dialogue, pour qu’ils s’en fassent une idée par eux-mêmes. Mais sans attendre, je voudrais ici indiquer comment mes amis et moi avons ressenti la façon dont procède Jean Staune et ses semblables pour séduire tant d’esprits naïfs.

Dans la société française, le christianisme est encore assez répandu. Mais comme nous sommes (encore pour quelques temps) citoyens d’une république laïque, les athées, héritiers du siècle des Lumières, ont la possibilité de s’exprimer et défendre leur philosophie. Les croyants ont donc quelques scrupules à afficher la foi du charbonnier. Ils se cherchent des arguments rationnels. Ce n’est pas le cas dans le reste du monde. Partout dorénavant, des religions de combat affirment qu’ils faut croire sans discuter aux contenus de leurs Ecritures. Elles demandent à leurs affidés de combattre les armes à la main ceux qui émettent le moindre doute, quitte à se transformer eux-mêmes en bombes vivantes.

Les sciences offrent une vaste panoplie d’éléments permettant de justifier le spiritualisme. Ce n’est pas nouveau et ne présente rien d’étonnant. Le front des connaissances a depuis le début du 20e siècle, avec le développement de nouvelles technologies d’observation, pris un caractère à la fois subtil et mouvant. Sans être spécialisé dans l’histoire de la philosophie des sciences, on sait par exemple que la double « révolution » de la relativité et de la physique quantique a été depuis les années 1930 pain béni pour les spiritualistes, des plus honorables jusqu’aux plus manipulateurs. Enfin la science reconnaissait qu’elle devait abandonner le concept, d’ailleurs lui-même métaphysique, d’un réel dur comme le roc, que le scientifique pouvait décrire en détail. Malheureusement pour les spiritualistes, depuis plus de 70 ans maintenant, les scientifiques, dans leur écrasante majorité, n’ont jamais affirmé que la science admettait enfin la pertinence du paradigme dualiste spiritualiste. Pour ces scientifiques, baliser les nouveaux champs d’incertitude qu’ils croyaient déceler dans la modélisation du monde a toujours été pour eux l’occasion, par de nouvelles hypothèses, de mieux chercher à connaître ce monde. Ce n’était pas du tout le feu vert pour un retour aux Ecritures et aux croyances traditionnelles.

Il reste que les croyants raisonnables (encore une fois, je ne pense pas là aux populations misérables du tiers monde qui n’ont guère le loisir de faire de la philosophie critique), restent toujours en quête d’un discours qui pourraient à leurs yeux les réinsérer dans la modernité techno-scientifique. Les athées s’épuisent à leur dire qu’ils n’ont pas besoin d’un tel discours pour croire ce en quoi ils croient, puisqu’il s’agit d’autre chose que de science. Mais si grand est le prestige de la science qu’ils n’en démordent pas. Il leur faut un label estampillé du sceau de la scientificité. L’habileté d’un Jean Staune, commune à tous ceux qui de par le monde financent avec beaucoup d’argent le « dialogue constructif entre les sciences et les religions », est de leur fournir le pain béni dont ils ont besoin. Les sciences émergentes dites de la complexité s’ajoutent aux vieux chevaux de retour de la physique quantique et de la relativité, toujours valides quant il s’agit d’embrouiller l’esprit des ignorants, pour offrir matière à manipulations.

Une offensive venant de plus loin qu’il n’y paraît.

On me reprochera de parler de manipulations. Mais il s’agit bien de cela, comme une lecture attentive du livre de Jean Staune le montre. On commence par des citations présentées hors texte et prélevées dans des ouvrages de vulgarisation où l’auteur fait appel à des métaphores pour mieux se faire comprendre. Puis par des glissements progressifs, on arrive à des interprétations subjectives personnelles présentées comme des faits scientifiques. Si bien que l’on débouche sur des énormités comme celles relatives à la persistance de la conscience après la mort et à l’existence d’une conscience universelle extra-matérielle 1).

L’utilisation par Jean Staune et ses amis du thème de l’incomplétude pour justifier le divin est exemplaire à cet égard. 2) Comme le lui ont reproché des scientifiques plus avertis que moi, Jean Staune, ou bien s’appuie sur des évidences triviales qui ne devraient susciter aucun débat, ou bien avance des interprétations dont le seul objectif est d’éliminer toute possibilité d’argumentation scientifique. C’est ainsi une trivialité de dire que le cerveau humain, en l’état actuel des connaissances hébergées par nos neurones, est incapable de décrire exhaustivement l’univers ou prédire son évolution. Mais dire que le théorème de Gödel règle le débat constitue une véritable entourloupette. Le théorème de Gödel intéresse un domaine bien particulier de la logique mathématique. Personne en dehors des polémistes ne songe aujourd’hui à prétendre qu’il peut s’appliquer à une description de l’univers entier.

On peut se demander pourquoi certains spiritualistes se donnent tant de mal pour chercher dans la science des arguments à l’appui de leur croyance en Dieu. Je pense que l’une des raisons justifiant ce qu’il faut bien appeler une « masturbatio mentis » tient à ce que la science moderne décrit dorénavant très bien les bases neurales et épigénétiques du besoin de croire. Celui-ci est apparu et s’est développé chez les hominiens dès que ceux-ci se sont rendus compte qu’ils étaient mortels. Pour affronter cette réalité décourageante, leur cerveau a généré des mythes consolateurs, à base de puissances tutélaires, d’au-delà, d’éternité. La capacité à entretenir ces mythes est devenue héréditaire et a permis à l’espèce d’éviter désespoir et suicide. Les athées eux-mêmes reconnaissent que les mêmes bases neurales de la croyances sont activées chez eux quand leur cerveau évoque des croyances plus matérielles, comme la foi irraisonnée au progrès, au trimphe de la vérité, lesquelles découlent elles aussi, si on les prend au pied de la lettre, d'une interprétation subjective d’un certain nombre d’observations statistiques.

Mais ne soyons pas angéliques. En y regardant de plus près, l’érection en dogme du principe d’incomplétude, ou d’autres analogues, représente quelque chose de plus grave. Ce n’est qu’une des armes adoptées par un spiritualisme de combat loin d’être aussi désintéressé qu’il ne le dit. L’opération est perverse et vient de loin. Ses dimensions relèvent véritablement de la géopolique, c’est-à-dire de l’offensive de super-pouvoirs politiques extra-européens s’en prenant à la science européenne. La neutralité de celle-ci faisait sa force son universalité. Il faut donc prouver qu’en fait, cette neutralité cache une idéologie à détruire. Je m’en suis expliqué dans mon livre, auquel je n’aurai pas la prétention de renvoyer le lecteur. La science européenne « neutre » (comme la science américaine laïque qui est son héritière), doit disparaître, car elle est dorénavant un obstacle à la propagation d’idées politiques combattantes inspirées par les conceptions bibliques, islamiques ou, pourquoi pas, « contemplatives » du monde. Celles-ci n’ont évidemment rien de « neutre ».

Si l’incomplétude a tout dit, si Dieu est là pour répondre aux questions posées par la science, il n’y a plus besoin en Europe de scientifiques ni de crédits de recherche provenant des budgets publics républicains. Pour extrapoler sur un propos n’ayant pas malheureusement suscité le scandale qu’il méritait (3), le curé (auquel nous ajouterons pourquoi pas l’imam, le rabbin voire le scientologue) seront bientôt considérés comme mieux placés pour parler de science aux enfants que les instituteurs, survivances d’une laïcité républicaine devenue gênante. La « laïcité ouverte » que l’on nous propose sera le véritable pandémonium où pourront s’affronter les représentants de tous ces spiritualismes, au grand bénéfice des futures « guerres de civilisation ».

Notes
1) On constatera que Jean Staune s’entête à parler de la « conscience » dans les mêmes termes que les prédicateurs de tous les temps ont parlé de l’ « âme ». Mais il évite ce terme d'âme, qui l’éliminerait immédiatement du champ du débat scientifique.
2) Voir ce qu’en dit l’un de ses adhérents, Jean-François Lambert, sur le site de l’UIP (http://www.uip.edu/uip/spip.php?article629) C’est le droit de ce monsieur de croire ce qu’il écrit, comme c’était le droit du père de Chardin de croire au point oméga. Mais un document pratiquant le « names dropping », art consultant à multiplier des citations sorties de leur contexte, ne transforme pas un article polémique en démonstration rigoureuse. J’aurais pu pour ma part écrire au moins 10 livres aussi gros que celui de Staune pour expliquer que le matérialisme (ou si l’on préfère pour parler comme les Britanniques, le « naturalisme » ) a toujours inspiré la pensée scientifique.
3) Celui selon lequel le prêtre est aussi bien placé que l’instituteur pour enseigner la morale aux enfants.


Un juge italien condamné à 1 an de prison pour avoir refusé de siéger sous un crucifix (AFP Rome du 21. 02. 2008)

Voir http://brightsfrance.free.fr/tosti.htm
Un juge italien, Luigi Tosti, a été condamné jeudi 21 février 2008 à un an (UN AN) de prison et à une interdiction d'exercer pendant un an, pour avoir refusé en 2006, de siéger sous un immense crucifix accroché au mur.
La présence de crucifix dans les salles des tribunaux italiens remonte à une circulaire du 29 mai 1926 du ministère de la Justice, sous le régime fasciste de Benito Mussolini, qui n'a jamais été abrogée.
Le juge Luigi Tosti avait déjà été condamné en 2007 à sept mois de réclusion pour la même raison, peine également suspendue en raison d'un pourvoi en cassation.
Commentaire: L'Église catholique, comme toutes les religions, ne combat les autres totalitarismes que pour mieux instaurer le sien. On voit où peut nous conduire la laïcité ouverte prônée par Nicolas SARKOZY. On commence par introduire les curés à l'école et on finit par envoyer les juges en prison. L'exemple du juge Luigi Tosti nous rappelle l'importance et l'urgence de défendre la véritable laïcité.

Par Jean-Paul Baquiast
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